Chez Maupassant (3)

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Chez Maupassant (3)

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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2006 2007
Chez Maupassant (3) Miss Harriet Une nouvelle et un conte au programme de ce dossier: Un téléfilmde Jacques Rouffio (2007), scénario Philippe Claudel, Miss Harriet, adapté par le romancier Philippe Claudel avec Jérémie Rénier (Chenal), et réalisé par Jacques Rouffio, ravive le souvenir d’un Laure Killing (Miss Harriet) et JeanClaude Dauphin (Chenal âgé). peintre qui fit jadis la rencontre d’une Anglaise ayant 1 h bouleversé sa vie.Toine, ensuite, réalisé par Jacques Toine Un téléfilmde Jacques SantamariaSantamaria, raconte comment un aubergiste, cloué au (2007), scénario Gérard Jourd’hui lit par une attaque, en est réduit par sa femme à… et Jacques Santamaria, avec Joël Demarty (Toine) et Anne Plumetcouver des œufs. (la mère Toine). 30 min
FRANCE 2 MARDI 27 MARS, 20h 50
La nouvelle: Miss Harriet
Peintures de milieux Français, quatrième et troisième
Un peintre raconte à ses convives une étrange histoire d’amour à l’origine de son évolution artistique. C’est lors d’un séjour sur la côte normande qu’il rencontre Miss Harriet, une Anglaise exaltée devant la nature et son créateur. La vieille fille l’accompagne dans ses promenades pour le regarder peindre et finit par s’éprendre de lui. Mais souffrant de cet amour qui n’était pas réciproque, Miss Harriet se jette dans un puits.
Le conte:Toine Un aubergiste amoureux de la bonne chère est frappé par une attaque qui le cloue au lit. Sa femme, le voyant devenu inutile, le force à couver des œufs.
RédactionLaurence Jung, professeur de lettres modernes, et Agathe Arnold, avec la participation d’Agnès Lefillastre. Crédit photoFrance 2/ Jean Pimentel ÉditionÉmilie Nicot et Anne Peeters MaquetteAnnik Guéry
Ce dossier est en ligne sur le site deTélédoc. www.cndp.fr/tice/teledoc/
Miss Harriet: une nouvelle réaliste >Le téléfilm permet une première approche de l’univers de Maupassant: l’histoire s’inscrit dans des lieux, une époque et un milieu social précis que l’on retrouve dans nombre de ses nouvelles. Relever donc les caractéristiques du registre réaliste que l’on pourra classer dans les catégories suivantes. Le cadre géographique. L’histoire se déroule en Normandie, dans une région que Maupassant connaît bien, celle de son enfance. Plus précisément, l’au berge se situe à Bénouville entre Yport et Étretat. On pourra relever les différents lieux et les situer sur une carte de la Normandie. Certains lieux sont très reconnaissables :les falaises blanches de la côte près d’Étretat, l’architecture à colombage de la ferme auberge, l’église solide, ce qui crée une forme de pittoresque normand. Le cadre temporel.L’adaptation télévisuelle reste également fidèle à l’époque de Maupassant. On pourra faire une recherche sur les costumes de l’époque, que ce soit ceux des paysans normands, des peintres, des bourgeois ou la mode des femmes anglaises. D’autres détails renvoient à l’histoire de la e III République, comme les luttes entre l’Église et l’État (à travers le personnage de l’instituteur) ou l’expansion coloniale. On pourra ainsi faire une recher che historique sur les zouaves ou chasseurs d’Afrique représentés dans l’histoire par le «sapeur». Les auteurs réalistes s’attachent aussi au quotidien, à l’emploi du temps routinier, loin des grands évé nements historiques. Le téléfilm présente certains moments clés de la journée: le dîner dans la ferme ou le lever tardif du Parisien qui l’oppose aux paysans… Les différentes classes sociales. Miss Harrietpré sente un condensé de la société française. On dres sera un tableau des personnages, en indiquant leur nom, leur métier, leur opinion sur l’art, leur attitude à l’égard de la religion et enfin envers les étrangers. Ce classement permet de déterminer les caractéris tiques propres à chaque groupe social de l’époque. On remarquera, par exemple, l’opposition entre la crainte superstitieuse des paysans face au fait religieux et le scepticisme de l’instituteur ou du peintre. L’exaltation religieuse de Miss Harriet ne rentre dans aucune de ces catégories et contribue à son étrangeté. La place de l’étranger dans cette petite communauté fermée est révélatrice: l’Anglaise est une hérétique, peut être même une démoniaque. Personne, en dehors du peintre, ne se rendra à son enterrement. La parlure des personnages.On opposera le français soutenu des bourgeois ou artistes au parler normand des paysans, en distinguant ce qui relève de la gram
maire, du vocabulaire et de l’accent. La parlure de Miss Harriet comporte deux traits caractéristiques: un niveau de langue soutenu, qui témoigne de son appartenance à la bonne société (que l’on pourra mettre en rapport avec ses tenues puritaines de l’ère victorienne) et son accent anglais qui la met à part. La présence du corps.On s’arrêtera sur les images où la chair est visible ou ne l’est pas, mais aussi sur les désirs et besoins physiques. L’intérêt pour le corps est caractéristique du registre réaliste quelle que soit l’époque. Maupassant et Zola veulent montrer l’être humain en entier et pas seulement son âme. Cette opposition entre une littérature idéalisante comme celle du romantisme et la description crue des corps est représentée par les personnages de l’histoire. Le peintre et la servante de ferme sont des bons vivants, qui se dénudent et connaissent ensemble des plaisirs charnels. La jeune fille est avant tout fraîche et appé tissante. Au contraire, Miss Harriet nie son corps qu’elle cache sous des robes à col montant. Elle est maigre, sèche, une «carne» comme disent les pay sans. C’est l’archétype de la vieille fille qui voit de l’âme partout mais pas de chair.
Miss Harriet: la figure de l’artiste >On peut lire cette histoire comme un manifeste artistique, aussi bien à travers le personnage du peintre qu’à travers les paysages filmés. Étudier la fonction du peintre dans le récit, son statut tel qu’il apparaît dans l’histoire et la manière dont on suggère qu’il est un peintre impressioniste. La fonction du peintre dans le récit.Le peintre est à la fois le narrateur, le personnage principal et le porteparole artistique de l’auteur. Le téléfilm a repris la structure enchâssée de la nouvelle: le peintre raconte à une petite société d’amis l’histoire d’un dessin mystérieux et inquiétant, un portrait de Miss Harriet. Le point de vue est donc interne et les autres personnages découverts à travers le person nagenarrateur. On remarquera que le peintre est présent dans presque tous les plans. Le spectateur est donc contraint d’adopter sa vision du monde, ce qui constitue un premier acte artistique. De fait, l’artiste représente le plus souvent la figure de l’auteur dans le récit et traduit sa conception de l’art et de la littérature. Le statut de l’artiste.On se demandera quelles sont les réactions des autres personnages face à l’art pour e définir la situation de l’artiste à la fin duXIXsiècle. Comme l’écrivain naturaliste ou réaliste, le peintre moderne souffre de l’incompréhension d’une partie du public. Les paysans ne voient que l’aspect matériel: cela ne paye pas, ne nourrit pas son homme. Une
scène du film suggère une analogie entre lesregistre comique, et ne recule pas devant les effets Costumes de contes fermiers et les vaches normandes: ni les uns ni lesappuyés. Le contraste entre la Mère Toine et le Père Agnès Nègre, créatrice des autres ne semblent comprendre ses productions.Toine est tranché: il est énorme, bon vivant et géné costumes sur la série, parle L’ancien chasseur d’Afrique, le «sapeur», qui a pourreux; elle est maigre, revêche et avide. La progressive de son travail sur les films. tant vécu l’exotisme de l’Afrique, ne voit dans leréduction de Toine à l’impuissance est clairement désert qu’une terre infertile alors que le peintre imamatérialisée dans l’espace: Toine est installé dans Miss Harriet: «Pour le gine les chaudes couleurs des dunes. L’instituteurune remise, puis sa femme lui ôte le jambon dont costume de Jérémie Rénier fait preuve d’admiration pour les peintres, mais sonil aurait pu vouloir se nourrir, puis elle lui interdit les [le jeune Chenal] nous amour de l’art est daté: Ingres, peintre néoclassique,visites, et enfin l’empêche tout à fait de bouger en sommes partis d’une est son idéal artistique, loin des innovations créaexigeant qu’il couve des œufs. La déchéance est peinture intituléeBonjour trices du narrateur. Seule Miss Harriet apprécie saparachevée lorsque Toine se trouve entièrement ani Monsieur Courbet, très peinture mais avec une conception romantique demalisé par sa femme: le fonduenchaîné entre le représentative de l’allure l’art: une manifestation de l’infini, de la grandeurvisage de Toine et la tête de la poule, les petits e d’un peintre finXIXsiècle. du créateur. On pourra, à partir de quelques œuvreshochements de tête et les mouvements d’yeux de Pour Laure Killing [Miss caractéristiques de chacun de ces mouvements artisToine grossissent cet effet d’identification. Toutefois, Harriet], nous avons choisi e tiques duXIXcette déchéance est ici interprétée plutôt commesiècle, en dégager les grands principes, une robe en indienne, très avant de s’attacher davantage à l’impressionnisme.une simple mauvaise blague prise au sérieux par la anglaise, mettant bien en Un peintre impressionniste.Mère Toine, que Toine subit avec des airs de petitOn établira la liste des lumière les origines et le attributs du peintre, c’estàdire des objets qui rengarçon puni. La dimension farcesque s’accentue caractère puritain du voient à l’acte de créer. Cet artiste travaille en extélorsque l’éclosion des œufs que couve Toine est atten personnage. Nous avons rieur avec un chevalet. Il dessine et peint ce qu’ildue par tout le village comme un véritable accou longuement cherché la voit, la nature qui l’entoure. Sa technique est assezchement. On égrène ici toutes les situations typiques tenue symbolisant au moderne et suscite l’incompréhension des paysans:de la vie à la campagne: les regards en coin entre le mieux Miss Harriet. Elle ne plutôt qu’un dessin détaillé, il préfère appliquer demédecin et le curé, le recueillement qui précède l’abandonne d’ailleurs que grands aplats de couleur sur la toile; les massesl’accouchement, la bénédiction du curé lors du pour revêtir une robe se détachent et créent une impression forte. Ilpremier «cri »,la coopération entre les villageois blanche, halo lumineux en cherche à retranscrire l’impression du paysage sur(presque chorégraphiée) pour porter les «nouveaux déconnexion avec la son œil à la manière de Claude Monet, quenés »près de leur mère… La mise en scène force réalité, et la retrouve dans Maupassant avait vu peindre à Étretat.résolument le trait en faisant intervenir le personnage la mort.» On pourra comparer certaines images du film avecdu médecin, qui se déplace au chevet de Toine et des tableaux impressionnistes de l’époque. On créeral’assiste dans son «accouchement», puis en faisant ToineJacques: « une petite galerie de peinture virtuelle avec desmimer par Toine les douleurs de l’enfantement. Enfin, Santamaria m’a tout de tableaux de Claude Monet commeLa Plage et lesle gros plan sur le rire final que lance Toine lorsque suite dit : "Je voudrais du Falaises d’Étretat,La Plage de Pourville, soleil couson ami évoque la future fricassée montre l’absence rouge." Joël Demarty chant,Chemin dans les blés,La Plage à Honfleurrancune et la victoire de la bonne humeur., de [Toine] porte donc des La Falaise de Fécamp… On pourra y ajouter l’œuvreL’adaptation de la nouvelle tire donc résolument le chemises rouges. […] Pour de Gustave Courbet:Les Falaises d’Étretat après lapropos du côté de la farce, et l’expurge de ses accents la naissance des poussins, tempêteetBonjour Monsieur Courbet, source d’inspicruels et tragiques. Jacques souhaitait que les ration du costume de Chenal. Le téléfilm a claire personnages soient ment repris les points de vue et paysages de la côteendimanchés, comme on normande tels que les peintres de cette époque les peut l’être lors d’une voyaient. grande cérémonie. Je m’en suis emparée: ils sont Pour en savoir plus Toine: du tragicomique au burlesque endimanchés, chacun avec >Étudier le passage d’un registre à un autre dansMiss Harriet, inMiss Harriet et autres nouvelles, une petite touche de rouge. l’adaptation et le grossissement du trait dans leLibrio, 1999. Qui la fleur à la film.Toine, inToine et autres contes, Hachette, boutonnière, qui le petit Dans le conte de Maupassant dominent certes l’incoll. «Classiques »,1999. nœud lavallière, qui le vraisemblance et la tonalité comique, mais le burFrance 2 propose un minisite sur la série. tablier…» lesque laisse néanmoins une impression amère danshttp://programmes.france2.fr/chezmaupassant/ la mesure où l’humour, lorsqu’il n’est pas farcesque,L’association des amis de Guy de Maupassant metDossier de presse est soit cruel, soit l’ultime moyen de supporter sonen ligne ses œuvres complètes numérisées.de la série. sort. Le téléfilm, lui, s’installe franchement dans lehttp://maupassant.free.fr/
Portrait fragmenté d’une Anglaise Fiche de travail
Dans l’adaptation que Jacques Rouffio et Philippe Claudel font deMiss Harriet, le portrait complexe qui nous est offert du personnage de la dame anglaise est conforme à celui que Maupassant construit peu à peu dans sa nouvelle. On en étudiera la construction progressive en soulignant les relations d’opposition et de complémentarité qui se tissent avec le jeune peintre, et la multiplicité des regards portés par les personnages secondaires sur cette femme.
1.Le personnage de Miss Harriet se construit au fil du récit par un jeu d’opposition et de complémentarité avec le peintre Léon Chenal. Précisez dans le tableau suivant la singularité de leurs liens.
Les oppositions – Âge – Convictions – Conception de l’amour
Les points communs – Situations – Activité – Goût – Sensibilité
Miss Harriet
Le peintre
2.Derrière la pruderie et la dévotion de Miss Harriet ne se cache pas seulement le stéréotype de la vieille fille bigote. La multiplicité des regards portés sur cette figure mystérieuse fait apparaître un personnage beaucoup plus nuancé. Rassemblez dans le tableau les différentes informations livrées sur le personnage.
Ce que l’on rapporte sur Miss Harriet – L’aubergiste – Sapeur – Le fossoyeur – L’instituteur – Le curé – L’enfant – Le narrateur (ses propos, le portrait à l’origine du récit)
Ce que le spectateur découvre sur Miss Harriet – Ses tenues vestimentaires – Ses attitudes – Ses propos avec le peintre – Sa chambre – Sa lettre testamentaire
3.Développez, dans le cadre d’un texte synthétique, les deux visions qui se dégagent de ce portrait fragmenté.
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