Courbet_atelier_realisme - Gustave Courbet

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Courbet_atelier_realisme - Gustave Courbet

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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lle M Grilli
Le Réalisme en peinture
Gustave Courbet L’Atelier du peintree.Lecture d’ima
Secondes
Gustave Courbet, L’Atelierdu peintre. Allégorie Réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique (et morale), 1855, Huile sur toile, 361 × 598 cm, musée d'Orsay, Paris. « C’est le monde qui vient se faire peindre chez moi » - Courbet En 1854 ou 1855, Gustave Courbet peignit un grand tableau de 6 mètres sur 3 mètres,L’Atelier du peintre. Refusé à l’Exposition universelle, l’œuvre est apparue au grand jour dans une exposition personnelle de l’artiste. La majorité du public en fit une lecture relativement simple. Au milieu de la toile, apparaissant dans une pose orgueilleuse, l’artiste se reculait du chevalet pour juger de son esquisse ; à quelque distance posait un modèle (était-ce une figure destinée à animer le paysage ?) ; à côté de Courbet se tenait un petit paysan, admiratif ; une femme du monde, donnant le bras à son mari, visitait l’atelier ; des poètes, des musiciens, des amoureux devisaient … Tel était cet étonnant tableau, dont Courbet avait dit lui-même dans une lettre adressée à Champfleury : « Vous comprendrez comme vous pourrez. Les gens qui veulent juger auront de l’ouvrage, ils s’en tireront comme ils pourront. Pourquoi cette difficulté ? Elle tient essentiellement à deux choses : d’une part, le tableau prend une tout autre dimension dès lors que l’on y perçoit non point tant des types que des portraits ; d’autre part,L’Ateliera un sous-titre singulier –Allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique–, mêlant deux termes en apparence antinomiques : Allégorie / Réalité. » Qu’est-ce donc que cette « image » ? Que signifie cet oxymore ? [Rappel sur le contexte historique](d’aprèsWikipédiaentre autres) Louis-Philippe a été destitué en 1848, et l'année suivante,Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, a été élu président de la république.Après ce que beaucoup ont considéré comme un coup d’Etat en 1851, de nombreux artistes dénonceront Napoléon « Le Petit », comme Hugo, particulièrement virulent dansLes Châtiments. En 1850, nous sommes surtout à l’époque de la Révolution industrielle et les élans spirituels des Romantiques sont démodés devant le développement fulgurant des techniques de production et l'apparition d'une nouvelle société. Se forment alors parallèlement deux classes sociales avec des aspirations contraires : la bourgeoisie devient la classe dominante et tend à imposer ses conceptions politiques et morales tandis que la classe ouvrière cherche à exprimer ses revendications. Des intellectuels commencent à élaborer les fondements de la doctrine socialiste comme Marx et Proudhon dont Courbet fut l’ami et dont il peignit le portrait en 1865. Dans ce contexte social, les artistes ne se rangent pas forcément aux côtés de la classe ouvrière et de son combat (Courbet participera à la Commune seulement en 1871) mais se détachent de la bourgeoisie qui rejette les nouvelles formes d’art. L’artiste véritablement novateur tend à s’isoler et à se marginaliser : après la « Bohème », forme de vie aléatoire mais libre des artistes romantiques, la deuxième moitié du XIXe siècle voit l’apparition de l’image de « l’artiste maudit », qui n'est plus au service des institutions et des pouvoirs en place comme auparavant, et qui n'est compris que par une petite élite intellectuelle et artistique.
lle M Grilli
Le Réalisme en peinture
Secondes
La scène se passe dans l'atelierde Courbet à Paris. Elle est divisée en trois parties : au centre, l’artiste, avec derrière lui, un modèle nu. À sa droite, les élus, les bons ; à sa gauche, ceux qui vivent de la mort et de la misère. Le tableau se présente donc comme une sorte de Jugement dernier. Courbet en dit ceci dans une lettre qu'il adresse à son ami Champfleury en janvier 1855 :« c'est l'histoire morale et physique de mon atelier, première partie. Ce sont les gens qui me servent, me soutiennent dans mon idée, qui participent à mon action. Ce sont les gens qui vivent de la vie, qui vivent de la mort. C'est la société dans son haut, dans son bas, dans son milieu. En un mot, c'est ma manière de voir la société dans ses intérêts et ses passions. C'est le monde qui vient se faire peindre chez moi. » Courbet commente ainsila composition de son tableaudans une lettre : « Le tableau est divisé en deux parties. Je suis au milieu, peignant ». Très peu de peintres se sont, jusque là, représentés au centre de leurs œuvres. Les élus et les réprouvés sont comme départagés par une « religion nouvelle », celle de l’artiste ou de l’art, « religion » commune aux socialistes utopiques, aux romantiques, ainsi qu’à Proudhon, ami et confident du peintre. Courbet se définissait lui-même comme un républicain « de naissance », acquis aux idées socialistes. Au centre, le peintre, son modèle et les souvenirs épars de son passé. Sur le chevalet figure un paysage de Franche-Comté, plus précisément un paysage d’Ornans (sa ville de naissance) que Courbet est en train de peindre, il privilégie ses origines, son milieu, son paysage natal. L'artiste est assis sur une chaise, de profil. Il porte un pantalon à carreaux et un veston à col rayé. Courbet, dans cette composition joue donc le rôle de médiateur, de régulateur. À ses pieds se trouve un chat blanc. Devant la toile, un petit berger comtois, pieds nus dans ses sabots, avec les cheveux en bataille, regarde la toile. Il est le symbole de l'innocence et de la vie. À droite du peintre se trouve une femme nue, son modèle qui regarde le peintre travailler ; elle est de profil et est coiffée d’un chignon ; elle retient avec ses deux mains une grande draperie qui traîne sur le sol ; ses habits sont jetés négligemment sur un tabouret. Serait-elle un modèle? Mais elle n’est pas peinte et personne ne semble la regarder. Serait-elle une Muse ? Selon Courbet, il y a, «à gauche, l'autre monde de la vie triviale, le peuple, la misère, la pauvreté, la richesse, les exploités, les exploiteurs, les gens qui vivent de la mort » : un braconnier, qui représente la chasse est assis au centre et ressemble étrangement à Napoléon III. Son chien regarde un sombrero et un poignard qui symbolisent la poésie romantique. Une tête de mort sur un journal représente la presse, qui est alors sous contrôle. En face, une irlandaise allaitant un enfant, allusion à la misère. Devant, un rabbin représente la religion hébraïque et un second Juif, le commerce. Ce dernier offre une étole à un bourgeois, portant un haut-de-forme, assis. Ce bourgeois serait peut-être le grand-père de Courbet ou, selon Hélène Toussaint, le banquier et ministre des finances Achille Fould rapportant dans sa cassette l'argent nécessaire au coup d'État. Le marchand d’habits serait Persigny, ministre de l’Intérieur de Napoléon III. Parmi les autressymboles et figures allégoriquesde ce côté de l'œuvre, on peut aussi remarquer une paillasse à bicorne pour le théâtre et un prêtre pour la religion catholique (il pourrait s'agir de Louis Veuillot, journaliste ultra catholique et directeur deL’Univers). Dans le fond, toujours à gauche, on trouve un faucheur et un terrassier symbolisant la vie des champs ou peut-être des nations en lutte pour leur indépendance (Italie, Hongrie, Pologne), un croque-mort (Émile de Girardin, fondateur de journaux populaires, tenu pour « fossoyeur de la République » pour avoir soutenu Louis Napoléon Bonaparte en 1851), un ouvrier désœuvré, pour le chômage, un républicain de 1793 (Lazare Carnot) et enfin une fille publique (nue) pour la débauche. Toujours selon Courbet, on trouve «à droite tousles actionnaires, c'est-à-dire les amis, les travailleurs, les amateurs du monde de l'art. », en tout douze personnages, les amis « élus » du peintre : Au premier plan, Charles Baudelaire, lisant assis sur une table ; il symbolise la poésie. À ses côtés un couple bourgeois visitant l’atelier, ce sont donc des amateurs mondains. Certains y reconnaissent le couple Sabatier, collectionneurs montpelliérains et fouriéristes militants. À leurs pieds, leur enfant qui lit, c’est l’enfance studieuse. Au milieu du groupe un couple s'embrasse pour figurer l’amour libre.Champfleury, l'ami du peintre, se trouve sur un tabouret et représente la prose, son domaine artistique. Dans le fond,Proudhon, avec ses fines lunettes, pour la philosophie sociale, Promayet pour la musique, Max Buchon pour la poésie réaliste, Urbain Cuenot, un ami intime de Courbet, et enfin, Alfred Bruyas (le mécène de Montpellier). Les tons dominants sont les couleurs ocre, or et marron. La lumière vient de droite par une fenêtre : elle éclaire donc les « bons » et le dos du modèle (Courbet avait l’habitude de peindre au préalable ses toiles en noir pour revenir petit à petit vers les tons clairs). Le tableau au centre, Courbet, son modèle et l'enfant sont mieux éclairés et ressortent de la toile. = Ce tableau, avecsa mise en abyme, est un manifeste esthétique. Les implications politiques y sont évidentes puisque figurent sur la toile à la fois Napoléon III et Proudhon. C’est un tableau d’Histoire, en ce sens que, contrairement à la peinture de genre (nature morte, paysage, scène de la vie ordinaire), le sujet, traité dans un format majestueux, imposant, célèbre un événement majeur, ou considéré comme tel par l’artiste : sa peinture de la société, son idée de la place (centrale) de l’artiste dans cette société, son manifeste esthétique. C’en est fini pour lui de l’académisme comme le suggère le mannequin d’atelier cloué au pilori, de ses travaux de jeunesse dont les morceaux épars gisent aux pieds du braconnier ; restent la Nature (il peint un paysage d’Ornans, reconnaissable à ses falaises, déjà présentes dans L’Enterrement à Ornans), le réel, et la place assignée à l’artiste au cœur de la société. Cetableau-bilanun est manifeste.
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