De la caverne à la machine : Platon, Lem, Dick et le ruban des ...

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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De la caverne ‡ la machine : Platon, Lem, Dick et le ruban des simulacres
Julie Martineau
Il s'agit d'assurer le triomphe des copies sur les simulacres, de refouler les simulacres, de les maintenir enchaÓnÈs tout au fond, de les empÍcher de monter ‡ la surface et de ´ s'insinuer ª partout.
Ñ Gilles Deleuze,
Logique du sens
Le projet du philosophe, tel que reprÈsentÈ notamment par le mythe de la 1 caverne au septiËme livre deLa RÈpublique, dans un dialogue entre Socrate et Glaucon, est de faire rÈgner le MÍme et le Semblable Ñ c'est-‡-dire le modËle et la copie Ñ sur les simulacres. Le platonisme s'applique en effet ‡ distinguer deux types d'images, ou imitations : les ´ copies-icÙnesª et les ´ simulacres-phantasmes ª. Les premiËres sont considÈrÈes comme de bonnes copies, bien fon-dÈes, alors que les secondes s'abÓment dans la dissemblance, puisque le modËle du MÍme, c'est l'IdÈe, et que ´ c'est l'identitÈ supÈrieure de l'IdÈe qui fonde la bonne 2 prÈtention des copies ª ; quant au simulacre, il se fait passer pour le modËle, il nie par son principe mÍme toute prÈcession d'un modËle: en ce sens, il est ´ automate ª, il ne reconnaÓt aucune autoritÈ extÈrieure ‡ lui. Platon propose de pro-gresser vers l'IdÈe du beau, vers l'IdÈe du bien, dont on ne voit sur Terre que les apparences, par la distinction entre l'IdÈe, le modËle, la copie et le simulacre. Sa conception implique que, suivant une sorte de ´ dÈgradation ª, la premiËre est de nature divine, alors que le dernier est de nature humaine.
1. Platon.La RÈpublique, traduction de Robert Baccou, Paris : Garnier-Flammarion, 1966. 2. Deleuze, Gilles. Logique du sens, Paris : …ditions de Minuit, coll. ´ Critique ª, 1969, p.296.
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Le renversement de la philosophie platonicienne, soutenu par Leibniz, Kant, Hegel, puis principalement par Nietzsche, consiste ‡ dÈfaire le monde des essences et celui des apparences en afÞrmant la toute-puissance du faux et l'Èternel retour, la 3 rÈpÈtition incessante du mÍme. DËs lors, l'image cesse d'Ítre seconde par rapport au modËle : ainsi, ce renversement occasionne la libÈration et la montÈe des simula-cres, dans toute leur subversivitÈ. Gilles Deleuze rappelle ‡ ce propos, dansLogique du sens, que ´ entre l'Èternel retour et le simulacre, il y a un lien si profond que l'un 4 n'est compris que par l'autre ª .
Le concept nietzschÈen d'Èternel retour Èvoque ce qu'on veut dÈmontrer par le ´ ruban des simulacres ª, et introduit la question de la structure de la rÈalitÈ. Qu'est-ce au juste que le rÈel ? La langue anglaise contient un mot qui a la mÍme Èpellation que l'Ènigmatique terme franÁais : ´ REEL ª. Ce signiÞant dÈsigne une bobine ou un support sur lequel on fait dÈrouler un Þlm, une bande imprimÈe. Philosophique-ment, le terme peut suggÈrer quelque chose de l'ordre du ´ grand rouleau ª de Jac-ques le Fataliste (Diderot), ou, scientiÞquement, les modËles d'attracteurs comme celui de Edward Lorenz (l'attracteur Ètrange, modËle de l'effet papillon), systËme chaotique ‡ deux boucles. On peut bien s˚r aussi penser au symbole de l'inÞni (¥), qui reprÈsente l'Ècoulement cyclique et Èternel des choses, ou l'inÞnitÈ mathÈmati-que.
Les deux nouvelles de science-Þction que nous allons observer mettent en scËne des Ítres artiÞciels dont le destin est littÈralement enchaÓnÈ ‡ un systËme ‡ deux bobines, plaÁant ces ´ sujets ª ‡ la fois dans la position d'acteurs et de specta-teurs. Nous verrons que pour les personnages qui Èvoluent dans l'histoire du profes-seur Corcoran de Stanislas Lem et dansLa fourmi Èlectroniquede Philip K. Dick, ‡ l'instar des troglodytes de l'allÈgorie platonicienne, sortir de la caverne peut aussi vouloir dire accÈder ‡ une autre caverne.
5 Stanislas Lem Ècrit en 1971Les mÈmoires d'Ijon Tichy, o˘ se trouve mis en Þction un modËle comparable ‡ celui deLa RÈpublique sur plusieurs aspects, puisqu'il s'agit rien de moins encore qu'une thÈorie de la connaissance. DansLes mÈmoires d'Ijon Tichy, le personnage Èponyme, narrateur homodiÈgÈtique, trace le portrait des Ètranges savants qui se sont conÞÈs ‡ lui et de leurs inventions non moins loufoques. Dans la premiËre des cinq nouvelles composant lesMÈmoires,
3. Selon Gilles Deleuze. ´ I. Platon et le simulacre ª dansLogique du sens, ibid., p.292-307. 4. Deleuze.op.cit., p.305. 5. Lem, Stanislas.Les mÈmoires d'Ijon Tichy,du polonais par Dominique Sila. Traduit Paris : Calmann-Levy, 1977 (1971)
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celle qui nous prÈoccupe, Ijon Tichy fait le rÈcit de sa rencontre avec le professeur Corcoran, un cybernÈticien reclu et de mauvaise rÈputation.
Dans son laboratoire, le professeur attire l'attention du narrateur-personnage sur une douzaine de boÓtes mÈtalliques disposÈes sur des ÈtagËres. Il lui dit qu'elles contiennent : ´ les cerveaux Èlectroniques les plus perfectionnÈs qui aient jamais existÈ ª (p.34). Entrant dans une explication pour le moins complexe, Corcoran prÈ-sente ses boÓtes pensantes comme la matÈrialisation des monades de Leibniz. Comme dans la dÈÞnition que Deleuze donne du simulacre, l'effet de ressemblance de ces entitÈs mÈcaniques avec des Ítre humains est obtenu ‡ partir de moyens dif-fÈrents de ceux qui sont ‡ l'oeuvre dans le ´ modËle ª :
Ñ Chacune de ces boÓtes contient un systËme Èlectronique capable d'engendrer une conscience. Tout comme notre cerveau. Si le matÈriau diffËre, le principe est le mÍme. Mais c'est l‡ que s'arrÍte la ressemblance. (...) nos cerveaux sont comme qui dirait, reliÈs au monde extÈrieur par l'intermÈdiaire de rÈcepteurs sensoriels : yeux, oreilles, nez, peau, etc. En revanche, ceux-ci, dit-il en dÈsignant du doigt la rangÈe de boÓtes, ont leur ´ univers extÈrieur ª, l‡-dedans... (p.34)
Poursuivant sa prÈsentation, le professeur Corcoran explique que ces vies arti-Þcielles ne servent ‡ rien, et qu'elles n'entretiennent aucun Èchange avec l'extÈrieur, hormis avec une grande bobine o˘ :
se trouvent des bandes spÈciales contenant des stimuli Èlectriques enregistrÈs, de ceux qui correspondent aux cent ou deux cents milliards de phÈnomËnes auxquels l'homme peut se trouver confrontÈ au cours d'une existence, si riche fut-elle en impressions. (p.35)
Dans cet univers clos, donc, la vie des personnages synthÈtiques dÈpend de la sÈrie de bandes dont le collecteur d'impressions sensorielles puisera l'information, et si le nombre des phÈnomËnes possibles est Þni, leurs combinaisons quant ‡ elles relËvent du hasard et ne sauraient donc Ítre dÈterminÈes d'avance.
Parmi ces personnalitÈs synthÈtiques, deux cas ressortent de faÁon plus signiÞcative : l'un est un savant qui vient de dÈcouvrir la thÈorie gÈnÈrale de la gra-vitation qui rÈgit son univers : ´ Il passe son temps ‡ explorer l'univers et cepen-dant, jamais Ñ comprenez-le bien Ñ jamais il ne soupÁonnera que celui-ci puisse Ítre une illusion ª (p.39). C'est ainsi que surgit l'allÈgorie de la connaissance dans les termes de Lem, lorsqu'il est dit un peu plus loin, toujours ‡ propos de ce savant artiÞciel :
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qu'il gaspille son temps et ses forces pour tenter de percer ‡ jour un mystËre qui se ramËne, au fond, ‡ une sÈrie de bobines autour desquelles sont enroulÈes des bandes magnÈtiques : ses mains, ses pieds, ses yeux [...] ne sont qu'une chimËre provoquÈe dans son cerveau Èlectrique par la libÈration d'une suite d'impulsions convenablement sÈlectionnÈes. (p.39)
De mÍme que, aÞn d'accÈder ‡ la connaissance vraie, les hommes enchaÓnÈs dans la caverne de Platon doivent tourner leurs yeux vers le ´ monde supÈrieur ª, le prisonnier de la machine doit voir par-del‡ les simulacres : ´ Pour ce faire, il lui faudrait sortir de sa boÓte mÈtallique, chose qui est pour lui tout aussi impossible que pour vous de dÈceler l'existence de cette boÓte lourde et froide autrement que par la vue ou le toucher ª. (p.39) En effet, la caverne-machine peut s'apparenter ‡ la boÓte noire en tant que lieu insondable, comme ´ mÈcanisme ª dont on ne connaÓt pas le fonctionnement, et indissociable Ñ en l'occurrence Ñ de ceux qui l'habitent et l'explorent.
En effet, tenu ‡ l'Ècart sur la plus haute tablette, le second cas parvient ‡ dÈpas-ser cette limite. Non pas, ‡ l'instar du philosophe ou du scientiÞque, par l'entremise de la ´ raison ª, mais par le biais de la ´ folie ª :
Ñ Lui, c'est le fou de mon univers, [...] il prÈtend n'Ítre lui-mÍme qu'une boÓte en fer, comme tous ceux qui l'entourent ; les gens sont de simples appareils disposÈs dans le coin d'un vieux laboratoire empoussiÈrÈ ; le monde, avec ses charmes et ses horreurs, n'est qu'une illusion. (p.44)
Aussi, de mÍme que Platon Ècrit ‡ propos des hommes de la caverne : ´ Ils nous ressemblent ª, Lem enligne ces deux rÈpliques : ´ Et savez-vous, Tichy, ce que pense son Dieu ? ª ; ´ Oui, rÈpondis-je, qu'il est semblable ‡ lui ª. Ce passage vertigineux introduit le lecteur dans une mise en abyme o˘ Corcoran, en tant que Dieu dans l'univers qu'il a crÈÈ, est lui-mÍme posÈ comme illusion. Et de fait, le lec-teur sait qu'il en est une, puisqu'il est un personnage Þctif dont l'auteur-dieu est Sta-nislas Lem. Le point de dÈpart des travaux du savant-dÈmiurge Corcoran prend place dans le doute qu'il nourrit lui-mÍme ‡ l'Ègard du rÈel, puisqu'il Ètait : ´ un adepte du solipsisme ; il ne croyait qu'en sa propre existence, il tenait tous les autres pour des fantÙmes, des visions oniriques ª (p.30). Son questionnement relËve pour-tant d'une longue tradition au sujet de la nature du rÈel et de sa crÈation.
Le personnage de la seconde nouvelle que nous comparons au mythe deLa RÈpubliqueune existence assez semblable ‡ celle de ces monades qui ne connaÓt sont pas que des copies humaines, mais des imitations simulacres : univers intÈrio-risÈ, destin ´ programmÈ ª, volontÈ de s'affranchir de sa condition, de se dÈpasser et 6 d'accÈder ‡ la connaissance absolue. DansLa fourmi Èlectronique, nouvelle Ècrite
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par Philip K. Dick en 1969, on entre carrÈment dans le monde du fou artiÞciel de Lem. AprËs un accident aÈrien, Garson Poole, personnage hÈtÈro-diÈgÈtique, se rÈveille ‡ l'hÙpital et apprend qu'il est un robot organique : ´ Je suis un phÈnomËne, constate-t-il, un objet inanimÈ qui singe l'Ítre animÈ ª. (p.230). Se dÈcouvrant une anatomie mÈcanique, donc, il se met ‡ opÈrer diffÈrentes manipulations sur le ´ ruban de rÈalitȪ que sa cage thoracique lui avait cachÈ durant toute son ´ existence ª :
Si je coupe le ruban, mon univers va disparaÓtre. La rÈalitÈ subsistera pour les autres, mais pas pour moi. Parce que ma rÈalitÈ, mon univers, me viennent de ce minus-cule appareil. Lequel alimente le Þltre, qui transmet ‡ son tour les impressions ‡ mon systËme nerveux central au fur et ‡ mesure du dÈroulement. (p.233)
Garson Poole compare sa morphologie ‡ celle des Ítres organiques, et com-prend la particularitÈ de sa condition et les possibilitÈs qu'elle lui permet d'explorer.
Lors de ses expÈriences, la fourmi Èlectronique s'applique entre autres ‡ percer des trous et ‡ gommer ceux qui perforaient la bande, faisant en sorte que des ÈlÈ-ments apparaissent ou disparaissent dans son plan de rÈalitÈ, notamment un vol de canards et un homme lisant son journal dans un parc qui jaillissent en plein milieu de son salon, sous son regard et celui de son assistante. Garson Poole se prend ainsi lui-mÍme comme objet d'observation ‡ titre d'univers, se faisant machine de vision auto-rÈfÈrentielle. En tripotant son ruban de rÈalitÈ, Poole cherche ‡ prendre le con-trÙle de son destin :
...si je contrÙle cet instrument, je contrÙle la rÈalitÈ. Du moins en ce qui me con-cerne. Ma rÈalitÈ subjective... mais rien de plus. La rÈalitÈ objective est une construc-tion de synthËse, qui part d'une gÈnÈralisation hypothÈtique fondÈe sur une multitude de rÈalitÈs subjectives. (p.234)
Seulement, ´ rÈalitÈ subjectiveª, dans le cas de l'automate, signiÞe ´ qu'il n'aboutissait pas seulement au contrÙle de lui-mÍme ; il prenait le contrÙle de tout ª. (p.234) En fait, le lecteur dÈcouvre avec lui que si son dÈsir est ´ la rÈalitÈ ultime et absolue ª (p.246), sa motivation vÈritable est de se supprimer, et lorsqu'il parvient ‡ cette osmose, effectivement, la surcharge d'informations dont il est le canal rÈcepteur est telle qu'il ressort de cette expÈrience entiËrement grillÈ.
6. Dick, Philip k. La fourmi Èlectronique, traduction de Bruno Martin (The Electric Ant) dansHistoires d'automates, Paris : LGF, Le livre de poche, ´ La grande anthologie de la science-Þction ª, 1983.
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Nous voil‡ maintenant en mesure de comparer les trois fabula ‡ partir de la problÈmatique du simulacre. L'Ítre humain face ‡ la connaissance est comme un automate enchaÓnÈ ‡ son mÈcanisme vital. Et ici, le mot ´ enchaÓnement ª prend un double sens : ‡ la fois celui d'emprisonnement et celui de dÈroulement ou de suc-cession. La rÈfÈrence premiËre est celle d'une suite d'images et de sensations, ce ‡ quoi assistent autant les personnages des nouvelles de Lem et de Dick que les Ítres conÞnÈs dans la caverne. Dans le cas des deux entitÈs ´ monadiques ª dÈcrites dans le texte de Lem, pour l'un, c'est la quÍte scientiÞque qui est le dÈclencheur d'un dÈpassement, alors que pour l'autre, c'est la folie, bien qu'elle soit extra-lucide. Dans le cas de Poole, c'est la rÈvÈlation de sa vraie nature qui fonde sa motivation. Mais pour l'Ítre pensant et organique de l'allÈgorie de Platon, qu'est-ce qui est sensÈ reprÈsenter un dÈclencheur ? Qu'est-ce qui peut procurer les premiËres armes d'un discernement contre l'action des simulacres ?
Platon ne pouvait bien s˚r pas entrevoir ‡ quel point ce serait les simulacres-phantasmes qui l'emporteraient au Þl de l'Histoire Ñ ou sans doute le craignait-il. Du moins, en cette Þn de siËcle, selon Jean Baudrillard qui se fait particuliËrement alarmiste dans son ouvrageSimulacres et simulation, les simulacres prolifËrent de plus belle, tout spÈcialement gr‚ce aux media de masse, et ils rËgnent en maÓtres sur les activitÈs humaines. Par exemple, l'ÈvÈnement est devenu la diffusion mÍme, tout comme McLuhan afÞrmait que lorsqu'on lit un texte, ce n'est pas son message qui est vraiment important, mais le fait prÈcisÈment qu'il soit imprimÈ : on assiste ‡ la 7 ´ substitution au rÈel des signes du rÈel ª , par un effet de fascination technologi-8 que. RÈgis Debray, dansVie et mort de l'image. Une histoire du regard en occident, dÈveloppe la mÈdiologie, qui prend en compte la matÈrialitÈ mÍme des systËmes de communication. Il observe que la nature du mÈdium affecte la pensÈe, jusqu'‡ agir sur ses dÈveloppements, et nomme ´ mÈdiasphËre ª le systËme de communication propre ‡ une Èpoque. Debray en identiÞe trois dont la succession correspond au dÈveloppement historique des moyens de transmission : la logosphËre est la pre-miËre sphËre et elle coÔncide avec l'invention de l'Ècriture ; la graphosphËre est la seconde, construite sur l'imprimerie ; et la vidÈosphËre est la troisiËme, basÈe sur 9 l'audiovisuel et l'Èlectronique. Dans son article ´ Les murmures de la machine ª , Bertrand Gervais parle des personnages du roman qui ne croient ‡ la rÈalitÈ de ce qu'ils vivent que si l'ÈvÈnement est diffusÈ par les media. Ainsi, c'est ´ l'information
7. Baudrillard, Jean.Simulacres et simulation, Paris : GalilÈe, ´ DÈbats ª, 1981, p.11. 8. Debray, RÈgis.Vie et mort de l'image. Une histoire du regard en occident, Paris : Galli-mard, 1992. 9. Gervais, Bertrand. Les murmures de la machine : lire ‡ travers le bruit de fond de Don Delillo,Surfaces,http://pum12.pum.umontreal.ca/revues/surfaces/sgml/vol4/ger-vais.sgml, 1994.
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qui fait l'ÈvÈnement, sa divulgation et non son apparition ª, Ècrit-il en rÈfÈrant ‡ la vidÈosphËre de Debray.
De faÁon similaire, pour ce qui est du rÈel, Douglas Hofstadter Ècrit, dans Gˆdel, Escher, Bachque : ´ Pas par pas, inexorablement, la science ÒoccidentaleÓ 10 s'est dirigÈe vers l'Ètude de l'esprit humain, c'est-‡-dire de l'observateur ª . L'objet des sciences devient, au tournant du millÈnaire, le sujet lui-mÍme, c'est-‡-dire le foyer de l'activitÈ de la connaissance qui est le cerveau. Le rapport du scientiÞque ‡ son objet est comme celui qui s'Ètablit du lecteur au texte et du spectateur au jeu thÈ‚tral. Jean Baudrillard, dansSimulacres et simulation, parle de l'opÈratique, qui est le thÈ‚tre machinique : ´ le statut thÈ‚tral, de machinerie thÈ‚trale et fantastique, 11 le Ògrand opÈraÓ de la technique ª . La simulation technique procÈdant dans les exemple littÈraires que nous avons analysÈs par bandes magnÈtiques, l'observateur assiste ‡ un continuum Èlectronique, comme ‡ un Þlm simulant le mouvement du rÈel.
Le monde humain est-il vraiment ‡ entendre comme lieu gÈrÈ par une ´ bobine dÈbitrice ª d'images et autres impressions sensorielles ? Le dÈÞlement des images sur l'Ècran de tÈlÈvision et le spectateur Èbahi qui prend toutes les marionnettes mÈdiatiques qui y passent (dÈÞlement des simulacres) pour la rÈalitÈ Ñ bien que le tableau peut sembler caricatural Ñ, paraÓt bien montrer l'homme contemporain comme enchaÓnÈ au fond d'une caverne, attachÈ par dÈpendance aux diverses machines qui l'entourent et qui progressivement le contiennent. Et si ce systËme de communication et d'information illusoire, contre toute logique, venait effectivement ‡ composer l'essentiel de la rÈalitÈ ?
Pourtant, la caverne-machine ne peut Ítre considÈrÈe comme un lieu unique-ment caractÈrisÈ par ´ l'enfermement, l'errance dans un milieu obscur et trompeur, 12 la frÈquence des illusions ª , car c'est aussi une matrice o˘ se trouvent rÈcupÈrÈs, produits et reproduits les simulacres. La Þction, ‡ travers les formes qu'elle peut prendre (toile, Þlm, roman, etc.), est bien de l'ordre de ces types d'imitations, et afÞrme la puissance du faux ´ comme ÈvÈnement positif et joyeux, comme 13 effondement ª . ¿ ‡ ce titre, le Þlm ou le texte peuvent Ítre conÁus comme des
10.Hofstadter, Douglas.Escher, Bach: les brins d'une guirlande Èternelle Gˆdel, , Paris : Intereditions, 1985, p.787. 11.Baudrillard.op.cit., p.185. 12.Souiller, Didier. L'image platonicienne de la caverne dans la littÈrature baroque euro-pÈenne, in J-J. Wunenberger, M. Milner, D. Souiller et al. (Eds),Imaginaires du simulacre : sÈminaires de l'annÈe 1986-8,7Dijon : UniversitÈ de Bourgogne, Cahier du Centre de recherche sur l'image, le symbole et le mythe, no 2, 1987, p.50.
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prothËses mentales qui tissent de l'intÈrieur et qui se connectent avec l'extÈrieur par l'acte de lecture, Ètablissant des connections neuronales et crÈant de l'image, du sens, de la conscience et des savoirs. La tÍte de lecture de la machine est donc ‡ entendre dans son sens littÈral, que lÕon rÈfËre aux automates-lecteurs des textes analysÈs ici ou aux Ítres enchaÓnÈs dans la caverne. Aussi, faut-il voir l'imagerie rÈsultante se projeter autant sur l'Ècran du cerveau que sur celui du monde et former le Þlm mouvant de notre rÈalitÈ, ou des rÈalitÈs.
13.Deleuze.op.cit., p.303.
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J. Martineau m224464@er.uqam.ca UniversitÈ de MontrÈal
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