LA VIEILLE - [///] TPP [///]

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LA VIEILLE - [///] TPP [///]

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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La Vieille Le dossier
« Il est difficile de dire quelque chose de Pouchkine à qui ne sait rien de lui.
Pouchkine est un grand poète.
Napoléon est moins grand que Pouchkine. Et Bismarck n’est rien du tout à côté de Pouchkine. Et er Alexandre I , II, et III ne sont que des bulles de savon en comparaison de Pouchkine. Et tout le monde n’est que bulle de savon en comparaison de Pouchkine ; mais en comparaison de Gogol, c’est Pouchkine qui est une bulle de savon.
C’est pourquoi plutôt que de Pouchkine, je vais parler de Gogol. Mais Gogol est si grand qu’il est impossible de dire quoi que ce soit à son sujet ; c’est pourquoi je vais quand même parler de Pouchkine. Mais après Gogol, parler de Pouchkine est un peu offensant. Et de Gogol, impossible.
C’est pourquoi je préfère ne rien dire du tout. »
D. Harms. A propos de Pouchkine.15 décembre 1936.
« Je veux écrire. Je veux écrire énormément. Je veux écrire énormément d’excellents vers. »
D.Harms. Journée ensoleillée. Champ de mars (avril 1933)
Production Mise en scène, réalisation Jeu Musique originale, violoncelle Lumière Images, montage vidéo, exposition Administration
La Vieille L’équipe
Le Collectif des Esprits Solubles
Pierre-Marie Baudoin
Eric Verine
Aëla Gourvenec
Guillaume Noël
Stéphane Hirlemann
Julien Correa
Créé en décembre 2006
« TOUS LES MOTS DOIVENT ETRE OBLIGATOIRES. »
D. Harms Réflexions, aphorismes. (1930)
Daniil Harms L’auteur
Daniil Harms,ДаниилХармсen russe, (30 décembre 1905 - 2 février 1942) est un poète satiriste du début de l'ère soviétique considéré comme un précurseur de l'absurde. De son vrai nom Daniil Ivanovitch Iouvatchev, il choisit le pseudonyme de Harms pendant ses études secondaires. Il utilisa également les pseudonymes de Horms, Charms, Chardam, etc. Son œuvre est essentiellement constituée de courtes vignettes, ne faisant souvent que quelques paragraphes, où alternent des scènes de pauvreté ou de privations, des scènes fantastiques ressemblant parfois à des descriptions de rêves, et des scènes comiques. Dans ces vignettes, des écrivains connus font parfois des apparitions incongrues. Le monde de Harms est imprévisible et désordonné, ses personnages répétant sans fin les mêmes actions ou se comportant de façon irrationnelle, des histoires linéaires commençant à se développer étant brutalement interrompues par des catastrophes inexplicables qui les font rebondir dans des directions totalement inattendues. Le travail de Harms est plus profond qu'il n'y paraît et doit être replacé dans le contexte de l'Obériou (Association de l'Art réel), un courant littéraire et philosophique du modernisme russe dont il faisait partie ; voici comment il y est décrit :« poète et dramaturge dont l’attention est concentré non pas sur une figure statique, mais sur la collision d’une série d’objets, sur leurs relations réciproques. Au moment de l’action, l’objet acquiert de nouveaux contours concrets, pleins d’un sens effectif. L’action, retournée sur un mode nouveau, conserve en elle une empreinte « classique », tout en représentant la puissante envergure de la perception obériou du monde. » Harms fut peu connu de son vivant, l'essentiel de son œuvre étant publiée clandestinement. Il fut accusé d'activités anti-soviétiques et dut passer un an en prison à Koursk. Accusé d'être défaitiste, il fut arrêté à nouveau pendant le siège de Leningrad en 1941 et mourut en prison en 1942.
« Il était une fois un homme qui s’appelait Semionov. Un jour, il alla se promener et perdit son mouchoir. Semionov se mit à chercher son mouchoir et perdit sa chapka. il se mit à chercher sa chapka et perdit sa veste. Il se mit à chercher sa veste et perdit ses bottes.
— Eh bien, dit Semionov, comme ça je m’en vais tout perdre. Je vais plutôt rentrer à la maison.
Semionov s’en fut chez lui, et se perdit. » D. Harms in Faits Divers (1933 1939)
La Vieille Le contexte
En Russie, c’est l’époque de la « révolution de février », de l’abdication du Tsar Nicolas II, de l’Etat socialiste instauré par Lénine qui plonge le pays dans une guerre civile opposant l’armée blanche et l‘armée rouge et qui ne prendra fin qu’en 1920, c’est aussi plus tard, le massacre des marins de Kronstadt mené par Trotski et son armée bolchevique et enfin le règne de Staline, à partir de 1929, et l’interdiction définitive par le parti de toutes les organisations littéraires en 1932 à l’exception de l’ « Union des écrivains » créée sous sa houlette. C’est en 1929 que Daniil Harms écrit la vieille Si l’absurde tel que Camus le voyait, dans la présence « commune de l’homme et du monde » est une donnée fondamentale de l’œuvre de Harms, il est important de constater que cette fracture se trouve réalisée à l’intérieur même de l’écriture. Le texte, tout comme le héros harmsien, arrive à peine à exister. Il est à tout moment menacé de disparition : soit le personnage sort de la narration en emportant avec lui ce qu’on aurait pu dire à son sujet s’il était resté, soit ce personnage n’existe même pas et « il est donc préférable de ne rien dire à son sujet », soit il meurt à peine nommé, soit le narrateur avoue ne rien savoir de lui, soit il est las d’écrire, soit encore, le comble, l’encrier disparaît, privant l’écrivain du matériel même servant à l’écriture. La prose de Harms s’oriente vers le silence et n’est souvent que le récit de sa propre autodestruction, ou tout simplement de son impossibilité d’être. Ce qu’il y a à raconter est irracontable : le narrateur n’est pas en mesure d’envisager les choses dans leurs rapports logiques et, pour lui, la cause et l’effet sont deux termes qui ne se rejoignent pas. Tout devient donc possible dans ce monde d’indéterminisme. La principale source de comique de la prose de Harms rejoint ainsi la tragédie humaine : à une « réalité première » absurde correspond une écriture absurde dont n’importe quel élément peut être associé à n’importe quel autre.
« Un jour, un homme qui allait au travail rencontra en chemin un autre homme qui, ayant fait l'emplette d'une baguette polonaise, regagnait ses pénates.
C'est là, en fait, toute l'histoire. »
D. Harms in Prose de l'autre (19291941)
La Vieille L’histoire
Un écrivain, seul dans son appartement, ne trouve pas l’inspiration. Il peine à écrire l’histoire d’un thaumaturge (enchanteur) qui n’accomplit aucun miracle. Il a beau lutter et chercher, il ne peut qu’écrire : « le thaumaturge était de grande taille » et puis plus rien ne sort. Sur ce, une vieille dame croisée précédemment dans la cour de l’immeuble, frappe à sa porte, entre et vient mourir dans le fauteuil de son salon. Ce pauvre écrivain-narrateur propulsé malgré lui dans cette mésaventure va plutôt nous raconter cette histoire : comment peut-on se débarrasser d’une vieille dame morte et inconnue ? L’histoire s’écrit en même temps qu’elle nous est racontée. On assiste donc à la folle course de cet individu qui cherche à s’en sortir. Il cherche l’appui de ses amis, tente d’user de malice, mais rien n’y fait : la « vieille » est coriace et même morte, elle ne se laisse pas faire. On bascule avec lui dans son imaginaire, dans cette narration, dans son écriture absurde où l’individu est broyé par la réalité mortifère qui l’entoure car il est résolument seul et vit dans l’ignorance des rapports de causalité qui unissent le monde. Il est soumis à l’épreuve de la dispersion et de l’effroi métaphysique qui l’accompagne. Jeté dans un monde où règne un tel arbitraire que tout peut arriver, un monde qu’il ne comprend pas parce qu’il est trop grand pour lui, insomniaque, empêtré dans les objets et impuissant face à une réalité qui ne cherche qu’à le détruire, son seul espoir c’est qu’il se produise le miracle, celui de l’écriture et de la fuite dans l’imaginaire. Mais dans cette fuite, la Mort reste réelle et il semble difficile, voire impossible, d’y échapper…
« Ne confonds pas pureté et vide »
« Il faut écrire les vers de telle manière que, si l’on jette la poésie contre une fenêtre, la vitre se brise. »
D. Harms Réflexions, aphorismes. (1930)
La Vieille La création
« La Vieille », ce serait, comme le dit Daniil Harms : « la tentation de changer la structure physique du monde », ce serait tuer la Mort que symbolise la vieille dame dont cherche à se débarrasser le narrateur, lequel essaye lui-même d’écrire l’histoire d’un thaumaturge qui n’accomplit aucun miracle. Le miracle, qui est celui de l’écriture et de la fuite dans l’imaginaire n’aura pas lieu : le seul changement de « structure physique » qui se produise est la décomposition du cadavre de la vieille. Dans cet environnement violent, le narrateur est dépassé et son acharnement est le seul moteur qui le pousse à échanger avec un monde qu’il ne comprend pas. Cet individu est broyé par la réalité mortifère qui l’entoure, et il ne reste du Dieu auquel il s’adresse qu’une grosse chenille verte qui se tortille à terre. Un écrivain, dans son espace clos, mental : son imagination et physique : une chambre, tâtonne. Il est seul face à une page blanche symbolisée par un écran vidéo où les mots font naître des situations imagées et musicales qui ont l’apparence d’une réalité. Le conflit est cette lutte du vivant face à la mort, de l’inspiration face au vide. Ici tout s’essaye, se tente, se cherche pour repousser l’anéantissement, le rien, l’inexistant. La lutte de ce personnage s’apparente à la lutte de son créateur. Tous deux sont en sursis. Le narrateur en manque de liberté, l’auteur en manque d’inspiration. On entre dans le processus de création où l’auteur intervient dans l’histoire pour gommer les traits les moins nets ou pour propulser ses personnages dans les abîmes les plus profonds. Nous sommes les lecteurs de cette nouvelle qui s’écrit sous nos yeux. Nous assistons au processus d’élaboration de l’écriture de cette nouvelle, ce qui la rend théâtrale c’est que nous passons du statut de lecteur, au statut de spectateur. Nous assistons aux tentatives, aux essais de l’auteur qui pour construire son histoire utilise son environnement, plus au moins proche. Son écriture se nourrit de sa réalité et son histoire, baignées dans la Russie du début du siècle et prend forme dans son imagination Ces entremêlements pour tenter de démêler l’absurde situation d’un être face à son questionnement existentiel. Comment se débarrasser de cette question et que faire de cette énigme ? Peut-on échapper à ce ballet absurde et macabre ? Peut-on se jouer de la mort ? La tentative est vaine mais la question reste posée.
La Vieille Les personnages L’auteur Ce ne peut être que Daniil Harms. «  Pétrov : Eh ! Moustik ! Viens chasser le moustique Le narrateur  Moustik : Non, pour çà je suisUn individu trop faible pour être à la hauteur de ses désirs, battu, repoussé, loustic ; Viens plutôt chasser latrompé, obsédé par un rêve affreux, naïf, maladroit, timide, pleutre. Il craint bique !! »l’extérieur, l’autre, l’inconnu, le nouveau. Il a peur d’être emprisonné pour un acte qu’il n’a pas commis, il subit la pression de l’arbitraire. Mais en même D. Harms in Faits Divers(1933 temps il espère, se projette dans un futur où l’amour est possible. 1939 La vieille dame C’est la mort, présente, obsédante, qui ronge inlassablement toutes tentatives, tout espoir. Elle est tenace, bien vivante et réelle. Elle est intrusive, possessive et exclusive. La petite dame C’est l’espoir de l’amour pour vaincre la tragédie de la mort. La légèreté, la douceur et la complicité. Le voisin cheminot C’est la cellule la plus proche qui peut révéler l’inavouable, dénoncer la sordide mésaventure, par lui le drame peut prendre son essor. L’ami Celui vers qui le narrateur se tourne sans toutefois parvenir à activer son aide. Il impressionne et dans ce monde emprunt de violence et de suspicion, il peut prendre le visage d’un délateur, d’un double incompréhensif, prêt à condamner, à juger plutôt qu’à comprendre.
La Vieille Extraits
 Oh si ! … Je voudrais vous poser une question. Vous croyez en Dieu ?  Pourquoi me demander si je crois en dieu ?  Simplement parce que demander : croyezvous en l'immortalité ? Ca sonne un peu.... Et je me suis levé.  Qu'estce que vous faites, vous partez ?  Oui j'y vais.  Et la vodka ?  Finissonsla. Et nous avons fini la vodka.  Au revoir, merci pour tout.  Merci à vous, au revoir. Et je suis parti. Resté seul, Sakerdon Mikhaïlovitcha débarrassé la table et s'est assis sur le sol, près de la fenêtre. Les bras de Sakerdon Mikhaïlovitchétaient pliés derrière son dos de sorte qu'on ne pouvait les voir. De dessous son peignoir pointaient deux jambes nues osseuses chaussées de bottes russes.
 Ditesmoi, Sakerdon Mikhaïlovitchquelle opinion avez vous vis à vis des morts ?  Tout à fait négative.  Moi pareil, je ne supporte pas les morts, qu'il s'en trouve un devant moi, à moins qu'il soit de la famille, je lui cogne dessus.  Oh ! là, il ne faut pas s'en prendre aux cadavres.  Pour moi, je ne supporte ni les cadavres, ni les enfants.  Ah oui les enfants c'est répugnant.  Qu'estce qui est le pire les morts ou les enfants ?  Les enfants, ils nous dérangent plus souvent, au moins les morts ne s'introduisent pas dans nos vies.
L’association L’Oberiou
L’énorme poussée révolutionnaire de la culture et de la vie quotidienne, qui est si caractéristique de notre époque, est freinée dans le domaine de l’art par de nombreux phénomènes anormaux. Nous n’avons pas encore vraiment compris cette vérité indiscutable : dans le domaine de l’art, le prolétariat ne peut se satisfaire des méthodes artistiques des anciennes écoles, et ses principes artistiques, qui vont beaucoup plus en profondeur, sapent l’art ancien jusqu’à la racine. Il est ridicule de penser que le fait d’avoir peint l’année 1905 fait de Répine un peintre révolutionnaire. Que certains revendiquent l’art à portée de tous, accessible par sa forme même à un écolier de la campagne, est une chose que nous saluons, mais ne revendiquer que ce type d’art conduit dans un dédale d’erreurs des plus terribles. En résultat de cela nous avons des monceaux de volumes bons à mettre au pilon qui encombrent les dépôts de livres, et pendant ce temps, le lecteur du premier Etat prolétarien continue à lire des auteurs bourgeois. Nous comprenons très bien qu’il est impossible de trouver tout de suite la seule issue correcte qui permettrait de sortir de la situation qui s’est créée. Mais nous ne comprenons absolument pas pourquoi toute une série d’écoles artistiques qui travaillent avec obstination, honnêteté et constance dans ce domaine restent confinées, en quelque sorte, dans l’arrière-cour de l’art, alors qu’elles devraient être soutenues par tous les moyens par toute la société soviétique. Nous ne comprenons pas pourquoi l’art de gauche, ainsi nommé, qui a de nombreux mérites et de nombreuses réalisations à son actif, est considéré comme un déchet irrécupérable et, pis encore, comme du charlatanisme. Que de malhonnêteté intérieure, que d’indigence artistique se cache derrière cette approche primitive ! L’OBERIOU se manifeste aujourd’hui en tant que nouveau détachement de l’art révolutionnaire de gauche. L’OBERIOU ne glisse pas sur les thèmes et les sommets de la création artistique, il est à la recherche d’une perception du monde et d’une approche des choses organiquement nouvelles. L’OBERIOU plante ses dents dans le cœur du mot, de l’action dramatique et de l’image cinématographique. La nouvelle méthode artistique de l’OBERIOU est universelle ; elle découvre la voie qui rend possible la représentation de n’importe quel thème. C’est précisément en vertu de cette méthode que l’OBERIOU est révolutionnaire. Nous ne sommes pas présomptueux au point de considérer notre travail comme quelque chose d’achevé. Mais nous avons la ferme conviction qu’une base solide est jetée et que nous avons assez de forces pour poursuivre notre travail de construction. Nous croyons, et nous savons, que l’art de gauche est le seul chemin qui nous conduira sur la voie d’une nouvelle culture artistique prolétarienne. Extrait de : Les affiches de la maison de la presse, n°2, janvier 1928.
Collectif Des Esprits Solubles
Créé en 1997 à Lyon, le Collectif des Esprits Solubles accueille aujourd'hui les artistes des différentes disciplines qui souhaitent explorer le spectacle vivant aussi bien par la création de formes théâtrales, musicales, chorégraphiques et plastiques originales, que par la recherche de nouveaux outils de création. 1997Les Esprits Solubles, spectacle théâtral, musical et dansé, d’après le texte original d'Eric Manuguera 1999La Danse des cordiers de Sicile, création collective pour 18 danseurs, comédiens et musiciens à l'occasion de l'invitation au festival international de théâtre de rue de Vilnius (Lituanie) 1999 – 2001HamletMachine, de Heiner Müller, spectacle théâtral, musical et dansé 2002 – 2004Sade … n’y allez jamais sans lumière, d’après l’œuvre de D.A.F. Sade 2005Blessures au Visage, de Howard Barker. Alexandre Le grand, de Jean Racine. Annibal,de Marivaux.
Plus d’infos sur le site Internet :http://espritssolubles.free.fr
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