P r o m e n a d e s l i t t é r a i r e s On ira voir passer les ...

Publié par

P r o m e n a d e s l i t t é r a i r e s On ira voir passer les ...

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
Lecture(s) : 113
Nombre de pages : 10
Voir plus Voir moins
P r o m e n a d e s l i t t é r a i r e s
Ferroviaire intime

On ira voir passer les trains (Brel.)
Crains qu’un jour un train ne t’émeuve plus (Apollinaire.)
Comme il y a une InterteXtualité, il y a une Intertranité : prendre le train, c’est le prendre avec tous ceuX qui l’ont pris avant vous (Marc Brisset.)
L’ancienne gare de Cahors(Larbaud.)
Les trains ont un but ; la vie n’en a pas. Mais c’est précisément l’originalité de la vie de n’en pas avoir, de but. Parfois je lui trouve, ainsi qu’à une vieille dentelle, le charme même de l’inutilité (Gourmont.)
Qui trop embrasse manque le train (A. Vermot.)
AuX aiguilles le train oublie le refrain et bafouille. Nous sommes gobés par la gare comme un œuf (Mo-rand.)
24. — DEKOBRA (Maurice),La Madone des Sleepings.Ro-man cosmopolite.Paris, Editions Baudinière, 1925. In-12 br. 307 pp. E.O. Envoi :« A José de Bérys, au Prince des Revuistes ce ro-man écrit chez le garde-barrière du P.O. Très amicalement. Maurice Dekobra. » — On joint :Une carte postale et une carte de visite autogra-phes du même au même. Remerciements. 40(catalogue d’À la Venvole.)
L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose (Rimbaud.)
Un train électrique qui fume (Goscinny.)
Le frisson esthétique › N°4 › Printemps 2007
F erroviaire, comme bestiaire ;intime, car issu de réminiscences tant oculaires qu’auriculaires. L’évocation sera omnibus, avec temps d’arrêt incertain, pour attendre la correspondance ; eXpress — teXte cité, cas échéant brièvement glosé —, voire tégévesque : titre seul. É-vo-ca-ti-on décousue, comme si,somnolent, dans un train, j’en rêvasse. Nullement monologue intérieur ;ab ovo,les Lauriers l’ont coupé ; c’qui s’conçoit bien o’ mal n’s’énonce p’s clair’ment qui pensein pettopas phrases fait ; possible,Ulysseaussi illisible en v. o. que traduit je me revois illisant au soleil l’après-midi sous pommier des Asturies juillet 66 100 prem’ pp. sur 700 mon livre poche (sic) lirai-je hui nouvelle traduction une littérature du vrai monologue intérieur ne peut être qu’illisible car ininscriptible d’où toutes ces idées géniales du semi-sommeil sitôt oubliées que fermentées celles qu’on se rappelle plus souvent médiocres que de chef d’œuvres crus pensés ratés
Dans ce train qui m’emmène loin, Je me demande pourquoi. Dans le bruit des roues, J’entends comme un écho de sa voiX.
Il m’arrive encore de fredonner cette chanson de Richard Anthony, un de mes premiers disques avec mon Teppaz-BEPC offert par ma mère en 1963. Il y avait aussi un disque, dans l’ordre alphabétique, de Brassens, Brel, Escudero (qu’on rendra ici orphelin de son prénom) et Zaraï (idem pour l’orphanité).
*** Dans le métro, cette petite mendigote, qui chantait si mal J’ENTENDSSIFFLERLE TRAIN que nous faillîmes lui r’filer 10 balles ou une mandale pour qu’elle la FERMÂT ******* Traduttore traditore? Voici la voiX de la voie entendue par Blaise Cendrars dans le bruit des roues de saProse du transsibérien et de la Petite Jehanne de France(1913) :
Les démons sont déchaînés Ferrailles Tout est un fauX accord Lebroun-roun-roundes roues Chocs Rebondissements Nous sommes un orage sous le crâne d’un sourd
Sur le seul plan mimétique — il y a aussi Aragon (1937) : Hourra l’Ouralhourralouralhourraloural hourralouralhourraloural
— j’en rajoute, je présume ?
Sur le seul plan mimétique, car sur le plan idéologiquela Madone des sleepings(1925) a plus de tenue : si lesjolies jambes (son buste est malheureusementcaché derrière le paravent duTimeséployé entre ses bras nus) de lady Diana Wynham sont
Le frisson esthétique › N°4 › Printemps 2007
3
Charleroi Dans l’herbe noire Les Kobolds vont. Le vent profond Pleure, on veut croire.
Quoi donc se sent ? L’avoine siffle. Un buisson gifle L’œil au passant.
Plutôt des bouges Que des maisons. Quels horizons De forges rouges !
On sent donc quoi ? Des gares tonnent, Les yeuX s’étonnent, Où Charleroi ?
Parfums sinistres ! Qu’est-ce que c’est ? Quoi bruissait Comme des sistres ?
Sites brutauX ! Oh ! votre haleine, Sueur humaine Cris des métauX !
Dans l’herbe noire Les Kobolds vont. Le vent profond Pleure, on veut croire.

P r o m e n a d e s l i t t é r a i r e s
moulées dans les fuseaux arachnéens de deux 44 fin, le stalinisme y est dénoncé (je devrais dire lecommunisme, mais on n’a pas été de longues années impunément trotskiste). Aragon et…le Petit Trainde Marc Fontenoy, d’ unAlbum Poulain:
Un p’tit train s’en va dans la campagne Un p’tit train s’en va de bon matin On le voit filer vers la montagne Tch tch fou tch tch fou plein d’entrain
Train de soldats malades (mots en liberté) de Marinetti :
brouhaha du départ départ santé des vitesses et du plein air rapetissement du corps maigre assis dans le sens du mouvementchocs contre la peau vers l’extérieur 30 km à l’heurevers Stamboul mon frère guérir (CONTRE-COUP VISCÉRAL DES ONOMATOPÉES LYRIQUES DU TRAIN) tlactlac ii ii guiii trrrrrrtrrrrrr tatatatôo-tatatatatôo (ROUES) currrrrr cuhrrrr gurrrrrrr (LOCOMOTIVE) fuufufufuufufu fafafafafa zazazazazaza tzatzatzatzatza 40 km à l’heure 45 =pression grandissante sur les viscères qui vont encore à la vitesse de 30 km Zang Toumb Toumb, 1914 Marinetti a oublié que ce train était turc :
me M Smith (imitant le train) : Teuff, teuff, teuff, teuff, teuff, teuff, teuff, teuff, teuff, teuff, teuff. Bayan Smith (Tren gibi) : Çuf, çuf, çuf, çuf, çuf, çuf, çuf ! Abdullatif Acarlioglu,Eugène Ionesco à travers ses traductions en Turc.
Pour revenir à laProse du Transsibérien(ah ! censs, si rare en français, qu’on trou-ve aussi dans TRANSSUBSTANTIATION, — article philosophique délicieusement infâme à l’écraser de Voltaire à ce sujet —, et dansque je tinsseouque tu vinsses), pour revenir,ch,ch,chch, à Cendrars, voici ce que dit mon vieuX Lagarde — il a bien fini par mourir — et Michard, — je les ai vus, de mes yeuX vus, vivants : La technique de l’écrivain se fonde sur une sorte d’impressionnisme brut : enregistrantsimultanéités et coïncidences, leTranssibérienest bien un poème ferroviaire où le che-min de fer devient,etc. Soit, puisque le LM n’est pas si arriéré que cela, je ne ferai pas la fine bouche, mais cela ne m’empêchera pas de dire qu’en matière d’impression-nisme ferroviaire, c’est Verlaine l’initiateur :
Dites ce poème comme si vous étiez un train, lisez les quatre syllabes d’« Où Char-leroi ? » comme celles d’« Hourra l’Oural ». Ah ! cet oral de CAPES. Débarqués à Paris sans avoir réservé, nous passâmes la nuit dans la gare du Nord pour être inter-rogée le lendemain surCharleroiet nous voir reprocher par le président du jury de méconnaître l’odeur des gares. ***
Le frisson esthétique › N°4 › Printemps 2007
— Bonjour. Je cherche Paul Verlaine. — Êtes-vous... Monsieur Rimbaud ? — Oui. — Monsieur Verlaine n’est pas avec vous ? — Non. — Il est allé à la gare vous at-tendre. — Il ne sait pas quelle tête j’ai, c’est difficile. — Je suis Madame Mauté de Fleurville, la belle mère de Monsieur Verlaine. Et voici ma fille, Madame Verlaine. — Comment êtes-vous venu de la gare ? — À pied (Agnieszka Holland,Rimbaud Verlaine, 1995). *******
On s’interroge sur l’influence de Rimbaud sur Verlaine. Voici ce qu’écrit Georges Zayed :
Verlaine était en poésie un sédentaire de nature, il voyait les choses aurepos ; Rimbaud au contraire est un animiste-né tout est pour lui mouvement. […]Pour marquer le chemin parcouru sous l’impulsion de Rimbaud, compa-rons[…]La Bonne ChansonauxPaysages Belges:
Le paysage dans le cadre des portières Court furieusement, et des plaines entières Avec de l’eau, des blés, des arbres et du ciel Vont s’engouffrant parmi le tourbillon cruel Où tombent les poteauX minces du télégraphe Dont les fils ont l’allure étrange d’un paraphe.
Dans ces vers, où Verlaine décrit la fuite de la plaine dans le gouffre de l’espace, comme le rythme est empêtré et l’allure embarrassée ! Pour donner l’impression du mouvement, que ses aleXandrins n’arrivent pas à rendre, il insiste en toutes lettres sur ce mouvement dans l’espoir de nous le communiquer : « court furieusement», « s’engouffrant parmi le tourbillon », « où tombent les poteauX ». Alors que dans Walcourt, Charleroi ou BruXelles, ChevauX de Bois, c’est le rythme lui-même qui court, s’élance à une allure endiablée, rendue surtout par l’emploi de petites phrases nominales, de mètres courts, (vers tétrasyllabiques) qui se succèdent comme des notations cinématographiques.
Je crois que Rimbaud a permis à Verlaine d’aller plus loin, mais dans sa voie à lui et que c’est surtout le train, une surdose de train, qui a fait de lui le plus grand des poè-tes eXpressionnistes. S’il a d’abord platement imposé son petitrhythmeau train, c’est le train qui a fini par lui imposer le sien en « une langue déshabillée, écrit Léon-Paul Fargue, de toute rhétorique, simple comme un arc-en-ciel, sur un rythme volontai-rement martelé qui rappelle le marteau des wagons sur l’enclume des rails. »
Mort ferroviaire 1 : le crime gratuit de Lafcadio.Napoléon est le plus grand cri-minel littéraire. C’est lui qui arme Julien Sorel, c’est lui qui arme Raskolnikov, et partant, c’est lui qui agit Lafcadio, et peut-être, il faudrait que je vérifie, le Tchen de la Condition humaine.
Fleurissoire ne poussa pas un cri. Sous la poussée de Lafcadio et en face du gouffre brusquement ouvert devant lui, il fit pour se retenir un grand geste […]. Lafcadio sentit s’abattre sur la nuque une griffe affreuse, baissa la tête et donna une seconde poussée plus impatiente que la première ; les ongles lui raclèrent le col ; et Fleurissoire ne trouva plus où se raccrocher que le chapeau de castor qu’il saisit désespérément et qu’il emporta dans sa chute. — À présent, du sang-froid, se dit Lafcadio. Ne claquons pas la portière : on pourrait entendre à côté. […] Il m’a laissé son hideuX chapeau plat ; qu’un peu plus, d’un coup de pied, j’allais envoyer le rejoindre ; mais il m’a pris le mien, qui lui suffit. Bonne précaution que j’ai eue d’en enlever les initiales !... Mais, sur la coiffe, reste la marque du
Le frisson esthétique › N°4 › Printemps 2007


P r o m e n a d e s l i t t é r a i r e s
chapelier, à qui l’on ne commande pas des feutres de castor tous les jours... Tant pis, c’est joué... Qu’on puisse croire à un accident... Non, puisque j’ai refermé la portière... Faire stopper le train ?... Allons, allons ; Cadio, pas de retouches : tout est comme tu l’as voulu (André Gide,Les Caves du Vatican, Gallimard, 1922).
Je n’ai jamais tiré la sonnette d’alarme ou été promu témoin de cette action, pos-sible, plus cinématographique que réelle. Aussi me contenterai-je de la tirer par pro-curation avec Lee Van Cleef dansPour quelques dollars de plus.
Mort ferroviaire 2 : la mort avortée duBon, la Brute et le Truand.À malin malin et demi. Lors du tournage de la scène où Tuco utilise le train comme brise-chaîne, Eli Wallach a failli mourir d’un coup de marchepied. Du Bon, Dubo, Dubonnet à non pointLe train sifflera trois fois, mais àIl était une fois dans l’Ouest, il n’y qu’une pelletée de charbon et quelques halètements. Son incipit est celui de l’attente, absolue, métaphysique. On dirait duDésert des Tartares, que personne n’a jamais eu l’idée de qualifier de roman spaghetti. ****
Tu vas commencer le nouveau roman d’Italo Calvino,Si par une nuit d’hiver un voyageur. Détends-toi. Concentre-toi. Ecarte de toi toute autre pensée. Laisse le monde qui t’entoure s’estomper dans le vague. La porte, il vaut mieux la fermer ; de l’autre côté, la télévision est toujours allumée. Dis-le tout de suite aux autres : « Non, je ne veux pas regarder la télévision ! » Parle plus fort s’ils ne t’entendent pas : « Je lis ! Je ne veux pas être dérangé. » Avec tout ce chahut, ils ne t’ont peut-être pas entendu : dis-le plus fort, crie : « Je commence le nouveau roman d’Italo Calvino ! » *******
Mort ferroviaire 3 : le suicide d’Anna Karénine.Son petit sac rouge qu’elle eut quelque peine à détacher de son bras, lui fit manquer le moment de se jeter sous le pre-mier wagon : force lui fut d’attendre le second.
Facile, mais c’est comme ça, l’A. K. de Tolstoï me fait penser à celle de Godard. Pierrot le fou, ou unSinge en saison indéterminée, s’il y a de la tauromachie auto-mobile, je ne sais plus s’il y a du train, de toute façon, c’est — au secours, monsieur Kossygine ! — àla Chinoiseque je veuX en venir. Ressuscitez les ciné-clubs, grâce à qui je rencontrai (Eldorado, 1968) Claude Prigent, la seule femme au monde à avoir fait tout ce qu’il fallait pour ne pas jouer dans un film de Vittorio de Sica. Sauf que A. W. n’était pas encore actrice de ciné-club, puisque nous la vîmes dans une salle normale, mais je voulais dire que c’est bien le genre de film à ne plus eXister que par la grâce de ce genre de ciné.
Mort ferroviaire 4 : Dernier octosyllabe de Verhaeren tué par le Train :Je meurs… ma femme… ma patrie !
Un soir un train, c’est encore un film, perfection onirique, la danse dans l’auberge (« ?), je pense auChâteau, parce qu’autre chef-d’œuvre de l’onirisme, mais physi-quement, la fille est Kafka. Film de DelvauX, à vérifier quand même avec gogle (écrit comme je prononce). C’est cela :Un soir, un train. 1968 | 86 min. Réalisation André DelvauX. Interprétation Yves Montand, Anouk Aimée, Adriana Bog-dan. Mathias et Anne sont au bord de la …
Un soir un train, c’est ainsi que pourrait s’appelerTrains du soirque j’ai sous les yeuX, du moins sa reproduction, c’est aussi de DelvauX, mais de Paul. Si ce n’était trivial, je serais tenté de le rebaptiserAlice au pays du rail. Épiant, attendant ? sous à peine de lune, mais éclairant comme si elle était pleine, derrière une palissade qui a
Le frisson esthétique › N°4 › Printemps 2007
eu la bonté de con-descendre à la hauteur de ses yeuX, cette petite fille, nous regar-dons avec elle le désert quais, et l’arrière éclairé du train qui s’éloigne sans s’éloigner. Seul l’oXymore traduit la fuyante immobilité d’un tableau. J’aurais pu évoquerKerkadec, garde-barrière, de Léon Cladel, Lemerre, 1888. Mais, ce livre acheté à la librairie La Maôve de Coutances, où règne Vincent Goudé, je l’ai revendu récemment à mon ami Christian Parent. Bien que je l’aie lu en 2004, j’aurais eu besoin de le feuilleter pour rafraîchir ma défaillante mémoire, perdu qu’il est parmi les livres lus ou relus cette année-là :
Synthèses littéraires de Gus Bofa,Maîtresse d’esthète de Willy,?Maeterlinck, de Les Décadentsde Séverine Jouve,Le Flâneur des deux rivesd’Apollinaire,La Vieille Maisond’A. Le Brun,Traité du styled’Aragon,Bloy mystique de la douleurd’A. Bé-guin,L’œuvre de Georges Laisney,Le Symbolismed’Illouz,Journal de l’abbé Mugnier, Tragiques remousde Bourget,La Femme chez les garçonsde Galzy,Chroniques, études, correspondancede Guy de Maupassant,Premier amourde Tourgueniev,1900de Mo-rand,Refaire l’amourde Rachilde,Pèrede Lichtenberger, Un homme les regardede Villetard,La Secondede Colette,Proses moroses, de Gourmont,Le Coup du lapinde Gyp,Nostalgie de Parisde Carco,Ce siècle avait deux ansde Gillois,Pauvre vingtième siècle, de Régismanset,Kerkadec garde-barrièrede Cladel,Un sot mariage, de La Va-rende,La Lumière retrouvéede Georges Lecomte,Le Désirde Binet-Valmer,Paris de ma fenêtre, de Colette,La Pavane des poisons&Rue des bouches peintesde Dekobra, Chronique de l’Académie Goncourtde DeffouX,Les Innocentsde Carco, Le Képi&Les Vrilles de la vignede Colette,Le Baiser au lépreuxde Mauriac,L’IndiennedeBloisde Dominique,Nach Parisde Dumur,Les Stechlinde Fontane,Là-basde Huysmans,Un centenaire symboliste, À rebours n°50,Lautréamont par lui-mêmede Pleynet,Paysa-ges et portraitsColette, de CorrespondanceJules Tellier Barrès-Maurras, œuvres II, Si tous les gars du monde… de Jacques Rémy,Charles Le Gofficde Le Gall,La Girl& Toutoune et son amourde Lucie Delarue-Mardrus,Porteuse de lumièrede Péronnet, Le Délirede Mazeline,Nous autres les Sanchezde Paysan, Léautaud en verved’Hubert Juin,Essai sur Jules Tellierde Jean-Aubry,Lettres à Léautaudde Fagus,La Médaille qui s’effacede Tailhade, L’Ile rosede Vildrac,La Double maîtressede Régnier,Le Jeune Homme&Le Fleuve de feude Mauriac,Le Château des brouillardsde Dorgelès,Au large de l’Édende Vercel,Les Éphémèresde Fagus,Histoire de la littérature française. De Zola à Apollinairede Décaudin & Leuwers,L’Homme à l’HispanoFrondaie, de Histoires incertainesRégnier, de L’Ermitage de février 1902,L’AdorationBorel, de NietzschéenneLesueur, de Satan refuse du monde de Dekobra,La Belle Époque de Chastenet,Angèlede Gréville,Leïla si blanche&Des enfants dans un jardinde Lich-tenberger,AmanitDelarue-Mardrus, de SouvenirsGeorgette Leblanc… Panne de informatique, entraînant la disparition d’une partie de la liste qui n’avait pas été sauvegardée …Contre les dégoûts de la viede Dutourd.
Faute deKerkadec, je me contenterai duTriporteurde René Fallet (j’ai eu tort de revoir le film, mais c’était Darry Cawl), qui commence par un coup deRouge et Noiret finit comme je l’ai oublié :
Un passage à niveau fermé les guettait après un virage. Un train fila, rutilant de fenêtres, et une fonctionnaire au corsage alléchant sortit de sa maison pour tourner une manivelle en fredonnant la « Java bleue ». La voie libre, la voiture repartit. Penché à la vitre, Antoine fit un signe amical à la beauté en lui criant: — Salut, Victoire ! Mammouth et le Duc s’étonnèrent, ce qui évita à Zanzi de le faire : — Tu la connais ? — Non, pourquoi ? — Tu viens de l’appeler Victoire...
Le frisson esthétique › N°4 › Printemps 2007


P r o m e n a d e s l i t t é r a i r e s
— C’est parce que la victoire en chantant nous ouvre la barrière (René Fallet,Le Triporteur, Denoël, 1951).
DICTÉE
Au buffet.
Nous arrivons à une gare spacieuse, où des locomotives se croisent en tous sens, et j’entends crier : « Épernay, vingt minutes d’arrêt, buffet ! »... Je ne comprends pas tout d’abord, mais mon camarade m’eXplique obligeamment qu’on fait halte à Épernay pour y manger un morceau sur le pouce. — As-tu faim, Jacques ? me demanda-t-il d’une voiX insinuante. — Si j’ai faim ?... Je suis à jeun, et mon estomac crie famine. — En ce cas, poursuit-il, descendons au buffet, c’est moi qui paye. Je suis mon aimable compagnon, et nous voilà dans une belle salle, ornée de gla-ces, garnie de petites tables de marbre, avec un long comptoir sur lequel sont rangés des plats de viandes froides, des corbeilles de fruits, des assiettes de gâteauX, un tas de bonnes choses... 1 — Aimes-tu le champagne ? dit Léchaudel , la bouche pleine. 1 Du champagne ! je n’en ai bu que deuX fois, et encore ma tante Mouginot avait-elle soin de tremper d’eau le verre qui m’était destiné ; mais j’ai conservé un souvenir tentateur de ce joli vin doré et pétillant. Je fais un signe de tête affirmatif (André Theuriet,l’Oncle Scipion, Lemerre, 1890). (1) Mots à épeler.
Il m’est arrivé de dicter ce teXte. Et mon vice, quand je lis un bouquin, c’est d’y retrouver un passage que j’ai dicté ou une phrase qui servait d’eXemple de leçon ou d’eXercice de grammaire :
Je flâne dans la charmante ville de Lomé à laquelle en trente ans la France a donné la note de grâce et d’élégance qu’elle met partout. Les hommes sont des pêcheurs dont j’admire l’aisance avec laquelle ils franchissent en piro-gue les tumultueuX rouleauX de la barre. Je crois que si j’ai lu des livres de Maurice Bedel, c’est pour retrouver cette phrase. Cela dit, je n’avais guère de chance de la retrouver dansJérôme 60° latitude nord.Si j’enseignais encore aujourd’hui la grammaire, j’abuserais de ces deuX phrases, parce que truffées de propositions et de pronoms relatifsterribles, comme dit le Petit Nicolas, et parce que (on aura raison de ne pas le croire, mais j’ai oublié la seconde raison)… [peut-être faudrait-il rappeler que le numéro 1 dePiloteme fut donné par Jean Daisy, rencontré par hasard, que j’avais secondé pour l’épluchage des pommes de terre du restaurant B*** du 33 de la rue Tour-Carrée au-dessus duquel j’habitais, dans une vie antérieure, contre une pièce de cent francs.Pilote, que je retrouvai, étudiant, ayant, possible, grandi avec ses lecteurs.]
HOMMAGE À LA GARE SAINT-LAZARE
Qu’était la gare Saint-Lazare avant M. Monet ? Du noir, du fer, de la fumée. Rien. M. Monet peint ce rien sur une toile et, tout à coup, la gare Saint-Lazare devient cette chose précieuse, sublime, éternelle, qu’est la gare Saint-Lazare. Après Monet, la gare Saint-Lazare soutient la comparaison avec le Rialto (qui n’était rien, lui non plus, avant Guardi) (Jean Dutourd,Mémoires de Mary Watson, Flammarion, 1980).
La garce Saint-Lazare (quelque part dans San Antonio ?)
Denise était venue à pied de la gare Saint-Lazare, où un train de Cherbourg l’avait
Le frisson esthétique › N°4 › Printemps 2007
débarquée avec ses deuX frères, après une nuit passée sur la dure banquette d’un wagon de troisième classe (Émile Zola,Au bonheur des dames, Charpentier, 1883).
Mort ferroviaire 5 : la mort de la Lison. …la dure banquette d’un wagon de troi-sième classe… Pas de doute nous sommes dans un roman naturaliste. Denise et ses frères ont pris le train à Valognes, et sont donc passés par Lison — où j’ai souventes fois correspondu — qu’on trouve mentionnée dansla Bête humaine:
Ainsi que les autres machines de la Compagnie de l’Ouest, en dehors du numéro qui la désignait, elle portait le nom d’une gare, celui de Lison, une station du Cotentin. Mais Jacques, par tendresse, en avait fait un nom de femme, la Lison, comme il disait, avec une douceur caressante.
Mais, vite sa mort, qui elle n’a rien de naturaliste :
De profonds tressaillements la secouaient, elle se cabrait, ne continuait sa marche que sous la main volontaire du mécanicien. D’un geste, celui-ci avait ouvert la porte du foyer, pour que le chauffeur activât le feu. Et, maintenant, ce n’était plus une queue d’astre incendiant la nuit, c’était un panache de fumée noire, épaisse, qui sa-lissait le grand frisson pâle du ciel. […] La neige qu’elle repoussait, faisait une barre devant elle, bouillonnait et montait, en un flot révolté qui menaçait de l’engloutir. Un instant, elle parut débordée, vaincue. Mais, d’un dernier coup de reins, elle se délivra, avança de trente mètres encore. C’était la fin, la secousse de l’agonie : des pa-quets de neige retombaient, recouvraient les roues, toutes les pièces du mécanisme étaient envahies, liées une à une par des chaînes de glace. Et la Lison s’arrêta défini-tivement, eXpirante, dans le grand froid. Son souffle s’éteignit, elle était immobile, et morte (Émile Zola,La Bête humaine, Charpentier, 1883).
*** Jean de Gourmont m’a parlé quelquefois du beau garçon qu’était son frère dans sa jeunesse. Il y avait quelques années qu’il était à Paris quand un accident de santé le défigura. […]. Jean de Gourmont m’a […] raconté à ce sujet ce qui suit. À cette époque, ils avaient encore leur père. Quand Remy de Gourmont fut en état de sortir, ils partirent tous les deuX pour Coutances. À 1’arrivée du train, sur le quai, leur père les attendait. Il vit venir Jean de Gourmont, accompagné d’un autre voyageur. Il lui dit : « Eh bien, où est Remy ? Tu ne l’as donc pas amené ? » Remy de Gourmont était devant lui. Il ne le reconnaissait pas (Paul Léautaud,Passe-Temps, Mercure de France, 1929).
******* Mort ferroviaire 6 : Il est dangereux de se pencher.
Je prends le train de nuit pour retourner à Cannes. Dans mon wagon, deuX dames et un Marseillais qui raconte obstinément des drames de che-min de fer, des assassinats et des vols. … J’ai connu un Corse, madame, qui s’en venait à Paris avec son fils. Je parle de loin, c’était dans les premiers temps de la ligne P.-L.-M. Je monte avec euX, puisque nous étions amis, et nous voici partis. Le fils, qui avait vingt ans, n’en revenait pas de voir courir le convoi, et il restait tout le temps penché à la portière pour regarder. Son père lui disait sans cesse : « Hé ! prends garde, Mathéo, de te pencher trop, que tu pourrais te faire mal. » Mais le garçon ne répondait seulement point. Moi je disais au père : « Té, laisse-le donc, si ça l’amuse. » Mais le père reprenait :
Le frisson esthétique › N°4 › Printemps 2007

0
P r o m e n a d e s l i t t é r a i r e s
« Allons, Mathéo, ne te penche pas comme ça. » Alors, comme le fils n’entendait point, il le prit par son vêtement pour le faire rentrer dans le wagon, et il tira. Mais voilà que le corps nous tomba sur les genouX. Il n’avait plus de tête, madame... elle avait été coupée par un tunnel. Et le cou ne saignait seule-ment plus ; tout avait coulé le long de la route... (Guy de Maupassant,Notes d’un voyageur, 1884).
Comme on peut s’amuser à remplir de sens le bruit des roues, on peut rêver sur le nom des gares à la manière de Mallarmé, de Gourmont ou de Proust :
Voici plusieurs jours que pour poème unique je lis unIndicateur de Chemins de fer. Si tu savais quelles jouissances eXquises je goûte à voir ces chiffres alignés comme des vers ! Et ces noms divins qui sont mon horizon bleu : Cologne, Mayence, Wies-baden. C’est là que je voudrais m’envoler avec ma douce sœur Marie ! Allons-nous-en par l’Autriche ! Nous aurons l’aube à nos fronts ; Je serai grand, et toi riche, Puisque nous nous aimerons ! Je vais faire un poème en prose sur ces projets de voyage… (Lettre à Henri Cazalisdu 25 septembre 1862).
Nonancourt.— Ces syllabes chantées le long du train évoquent un joli couvent de nonnettes, un peu dissolues avant la réforme de Borromée […] ;Rai-Aube. — Vil-lage que je ne verrai jamais, village au nom si joli, aurore et rayon, composition pimpante de lumineuX vocables, alliance de syllabes mariées par un matinal sourire, herbes arrosées par la fraîcheur de l’aiguaille, transparence des sources, murmurante fluidité des eauX courantes sous les joncs fleuris, Rai-Aube, tout cela, et l’oublié, et l’indicible, palpite dans les lettres blanches de ton nom, attirant et fuyant rébus collé au pignon de la gare ! (Sixtine, Savine, 1890 & Éditions du Frisson Esthétique, 2005)
Si ma santé s’affermissait et que mes parents me permissent sinon d’aller séjour-ner à Balbec, du moins de prendre une fois, pour faire connaissance avec l’architec-ture et les paysages de la Normandie ou de la Bretagne, ce train d’une heure vingt-deuX dans lequel j’étais monté tant de fois en imagination, j’aurais voulu m’arrêter de préférence dans les villes les plus belles ; mais j’avais beau les comparer, comment choisir, plus qu’entre des êtres individuels qui ne sont pas interchangeables, entre BayeuX si haute dans sa noble dentelle rougeâtre et dont le faîte était illuminé par le vieil or de sa dernière syllabe ; Vitré dont l’accent aigu losangeait de bois noir le vitrage ancien ; le douX Lamballe qui, dans son blanc, va du jaune coquille d’œuf au gris perle ; Coutances, cathédrale normande, que sa diphtongue finale, grasse et jau-nissante, couronne par une tour de beurre (Du côté de chez Swann,Grasset, 1913).
À propos deSixtine, j’ai l’impression queles Poupées russes de Cédric Klapisch est une version cinématographique « dans le genre deSixtine, mais plus moderne », nonobstant queSixtine, soit par certains côtés un roman anti-russe. Toujours est-il que dansSixtineou dansles Poupées, il y a pour drôle de message commun que la fin d’une vie intelligente n’est pas de cou-cher avec la princesse de Trébizonde. Reste à méditer la réponse qu’apporte au débatla Possibilité d’une île, roman qui n’a pas heureusement eu le Gon-court, car il était trop au-dessus [penser à noter que Michel Houellebecq n’est pas un auteur réaliste, qui, dansPlateforme, fait passer par Rouen le Paris-Cherbourg].
Le frisson esthétique › N°4 › Printemps 2007
Mort ferroviaire 7 : On achève bien les communistes :« ... ne fusillent pas, ils les foutent vivants dans la chaudière de la locomotive », (André Ma-lrauX,la Condition humaine, Gallimard, 1933). Certes, du point de vue ro-manesque, cette invention est très-légitime ; n’empêche que certains croient encore qu’on s’est réellement ainsi débarrassé de communistes chinois, brû-lés (peut-être est-ce aussi une légende) comme du vulgaire café brésilien.
TERMINUS
Eût-il pas fallu aussi évoquer : Méliès et son train creveur d’écran ;120 rue de la Gare,le Crime de l’orient express,l’Inconnu du nord-express;le Pont de Cassandra; le Trainde 8 h 47;les Vagabonds du rail; la fin dela Traversée de Paris; le « taureau de fer qui fume, souffle et beugle » de Vigny ; le chemin de fer subatlantique — sans tunnel, vraiment sous-marin — de Gustave Le Rouge ;Donald chef de gareouDo-nald cheminot !petit train interlude ; le les Copains, pour le deuXième chapitre et parce qu’écrit dans le train ;Père et fille;, de Thomas Owen Des rails sur la prairie; la disparition de l’Hôtel de la gare de Coutances et ses fresques & frasques du Pou qui grimpe ; le Cherbourg-Coutances, son aveugle et son chien ; la seule fois où je sacrifiai l’auto-stop au train, en Espagne, cette charmante bigote qui m’entretint du padre Pio, de Conchita et de ?En wagonde Maupassant, où un prêtre accouche et baptise dans la foulée ; le train électrique de Jeannot H*** ; ceuX de N. & N. B*** ; t ceteraet cæteraET CÉ TÉ RAET CÉ TÉ RAET CÉ TÉ RA etc.e ET CÉ TÉ RAEt c’est tes ratseh c’est tes ratsTCHOU. essaie des rats et se taira
Après, si tu veuX, on ira regarder les trains (Michel Deville,Le Mouton enragé, 1974.)
Christian Buat.
Le frisson esthétique › N°4 › Printemps 2007
1
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Les Portes du passé

de les-editions-jcl

Le Nouveau Décaméron

de bnf-collection-ebooks

Les Portes du passé

de les-editions-jcl