Wallace. - C'était une journée très chaude

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Wallace. - C'était une journée très chaude

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Wallace. Jérémie Conde
    C’était une journée très chaude. L’été était arrivé bien tôt cette année. C’était un mois d’avril où les températ ures avoisinaient les 35 degrés. Wallace avait mal dormi cette nuit-là. La chaleur de son appartement, sous les toits, ancienne chambre de bonne, recevait le plein soleil toute la journée. Il faisait une chaleur à crever, et la nuit, la fraîcheur ne se dégageait guère. Ce n’était pas encore la canicule, la météo l’annonçait pour le mois de mai, et Wallace, qui ne regardait jamais la météo, ne savait donc pas encore ce qui l’attendait.   Wallace était un rêveur. C’était aussi un penseur, et c’est parce qu’il pensait qu’il rêvait. Sa principale activité, durant son temps libre, c’était de s’évader. Dans sa chambre de bonne, il avait un p etit bureau avec une machine à écrire. Il aurait bien voulu s’acheter un ordinateur, mais c’était bien trop cher. Il ne se servait pas de sa machine, mais il se disait toujours que s’il en avait besoin il pourrait toujours écrire. Seulement, il détestait ç a. Pas vraiment qu’il détestait, mais il ne savait pas comment mettre sur papier tout ce qui se passait dans sa vie rêvée. C’était compliqué, et cela le déprimait au plus haut point. Alors il s’asseyait à son bureau, il posait son coude sur le plateau et tournait la tête vers la fenêtre. C’était sa façon à lui de s’envoler.   Il était quelqu’un de terriblement seul, et il en ressentait les effets de façon permanente. Il était encore étudiant, sa vraie seule passion était la lecture. Tous les jours ou presque, il se rendait à la faculté. Il était présent à chaque cours, mais personne ne le remarquait. Il se mettait toujours en bout de rangée pour ne pas gêner. Il arrivait généralement en avance, il observait ses camarades se dire bonjour, se parler. Il enviait les garçons qui parlaient avec les filles, ceux qui étaient très à l’aise et qui obtenaient des rendez -vous ou des numéros de téléphone. A chaque fois il s’évadait. Il s’imaginait papoter avec certaines des filles,  et plus particulièrement avec Laura. Une petite brune très jolie dont il avait entendu le prénom. Il
adorait la regarder. C’était une fille très simple d’apparence, tous les garçons assez sûr s d’eux la draguaient. Wallace n’avait jamais vu personne réussir son coup. Peut -être qu’elle avait déjà un petit ami. Mais Wallace se plaisait juste à la regarder et à l’imaginer. Il lui avait donné toute une personnalité, une conscience politique à gauche, des goûts littéraires bien précis, un intérêt pour le cinéma d’auteur… Bref, tout ce qu’il aimait, elle l’aimerait. Il se voyait lui parler, passer du temps avec elle, se promener à ses côtés, l’inviter chez lui et lui montrer ses livres préférés. Puis il se rappelait que son appartement était pourri, alors quitte à fantasmer, il s’imaginait  vivre dans un bel appartement bien placé dans un coin tranquille. Il aurait une grande télé pour regarder des films, une chaîne hi-fi avec un son du tonnerre, un bureau immense avec un ordinateur écran plat pour écrire des livres qu’il arriverait à pondre et serait même édité. Sauf qu’il se souvenait très vite qu’il n’arrivait pas à aligner deux mots sur sa vieille machine à écrire toute baveuse. Mais tant pis, dans ses rêves, tout était permis. Il était même un excellent sportif, il s’imaginait parfois jouer au foot dans l’équipe une de la fac et lui faire gagner le championnat de France, bien évidemment, toute la fac se serait déplacée, et lors des prochains cours, les filles le montreraient du doigt en disant que c’est lui le champion qui a marqué quatre buts durant la finale et qu’il est trop fort et trop beau.   Wallace soupira. Son regard se perdait sur le dos de Laura qui était deux rangs devant écoutant très attentivement ce que le professeur disait.  « Qu’en pensez -vous Monsieur ? » Entendit-il soudain. Il sentit alors des tas de regards sur lui, il sentit aussi le sang affluer à ses joues. Il se sentait brusquement très mal à l’aise. Le prof l’interrogeait et il n’avait rien écouté du cours. « Je vous dérange peut-être ? » Insista le prof. Même Laura se retourna. Les regards étaient lourds, il se sentait plus seul que jamais. Il fit un effort pour se souvenir. Oui, il se rappelait que le cours portait sur un texte qu’il avait lu dans un livre, son cerveau avait du mal à fonctionner avec toute cette pression. Il devait vite se rappeler du sujet en question. « Euh… Je crois que… Enfin disons que… » La séduction, c’était ça le sujet du cours. Le prof s’était référé en outre à certains passages de l’amour la solitude  d’André Comte -Sponville. « Si vou s voulez mon avis… Euh… Je vous dirais  très … Très  simplement que la séduction humaine est pareille à celle des animaux.
- Voyez-vous ça ! Ironisa le prof. Expliquez-vous.  -C’est très simple… Euh…  Vous arrivez dans cette classe dix minutes avant tout le monde, le matin, à l’heure du premier cours, vous allez être le spectateur d’une société de pouvoir. - Continuez. -C’est bien simple,  continua Wallace qui se sentait étrangement à l’aise et capab le de s’exprimer convenablement.  Comme dans tout système social, il y a des dominants et des dominés. Nous, les êtres humains, nous sommes civilisés, enfin pour la plupart, alors on ne verra pas deux types se battre pour avoir les faveurs d’une fille. En revanche, ça sera à celui qui sera le plus drôle, qui présentera le mieux, qui aura le plus d’esprit, le plus de conversation… Peut -être que les filles s’en fichent en fait de ça, mais les garçons font ça en permanence, pour plaire, pour séduire, parce qu’ils pensent que c’est en montrant qu’ils sont supérieurs aux autres qu’ils auront l es grâces des filles. -Très bien oui, qu’en concluez -vous ? -J’en conclue que nous sommes tous des animaux, que nous cherchons en permanence à marquer notre territoire, même moi je le fais, je me mets dans mon coin, c’est mon coin à moi, et j’espère bien  que personne ne viendra trop près empiéter sur mon petit coin à moi. Bé la plupart des personnes ici font la même chose. Un mec entre, il voit la fille pour qui il a mis son beau jean moulant, il lui sourit, va lui faire la bise, lui demande ce qu’elle a fait hier soir alors que ça ne l’intéresse pas, ce qui l’intéresse c’est de savoir s’il pourra passer la prochaine soirée avec elle.  Et quelle est la place de l’amour là -dedans ? --L’amour peut venir après.  -Et pourquoi pas avant d’après -vous ? - Parce qu’on ne peut pas aimer quelqu’un qu’on ne connaît pas.  - Mais supposons que ledit garçon qui aimerait passer la soirée avec ladite fille la connaisse suffisamment pour l’aimer ? - Ça revient au même. Il faut qu’il la séduise, et séduire, c’est convaincre  une fille qu’on est un mec intéressant, pas trop bête, et pouvant lui apporter quelque chose. -Vous pensez réellement qu’une fille attend forcément quelque chose d’un garçon ? -Autant qu’un garçon attend quelque chose d’une fille oui. C’est évident. Si une fille accepte un rendez-vous, elle veut que ça se passe bien, elle veut être étonnée, elle veut être respectée. - Et le garçon, il attend quoi ?
- Ça dépend, s ’il est amoureux, il veut étonner , être étonné et respecté, et pourquoi pas être aimé en reto ur… Sinon il fait ce qu’il faut pour que la fille pense que le type est bien, et cherche à l’amener dans son lit.  Faut pas se leurrer, c’est quand même le but de 90% des contacts humains. -D’où sortez -vous ce chiffre ? - Simple observation. -Très bien… R appelez-moi comment vous vous appelez ? - Wallace. » Le prof le félicita et reprit son cours. Wallace se sentait légèrement mal à l’aise après ça, mais percevait aussi une émotion toute nouvelle, il avait fait référence durant un cours. Désormais, tout le monde saurait que Wallace n’est pas un crétin de première ! Il était très fier. Il réfléchit un instant à ce qui venait de se passer. Il ne lui arrivait pas souvent de prendre la parole devant une classe, mais il s’étonnait toujours de sa capacité à réussi r à parler très librement. Il posa sa tête entre ses mains, les coudes sur la table, et se remit à rêver. Là, il imaginait Laura venir lui parler à la fin du cours, lui demander quelques informations supplémentaires sur son intervention remarquée. Il lui p roposerait d’aller boire un verre pour en discuter, elle dirait oui évidemment, se sentant toute petite à côté de lui si grand et intelligent, lui futur grand philosophe de son époque. Il soupira… Il savait que ça n’arriverait jamais, mais ça lui plaisait de le croire. Il n’avait vraiment que ça bien à lui. Il savait depuis longtemps qu’il ne possédait réellement rien. Un jour il avait pensé puis écrit ceci sur une feuille de cours : « la seule chose que nous possédons, c’est ce que nous faisons ». Et lui c e qu’il faisait, c’était  rêver. Alors il ne possédait que ses rêves. C’était déjà ça, certaines personnes n’avaien t même pas la possibilité de rêver, alors autant en profiter tant qu’on le pouvait.  Et il en profitait dès qu’il le pouvait. Pour lui, les cours n’étaient qu’ennuis, mais il y était présent, il se forçait à y aller, ça l’obligeait à sortir de chez lui et à voir des gens. Juste les voir, leur parler était un pas trop difficile à faire. Si on venait discuter avec lui, il ne refusait pas le contact , mais c’était si rare, ou alors pour lui demander de la monnaie pour la machine à café…   Il faisait déjà très chaud dans la salle, Wallace sentait la transpiration sur son front. Tout le monde était en sueur, le prof avait des auréoles énormes au niveau des aisselles, en temps normal, tout le monde se serait moqué de lui, mais tous en étaient rendus à espérer ne pas trop transpirer sous les bras. Laura portait une jupe blanche et un débardeur de la même couleur.
On aurait dit une vierge grecque habillée ai nsi. Wallace avait l’impression qu’elle ne souffrait pas de la chaleur, que rien ne la touchait, qu’elle était au -dessus de tout cela.  Le prof posa une question : « Est-ce que l’amour est forcément synonyme de bonheur ? » Le silence se fit, personne ne voulait répondre, ou peut-être que personne ne voulait lever la main pour ne pas avoir à montrer une auréole mal placée. Laura leva la main. « Oui ? -Je crois en effet que l’amour est synonyme de bonheur. Dit -elle. - Vous croyez ? Et qu’est -ce qui vous fait croire que c’est le cas ? - Parce que quand on aime on est heureux. Quand on vit une passion, elle est source de bonheur, c’est le principe même d’une passion  ! Si elle n’apporte pas de bonheur, alors il n’y a pas de passion. -Donc l’amour est synonyme de passion aussi ? -Bien sûr, c’est évident.  -Mais n’y a -t-il jamais de personnes malheureuses en amour ? -Euh si… Mais c’est parce que la passion est fragile et qu’elle met deux personnes l’une en face de l’autre, et que ce n’est pas évident de concilier avec l’alter.  - Effectivement. Donc est-ce que l’amour est synonyme de bonheur ? -Dans la mesure où c’est une passion, l’amour doit contribuer au bonheur c’est certain.  -Très bien. Quelqu’un d’autre veut répondre ? » Wallace se surprit à lever la main. Il la rebaissa rapidement, mais trop tard. Il se sentait mal de nouveau, il ne voulait surtout pas contredire Laura, il ne voulait surtout pas la mettre mal à l’aise, il aurait dû rester dans son coin, son coin à lui, et ne pas empiéter sur le territoire  commun aux autres, le cours. « Wallace ? C’est bien ça ? -Oui… Euh, ce que j’aimerais dire quand même…  C’est qu’effectivement, je pense moi aussi qu’on ne peut dissocier l’amour de la passion, mais il faut faire attention à bien employer les termes. Etre amoureux, c’est bien, mais il ne faut pas que ça tourne à l’obsession, et l’amour non partagé, rend -il heureux ? -Mais qu’est -ce qu’être amoureux selon vous ? Ou plutôt, comment le sait-on ? Est-ce qu’être amoureux de quelqu’un qui ne nous aime pas est réellement de l’amour ?
- Dans l’Amour en fuite , le film de Truffaut, il est dit : « A quoi reconnaît-on que l’on est amoureux ? C’est très simple. On est amoureux quand on commence à agir contre son intérêt. » Cette idée me plait assez. Même une personne amoureuse à qui on ne rend pas cet amour va agir contre son intérêt. Par exemple, continuer à voir une fille dont il n’aura jamais rien. Ça ne le rend pas heureux. Et c’est effectivement de l’amour, Beigbeder dans L’amour dure trois ans  dit « Aimer quelqu'un qui vous aime aussi, c'est du narcissisme. Aimer quelqu'un qui ne vous aime pas, ça, c'est de l'amour . », il ne faut pas oublier que l’amour est quelque chose qui se vit de façon individuelle, j’entends par là l’amour d’une autre personne. Ça ne se parta ge pas. On peut partager une passion, mais pas un amour. C’est pour cela qu’il faut distinguer la passion de l’amour. Je suis tout à fait prêt à partager ma passion pour un sport, un jeu, un art, mais pas mon amour pour une fille, c’est évident.   C est in téressant oui. Mais quand on est en couple, on partage cet amour non ? --On partage notre passion commune, mais un sentiment ne peut pas s’offrir, ne peut pas être donné. Je veux dire, concrètement c’est quoi donner de l’amour ? -Oui, c’est intéressant ! Vous voulez répondre Laura ? -Je crois qu’il n’a pas tort. Je n’avais pas vu les choses sous cet angle, mais en y réfléchissant, je suis d’accord avec Wallace. » Elle l’avait appelé Wallace  ! Il n’en revenait pas ! Et comble du comble, elle lui adressa même la parole. « Mais tu ne crois pas que l’amour c’est aussi une passion quand même ? -Euh… Si… M… Mais… J’ai en… envie de d… dire que c’est… c’est une passion p… particulière. C’est l’exception qui confirme la règle en quelque sorte ! - Ah oui ! C’est dr ôle ! C’est bien dit ! »  Le prof reprit son cours. Laura avait trouvé drôle ce que Wallace avait dit ! Il ne tenait plus sur sa chaise ! Le stress que cette conversation avait créé l’avait fait fortement transpirer, il lui tardait la fin du cours pour se cacher quelque part seul dans un coin , à l’ombre, pour respirer un bon coup.  Le prof annonça la fin des deux heures. Tout le monde se leva dans un brouhaha infernal. Comme à son habitude, Wallace attendait que la salle soit vidée pour suivre à son tour. Il avait déjà rangé son sac, il se tenait debout contre le bureau derrière lui et s’était momentanément perdu dans ses pensées, regardant dans le vague, les yeux dans le mur. « Tu ne sors pas ? » Il entendit une voix, il n’était pas certain qu’elle soit rée lle ou bien dans son rêve éveillé.
« Hey ! Tu rêves ? » Il tourna la tête. A sa gauche, Laura le regardait d’un air dubitatif. « Oh… Pardon… J’étais… ailleurs…  -J’ai vu ça oui ! Tu restes là ou tu vas en cours ? - Ah ! Si si, je vais en cours, j’attendais seulement que tout le monde sorte, histoire de ne pas se bousculer…  -C’est une bonne idée, mais après on a les plus mauvaises places dans l’amphi…  -Oh… J’arrive toujours à me trouver un coin tranquille…  -T’aimes bien être tranquille non ? -Autant qu’il est possible de l’être…  -Si je t’ennuie…  - Non non ! Surtout pas ! Je ne disais pas ça pour toi ! » Ils prirent la route de l’amphithéâtre. Wallace se sentait plut ôt bien. Il avait les mains moites et un peu tremblantes, mais il arrivait à assurer suffisamment sa démarche pour marcher droit sans la bousculer. C’était là l’essentiel. Il se concentrait exclusivement sur sa capacité à ne pas la toucher. Laura parlait sans arrêt. Elle parlait des cours, et voulait savoir quel était le philosophe préféré de Wallace. « Euh… Mon philosophe préféré  ? Dur à dire… Y’en a tellement ! -Mais si tu ne devais en retenir qu’un seul ! Juste un ! Alors Descartes. -- Descartes ? Et Platon ? -Tu m’en as demandé qu’un seul ! -C’est vrai, mais la plupart répondent Platon.  -Je n’ai pas envie de me distinguer, dit -il, mais c’est à cause du «  Je pense donc je suis  »… ça m’a toujours permis de…  - De ? -Je ne sais pas, c’est difficile à expliquer… Mais j’ai toujours eu le sentiment que je devais mon identité à mes pensées, à mes rêves… Alors c’est ma façon à moi de me rendre compte que je suis vivant, que je suis conscient, que j’existe.  -Parce que t’es tout seul ? -Euh… Oui… Parce que je connais mal l’enfer…  -L’enfer ? -Sartre…  
- Ah oui ! « L’enfer c’est les autres ». D onc tu as le sentiment d’exister non pas à travers le regard des autres, mais simplement à travers le tien…  -C’est un peu ça. Mais s’il n’y avait pas les autres, ma famille, et toutes ces personnes là, je n’aurais pas non plus l’impression d’exister…  - Je vois, mais ce sont tes pensées qui te font ressentir tout ça plus que les autres. -C’est ça oui…  -Dis, c’est bientôt les partiels, ça te dirait qu’on révise ensemble ? On pourrait faire ça chez moi, ou chez toi, ou à la bibliothèque ? -C’est une idée o ui. - Tiens, je fais une petite soirée chez moi ce soir. Tu veux venir ? Cela pourrait être sympa, on ne sera pas très nombreux, et ça serait bien que tu discutes avec nous, que tu nous dises ta façon de penser. » Le cœur de Wallace s’arrêta. Il ne voulait pas y aller, ça lui faisait horreur, il avait trop peur, déjà trop mal. Se retrouver au milieu d’inconnus le dévisageant. Et s’il y allait, il ne saurait pas quoi dire, de peur d’aller à l’encontre de l’avis général, de peur de dire des bêtises, de ne pas être assez intelligent. Non, il ne pouvait décemment pas dire oui. « Ok, je viendrai. » Il le regretta en le disant.  Wallace frappa à la porte. Il attendit un moment, il n’y eut aucune réponse. Il frappa de nouveau, un peu plus fort. La porte s’ouvrit, L aura tenait un verre avec un liquide vert à l’intérieur. Elle sourit en voyant Wallace.  « Ah ! Je me disais que tu ne viendrais plus ! Tu as eu du mal à trouver ? » Il tenait dans sa main une bouteille de vin. Il aperçut sur une table une dizaine de bouteilles de vin, il avait fait le mauvais choix. « T’as amené du vin  ! C’est très bien, on va pouvoir en boire beaucoup ! Entre ! Restes pas là, va faire connaissance, je reviens ! »  Wallace fit un signe de la main à tout le monde. Ils étaient assis sur des chaises, sur le canapé, d’autres étaient debout , et personne ne lui avait fait signe, personne ne l’avait regardé, il restait planté là, ne savait pas quoi faire, ni où aller. Il regrettait à présent d’être  venu, il voulait faire demi-tour, il était resté d evant la porte d’entrée au moins dix minutes avant de frapper, il désirait être ailleurs, il se sentait mal au milieu de toutes ces personnes qui
l’ignoraient. Il mit ses mains moites dans les poches de son bermuda. Laura revint lui tendant un verre de vin rempli à raz bord. « Sors tes mains des poches Wallace ! Je vais pas te faire boire quand même ! » Il sourit et prit le verre. Il but une gorgée, il détestait le vin et ne savait même pas pourquoi il avait apporté une bouteille, il paraît que ça se fait. « T’as fait connaissance ? Il sont sympas hein ? Bon, je te laisse, tu te sers, y’a plein de trucs à la cuisine ! » Laura rejoignit un groupe et rigola soudainement. Wallace regarda la porte d’entrée puis la cuisine. Il remarqua de quoi grignoter et du jus d’orange. La pièce était vide. Il vida son verre dans l’évier , le rinça, et le remplit de jus d’orange qu’il but d’un trait. I l mangea ensuite quelques amuse-gueules, des gâteaux, un bout de cake et retourna voir comment la fête se déroulait. Laura buvait son verre tout en parlant très sérieusement avec un type qui cherchait à la séduire. Wallace baissa les yeux et regarda ses pieds, il se demandait comment il en était arrivé là. Il posa son verre derrière lui, sur un meuble, ouvrit la porte et partit. Il descendit les marches, poussa la lourde grille de l’immeuble et prit la direction de son appartement qui se situait à une bonne demi-heure de marche. Il entendit qu’on l’appelait.  « Wallace ! Il se retourna, Laura lui courait après. -Qu’est -ce qui se passe ? Demanda-t il. --Qu’est -ce qui se passe ? Mais tu te fous de moi ! C’est à moi de te poser la question ! Tu pars comme ça sans dire un mot. T’as reçu une mauvaise nouvelle et t’as dû partir ? - Euh non. -Qu’est -ce qui va pas alors ? S’inquiéta -t-elle. -Je n’ai rien à faire ici… Répondit -il timidement. - Pourquoi tu dis ça ? -Ce n’est pas mon caractère d’accoster des gens pour savoir ce qu’ils font dans la vie. Moi je suis le type qui se met dans un coin pour se cacher des autres. Mais tous les coins étaient pris chez toi… Il sourit légèrement.  -Je vois… Désolée… J’aurais dû rester avec toi, te parler, faire un peu plus connaissance  -Non, c’est moi, je n’aurais pas dû venir, mais je n’ai pas su te dire non, tu es Laura…  - Ça veut dire quoi je suis Laura ? -Rien… Je disais ça comme ça…  
- Non explique-moi, j’insiste ! Tu te tires de chez moi, je mérite une explication ! -Tu es Laura… La fille que tout le monde regarde en cours… La fille que les garçons aiment draguer quand ils ont suffisamment de c ulot ou qu’ils sont assez fous… Tu es Laura quoi…  -C’est comme ça que tu me vois vraiment ? -Non pas vraiment, je t’ai imaginé e autrement. - Comment ça ? -Non, ce n’est pas ce que je voulais dire.  - Si, vas-y, explique-moi. Sa voix était devenue soudainement très douce. Elle ressentait une certaine sympathie pour ce garçon mal dans sa peau, pas sûr de lui, un peu maladroit, et qu’elle trouvait au final très charmant.  -J’ai imaginé que tu votais à gauche, que tu aimais les films de Bergman et de Polanski , que tu lisais les livres de Malraux et Henri Miller…  Elle sourit. -Si tu veux savoir, je ne vote pas, la politique ne m’intéresse pas. Je n’ai jamais vu un film de Bergman ni de Polanski, ou alors je ne savais pas que c’était d’eux  ! J’aime aller au cin éma voir des films grands publics pour m’y divertir, ni plus ni moins. Je suis amoureuse de Johnny Depp et je ne rate aucun Spielberg ! Quant à Malraux et Miller, pour tout dire, j’ai bien assez de livres à lire pour les cours ! Désolée de te décevoir ! »  Wallace sentit la tristesse l’envahir.  Ce n’était pas autant de l’avoir mal imaginée qui l’attristait. C’était de s’être enfermé dans ses rêves, et de n’avoir jamais saisi l’occasion d’apprendre à la connaître.  « Et si tu veux tout savoir, reprit-elle, je suis abonnée à un magazine de jeux vidéos depuis que je dois avoir douze ans ! J’adore ça  ! J’aime aussi énormément le foot et je ne rate jamais un match à la télé, et parfois je vais même au stade ! » Il sourit. Il sourit encore et encore. Il sourit tell ement qu’il laissa paraître s es dents, il n’avait plus souri  comme ça depuis bien longtemps, il ne s’en souvenait pas. Il se gratta la tête, geste d’une personne gênée par la situation absurde.  Il finit par se laisser rire. Il leva sa tête comme pour regarder le ciel et se laissa aller à rire. « Qu’est -ce qui te fait rire Wallace ? - Moi ! J’ai été si bête  ! Je t’ai rêvée différemment  ! Tu n’es pas la fille dont j’avais rêvé ! Tu es Laura, la vraie Laura, celle qui me parle et qui ne me juge même pas ! Et moi, ce soir, je t’ai jugé parce que tu étais différente ! »
 Elle sourit à son tour. Elle le regardait avec tendresse. Une fenêtre s’ouvrit plus haut dans l’immeuble, ça venait de l’appartement de Laura.  « Hey ! Laura ! Qu’est -ce que tu fous ? » Elle répon dit qu’elle arrivait et la fenêtre se referma.  « On m’appelle… Alors tu fais quoi ? Tu montes avec moi ou tu rentres ? »  Wallace était installé devant son ordinateur. Sa machine à écrire trônait fièrement sur son étagère, il ne voulait pas s’en séparer, mais il était évident qu’il était plus pratique d’écrire avec l’aide d’un ordinateur, plutôt qu’avec une vieille machine. Il avait pourtant enfin réussi à écrire avec son antiquité. Il avait rédigé une petite nouvelle qui plut énormément à Laura, mais il sa vait qu’il devait la soumettre à d’autres personnes encore. Alors il s’acheta un ordinateur, ses économies partirent en fumée, mais ça en valait la peine. Il prit une connexion Internet et créa un blog pour y mettre ses textes. Il connaissait Laura depuis un an maintenant. Il vivait toujours dans son petit appartement, et il aimait la recevoir, il aimait surtout quand elle passait à l’improviste, qu’elle venait juste parce qu’elle en avait envie.  En un an, il avait changé. Depuis cette soirée où il avait décidé de ne pas suivre Laura et que c’est elle qui le suivit, il avait enfin accepté ce qu’il était, et surtout, il avait trouvé quelqu’un qui ne le jugeait pas pour son asociabilité. En cours, ils s’asseyaient à côté. Au début, les autres crurent qu’ils étaient ensembles, mais ça n’était pas le cas, alors les autres mâles reprirent leurs danses frénétiques pour tenter de la séduire. Elle les ignorait, elle s’en fichait. Wallace était étonné qu’elle n’ait pas de petit ami, elle lui répondit qu’elle ne voulai t pas se mettre avec un mec juste pour se mettre avec, elle voulait bien plus. Elle avait eu des tas de copains, mais ça n’avait jamais marché, elle ne savait pas vraiment pourquoi. Elle avait souvent souffert, et avait alors décidé qu’elle devait prendre son temps en amour. Wallace savait bien pourtant que parfois, lors de certaines soirée, Laura ne dormait pas seule. Ça ne le dérangeait pas plus que ça, il essayait de ne pas y penser. Bien sûr, il songeait encore à elle, mais de façon différente, il avait adapté sa personnalité, et plus il apprenait à la connaître, plus il devait faire de changements. Il n’arrivait pas vraiment à la cerner, et il désirait tellement qu’elle soit différente qu’il en était souvent déconcerté. Pourtant, c’était cette différenc e qui l’attirait chez elle, il voulait en savoir plus, mieux comprendre, il était intrigué. Ils se voyaient régulièrement en dehors des cours, elle aimait bien venir chez lui juste
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