RE 245 - Interview.indd

De
Publié par

RE 245 - Interview.indd

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
Lecture(s) : 148
Nombre de pages : 4
Voir plus Voir moins
Regard d’ESPERANCE N°245 - Avril 2010
Regard d’ESPERANCE N°245 - Avril 2010
« J’ai connu les camions sans chauffage. Il fallait pré-
« J’ai connu les camions sans chauffage. Il fallait pré-
voir de grosses couettes pour les nuits. J’ai vu le givre sur
voir de grosses couettes pour les nuits. J’ai vu le givre sur
les pare-brises à l’intérieur de la cabine… Au réveil, cela
les pare-brises à l’intérieur de la cabine… Au réveil, cela
fait drôle !
fait drôle !
Aujourd’hui, les camions sont des palaces. Le dernier
Aujourd’hui, les camions sont des palaces. Le dernier
que j’ai conduit en juin 2009, possédait tout le confort : sus-
que j’ai conduit en juin 2009, possédait tout le confort : sus-
pension à air, siège à coussin d’air, climatisation – bien sûr
pension à air, siège à coussin d’air, climatisation – bien sûr
– tablette pour les repas, frigo…», nous a confi
é B. Bou-
– tablette pour les repas, frigo…», nous a confi
é B. Bou-
teiller.
teiller.
Son père était « roulant » ; conducteur d’autorail sur les
Son père était « roulant » ; conducteur d’autorail sur les
« michelines » du Réseau Breton…
« michelines » du Réseau Breton…
Bernard Bouteiller a, lui, préféré la route au rail. Et son
Bernard Bouteiller a, lui, préféré la route au rail. Et son
métier de chauffeur l’a conduit à sillonner les avenues de
métier de chauffeur l’a conduit à sillonner les avenues de
Paris à bord de luxueuses limousines, transportant mi-
Paris à bord de luxueuses limousines, transportant mi-
nistres, ambassadeurs, princesses et autres personnalités
nistres, ambassadeurs, princesses et autres personnalités
de palais en palaces… Mais aussi à parcourir l’Europe sous
de palais en palaces… Mais aussi à parcourir l’Europe sous
toutes ses latitudes au volant de « semi-remorques », des
toutes ses latitudes au volant de « semi-remorques », des
contrées ensoleillées d’Espagne aux terres enneigées de
contrées ensoleillées d’Espagne aux terres enneigées de
l’hiver polonais…
l’hiver polonais…
On imagine volontiers ce grand voyageur piloter avec
On imagine volontiers ce grand voyageur piloter avec
style et élégance les dits « grands » de ce monde : de ses
style et élégance les dits « grands » de ce monde : de ses
jeunes années il a gardé le maintien droit et la silhouette
jeunes années il a gardé le maintien droit et la silhouette
athlétique, et de la fonction conservé une certaine pres-
athlétique, et de la fonction conservé une certaine pres-
tance, une méthode appliquée, le souci du détail…
tance, une méthode appliquée, le souci du détail…
Entre nostalgie et lassitude de la route, égrenant souve-
Entre nostalgie et lassitude de la route, égrenant souve-
nirs et réfl
exions, B. Bouteiller évoque dans les lignes qui
nirs et réfl
exions, B. Bouteiller évoque dans les lignes qui
suivent les facettes diverses d’une existence en mouvement
suivent les facettes diverses d’une existence en mouvement
perpétuel, les découvertes et « aventures » rencontrées aux
perpétuel, les découvertes et « aventures » rencontrées aux
détours des routes, l’évolution d’une profession qui lui pa-
détours des routes, l’évolution d’une profession qui lui pa-
raît s’être muée en une « course contre la montre », un mé-
raît s’être muée en une « course contre la montre », un mé-
tier de liberté devenu lieu de servitude…
tier de liberté devenu lieu de servitude…
Le nomade qui a défi
nitivement posé son sac sur la terre
Le nomade qui a défi
nitivement posé son sac sur la terre
de ses racines, raconte aussi la rencontre avec l’autre – les
de ses racines, raconte aussi la rencontre avec l’autre – les
autres – croisés sur les chemins du monde.
autres – croisés sur les chemins du monde.
Une histoire humaine, écartelée entre les fastes des
Une histoire humaine, écartelée entre les fastes des
princes du pétrole et la misère des enfants dans les fau-
princes du pétrole et la misère des enfants dans les fau-
bourgs des pays de l’Est avant la chute du Mur de Berlin…
bourgs des pays de l’Est avant la chute du Mur de Berlin…
« On voit et on apprend beaucoup en voyageant » dit-il ;
« On voit et on apprend beaucoup en voyageant » dit-il ;
et de même en écoutant parler le voyageur :
et de même en écoutant parler le voyageur :
Voudriez-vous vous présenter brièvement ?
Voudriez-vous vous présenter brièvement ?
« J’ai 59 ans. Je suis carhaisien d’origine. Mon père travaillait
« J’ai 59 ans. Je suis carhaisien d’origine. Mon père travaillait
à la gare. Il était « roulant », sur les michelines.
à la gare. Il était « roulant », sur les michelines.
J’ai commencé dans le métier, en apprentissage, chez Pé-
J’ai commencé dans le métier, en apprentissage, chez Pé-
tillon, qui était installé à La Limite, puis dans les établissements
tillon, qui était installé à La Limite, puis dans les établissements
Manac’h, marchand de vins…
Manac’h, marchand de vins…
Après quelques années, en 1975, j’avais envie de voyager
Après quelques années, en 1975, j’avais envie de voyager
un peu et je suis allé à Paris. Mon frère Jean-Pierre travaillait là-
un peu et je suis allé à Paris. Mon frère Jean-Pierre travaillait là-
bas dans un grand hôtel, et m’a trouvé une place de chauffeur à
bas dans un grand hôtel, et m’a trouvé une place de chauffeur à
l’ambassade des Emirats Arabes Unis : Dubaï, Abu-Dhabi, Char-
l’ambassade des Emirats Arabes Unis : Dubaï, Abu-Dhabi, Char-
dja, Fourdjaïrah... ; soient les sept émirats du Golfe, et le Koweït.
dja, Fourdjaïrah... ; soient les sept émirats du Golfe, et le Koweït.
C’est à cette époque que j’ai rencontré beaucoup de mi-
C’est à cette époque que j’ai rencontré beaucoup de mi-
nistres, comme Jobert, Peyrefi tte, Hernu, Chirac…
nistres, comme Jobert, Peyrefi tte, Hernu, Chirac…
L’ambassadeur des Emirats s’étant fait assassiner à Paris
L’ambassadeur des Emirats s’étant fait assassiner à Paris
en 1981, je me suis inquiété pour ma propre sécurité, et j’ai pré-
en 1981, je me suis inquiété pour ma propre sécurité, et j’ai pré-
féré me réorienter vers le transport international. Les suites phy-
féré me réorienter vers le transport international. Les suites phy-
siques d’un accident de la route m’avaient tenu éloigné du ser-
siques d’un accident de la route m’avaient tenu éloigné du ser-
vice pendant plusieurs mois, si bien que je n’étais pas au travail
vice pendant plusieurs mois, si bien que je n’étais pas au travail
ce jour-là… Mais ce genre de chose donne à réfl échir !
ce jour-là… Mais ce genre de chose donne à réfl échir !
J’ai donc repris la route, dans le transport international de
J’ai donc repris la route, dans le transport international de
voitures, de 1985 jusqu’en 1999. Et après avoir tenu pendant
voitures, de 1985 jusqu’en 1999. Et après avoir tenu pendant
quelques années un Bar-Presse à Pommerit-Le-Vicomte, près
quelques années un Bar-Presse à Pommerit-Le-Vicomte, près
de Guingamp, je suis revenu au pays, à Carhaix…
de Guingamp, je suis revenu au pays, à Carhaix…
C’est ma femme, Michelle, qui a travaillé dans la banque,
C’est ma femme, Michelle, qui a travaillé dans la banque,
qui m’a incité à revenir. Je suis aujourd’hui en pré-retraite, et
qui m’a incité à revenir. Je suis aujourd’hui en pré-retraite, et
j’aime beaucoup jardiner, donner un coup de main ici et là, aux
j’aime beaucoup jardiner, donner un coup de main ici et là, aux
voisins, aux amis pour passer le « rota », tailler les haies, couper
voisins, aux amis pour passer le « rota », tailler les haies, couper
du bois... Je ne sais pas rester à ne rien faire. »
du bois... Je ne sais pas rester à ne rien faire. »
De ce métier aux diverses facettes que vous avez exercé,
De ce métier aux diverses facettes que vous avez exercé,
quelles « spécialités » avez-vous préférées : le transport in-
quelles « spécialités » avez-vous préférées : le transport in-
ternational, être chauffeur d’ambassade… ?
ternational, être chauffeur d’ambassade… ?
« J’ai beaucoup apprécié le transport international avant la
« J’ai beaucoup apprécié le transport international avant la
création de l’Europe, à l’époque où les douanes existaient en-
création de l’Europe, à l’époque où les douanes existaient en-
core : on avait des contacts avec les autres chauffeurs, en Es-
core : on avait des contacts avec les autres chauffeurs, en Es-
pagne, en Italie, au Portugal..., pendant que les douaniers éta-
pagne, en Italie, au Portugal..., pendant que les douaniers éta-
blissaient les papiers. Pendant ces « coupures », on avait des
blissaient les papiers. Pendant ces « coupures », on avait des
discussions, on mangeait ensemble au restaurant…
discussions, on mangeait ensemble au restaurant…
Puis, avec l’arrivée de l’Europe, plus de douanes : on partait
Puis, avec l’arrivée de l’Europe, plus de douanes : on partait
de la région parisienne, de Bretagne ou d’ailleurs, et on roulait
de la région parisienne, de Bretagne ou d’ailleurs, et on roulait
sans arrêts. Finis les contacts aux frontières, on se croisait sur
sans arrêts. Finis les contacts aux frontières, on se croisait sur
les routes… De Flins, les patrons nous disaient : «Vous devez
les routes… De Flins, les patrons nous disaient : «Vous devez
être à Valladolid pour demain midi… »
être à Valladolid pour demain midi… »
Il fallait du rendement ; fi nies les rencontres, l’amitié…
Il fallait du rendement ; fi nies les rencontres, l’amitié…
La compétition entre les transporteurs se transformait en une
La compétition entre les transporteurs se transformait en une
course de vitesse.
course de vitesse.
Le travail de chauffeur à l’ambassade, c’était être un peu
Le travail de chauffeur à l’ambassade, c’était être un peu
« chauffeur de Maître », et aussi l’homme à tout faire. On est très
« chauffeur de Maître », et aussi l’homme à tout faire. On est très
pris, week-ends compris, et il n’y a pas d’horaires ! Les 35 heures
pris, week-ends compris, et il n’y a pas d’horaires ! Les 35 heures
L'ENTRETIEN DU MOIS
Chauffeur des Emirs à Paris...
Chauffeur des Emirs à Paris...
« J'ai conduit A. Peyrefitte, M. Jobert,
« J'ai conduit A. Peyrefitte, M. Jobert,
J. Chirac, Ch. Hernu... »
J. Chirac, Ch. Hernu... »
Une Rolls-Royce pour voiture de fonction...
Une Rolls-Royce pour voiture de fonction...
« En Slovénie, des ours traversaient les routes ! »
« En Slovénie, des ours traversaient les routes ! »
« Nous apportions du café et du sucre blanc
« Nous apportions du café et du sucre blanc
à des Allemands de l'Est... »
à des Allemands de l'Est... »
Métier de liberté... ou de servitude ?
Métier de liberté... ou de servitude ?
Quels sont les meilleurs conducteurs
Quels sont les meilleurs conducteurs
d'Europe ?... L'avis d'un spécialiste.
d'Europe ?... L'avis d'un spécialiste.
M. Bernard Bouteiller
M. Bernard Bouteiller
répond à nos questions
répond à nos questions
Des Rolls-Royce aux poids lourds,
Des Rolls-Royce aux poids lourds,
la longue route du chauffeur routier...
la longue route du chauffeur routier...
n’existaient pas !
n’existaient pas !
En contrepartie, cela m’a permis de manger dans de grands
En contrepartie, cela m’a permis de manger dans de grands
restaurants, comme chez Maxim’s ou à la Tour d’Argent, quand
restaurants, comme chez Maxim’s ou à la Tour d’Argent, quand
les ambassadeurs dînaient en ville… »
les ambassadeurs dînaient en ville… »
Ce métier vous a conduit dans des pays nombreux et très
Ce métier vous a conduit dans des pays nombreux et très
différents les uns des autres… Lesquels avez-vous le plus
différents les uns des autres… Lesquels avez-vous le plus
aimés ?
aimés ?
« L’Espagne. J’ai toujours aimé ce pays ! J’y ai toujours été
« L’Espagne. J’ai toujours aimé ce pays ! J’y ai toujours été
très bien accueilli, à Valence, à Valladolid, Burgos, Santander,
très bien accueilli, à Valence, à Valladolid, Burgos, Santander,
Barcelone, Séville… Le climat aussi me convient, malgré les
Barcelone, Séville… Le climat aussi me convient, malgré les
grosses chaleurs de l’été. Et l’ambiance : les gens qui sont dans
grosses chaleurs de l’été. Et l’ambiance : les gens qui sont dans
les rues le soir ; c’est vivant, c’est sympathique…
les rues le soir ; c’est vivant, c’est sympathique…
J’ai aussi beaucoup aimé les paysages d’hiver en Croatie.
J’ai aussi beaucoup aimé les paysages d’hiver en Croatie.
C’était magnifi que : les montagnes enneigées, les forêts…
C’était magnifi que : les montagnes enneigées, les forêts…
J’ai toujours regretté de ne pas avoir pris d’appareil photo
J’ai toujours regretté de ne pas avoir pris d’appareil photo
pour ce voyage-là ! Nous transportions du matériel pour les
pour ce voyage-là ! Nous transportions du matériel pour les
casques bleus, nos quatre camions escortés par eux. Ils nous
casques bleus, nos quatre camions escortés par eux. Ils nous
ont hébergés dans leur caserne.
ont hébergés dans leur caserne.
En Slovénie, des ours traversaient les routes ! La forêt est
En Slovénie, des ours traversaient les routes ! La forêt est
partout. Après Lubiana, la route nationale traverse 190 kilo-
partout. Après Lubiana, la route nationale traverse 190 kilo-
mètres de forêt. Même en été, il fait sombre et il faut allumer les
mètres de forêt. Même en été, il fait sombre et il faut allumer les
phares…
phares…
J’ai connu des températures de – 26 ° C. On était restés blo-
J’ai connu des températures de – 26 ° C. On était restés blo-
qués pendant trois jours et demi. Il n’y avait plus d’eau chaude…
qués pendant trois jours et demi. Il n’y avait plus d’eau chaude…
Tout était gelé.
Tout était gelé.
Je me souviens d’un voyage en Pologne, à 200 kilomètres de
Je me souviens d’un voyage en Pologne, à 200 kilomètres de
la frontière russe. Nous étions à quatre camions, envoyés pour
la frontière russe. Nous étions à quatre camions, envoyés pour
charger des Lada-Pick-up…
charger des Lada-Pick-up…
Arrivés sur le site, nous nous sommes trouvés devant une
Arrivés sur le site, nous nous sommes trouvés devant une
longue descente qui menait à une plaine : tout était blanc de
longue descente qui menait à une plaine : tout était blanc de
neige. On ne voyait qu’une sorte de cabane au milieu de cette
neige. On ne voyait qu’une sorte de cabane au milieu de cette
étendue blanche. Il s’en échappait de la fumée par la chemi-
étendue blanche. Il s’en échappait de la fumée par la chemi-
née…
née…
Pas question de descendre la côte en camion, on ne l’aurait
Pas question de descendre la côte en camion, on ne l’aurait
pas remontée ! Nous y sommes allés à pied.
pas remontée ! Nous y sommes allés à pied.
Le parc de stockage des voitures était bien là, mais en fait,
Le parc de stockage des voitures était bien là, mais en fait,
la neige était si épaisse, qu’elles étaient entièrement enfouies
la neige était si épaisse, qu’elles étaient entièrement enfouies
dessous ! Il devait y en avoir deux mètres…
dessous ! Il devait y en avoir deux mètres…
Les Polonais les ont dégagées et tirées à l’aide d’un tracteur
Les Polonais les ont dégagées et tirées à l’aide d’un tracteur
chenillé. Nous avons descendu nos camions, chargé les Lada-
chenillé. Nous avons descendu nos camions, chargé les Lada-
Pick-up. Puis ils ont tiré les camions avec le tracteur pour remon-
Pick-up. Puis ils ont tiré les camions avec le tracteur pour remon-
ter la pente…
ter la pente…
Pendant ce voyage, nous n’avions pas d’eau pour nous laver.
Pendant ce voyage, nous n’avions pas d’eau pour nous laver.
Tout était gelé dans les stations-service. J’avais toujours avec
Tout était gelé dans les stations-service. J’avais toujours avec
moi un petit réchaud camping-gaz, pour préparer les repas et dé-
moi un petit réchaud camping-gaz, pour préparer les repas et dé-
geler l’eau. Les Polonais ne chauffaient pas l’eau au gaz. C’était
geler l’eau. Les Polonais ne chauffaient pas l’eau au gaz. C’était
trop cher pour eux. »
trop cher pour eux. »
De tous les voyages, les aventures vécues, expériences
De tous les voyages, les aventures vécues, expériences
faites, quel demeure votre meilleur souvenir ?
faites, quel demeure votre meilleur souvenir ?
« C’est diffi cile à dire… J’ai été frappé de voir le décalage
« C’est diffi cile à dire… J’ai été frappé de voir le décalage
qui existait en 1989, quand le Mur de Berlin est tombé, entre le
qui existait en 1989, quand le Mur de Berlin est tombé, entre le
niveau de vie là-bas et le nôtre ici.
niveau de vie là-bas et le nôtre ici.
A l’époque, je faisais ce qu’on appelle
du « cabotage » pour
A l’époque, je faisais ce qu’on appelle
du « cabotage » pour
Renault, c’est-à-dire des livraisons de voitures garage après ga-
Renault, c’est-à-dire des livraisons de voitures garage après ga-
rage.
rage.
On traversait donc des petits bourgs, comme Plounévézel ou
On traversait donc des petits bourgs, comme Plounévézel ou
Carnoët ici. Tout était noir dès cinq heures du soir, à l’heure où la
Carnoët ici. Tout était noir dès cinq heures du soir, à l’heure où la
nuit tombe dans ces régions-là : les gens s’éclairaient encore à
nuit tombe dans ces régions-là : les gens s’éclairaient encore à
la lampe à pétrole ! On ne voyait pas une lumière.
la lampe à pétrole ! On ne voyait pas une lumière.
Ils manquaient aussi de tout : j’ai travaillé là-bas pendant
Ils manquaient aussi de tout : j’ai travaillé là-bas pendant
presque un an et demi. Nous garions les camions à la gare de
presque un an et demi. Nous garions les camions à la gare de
triage de Berlin, où nous pouvions dormir et manger. L’on était
triage de Berlin, où nous pouvions dormir et manger. L’on était
alors une cinquantaine de Français chaque jour à manger sur
alors une cinquantaine de Français chaque jour à manger sur
place.
place.
Un jour, une dame nous demande si nous avions du café en
Un jour, une dame nous demande si nous avions du café en
France… Nous lui avons promis de lui en ramener la semaine
France… Nous lui avons promis de lui en ramener la semaine
suivante. Le café était hors de prix pour les Allemands de l’Est.
suivante. Le café était hors de prix pour les Allemands de l’Est.
Ensuite, cela a été la même chose pour du sucre blanc – ils n’en
Ensuite, cela a été la même chose pour du sucre blanc – ils n’en
avaient que du noir, en morceaux – et pour des collants et des
avaient que du noir, en morceaux – et pour des collants et des
bas pour les femmes…
bas pour les femmes…
C’est là que nous nous disions : « On n’est quand même pas
C’est là que nous nous disions : « On n’est quand même pas
malheureux de vivre en France ! »
malheureux de vivre en France ! »
Sur les routes que je faisais à l’époque – vers Potsdam, Leip-
Sur les routes que je faisais à l’époque – vers Potsdam, Leip-
zig, Francfort/Oder à la frontière polonaise..., et dans tous les
zig, Francfort/Oder à la frontière polonaise..., et dans tous les
pays de l’Est, c’était la misère !
pays de l’Est, c’était la misère !
On voit et on apprend beaucoup en voyageant… »
On voit et on apprend beaucoup en voyageant… »
Avez-vous parfois rencontré sur votre route des dangers
Avez-vous parfois rencontré sur votre route des dangers
particuliers, des mésaventures sortant de l’ordinaire ?
particuliers, des mésaventures sortant de l’ordinaire ?
« Non. Je n’ai jamais connu de gros problèmes… ni de vol
« Non. Je n’ai jamais connu de gros problèmes… ni de vol
de marchandises ou autre, même à Naples ! Mais des collègues
de marchandises ou autre, même à Naples ! Mais des collègues
en ont eu !
en ont eu !
Nous voyagions souvent à deux, trois ou quatre camions,
Nous voyagions souvent à deux, trois ou quatre camions,
sans forcément former un convoi…
sans forcément former un convoi…
Un jour, en Pologne, j’ai trouvé un gamin de dix ans
en train
Un jour, en Pologne, j’ai trouvé un gamin de dix ans
en train
de siphonner mon réservoir !
de siphonner mon réservoir !
« Alors, ça va ? » que je lui fais…
« Alors, ça va ? » que je lui fais…
Et il me répond : « Ça va… Papa attend dans la voiture ».
Et il me répond : « Ça va… Papa attend dans la voiture ».
Aujourd’hui, ce genre de vol de gazole est devenu fréquent.
Aujourd’hui, ce genre de vol de gazole est devenu fréquent.
On dort peu la nuit. Au moindre bruit, on est réveillé. On a peur…
On dort peu la nuit. Au moindre bruit, on est réveillé. On a peur…
Les exigences de rendement étaient parfois pénibles. Un
Les exigences de rendement étaient parfois pénibles. Un
jour, je revenais d’Oslo en Norvège, où j’avais été déposer dans
jour, je revenais d’Oslo en Norvège, où j’avais été déposer dans
une usine spécialisée deux moteurs d’avion pour leur réglage,
une usine spécialisée deux moteurs d’avion pour leur réglage,
qui durait trois jours… Arrivé en Belgique, je recharge le camion
qui durait trois jours… Arrivé en Belgique, je recharge le camion
à l’aéroport – 8 palettes – pour Paris-Orly. Et là, on me donne
à l’aéroport – 8 palettes – pour Paris-Orly. Et là, on me donne
l’ordre de continuer ensuite jusqu’à Lyon !
l’ordre de continuer ensuite jusqu’à Lyon !
J’étais sur la route depuis quinze jours et je me suis dit : « ça
J’étais sur la route depuis quinze jours et je me suis dit : « ça
suffi t ! ». On avait sur le camion un système G.P.S. qui permettait
suffi t ! ». On avait sur le camion un système G.P.S. qui permettait
à la société de vous suivre depuis les bureaux et de savoir à tout
à la société de vous suivre depuis les bureaux et de savoir à tout
moment où vous étiez précisément. C’était une sorte de champi-
moment où vous étiez précisément. C’était une sorte de champi-
gnon positionné sur le toit de la cabine…
gnon positionné sur le toit de la cabine…
J’ai acheté un seau en plastique et j’en ai coiffé ce cham-
J’ai acheté un seau en plastique et j’en ai coiffé ce cham-
pignon G.P.S. : du coup, les bureaux de Bondy – siège de la
pignon G.P.S. : du coup, les bureaux de Bondy – siège de la
société Provost dans laquelle je travaillais – ne savaient plus où
société Provost dans laquelle je travaillais – ne savaient plus où
j’étais !
j’étais !
J’ai donc traversé la Belgique, le nord de la France ; j’ai dé-
J’ai donc traversé la Belgique, le nord de la France ; j’ai dé-
chargé mes palettes à Orly et suis rentré à la société, le seau sur
chargé mes palettes à Orly et suis rentré à la société, le seau sur
le camion… »
le camion… »
Dans quels pays préfériez-vous circuler, en termes d’agré-
Dans quels pays préfériez-vous circuler, en termes d’agré-
ment de conduite, de qualité des équipements routiers et de
ment de conduite, de qualité des équipements routiers et de
la circulation, d’accueil de la part des autres usagers de la
la circulation, d’accueil de la part des autres usagers de la
route… ?
route… ?
« J’aimais l’Allemagne ; c’est très strict, mais correct. Les
« J’aimais l’Allemagne ; c’est très strict, mais correct. Les
routes sont belles, mais les interdictions de doubler nombreuses
routes sont belles, mais les interdictions de doubler nombreuses
pour les poids lourds…
pour les poids lourds…
Les P.V. ne sont pas trop chers pour les petites fautes. Par
Les P.V. ne sont pas trop chers pour les petites fautes. Par
contre, en Espagne, il fallait en débourser, des pesetas !
contre, en Espagne, il fallait en débourser, des pesetas !
Les Français étaient bien vus par les Allemands, et les
Les Français étaient bien vus par les Allemands, et les
contacts étaient bons en général.
contacts étaient bons en général.
Les Belges et les Hollandais nous accueillaient aussi très
Les Belges et les Hollandais nous accueillaient aussi très
bien.
bien.
En Italie et en Grèce, il faut « se garer » , ce sont des « fous
En Italie et en Grèce, il faut « se garer » , ce sont des « fous
au volant » ! Les meilleurs conducteurs sont les Français et les
au volant » ! Les meilleurs conducteurs sont les Français et les
Allemands, qui sont disciplinés et corrects…
Allemands, qui sont disciplinés et corrects…
A l’inverse, les routiers allemands n’aimaient pas les conduc-
A l’inverse, les routiers allemands n’aimaient pas les conduc-
teurs français. Ils étaient à l’époque assez peu nombreux à rou-
teurs français. Ils étaient à l’époque assez peu nombreux à rou-
ler en France alors que nous, routiers français, travaillions beau-
ler en France alors que nous, routiers français, travaillions beau-
coup en Allemagne… Nous étions donc regardés comme des
coup en Allemagne… Nous étions donc regardés comme des
concurrents qui venions leur prendre leur travail.
concurrents qui venions leur prendre leur travail.
Par contre, il ne faut pas me parler de la Turquie… ! Quand
Par contre, il ne faut pas me parler de la Turquie… ! Quand
j’allais charger des voitures à Izmir, le directeur français de Flins
j’allais charger des voitures à Izmir, le directeur français de Flins
nous disait : « En partant à telle heure d’ici, vous pouvez être à la
nous disait : « En partant à telle heure d’ici, vous pouvez être à la
douane à Istanbul à 17 heures. Le bateau est à 17 h 45. »
douane à Istanbul à 17 heures. Le bateau est à 17 h 45. »
Les douanes fermaient à 17 h 30. Nous arrivions à 17 h ou
Les douanes fermaient à 17 h 30. Nous arrivions à 17 h ou
17 h 10, mais le douanier nous disait : « Fini. C’est fermé. » Nous
17 h 10, mais le douanier nous disait : « Fini. C’est fermé. » Nous
nous retrouvions bloqués, à 15 ou 20 camions parfois.
nous retrouvions bloqués, à 15 ou 20 camions parfois.
Or, cela nous obligeait à attendre le lendemain pour embar-
Or, cela nous obligeait à attendre le lendemain pour embar-
quer sur les ferries. Nous perdions un jour, ce que nous repro-
quer sur les ferries. Nous perdions un jour, ce que nous repro-
chaient les patrons… On a fi ni par devoir prendre un rendez-
chaient les patrons… On a fi ni par devoir prendre un rendez-
vous avec la direction de Renault à Boulogne-Billancourt pour
vous avec la direction de Renault à Boulogne-Billancourt pour
leur montrer les disques de contrôle et leur prouver que nous ne
leur montrer les disques de contrôle et leur prouver que nous ne
traînions pas en route !
traînions pas en route !
Les routes slovènes sont diffi ciles : l’autoroute est limitée à 70
Les routes slovènes sont diffi ciles : l’autoroute est limitée à 70
km/h pour les poids lourds, et les nationales à 60 km/h !
km/h pour les poids lourds, et les nationales à 60 km/h !
Les amendes étaient pour nous, les étrangers, alors que les
Les amendes étaient pour nous, les étrangers, alors que les
conducteurs slovènes avaient tous les droits ! « La France est
conducteurs slovènes avaient tous les droits ! « La France est
riche » nous disaient les policiers. »
riche » nous disaient les policiers. »
Le transport international routier est-il ce métier de liberté
Le transport international routier est-il ce métier de liberté
que beaucoup de jeunes imaginent ? Voudriez-vous nous dire
que beaucoup de jeunes imaginent ? Voudriez-vous nous dire
ses contraintes et ses avantages ?
ses contraintes et ses avantages ?
« Tout dépend du travail. Le transport frigorifi que est pénible :
« Tout dépend du travail. Le transport frigorifi que est pénible :
c’est un travail de nuit : vous devez partir à 20 h ou 21 h pour
c’est un travail de nuit : vous devez partir à 20 h ou 21 h pour
être à 1 h ou 1 h 30 du matin chez le premier client, à Rungis par
être à 1 h ou 1 h 30 du matin chez le premier client, à Rungis par
exemple.
exemple.
Quand vous avez quatre ou cinq clients successifs à livrer
Quand vous avez quatre ou cinq clients successifs à livrer
avec des impératifs horaires, vous êtes stressés ! On craint l’in-
avec des impératifs horaires, vous êtes stressés ! On craint l’in-
cident ; un pneu qui éclate, un accident, un bouchon ou un ralen-
cident ; un pneu qui éclate, un accident, un bouchon ou un ralen-
tissement sur l’autoroute… On dort peu.
tissement sur l’autoroute… On dort peu.
A Rungis, il y a des centaines et des centaines de camions,
A Rungis, il y a des centaines et des centaines de camions,
des queues qui se créent… vous devez attendre. Et les clients
des queues qui se créent… vous devez attendre. Et les clients
ont besoin de leurs palettes, parce que les lieux doivent être li-
ont besoin de leurs palettes, parce que les lieux doivent être li-
bérés avant 5 h le matin…
bérés avant 5 h le matin…
Non, le « frigo » et l’alimentation en général, ce n’est vraiment
Non, le « frigo » et l’alimentation en général, ce n’est vraiment
pas la liberté ! Alors que dans le transport de voitures, je dormais
pas la liberté ! Alors que dans le transport de voitures, je dormais
la nuit, je mangeais le midi et le soir… Les horaires étaient moins
la nuit, je mangeais le midi et le soir… Les horaires étaient moins
contraignants, même s’il y en avait. Il nous est même arrivé de
contraignants, même s’il y en avait. Il nous est même arrivé de
nous arrêter pour aller à la plage et prendre un bain de mer.
nous arrêter pour aller à la plage et prendre un bain de mer.
Mais il ne faut pas croire que c’était un métier de tout repos :
Mais il ne faut pas croire que c’était un métier de tout repos :
quand j’étais chauffeur pour la société de transport Barbeau à
quand j’étais chauffeur pour la société de transport Barbeau à
Nogent-sur-Oise, en 1998 et 1999, toujours pour Renault, nous
Nogent-sur-Oise, en 1998 et 1999, toujours pour Renault, nous
partions de Flins pour aller décharger à Vilvoorde, en Belgique.
partions de Flins pour aller décharger à Vilvoorde, en Belgique.
On rechargeait des Kangoos à Maubeuge pour aller décharger
On rechargeait des Kangoos à Maubeuge pour aller décharger
à Valladolid en Espagne. Là, nouveau rechargement pour livrer
à Valladolid en Espagne. Là, nouveau rechargement pour livrer
à Setubal au Portugal. Puis retour à Valladolid pour charger, à
à Setubal au Portugal. Puis retour à Valladolid pour charger, à
destination de la Slovénie via la Côte-d’Azur, l’Italie du Nord… Et
destination de la Slovénie via la Côte-d’Azur, l’Italie du Nord… Et
retour à Trieste en Italie pour aller en bateau à Izmir charger des
retour à Trieste en Italie pour aller en bateau à Izmir charger des
Laguna break pour la France : treize jours et demi de voyage,
Laguna break pour la France : treize jours et demi de voyage,
quand tout allait bien ; puis huit jours à la maison.
quand tout allait bien ; puis huit jours à la maison.
C’était dur, surtout en hiver sur les routes étroites et en-
C’était dur, surtout en hiver sur les routes étroites et en-
combrées de Slovénie, et en montagne. Il y avait de la neige
combrées de Slovénie, et en montagne. Il y avait de la neige
et les « camions-poubelles » des chauffeurs roumains, polonais,
et les « camions-poubelles » des chauffeurs roumains, polonais,
croates… On pouvait mettre deux heures pour faire 17 kilo-
croates… On pouvait mettre deux heures pour faire 17 kilo-
mètres ! »
mètres ! »
Voyager… C’est un des rêves de presque tous les hommes
Voyager… C’est un des rêves de presque tous les hommes
depuis toujours ; est-ce encore le vôtre ?
depuis toujours ; est-ce encore le vôtre ?
« Non. Je suis un peu saturé. Voyager ne me dit plus rien ac-
« Non. Je suis un peu saturé. Voyager ne me dit plus rien ac-
tuellement. Je m’y oblige un peu l’été, pour ma femme qui aime
tuellement. Je m’y oblige un peu l’été, pour ma femme qui aime
faire de la photo et peindre des tableaux…
faire de la photo et peindre des tableaux…
Je vais donc reprendre un peu la route ce printemps. »
Je vais donc reprendre un peu la route ce printemps. »
Vous avez connu le transport international pendant plu-
Vous avez connu le transport international pendant plu-
sieurs décennies. A-t-il beaucoup évolué ? Est-il plus facile
sieurs décennies. A-t-il beaucoup évolué ? Est-il plus facile
d’être chauffeur routier aujourd’hui qu’il y a vingt ou trente
d’être chauffeur routier aujourd’hui qu’il y a vingt ou trente
ans ?
ans ?
« Le métier est plus diffi cile aujourd’hui ! Je le vois bien en
« Le métier est plus diffi cile aujourd’hui ! Je le vois bien en
discutant avec des jeunes collègues…
discutant avec des jeunes collègues…
La pression est plus forte, surtout dans les petites sociétés
La pression est plus forte, surtout dans les petites sociétés
qui ne possèdent que quinze ou vingt camions. Le patron doit les
qui ne possèdent que quinze ou vingt camions. Le patron doit les
faire tourner au maximum en permanence…
faire tourner au maximum en permanence…
Les grosses sociétés – comme S.T.G. avec ses 3 000 ca-
Les grosses sociétés – comme S.T.G. avec ses 3 000 ca-
mions, ou Delahaye avec ses 1 500 ou 2 000 répartis entre
mions, ou Delahaye avec ses 1 500 ou 2 000 répartis entre
Rennes, Strasbourg, Lyon, Marseille – ont plus de souplesse.
Rennes, Strasbourg, Lyon, Marseille – ont plus de souplesse.
Mais globalement, seul le rendement compte aujourd’hui. Il
Mais globalement, seul le rendement compte aujourd’hui. Il
a toujours fallu rouler, mais les gars avaient autrefois plus de
a toujours fallu rouler, mais les gars avaient autrefois plus de
temps pour manger, pour discuter un peu…
temps pour manger, pour discuter un peu…
On fait des voyages de 800 kilomètres de nuit : départ 20 h
On fait des voyages de 800 kilomètres de nuit : départ 20 h
ou
20 h 30 d’ici pour être dans l’Est de la France à 5 h du matin…
ou
20 h 30 d’ici pour être dans l’Est de la France à 5 h du matin…
Et retour le soir.
Et retour le soir.
Quand vous avez fait trois tours comme ceux-là dans la se-
Quand vous avez fait trois tours comme ceux-là dans la se-
maine, cela tire sur les épaules ! »
maine, cela tire sur les épaules ! »
Voudriez-vous nous dire quelques mots sur les progrès réa-
Voudriez-vous nous dire quelques mots sur les progrès réa-
lisés dans la conception des camions : confort, sécurité… ?
lisés dans la conception des camions : confort, sécurité… ?
« J’ai connu les camions sans chauffage. Il fallait prévoir de
« J’ai connu les camions sans chauffage. Il fallait prévoir de
grosses couettes pour les nuits. J’ai vu le givre sur les pare-
grosses couettes pour les nuits. J’ai vu le givre sur les pare-
brises à l’intérieur de la cabine… Au réveil, cela fait drôle !
brises à l’intérieur de la cabine… Au réveil, cela fait drôle !
Aujourd’hui, les camions sont des palaces. Le dernier que j’ai
Aujourd’hui, les camions sont des palaces. Le dernier que j’ai
conduit en juin 2009, possédait tout le confort : suspension à air,
conduit en juin 2009, possédait tout le confort : suspension à air,
siège à coussin d’air, climatisation – bien sûr – tablette pour les
siège à coussin d’air, climatisation – bien sûr – tablette pour les
repas, frigo…
repas, frigo…
Et les équipements de sécurité de même : freinage A.B.S ma-
Et les équipements de sécurité de même : freinage A.B.S ma-
nuel, qui freine tracteur et remorque en même temps… La pé-
nuel, qui freine tracteur et remorque en même temps… La pé-
dale ne sert plus qu’en urgence. On ne passe plus les vitesses :
dale ne sert plus qu’en urgence. On ne passe plus les vitesses :
tout est automatique… On peut conduire tout en souplesse. Je
tout est automatique… On peut conduire tout en souplesse. Je
manoeuvre mieux avec un camion qu’avec ma voiture ! »
manoeuvre mieux avec un camion qu’avec ma voiture ! »
Quel est votre regard sur la sécurité routière : les lois, le
Quel est votre regard sur la sécurité routière : les lois, le
comportement des automobilistes et autres usagers de la
comportement des automobilistes et autres usagers de la
route, les équipements routiers… ?
route, les équipements routiers… ?
« La sécurité est indispensable sur la route. Proscrire le télé-
« La sécurité est indispensable sur la route. Proscrire le télé-
phone au volant me semble normal. J’ai vu des chauffeurs qui
phone au volant me semble normal. J’ai vu des chauffeurs qui
regardaient la télévision en roulant de nuit !...
regardaient la télévision en roulant de nuit !...
Il faut des lois et de la police.
Il faut des lois et de la police.
Mais les radars tels qu’on les place aujourd’hui dans certains
Mais les radars tels qu’on les place aujourd’hui dans certains
endroits, c’est un peu trop. Je me suis vu me faire prendre sur
endroits, c’est un peu trop. Je me suis vu me faire prendre sur
la rocade de Moulins – une quatre voies – sur une portion où la
la rocade de Moulins – une quatre voies – sur une portion où la
limite était ramenée en été à 80 km/h. Je n’ai pas remarqué la
limite était ramenée en été à 80 km/h. Je n’ai pas remarqué la
pancarte… Je roulais à 92 km/h, à 3 h 30 du matin.
pancarte… Je roulais à 92 km/h, à 3 h 30 du matin.
Je pense que le comportement des automobilistes s’est glo-
Je pense que le comportement des automobilistes s’est glo-
balement amélioré, surtout dans le respect des limitations de
balement amélioré, surtout dans le respect des limitations de
vitesse sur route, l’utilisation des différentes voies sur les auto-
vitesse sur route, l’utilisation des différentes voies sur les auto-
routes. Ils se rabattent après avoir dépassé. »
routes. Ils se rabattent après avoir dépassé. »
L’attitude des automobilistes envers les chauffeurs de
L’attitude des automobilistes envers les chauffeurs de
camions a-t-elle changé au fi
l des années ?
camions a-t-elle changé au fi
l des années ?
« La plaie des chauffeurs routiers, ce sont les caravanes et
« La plaie des chauffeurs routiers, ce sont les caravanes et
les camping-cars ! Je sais bien que les gens sont en vacances,
les camping-cars ! Je sais bien que les gens sont en vacances,
qu’ils visitent la région… Mais quand vous êtes sur une natio-
qu’ils visitent la région… Mais quand vous êtes sur une natio-
nale, coincé sans pouvoir doubler derrière un camping-car rou-
nale, coincé sans pouvoir doubler derrière un camping-car rou-
lant à cinquante ou soixante, et que vous devez arriver à desti-
lant à cinquante ou soixante, et que vous devez arriver à desti-
nation pour une livraison en temps et en heure, c’est énervant ! »
nation pour une livraison en temps et en heure, c’est énervant ! »
Venons-en à l’autre « étape » de votre carrière : est-ce
Venons-en à l’autre « étape » de votre carrière : est-ce
une sinécure que de conduire des personnalités et « grands
une sinécure que de conduire des personnalités et « grands
personnages »… ?
personnages »… ?
« Cela me plaisait beaucoup au début. J’avais des contacts
« Cela me plaisait beaucoup au début. J’avais des contacts
intéressants… Le premier ambassadeur que j’ai connu en 1976
intéressants… Le premier ambassadeur que j’ai connu en 1976
– Saïd Salman – avait beaucoup étudié en France, et il aimait
– Saïd Salman – avait beaucoup étudié en France, et il aimait
converser pour mieux connaître encore notre pays. Il était très
converser pour mieux connaître encore notre pays. Il était très
simple et sympathique. Il n’était presque plus un patron ou une
simple et sympathique. Il n’était presque plus un patron ou une
personnalité pour moi, mais un ami.
personnalité pour moi, mais un ami.
A l’époque, les Emirats étaient en plein développement. Les
A l’époque, les Emirats étaient en plein développement. Les
ministres et hauts personnages qui venaient en France étaient
ministres et hauts personnages qui venaient en France étaient
encore vêtus de djellabas. L’ambassadeur les emmenait chez
encore vêtus de djellabas. L’ambassadeur les emmenait chez
Cardin, ou dans d’autres magasins de luxe de la rue d’Aboukir
Cardin, ou dans d’autres magasins de luxe de la rue d’Aboukir
pour les habiller à l’européenne.
pour les habiller à l’européenne.
Il me donnait ensuite des costumes de grandes marques
Il me donnait ensuite des costumes de grandes marques
presque neufs.
presque neufs.
Les princesses allaient, elles, sur les Champs-Elysées ache-
Les princesses allaient, elles, sur les Champs-Elysées ache-
ter du tissu, ou visitaient les magasins de luxe, Dior, Ted Lapi-
ter du tissu, ou visitaient les magasins de luxe, Dior, Ted Lapi-
dus… Mais elles devaient être rentrées pour 17 h. Le « chef »
dus… Mais elles devaient être rentrées pour 17 h. Le « chef »
téléphonait pour vérifi er.
téléphonait pour vérifi er.
Je conduisais donc tout ce « beau monde » dans Paris, et
Je conduisais donc tout ce « beau monde » dans Paris, et
ailleurs.
ailleurs.
Il m’est arrivé de conduire en Angleterre, ou à St-Jean-Cap-
Il m’est arrivé de conduire en Angleterre, ou à St-Jean-Cap-
Ferrat sur la Côte d’Azur, dans une luxueuse villa, la femme du
Ferrat sur la Côte d’Azur, dans une luxueuse villa, la femme du
Cheik Al Maktoum, président de Dubaï ; une Egyptienne qui
par-
Cheik Al Maktoum, président de Dubaï ; une Egyptienne qui
par-
lait français, anglais…
lait français, anglais…
J’étais à sa disposition pour un mois ou un mois et demi.
J’étais à sa disposition pour un mois ou un mois et demi.
J’avais une voiture de fonction pour aller me promener quand je
J’avais une voiture de fonction pour aller me promener quand je
n’étais pas de service. C’était une Rolls-Royce puisqu’il n’y avait
n’étais pas de service. C’était une Rolls-Royce puisqu’il n’y avait
que cela.
que cela.
Elle me donnait à peu près mille francs d’argent de poche
Elle me donnait à peu près mille francs d’argent de poche
par jour !
par jour !
J’ai eu des pourboires importants avec des ministres des
J’ai eu des pourboires importants avec des ministres des
Emirats : jusqu’à 2000 ou 3000 F – de l’époque : 1976 – pour
Emirats : jusqu’à 2000 ou 3000 F – de l’époque : 1976 – pour
deux ou trois jours de service. J’étais jeune, célibataire…
deux ou trois jours de service. J’étais jeune, célibataire…
Par contre, les contraintes étaient là : pas d’horaires !
Par contre, les contraintes étaient là : pas d’horaires !
Il m’arrivait de rentrer à 10 h le soir pour repartir à 5 h du
Il m’arrivait de rentrer à 10 h le soir pour repartir à 5 h du
matin à l’aéroport… Un jour, je me suis endormi dans la voiture
matin à l’aéroport… Un jour, je me suis endormi dans la voiture
après l’avoir rentrée dans le garage ! »
après l’avoir rentrée dans le garage ! »
Parmi toutes les personnalités que vous avez ainsi
Parmi toutes les personnalités que vous avez ainsi
conduites, en est-il une – ou plusieurs – qui vous ait marqué
conduites, en est-il une – ou plusieurs – qui vous ait marqué
par sa simplicité, sa gentillesse ?
par sa simplicité, sa gentillesse ?
« Les gens de l’ambassade étaient gentils, pour la plupart.
« Les gens de l’ambassade étaient gentils, pour la plupart.
Un exemple : mon salaire m’était versé comme à un employé
Un exemple : mon salaire m’était versé comme à un employé
arabe. J’étais déclaré à la sécurité sociale pour la maladie, mais
arabe. J’étais déclaré à la sécurité sociale pour la maladie, mais
sans « complémentaire » ni retraite… Quand j’ai été immobilisé
sans « complémentaire » ni retraite… Quand j’ai été immobilisé
dans le plâtre pendant plus d’un an à la suite de mon accident,
dans le plâtre pendant plus d’un an à la suite de mon accident,
l’ambassade a continué à me verser intégralement mon salaire !
l’ambassade a continué à me verser intégralement mon salaire !
J’ai eu à conduire, pendant plusieurs jours parfois, des mi-
J’ai eu à conduire, pendant plusieurs jours parfois, des mi-
nistres français dans le cadre de leurs contacts avec leurs homo-
nistres français dans le cadre de leurs contacts avec leurs homo-
logues des Emirats quand ceux-ci venaient en France, de même
logues des Emirats quand ceux-ci venaient en France, de même
pour d’autres personnalités… cela arrivait plusieurs fois par an.
pour d’autres personnalités… cela arrivait plusieurs fois par an.
Alain Peyrefi tte voulait me faire entrer dans la D.S.T. ! Mais
Alain Peyrefi tte voulait me faire entrer dans la D.S.T. ! Mais
je n’avais jamais porté une arme de ma vie, et j’aimais bien
je n’avais jamais porté une arme de ma vie, et j’aimais bien
conduire…
conduire…
«Vous n’avez qu’à réfl échir, M. Bouteiller… » a-t-il conclu.
«Vous n’avez qu’à réfl échir, M. Bouteiller… » a-t-il conclu.
« Oui, oui… » ai-je répondu.
« Oui, oui… » ai-je répondu.
Michel Jobert a voulu m’embaucher pour être chauffeur au
Michel Jobert a voulu m’embaucher pour être chauffeur au
Sénat. Je l’appréciais beaucoup. Il était calme, très diplomate,
Sénat. Je l’appréciais beaucoup. Il était calme, très diplomate,
abordable…
abordable…
J’ai conduit Edith Cresson, dont le garde du corps était
J’ai conduit Edith Cresson, dont le garde du corps était
carhaisien : Michel Uruguen, inspecteur de police. »
carhaisien : Michel Uruguen, inspecteur de police. »
D’autres vous ont-ils été antipathiques… et d’autres en-
D’autres vous ont-ils été antipathiques… et d’autres en-
core se sont-ils signalés pour leur prodigalité ou quelque
core se sont-ils signalés pour leur prodigalité ou quelque
autre trait ?
autre trait ?
« Je n’ai pas apprécié Jacques Chirac, ceci dit sans faire de
« Je n’ai pas apprécié Jacques Chirac, ceci dit sans faire de
politique. Il était maire de Paris, premier ministre, et il me faisait
politique. Il était maire de Paris, premier ministre, et il me faisait
acheter des journaux et des cartouches de cigarettes le matin,
acheter des journaux et des cartouches de cigarettes le matin,
sans me les rembourser ensuite ! L’ambassadeur m’avait de-
sans me les rembourser ensuite ! L’ambassadeur m’avait de-
mandé d’être à sa disposition à l’occasion du Salon du Bourget,
mandé d’être à sa disposition à l’occasion du Salon du Bourget,
dont les Emirats étaient les fi nanceurs cette année-là…
dont les Emirats étaient les fi nanceurs cette année-là…
J’ai été à la mairie de Paris présenter la facture… et j’ai fi ni
J’ai été à la mairie de Paris présenter la facture… et j’ai fi ni
par être payé, trois mois après. »
par être payé, trois mois après. »
Etre « chauffeur de ministre », c’est aussi souvent attendre
Etre « chauffeur de ministre », c’est aussi souvent attendre
sans rien pouvoir faire d’autre… Voudriez-vous nous dire
sans rien pouvoir faire d’autre… Voudriez-vous nous dire
quelques mots sur ce mode de vie ?
quelques mots sur ce mode de vie ?
« L’ambassadeur Saïd Salman ne s’attardait jamais aux ré-
« L’ambassadeur Saïd Salman ne s’attardait jamais aux ré-
ceptions. Il ne buvait pas, ne fumait pas, était très strict, aimait
ceptions. Il ne buvait pas, ne fumait pas, était très strict, aimait
beaucoup ses enfants, sa femme… Il rentrait à 21 h/22 h au plus
beaucoup ses enfants, sa femme… Il rentrait à 21 h/22 h au plus
tard.
tard.
D’autres, c’était à une ou deux heures du matin… et j’avais
D’autres, c’était à une ou deux heures du matin… et j’avais
encore à garer la voiture, rentrer chez moi. Puis je devais me
encore à garer la voiture, rentrer chez moi. Puis je devais me
lever pour être à 9 h à l’ambassade. Je dormais trois ou quatre
lever pour être à 9 h à l’ambassade. Je dormais trois ou quatre
heures, et cela pouvait être le cas trois ou quatre jours d’affi lée…
heures, et cela pouvait être le cas trois ou quatre jours d’affi lée…
Tel ministre faisait sa journée, allait dîner, puis sortait au
Tel ministre faisait sa journée, allait dîner, puis sortait au
Moulin Rouge, au Crazy Horse ou ailleurs…
Moulin Rouge, au Crazy Horse ou ailleurs…
Je me souviens d’un dîner que Charles Hernu allait prendre
Je me souviens d’un dîner que Charles Hernu allait prendre
au restaurant Le Doyen, au rond-point des Champs-Elysées :
au restaurant Le Doyen, au rond-point des Champs-Elysées :
«Vous attendez ! » m’ordonne-t-il.
«Vous attendez ! » m’ordonne-t-il.
« Ah non, Monsieur le Ministre. Je ne suis pas dans l’armée ! »
« Ah non, Monsieur le Ministre. Je ne suis pas dans l’armée ! »
« Et alors ?... » me demande-t-il en me regardant.
« Et alors ?... » me demande-t-il en me regardant.
«Vous allez manger, et moi aussi. Soit c’est à une table ici ou
«Vous allez manger, et moi aussi. Soit c’est à une table ici ou
ce sera ailleurs. »
ce sera ailleurs. »
« Bon, revenez dans une heure et demie. »
« Bon, revenez dans une heure et demie. »
J’étais là depuis 8 heures le matin, et il était 13 h 30.
J’étais là depuis 8 heures le matin, et il était 13 h 30.
Il avait ensuite signalé cela à l’ambassadeur des Emirats, qui
Il avait ensuite signalé cela à l’ambassadeur des Emirats, qui
me l’a rapporté, parce qu’il m’aimait bien :
me l’a rapporté, parce qu’il m’aimait bien :
« Vous avez bien fait ! » m’a-t-il dit.
« Vous avez bien fait ! » m’a-t-il dit.
Deux ou trois jours après, je l’ai revu à l’Assemblée Natio-
Deux ou trois jours après, je l’ai revu à l’Assemblée Natio-
nale. Cela s’est bien passé. »
nale. Cela s’est bien passé. »
Avez-vous pu vérifi
er par vous-même cet adage souvent
Avez-vous pu vérifi
er par vous-même cet adage souvent
répété qu’il n’y a pas de « grands hommes » pour ceux qui
répété qu’il n’y a pas de « grands hommes » pour ceux qui
les côtoient au jour le jour ?
les côtoient au jour le jour ?
« Bien sûr ! Ce sont des gens comme les autres. »
« Bien sûr ! Ce sont des gens comme les autres. »
Vous voici à la retraite en Centre-Bretagne… Vous n’avez-
Vous voici à la retraite en Centre-Bretagne… Vous n’avez-
donc pas préféré à notre contrée quelque pays ensoleillé
donc pas préféré à notre contrée quelque pays ensoleillé
du sud ?
du sud ?
« J’aurais aimé, mais Madame n’a pas voulu… »
« J’aurais aimé, mais Madame n’a pas voulu… »
N’auriez-vous pas aimé vivre dans l’un des pays où vous
N’auriez-vous pas aimé vivre dans l’un des pays où vous
avez travaillé ?
avez travaillé ?
« Non. J’aime l’Espagne, mais pas au point d’y habiter ; pour
« Non. J’aime l’Espagne, mais pas au point d’y habiter ; pour
un séjour de quelques semaines, cela va… mais je préfère la
un séjour de quelques semaines, cela va… mais je préfère la
terre de mes racines bretonnes. Ma femme, qui est née à Mont-
terre de mes racines bretonnes. Ma femme, qui est née à Mont-
parnasse aime vivre ici, à Carhaix. »
parnasse aime vivre ici, à Carhaix. »
Votre passe-temps et passion est le jardinage… Est-ce un
Votre passe-temps et passion est le jardinage… Est-ce un
antidote aux voyages d’autrefois ?
antidote aux voyages d’autrefois ?
« Peut-être. J’en faisais étant gamin, avec mon père. J’ai re-
« Peut-être. J’en faisais étant gamin, avec mon père. J’ai re-
commencé et y ai repris goût en revenant ici…
commencé et y ai repris goût en revenant ici…
Cela donne aussi des occasions de bavarder avec les voi-
Cela donne aussi des occasions de bavarder avec les voi-
sins. C’est l’amitié du quartier. »
sins. C’est l’amitié du quartier. »
Si vous n’aviez qu’une image à évoquer de toutes les
Si vous n’aviez qu’une image à évoquer de toutes les
choses vues lors de vos voyages lointains… ?
choses vues lors de vos voyages lointains… ?
« Celle de la tristesse des pays de l’Est avant la chute du
« Celle de la tristesse des pays de l’Est avant la chute du
Mur : les gamins qui marchaient dans la neige avec des chaus-
Mur : les gamins qui marchaient dans la neige avec des chaus-
sures percées, des chaussettes trouées, et en short…
sures percées, des chaussettes trouées, et en short…
J’ai amené là-bas des valises entières de vêtements récupé-
J’ai amené là-bas des valises entières de vêtements récupé-
rés auprès de la Croix-Rouge… chaque semaine.
rés auprès de la Croix-Rouge… chaque semaine.
On était prudent quand même, car on ne savait pas comment
On était prudent quand même, car on ne savait pas comment
réagiraient les autorités communistes du pays si on augmentait
réagiraient les autorités communistes du pays si on augmentait
le volume de ces aides.
le volume de ces aides.
Ce sont des moments de la vie qui vous marquent, malgré
Ce sont des moments de la vie qui vous marquent, malgré
tout. »
tout. »
(Entretien recueilli par S.C.)
(Entretien recueilli par S.C.)
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.