Répondre au besoin de découvertes lors de randonnées pédestres ...

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Léonard O.
Répondre au besoin de découvertes lors de randonnées pédestres : innover par une approche géographique du paysage Léonard, O. Communication lors du colloque Géopoint 2006 "Demain la Géographie" Groupe Dupont / Espace Université d'Avignon 1er et 2 Juin 2006 UMR 6012 ESPACE du CNRS (équipe de Nice) et Université de Nice Sophia-Antipolis - 98, boulevard E. Herriot - BP 3209 - 06204 Nice Cedex E-mail : olivier.leonard@unice.fr Mots clés Randonnée pédestre, randonnée découverte, paysage, conception ditinéraire. Key words Hiking, discovering hiking, landscape, routes maping out ****** Lobjectif de cet article est dexposer les tenants et aboutissants dune démarche de conception ditinéraires, centrée sur le thème du paysage, par laquelle nous proposons de répondre à une demande de découvertes lors de randonnées pédestres. Nous verrons aussi en quoi cette recherche en cours peut participer dun visage différent de la Géographie de demain. I.Le besoin de découvertes lors de randonnées pédestres Quy a t-il de commun entre la sortie pédagogique de découverte de la flore faite par le Lycée Horticole dAntibes en Mai 2003 dans le Mercantour, un trekking de 17 jours dans les confins méridionaux du Yunnan organisé par le voyagiste spécialisé Tamera et un séjour  Sophrologieet marche» dans les Tassilis du Hoggar (Algérie), avec pour slogan marcher pour progresser», du même opérateur ?
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La randonnée pédestre et plus précisément la randonnée de découvertes sont un secteur dactivité en plein développement en France depuis plus de 15 ans, après une première période de croissance dans les années 1970. De la marche sportive en pleine nature à la balade urbaine en passant par le trekking au bout du monde, un Français sur deux dit marcher pour son plaisir, un sur quatre dit randonner, soit 15 millions de personnes, dont 5 millions de façon régulière. La Fédération Française de Randonnée Pédestre, qui est un acteur incontournable du secteur, déclare plus de 170 000 licenciés dans ses clubs en 2006. Certains auteurs parlent dun phénomène de société plus que dune mode. Cette progression impressionnante repose sur deux facteurs de fond.
Le premier estune grande diversification des thèmeset des produit offerts par les professionnels : de la sortie  Géologie » dun club FFRP pour ses adhérents à un séjour Découverte du phénomène volcanique» organisé par Terres dAventures en Sicile, en passant par les sentiers de valorisation du patrimoine rural des petites communes et par les séjours touristiques mixtes  Thalassothérapieet marche». Les opérateurs, associatifs et professionnels visent ainsi à répondre par des offres de plus en plus structurées à des motivations plurielles mais fortes: 81 % des 15 millions de randonneurs déclarent vouloir prioritairement découvrir des sites naturels et 75 % privilégient la découverte de la faune et de la flore tandis que 46 % se déclarent intéressés par des circuits culturels. On est donc en présence dune démarche active de la part des gens. Il faudrait ajouter à ces motivations explicites les attentes de fond de la randonnée pédestre, que sont le besoin dévasion, de communion avec soi-même, de convivialité, la pratique dun loisir dans un espace de qualité, leffort physique et la préservation de la santé. Nous proposons de qualifier lensemble de ces motivations de demande de découvertes » :découverte de soi, découverte des autres, découverte des espaces traversés et fréquentés, dans leur diversité. Leur prise en compte en termes doffres est le moteur du dynamisme actuel de la randonnée-pédestre. Pour preuves, depuis plusieurs années la demande de séjours touristiques avec randonnées auprès des voyagistes est en hausse de 20 %, les Offices de Tourisme se voient très fréquemment adresser des demandes concernant des dépliants présentant des parcours de promenade intéressants à faire, plus de 300 000 topo-guides de randonnée sont vendus chaque année par la FFRP et il existe de nombreux autres éditeurs liant ainsi suggestions de randonnées pédestres et éléments de découverte.
Le second est le succès dela dimension de confort en randonnée et en séjour. Cela se traduit au niveau des conditions dhébergement et de services, avec par exemple Vacances Bleues qui propose des  randonnées-plaisir »où les personnes peuvent retrouver chaque soir après la journée de marche un bon repas, un mobilier, un repas chaud, ou avec la vogue des randos-liberté », initiée par Vagabondages dans les années 1970 et reprise par Terres dAventure et dautres en 2003, où les clients se voient déchargés de tous les aspects matériels du déroulement :itinéraire, cartes, réservations, logistique.
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Cela se traduit aussi au niveau du matériel et du sac, dont le poids a été divisé par deux en vingt ans. Il sagit en somme de la contrepartie de la demande de découvertes : le besoin de confort comme condition pour pouvoir se concentrer et se consacrer aux intérêts réels de la randonnée pédestre réalisée: se retrouver, souvrir, apprendre. En effet, toutes les nouvelles formes de randonnée pédestre vont dans le sens dune ou plusieurs découvertes qui transcendent le simple fait» de marcher.
En fait, notre opinion est que laffirmation croissante de la demande de découvertes lors de randonnées pédestres, est en réalité une prise de conscience accrue de la richesse de la marche elle-même. Personne ne marche pour le simple fait de marcher, car sans cela autant marcher chez soi sur un appareil électrique !Lorsquon marche, cest forcément quelque part. En fait, la marche est un mode de pénétration particulier du monde, selon le rythme dune déambulation dans un espace naturel, rural ou urbain. La diversité et la richesse dun monde en plein air se dévoile à la sensibilité et à lintérêt de lindividu grâce à un acte, un espace corporel et une temporalité humaine naturels: marcher. Entre soi et le monde, il y a une richesse infinie, qui a toujours été ressentie, recherchée, mais qui aujourdhui est mise en exergue par des phénomènes conjoints.
Le premier cest la poursuite de la prise de conscience environnementale à prendre au sens large, qui touche la société depuis 30 ans. Les préoccupations liées à des échelles planétaires ou internationales se poursuivent et se transforment. On peut ainsi voir La Balaguère proposer aux randonneurs de suivre des projets de développement local en Afrique, un opérateur de séjours scientifiques proposer des sorties sur le réchauffement climatique ou un autre se placer sur le créneau du tourisme équitable. Mais on voit aussi apparaître un intérêt pour des sorties axées sur la découverte dun paysage péri-urbain, le fonctionnement dune usine de recyclage, des marches citoyennes consacrées au nettoyage dun vallon comme en vallée du Loup (Alpes-Maritimes) ou la compréhension dun terroir. Enfin, la vague du bien-être individuel, à la source du besoin de confort, fait partie de cette poursuite de la prise de conscience environnementale vue au sens large.
Le second, cest la structuration économique, professionnelle et matérielle du secteur de la randonnée pédestre et la possibilité de plus en plus poussée pour les publics de voir des attentes et motivations de niche» traduites en produits, les inventions commerciales cherchant en retour à se créer leur clientèle. Mais il ne faut pas perdre de vue que les éléments relatifs aux publics et aux acteurs économiques, renvoient à la présence dune offre conséquente de sentiers et ditinéraires, qui constituent le support de toute activité de randonnée. La FFRP gère ainsi 180 000 kilomètres de sentiers, elle en gérait 140 000 il y a dix ans. Il faut ajouter à cela les réseaux dont les Conseils Généraux ont la charge de la création et de lentretien depuis 1983 dans le cadre des PDIPR (Plan Départementaux des Itinéraires de Promenade et de Randonnée), ceux de structures régionales historiques comme le Club Vosgien ou les
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antennes du Club Alpin Français et enfin ceux des communes, Offices de Tourisme et Syndicats locaux.
II.La question des itinéraires
Les éléments précédents mettent en avant lintérêt de la randonnée pédestre comme mode privilégié de découverte et de compréhension. Une vaste demande du public a en effet émergé et sest structurée. Elle porte sur : davantage de découvertes et de compréhension de soi, des autres mais aussi des espaces fréquentés et traversés. Les espaces les plus médiatisés sont les espaces lointains du voyage, les trekkings du bout du monde qui empruntent à une mythologie de lexploration. Mais lintérêt nouveau accordé aux espaces proches, et quotidiens, lors de loisirs, nous semble tout aussi révélateur de la  descente » de la prise de conscience environnementale dans les préoccupations de nos concitoyens, il est plus massif en ce qui concerne les demandes de randonnées pédestres et il porte sur des espaces moins exceptionnels, quils soient ordinaires (loisirs) ou occasionnels (vacances en France). Cependant, les itinéraires et les réseaux étant le support incontournable de toute activité de randonnée, il convient de sinterroger sur la façon dont les itinéraires et les réseaux prennent en compte et traduisent la demande et donc rendent possible la ou les découvertes.
Aujourdhui, il nest pas possible dacquiescer de façon globale à lidée que la conception des réseaux, et des itinéraires sappuyant sur ces réseaux, parte dune prise en compte de la demande de découvertes des publics. Lhistoire de la conception et de la création des sentiers de randonnée se rapproche de celle des routes touristiques. Notamment, du fait dune large origine de chemins ruraux réhabilités, ils ont visé une viabilisation des régions concernées, le raccordement de points et de nœuds entre eux et la satisfaction des attentes paysagères dalors : les grands sites et les zones de montagne ont été privilégiés pour leur pittoresque et leur ampleur paysagère, on a recherché la pureté ou la naturalité des sites, les chemins ruraux défendent un entre soi authentique, et ces valeurs restent fortes. Aujourdhui, deux aspect dominent.
Dune part, il y a une poursuite de léquipement du territoire en sentiers balisés et entretenus, en lien avec la préservation du petit patrimoine de chemins, la mode très forte de la randonnée pédestre ou de sa petite sœur la ballade, le développement dautres loisirs sportifs de pleine nature comme le vélo tout terrain ou la randonnée équestre, et lidée que pour une commune disposer et offrir du sentier est un élément de développement local et le facteur dune image positive.
Dautre part, le secteur a connu plus dune décennie de développement de sentiers et itinéraires à thème. Ceux-ci se préoccupent davantage des attributs des espaces et des lieux, pour répondre à une demande précise ou le plus souvent proposer une offre valorisante au travers de laquelle élus et techniciens ont le sentiment doffrir un reflet de leur territoire. Dans ces cas, litinéraire doit être
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dans une relation de proximité au moins visuelle voire de contact avec les patrimoines visés: naturel, culturel, paysager par exemple. La résolution des problèmes de sécurité, de propriété, de mitoyenneté ; la quantification des coûts de viabilisation (terrassement, élagage, revêtements, hydraulique) est lourde et longue. Des modifications ditinéraire peuvent en résulter. En-dehors des sentiers et itinéraires à thème, qui peuvent émaner dune demande, la prise en compte de ladéquation avec les attentes des publics vient après le contrôle de la non-dangerosité, du respect du droit Elle se fait donc surtout sur le mode dune viabilité et dune praticabilité, laissant un peu chacun avec ses perceptions, ses besoins de découverte, livré aux oripeaux du  beau paysage ». Même les sorties à thème, dans leurs modes de  faire » des itinéraires, ne vont pas dans le sens dune souplesse et dune simplicité des méthodes. Aujourdhui, concevoir et proposer des itinéraires de randonnée découverte, qui proposeraient une expérience paysagère, une sensibilisation aux milieux naturels et humains, suppose une excellente  connaissanceterrain ».Définir un itinéraire cest choisir, au sein dun réseau de voies, de chemins, de routes et de sentiers existants, des tronçons de natures différentes qui peuvent être raccordés en fonction des paysages offerts, de thématiques privilégiées, de niveaux de difficultés, etc. Et seul un connaisseur du territoire considéré est en mesure de réaliser cette performance. Nous avons pu participer récemment à la mise au point dune randonnée pédestre Géologie, paysage et occupation humaine» dans le massif cristallin du Tanneron (Alpes-Maritimes et Var). Il sagissait seulement dutiliser des réseaux existants et non pas den créer de nouveaux, mais six journées de reconnaissance de terrain furent nécessaires ! Il en résulte quaujourdhui, en-dehors du cas particulier des itinéraires et sentiers à thème et autres boucles aménagées de courte longueur issues dun fort travail dexpertise, lorsquune personne randonne sur un sentier il est rare quil ait été conçu en fonction des critères pour lesquels elle, elle est là. Il est rare aussi que litinéraire auquel participent ces tronçons de sentier, soit constitué de tronçons raccordés entre eux au regard de leur contribution à la découverte. Ainsi, loffre en réseaux et itinéraires, résultant de ces conceptions, nest pas explicitement orientée vers la prise en compte des besoins de découvertes car elle ne  part » pas de ceux-ci. Il ne sagit pas ici de nier limportance des considérations techniques qui prévalent aujourdhui, mais dinsister sur le fait que les publics ne randonnent pas pour cela mais pour autre chose et quil y a une différence entre dun côté partir dune palette ditinéraires répondant à une demande et de voir ensuite de quelle façon des contraintes techniques conduisent à choisir un fuseau, et de lautre partir dun fuseau prédéfini selon des considérations techniques, en livrant les publics à une découverte  par défaut ».
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III.Proposer une réponse géographique centrée sur le paysage
Par quelle démarche aider à la conception ditinéraires qui cibleraient explicitement la découverte, en partant des besoins des publics ?
Après les constats précédents, nous exposons ici les hypothèses et les choix du projet Passe-Montagnes, une recherche-action de Géographie finalisée. Ce travail est en cours de réalisation, il cherche à répondre à la demande de découvertes, en créant des itinéraires de randonnée-pédestre plus directement en lien avec celles-ci. Il est expérimenté sur lespace des Préalpes de Grasse, cest-à-dire une moyenne montagne méditerranéenne en recherche dactivités de valorisation pour ses territoires ruraux.
Dabord faut-il répondre? Dans labsolu, il nest pas sûr quil faille le faire! En tout cas le principe de répondre explicitement à la demande de découvertes doit être nuancé si lon écoute ce que les gens eux-mêmes disent, et que la presse sait relayer :  Nous observons une forte demande sur les salons mais la clientèle française consomme en fait peu les produits et sorganise surtout par elle-même» (Gazette du tourisme – n° 1336 – 10 Juillet 1996 – p. 6) et au sujet des randos-liberté: Le voyageur laisse la place au consommateur, qui exige plus de services sur mesure : un séjour préparé mais pas guidé, de la sécurité mais de la liberté [] Les consommateurs exigent de plus en plus de services personnalisés et rêvent dindépendance. Là ils ont limpression de vivre leur propre aventure » (Libération, 09/10 Avril 2005, p. 43).
Cela signifie quil nest pas évident que le mieux soit de faire découvrir» aux randonneurs les espaces traversés grâce à un discours daccompagnement, quil sagisse de laccompagnement dun professionnel de la randonnée répondant de façon pédagogique aux interrogations des participants du groupe, ou quil sagisse du discours indirect de la signalétique spécifique dun parcours dinterprétation ou dun sentier-nature » aménagé. Dans un premier temps du projet, par une démarche dauto-saisine, nous avons fait le choix de travailler directement sur les critères de conception des réseaux ditinéraires de randonnée du grand public.
Nous adoptons le principe simple quun itinéraire se compose déléments mis bout à bout, et ayant chacun des caractéristiques propres (physiques, techniques, paysagères et esthétiques). Il est permis denvisager la création de parcours composés de tronçons de chemins, sentiers, voies retenus en fonction de laccès quils offrent, par la vue ou par le contact, à des objets présents dans le paysage. Ces objets auront au préalable été identifiés par les publics comme étant des éléments de découvertes correspondant à leurs besoins.
Lors de la Foire de Nice en Mars 2005 et des Salons des Randonnées Nature-Aventure de Paris et Marseille en Avril et Mai 2005, nous avons pu enquêter auprès de 200 personnes afin de connaître notamment les raisons pour
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lesquelles elles randonnent. Les informations recueillies mettent en avant les liens entre  découverte »,  activité sportive/santé »et plus rarement le dépaysement ».Si lon interroge sur les critères du choix des itinéraires de randonnée, il se fait en premier lieu en fonction du niveau technique et du tracé.  Les paysages », puis  la faune et la flore» et enfin les curiosités» sont les critères les plus couramment cités ensuite dans le choix des itinéraires. Cependant si on interroge de façon ouverte sur la signification que les personnes accordent à ce quest une randonnée-découverte »,des notions originales comme lapprentissage », létonnement », la population », ladiversité des thèmes» apparaissent, suggérant de mener une étude sémantique quantifiée.
Ces enquêtes procurent un niveau de cadrage intéressant venant compléter les sources nationales. Mais si lon veut concrètement cerner quels sont les éléments de découverte pour un public lors de randonnées pédestres, il est nécessairedaffiner ce cadrage et de pouvoir étalonner les critères de cette découverte directement sur le terrain dans le déroulement de sorties.
Pour cela, le choix consiste à se centrer sur le thème du paysage comme étant linterface entre dun côté la perception des randonneurs, qui est orientée par leurs désirs de découvertes, et dun autre côté les objets composant la matérialité de lespace traversé.Le paysage est loffre visible de cet espace en quelque sorte, support des perceptions et moteur des découvertes selon les attributs de cette offre et les échos que ceux-ci trouvent dans les attentes des personnes. Faire le choix du paysage se justifie pleinement dans le contexte de ce travail. Dune part en randonnée pédestre il est évident que la découverte, lobservation, léveil passent avant tout par la vue, qui nous procure 80 % de nos informations, et donc par le paysage. Dautre part, sagissant dune recherche en Géographie, le paysage est une notion fortement rattachée à la discipline et celle-ci a su mettre au point des outils et des méthodes pour évaluer puis restituer les paysages. Cependant, si les enquêtes menées montrent que la préoccupation paysagère est omniprésente, cest sous des formes diverses où dominent la subjectivité, la sublimation et lesthétique. Or, nous nous plaçons dans la perspective de nous appuyer sur les attributs du paysage pour créer des itinéraires de randonnée-découverte, selon une démarche scientifique qui est celle de la Géographie.
Il faut donc poser le postulat que lon peut objectiver les paysages perçus et recherchés par les personnes, identifier quels sont leurs attributs et donc mesurer et comparer différents paysages. Le paysage étant conçu comme la pellicule visible de lespace fréquenté et objet de découvertes, il devient alors possible de disposer dune entrée »pour connaître la répartition et lorganisation dans lespace, des attributs paysagers favorables aux découvertes et ainsi guider la proposition ditinéraires. Or, la spatialisation est une démarche typiquement géographique. Cela suppose la définition dune démarche danalyse pour dabord étalonner le lien entre perceptions de découvertes et attributs
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paysagers, et pour ensuite proposer des itinéraires nouveaux. Les étapes de la phase détalonnage consistent dabord à choisir plusieurs parcours de randonnée pédestre sur notre espace dexpérimentation, issus de méthodes différentes de conception ditinéraires: GR4, GR510, petites randonnées du Conseil Général des Alpes-Maritimes, itinéraire communal Il sagit ensuite dévaluer ce que ces itinéraires ont objectivement »à offrir à des randonneurs. Cela consiste à mobiliser des analyses paysagères du type de celles menées par lEcole de Besançon . Il peut sagir dun échantillonnage photographique systématique du paysage visible, le long dun itinéraire, puis de lévaluation des objets géographiques présents dans les vues à laide dune grille de lecture. Il peut sagir aussi danalyses de visibilités sur SIG à laide dun Modèle Numérique de Terrain et dun logiciel dimageriead hoc. Les calculs se font selon des points précis pris pour simuler les vues et croiser ces  bassinsde vue» avec une couche dinformation géographique choisie de façon conventionnelle pour représenter la réalité de lespace géographique, typiquement une donnée doccupation du sol. Pour continuer, un travail dobservation et dentretien avec des publics sur ces sentiers est mené, afin dacquérir une connaissance sur les tronçons ditinéraires perçus comme  attractifs »ou de découverte». Ces enquêtes se font elles aussi selon une grille, traduisant la lecture que les individus font de leur environnement. Sur la base de sources générales et des enquêtes sur salons, nous faisons lhypothèse que quatre thèmes déclinent les principaux aspects de la demande et permettent dorganiser lévaluation du paysage : segmentation sur le type de sortie (niveau de pratique des personnes, homogénéité du groupe, critère de lâge des personnes) ambiance paysagère (naturelle et rurale, agricole, forestière) ampleur paysagère (ouvert/fermé, profondeur de champ, plans visuels) découverte des patrimoines (patrimoine culturel, architecture, points remarquables, patrimoine naturel) Les résultats de ces deux étapes sont une évaluation du différentiel entre loffre concrète du terrain et les éléments relevés par les personnes, et la formulation dun diagnostic de la façon dont des itinéraires actuels répondent à la demande de découvertes. Sur la base de la connaissance acquise dans le diagnostic, la phase de proposition vise à de nouveaux itinéraires. Puisquun parcours se compose de tronçons successifs ayant chacun à la fois des caractéristiques endogènes (physiques, techniques), mais aussi exogènes (paysagères, esthétiques, patrimoniales), il est permis denvisager la création dune base de données décrivant ces parties élémentaires ditinéraires potentiels. Cela suppose la définition et la mise en œuvre dun protocole technique de collecte et danalyse de données géographiques, paysagères et localisées. Le cœur du
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protocole visé consiste à lier entre eux les critères de découverte des publics, des objets géographiques présents dans le paysage visible et valués via ces critères, et une analyse de réseaux permettant de raccorder des tronçons en fonction de la bonne accessibilité de ces objets géographiques, accessibilité à la vue ou accessibilité  au pied ». Le protocole porte ainsi sur la prise en compte : de la demande en termes de type de sortie. Il sagit de renseigner les attributs des tronçons en termes de longueur, dénivelée, type de voie et pénibilité, en faisant sous SIG des intersections entre éléments de réseaux et terrains ou espaces environnants. de la demande en termes dambiance paysagère et dampleur paysagère. Il sagit alors de renseigner les attributs des tronçons en termes douverture/fermeture du paysage, de nombre de plans visuels, de types de milieux visibles et de types de milieux traversés. Les opérations danalyse spatiale nécessaires reposent sur des analyses de visibilité depuis les éléments de réseaux en direction des espaces environnants et des types de milieux quils offrent à la vue. de la demande de découverte des patrimoines. Il sagit de renseigner les attributs des tronçons en termes déléments de patrimoine visibles ou bien accessibles grâce au réseau. Les opérations danalyse spatiale nécessaires consistent en des analyses de visibilité depuis les éléments de patrimoine, et des intersections entre ces bassins de visibilité, les éléments de réseaux et les éléments de patrimoine. Avec la base de données géographiques et paysagères résultant, il est alors envisageable, en fonction des types de sorties et donc des types de clientèles, de  fairevarier »une sélection déléments de réseaux en fonction de leurs attributs, afin de disposer de tronçons connus. Ces tronçons peuvent ensuite être raccordés entre eux dans un outil de mise en réseau. Il devient alors possible, pour qui sintéresse à lactivité de randonnée, de simuler des itinéraires potentiels en fonction dun territoire et dune demande donnés.
IV.Les éléments dune Géographie de demain ?
En quoi cette proposition participerait-elle dun visage différent de la discipline géographique ? Pour qui ? Pourquoi ? Il nous semble que dans cette façon de prendre en compte, en Géographie, la demande de découverte des publics, il y a effectivement des éléments de réponse au thème de ce colloque Géopoint 2006: Demain la Géographie ».Cela suppose denvisager cette question sous langle des innovations.
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Dans lacception la plus courante, linnovation est dabord technologique et elle est synonyme de nouveauté et dinvention, quitte à ce que linnovation ne soit alors que ladaptation sur un support nouveau dun procédé ancien ou bien laccumulation en un même produit dinventions différentes, comme nous le montre chaque jour le vaste monde des télécommunications, de la navigation embarquée et du multimédia grand public. Sous cet angle du neuf »,notre proposition sintègre à une double innovation en Géographie, du moins française, y compris pour le volet technologique : La poursuite de linvestissement de tous les aspects de la vie des sociétés et de leurs interactions avec les espaces et territoires.Effectivement, notre sujet est en marge de la Géographie, de même que les géographes travaillant sur le tourisme et les loisirs sportifs de pleine nature représentent un petit groupe, mais cette préoccupation de niche» traduit bien la capacité dinvention ou dappropriation dobjets scientifiques nouveaux, parfois purement thématiques. Ce nouveau champ (il date du début des années 2000) est pluri-disciplinaire et réunit sociologues, géographes, juristes, spécialistes de marketing comme en témoigne le réseau de chercheurs et experts en sports de nature et de montagne Sportnature.org http://www.sportsnature.org/). Notre discipline trouve bien dans la randonnée et les randonnées une dimension géographique, à étudier et restituer, et sur laquelle observer et assister opérateurs et collectivités, puisque ces activités en forte croissance jouent sur lévolution des territoires sportifs et de loisirs concernés.Cest une innovation  interne » à la discipline.Une affirmation des instrumentalisations de la Géographie appliquée, pour la société civile. Il sagit dune innovation à lexterne». En effet, si cette expérience réussit, cela montrera que la Géographie ça sert aussi à tracer des itinéraires de randonnée! Il y a bien sûr la capacité technique à le faire et il y a plusieurs années que les milieux professionnels de la randonnée pédestre utilisent des outils typiquement géographiques, géomatique en tête, surtout pour élaborer puis gérer les PDIPR. Dans notre cas, linnovation réside donc dans lapplication, en recherche, doutils et de méthodologies géographiques éprouvées, au domaine de la randonnée. Cest lapplication et les questionnements qui sont nouveaux »,non la randonnée ni les outils et méthodes ! Au-delà de la question des tracés, une spécificité réside dans le contenu géographique auquel accès est donné selon le protocole de création de parcours. En effet, les tracés sexpliquent non seulement par des critères techniques (pente) mais aussi par des télé-propriétés (vue, accessibilité de patrimoines) dont le paysage est lélément phare. Il est moins connu quune définition plus sélective de linnovation est le fait de répondre à une
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demandeclairement exprimée par la société ou le fait de traduire une attente latente, multiforme, en une propositionad hoc. Les spécialistes de linnovation et de la valorisation de la recherche mesurent cela à laune du marché, en précisant quune innovation est une invention qui a trouvé son marché». Il nous semble que cela peut tout à fait correspondre à lobjet de notre travail, si on le considère plus largement : une demande sociétale en émergence, en randonnée, pour davantage de découverte mais aussi decompréhension desespaces fréquentés. Pour la découverte telle que définie, nous avons précisé que dans un premier temps du projet, par une démarche dauto-saisine, nous avons fait le choix de travailler directement sur les critères de conception des réseaux ditinéraires de randonnée du grand public». Cest pourquoi lessentiel de cet article porte sur une démarche, en Géographie,pour suivre la demande et offrir des parcours plus au goût des publics en termes de découverte individuelle dobjets géographiques et de paysages. Cependant, une science humaine et sociale comme la Géographie peut tout à fait aspirer à faire mieux que  suivrela demande» de découverte, ce qui est déjà beaucoup.La Géographie, ça peut aussi servir à élaborer un discours oral, iconographique ou écrit, allant de paire avec les tracés proposés. Auprèsdune structure de PNR cherchant à faire découvrir son territoire par une signalétique sur site, lors de sorties à thème dans des clubs FFRP, dans une collaboration entre une collectivité et un département de Géographie, dans la prestation daccompagnement dun guide de pays on peut sérieusement faire le projet quune approche géographique saurait valablement répondre à la demande de compréhension des espaces découverts. Notre discipline a pour cela de nombreux avantages comparatifs » par rapport à dautres disciplines : une longue tradition pédagogique et professorale, à adapter aux publics, un adulte nétant pas plus  facile » quun jeune enfant ! une côte de popularité en hausse grâce à des évènements comme le Festival International de Géographie de Saint-Dié des Vosges ou les médias de vulgarisation de Vidal de la Blache à lEcole de Besançon, un savoir-faire dans lanalyse, lexplication et la représentation des paysages des techniques de lecture de paysage qui savent aller chercher et articuler entre eux des éléments issus de disciplines différentes (géologie, écologie, aménagement) à fin de découverte, puis de compréhension Il y va de la différence que lon peut faire entre dun côté instrumentalisation des outils et méthodes géographiques, et de lautre utilité sociale des savoirs et savoirs-faire des géographes. La Géographie aurait par exemple toute sa place dans les réponses que les collectivités et les représentants de la société civile apportent et apporteront aux nouvelles manifestations de
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la prise de conscience environnementale chez nos concitoyens :intérêt pour la nature ordinaire, le paysage banal et le cadre de vie, souhait croissant de connaître ou  reconnaître »les espaces du quotidien Du moins, à lheure où lon parle du rôle et de la place de notre discipline et de ses composantes, les suites envisagées au projet Passe-Montagnes visent à contribuer sous cet angle au visage de la Géographie de demain.
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