Traversée du Zanskar par les cols Itinéraire Lamayuru - Padum

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Traversée du Zanskar par les cols Itinéraire Lamayuru - Padum

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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…Renversement de situation, le manager m’informe que le groupe que je devais ac-
compagner repousse son départ au 13/07 car l’un d’entre eux est souffrant. Il y a
deux nouveaux trekkeurs intéressés mais rien est sûr. Quant à moi je suis prêt et j’ai
l’intention de partir pour le Zanskar dès demain même si je m’engage seul avec le
guide et le horseman. L’agence est d’accord. On se démerdera à Padum pour trouver un
moyen de locomotion pour Kargil. Ce sera pour ma poche. On fixe le rendez-vous à 8h.
Le responsable a annoncé mon prix au groupe qui s’est désisté et ils ont été surpris du
tarif, il est soit disant le moins cher de la place. Pourquoi a-t-il cru bon de leur dire ? Je
suis tombé sur un manager d’agence droit et honnête, il va réinventer le business.
Samedi 7/07 [1]
L’appointment a lieu comme convenu. Une jeep est affrétée pour notre transport jusqu’à
Lamayuru. Le guide qui m’accompagnera sur le trek s’appelle Komchok, le chauf-
feur s’appelle Digmet lomza. Après le check point de Khaltsi où je dois présenter mes
papiers nous prenons un dal baht. C’est moi qui régale. Je suis pourtant pris en charge
à compter de ce jour. Je ne comprends pas leur organisation mais je pense qu’eux non
plus ne savent pas véritablement ce qui est inclus dans le prix ou non. A 12h30 nous
arrivons au village de Lamayuru et nous nous posons dans le campsite de Sienchen.
Une fois la tente montée, je pars découvrir le site et son monastère si réputé. Un cirque
de roches enferme les bâtiments du gompa en travaux. Les paysans cultivent l’orge
(slima en ladakhi) dans les champs irrigués en contrebas. Pour la petite histoire, au 16e
siècle le gompa est devenu une « aire de libération » où les criminels jouissaient d’une
impunité totale. Je m’acquitte des 20 INR pour la visite des lieux. A 15h, je suis de re-
tour au campement et ce qui m’attend est d’une grande simplicité : ATTENDRE, le tout
est d’y être bien disposé. A 16h je repars faire fonctionner mes guibaules et m’installe
dans une salle du monastère. L’inspiration me vient, j’écris pendant deux bonnes heu-
res avant de me rentrer. Komchok s’est mis à cuisiner. Il m’invite à me mettre à table
et j’accepte son invitation. Plus tôt ce sera englouti, plus tôt ce sera digéré. 18h30, y’a
plus qu’à rien ! Cela me convient.
Dimanche 8/07 [2]
Hier, j’ai assisté à une partie de la soirée des Néerlandais encadrés par AS adventure.
Ma tente se situait à 1m du coin repas, ce qui m’a permis cette nuit de ne pas perdre
une miette de leurs affaires, je m’en serais passé. La manager leur a fait un briefing
complet en deux langues avant le starter : ils se rendent à Wanla demain, comme nous,
mais prendront la direction de Stok par la vallée de la Markha alors que nous migrerons
vers le sud. Leurs tentes étaient soigneusement montées et alignées avant leur arrivée.
La prestation doit coûter bonbon !
A 8h, Komchok répartit ses marchandises. Les donkeys viennent d’un village d’en haut,
nous ne savons pas encore quand ils nous rejoindront. Bientôt tout se complique, la
pluie se met à tomber fortement. J’ai bien fait de démonter ma canadienne trente
minutes avant. Je passe près de trois heures assis patiemment sous la toile parachute
qui ne fuit que partiellement. En fin de matinée, aucune amélioration en perspective.
L’humidité rend mon séjour sous la toile percée plutôt difficile. Je décide de passer du
statut de plancton à celui de marcheur pour rejoindre le monastère et sécher un peu.
Pourvu que l’on puisse partir, pourvu que cette satanée pluie cesse dès cet après-midi
Traversée du Zanskar par les cols
Itinéraire Lamayuru - Padum
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et pour les jours à venir. Mais il pleut encore et tout est « wet, wet, wet », bad weather
pour tout le monde. Je me suis installé dans la cuisine d’un habitant avec un mango
juice à la main. Je suis seul dans cette pièce sombre mais sèche. C’est déjà ça, c’est
déjà ça ! Alain. Une grand-mère garde l’entrée et file la laine, elle me rejoint et prend
un thé salé. Elle reste là en silence, laissant le temps s’écouler. Pour elle, plus rien ne
presse, il doit en être de même pour moi, il en a d’ailleurs toujours été ainsi. Lorsque
je la regarde, je vois de nombreuses différences apparentes. Lorsque je me contente
de capter sa présence, elle me semble si proche. La pluie s’obstine, nous devons choisir
une des deux options qui se présentent à nous : partir ou rester ; nous décidons de
prendre le chemin à 15h. Cette fois la caravane se compose de Komchok le guide, de
Ridzing le donkeyman et de quatre bourriquets qui se chargent de notre barda. Visible-
ment ils sont même un peu trop chargés. Nous montons à travers les canyons pendant
2h30 puis 30 minutes de marche supplémentaire nous permettent de rejoindre Wanla,
petit village avec les ruines d’un vieux palais perché sur ses hauteurs. Le guide choisit
un camp plus éloigné que d’autres randonneurs mais dans la direction de notre trek.
On avale un bol de noodles. Repas au programme : rice and vegetables, un grand clas-
sique. Komchok m’annonce une journée de 9h de marche demain. Ce jeune mec a de
l’humour, enfin je l’espère.
Lundi 9/07/07 [3]
La journée se solde par 4h30 de marche effective, des paysages somptueux, un soleil
qui cogne dur, un chemin qui serpente le long d’une rivière d’un bleu laiteux, des gorges
profondes… cela nous amène à un camp situé à 15 minutes du village d’Honupatta
(4000m d’altitude). Après Fanija, nous passons par Sumdo qui n’est autre qu’une tente
parachute. En début d’après-midi tout m’éloigne de Symphoman, ma démarche devient
lourde mais nous posons rapidement nos baluchons. J’orchestre un repos après le mon-
tage des tentes. Vers 15h une équipe s’installe à proximité du camp. Mes compagnons
de route ont la même tente de gamin que moi mais en plus déglinguée. Sur sa porte
est inscrit : « Tibet expédition », tout un programme ! demain on s’attaque au premier
passage de col, Sisir la à 4800m. A 19h je m’engouffre dans mon sac à viande, je me
sens fébrile.
Mardi 10/07/07 [4]
Au réveil la fraîcheur me prend au vif, il fait 3°C. Je ne me sens pas d’attaque. Aujourd’hui,
un je ne sais quoi m’encombre, me gêne. Je respire mal, mes oreilles sont bouchées,
j’ai une envie de dégueuler qui ne s’assume pas. Il faut pourtant se lancer et chaque
pas m’est difficile. Le cœur n’y est pas, les jambes ne suivent pas et l’état d’esprit est à
la traîne. C’est malheureusement un doux calvaire en dépit de la beauté des paysages.
Bien que la montée soit éprouvante, je néglige la tente parachute et me lance sur la
pente plus raide qui mène à Sisir la, l’appétit vient en marchant. Prends ton courage
à deux mains mon lapin ! La récompense est à la hauteur de l’effort. Le trajet m’a été
pénible ce matin mais les dieux ont bien fait les choses : la chaîne du Zanskar s’ouvre
au sud-ouest, les sommets apparaissent comme alignés mais d’aucun ne se ressemble.
Là-haut je fais la connaissance de Franck et de Céline, lui est d’Aix les Bains, elle est de
Bruxelles. On se charge les yeux et on se raconte quelque peu nos vies. L’essentiel est
dit, on se comprend. Après avoir admiré le spectacle et mis en boîte quelques photos
souvenir, nous descendons vers Photaksar. Komchok propose de prendre le lunch près
du pont à l’entrée du village. Après 5h de marche effective nous arrivons au campe-
ment non loin de Bumikse la. Je suis lessivé, j’écris ces mots mais je ferais mieux d’aller
m’étendre.
Il est 17h30, je suis installé sur un rocher à proximité de la tente. J’apprécie la vue sur
les terrasses cultivées de ce village d’exception construit sur une pente vertigineuse.
Je me souviens qu’à notre arrivée les fleurs odorantes embaumaient l’atmosphère.
Quelques yaks sont paisibles autour de moi et les corneilles poussent leurs cris. Je ne
peux décrocher mon regard de ces reliefs : à l’ouest un massif nous expose son glacier
dont la blancheur contraste avec une étendue verte où viennent paître les troupeaux,
les neiges éternelles semblent si proches et pourtant le soleil cogne si fort ici ; à l’est
des stries, des strates, des minéraux à perte de vue ; au nord le village posé je ne sais
comment à flanc de montagne ; enfin au sud est tracé notre chemin qui nous permet
de traverser cette vaste chaîne du Zanskar.
Mercredi 11/07/07 [5]
Le lever est déjà une routine, 5h30 pétantes. La nuit m’a fait du bien et l’environnement
me redistribue des forces. Je me lance un peu avant mes compagnons vers Bumikse la
(4200m) qui est un premier pas vers Sengge la (5000m). Pour suivre la piste je me fie
aux nonchalantes marmottes qui exhibent leur popotin. L’ascension est longue mais je
suis plus à mon aise dans mes godillos ce matin. Je le souhaitais, c’est arrivé. Il fallait
bien que je me répare. Que ça vaut le coup de se donner ! Nous arrivons au col à 12h
pour le lunch. Je m’abrite du vent derrière le chorten et me tourne vers le nord, vers
ce chemin parcouru. Komchok et Rizing amènent les donkeys en bas. Je profite un peu
plus longuement du site et descends vers le camp de Styang qui n’est pas indiqué sur
la carte. Alors que nous dégustons un tchai, assis pénards sous la tente parachute, un
Français et une Britannique nous rejoignent. Ils arrivent de Padum notre destination fi-
nale. On échange un bon moment sur nos expériences. Loïc a acheté un canasson blanc
à Manali, il trekke dans le Zanskar et souhaite se rendre au Cachemire. Il est nerveux
et semble un peu à l’ouest. Il se raconte beaucoup mais a du mal à retrouver les lieux
par lesquels il est passé quand je l’interroge sur l’Uttaranchal. Il me confie qu’il a déjà
de quoi écrire un bouquin sur ce qu’il a vécu en Inde ; pour le qualifier je me plonge
volontiers dans la toge de feu l’abbé Pierre pour dire que je suis tombé sur une sacrée «
tête de con ». En discutant, je m’attarde sur le regard de mademoiselle et nous passons
une bonne partie de la soirée ensemble. Elle me parle, je baraguine et nous testons nos
huiles de massage, soirée douceur. Demain deux cols nous attendent avant de rejoin-
dre Lingshed. Le guide me dit qu’on poussera plus loin que ce qui est habituellement
fait pour s’approcher d’Anuma la, ce sera préférable pour nos quatre bourricots.
Jeudi 12/07/07 [6]
Même si Komchok souhaitait partir plus tard prétextant que la journée serait plus facile,
cela ne change rien à mon horloge interne. A 7h30 mon paquetage est prêt, je mets
donc les voiles en laissant mes compagnons arranger correctement les colis pour les
donkeys. J’atteins rapidement Kiupa la, la première pass à 5000m, avant de fondre sur
la vallée. A 9h je passe Lotsava campsite à Gongma. J’y marque une pause récupéra-
trice. Je traverse une série de vallons désertiques, où seules quelques touffes d’herbe
sortent la tête du sol, avant d’atteindre Murgum la (4100m) après 2h10 de marche.
J’arrive tranquillement à Lingshed gompa, je visite et je pose mes fesses en attend-
ant l’équipage. Le soleil cogne dur. La chaleur m’accable considérablement, je suis un
nordique, j’ai besoin de fraîcheur. Je peine un peu sur le trajet mais nous devons pour-
suivre notre chemin. Après 5h20 de marche effective, nous atteignons une rivière en
contrebas. Je n’ai qu’à lever les yeux pour me faire une idée du programme de demain
matin. Une série de zigzag étroits sont inscrits dans un raidillon, on va se prendre 700m
de dénivelé droit devant pour atteindre Anuma la et ses 4710m. Mon genou a souffert
aujourd’hui, j’ai intérêt de le soigner, bien que la marche le fasse en partie. Cela devait
être une journée facile, il n’en a rien été. Il est 17h, je suis assis sur un rocher quand
vient à passer un couple en contrebas. Ils viennent seulement de descendre de la pass
et souhaitent rejoindre Lingshed. Leurs paroles parviennent jusqu’à moi. En me voyant,
la femme semble vouloir me demander le chemin mais n’en fait rien, son mari non plus.
Pour les rassurer je leur donne donc les indications. Ils sont tous deux surpris que je
leur parle en français. Je leur souhaite bien du courage car il faudra probablement qu’ils
se mettent une heure et demi de plus dans les guibaules. Une caravane de 17 chevaux
gravit la pente au nord du campement. Mon regard les suit pendant que la nuit tombe.
Quel espace !
Vendredi 13/07/07 [7]
Un vendredi 13 qui commence à 7h par une montée à 4700m que je réalise en deux
temps, voilà qui me plaît. Au premier arrêt je suis rejoint par un membre d’une équipe
de Français qui fait le trek Lamayura-Darsha en 20 jours avec une agence quatre étoiles.
Lorsqu’il apprend qu’il n’est pas au sommet , il se précipite pour atteindre le col « sans
escale » - recherche de l’exploit, comportement typique de l’homme pressé bien formaté
par notre société en soif de compétition. Ici les locaux ont compris que la modération
et la lenteur étaient les meilleurs moyens d’avancer sereinement en sachant apprécier
l’effort sans le chercher à tout prix. Pour trekker, il ne faut pas vouloir atteindre, mais
vouloir parcourir. C’est probablement ce qui est le plus difficile à comprendre pour un «
occidental », difficile pour lui de comprendre que le chemin est le but. 1h40 de marche
m’amène à Anuma la. J’y attends nos courageux donkeys. Nous entamons ensuite ce
qui m’est le plus pénible, la descente vers Snertse. Nous longeons le cours d’une riv-
ière, tantôt par les flancs, tantôt par le lit asséché. Mon genou est douloureux et un état
de lassitude m’envahit. Après 6 jours de trek, ça m’est plutôt naturel d’être submergé à
la fois par la fatigue et par l’envie d’en finir. Je ne prête plus vraiment attention à ce qui
m’entoure, je parcours mécaniquement ces sentiers. Habituellement cette sensation
me quitte très vite, à mon avis elle ne vaut que pour cet après-midi. Une fois à Snertse
nous marquons la pause déjeuner. Elle sera courte, je n’ai pas d’appétit et je sais que
nous approchons du but de la journée. Un campsite est aménagé près de la rivière au
pied de Parfi la. Nous y posons tentes et bagages. Une petite plage de galets me permet
de tremper mon corps dans les eaux froides qui viennent des hauteurs. Je regarde la
carte et la chaîne du Zanskar est désormais au nord derrière nous.
Samedi 14/07/07 [8]
A 11h nous avons atteint notre cible, le campsite de Hanamur. 3h40 de marche nous
aurons été nécessaires. A 7h je faisais mes premiers pas vers Parfi la (3900m), dernier
col de notre itinéraire. J’ai mis un peu plus d’une heure pour arriver à la pass où le
vent soufflait violemment. Ensuite nous avons suivi la rivière Zanskar jusqu’ici. Une
fois les tentes dressées, lavages et lessives se sont organisées. A midi je suis tombé
de sommeil pendant deux heures. Me voilà à l’ombre d’un petit saule dans cette vallée.
Je suis assis sur une chaise en plastique bleu empruntée au tea room d’à côté, face à
une grotte creusée dans le relief. Une légère brise rend la chaleur plus supportable. J’ai
vraiment la sensation d’être perdu au milieu de nulle part, c’est d’ailleurs exactement là
où je suis. De l’endroit où je patiente je ne peux plus surveiller ma tente et deux garne-
ments d’une maison d’en haut rôdent dans le coin et m’ont tout l’air d’être un tantinet
dérangés. Ce soir mes compères me préparent le meilleur repas depuis notre départ.
Je le juge ainsi car je suis dans les meilleures dispositions.
Dimanche 15/07/07 [9]
Routine quand tu nous tiens ! lever à 5h30 pour Ludo. Le réveil semble être difficile pour
Rizing qui m’apporte le thé matinal avec la tête des grands jours. Je commençais à me
demander si ce mec pouvait éprouver fatigue et lassitude ; il suffisait d’attendre. Sur
une de mes suggestions, nous avons décidé hier avec Komchok de relier directement
Rinam et de passer l’étape Pishu afin de gagner un jour sur l’itinéraire. Ça m’arrange
car à ma connaissance les bus pour Kargil ne sont pas si fréquents et je veux éviter les
mauvaises surprises. Nous suivons la rivière. Le ciel est couvert, les cols s
ont dissimulés
dans les nuages et la température est agréable pour marcher. A 11h30 nous passons le vil-
lage préservé de Pishu. Nous arrivons au campement après 6h de marche. C’est la plus longue
journée du parcours. Jambes et esprits sont fatigués. A ma demande le guide m’annonce qu’il
est rémunéré 600 INR par jour et que le horseman touche 800 INR par jour pour ses quatre
bourricots. Ma participation de 1100 INR par jour ne couvre même pas leurs frais et je ne parle
pas des achats avant départ et du taxi jusqu’à Lamayuru. Je rassure mes deux compères en
leur disant que j’ai réglé l’agence pour dix jours et que le fait de raccourcir la durée du trek ne
change rien pour eux. C’est aux frais de la compagnie qui a du accepter mon tarif à la condi-
tion que je me joigne au groupe. Mais pourquoi le manager a-t-il accepté mon départ ? Il a du
être bien emmerdé avec le chti gars du nord. Demain nous pousserons jusqu’à Padum et nos
chemins se sépareront. Suite et fin d’une étape et d’une expérience supplémentaire.
Lundi 16/07/07 [10]
C’est la der, celle des enjambées qui mènent à Padum. A la demande de Komchok je prends
mon temps ce matin, d’une part nous ne sommes pas pressés, d’autre part il est préférable
de partir plus tard pour que les donkeys puissent brouter leur breakfast. Le vent est glacial
ce matin, impossible de se réchauffer. Bien que présent le soleil n’y parvient pas. Alors j’opte
pour la marche à pieds. Je suis la piste jusqu’à Darsha puis descends vers le bridge qui permet
de traverser la rivière Zanskar. J’y attends mes compagnons que j’aperçois au loin. Un vieux
monk vient s’installer à mes côtés et me dévisage de temps à autre, le regard bienveillant et le
sourire édenté. Les ânes sont descendus par les rives en court-circuitant la piste principale, ils
ont donc repris du terrain sur moi. Nous nous avançons ensemble vers la ville le long de la voie
en construction. C’est le finish et nous l’abordons avec des pas lourds. Un festival de musique
zanskarie se déroule en ce moment même à l’entrée du bourg. Nous y prenons part. Ma préoc-
cupation est de trouver un véhicule pour demain. Le guide m’accompagne jusqu’à ce qui sem-
ble être la station de bus, c’est à dire une micro placette où les bus sont censés s’arrêter mais
nous ne pouvons compter sur aucune information concrète. C’est rassurant pour un étranger
de voir un local se confronter aux difficultés qui sont les notre au quotidien, ce n’est donc pas
seulement un manque de savoir-faire. Aucune info ne sort de ce café mais j’offre un tchai à
la clientèle aimable et mal renseignée. En l’absence de bus je devrais m’orienter vers un taxi
collectif. Pamla (guide de Leh) qui est sur le circuit Darsha-Lamayuru depuis le 06/07 fait une
pause à Padum avec son groupe. Il m’interpelle dans la rue, on discute un peu et il me précise
qu’un de ses clients part pour Leh en jeep et que je peux me joindre à lui pour 10000 INR soit
environ 200 € le voyage. Voilà un bon exemple de grosse arnaque à laquelle se prêtent bien des
touristes. Je trouve une guesthouse sur la route principale qui m’ouvre une chambre négociée
à 200 INR. Le nom de ma résidence : Mont blanc, elle m’était désignée. En allant récupérer
mon paquetage, Komchok m’annonce qu’un bus part demain à la première heure pour Kargil.
Nous nous rendons immédiatement au car. Le chauffeur fait le trajet jusqu’à Leh en deux jours
avec nuit à Kargil pour 500 INR par tête. Je donne illico cette somme au chauffeur et réserve
la place 14. La chance est au rendez-vous aujourd’hui. Le départ se fait à 3h30 du mat, je dois
veiller à ne pas louper le réveil. J’ai vraiment l’impression d’être tombé sur une crèche de fous
furieux. Durant trois heures une dizaine de femmes se sont réunies dans la chambre d’à côté
pour se déhancher sur un air qu’elles ont probablement acheté au festival. Le même titre re-
passe sans cesse, abrutissant ! Vers 20h le magnétophone fait silence, je me crois à l’abri de
nouveaux rebondissements mais cette baraque est la plus bruyante que j’ai fréquenté. Toute
la smala hurle et s’esclaffe jusqu’à minuit. En d’autres circonstances ça aurait pu passer mais
cette fois je suis HS et quand tout s’arrête enfin il est presque temps pour moi de débarrasser
le plancher. Et quelle odeur pestilentielle, quelle odeur ! je n’en trouve pas l’origine et mieux
vaut que je l’ignore.
A 2h30 mon alarme me fait dresser les deux oreilles abruties par le vacarme. Le groupe élec-
trogène s’est coupé en même temps que mes hôtes dégénérés (je plaisante c’était pour eux
jour de fête mais je suis un peu énervé par la colère). Je prépare mes affaires en tâtonnant et
trouve la sortie à la frontale. A 3h je traverse la ville dans un noir absolu mais parviens comme
un fantôme jusqu’à mon mode de transport. Sauvé !
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