211_Guide Maïs : Sésamie

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211_Guide Maïs : Sésamie

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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r T h È m e s
Perspectives Agricoles  n211  Mars 1996 +
sÉsamie ou noctuelle du mas, Sesamia nonagrioides,est un ravageur important du mas, dans le sud de la France. En France, son cycle de dÉvelop pement comprend gÉnÉralement deux gÉnÉrations sur la culture de mas. La premiÈre gÉnÉration apparat en mai, provenant de chenilles ayant passÉ l’hiver dans les rÉsi dus de culture. Elle provoque souvent le flÉtrissement des plantes attaquÉes, ce qui se tra duit par des pertes de pieds dissÉ minÉs par taches dans les parcelles infestÉes. La deuxiÈme gÉnÉration qui est prÉsente surtout en aoÛt peut tre responsable de verse et perte de rendement par les galeries creusÉes dans les tiges. En France, ce ravageur est situÉ au sud de la VallÉe de la Loire. Les observations rÉalisÉes jusqu’avant 1985 ont montrÉ qu’il s’agit d’un insecte sensible au froid. Aussi, rien d’Étonnant À ce que
le
les hivers 198586 et 198687 pendant lesquels les tempÉratures ont ÉtÉ infÉrieures À  15C pen dant plusieurs jours dans le Sud Ouest, y aient durement affectÉ les populations de sÉsamie. Toutefois, dÈs 1988, on constatait un redÉmarrage important des infestations dans certaines par celles. Ce court dÉlai entre la prÉ sence de froids intenses et l’existence À nouveau de popula tions ÉlevÉes en certains sites, conduisent À poser la question de savoir s’il n’existait pas au sein de la population de sÉsamie du Sud Ouest, une race rÉsistante au froid ; celleci aurait pu tre sÉlectionnÉe par les deux hivers rigoureux et aurait assurÉ ensuite l’essentiel de la recolonisation. La rÉponse À cette question n’est pas sans intÉrt, car l’acquisition d’une rÉsistance au froid signifie rait une extension possible du ravageur au nord de la Loire (Bassin Parisien…).
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Pas de rÉsistance au froid manifeste Un travail a ÉtÉ menÉ sur trois souches naturelles d’origine diffÉ rente. Deux de ces souches pro viennent de sites du SudOuest oÙ les populations ont rapide ment prolifÉrÉ aprÈs l’hiver 1987. Ces deux sites sont situÉs dans les Landes et dans la rÉgion borde laise. Ils sont comparÉs À une souche “classique“ , sensible au froid, prÉlevÉe en Camargue. Sur les larves collectÉes, dans les trois lieux, deux types de mesures ont ÉtÉ effectuÉs pÉriodiquement pendant l’hiver 199091 : mesure du taux de trÉhalose z (antigel spÉcifique de la sÉsamie) prÉsent dans le corps des insectes, mesure de la tempÉrature cor z respondant au point de surfusion (tempÉrature pour laquelle l’eau du corps congÈle spontanÉment). S’il y a apparition d’une race rÉsistante, cela devrait se traduire par des diffÉrences concernant les deux indicateurs mesurÉs. Les rÉsultats relatifs aux taux de trÉhalose(figure 1)montrent qu’il existe des diffÉrences, mais qu’elles n’interviennent pas systÉ matiquement pour des chenilles de sÉsamie de la mme rÉgion  ce qui aurait ÉtÉ observÉ si l’une des souches avait ÉtÉ rÉsistante. D’autre part, le profil gÉnÉral des courbes, pour chacun des lieux, est identique. Concernant l’autre critÈre le point de surfusion, les observa tions(figure 2)ne montrent aucu ne diffÉrence importante pour les sÉsamies des trois lieux : les points de surfusion sont compris de dÉcembre À mars entre  5 et  7C. Ces divers rÉsultats permettent de dire qu’il n’y a pas eu dÉveloppe ment d’une race rÉsistante au froid dans les deux lieux ÉtudiÉs. Il est donc trÈs vraisemblable
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Figure 1 : Taux de trÉhalose prÉsent dans le corps des chenilles de sÉsamie prÉlevÉes dans trois sites (Landes, Camargue, Bordeaux) nnn t
Figure 2 : Points de surfusion des chenilles de sÉsamie prÉlevÉes dans trois sites entre dÉcembre et mars (Landes, Camargue, Bordeaux) nnn t
que, d’une maniÈre gÉnÉrale, la sÉsamie n’a pas acquis une rÉsis tance au froid, dans le SudOuest de la France.
Le mas : un abri pour l’insecte
La sensibilitÉ des chenilles au froid hivernal a ÉtÉ ÉtudiÉe conjointement en laboratoire et en conditions naturelles.
Etude au laboratoire
Les travaux sur le comportement des chenilles par rapport au froid ont ÉtÉ menÉs À deux niveaux de tempÉratures basses :  tempÉratures supÉrieures À la tempÉrature de congÉlation de la sÉsamie (soit en moyenne  6C)  tempÉratures Égales ou infÉ rieures À  6C. Dans le premier cas, les chenilles sont soumises À une gamme allant de + 2C À  4C pendant des pÉriodes de 4 À 64 heures. Les rÉsultats(figure 3)montrent que la mortalitÉ est liÉe À l’inten sitÉ et À la durÉe d’exposition au froid. Ainsi, une larve soumise À  4C pendant 16 heures ne survit pas, tandis que la mortalitÉ est ÉlevÉe aussi pour une exposition À  2C mais pendant 64 heures. On remarque Également que les taux de mortalitÉ sont non nÉgli geables pour 0C et + 2C. Cette situation serait liÉe À la prÉsence (1) trÈs frÉquente d’un bacculovirus chez les larves hivernantes de sÉsamie. La prÉsence de ce pathogÈne serait, par consÉquent, un facteur supplÉmentaire de mortalitÉ À
(1) analyse rÉalisÉe par M. VEYRUNES  INRA St Christol les AlÈs
Figure 3 : MortalitÉ des chenilles en fonction de la tempÉrature et de la durÉe d’exposition au froid (4 h,8 h16 h,64 h) nnnn t
tempÉratures assez basses, voi sines de 0C. Dans le deuxiÈme cas (larves soumises À des tempÉratures Égales ou infÉrieures À  6C), les expÉrimentations ont montrÉ que la zone minimale de tolÉrance au froid de la larve de sÉsamie se situait entre  6C et  8C. La limite semble tre la tempÉrature de  8C, audelÀ de laquelle les chenilles meurent systÉmatique ment. En conclusion, la sÉsamie est une espÈce trÈs sensible au froid, dif ficilement capable de rÉsister À des froids modÉrÉs. Toutefois, elle prÉsente la particularitÉ de pouvoir rÉsister À la congÉlation (dans une gamme limitÉe de tempÉratures,  6C À  8C) lors qu’elle est brusquement placÉe en situation de congÉlation.
Perspectives Agricoles  n211  Mars 1996
La mortalitÉ est liÉe À
l’intensitÉ et À la durÉe
d’exposition au froid.
La sÉsamie est une espÈce
trÈs sensible au froid.
Toutefois, elle prÉsente la
particularitÉ de pouvoir
rÉsister À la congÉlation
(de 6 À 8 C) lorsqu’elle se
trouve brusquement en
situation de congÉlation.
Etude en conditions naturelles
Une Étude a ÉtÉ menÉe sur une parcelle de mas À SaintMartin de Hinx pendant l’hiver 1990 1991. L’observation de la locali sation des chenilles dans les plantes a montrÉ que de janvier À mars, les larves survivantes ne sont plus situÉes qu’À l’intÉrieur du pivot (extrÉmitÉ souterraine de la tige) qui constitue leur niche Écologique. Quatre relevÉs de tempÉrature ont ÉtÉ effectuÉs dans le champ, aux emplacements suivants :  tempÉrature À 1 m du sol (sous abri)  tempÉrature au niveau du sol  tempÉrature À l’intÉrieur de la canne (partie ÉpigÉe)  tempÉrature À l’intÉrieur du pivot (dans le sol). Il ressort que la tempÉrature À l’intÉrieur du pivot est supÉrieure
de 5C À celle de l’air À 1 m du sol(figure 4). Ainsi, le fait que les larves se rÉfugient dans le pivot est un moyen de protection pour l’espÈce. En effet, il faut en dÉfini tive des tempÉratures de l’air relativement basses, infÉrieures À  11C À  13C, pour que les sÉsamies abritÉes dans leur refuge soient dÉtruites par le froid. Toutefois, pendant les hivers 85 86 et 8687, les tempÉratures ont ÉtÉ infÉrieures À ce seuil. On peut penser que la rapide constitution d’une couche de neige, par endroit a ÉvitÉ les tempÉratures basses mortelles.
La lutte culturale :
un moyen efficace
La sensibilitÉ des larves de sÉsa mie au froid a conduit À dÉtermi ner si une lutte culturale
Figure 4 : TempÉratures relevÉes À diffÉrents emplacements À l’intÉrieur de la plante (aprÈs rÉcolte) ou À proximitÉ immÉdiate pour une tempÉrature sous abri de 5C. (Saint Martin de Huix, 40)
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Figure 5 : EfficacitÉ comparÉe de diffÉrents outils ( 1994 = SolfÉrino, 40) t
amÉliorÉe, par rapport À un simple broyage, pouvait tre conÇue. L’idÉe est d’associer À l’opÉration de broyage un arrachage de la partie souterraine des plantes de mas. Pour cela, des expÉrimen tations ont ÉtÉ menÉes pendant les hivers 199293 et 199394 sur des parcelles situÉes À Lipostey (40) et À SolfÉrino (40). AprÈs passage d’un broyeur clas sique À axe horizontal, diffÉrents outils d’arrachage des “souches“ de mas ont ÉtÉ comparÉs : covercrop, broyeuse landaise, Ecosem. Le passage de ces outils a ÉtÉ rÉa lisÉ aprÈs la rÉcolte, en novembre. L’expÉrimentation a ÉtÉ effectuÉe sur des parcelles de 100 m x 40 m, oÙ l’homogÉnÉitÉ de rÉpartition des larves de sÉsa mie À l’automne avait ÉtÉ prÉala blement vÉrifiÉe.
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L’outil Ec plus effic des pivot
oncernant la rÉsistance au froid des insectes, il existe 3 C grands types de rÉactions : ceux qui meurent mme lors d’un froid modÉrÉ : ils n’ont aucun moyen z de protection contre le froid. Ces insectes sont dits “non rÉsistants “, ceux qui rÉsistent au froid en ne congÉlant pas ou difficilement. Ces z insectes accumulent dans leur sang un antigel qui abaisse leur tempÉrature de congÉlation (exemple : la pyrale du mas qui est capable de survivre À  25C sans congeler), ceux qui congÈlent assez facilement mais n’en meurent pas pour autant z (appelÉs “tolÉrants À la congÉlation “). Ces derniers accumulent Également dans leur sang un ou des antigels qui, cette foisci, les protÈgent contre les effets destructifs de la congÉlation (exemple : la processionnaire du pin qui survit À 25C, mais À l’État congelÉ).
Les indicateurs d’efficacitÉ rete nus sont : le pourcentage de pivots arra z chÉs le pourcentage de survie des z larves de sÉsamie, observÉes fin mars, aprÈs les froids de l’hiver (la survie maximale 100 % est reprÉsentÉe par la condition tÉmoin non broyÉ). Les rÉsultats pour le premier critÈre(figure 5)montrent que l’outil Ecosem est de loin le plus efficace ; il dÉterre 60 % des pivots aussi bien lors des expÉri mentations 1993 que 1994. Avec la broyeuse landaise, les taux sont respectivement de 35 % et 9 %. Le covercrop, mis en essai uniquement en 1994, arrache seulement 7 % des pieds. Ème Concernant le 2critÈre taux de larves en survie fin mars, il ressort nettement(figure 6)que
Il apparat que les deux derniÈres catÉgories d’insectes diffÈrent À la fois par leur tempÉrature de congÉlation et la quantitÉ et la nature du ou des antigels accumulÉs.
TÉmoin cannes en place Broyeur seul SÉsamor
e ssam e par rapport au tÉmoin 100 38 8
62 92
l’Ecosem est l’outil le plus perfor mant. L’Ecosem, passÉ aprÈs broyage est dont trÈs largement supÉrieur aux autres outils sur les deux critÈres examinÉs. L’arrachage des “souches“, en remontant les pivots et en les ’ 
Perspectives Agricoles  n211  Mars 1996
REMERCIEMENTS : Nous tenons À remercier M. PANOUILLE et son Équipe (St Martin de Hinx), M. GADENNE, Mme REUZEAU, MM. VANDAM ME et LARRERE, M. BARBOT et
de de lutte financiÈre ompÉtitive. Pour pal nvÉnient, le couplage utils a ÉtÉ envisagÉ et avec succÈs. nt, un outil nouveau sur le marchÉ sous le arque SESAMOR. Il  broyeur4 rangs des e À l’Ecosem des Ets hoto cidessous). a ÉtÉ expÉrimentÉ en
Lutte biologique en RhÔneAlpes contre la pyrale du mas : du rve À la rÉalitÉ
a lutte biologique contre la pyrale du mas avec les trichogrammes L connat un certain succÈs en RhÔneAlpes. Cette technique est utilisÉe sur 5 000 ha dans cette rÉgion, soit un tiers des surfaces totales protÉgÉes par ce moyen de lutte biologique. Les dÉpartements de l’Ain avec 2000 ha (mas consommation) et de l’IsÈre avec 1200 ha (mas consommation et mas semence) sont les plus concernÉs. Pratiquement 1000 ha de semences sont traitÉs en seconde gÉnÉration avec les trichogrammes, dans les dÉpartements de la DrÔme et de l’ArdÈche. La lutte contre la pyrale avec les trichogrammes passe par deux láchers de capsules contenant les insectes auxiliaires. Des formes “retard“ sont pÉsentes dans les capsules, permettant d’Étaler leur sortie. L’Épandage des capsules est rÉalisÉ manuellement. L’essentiel des progrÈs rÉalisÉs ces derniers temps rÉside dans la matrise de la date d’application du premier lácher. L’apprÉciation du dÉveloppe ment des pyrales À l’Échelon des petites rÉgions par le suivi des chrysalida tions de ces derniÈres a ÉtÉ dÉterminante dans la rÉussite des opÉrations. Le positionnement des capsules au niveau du cornet des plantes et non au sol lorsque les mas sont peu dÉveloppÉs a jouÉ un rÔle significatif dans l’amÉlioration de l’efficacitÉ de ce traitement. On maintient alors l’intÉ gritÉ de la totalitÉ des trichogrammes prÉsents dans les capsules. Ils peu vent alors faire face sans problÈmes À la pyrale. Cette mÉthode de lutte ne cesse de progresser. L’apport des capsules devrait tre prochainement simplifiÉ : un seul lácher remplacera les deux láchers actuellement prÉconisÉs. Avec les trichogrammes, le mas a fait la preuve de la possibilitÉ de dÉve loppement d’une lutte biologique efficace en grande culture. Mais pour passer À une Échelle plus importante, la mÉcanisation des apports localisÉs au niveau des plantes s’avÈre indispensable.
Trichogramme en train de parasiter une ponte de pyrale
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