Bienvenue chez Gustave Courbet

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Bienvenue chez Gustave Courbet

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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vu du doubsjuin 2006 13 Bienvenue chez Gustave Courbet
Plus qu’un musée, un pays d’artiste
« Je me balade pour vivre de bien bellesémotions », écrivait Courbet à un ami alors qu’il séjournait à Ornans. C’est aussi ce que propose le projet Courbet, pays d’artiste, en organisant une mise en scène des œuvres, documents et souvenirs du maître, dans des lieux qu’il a arpentés. Chemin faisant, c’est la démarche d’un authentique créateur que le visiteur découvrira.
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Le président Claude Jeannerot : « Un pays et un musée d’émotion »
Le projet d’aménagement du pays Courbet présenté par l’équipe Faubourg 234 a recueilli l’adhésion unanime des élus du Conseil général, le 11 avril dernier.
Vu du Doubs : Quelles sont à vos yeux les principa-les qualités du projet retenu ? Claude Jeannerot : Je tiens à souligner en préambule que nous avions à choisir entre deux projets de grande qualité, une troisième équipe s’étant désistée. Celui de Faubourg 234 se distingue par l’équilibre subtil qu’il instaure entre les éléments de modernité, de fonctionnalité et de patrimoine. De plus, il prend en compte un élément-clé de l’œuvre de Courbet : le paysage. L’équipe avait une autre gageure à relever : évoquer toutes les facettes du maître du Réalisme – artistiques, politiques, familiales –, à travers plusieurs lieux qui constitueront un itinéraire de découverte.
VDD : Pourquoi avoir inscrit ce projet dans votre programme Doubs 2010 ? Claude Jeannerot : Tout d’abord pour renouveler l’engagement du Conseil général. Ensuite pour le réorienter. J’ai souhaité en effet accentuer nettement la dimension territoriale introduite par mon prédécesseur en 2003. Il ne s’agit plus simplement d’un musée d’émotion mais d’un pays qui doit faciliter l’accès de tous les publics, en particulier les jeunes, à la culture, et s’inscrire dans un développement local. Pour cela, il convient de susciter l’adhésion et l’appropriation des habitants. Enfin, ce pays constitue une destination touristique "nature et culture" à promouvoir.
VDD : Le budget ne va-t-il pas exploser ? Claude Jeannerot : Pas le moins du monde ! L’équipe a travaillé avec la contrainte de ne pas dépasser un coût global de 10 millions d’euros, contre 14 Menvisagés en 2003. L’État, la Région, voire l’Europe, ne manqueront pas de soutenir nos ambitions.
VDD : Quand pensez-vous couper le ruban ? Claude Jeannerot : Dès cet été, des études approfondies vont être entreprises sur le terrain pour une ouverture des travaux un an plus tard. Nous pouvons raisonna-blement envisager une inauguration des sites à la fin 2008.
Portrait du grand-père Oudot Œuvre de jeunesse peinte vers 1846. Gustave Courbet était très attaché à son grand-père, Jean Antoine Oudot, notable d’Ornans, dont il revendiqua les idées anticlé-ricales et républicaines.
Gustave Courbet en Saint Vernier, 1837 par Claude-Antoine Beau Premier portrait, à l’âge de 18 ans, de celui qui deviendra le maître du Réalisme. Gustave Courbet est né à Ornans le 10 juin 1819, unique garçon parmi cinq filles.
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Œuvre exceptionnel L’ Autoportrait à Sainte-Pélagiea donné à la ville d’Ornans par Juliette Courbet en 1882. Il évoque la fin de la vie mouvementée de ce artiste si novateur et indépendant et les débuts de l’histoire du musée d’Ornans.
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Christine Eidekins
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monde rural à son époque marquera de ses empreintes la maison familiale de Flagey. C’est là aussi que s’enracine l’en-Saint Nicolas, reproduction actuellement en place en l’église de Saules gagement politique de Courbet. Lieu d’animation, de créationen scène, avec discrétion, 29 sites qui et d’ateliers pédagogiques, la maisonévoquent particulièrement Courbet. « Cela comptera plusieurs chambres d’hôtes.prendrait la forme d’une déambulation dans L’environnement familial et amical de l’artiste,le paysage en suivant des propos empruntés sa période de formation, ainsi que l’évocationà Courbet afin de se pénétrer de sa vision », de son engagement politique et de son exilcommente Bruno Tainturier, membre de en Suisse, trouveront leur place à Ornans,l’équipe. avec l’appui de 76 œuvres sélectionnées parmi 400 documents disponibles. Le 2 musée sera redéployé sur 1 400 m , avec un espace réservé aux expositions temporaires. Enfin, tandis que le tableau de Saint Nicolas devrait retrouver sa place initiale en l’église de Saules, Faubourg 234 propose de mettre
D’un lieu à l’autre Un concept innovant
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Vu par Faubourg 234 Un pays d’artiste, pas un “Courbetland”
Comme ne manque jamais de le rappeler le président Jeannerot, il faut à tout prix éviter de faire un “Courbetland". « C’est pourquoi nous avons pris le parti de “l’absent", de l’absence de Courbet, plutôt que celui de sa sur-représentation », confessent les membres de Faubourg 234. « De même, d’un site à l’autre, nous avons fait le choix du fragment qui est source de questions. Toute l’œuvre de Courbet ne cesse d’interroger : sur l’art, sur la représentation, sur la nature, sur le pay-sage… Or, la meilleure voie pour entrer en résonance avec sa peinture, c’est Ornans et sa région qui nous l’ouvre. Il n’y a donc pas d’autres solutions que d’aller dans les pay-sages, les grandioses archi-connus comme les plus humbles. Notre travail consistera à
Portrait de Régis Courbet, 1857 Détail du tableauLe Retour de chasse. La famille de Gustave habita alternativement Flagey etOrnans. En 1827, la ferme de Flagey est détruite par un incendie. C’est à cette époque que Régis Courbet loue une partie de l’hôtelHébert, l’actuel musée, et y habite jusqu’en 1834.Juliette y est née en 1831. Gustave était alors élève au petit séminaire d’Ornans.
Une équipe pluridisciplinaire Faubourg 234 réunit une équipe pluridiscipli-naire conduite par Arnaud Devillers, architecte urbaniste, Christine Eidekins, architecte muséographe, Bertrand Paulet, paysagiste, et Bruno Tainturier, scénographe (Gulliver design). Ils ont déjà eu l’occasion de travail-ler ensemble sur des pro-jets d’aména-g e m e n t s urbains et pay-sagers.
favoriser, de façon respectueuse, les condi-tions d’ouverture et de questionnement du paysage. C’est tout cela un pays d’artiste. »
Directrice du développement culturel au Conseil général, Marie-Hélène Lavallée a élaboré un concept original de "pays d’artiste", après avoir visité des sites en France et beaucoup étudié la vie et l’œuvre de Gustave Courbet. « D’un lieu à l’autre, le public est invité à partir à la rencontre de Courbet, explique-t-elle. Mais il ne s’agit pas simplement de marcher dans ses traces, c’est aussi un voyage dans l’imaginaire pour comprendre la démarche d’un créateur qui réinventait son pays à chaque œuvre, selon des choix esthétiques et intellectuels très affirmés. Chacun pourra passer d’un registre sensible à un registre culturel, voire scientifique, selon son intérêt. »
À chaque site ses thèmes de prédilection Chaque site développera un thème particulier. La relation de Courbet au paysage ne pourra trouver meilleur terrain d’évocation que la source de la Loue, tandis que le
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Flagey : le retour du fils prodige
Le village de Flagey qui conserve contre neiges et tempêtes la maison paternelle des Courbet, va retrouver une place de choix dans le cadre du pays d’artiste. « Gustave et sa sœur Juliette comptaient ici nombre de leurs amis et sou-tiens dans les heures sombres », rappelle Félix Bourgon, conseiller municipal, né dans cette maison reçue en héritage par sa famille. « Ce projet d’aménagement, c’est une mise en valeur de notre histoire. Il comblera un vide car les gens de passage, Français et étrangers, posent beaucoup de questions », ajoute-t-il sous le regard approbateur de Patrick Ronot, conseiller général et président de la Communauté de communes Amancey, Loue, Lison (structure propriétaire de la maison depuis 1998).
Un nouvel attrait touristique « Le projet trouvera naturellement sa place dans notre action intercommunale de dévelop-pement touristique, indique celui-ci. Le pays d’artiste constituera un attrait important dans un secteur qui est déjà riche en sites naturels et en patrimoine. Ce sera aussi un levier économique pour les responsables de ces sites, pour les hôteliers et restaurateurs, pour la création de chambres d’hôtes, de gîtes… » « Ça va changer notre vie à Flagey! », fait observer le premier édile de la commune, Pierre Maire. « Nous envisageons le déplace-ment du monument aux morts et l’aménage-ment d’un nouveau carrefour, de parkings… Faubourg 234 prévoit la réhabilitation de la mare, du verger, du potager… L’ensemble doit conserver un caractère rural, nous y veillerons ! »
Pierre Maire et Patrick Ronot
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Christian Coutal, Jocelyne Joliot, Fabrice Tyrode
La Loue, source d’inspiration et d’échanges
« La Loue qui a été une source d’inspiration pour Courbet est un constant sujet de curiosité pour plus de 150000 visiteurs par an », constate Christian Coutal, prési-dent de la Communauté de communes de Montbenoît qui gère le site. « C’est dire le potentiel de développement, d’échanges d’information, de valorisation que nous pouvons utiliser. L’un des intérêts du projet de Faubourg 234 est d’ajouter un aspect culturel à l’aspect naturel, avec notamment une animation interactive et une mise en scène qui devraient inciter les gens à en savoir plus… La source de la Loue est un fil conducteur pour toute la vallée, mais c’est aussi une porte sur le Haut-Doubs et son patrimoine telle l’abbaye de Montbenoît. Partageons nos richesses ! » « Partageons aussi les investissements et les charges », ajoute-t-il de concert avec Fabrice Tyrode, maire d’Ouhans, en évoquant les infrastructures d’accueil qu’il
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Peintre de gen chevreau, 18 Taureau blan 1850, Gustav dans tous les s dans l’histoire européen est incontestée.
Un pays inscrit dans un réseau national « Le pays Courbet, tel que l’a interprété Faubourg 234, va pouvoir s’insérer dans un réseau national de sites qui célèbrent la mémoire d’un des plus grands e peintres du XIXsiècle. C’est une dimension qui a été insuffisamment mise en valeur jusqu’à présent au musée d’Ornans. Ce dernier est un élément fort mais il ne doit pas être isolé : le paysage, la source de la Loue, le cimetière, la maison de Flagey consti-tuent l’âme de ce pays d’artiste. Un pays qui com-plète de façon sensible la connaissance de Courbet à laquelle on peut accéder au musée de Montpellier et à celui d’Orsay. » « La mise en réseau caractérise la politique actuelle des musées français, mais aussi européens et américains notamment. Des œuvres sont échan-gées, des expositions sont conçues dans le cadre de collaborations internationales. Ce sera d’ailleurs la cas de la grande rétrospective consacrée à Courbet en 2007. Elle sera présentée au Grand Palais, à Paris, puis à Montpellier et à New-York. Nul doute qu’elle marquera un regain d’intérêt pour l’ar-tiste et son pays. »
Trente-cinq ans plus tard, il nous livre une œuvre exceptionnelle, Le Miroir d’Ornans. Chacun pourra admirer le chemin parcouru par l’artiste. Ce miroir n’a ni commencement ni fin: commedans tous les bleaux de la maturité de l’ar-ste, le spectateur se trouve placé u cœur du spectacle de la ature.
Marcel Pochard, conseiller d’État, président de l’Institut Courbet et de la Réunion des musées nationaux.
La Papeterie d’Ornans Courbet livre l’image d’une Franche-Comté éternelle, rurale, oubliant délibérément les activités industrielles pourtant si nombreuses et bruyantes. Il préfère, par exemple, la présence silencieuse des moulins. Plus de 300 tableaux, sur le millier actuellement recensé de la main de l’artiste, célèbrent son pays.
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Le projet vu par l’architecte Henri Gaudin Une alliance de la terre et de l’eau
J’avais été frappé, lors d’un voyage à Ornans, par la compréhension du peintre que m’of-frait ce paysage. Étrange Courbet, dont on a l’impression qu’il a trouvé ses touches dans la terre retournée et ses verts dans la couleur de malachite de la Loue ! Le projet de Faubourg 234 nous invite à la promenade. À la matité de la pierre et à la solidité de l’architecture – qui est celle du paysage –, les concepteurs ajoutent la bril-lance et l’éclat de la rivière dès l’entrée du musée. C’est une belle façon d’allier terre et eau, création et mou-vement, racines et liberté, tradition et modernité. Ce projet donne de la gaieté parce qu’il est une création enrichie de culture. Il est près de l’image que j’ai de Courbet, un être sou-cieux d’un ici et d’un futur. Un homme qui manie la pâte la plus lourde. Il y a des bruns et marrons qu’on penserait maniés àla truelle et qui néanmoins peignent la plus subtile et mouvante lumière. Est-ce de la terre ? Est-ce de l’eau ? La plus grande liberté de l’esprit naît chez Courbet de l’al-liance de la plus ductile fluidité et la plus pesante matérialité.
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