2007 Une catéchèse dans l'élan de l'évangélisation

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2007 Une catéchèse dans l'élan de l'évangélisation

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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© Pierre de Cointet, Studium de Notre-Dame de Vie, F 84210 VENASQUE
1
Une catéchèse « dans l’élan de l’évangélisation »
Présentation du
Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France
(2006)
1
(« Catechesis within the Dynamic of Evangelisation »,
The Sower
, July 2007, Vol. 28, No 3, p. 24-25)
Un document méthodologique d’orientation
Au cours de leur Assemblée de novembre 2005, les évêques de France ont voté un
Texte
national pour l’orientation de la catéchèse en France
et des
Propositions pour l’organisation de
l’action catéchétique en France
. Seul le premier document a été soumis à l’approbation du Siège
apostolique et a obtenu cette approbation en octobre 2006
2
; c’est à lui que nous nous attachons
principalement ici. C’est un texte d’orientation générale (cf. DGC 282), distinct et complémentaire du
Catéchisme de l’Église Catholique
(auquel il renvoie) et qui présente les « fondamentaux de l’acte
catéchétique », c’est-à-dire le « socle méthodologique à partir duquel pourront s’élaborer des mises en
oeuvre pratiques de la catéchèse » (
Op. Cit.
, p. 64). Le
Décret
de la Congrégation pour le Clergé
précise que ce texte « sans être normatif, est publié avec l’autorité des évêques » de France
3
.
Le texte se divise en trois chapitres. Le premier situe la catéchèse dans l’Église missionnaire par
nature. Le deuxième chapitre souligne l’importance du modèle de l’initiation chrétienne pour une telle
catéchèse. Le troisième chapitre précise les conséquences pédagogiques de cette catéchèse d’initiation.
« Insérer la catéchèse dans l’élan de l’évangélisation »
Insistant particulièrement sur la dimension ecclésiale de l’acte catéchétique, le
Texte national
en
souligne l’orientation missionnaire. En effet, la catéchèse se fait toujours dans l’Église, qui est par
nature missionnaire : tirant son origine des missions du Fils et de l’Esprit, selon le dessein du Père,
l’Église «
existe pour évangéliser
»
4
.
Le Lexique souligne que « la catéchèse est une facette importante de l’évangélisation » : elle
trouve sa place dans un processus complexe qui va de la première annonce de l’Évangile à la
1
Abréviations utilisées :
AG = Vatican II, Décret sur l’activité missionnaire de l’Église,
Ad Gentes
.
CEC =
Catéchisme de l’Église Catholique
, 1997.
CT =
Catechesi Tradendae
, 1979.
DGC =
Directoire Général de Catéchèse
, 1997.
DV = Concile Vatican II, Constitution dogmatique sur la Révélation,
Dei Verbum
.
EN = Paul VI, Exhortation Apostolique sur l’Evangélisation,
Evangeli nuntiandi
, 1975.
Texte national
=
Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France
, 2006.
2
Les deux documents ont été publiés en 2006 sous le titre
Texte national pour l’orientation de la catéchèse en
France et principes d’organisation
(Bayard / Cerf / Fleurus-Mame, Paris, 2006). Le volume s’accompagne d’une
Préface
du Cardinal Jean-Pierre Ricard, Président de la Conférence des évêques de France, du
Décret
d’approbation du
Texte national
par la Congrégation pour le Clergé et d’un
Lexique
.
3
Op. Cit.
, p. 11. La responsabilité normative en matière de catéchèse revient à chaque évêque dans son diocèse.
4
EN 14, in
Op. Cit.
, p. 25 ; cf. AG 2.
© Pierre de Cointet, Studium de Notre-Dame de Vie, F 84210 VENASQUE
2
constitution de communautés qui deviennent elles-mêmes missionnaires et transformatrices dans les
sociétés
5
. Le texte souligne fortement que la « première annonce » fait donc partie intégrante du
travail catéchétique.
Une « pédagogie d’initiation »
Située à l’intérieur du processus d’évangélisation, la catéchèse est appelée à suivre une
« pédagogie d’initiation » inspirée des catéchèses catéchuménales et mystagogiques de la Tradition
chrétienne
6
. Il ne s’agit pas seulement de conduire les personnes au seuil de la vie baptismale mais de
leur donner de pouvoir vivre la totalité de l’initiation chrétienne (laquelle comprend la première
annonce, le catéchuménat dans ses différentes dimensions, la célébration des sacrements de baptême,
de confirmation et d’eucharistie, ainsi qu’une catéchèse sur ces sacrements reçus).
Comme c’est le cas pour le catéchuménat, c’est à tous (et non seulement aux enfants, comme
c’était le cas dans une société chrétienne) que l’Église doit être en mesure de proposer une catéchèse
« systématique et ordonnée ». De même, une telle catéchèse d’initiation chrétienne étant le véritable
engendrement d’un enfant de Dieu par la Mère-Église, elle ne peut pas être seulement l’oeuvre de
quelques spécialistes : elle concerne toute la communauté chrétienne et dépend pour une large part de
la qualité de ce « bain de vie ecclésiale »
7
. C’est particulièrement vrai en un temps où la relation à
Dieu tend à se replier dans la sphère individuelle.
Sommet de l’initiation chrétienne, la veillée pascale
8
, avec sa pédagogie propre, est au centre
de cette catéchèse. Le mystère pascal est également au centre du contenu de la catéchèse car c’est dans
la mort et la résurrection du Christ Jésus que s’accomplit la révélation de Dieu que l’Église transmet.
Établir
«les fondements de l’édifice spirituel du chrétien»
9
La dimension didactique, « organique et hiérarchisée », fait bien partie d’une catéchèse
d’initiation chrétienne. Comme les catéchèses baptismales des Pères de l’Église, elle repose sur « sept
pierres fondamentales » : les trois étapes de l’histoire du Salut (l’Ancien Testament, la vie de Jésus-
Christ et l’histoire de l’Église) et les quatre piliers de la transmission du dépôt de la foi (le Symbole,
les Sacrements, le Décalogue et le Notre Père)
10
.
Cependant, la catéchèse n’est pas une simple transmission de connaissances théoriques mais un
« processus de maturation » fait de choix et de décisions, de renoncements et de joies, de luttes et de
lenteurs. C’est particulièrement le cas dans un contexte de nouvelle évangélisation : être chrétien est
de moins en moins la conséquence de l’appartenance sociale mais résulte le plus souvent d’une
recherche et d’un choix personnels. Ainsi la catéchèse est-elle vue surtout comme « un itinéraire
5
Op. Cit.
, p. 62 ; cf. DGC, 47 et
Evangelii nuntiandi
, 24.
6
Op. Cit.
, p. 27-30 ; 36-60 ; cf. DGC, 60-68.
7
Op. Cit.
, p. 31-32 ; cf. DGC, 141 ; 158.
8
Op. Cit.
, p. 35-38.
9
DGC 67
in
Op. Cit.
, p. 29.
10
Op. Cit.
, p. 41 ; cf. DGC 114/
© Pierre de Cointet, Studium de Notre-Dame de Vie, F 84210 VENASQUE
3
spirituel » vers la maturité de la vie baptismale. Elle s’adresse à la personne dans la totalité de son être,
« à la fois au coeur et à l’intelligence, à la volonté et à la mémoire », afin de l’introduire dans
« l’expérience chrétienne »
11
, c’est-à-dire dans l’accueil du don que Dieu fait de lui-même en son Fils
Jésus, par la foi, sous l’action de l’Esprit Saint
12
, dans et par l’Église vivante.
Le terme « expérience » fait l’objet d’un important article dans le Lexique
13
. Il ne s’agit pas ici,
en effet, du sens subjectiviste que ce terme peut prendre dans l’usage courant comme aussi dans
certains courants philosophiques, empiristes ou existentialistes (il désigne alors des certitudes acquises
par soi-même et qui ne valent souvent que pour soi-même). Objective (
fides quae
) et subjective (
fides
qua
), l’expérience chrétienne est « la foi en ce qu’elle est indissociable de l’Église qui en vit, la foi en
ce qu’elle apparaît dans la vie même de l’Église qui la porte », par l’Écriture, la liturgie et la Tradition.
La Révélation que la catéchèse a pour mission de transmettre est une réalité vivante : « Le concile
Vatican II a en effet rappelé que la Révélation est l’acte par lequel Dieu se communique aux hommes
pour les convertir et les introduire dans une communion avec lui »
14
.
Conséquences pédagogiques pour la catéchèse et pour la formation des catéchistes
Comment accompagner cette « aventure intérieure » ? Le
Texte national
souligne d’abord la
nécessité de respecter une diversité d’approches qui sont complémentaires
15
: 1. La pédagogie
catéchétique doit être adaptée non seulement aux âges mais aussi aux « étapes de la vie » (qui peuvent
varier selon les situations), sans pour autant perdre de vue le caractère organique de la Révélation
chrétienne. 2. La catéchèse ne peut se faire dans un seul lieu, en particulier pour les jeunes : à côté des
paroisses, la famille, l’école, les aumôneries et les mouvements sont autant de lieux « de vie et de
regroupement », qui sont favorables à une pédagogie de l’initiation chrétienne. 3. L’effort catéchétique
doit intégrer la recherche de voies toujours nouvelles pour une « première annonce » s’adressant à tous
doit être privilégiée. 4. La catéchèse ne peut se faire indépendamment de l’Église qui célèbre son
Seigneur chaque dimanche et tout au long de l’année liturgique : c’est là que le Christ Jésus se rend
présent sacramentellement dans son Corps-Église. 5. Le processus catéchuménal doit être le modèle de
la préparation à tous les sacrements : eucharistie, réconciliation, confirmation, mariage ne peuvent être
préparés en présupposant que les personnes vivent vraiment leur baptême mais on doit y intégrer une
reprise des fondements de la foi et de la vie baptismale.
Dans un contexte de nouvelle évangélisation, les étapes préparatoires sont essentielles : un
climat d’écoute, à Dieu et aux autres, permet aux personnes de formuler leurs questions et aux libertés
de s’ouvrir. Il revient au catéchiste de faire ce chemin d’humilité : il ne peut se contenter d’attendre
que les autres se mettent à son niveau.
11
Op. Cit.
, p. 40-41; cf. AG 13, DGC 56.
12
« Lui, le premier catéchiste », DGC 288
in
Op. Cit.
, p. 39.
13
Op. Cit.
, p. 63.
14
Op. Cit.
, p. 37 ; cf. DV 2.
15
Op. Cit.
, p. 45.
© Pierre de Cointet, Studium de Notre-Dame de Vie, F 84210 VENASQUE
4
Invitant à écouter Dieu qui se révèle aux hommes (c’est-à-dire qui leur parle « comme à des
amis », qui désire se communiquer à eux et nouer un dialogue avec chacun), le catéchiste est appelé à
se mettre lui-même à l’écoute de la Parole de Dieu qui « retentit dans l’Écriture » et « resplendit dans
la vie de l’Église », en particulier dans la Tradition apostolique et dans le témoignage des saints
16
. Il
ne peut réaliser cela que dans l’Esprit Saint, et donc dans la prière, à la fois communautaire et
personnelle, grâce à un climat de silence et d’intériorité. Enfin, parce qu’il transmet la Parole de Dieu,
son autorité ne découle pas de ses seules capacités d’appréciation mais du « dépôt de la foi », transmis
par l’Église sous l’autorité du Magistère.
Vers une nouvelle génération d’instruments catéchétiques ?
Le deuxième document,
Propositions d’organisation de l’action catéchétique
oriente vers une
catéchèse structurée non plus seulement selon l’âge mais en « modules », selon les « étapes de la vie »,
les « lieux et regroupements de vie », le temps liturgique et les demandes sacramentelles. Ce document
appelle donc de ses voeux une « nouvelle génération d’instruments pédagogiques », fournissant aux
animateurs pastoraux des « banques de modules », dans un « cadre de référence ». Unité de base de la
catéchèse, le « module » désigne une démarche sur un thème, en plusieurs rencontres. Plusieurs
modules accompagnent le chemin vers une « étape de la vie », laquelle s’achève par un « temps festif
ritualisé » et communautaire, qui doit permettre aux participants de « redonner ce qu’ils se sont
personnellement approprié de la foi de l’Église »
17
. Les auteurs sont invités à élaborer de nouveaux
matériels catéchétiques qui tiennent compte de la « pédagogie d’initiation » et soient structurées sur
les trois années de la liturgie dominicale, ainsi que des livres pour les familles, pour une préparation
aux sacrements qui soient « de type catéchuménal », etc.
On suggère aussi d’organiser la catéchèse autour du dimanche et donc de la vie de l’Église qui
célèbre son Seigneur. En conviant parents et enfants (et grands-parents) à « des temps conviviaux et
intergénérationnels » suivant le temps liturgique, comportant des « ateliers » à partir de la Parole de
Dieu (avec mélanges des générations « pour un partage mutuel respectueux ») la catéchèse pourra
ainsi contribuer à construire une « communauté vivante » animée par l’eucharistie
18
.
Ces propositions ouvrent des pistes pédagogiques pour trouver de nouveaux moyens au service
de la catéchèse. Elles soulignent que c’est toute la communauté chrétienne qui catéchise et que la
catéchèse doit conduire à former des membres vivants de l’Église. Elles permettent d’élargir le champ
des propositions catéchétiques et de première annonce, afin de s’adresser à tous, dans la variété des
étapes de la vie humaine et chrétienne, des lieux de vie et des demandes sacramentelles. Il nous semble
que ces propositions doivent compléter mais non supprimer d’autres méthodes fructueuses elles aussi
16
Op. Cit.
, p. 50 ; 52 ; DGC 95.
17
Op. Cit.
, p. 73-77.
18
Op. Cit.
, p. 88. Le
Texte national
propose également de faire « des temps de catéchèse communautaire intégrés
au rassemblement dominical et enracinés dans la nature même de l’année liturgique », mais sans perdre de vue la
nécessité d’une « proposition de catéchèse ordonnée et systématique » (
Op. Cit.
, p. 45).
© Pierre de Cointet, Studium de Notre-Dame de Vie, F 84210 VENASQUE
5
(comme, par exemple, une catéchèse des enfants en semaine, tout au long des temps scolaires et avec
des ouvrages s’efforçant d’unir la vie de prière, la liturgie de l’Église, l’éducation morale et la
transmission d’une vision organique de la foi, fondée sur la Parole de Dieu et la foi de l’Église, en
tenant compte de la psychologie propre à chaque âge).
De plus, ces « propositions d’organisation » se situent seulement au niveau des moyens
pédagogiques. Il convient ici de ne pas perdre de vue la vision globale qui est donnée par le
Texte
national
. Tout en se situant aussi principalement sur le plan de la méthode, il souligne que la catéchèse
est annonce de la Parole de Dieu consignée dans l’Écriture et transmise par l’Église, afin de permettre
à des personnes d’accueillir librement la grâce, dans la foi, et d’y répondre par toute leur vie
19
. De la
vision d’une catéchèse insérée dans le dynamisme évangélisateur de l’Église tout entière, découle la
mission de fonder la catéchèse dans l’initiation chrétienne, selon une « pédagogie originale de la foi »
qui harmonise, sans les séparer « tant l’accueil du don de Dieu dans l’expérience ecclésiale (
fides qua
),
que l’enseignement du contenu objectif du message chrétien (
fides quae
) »
20
.
En s’appuyant sur le
Directoire Général de Catéchèse
et en renvoyant au
Catéchisme de
l’Église Catholique
, le
Texte national
des évêques de France prend acte des conséquences du
processus actuel de déchristianisation en Europe occidentale. Il souligne que la catéchèse s’inscrit dans
la vocation missionnaire de la communauté chrétienne toute entière. Car c’est à tous, quelles que
soient les situations personnelles et sociales, que s’adressent évangélisation et catéchèse. Tous sont
donc appelés à participer, d’une manière ou d’une autre, à l’effort catéchétique ainsi entendu :
annoncer l’Évangile afin d’appeler chaque personne humaine à renaître dans la vie nouvelle des
enfants de Dieu. Cette catéchèse d’initiation part de la « première annonce » et vise à la participation
effective au Mystère Pascal du Christ Jésus, par l’action de l’Esprit Saint, dans l’Église. La vie
spirituelle, déploiement de la grâce baptismale dans une existence humaine, est placée au coeur d’une
catéchèse vue dans l’élan l’évangélisation. Et c’est de cet élan de l’évangélisation que la catéchèse
puise « le dynamisme missionnaire qui la féconde du dedans et lui donne son identité propre »
21
.
19
Cf.
Op. Cit.
, p. 49-59.
20
Décret
d’approbation du St Siège,
Op. Cit.
, p. 11 ; cf. DGC, 144.
21
DGC 59 in
Op. Cit.
, p. 24.
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