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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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www.catho-theo.net 5 (2006/1) p. 3-17 http://www.catho-theo.net/Les-Conseils-pastoraux-dans-les   
L ES C ONSEILS PASTORAUX DANS LES PAROISSES  
François Moog
Les Conseils pastoraux font partie des innovations qui ont profondément modifié la vie des paroisses depuis le Concile Vatican II. Leur mise en place sest faite dans lenthousiasme au cours des années soixante-dix et il peut être bon den évaluer le fonctionnement trente ans plus tard. Une telle évaluation est rendue nécessaire par un fait de lhistoire : le Concile Vatican II ne fait quévoquer la possibilité de ces conseils 1 et il faudra attendre le Code de droit canonique latin de 1983 pour quun texte, le canon 536, vienne en encadrer le fonctionnement. Cest dire si la mise en place des premiers Conseils pastoraux dans les paroisses a manqué dappuis théologiques et canoniques. En pratique cependant, ils ont été compris à lépoque comme une mise en uvre de la dynamique ecclésiologique de Vatican II. Cette première remarque suffit à tracer le plan de cette présentation des Conseils pastoraux de paroisse qui se demandera dans un premier temps comment ces Conseils peuvent effectivement être pensés dans la dynamique                                                  1   Ap tolicam actuositatem [AA] n° 26, qui parle des « conseils qui soutiennent le travail os apostolique de lÉglise » diocésaine en ajoutant : « des conseils semblables, autant que faire se peut, devraient être constitués au plan paroissial, interparoissial, interdiocésain, voire même au plan national et international », sans en préciser les contours ni les modalités de fonctionnement. Nous aurons à y revenir.
 
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ecclésiologique du dernier Concile puis, dans un deuxième temps, quel regard on peut porter aujourdhui sur leur fonctionnement. I.- Envisager la question dans la dynamique ecclésiologique de Vatican II Mais parler de la dynamique ecclésiologique du Concile Vatican II, cest entrer dans un domaine complexe et dès labord au cur de lecclésiologie contemporaine. Cela pourrait ne pas être simple en quelques lignes. Pour gagner en efficacité dans le cadre de notre question, il peut suffire de sintéresser à la manière dont la notion de « Peuple de Dieu » est venue bouleverser le plan de la Constitution dogmatique sur lÉglise, Lumen gentium [ LG ] au cours du Concile et comment elle ouvre une voie nouvelle pour penser la place de tous dans le gouvernement de lÉglise. 1 / Lirruption du Peuple de Dieu à Vatican II Lémergence dune nouvelle donne ecclésiologique par les Pères conciliaires est inscrite dans lhistoire de la rédaction de Lumen gentium . 2   Le premier schéma de la Constitution, daté de novembre 1962, proposait un plan et un contenu classiques, directement hérités de lecclésiologie juridique et hiérarchique pré-conciliaire, qui traitait prioritairement de la structure hiérarchique et de lépiscopat, puis du sacerdoce, des états de perfection et, enfin, du laïcat.                                                  2  Pour lhistoire de la Constitution, voir : ALBERIGO, Giuseppe, Histoire du Concile Vatican II (1959-1965) - Tomes II et III, Paris / Louvain, Le Cerf / Peeters, 1998, 736 et 532 p. ; BETTI, Umberto, « Histoire chronologique de la Constitution », in BARAUNA, Guilherme, Dir., LÉglise de Vatican II - Études autour de la Constitution conciliaire sur lÉglise - Tome II, Paris, Le Cerf, coll. « Unam Sanctam » n° 51 b, 1966, p. 57-83 ; LAURENTIN, René, Lenjeu du Concile , Paris, Le seuil, 4 volumes, 1963-1965 ; MOELLER, Charles, « Le ferment des idées dans lélaboration de la constitution » in BARAUNA, Guilherme, Dir., LÉglise de Vatican ...- Tome I, op. cit., p. 85-120 ; PHILIPS, Gérard, LÉglise et son mystère au II e Concile du Vatican - Histoire, texte et commentaire de la Constitution Lumen Gentium, Paris, Desclée, 1967, 2 Tomes, 400 et 378 p. Nous nenvisagerons ici que les modifications du plan touchant au chapitre consacré au Peuple de Dieu. Lhistoire de la rédaction de Lumen gentium  est évidemment bien plus complexe.
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Sa discussion dans laula conciliaire en décembre 1963 le voit entrer en concurrence avec de nombreuses autres propositions. Un second schéma est adopté, dont le plan est simplifié, sans bouleversement marquant dans sa structure pour ce qui nous nous concerne. Lors de la première intersession, le 4 juillet 1963, la Commission de coordination décide de proposer aux Pères conciliaires une modification du nouveau schéma de la Constitution De Ecclesia . Le troisième chapitre de ce schéma, consacré au « Peuple de Dieu et spécialement aux laïcs » 3 , serait divisé en deux parties traitant respectivement du Peuple de Dieu et des laïcs. 4  Lors de la discussion de ce chapitre III au cours de la deuxième session du Concile, du 16 au 25 octobre 1963, la décision est prise daccéder à cette proposition et de modifier ainsi le plan général de la Constitution. La nouveauté consiste à déplacer le nouveau chapitre consacré au Peuple de Dieu en tête du texte, juste après le chapitre sur le mystère de lÉglise. Ce nouveau plan, publié en juillet 1964, sera celui de la Constitution votée en novembre 1964. Lévolution qui nous intéresse ici se fait en deux temps. Tout dabord lintroduction dans le deuxième schéma de la notion de Peuple de Dieu, initialement dans le chapitre consacré aux laïcs, puis, du deuxième au troisième schéma, le primat accordé à cette notion sur la distinction hiérarchie / laïcat. Alors que le second schéma proposait la suite : Mystère de lÉglise - Hiérarchie - Peuple de Dieu et laïcat, le nouveau plan suivra un ordre différent : Mystère de lÉglise - Peuple de Dieu - Hiérarchie - Laïcat.  Cette présentation très schématique permet de constater linversion de deux chapitres. Il nous faut alors souligner que celle-ci nest pas que formelle ou, plus exactement, quelle a une signification et une portée théologique fortes. Cette restructuration de Lumen gentium , en mettant en avant lidée de Peuple de Dieu, apporte une contribution décisive dans la                                                  3  « De Populo Dei et speciatim de laicis ». 4 Voir ALBERIGO, Guiseppe, Histoire du Concile ..., p. 452 et PHILIPS, Gérard, LÉglise et son mystère ..., p. 21 et 35 sq.
 
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recherche dun équilibre ecclésiologique densemble. Ce chapitre sur le Peuple de Dieu insiste en effet sur ce qui est commun à tous les baptisés, sur la vocation commune à tous les chrétiens. En le plaçant avant le chapitre sur la hiérarchie, on resitue lensemble des développements ecclésiologiques précédents sur un terrain nouveau, celui de lÉglise conçue dans sa totalité, comme unité du Peuple de Dieu. À partir de cette situation nouvelle, on ne peut plus penser lÉglise en terme de hiérarchie seulement. Ce rééquilibrage permet de remettre en avant la notion de communauté et de situer les ministères, donc ce qui constituait auparavant la hiérarchie, en référence aux communautés chrétiennes qui retrouvent alors un statut théologique de premier plan, plus conforme à la tradition la plus ancienne. Cette perspective nouvelle est particulièrement féconde pour la théologie du laïcat : « À partir de là, ce nest plus le laïc qui se définit par rapport aux clercs, mais le prêtre qui devient une fonction particulière en référence au Peuple de Dieu. » 5 Cest cette perspective nouvelle, traduite  dans le plan même de la Constitution, qui permet alors aux Pères Conciliaires de reconnaître que « à tout disciple du Christ incombe pour sa part la charge de lexpansion de la foi. » 6  LÉglise est reconnue comme « une réalité commune qui appartient à tous, bien plus, dépasse tous ses
                                                 5  GROOTAERS, Jan, « La fonction théologique du laïc dans lÉglise », dans PHILIPS, Gérard, Le service théologique dans lÉglise - Mélanges offerts à Yves Congar pour ses soixante-dix ans , Paris, Le Cerf, coll. « Cogitatio Fidei » n ° 76, 1974, p. 102. On pourra voir aussi : CONGAR, Yves, Le Concile de Vatican II, Paris, Beauchesne, coll. « Théologie historique » n° 71, 1984, p. 113-114 : « Il reste que la notion de peuple de Dieu permet de dépasser, en en assumant pourtant la vérité, ce que la distinction entre clergé et laïcs avait de trop schématique et par conséquent de dissociant quand on la posait en premier lieu dans le cadre dune définition de lÉglise comme « societas inaequalis, hierarchica », société hiérarchisée excluant légalité. Cétait la perspective classique et, même quand on la dépassait, on en demeurait quelque peu prisonnier, comme cest, nous le reconnaissons, le cas de nos Jalons pour une théologie du laïcat de 1953. La notion de peuple de Dieu telle quon la tire des saintes Écritures permet daffirmer à la fois légalité de tous les baptisés dans la dignité de lexistence chrétienne qualifiée comme sacerdotale, royale et prophétique, et la diversité des services ou offices qui entraîne, sous langle fonctionnel, une inégalité. » 6  LG 17 : « Cuilibet discipulo Christi onus fidei disseminandae pro parte sua incumbit ».
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membres. » 7 Laspect communautaire de lÉglise devient alors une ligne de force du texte 8 , sans que la perspective christologique ne nuise à lémergence dune pneumatologie, timide mais présente : cest lEsprit Saint qui pousse toute lÉglise, tout le peuple de Dieu à continuer luvre de la création et de la Rédemption, « à coopérer ( ad cooperandum ) à la réalisation totale du dessein de Dieu qui a fait du Christ le principe de salut pour le monde tout entier. » 9  Cet aspect communautaire, qui émerge par lintroduction de la notion de Peuple de Dieu, dévoile la pertinence de penser lÉglise à partir de tous ses membres. Ce « tous » peut être associé à une autre notion, particulièrement féconde au Concile, celle de participation. 2 / Participation de tous Le champ de la participation est très présent dans les textes du Concile Vatican II. On trouve le terme à 133 reprises 10  pour parler principalement de la participation de tous les baptisés à la prière de lÉglise 11  et à la mission reçue du Christ. 12  Cette participation désigne également, surtout dans la Constitution dogmatique sur lÉglise, la communion avec Dieu à laquelle les hommes sont appelés, et la communion des hommes                                                  7  GOZZINI, Mario, « Relation entre les laïcs et la hiérarchie », dans BARAUNA, Guilherme, LÉglise de Vatican II... - Tome III, op. cit., p. 1079. 8 Voir PHILIPS, Gérard, LÉglise et son mystère ..., op. cit., p. 332-337. 9  LG 17. 10  Voir lusage des termes particeps, participans, participatio, participatus et participare dans lensemble des textes du Concile dans lindex édité par Xavier OCHOA, Index verborum cum documentis Concilii Vaticani Secundi, Roma, Commentarium pro Religiosis , 1967, p. 358-359. 11  Autour notamment de lexpression « participation active des fidèles à la liturgie », voir Sacrosanctum Concilium [SC] 8, 10, 11, 12, 14, 17, 21, 26, 27, 30, 33, 41, 48, 50, 53, 55, 56, 79, 85, 90, 106, 113, 114, 121 et 124 ; LG 11, 42 et 51 ; Christus Dominus [CD] 30 ; Presbyterorum ordinis [PO] 5 ; AA 4 et 10 ; Orientalium Ecclesiarum [OE] 26 et Gravissimum educationis [GE] 4. 12  Voir LG  12, 26, 31, 33, 62 ; CD  17 ; AA  2, 9, 10, 29 ; Ad gentes [AG] 41 et Unitatis redintegratio [UR] 1, 4.
 
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entre eux qui définit lÉglise. 13  Cest alors quil convient de lire LG  7 : « Participant réellement au Corps du Seigneur dans la fraction du pain eucharistique, nous sommes élevés à la communion avec lui et entre nous » où le lien participation - communion est fondamental. Ce lien est fondé dans lÉcriture et la tradition, selon 1 Co 10 : « Puisquil ny a quun pain, à nous tous nous ne formons quun seul corps, car tous nous participons à ce pain unique » 14  et Léon le Grand : « la participation au Corps et au Sang du Christ na dautre effet que de nous transformer en ce que nous recevons. » 15  Cest là un effet fondamental de la participation à la liturgie qui fait accéder à la communion avec Dieu et dans lÉglise, en nous faisant participer de la « vie glorieuse » du Christ qui donne aux hommes « pour nourriture son propre Corps et son Sang. » 16   Nous pouvons aller plus loin et, toujours dans le cadre de ce lien entre participation et communion, suivre le Concile qui parle de « participation à la vie divine », et ce dès le début de la Constitution Lumen gentium : « Le Père éternel par la disposition absolument libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté a créé lunivers ; il a décidé délever les hommes à participer de sa vie divine ; (...) » 17 On est proche de la « participation aux biens divins » de Dei Verbum [DV]  6, de lappel adressé à lhomme à entrer dans la « communion même de Dieu et à la participation à son propre bonheur » en GS 21 § 3, de la participation « à la vie de Dieu » en AG  2, « à la nature divine » en AG  3 ou au « mystère du Christ » en AG 5. Nous pourrions synthétiser ce regard densemble sur la participation telle que cette notion apparaît au Concile Vatican II en traçant rapidement les contours dune définition théologique de la participation qui fasse droit à                                                  13 Selon la belle formule de LG 1 qui définit lÉglise comme étant « le sacrement, cest-à-dire le signe et le moyen, de lunion intime avec Dieu et de lunité de tout le genre humain. » 14 Cité en LG 7. 15 Cité en LG 26. 16 LG 48.  17  LG 2.
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limportance ecclésiologique de ce concept : par le baptême, nous sommes introduits à une participation à la vie divine qui nous ouvre à une participation à la vie ecclésiale nourrie par notre participation à la liturgie.  Nous sommes-nous éloignés de notre sujet initial ? Sans doute pas, si lon veut bien considérer les implications de cette participation de tous à la vie de lÉglise à partir des enjeux fondamentaux qui ont été relevés. On peut le faire à partir du Concile lui-même pour qui : « tout le monde, à sa façon et dans lunité, apporte son concours à luvre commune. » 18 Il sagit bien alors de porter notre regard sur la communauté qui, par la participation de tous les baptisés, doit être reconnue comme sujet daction, dinitiative et de droit. 3 / Gouvernement de lÉglise Nous sommes alors invités à penser le gouvernement de lÉglise à partir de linitiative de la communauté et du nécessaire dialogue entre celle-ci et les ministres ordonnés qui président à sa vie. 19 Ce concours de tous les baptisés, rappelé en LG  30, désigne la synodalité de lÉglise, cadre théologique dans lequel les Conseils de pastorale en paroisse peuvent être pensés. Le principe qui est à luvre est celui par lequel on reconnaît que « la vie ecclésiale impose [...] que lon se mette à lécoute de tous pour discerner ce que lEsprit dit à cette Église. » 20  Un principe qui peut être                                                  18  LG 30. 19 Les deux références incontournables sont ici CONGAR, Yves, « Mon cheminement dans la théologie du laïcat et des ministères », dans Ministères et communion ecclésiale , Paris, Le Cerf, 1971, p. 9-30 et LEGRAND, Hervé, « Les ministères de lÉglise locale », dans LAURET, Bernard, et REFOULE, François, Initiation à la pratique de la théologie - Tome III , Paris, Le Cerf, 1983, p. 181 sq. 20  BORRAS, A., « Les conseils paroissiaux », dans Les communautés paroissiales. Droit canonique et perspectives pastorales,  Paris, Le Cerf, 1996, p. 236. Ce qui implique une théologie de lÉglise locale que Vatican II permet. On retrouve ici ladage quod omnes tangit ab omnibus tractari et approbari debet ; voir CONGAR, Yves, « Quod omnes tangit, ab omnibus tractari et approbari debet », dans Revue historique de droit français et étranger , vol. 36 (1958), p. 210-259.
 
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appliqué à la paroisse, définie par le Code latin de 1983 comme une communauté de fidèles. 21  Si cette participation de tous est une règle du gouvernement de lÉglise, cest non seulement au nom de la commune responsabilité des baptisés à légard de lannonce de lÉvangile, comme nous lavons déjà indiqué, mais également au nom de la fidélité à la tradition énoncée dès lÉcriture 22  et de la fidélité à luvre de lEsprit qui vivifie sans cesse lÉglise et la dirige par la diversité des charismes 23  dont nul nest le dépositaire exclusif. On dira alors, avec Hervé Legrand, que « lensemble des dons de lEsprit ne se trouve que dans lensemble de lÉglise, ce qui implique un régime découte mutuelle entre chrétiens, mais aussi entre Églises, sans que personne ou quelque Église particulière puisse prétendre au monopole de lEsprit. » 24  Il convient alors, dans le gouvernement de lÉglise, darticuler cette participation dune part au sein dune tension féconde entre la responsabilité de tous et la mission reçue dun autre, ce qui met en relief la responsabilité propre des ministères ordonnés dans lÉglise soit, pour la paroisse, du curé, et dautre part avec les principes de primauté et de collégialité. 25  Il faut le                                                  21 Canon 515 § 1. On pourra se reporter également à AA 10. 22 Voir par exemple Ac 1, 15-26 ; 6, 1-7 ou 15, 4. 23 Voir LG 4. 24  LEGRAND, Hervé, « Démocratiser lÉglise ou bien développer la vie synodale ? -Convergences réelles et divergences profondes », dans Église de Montréal , n° 8 (22 février 1996), 9 (29 février 1996) et 10 (7 mars 1996), publié en ligne : Église de Montréal   25  Cette articulation entre synodalité, primauté et collégialité est une mise en uvre du principe « un, tous, quelques-uns », que lon trouvera développé dans LEGRAND, Hervé, « Le rôle des communautés locales dans lappel, lenvoi, la réception et le soutien des laïcs recevant une charge ecclésiale », dans La Maison-Dieu , n° 215 (1998/3), p. 9-32. Cet article est consultable sur Catho-theo.net  Il convient cependant de porter attention à ne pas confondre synodalité et démocratie. Il sagit bien plutôt ici de discernement communautaire de laction de lEsprit, ce qui diffère fondamentalement de la recherche dun consensus démocratique. Voir larticle dHervé LEGRAND sur démocratie et vie synodale, cité en note 24.
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redire : lÉglise nest pas démocratique, elle est synodale, cest à dire fondée sur la communion de tous en Christ et sur luvre de lEsprit. 26  Cest alors au cur de la synodalité de lÉglise que lon peut ainsi envisager les Conseils pastoraux dans les paroisses. Nous nous trouvons alors bien dans la dynamique ecclésiologique de Vatican II. Cependant, il faut noter que la mise en place de tels Conseils ne se fait pas sans difficulté, laquelle est souvent liée à une mauvaise compréhension du fonctionnement de ces Conseils, elle-même parfois due à une méprise de ce quest la synodalité dans lÉglise. Il faut nous y intéresser maintenant. II.- Constater que la situation nest pas si simple Le cas des Conseils pastoraux dans les paroisses nous montre que la mise en uvre de la synodalité promue par le Concile Vatican II ne se fait pas sans difficulté. On constate alors quune chose est daffirmer que lÉglise est une communion et une autre de se donner les moyens de faire vivre cette communion en prenant les moyens de surmonter les obstacles. Nous pouvons faire ici un constat similaire à celui que pose Gilles Routhier dans le domaine de la théologie des ministères : le fait de pouvoir penser la synodalité à partir des travaux de Vatican II « ne change pas dun coup les mentalités et ninscrit pas dans les faits cette nouvelle réalité. » 27  Nous commencerons alors par pointer les difficultés rencontrées dans la mise en place et le fonctionnement des Conseils pastoraux dans les paroisses avant den dessiner les contours le plus rigoureusement possible à partir des sources canoniques qui sont à notre disposition depuis vingt ans.
                                                 26  Dans le même article, Hervé Legrand rappelle : « La vie synodale na pas du tout pour fondement le droit dassociation, par une sorte de mimétisme par rapport à la société séculière, mais le droit de la communion, fondé dans la confession de foi et les sacrements. » 27  ROUTHIER, Gilles, « La diversité des ministères dans la pastorale diocésaine -Enseignement et réception de Vatican II », consultable en ligne sur Catho-theo.net  
 
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1 / Des attentes déçues Les difficultés rencontrées dans la mise en uvre des Conseils pastoraux dans les paroisses sont facilement repérables à partir des déceptions que ces Conseils ont parfois engendrées. La première déception est liée à limpression de renforcement des institutions. 28  Pour faire vivre lÉglise à la suite du Concile, de nombreux Conseils, commissions, comités, services ou bureaux ont été mis en place qui, par leur fonctionnement même, donnent limpression tout à la fois dune inflation de type bureaucratique et dune confiscation des décisions. De plus, la vie des ces institutions est souvent coûteuse en temps et en énergie ce qui, dans un contexte où les forces vives diminuent, génère le sentiment plus ou moins justifié que toutes ces structures existent au détriment de la vie même des communautés. À cela sajoute la possible méprise démocratique déjà évoquée supra , liée aux aspirations de nos contemporains à participer à tous les niveaux de la vie sociale et politique. 29 Une telle méprise peut éveiller des résistances par rapport au fonctionnement souvent trop rigide ou formel des Conseils mis en place, dans le cadre dune mauvaise compréhension de la synodalité dans lÉglise. De plus, on constate un certain essoufflement des Conseils en paroisse, lié au raidissement des positions (difficulté des pasteurs à partager
                                                 28  Sur ce point, voir par exemple : PROVOST, J. H., « Structuring the Church as a communio », dans The Church as communion , Washington D.C., Canon Law Society of America, 1984, p. 191-245. 29  Il sagit là dune autre forme de « participation » que celle notée plus haut. Voir par exemple GODBOUT, Jacques T., dir., La participation politique - Leçons des dernières décennies , Québec, Institut Québécois de Recherche sur la Culture, 1991, 304 p., pour qui la participation « découle du fait que le citoyen est un membre du même ensemble que ceux qui le gouvernent. » (p. 11) Mais des liens peuvent exister entre ces deux acceptions, théologiques et politiques, de la notion de participation. Sil existe peu détudes sur le sujet, on peut quand même consulter : BERAUD, Céline, « La participation des laïcs à la vie ecclésiale - Approche comparée avec les modalités dengagement en milieu associatif profane », dans La Maison-Dieu , n° 241 ( 2005 / 1), p. 7-27.
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des responsabilités, mauvaise préparation des laïcs), 30  au poids des habitudes, au manque daudace ou, au contraire, à la trop grande témérité de certains. On préfère alors mettre en place une équipe pastorale, plus efficace et conçue comme représentative des différents services et mouvements existants dans la communauté paroissiale. Derrière tout cela, on peut repérer des lacunes théologiques importantes. La plus flagrante est celle de la persistance dun clivage entre clergé et laïcat, qui nécessiterait à elle seule un livre entier. Ce qui est en jeu dans ce clivage qui est parfois résumé en un rapport de force qui ne peut que nuire à une nécessaire collaboration, cest loubli constant de la communauté elle-même. Or le Conseil pastoral est un organe de la communauté qui ne peut fonctionner sans elle ! On note également une absence, qui se fait ressentir douloureusement, de théologie des conseils, et même de théologie de la participation 31 que, pourtant, Vatican II permet, ce que nous avons montré supra.  Tout cela est sans doute lié, au final, à labsence de texte encadrant ces Conseils. Pour leur mise en place, on sest très souvent appuyé sur AA  26 : 32  qui parle des Conseils diocésains pour lapostolat des laïcs et constitue donc un cadre peu pertinent théologiquement et peu adéquat
                                                 30 Sur ce point, on peut se reporter, entre autres, à lenquête de Roch PAGE, « Le conseil paroissial de pastoral », dans Studia canonica , 15 (1981), p. 419-439. 31  Alphonse Borras parle, dans ce domaine, dune « reprise insuffisamment critique de la participation dans la vie civile » (BORRAS, Alphonse, « Petite apologie du Conseil pastoral de paroisse », dans Nouvelle Revue Théologique , 114 (1992), p. 380). 32  « Au plan des diocèses il faudrait autant que possible quil y ait des conseils qui soutiennent le travail apostolique de lÉglise tant sur le plan de lévangélisation et de la sanctification que sur le plan caritatif, social et autre : les clercs et les religieux y collaboreront de manière appropriée avec les laïcs. Ces conseils pourront aider à la coordination mutuelle des diverses associations ou initiatives des laïcs en respectant la nature propre et lautonomie de chacune. Des conseils semblables, autant que faire se peut, devraient être constitués au plan paroissial, interparoissial, interdiocésain, voire même au plan national et international. (...) »
 
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