Chapitre 6 La prière d'évangélisation

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Chapitre 6 La prière d'évangélisation

Publié le : lundi 11 juillet 2011
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Chapitre 6
La prière d’évan
isation
J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. Cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, JésusChrist homme, qui s’est donné luimême en rançon pour tous. C’est là le témoignage rendu en son propre temps, et pour lequel ’ai été établi prédicateur et apôtre – je dis la vérité, je ne mens pas, – chargé d’instruire les païens dans la foi et la vérité. Je veux donc que les hommes prient en tout lieu, en élevant des mains pures, sans colère ni mauvaises pensées. (2.18)
Il y a q elques années, j’ai lu un livre sur la prière écrit par un auteur chrétien reconnu. Dans son ouvrage, il prétendait que nulle part dans la Parole Dieu on nous appelait à prier pour les âmes perdues et que la seule demande que le Seigneur nous ait faite en matière de prière d’évangélisation est celleci :La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson » (Mt 9.37,38). Il était donc d’avis qu’il ne fallait pas prier pour le salut des âmes perdues, mais plutôt pour que des ouvriers leur soient envoyés. Or, ce point de vue fait preuve du mépris le plus complet envers les commandements incontournables de l’Écriture. Dans le passage à l’étude, Paul appelle Timothéeavant toutes chosesà adresser à Dieu des prières d’évangélisation, qu’il inscrit au rang des priorités absolues. Non seulement la prière d’évangélisation fervente relève de notre devoir spirituel, mais encore elle constitue un exercice de consécration spirituelle requérant eaucoup de temps et d’énergie. Raison pour laquelle, d’ailleurs, elle se voit souvent négliger. Voici toutefois une mise en garde que nous adresse Charles Spurgeon pour nous en dissuader : assez maîtres dans l’art de la prière.Vous n’amènerez pas d’âmes à Dieu si vous n’allez pas vousmêmes à lui. Allez chercher toutes vos armes de guerre à l’arsenal de la communion avec Christ. Passez du temps seul avec Jésus afin de saisir son Esprit. La flamme qui brûlait en sa poitrine et consumait sa vie vous enflammera aussi. Même si vous ne parlez pas avec son éloquence, quelque chose vous enveloppera de la puissance qui l’entourait, faisait tressaillir les cœurs et saisissait la conscience des hommes. Certaines mains, je le crains, se sont relâchées sur les rames et on rend à la légère les choses du royaume de Dieu. Beaucoup d’entre vous, et j’en loue Dieu, recherchez avec sérieux la conquête des âmes, au temps favorable ou non. Vous possédez une véritable sagesse, mais il y en a qui se contentent de me laisser prêcher en espérant que l’assemblée prospérera, point à la ligne (Gagner des âmes – oui, mais comment ?, Chalonsu: Éditions EUROPRESSE,Saône [France] 1994, p. 160). Quel chrétien ne prie pas pour le salut de ses amis et de ses proches qui ne connaissent pas le Seigneur ? Dans le passage à l’étude, cependant, Paul ne nous invite pas à prier uniquement pour nos intimes mais aussi our les âmes perdues en général :pour tous les hommes. La question est de savoir si Dieu répond à de telles rières, et quel rôle jouent cellesci dans le plan rédempteur de Dieu. La Bible renferme plusieurs exemples de prières en faveur de ceux qui n’ont pas le salut. Parmi elles se trouve celle de Moïse pour les Israélites : « Pardonne l’iniquité de ce peuple, selon la grandeur de ta miséricorde, comme tu as pardonné à ce peuple depuis l’Égypte jusqu’ici » (No 14.19). us nous rappellerons également la prière de Samuel pour le salut d’Israël : Samuel dit à toute la maison d’Israël : Si c’est de tout votre cœur que vous revenez à l’Éternel, ôtez du milieu de vous les dieux étrangers et les Astartés, dirigez votre cœur vers l’Éternel, et servezle lui seul ; et il vous délivrera de la main des Philistins. Et les enfants d’Israël ôtèrent du milieu d’eux les Baals et les Astartés, et ils servirent l’Éternel seul. Samuel dit: Assemblez tout Israël à Mitspa, et je
rierai l’Éternel pour vous (1 S 7.35a). Par la suite, Samuel déclarera après avoir réprimandé les Israélites pour avoir exigé que leur soit donné un roi : « Loin de moi aussi de pécher contre l’Éternel, de cesser de prier pour vous ! Je vous enseignerai le bon et le droit chemin » (1 S 12.23). Que dire de la vie de prière de Jérémie, sur laquelle le livre du prophète jette une lumière des plus intéressante ?En effet, on peut y lire le jugement que Dieu a porté contre le péché d’Israël et l’ordre qu’il a donné à Jérémie decessede prier pour le salut du peuple : Allez donc au lieu qui m’était consacré à Silo, où j’avais fait autrefois résider mon nom. Et voyez comment je l’ai traité, à cause de la méchanceté de mon peuple d’Israël. Et maintenant, puisque vous avez commis toutes ces actions, dit l’Éternel, puisque je vous ai parlé dès le matin et que vous n’avez pas écouté, puisque je vous ai appelés et que vous n’avez pas répondu, je traiterai la maison sur laquelle mon nom est invoqué, sur laquelle vous faites reposer votre confiance, et le lieu que j’ai donné à vous et à vos pères, de la même manière que j’ai traité Silo ; et je vous rejetterai loin de ma face, comme j’ai rejeté tous vos frères, toute la postérité d’Éphraïm. Et toi, n’intercède pas en faveur de ce peuple, n’élève pour eux ni supplications ni prières, ne fais pas des instances auprès de moi; car je ne t’écouterai pas (Jé 7.1216). Jérémie avait pour habitude d’intercéder en faveur de son peuple, et seul l’ordre du Seigneur pouvait y mettre un terme (voir Jé 14.10,11). Daniel a prié également pour que Dieu pardonne l’iniquité de son peuple : Maintenant donc, ô notre Dieu, écoute la prière et les supplications de ton serviteur, et, pour l’amour du Seigneur, fais briller ta face sur ton sanctuaire dévasté! Mon Dieu, prête l’oreille et écoute! ouvre les yeux et regarde nos ruines, regarde la ville sur laquelle ton nom est invoqué !Car ce n’est pas à cause de note justice que nous te résentons nos supplications, c’est à cause de tes grandes compassions. Seigneur, écoute! Seigneur, pardonne! Seigneur, sois attentif ! agis et ne tarde pas, par amour pour toi, ô mon Dieu ! Car ton nom est invoqué sur ta ville et sur ton peuple (Da 9.1719). Le Nouveau Testament, pour sa part, nous raconte le témoignage d’Étienne, qui a prié pour le salut de ses bourreaux alors même qu’ils le lapidaient à mort : «Et ils lapidèrent Étienne, qui priait et disait : Seigneur Jésus, reçois mon espri! Puis, s’étant mis à genoux, il s’écria d’une voix forte : Seigneur, ne leur impute pas ce éché ! Et, après ces paroles, il s’endormit » (Ac 7.59,60). Paul souhaitait, lui aussi, ardemment le salut de ses compatriotes israélites. Souhait qui transparaît clairement : Je dis la vérité en Christ, je ne mens point, ma conscience m’en rend témoignage par le SaintEspri: J’éprouve une grande tristesse, et j’ai dans le cœur un chagrin continuel. Car je voudrais moimême être anathème et séparé de Christ pour mes frères, mes parents selon la chair, qui sont les Israélites (Ro 9.14). Certes, ce fervent désir ne peut que filtrer dans sa vie de prière :Frères, le vœu de mon cœur et ma rière à Dieu pour eux, c’est qu’ils soient sauvés » (Ro 10.1). La Bible exprime clairement la pertinence et la nécessité de prier pour ceux qui sont perdus. En plus des exemples donnés antérieurement, la prière d’évangélisation répond expressément à la requête faite dans 1 Timothée 2.1 à 8. Précisons que le passage à l’étude engage une polémique au sujet d’un problème qui mine l’Église d’Éphèse. Si Paul se voit ici dans l’obligation d’exiger qu’on prie pour les âmes perdues, nous sommes en droit de penser que les croyants d’Éphèse négligent cela même à quoi ils devraient accorder la priorité. Or, ce laisseraller peut s’expliquer par deux tendances qui prévalent parmi les faux enseignants. D’abord, le passage de 1.7 à 11 nous révèle qu’il existe alors un élément judaïsant à Éphèse. Des judaïsants y enseignent que le salut n’est accordé qu’aux Juifs qui obéissent à la Loi et aux prosélytes païens qui observent les rites mosaïques. Par ailleurs, nous ne saurions trouver meilleur exemple que Jonas pour illustrer une telle étroitesse d’esprit. En effet, s’il a fui les habitants de Ninive, n’estce pas parce qu’il refusait que les énédictions qui s’attachent au salut soient déversées sur des païens et non parce qu’il les craignait (voir Jon 4.1 11) ? Comment un tel sectarisme pourraitil ne pas entraver sérieusement la prière d’évangélisation ? Deuxièmement, à l’époque, s’enseigne à Éphèse un type d’élitisme religieux et intellectuel, qui portera ultérieurement le nom de gnosticisme. Ses adeptes allèguent que le salut est réservé à l’élite, à ceux donc qui euvent accéder ax sphères élevées de la connaissance secrète et mystique. Or, eux non plus, de leur point de
vue, n’ont aucune raison de prier pour les âmes perdues. Ces deux enseignements hérétiques ont une chose en commun: ils nient l’universalité de l’Évangile. Cette erreur doctrinale, Paul vient la contrer en démontrant la nécessité de prier pour tous les hommes, du fait que l’appel de l’Évangile est de portée universelle. L’Église a pour mission, comme Israël avant elle, d’apporter au monde la vérité rédemptrice de Dieu. Comme Israël a négligé d’assumer son rôle de nation par laquelle Dieu allait propager le salut au monde entier, la responsabilité en a été transmise à l’Église. (Par contre, Romains 11.1s précise que l’échec d’Israël ne marque pas la fin de son apport, car les Juifs retrouveront la fidélité et leur lace au sein de l’évangélisation de toutes les nations.) Paul cherche donc, ici, à éviter que le sectarisme qui a coûté l’échec à Israël dans sa mission d’évangélisation ne handicape l’Église. Après tout, l’histoire n’atelle pas démontré que l’Église est devenue suffisante et souvent indifférente aux pécheurs ? Paul a donc laissé Timothée à Éphèse pour ramener l’Église sur les rails. Après ses préliminaires du chapitre 1, l’apôtre précise maintenant les tâches que son protégé est tenu d’accomplir.Avant toutes choses, l’Église doit comprendre l’importance que revêt sa mission d’évangélisation et le rôle que doit y jouer la prière. Le fait que PaulexhorteTimothée plutôt que de lui «commander »démontre bien qu’il parle d’un cœur assionné. Ici, la conjonctiondoncrelie le passage à l’étude avec 1.18. La première chose que doit faire Timothée pour s’acquitter de sa tâche consiste à contrer l’élitisme antiévangélique qui prévaut au sein de l’assemblée éphésienne. Le fait que l’apôtre entame sa prédication écrite sur l’ordre dans l’Église par ce sujet, celui de la prière d’évangélisation, en dit long sur la priorité que l’Église doit lui accorder. En effet, si cette dernière avait pour rincipal objectif la communion fraternelle, la connaissance de la Parole ou la sanctification des saints, il suffirait tout simplement de la faire monter directement au ciel. Or, sa fonction première sur terre consiste à évangéliser les âmes perdues. Cette mission, Paul sait pertinemment que les Éphésiens ne l’accompliront pas tant et aussi longtemps qu’ils maintiendront leur position élitiste et égocentrique, et que l’ampleur de l’appel à évangéliser leur échappera. Pour y arriver, il leur faut en premier lieu comprendre la nécessité de la prière d’évangélisation, et pour les y aider, Paul leur en précise les cinq composantes: sa nature, sa portée, son avantage, sa raison d’être et l’attitude qui y convient.
LA NATURE DE LA PRIÈRE DÉVANGÉLISATION J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, (2.1a) Bien que les trois termes qu’emploie Paul soient synonymes, leurs notions respectives varient légèrement, ce qui enrichit notre compréhension du concept de la prière. L’intercession du typedeêsis(prières), dont l’acception initiale est «manquer de», «être privé de» ou «être dépourvu de», exprime un besoin. Sachant ce qui nous manque, nous intercédons auprès de Dieu afin qu’il y pourvoie. Or, à la vue des masses longées dans la perdition, l’immensité du besoin devrait nous pousser à tomber à genoux et à prier pour l’évangélisation. e Voici ce que Richard Baxter, puritain de l’Angleterre duXVIIsiècle, a écrit à ce sujet : Oh, si bat en vous le cœur d’un chrétien ou d’un homme, qu’il s’émeuve pour les pauvres êtres humains qui vivent dans l’ignorance et l’impiété. Hélas, ils ont déjà un pied dans la mort et l’enfer; des centaines de maladies les guettent, et s’ils ont le malheur de mourir avant d’être régénérés, ils seront perdus à jamais. Avezvous donc un cœur de pierre, pour ne pas compatir avec de tels hommes ? Si vous ne croyez pas en la Parole de Dieu et au danger qui menace les écheurs, pourquoi êtesvous chrétien vousmême? Par contre, si vous y croyez, pourquoi ne vous démenezvous pas pour leur venir en aide ? Cela vous estil égal que tant soient condamnés, dans la mesure où vous êtes vousmême sauvé ? Le cas échéant, il y a de quoi avoir itié de vousmême, car vous ignorez tout du concept de la grâce... Comment pouvezvous vivre près d’eux, les croiser dans la rue, travailler à leur côté, voyager en leur compagnie ou causer avec eux, sans même leur toucher mot de l’état de leur âme ni de la vie à venir ? Si leur maison prenait feu, n’accourriezvous pas à leur secours? Alors, comment ne pas leur venir en aide quand leur âme est presque dans le feu de l’enfer? (Cité de I. D. E. Thomas,A Puritan Golden Treasury, Édimbourg : Banner of Truth, 1977, p. 9293.) L’intercession du typeproseuchê(supplications), dont le terme est générique, s’adresse exclusivement à Dieu dans l’Écriture, contrairement auxprières. C’est qu’elle renferme un élément unique d’adoration et de révérence. La prière en faveur des âmes perdues s’adresse en fin de compte à Dieu et constitue un acte
d’adoration, parce que le salut des pécheurs les amène à le glorifier. Dans 2 Corinthiens 4.15, Paul révèle que tous ses efforts pour évangéliser les impies sont destinés à apporter la grâce rédemptrice à de plus en plus de gens de manière à ce qu’ils puissent en remercier Dieu, ce qui contribuera à sa gloire. Le termeenteuxis(requêtes), pour sa part, n’apparaît dans le Nouveau Testament qu’ici et dans 4.5. Il vient d’un mot souche qui signifie « rentrer dans les rangs avec quelqu’un » ou «rendre part à quelque chose avec quelqu’un ». Précisons que le verbe dérivé du motenteuxissert à désigner l’intercession en notre faveur et de la part de Christ et de la part de l’Esprit (Ro 8.26 ; Hé 7.25), qui s’identifient à notre besoin et prennent part à nos luttes. Ainsi, le termeenteuxisévoque non seulement la défense, mais également l’empathie, la sympathie, la compassion et l’engagement. Celui qui fait la prière d’évangélisation est donc ni froid, ni indifférent, ni impersonnel, comme peut l’être le défenseur public envers l’intimé qu’il est chargé de défendre. Conscients de la rofondeur de leur misère et de leur souffrance, et de leur ruine prochaine, nous devons supplier Dieu de sauver les pécheurs. Pour terminer, lesactions de grâcesconstituent un quatrième élément de la prière d’évangélisation. Elles nous appellent à prier Dieu avec gratitude pour le privilège d’avoir entendu l’Évangile, de pouvoir le répandre à notre tour et même de voir certains y répondre par la foi et la repentance. Il est à noter que les actions de grâces constituent la seule dimension de la prière qui se perpétuera à jamais. Voilà les quatre nuances qui enrichissent nos prières lorsque nous intercédons avec efficacité en faveur des âmes perdues. Si elles nous font défaut, un examen de conscience s’impose. Réalisonsnous pleinement l’état désespéré dans lequel se trouvent les pécheurs? Souhaitonsnous réellement voir Dieu être glorifié par leur salu ?La réalité de leur perdition, et temporelle et éternelle, nous interpelletelle ? Nous réjouissonsnous de ce que la Bonne Nouvelle est apportée à tous et d’avoir le privilège de la répandre? Certes, si notre cœur est dépourvu de ces composantes, c’est l’indifférence qui s’y installera. Et si nous sommes indifférents, c’est que nous n’obéissons pas à la voix de notre conscience.
LA PORTÉE DE LA PRIÈRE DÉVANGÉLISATION pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, (2.1b,2a) Trop souvent nous nous contentons de prier pour nos besoins et désirs personnels, et rarement nous transcendons notre cercle d’amis et notre famille. En contraste marqué, cependant, Paul nous exhorte à prier pour le salut detous les hommes. L’égoïsme et le sectarisme n’ont aucune raison d’être. Nous ne devons limiter ni l’appel de l’Évangile ni nos prières d’évangélisation aux élus de Dieu, car nous n’avons aucun moyen de savoir qui est élavantque la personne concernée ne réponde à l’appel de son Sauveur. Par ailleurs, il est écrit que Dieu souhaite que tous soient sauvés (2.4). Il ne tire aucun plaisir de la mort du méchant, mais se réjouit au contraire lorsque le pécheur change de conduite et vit (Éz 33.11). Conclusion : la prière en faveur du salut des âmes répondarfaitement aux désirs du cœur de Dieu, qui commande à tous les hommes de se repentir (Ac 17.30). Il nous faut donc prier pour qu’ils obéissent et reçoivent le salut qui est offert à tous (Tit 2.11). Prêchant à des Juifs incroyants, Pierre a déclaré dans Actes 3.26: C’està vous premièrement que Dieu, ayant suscité son serviteur, l’a envoyé pour vous bénir, en détournantchacun de vousde ses iniquités » (italiques pour souligner). Pour quelle raison Dieu atil ressuscité Jésus d’entre les morts, sinon pour que tous sachent qu’ils doivent se détourner de leurs péchés? Certes, Dieu ne fait exception de personne. L’Évangile n’est pas réservé exclusivement aux élus. C’est que beaucoup sont appelés, mais peu sont élus (Mt 22.14). Parmi le groupe universel qu’englobe l’expressiontous les hommes, Pa l en désigne quelquesuns qu’on risque autrement d’omettre dans nos prières d’évangélisation:les roisettous ceux qui sont élevés en dignité. Étant donné que les souverains de l’Antiquité (et des temps modernes) se montrent si souvent tyranniques, et même irrespectueux envers le Seigneur et son peuple, ils s’attirent beaucoup d’amertume et d’animosité. Ils sont également distants, et vivent quotidiennement à l’écart des croyants, d’où parfois une certaine indifférence à leur égard. Or, cette négligence constitue un péché sérieux pour un dirigeant, en raison de l’autorité et des responsabilités qui lui sont propres. Par son injonction, l’apôtre appelle ici l’assemblée d’Éphèse à prier en faveur de l’empereur d’alors, le cruel et blasphémateur Néron. Ainsi, bien que ce dépravé se fasse l’ignoble ersécuteur de la foi, les croyants de l’époque sont néanmoins tenus d’intercéder pour son salut. Par ailleurs, cette requêtepour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en digniténe consiste pas simplement à demander qu’ils deviennent sages et droits, mais également qu’ils se repentent de leurs péchés et croient à l’Évangile pour le salut éternel de leur âme. Paul ne nous exhorte pas à prier pour que les chefs d’État malveillants ou ceux qui ne partagent pas nos opinions politiques soient démis de leurs fonctions. Les croyants sont tenus de faire preuve de loyauté et de soumission à l’égard de leur gouvernement (Ro 13.15 ; 1 Pi 2.17). En fait, si l’Église contemporaine consacrait à l’intercession le temps et les efforts qu’elle investit dans les manœuvres politiques et le lobbying, notre pays s’en porterait sans doute beaucoup mieux. Nous oublions trop souvent que «les armes avec lesquelles nous combattons ne sont pas charnelles; mais elles sont puissantes, pala vertu de Dieu, pour renverser des
forteresses » (2 Co 10.4). Or, le meilleur moyen de transformer un pays consiste à sauver des pécheurs, ce qui exige qu’on prie fidèlement pour eux. Bien que l’Église contemporaine ait pu oublier cette leçon, l’Égliserimitive l’a bien retenue. Voici à e e ce sujet les propos de Tertullien, théologien de la fin duIIsiècle et du début duIIIsiècle : Et par des prières incessantes, nous demandons pour les empereurs une longue vie, un règne tranquille, un palais sûr, des troupes valeureuses, un sénat fidèle, un peuple loyal, l’univers paisible, enfin tout ce qu’un homme ou un César peuvent souhaiter. Tout cela, je ne uis le demander à nul autre qu’à Celui dont je sais bien qu’il m’exaucera : car il est le seul qui l’accorde et moi, je suis le seul qui doive l’obtenir, étant son serviteur, étant le seul qui l’honore […] Vous donc, qui croyez que nous n’avons nul souci du salut des Césars, examinez les paroles de Dieu, ouvrez nos Écritures; nous ne les cachons pas et mains accidents les font tomber entre des mains étrangères. Elles vous apprendront qu’il nous a été ordonné de prier our nos ennemis, jusqu’à rendre notre charité excessive, et de demander des biens pour nos persécuteurs. Or, quels sont les plus grands ennemis et les plus cruels persécuteurs des chrétiens, sinon ceux envers qui on nous accuse du crime de lèsemajesté ? Il y a plus : il est dit d’une manière précise et claire :Priez pour les rois et pour les princes et pour les autorités, afin que tout soit tranquille pour vous. »[…] nous savons, en effet, que la terrible catastrophe suspendue audessus de la terre entière et la clôture du temps elle même, qui nous menace d’horribles calamités, n’est retardée que par le répit accordé à l’Empire romain. Nous ne tenons nullement à faire cette expérience et, en demandant qu’elle soit différée, nous contribuons à la longue durée de l’Empire romain (pologétique,XXX, XXXIetXXXII; Paris : Société d’édition « Les Belles Lettres », 1929, 4 : p. 7072). e Soulignons que Théophile d’Antioche, apologiste duIIsiècle, abonde dans le même sens : C’est pourquoi j’honorerai plutôt l’empereur [que vos dieux]; toutefois, je ne l’adore pas : je prie pour lui. C’est Dieu, l’authentique et vrai Dieu, que j’adore, sachant que l’empereur lui doit l’existence […] Honore l’empereur par tes bonnes dispositions, par ta soumission, ar tes prières à son intention. C’est en faisant ainsi que tu accompliras la volonté de Dieu (Théophile d’Antioche : Trois livres à utolycus, I.11 ; Paris : Éditions du Cerf, 1948, p. 8385). Et encore, à propos de la soumission au pouvoir et aux souverains, et de la prière pour eux, l’enseignement divin nous ordonne de « mener une vie retirée, tranquille ». Il nous apprend à rendre tout à tous, «à qui l’on doit le respect, le respect; à qui l’on doit la révérence, la révérence ; à qui l’on doit la redevance, la redevance ; ne devoir rien à ersonne, sinon d’aimer tout le monde » (Théophile d’Antioche : Trois livres à Autolycus,III. 14 ; Paris : Éditions du Cerf, 1948, p. 233). Ces exemples nous révèlent que l’Église primitive, souvent frappée par les pires vagues de persécutions qui aient existé, intercédait néanmoins en faveur des autorités rebelles à Christ. Si nous voulons influencer notre société comme les premiers chrétiens l’ont fait pour la leur, nous devons les imiter. 1 Timothée 2.2
L’AVANTAGE DE LA PRIÈRE DÉVANGÉLISATION afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. (2.2b) En priant pour les autorités, nous faisons en sorte que la société se plie aux efforts d’évangélisation que fournit l’Église. D’abord, lorsque les croyants se consacrent à la prière en faveur de leurs dirigeants, cela les libère de toute pensée de rébellion ou de résistance envers eux. Les enfants de Dieu se font ainsi artisans de paix et nonréactionnaires, conformément aux propos que tiendra Paul à Tite : Rappelleleur d’être soumis aux magistrats et aux autorités, d’obéir, d’être prêts à toute bonneœuvre, de ne médire de personne, d’être acifiques, modérés, pleins de douceur envers tous les hommes. Car nous aussi, nous étions autrefois insensés, désobéissants, égarés,
asservis à toute espèce de convoitises et de voluptés, vivant dans la méchanceté et dans l’envie, dignes d’être haïs, et nous haïssant les uns les autres (Tit 3.13). Paul appelle ici à nouveau les croyants à mener une vie paisible et à se soumettre au gouvernement aïen ou apostat qui est établi sur eux. Il nous exhorte donc à être soumis, à chercher à faire le bien, à ne jamais calomnier quiconque ni nous en prendre à personne, à nous montrer doux et prévenants, parce que nous comprenons qu’ils sont pécheurs, comme nous l’étions nousmêmes auparavant, et par conséquent incapables de justice. De même, lorsque l’Église prie sans cesse pour les âmes perdues, surtout pour leurs pénibles dirigeants, les gens commencent à la considérer comme vertueuse, pacifique, compatissante et transcendante. En voyant l’Église se soucier de leur bienêtre, ils réaliseront qu’elle ne constitue pas une menace pour la société, mais lutôt un atout rassurant. Et plus il y aura de gens sauvés, grâce aux prières des chrétiens, mieux s’en portera l’Église au sein de la société. L’Église qui obéit à ce mandat ne manquera pas de[mener]une vie paisible et tranquille. Précisons que les termesêremos(paisible) ehêsuchios(tranquille) sont rarement employés sous leur forme adjectivale. Le premier, qui n’apparaît qu’ici dans le Nouveau Testament, désigne l’absence de perturbations provenant de l’extérieur. Le second, qui n’apparaît qu’ici et dans 1 Pierre 3.4, désigne l’absence de perturbations provenant de l’intérieur. Lorsque l’Église manifestera de l’amour et de la bonté à l’endroit de tous, et se consacrera avec sincérité à la prière compatissante pour les âmes perdues, elle verra diminuer l’hostilité qui l’environne peutêtre et les saints être affranchis des perturbations provenant tant de l’intérieur que de l’extérieur. L’Église, bien qu’elle ne doive souffrir aucun compromis par rapport à la vérité, ne doit pas non plus faire figure d’agitatrice et troubler la vie du pays. Rappelons que l’Écriture nous l’interdit formellement. Si nous sommes persécutés, ce doit être pour la cause de Christ, et par souci de vivre en pratiquant le bien (voir 1 Pi 2.1323). Paul n’atil pas d’ailleurs commandé aux croyants thessaloniciens de faire de même : « […] à mettre votre honneur à vivre tranquilles, à vous occuper de vos propres affaires, et à travailler de vos mains » (1Th 4.11a) ?Ainsi, les chrétiens doivent se bâtir une réputation de gens pacifiques, et non de fauteurs de troubles. Les incroyants doivent nous percevoir comme des gens paisibles, loyaux, diligents et vertueux. Si bien que Paul a pris la peine de réitérer son exhortation dans sa seconde lettre aux Thessaloniciens: «us apprenons, cependant, qu’il y en a parmi vous quelquesuns qui vivent dans le désordre, qui ne travaillent pas, mais qui s’occupent de futilités. Nous invitons ces genslà, et nous les exhortons par le Seigneur JésusChrist, à manger leur propre pain, en travaillant paisiblement» (2Th 3.11,12). Nous pouvons détester le monde pervers qui s’oppose à Dieu, mais nous devons éviter de percevoir ceux qu’il renferme comme des ennemis personnels. C’est qu’en fait ils sont captifs du véritable ennemi de nos âmes (voir 2 Ti 2.2426). Vs sous cet angle, ils ne sont pas nos adversaires, mais plutôt notre champ missionnaire. Comment le croyant peutil promouvoi?une vie paisible et tranquilleEn recherchant lapiétéet l’honnêtetéerme. Lepiété, qui rendeusebeia, apparaît souvent dans les épîtres pastorales (voir 3.16 ; 4.7,8 ; 6.3,5,6,11 ; 2 Ti 3.5 ; Tit 1.1) et renferme la notion de révérence envers Dieu. Les croyants doivent donc vivre de manière digne de la majesté, de la sainteté, de l’amour et de la gloire de Dieu. Par contre, le termesemnotês(honnêteté), qui n’apparaît qu’ici, dans 3.4 et dans Tite 2.7 (bien qu’il y soit rendu par un autre équivalent français) pourrait se traduire par « moralité consciencieuse ». Bref, lapiété eut refléter une bonne attitude, et l’honnêtetéune bonne conduite. Les croyants doivent donc se distinguer par leur refus de compromettre leurs valeurs morales, et leurs motifs saints doivent se traduire par une conduite sainte. Les deux contribuent à nous faire vivre en paix et dans la tranquillité. La vie du chrétien n’est toutefois pas sans problèmes, comme Paul nous l’affirme : « […] tous ceux qui veulent vivre pieusement en JésusChrist seront persécutés» (2Ti 3.12). Comme il a été mentionné dans le chapitre 4 du présent volume, la vie chrétienne est une guerre contre Satan et les forces du mal. En effet, Paul n’atil pas luimême été battu et jeté en prison à cause de sa foi ? Dans le passage à l’étude, toutefois, l’apôtre souhaite nous faire comprendre que, si nous sommes la cible d’animosité et de persécution, cela doit être en raison de notre attitude et de notre conduite empreintes de piété. En d’autres termes, nous ne devons pas nous attirer ce genre de réaction en agissant comme éléments perturbateurs au sein de la société. Jacques 1.2 à 12 enseigne que les épreuves produisent la maturité spirituelle. Même si Dieu choisit en guise d’épreuve de nous faire connaître la persécution, nous devons la subir par amour pour Christ et par fidélité envers la Parole de Dieu (voir Ac 5.2729). Confrontés à la persécution, nous devons donc imiter notre Seigneur (Lu 23.34), ou Étienne (Ac 7.60), qui ont prié en faveur de leurs assassins. Le Seigneur s’est exprimé clairement à ce suje: Vousavez appris qu’il a été di: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et riez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent » (Mt 5.43,44). Pourquoi agir ainsi ?Afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes » (v. 45), le Seigneur nous répondil. Certes, la bonté et la miséricorde envers nos ennemis reflètent le cœur même de Dieu. Vérité qui
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