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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Dorier-Apprill E, Ziavoula R. E., 2005, « La diffusion de la culture évangélique en Afrique centrale : Théologie, éthique, et réseaux », in revue HERODOTE, n° 119, 4 ème trimestre 2005, pp.129-156   La diffusion de la culture évangélique en Afrique centrale : Théologie, éthique, et réseaux  Article publié dans la revue HERODOTE, n° 119, 4 ème trimestre 2005, pp.129-156  Elisabeth DORIER-APPRILL 1  Robert ZIAVOULA 2    * Le récent dossier consacré par la revue Courrier international à L'expansion du fondamentalisme chrétien (septembre 2005), dresse le schéma d’un christianisme évangélique conquérant le monde à partir des Etats Unis et reproduisant les positions extrémistes d’une partie de la droite républicaine américaine : « Le christianisme évangélique, qui a favorisé l'élection de George W. Bush en novembre 2004, ne se limite pas aux Etats-Unis et gagne du terrain dans le monde entier. Au Brésil, en Afrique et surtout en Chine, les nouveaux adeptes se comptent par millions. Un peu partout fleurissent des communautés chrétiennes influencées par des prédicateurs américains prosélytes, qui prônent un christianisme radical et ultraconservateur. ». Les dénombrements exhaustifs d’églises récemment effectués par des coordinations d’Eglises évangéliques dans plusieurs pays du golfe de Guinée, sur une initiative et des financements Nord-américains 3 , peuvent accréditer cette interprétation. Ils visent à repérer les zones “ sous-christianisées ”, afin d’y introduire des missions. Mais sans dénier la réalité et l’ampleur mondiale du phénomène, l’étude empirique et minutieuse de Brazzaville, que nous avons menée entre 1995 et 2005, conduit à nuancer un tableau qui attribuerait à des dynamiques nord-américaines le phénomène profusion religieuse observé dans nombre de pays des Suds. 4  La plupart des grands mouvements évangéliques qui connaissent aujourd'hui le succès en Afrique Noire existent depuis des décennies : les périodes pré et post indépendance furent une grande époque de diffusion dans les pays anglophones. Le phénomène est simplement plus lisible aujourd’hui, du fait de la plus grande liberté d'expression liée aux Conférences nationales, et qui favorise partout l'effervescence religieuse. Le prosélytisme actif du protestantisme nord américain en Afrique s’inscrit donc dans le prolongement de dynamiques locales qui étaient déjà largement amorcées. En Afrique Noire, ces églises chrétiennes évangéliques s’enracinent dans un champ religieux extraordinairement diversifié, surtout en milieu urbain. La variété des formes du christianisme contemporain y est peut-être plus grande que partout ailleurs. La créativité religieuse a accompagné chacun des bouleversements au siècle dernier : inculturation rapide des monothéismes importés dans la période précoloniale (islam) et coloniale (christianisme), emprunts mutuels, synthèses afro-chrétiennes et prophétismes locaux (par exemple le kimbanguisme , dans les deux Congo, regroupe trois à quatre Millions de fidèles), messianismes “ noirs ”, syncrétismes entre les croyances magico-religieuses locales et le christianisme, invention de nouveaux “ traditionalismes ” qui confortent des affirmations identitaires.  Plus radicalement, certains mouvements récents, d’origine protestante américaine, bien implantés en Afrique, n’entretiennent aucune relation avec le pentecôtisme et même                                                  1  Géographe, Professeure, Université de Provence. Laboratoire Population Environnement Développement, équipe DEVLOC, programme Gouvernance urbaine, communautés religieuses et ONG au Congo, au Mali et au Bénin.  2 Géographe, Maître assistant, Université Marien Ngouabi, Brazzaville. 3  Projet ARCEB (Bénin, 2000-2001), Ghana : National Church Survey 1985-88 et National Church Survey 1993 update 1991-11993 . 4  Recensement et localisations rue par rue, suivis d’entretiens systématiques auprès des dirigeants d'Eglises de Réveil et de fidèles, observations des cultes lorsque c’était possible (les églises sectaires interdisent la présence d’observateurs).
 
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Dorier-Apprill E, Ziavoula R. E., 2005, « La diffusion de la culture évangélique en Afrique centrale : Théologie, éthique, et réseaux », in revue HERODOTE, n° 119, 4 ème trimestre 2005, pp.129-156   pourfendent toutes les églises protestantes. Il s’agit des très radicaux « Saints de derniers jours » (Mormons), témoins de Jéhovah, l’alliance universelle pour le christianisme mondial (Moon), ou encore d’églises apostoliques et néo-apostoliques, qui suivent la « vision » (ultraconservatrice), de prédicateurs, et « apôtres » comme William Marion Branham et ses successeurs 5 . Enfin les fameux « télévangélistes », s’ils incarnent l’une formes récentes et spectaculaires de la mondialisation médiatique du religieux , mènent surtout une carrière personnelle (Gutwirth,1998). Ils ne devraient pas faire oublier l’histoire des mouvements dont ils sont issus, et à partir desquels ils se sont constitués une audience, une influence et une sources de revenus. Leur influence politique est amoindrie, voire nulle dans un pays où la démocratie est purement formelle, comme le Congo. Ils doivent leurs succès auprès du public africain à l’effervescence religieuse du continent, et pas l’inverse. Le champ « chrétien évangélique » lui-même est caractérisé par une extrême hétérogénéité des styles et des dogmes. L’interprétation simplificatrice en terme de « déferlante évangélique » occulte sa diversité, les clivages et les contextes historiques. Elle réalise un amalgame entre des tendances très diverses, par exemple, entre baptistes et pentecôtistes qui ont certaines conceptions dogmatiques diamétralement opposées. La « mouvance évangélique » Le terme d’Eglises évangéliques est polysémique. Au sens large (acception allemande), il correspond aux Luthériens, par opposition aux Calvinistes et dans ce sens, la dénomination fut revendiquée par des Eglises de catégories diverses : congrégationalistes, anabaptistes et baptistes, méthodistes, les quakers, l’armée du salut, les pentecôtistes et de nombreuses Eglises indépendantes locales . Leur point commun est de prôner un retour à la lettre biblique comme référent, ainsi qu’à la simplicité de l'évangile primitif, qui passe par l’affranchissement par rapport à des institutions cléricales considérées comme inutiles et formalistes, de placer les croyants (édifiés par la lecture de la Bible) sur un pied d’égalité, sans hiérarchie, même si des ministères sacerdotaux existent. Elles valorisent la conversion du cœur , expérience spirituelle vécue dans une forte charge affective (les témoignages publics de conversion personnelle tiennent une place importante). Elles se présentent comme des communautés de "vrais convertis" baptisés à l'âge adulte (baptistes). Certaines refusent le principe même du baptême. Elles entretiennent des liens parfois tendus avec les églises réformées. Il existe en France une fédération évangélique (créée en 1969) qui regroupe 208 églises et n'appartient pas à la fédération protestante, cependant des rapprochements entre certaine églises sont amorcés par le biais d’institutions oecuméniques.  Historiquement, les racines de l’évangélisme sont à chercher dans le mouvement vaudois, chez les hussites, puis les huguenots persécutés en France au 16 ème  siècle, puis le courant évangélique (au sens général) se développe en Angleterre dès le 17 ème  siècle, ainsi qu’en Europe du Nord, puis en Amérique. Le « puritanisme » (que nous appellerions aujourd’hui fondamentalisme), prônait un retour radical à la lettre biblique, une adéquation entre foi et mode de vie, et l’inutilité d’une hiérarchie cléricale. De plus en plus opposés à l’anglicanisme                                                  5 Le Centre of voice of gods recordings , dont le siège est situé à Jeffersonville (Indiana) ou centre Missionnaire de la parole parlée dans les pays francophone possède de nombreuses implantations en Afrique, et spécialement à Brazzaville, où toutes ses paroisses, s’y dénomment « tabernacles ». Elles disposent de bâtiments modernes et de gros moyens matériels. Les fidèles doivent payer la « dîme » intégrale (un dixième de leurs revenus) et contribuer sous forme de travail gratuit. Fondé sur une « vision » terrifiante de la Bible élaborée par le « prophète de cet âge, notre frère en Christ William Branham » (sic), ce mouvement, qui prône des valeurs très conservatrices, anticommuniste, contre l’émancipation féminine, est présent en Amérique latine, en Afrique où il réalise de vastes tournées de prédications et conversions qui emplissent stades et hôtels de luxe. (douze pays d’Afrique en 2005).
 
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Dorier-Apprill E, Ziavoula R. E., 2005, « La diffusion de la culture évangélique en Afrique centrale : Théologie, éthique, et réseaux », in revue HERODOTE, n° 119, 4 ème trimestre 2005, pp.129-156   officiel (dont le roi d’Angleterre est le chef), nombre de puritains du royaume d’Angleterre (souvent Ecossais ou Gallois) sont déportés en Amérique. Cette histoire ancienne explique que les USA sont depuis le 19 ème  siècle le foyer de nombreux mouvements chrétiens indépendants qui essaiment de par le monde. Mais les petits foyers européens ne se sont pas éteints pour autant, et des tendances évangéliques qui existent actuellement au sein du protestantisme (1/3 des protestants de France), si elles peinent à se faire reconnaître par les fédérations officielles, n’en sont pas moins demeurées vivaces, indépendamment des grandes églises nord américaines dont les médias font leur « une », et elles ont une influence dans le monde francophone, notamment en Afrique. Durant la colonisation, chaque pays menait sa propre politique, parfois soutenu par une église instituée. Parallèlement, mais sans concertation, chacune des églises évangéliques indépendantes a organisé ses missions selon le principe d’évangélisation des peuples. Les puissances coloniales ont parfois cherché à les entraver, comme le Royaume uni au nord du Nigeria .  Les missions les plus précoces interviennent dès le début du XX ème  siècle dans les pays aujourd’hui anglophones, au moment de la colonisation britannique. En Afrique centrale, ce sont des églises évangéliques nordiques (Norvège et Suède dans les deux Congo) qui s’implantent, dès la fin du XIX ème  siècle. Il en résulte qu’au Congo, l’église protestante officielle est déjà une église évangélique (Eglise évangélique du Congo), fondée à l’origine par des missionnaire provenant d’une branche dissidente de l’église luthérienne suédoise (en 1898). Elle a donné lieu à des adaptations locales, parfois très libres, à des scissions, à des dérives. Beaucoup de « prophètes » initiateurs d’églises africaines sont d’anciens catéchistes baptistes.  Le pentecôtisme fait partie de la grande mouvance évangélique. Il provient de dissidences du début du ce siècle au sein des Eglises réformées aux USA et en GB, notamment parmi les méthodistes noirs américains. Il compterait maintenant plus de 150M de croyants partout dans le monde (chiffre incertain du fait de la multiplicité d’églises impliquées). Le dogme est aussi fondé sur une interprétation littérale de la Bible, la croyance au retour proche du Christ, mais surtout sur l’importance du « réveil » ou « baptême par le saint esprit » qui s’éprouve par des charismes . « Leffusion du Saint–Esprit » est exprimée par le signe initial du parler en langues 6  comme les apôtres de l'Eglise primitive. Il ne s’agit pas seulement d’une expérience, mais d’une transformation intérieure, dont les « charismes » (ou dons) ne sont que la conséquence. : ainsi les croyants peuvent recevoir le don de guérir, qui n'est pas réservé au pasteur. Chaque assemblée locale est autonome, mais elles sont souvent unies en fédérations, ce qui est le cas en France, ou aux USA. La mouvance la plus structurée sur le plan international est celle des Assemblées de Dieu , composée d’églises nationales indépendantes, regroupant des paroisses ayant une autonomie de gestion. Il existe des liens de collaborations, d’échange, mais pas de hiérarchie entre les églises nationales. Vers 1914, plusieurs communautés pentecôtistes américaines se sont fédérées pour donner naissance aux Assemblées de Dieu  des Etats unis dont le siège est aujourd’hui à Sprinfield (Missouri) et qui ont une envergure mondiale à travers leur branche missionnaire puissante. Sous la supervision d’un directeur exécutif, 1900 missionnaires des Assemblées américaines sont présents dans le monde, et 900 s’occupent de la mission intérieure aux USA. Des mouvements similaires sont nés dans les pays européens du Nord, en
                                                 6 Pour un observateur exterieur, ces « lan ues » sont incom réhensibles rationnellement, elles sont ualifiées de lossolalies , formés en artie de mots inventés. Mais our les entecôtistes, elles manifestent un état de prière et d’inspiration par l’Esprit Saint. Ce dogme est fondamental chez les Assemblées de Dieu.
 
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Dorier-Apprill E, Ziavoula R. E., 2005, « La diffusion de la culture évangélique en Afrique centrale : Théologie, éthique, et réseaux », in revue HERODOTE, n° 119, 4 ème trimestre 2005, pp.129-156   Grande Bretagne, en Allemagne et en France. La première assemblée française, au Havre, naît en 1930 de la rencontre d’un petit groupe évangélique avec un pasteur britannique. Les Assemblées de Dieu  se sont fortement implantées en Afrique à travers la politique missionnaire précoce et active de la fédération américaine de Springfield (au Burkina Faso, en pays mossi, dès 1921). Les Assemblées de Dieu y sont reconnues officiellement comme église indépendante en 1955. Elles contribuent ensuite à la propagation du pentecôtisme en Afrique de l’ouest à travers l’envoie de missionnaires. D’autres Assemblées européennes, et françaises font de même dans le reste du continent, notamment en Afrique centrale. Les églises nationales, encouragées à prendre leur autonomie, ne dépendent d’aucune autorité extérieure. Le seul point important, qui fonde la cohésion du mouvement, est le respect de sa confession de foi, et de certains modes de fonctionnement. Les Assemblées de Dieu africaines envoient à leur tour des missionnaires dans les pays voisins. Ainsi le Nigéria (troisième pays derrière le Brésil et la Corée pour le nombre d’adeptes, estimés à 2, 2 Millions 7 ) a-t-il accueilli plus de quatre vingt dix couples de missionnaires américains entre les années trente et 1990 (Noret, 2004). Mais en 2005, les Assembles de Dieu du Nigéria ont à leur tour envoyé trois cent missionnaires dans des pays étrangers. Le nombre de lieux de culte des seules Assemblées de Dieu en Afrique serait passé de 12 000 environ en 1988 à 25 000 en 1999 (de source interne). Elles possèdent des campus d’enseignement de la théologie et de la missiologie (à Lomé, au Cap et au Kenya). Ceux ci sont indirectement financé par les églises locales qui envoient des pasteurs en formation, des bourses des missionnaires et de la direction de mission de Springfield. Ils contribuent à homogénéiser la doctrine. Selon les initiatives locales, ils peuvent être relayés par des instituts bibliques. Ce type d’institut existe aussi dans les pays européens et aux USA.  L’expansion du pentecôtisme touche aujourd’hui l’ensemble du continent. Mais les Assemblées de Dieu sont loin d’avoir le monopole : la mouvance pentecôtiste est partout très éclatée en innombrables et parfois minuscules communautés soudées au charisme de leurs leaders. La démultiplication, souvent par autonomisation de paroisses, peut être perçue mais comme "une manifestation de la fécondité spirituelle de l'esprit saint" (de Surgy,1995, p 36) même si chacun s’accorde à reconnaître l’existence d’abus de la part de certains « entrepreneurs du religieux » (le pasteur pressure ses fidèles et vit des dîmes, monnaie la guérison, s’écarte de la doctrine et de l’éthique de référence...). Le flou de l'appartenance ecclésiale qui résulte de la conception du rapport direct de l’individu au divin peut être considéré comme caractéristique du « néo-pentecôtisme » que l’on rencontre dans beaucoup de villes africaines. La confusion d’interprétation est donc fréquente à propos de la « mouvance pentecôtiste », qui est, par définition, très hétérogène Quoi de commun, sur le plan de l’organisation, des pratiques -et même du dogme- entre les Assemblées de Dieu, mouvement ancien, très structuré, et les milliers de petites églises indépendantes des villes africaines qui résultent surtout de scissions multiples, ont des implantation précaires, et, pour certaines, un dogme incertain ? Dans nombre de cas de ce « petit entrepreunariat religieux », les paroisses comptent quelques dizaines d’adeptes, susceptibles à tout moment de suivre le charisme d’un nouveau pasteur. Mouvance pentecôtiste et modernité urbaine à BZV Le discours éthique de ces cadres religieux des principales églises évangéliques de Brazzaville est fondé sur le rigorisme moral, le rejet de toute compromission avec les religions ancestrales. Il manifeste une double revendication de rupture : prise de distance à l'égard de                                                  7 Source : mission mondiale des A. de Dieu des USA. http://worldmissions.ag.org
 
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Dorier-Apprill E, Ziavoula R. E., 2005, « La diffusion de la culture évangélique en Afrique centrale : Théologie, éthique, et réseaux », in revue HERODOTE, n° 119, 4 ème trimestre 2005, pp.129-156   toutes les représentations et pratiques néo-traditionnelles (magie, culte des morts, funérailles somptuaires, mariage coutumier, polygamie) -qui sont systématiquement "satanisées"- et rejet du « matérialisme dialectique » qui a occupé pendant des années le champ politique et culturel, prétendant canaliser le religieux au sein des seules 7 Eglises reconnues par l’Etat.  Une éthique basée sur l'acculturation consentie Aux yeux de ces pasteurs, seule une foi chrétienne ardente et « purifiée », soutenue par l'appartenance à une Eglise chrétienne « forte » et intransigeante est capable de rendre insensible face aux pressions familiales et surtout aux puissances surnaturelles qui sont en jeu dans les excès des rites mortuaires considérés comme les principales entraves au développement du Congo. Le Dieu de la Bible, et lui seul, est capable de les neutraliser. "La Bible dit, laissez les morts enterrer les morts (...) vous allez dans les villages, on investit plus pour les morts (..) Les plus belles maisons c'est les cimetières, des tombes, c'est en dur. J'ai vu des tombes avec des salons (...). c'est du Malin, c'est la complicité du Diable, c'est le système qui ruine les vivants et ça retarde beaucoup l'économie. Celui qui a perdu son Oncle, dans la tradition, il doit d'abord faire la tombe (...) il y a une pression, il y a une contrainte pour celui qui ne prie pas avec la puissance de Dieu ... Nous [les "vrais" chrétiens du Réveil], on va être détachés de ce système ... libres de décider, ... porter le deuil, ce n'est pas la peine ... C'est pourquoi, je crois qu'il n'y a pas de développement sans Réveil, et ces choses-là souvent, ça échappe aux décideurs de l'extérieur..." 8   On observe aussi le souci de faire émerger une éthique individuelle, étayée par un vigoureux discours de changement des modèles familiaux, visant à promouvoir le lien conjugal (issu du mariage religieux) et la famille nucléaire (on parle plutôt de "cellule familiale"). Tous tiennent à peu près le même discours, conservateur sur certains points (prônant, par exemple, un effacement de la femme des affaires publiques, le port de vêtements « modestes », d’un foulard de tête…), moderniste par ailleurs, mettant en cause les pratiques contraignantes de mariage coutumier (avec dot), la polygamie, les cérémonies funéraires ostentatoires comme autant de paganismes inspirés par "Satan", et comme autant d'entraves à l'entreprise individuelle, et par-delà, au développement du pays.  « Ici au Congo, les familles c'est élastique, vous voyez, ma famille maternelle il y a plus de 1000 individus là dedans, mais vous voyez, moi, je ne connais plus ces gens là…. je suis complètement détaché de leur système, j'ai prié vraiment pour tout cela, même quand ils font leur veillée, leur truc, as me dire « toi as venu ». Pour assurer à ce niveau, jver aniem epnetu ixl  fpaaus t aplrlieer,r , eitl  iflas utn ec opmeubvaettnrte 9 p »  tu n'esp  L'accentuation de la misère et la défaillance des institutions publiques accentue, dans un premier temps, le recours à la solidarité lignagère. Tous les citadins qui ont encore un revenu stable sentent un jour le poids de cette comptabilité de l'assistance, et voient les économies domestiques englouties sous la pression familiale. Dans le contexte de crise actuelle, ces exigences sont de plus en plus perçues comme des intrusions insupportables dans l'économie domestique 10 . La valorisation éthique du lien conjugal et du lien parents/enfants peut conduire, en condamnant comme "parasitisme" les "excès" des demandes d'aide dans le cadre lignager, à construire -sur des bases évangéliques- un nouveau paradigme d'une solidarité "bien ordonnée", à la fois plus restreinte (compatible avec les besoins et même
                                                 8 Pasteur M., (Eglise indépendante, co-fondatrice de la FAR), membre du Full godspel, Brazzaville, juillet 1996. 9 ibid  . 10 Dorier-Apprill E., Kouvouama A. et al.  1998--à Brazzaville, à la fin des années 80, plus de la moitié des ménages vivaient de revenus de la fonction publique. Si depuis début 1996 les traitements sont à nouveaux versés plus ou moins régulièrement (pais pas toujours à intervalle de 30 jours), les arriérés accumulés s'élèvent à plus de 30 mois d'impayés...
 
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Dorier-Apprill E, Ziavoula R. E., 2005, « La diffusion de la culture évangélique en Afrique centrale : Théologie, éthique, et réseaux », in revue HERODOTE, n° 119, 4 ème trimestre 2005, pp.129-156   l'enrichissement de la familles nucléaire), et occasionnellement élargie (hors du lignage, en direction des "frères et soeurs en Christ")  L'histoire des nations montre que les communautés chrétiennes mènent une vie familiale exemplaire à cause de leur piété et de leur décence, ce qui est tout à fait différent dans les communautés païennes engagées dans une folle course aux plaisirs ... 11   L'étonnant est moins le propos lui-même, et sa dimension culturaliste, qui évoque à la fois celui des missionnaires occidentaux ou certains discours de la fin des années cinquante sur les "freins au développement", que sa reprise, un demi-siècle plus tard, par des élites urbanisées, et formées à l'école « révolutionnaire ». Elles considèrent aujourd'hui le fondamentalisme biblique comme seul susceptible de transformer le système économique et social par le biais d'une rupture d'avec les traditions locales et d'une ouverture à des valeurs éthiques et économiques occidentales. L'adéquation entre le discours moral de ces Églises et celui du FMI est particulièrement frappante.  La volonté des pasteurs de Réveil de convaincre -de se convaincre- du pouvoir de transformation des "mentalités africaines" par le biais de la Bible est évidente. A entendre certains, et leurs argumentaires bien rodés, on a parfois l'impression de lire, mot pour mot l'"Ethique protestante et l'esprit du capitalisme" de Max Weber. Il faut rappeler que tous sont généralement des lettrés, et tenir compte de l'impact des multiples revues, brochures, ouvrages destinés au prosélytisme diffusés par les réseaux de correspondants Européens ou Nord-américains. Ce point est aussi abordé par l'Action missionnaire des Assemblées de Dieu : les retards de l'économie africaine y sont jugés sévèrement, attribués aux « guerres fratricides... , mauvaise gestion de certains dirigeants ..., aspects négatifs du colonialisme et du marxisme , dette extérieure toujours croissante à cause des importations de produits manufacturés , agriculture souvent rudimentaire » 12 . Ces positions font aussi écho aux "points de vue"  de l'Action missionnaire des Assemblées de Dieu de France, diffusés sous forme de brochures et de site internet qui condamnent les « pratiques obscurantistes et archaïques  [telles que] l'emprise de la sorcellerie, du fétichisme, le culte des ancêtres avec la crainte des esprits , [...] la prolifération de mouvements syncrétiques qui mélangent les éléments du christianisme aux religions traditionnelles. »   valorisation de l’individu En plus du discours fondamentaliste et de la promotion de valeurs émancipatrices par rapport aux traditions locales, les Eglises de réveil contribuent aussi efficacement à diffuser de nouveaux paradigmes concernant la manière d'envisager la place de l’individu et la cohésion sociale dans l'espace urbain. La valorisation de vie intérieure et des qualités individuelles des adeptes est liée à l’importance accordée à l'émotion dans le contact personnel avec Dieu et entre fidèles, à la lecture personnelle des Ecritures. Le contact intime entre le chrétien et l'Esprit divin, dont découlent les charismes de guérison, d'intercession, de vision, de « parler en langues » sont fondamentalement personnels. Sur un plan concret, ces Eglises démultiplient les fonctions paroissiales et associatives, où chaque fidèle trouve une place et joue un rôle particulier. Elles deviennent des lieux de compensation et de ressourcement pour ceux qui se trouvent déstabilisés par leur difficulté à trouver un statut professionnel et/ou social. Elles introduisent aussi de nouvelles logiques de solidarités interindividuelles et non plus fondées sur la contrainte familiale. Elles sont fondées sur un fonctionnement en associations                                                  11 journal oecuménique La religion, Brazzaville, n°004, fev-mars 1996 12 Action missionnaire des Assemblées de Dieu de France, 1998, Quel avenir pour l'économie africaine ?
 
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Dorier-Apprill E, Ziavoula R. E., 2005, « La diffusion de la culture évangélique en Afrique centrale : Théologie, éthique, et réseaux », in revue HERODOTE, n° 119, 4 ème trimestre 2005, pp.129-156   contractuelles, qui s'oppose au modèle holiste et communautaire 13 . Ce n’est pas l a profusion des Eglises évangéliques qui déclenche l’individuation ou la "mise en réseau", mais elles constituent des espaces où une nouvelle culture personnelle et relationnelle peut s'épanouir et se formaliser. En outre, la plupart des Eglises évangéliques recensées à Brazzaville affichent des modes de fonctionnement égalitaires et décentralisés et une structuration en réseaux très souples qui cherchent à se ramifier dans l'ensemble du pays en transcendant les clivages ethnorégionaux. Ce point a son importance, et peut expliquer leur attractivité dans le contexte géopolitique congolais.  La « théologie de la prospérité » Parallèlement, le discours de ces mouvements "de réveil" revalorise l'initiative individuelle dans la production des richesses, fondant sur la lettre biblique la nécessité du travail et de l'esprit entrepreneurial : dans cet esprit, la création d'entreprise, n'est plus seulement un pis-aller imposé par la crise mais une véritable « éthique de comportement » fondée sur une éthique de conviction !  Des pasteurs et fondateurs d'Eglises de la Fédération des Assemblées de Réveil prennent quelquefois les devants pour suggérer eux-mêmes une grille d'analyse "néo-weberienne" de leur projet éthique, en se référant très explicitement au modèle anglo-saxon ! "Dieu ne parle que de vous enrichir, c'est ce qu'il a dit à Abraham : "enrichissez vous! Mais " comment on peut s'enrichir en restant comme ça là ? (...) Quand vous lisez la Bible de A à Z ce n'est onstruction.[...] D'ailleurs les ont rotestants, ils ont mis lq'auce cle'indt éseu rd el e ltar acvail". 14  pays anglo-saxons qui s p  On rencontre évidemment des excès, une approche mercantile de cette théologie, « vendue » comme un savoir faire utile dans le contexte de libéralisation économique du régime. Ainsi le très actif pasteur-fondateur dune église évangélique de Brazzaville organise une série de prédications (avril 96) sur le thème :  « les affaires avec Dieu »  et dispense même des cours de « management biblique » (sic) : « tout est dans la Bible, la stratégie d'épargne et d'investissement. Dans la bible, c'est Joseph qui nous a appris la période des vaches maigres, la période des vaches grasses. Donc pendant la périodes des vaches maigres quand il n'y a rien, il faut travailler, et pendant la période des vaches grasses c'est le moment où il faut épargner. Il ne faut pas tout manger. Et puis nous avons aussi Moïse avec le principe de la décentralisation [..] faire soi-même parce qu'on ne veut pas payer les gens c'est un danger [..] quand vous avez un chauffeur, pendant que le chauffeur conduit, vous avez le temps de réfléchir dans la voiture ...donc il faut embaucher du personnel, il faut faire travailler les 15 gens »  Si "l'homogénéisation" des discours de la plupart des églises indépendantes autour de cette fameuse " théologie de la prospérité " montre une indéniable influence idéologique libérale nord-américaine .  Cependant, celle-ci n’est pas partagée par tous les mouvements, certains, comme les assemblées de Dieu, en critiquent les excès, en insistant sur des valeurs évangéliques d’équité et de simplicité. Cette théologie vient de Kenneth Hagin, né au Texas, pasteur à 20 ans dans les Assemblées de Dieu et y demeure jusqu’en 1949. Il fréquente ensuite le cercle des évangélistes guérisseurs indépendants au même titre qu’Osborn. Il commence son ministère prophétique en 1963 et se mit à diffuser son journal « word of faith » en 1966.                                                  13 On entend ici par réseau un système de rapports horizontaux se développant par connexions, établis entre des individus et des groupes caractérisés par une diversité d'origine et de situation, et établissant des échanges réciproques. Les réseaux sont caractérisés par l'autonomie de chaque membre et le caractère non structurel de la hiérarchie. 14 E.Dorier-Apprill, entretien avec V., scientifique et membre d’une l'Eglise de réveil indépendante et du Full Godspel . 15 E.Dorier-Apprill, entretien avec A.D., pasteur d’une l'Eglise de réveil indépendante, août 96.
 
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Dorier-Apprill E, Ziavoula R. E., 2005, « La diffusion de la culture évangélique en Afrique centrale : Théologie, éthique, et réseaux », in revue HERODOTE, n° 119, 4 ème trimestre 2005, pp.129-156   Cette parole pénètre en Afrique par les pays anglophones. Si elle se popularise, à travers des brochures, des cassettes vidéo, c’est spontanément, comme aspiration des pauvres à un avenir meilleur, qui ne trouve d’autre espace pour s’exprimer que celui du religieux, sous la houlette habiles de certains « entrepreneurs en culte » ... ou comme auto-justification morale des plus riches à le demeurer dans un contexte politique où les inégalités se creusent. Malgré tout, la thèse selon laquelle les Eglises évangéliques et pentecôtistes seraient soutenues par des fonds américains à des fins d’infiltration géopolitique ne s’applique pas dans le cas congolais, car nombre de ces Eglises sont autonomes financièrement grâce aux contributions des fidèles réinvesties dans de petites activités. Dirigées par des élites de la modernité, scolarisées, occidentalisées, affichant une aspiration commune à l'ouverture vers une modernité mondiale, les églises recrutent aussi massivement auprès de catégories sociales ou culturelles plutôt favorisées et ouvertes à la modernité de leurs discours et de leurs modes de fonctionnement, et qui ont les moyens de contribuer de manière substantielle au développement de leur paroisse. Il s'agit soit d'élites effectives, soit de jeunes élites "potentielles" -et qui se perçoivent comme telles-, ou frustrées (en particulier les "jeunes diplômés sans emploi").  Quelque soit leurs affiliations, et même dans le cas des très petites églises indépendantes, toutes valorisent auprès de leurs fidèles leur appartenance à des réseaux transnationaux ramifiés, qui répond en quelque sorte à l'universalisme du message biblique. Mais il serait très réducteur de n'examiner la floraison du de ces églises nouvelles que comme l'épiphénomène d'une dynamique mondiale de “ globalisation du religieux ” (Bastian J-P., Champion F. Rousselet K., 2001- Capone S., 2004) 16 . Cette créativité religieuse prolifique possède des racines locales, et évolue selon le contexte politique, comme le montre l’exemple de Brazzaville. L‘effervescence religieuse Eglises et pouvoir politique au Congo : évolution récente  Les relations entre églises et pouvoir politique ont souvent été orageuses, y compris à l’époque coloniale. Avant les indépendances, bon nombre de messianismes chrétiens africains s'étaient teinté d’une valorisation des identités africaines et furent étroitement surveillées et combattues par les autorités coloniales. Après les indépendance, la liberté religieuse a favorisé dans plusieurs pays la prolifération d'églises de toutes confessions (pays anglophones, golfe de Guinée), mais plusieurs jeunes Etats Africains ont continué à se méfier de la prolifération de mouvements religieux incontrôlables : position dogmatique dans le cas des Etats marxistes (Guinée, Congo, Bénin) ou des pays à parti-Etat (Zaïre). L'émergence et la multiplication d'Eglises chrétiennes nouvelles et indépendantes est donc un phénomène récent au Congo, alors qu'il est répandu depuis longtemps déjà en Afrique australe (six mille églises dénombrées vers 1980 pour 45 M d’habitants en Afrique du sud selon Barett), au Kenya, au Congo-Kinshasa, au Nigéria où ces multiples églises chrétiennes voisinent (mal), avec islam et cultes coutumiers 17 . La singularité du Congo est liée à la politique de restriction religieuse qui a été menée jusqu'aux années quatre vingt par des gouvernements communistes militaires à parti unique qui avaient instauré un contrôle quasi-total de la vie religieuse avec une loi "anti-sectes" ne reconnaissant que sept Eglises entre
                                                 16 BASTIAN J-P., CHAMPION F. ROUSSELET K. (2001) ; CAPONE S.( 2004). 17 Pour l'Afrique de l'Ouest, Cf. DE SURGY, 1995.
 
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Dorier-Apprill E, Ziavoula R. E., 2005, « La diffusion de la culture évangélique en Afrique centrale : Théologie, éthique, et réseaux », in revue HERODOTE, n° 119, 4 ème trimestre 2005, pp.129-156   18 1978 et 1991 . La liberté de culte proclamée en 1991 lors de la Conférence nationale, favorise une expansion fulgurante de l’offre religieuse chrétienne. Lors de la phase de libéralisation du régime qui précéda la Conférence nationale, le Parti Congolais du Travail avait commencé à tolérer progressivement le pluralisme religieux mais à la condition que les "sectes" (selon la terminologie alors en vigueur) se regroupent en unions. De cette injonction provient l'une des caractéristiques actuelle du champ religieux à Brazzaville, fortement structuré en fédérations et réseaux stratégiques qui leur permettent de défendre leur représentativité auprès de l’administration (on retrouve cette caractéristique dans d’autres pays africains). En l'espace de 15 années, la société congolaise subit alors une mutation brutale liée à un contexte d'effondrement de l'économie rentière et de l'Etat redistributeur, lié au surendettement du pays et aux politiques d‘ajustement, de chômage des jeunes scolarisés, de guerres entre milices politiques, d’un coup d’Etat, d'exodes urbains et de banditisme. Brazzaville vient de traverser presque 10 années de guerres interrompues d’accalmies, et l’on serait tenté d’établir un lien de causalité entre ce climat de violences et l’essor des églises, mais n’oublions pas que l’on observe le même phénomène dans tous les pays africains où l’islam n’est pas majoritaire. En RDC (ex Zaïre), il existe depuis longtemps, bien avant les guerres des années 90-2000 (Mac Gaffey, Devisch, 1996). Il est vrai aussi que tous les pays d’Afrique Noire ont en commun, depuis vingt ans, des situations de bouleversement social lié à la crise économique, à l’aggravation de la pauvreté et des inégalités, au manque de perspectives personnelles des jeunes qui sont majoritaires dans la population (4 Africains sur 5 ont moins de 35 ans).  Après une Conférence nationale exemplaire en 1991 et des élections démocratiques en 1992, la situation va très vite dégénérer au Congo-Brazzaville. En basant leur stratégie de conquête et de conservation du pouvoir sur la manipulation de clivages ethno-régionaux ou intergénérationnels, armant massivement les jeunes et provoquant sciemment trois guerres entre milices, les partis politiques en compétition vont aboutir à la fermeture du pays sur lui-même. En 1993-94, dans l'été 1997, puis fin 1998, trois sanglantes "guerres civiles" ont ravagé la capitale, aiguisant des tensions ethnorégionales latentes au profit de leaders de partis politiques. En 1993-94, la première guerre oppose l'armée et les milices présidentielles à l'opposition soutenue par ses propres milices. Elle coupe Brazzaville de deux, causant 2000 morts et plus de 100 000 déplacés du fait de violences interethniques. En 1997, bien plus grave, la guerre entre le gouvernement et l'ex-président Sassou Nguesso implique non seulement des milices, mais aussi des factions d'une armée divisée. Après avoir provoqué des milliers de morts et un exode massif des Brazzavillois, il se conclut par la conquête du pouvoir par le général nordiste D.Sassou Nguesso, aussitôt reconnu par les puissances internationales. Après 1997, une partie de la population continue à être menacée par les miliciens vaincus reconvertis dans le grand banditisme ... et les miliciens vainqueurs incorporés dans l'armée et la police, où certains conservent des pratiques arbitraires et violentes. Fin 1998, l’armée lance une grande offensive contre les quartiers sud de Brazzaville et la région voisine du Pool, à l’occasion d’une incursion de milices sudistes dans la capitale. Le bombardement massif du sud de la ville, le bouclage des quartiers et l’évacuation forcée de leurs habitants, les violences et les pillages de l'armée provoquent un nouveau flot de 400 000 réfugiés. Pendant des mois, en 1999-2000, une partie d’entre eux, qui avaient fui vers le sud de la ville, sont bloqués dans les forêts et sur les rives du fleuve (Mbanza Ndounga), littéralement pris en otage par les milices Ninjas et Nsilulu, de plus en plus fanatiques, qui les utilisent comme bouclier humain. Ces milices recrutent des enfants. La situation catastrophique des populations qui n’ont pu s’échapper vers la RDC et ses camps de réfugiés « formalisés » est alors dénoncée par toutes les grandes ONG internationales et par la croix rouge (famine, épidémies, mortalité, violences). Mais la région reste impossible d’accès, et les civils exposés aux milices et aux bombardements de l’armée. Lors de la progressive « normalisation », des retours de population sont organisés, mais ils s’accompagnent d’exactions systématiques de l’armée à l’encontre des civils qui empruntent la route du sud qui conduit à Brazzaville, en particulier lors des barrages militaires ou miliciens de contrôle d’identité (violences, assassinats arbitraires, viols par milliers). Il faut attendre 2001 our ue la situation se calme. En mars de 2002, dans ce contexte ost-conflit, et en                                                  18 Pour plus de détails, voir DORIER-APPRILL et KOUVOUAMA, 1998.
 
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Dorier-Apprill E, Ziavoula R. E., 2005, « La diffusion de la culture évangélique en Afrique centrale : Théologie, éthique, et réseaux », in revue HERODOTE, n° 119, 4 ème trimestre 2005, pp.129-156   l'absence d'adversaires de poids (les principaux se sont retirés du scrutin au dernier moment), et après une campagne aux moyens impressionnants, D. Sassou Nguesso est élu triomphalement président avec 89 % des voix, sur un projet d’unification nationale, qui se traduit par le savant dosage des postes ministériels, et le rappel d’opposants exilés. Aujourd’hui, malgré l‘existence d’une opposition, le désir de rupture avec toutes les violences conduit la population a se contenter du statu quo et à redouter toute perspective électorale pluraliste. Mais Brazzaville n'est plus qu'une capitale secondaire isolée, terminus de ligne aérienne, reliée à l'océan par une seule liaison ferrée précaire à cause des brigandages. Récemment, le tronçon sud de la voie ferrée a été placé sous le contrôle des miliciens « cobras » et de l’armée, tandis que la surveillance du tronçon le plus proche de Brazzaville vient d’être confié... aux anciens lieutenants de la milice nsilulu (ceux mêmes qui l’attaquaient), aujourd’hui en voie de réintégration dans la vie politique... La perte du monopole de la violence n'est que le symptôme le plus brutal d'un délitement profond de l'Etat postcolonial, à la fois comme construction politique et comme rassemblement social producteur d'identité collective. (Dorier Apprill, 1997 et 2001)   C'est pendant les deux années d'accalmie qui ont suivi la première de ces guerres que nous avons réalisé sur le terrain notre premier recensement et la localisation quasi exhaustive des mouvements religieux existant à Brazzaville. Il nous a permis de constater l’écart entre listes officielles et réalité, et de localiser 250 nouveaux lieux de culte de petites et moyennes églises indépendantes de nature diverses (néotraditionnelles, prophétiques, évangéliques, pentecôtistes etc.), et parmi eux, 80 dénominations différentes d’églises chrétiennes évangéliques, s'ajoutant aux 40 paroisses des grandes Eglises instituées (catholique, protestante, salutiste, kimbanguiste). Les guerres de 1997 et 1998-99 ont temporairement bouleversé leurs implantations, mais n’ont pas ralenti leur expansion, au contraire. En 2005 le Ministère de l’intérieur inventorie 224 dénominations et 350 « lieux de cultes» enregistrées à Brazzaville 19 . Il repose également sur un travail de porte à porte, mais les conditions de sa réalisation (confiée à la police) ne favorisent peut être pas l’exhaustivité. La position des pouvoirs est délicate : la liberté de culte est garantie par les constitutions, mais la sphère politique nationale, les partis mais aussi les puissances occidentales, interpellés par la situation interne du Congo font preuve d’une vigilance accrue. les églises inquiètent (comme des pôles de contestations ou de contre-pouvoirs, ou comme des foyers de mobilisation partisane) mais elles intéressent aussi (comme de possibles relais sociaux susceptibles d’instrumentation). Cet intérêt du pouvoir politique actuel favorise l’émergence de pasteurs et de regroupements d’églises et de pasteurs proches de « l’axe nord ». Cependant, en dehors des fédérations d’églises (cf. infra), qui ont prétention au monopole, la situation est encore peu contrôlée. La multiplication des créations par des pasteurs venus de RDC s’est accentué depuis 1999, favorisée par la simplicité de la procédure d’enregistrement qui permettait à la direction spécialisée du Ministère de délivrer à chaque association cultuelle un récépissé d’enregistrement sans réaliser d’enquête administrative. Cette évolution a poussé le ministère de l’administration du territoire, au début de l’année 2005, à procéder à un recensement exhaustif de toutes les églises. La police est passée rue par rue pour identifier les lieux de culte, avec à l’appui une injonction à chaque responsable d’église de fournir des papiers en règle. Un arrêté du ministère de l’intérieur a menacé fermer les églises qui ne répondent pas au critères suivants : formation des pasteurs, date d’ordination, nombre d’étrangers, lieux de culte construits en maçonnerie durable, absence de bruit, capacité de créer des œuvres sociales, ouverture des comptes en banque, etc. Une circulaire réglemente maintenant les rapports entre l'Etat et les associations cultuelles, notamment pour les nuisances sonores nocturnes (veillées de prières qui durent toute la nuit). Le texte rappelle que la constitution du 20 janvier 2002, non seulement garantit la liberté de culte, mais prévoit aussi des dispositions relatives à la tranquillité, la sécurité et la salubrité                                                  19  La « dénomination » (nom de l’église, enregistré au Ministère de l’Intérieur), recouvre parfois plusieurs paroisses, susceptibles de s’autonomiser dans le cas des églises indépendantes, notamment pentecôtistes..
 
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Dorier-Apprill E, Ziavoula R. E., 2005, « La diffusion de la culture évangélique en Afrique centrale : Théologie, éthique, et réseaux », in revue HERODOTE, n° 119, 4 ème trimestre 2005, pp.129-156   dans la voie publique et dans les lieux de culte. Le contrôle découle de ce que les associations dérangent les voisins. La circulaire demande aux préfets que la vie des associations puisse se conformer aux règles de la police des cultes et des règles qui fondent les bonnes mœurs, le respect de la tranquillité, de la sécurité et de la salubrité publique. Un délai de 6 mois a été donné aux églises pour s’y conformer. Récemment, une sorte de commission mixte a été mise en place entre l’administration et les communautés constituées en Comité des sages constitué entre des fédérations évangéliques ( voir infra ) et des églises indépendantes (en prenant un membre dans de chaque communauté). Le but est de négocier les conditions d’existence des églises de « réveil »  L’évangélisme dans le pluralisme religieux Une telle effervescence religieuse pourrait être l’une des formes d’expression des réactions locales, contradictoires, à cette situation d'échec, de désordre, de perte de référents. Ainsi, certaines Eglises syncrétiques et néo-traditionnelles continuent à légitimer la tendance aux clivages ethniques, à la territorialisation et à la fermeture culturelle par une valorisation de "traditions ancestrales" recomposées, la sacralisation de lieux et de territoires de « pays » (Dorier-Apprill, 1997). A l'inverse, les églises chrétiennes connectées à des mouvements d'évangélisation internationaux proposent à leurs adeptes une ouverture panafricaine et mondiale fondée sur des valeurs bibliques radicalement universalistes, transterritoriales et en rupture affichée avec les traditions ancestrales. Pour se distinguer de l’église protestante historique issue d’une mission suédoise (Eglise Evangélique du Congo), ces églises indépendantes ou pentecôtistes s'auto désignent ici comme étant "de Réveil". Un observateur extérieur pourrait globalement les qualifier de « fondamentalistes » car elles critiquent souvent les grandes églises chrétiennes historiques (catholique, protestante) pour leur manque de rigueur, et appellent souvent à un retour au texte de la Bible comme référent de la vie quotidienne. Certaines sont implantées à la suite de stratégies missionnaires internationales, beaucoup proviennent des pays voisins (RDC, d’où elles se s’étaient implantées en provenance d’Afrique du sud ou du Kenya), ou de scissions internes. Elles cohabitent avec une très grande diversité de cultes d’origine locale : prophétiques, messianiques, syncrétiques, ou encore avec de grandes « sectes » d’envergure mondiale (Moon). Elles s’en singularisent par leur jeunesse (La plupart ont moins de 10 années d'existence), leur succès rapide auprès des élites citadines, comme auprès des plus pauvres. Elles se démarquent par leur succès rapide, tant auprès de catégories sociales ou culturelles plutôt favorisées et ouvertes à la modernité, qu’auprès de citadins pauvres et déclassés. Les causes fonctionnelles de ce succès sont multiples. Le plus évident, à Brazzaville, relève de la nécessité de recréer du lien social et de redonner du sens à la vie, après le profond traumatisme causé par la violence des crises politiques, des guerres, des deuils de la dernière décennie. Dans un contexte de crise économique et sociale grave, toutes les églises proposent un appui moral et une offre de guérison. Elles répondent sans doute à l’aspiration universaliste et transnationale d’une population qui se sent entravée par l’enclavement géographique de la capitale et du pays au sein d’une région instable, par les clivages ethno-régionaux induits par la compétition politique, les difficultés à voyager, tant à l’intérieur du pays que vers les pays occidentaux.  Mais l’interprétation fonctionnaliste de l’adhésion religieuse a ses limites : dans nombre de pays africains, comme au Bénin, pays paisible depuis des décennies, on observe la même profusion d’églises. Dans des contextes ou la question de la croyance au divin ne se pose pas,
 
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