Vieillir dans la foi

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Vieillir dans la foi

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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    Vieillir dans la foi  Un documentaire de 52     Ecrit et réalisé par   Delphine Prunault    Produit par Laure Bernard  En co-production avec CFRT / Agnès Ravoyard
   AVANT-PROPOS   La société française vit un drôle de paradoxe.  l heure où elle porte aux nues la jeunesse et ses valeurs de beauté, de performance et de réussite, elle est confrontée à un vieillissement de sa population jamais connu jusqu ici.  Réjouissons-nous ! Ce devrait être une bonne nouvelle puisqu elle est le résultat d une espérance de vie en constante progression.  Et pourtant, dans notre société, vieillir c est moche, c est même ce qui peut nous arriver de pire à en croire les caractéristiques qui lui sont associées : souffrance, dépendance, solitude, déchéance … sans parler de la mort que l on aborde encore avec tellement de peur et de tabou. Comme si vieillir était une faute de goût ou que bien vieillir, c était ne pas vieillir du tout !  S il est bien une communauté confrontée au vieillissement, c est celle des religieux et religieuses. Crise des vocations oblige, les congrégations constituent des communautés vieillissantes, où les quelques jeunes apportent soutien et solidarité à leurs aînés. La moyenne d âge des religieuses se situe autour de 75 ans et chez les hommes autour de 70 ans. Au fur et à mesure des décès, certaines communautés sont même en train de disparaître.  Face à cette situation inédite, ces communautés sont conduites à nourrir davantage encore leur vie fraternelle. Elles sont comme « provoquées  à chercher quel sens donner à la vie prolongée en communauté.  Ce que ces hommes et ces femmes qui ont choisi la vie consacrée ont à nous dire sur la vieillesse est précieux. Ils s entraident à vieillir ensemble de façon aussi humaine qu évangélique dans un but ultime : se rapprocher de Dieu.  Ils traversent la vieillesse avec une grande richesse, l acceptent comme on reçoit une mission : être fidèle à leur vocation jusqu au bout. Pour autant, ils subissent les épreuves du grand âge comme tout le monde. Et les exigences de la vie communautaire pèsent aussi sur les corps et les âmes des plus âgés.     
“Vieillir dans la foi” de Delphine Prunault – Crescendo films – mars 2008
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 NOTE D INTENTION    « Viei l ir dans la foi  livre, à travers le quotidien de deux communautés religieuses, le témoignage de moines Bénédictins et de sœurs Dominicaines sur le bien vieillir ensemble. Ils nous racontent comment ils vivent la vieillesse en communauté, en quoi la foi les aide à traverser cette étape du grand âge qui demeure une épreuve.  Ces hommes et ces femmes qui ont choisi de consacrer leur vie à l'amour de Dieu, m'inspirent la curiosité et le respect. Ils m'interrogent, me fascinent même à certains égards.  Il faut dire que l'inconscient collectif véhicule toujours cette idée que la vie religieuse est un art de vivre, que les religieux parviennent à une sagesse et abordent la vieillesse avec détachement et sans tristesse. Comme s'ils étaient faits d'une autre pâte humaine que la nôtre pour traverser cette épreuve qui, à défaut de nous angoisser tous, nous questionne tout au moins. Sans parler de leur approche sereine de la mort.  Et puis, à l écriture de ce projet, un souvenir est revenu frapper à la porte. Sœur Anne, ma maîtresse d école. Je l avais quittée quelques années plus tôt, épanouie et sereine, toujours aussi forte dans sa foi, mais dans sa nouvelle vie de religieuse retraitée, après des années d enseignement. Je l ai retrouvé un après-midi de printemps allongée sur son lit d agonie. Je n arrivais plus à voir la religieuse, mais une femme âgée comme les autres dans toute son humanité ... en train de mourir. Apeurée par la mort, soucieuse de partir en paix, et voulant revoir les siens avant le grand départ.  Ce souvenir me guide dans la réalisation de ce documentaire, dans le sens où je ne souhaite pas faire un film religieux au sens strict, mais y développer plutôt une approche humaine et réaliste. Montrer comment les religieuses et religieux vivent à travers la foi ce que tout être humain traverse : l'entrée dans le grand âge.  Il serait démagogique de refuser la réalité difficile de la vieillesse, y compris pour les religieux. Eux-mêmes ne se prennent ni pour des héros, ni pour des saints ! « Etes-vous des surhommes ?  est du reste la question qui fait le plus bondir les moines !  Je veux aborder cette thématique et ses personnages avec une naïveté respectueuse, une curiosité saine. Je veux leur poser les questions que tout un chacun se pose sur la vieillesse en communauté religieuse et prendre en compte la personne dans sa globalité : la personne religieuse, la personne humaine, la personne sexuée (homme/femme).  De ce point de vue là, je veux les faire parler avec pudeur - mais parler vraiment - de leur corps, eux qui ont choisi de se cacher derrière un habit. « Nous n avons pas été 
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formées à écouter notre corps ni à en prendre soin, mais plutôt à le domestiquer, voire à le mépriser.  confie une moniale dans le livre « viei l ir ensemble : une mission  (Clément Pichaud, Editions Siloé, 2007). Qu'en est-il quand la personne avance en âge et que son corps se transforme ?  « On peut dire d une te l e vie qu e l e est un véritable  laboratoire du mystère humain , écrit le père Abbé Jean-Pierre Longeat dans son livre "24h de la vie d un moine" . Je vois dans le thème de ce film une chance d'aller toucher à la profondeur de l être humain : sonder les âmes, pénétrer les coeurs, trouver les failles, car chaque être humain est complexe et pourquoi les religieux ne le seraient-ils pas ?  Parce que la vie consacrée présente des visages divers ( prêtres, religieuses apostoliques, moines, carmélites, …), le film repose sur  le portrait de deux communautés religieuses contrastées : une congrégation de religieuses apostoliques, les soeurs Dominicaines de la Présentation à Tours, et une communauté monastique, les Bénédictins de l'Abbaye de Tournay dans les Pyrénées.   Deux styles de vie consacrée.  La Grande Bretèche, la maison mère des Soeurs Dominicaines de la Présentation à Tours, accueille une soixantaine de sœurs, âgées de 42 à 102 ans. Elles vivent ensemble dans cette congrégation réparties en quatre communautés ouvertes. Ce sont des religieuses qui ont fait vœu de pauvreté, de chasteté et d obéissance, des apostoliques qui au cours de leur vie mènent ou ont mené une activité, pour beaucoup dans l'enseignement. Les sœurs dominicaines de Tours ont travaillé, voyagé dans le monde entier avant de se poser dans leur maison mère, comme on se retirerait dans une maison de retraite. Parmi la soixantaine de religieuses de la Grande Bretèche, près de la moitié d'entre elles, ou malades ou très âgées, vivent dans un espace médicalisé de la congrégation. La vocation de la communauté est de les prendre en charge et de leur permettre de finir leur vie ici.  L'Abbaye Notre Dame de Tournay, située entre Tarbes et Lourdes, en plein pays de Bigorre, est récente. Bâtie en 1952, elle n'accueille plus aujourd'hui que 21 moines Bénédictins âgés de 36 à 96 ans qui font le pari de vivre ensemble jusqu au bout. Des frères qui ont fait vœu de stabilité et vivent en « clôture  dans cette abbaye, pour certains depuis plus de 50 ans. Chaque jour, tout recommence et tout se répète. Ils se lèvent, prient, travaillent et reprient. Une vie austère, en retrait du monde, dans le silence, pour être le plus souvent possible dans le rapport avec Dieu. Les frères ont traversé ensemble les différentes étapes de la vie, ils se voient changer, vieillir et prennent soin les uns des autres. Deux frères plus âgés et malades, sont pris en charge par un frère infirmier épaulé par du personnel extérieur, une aide soignante et une auxiliaire de vie. Deux femmes, une situation inhabituelle dans un monastère.  
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Pouvoir entendre des religieux des deux sexes - hommes et femmes - se dévoiler sur ce thème qui touche à l'intimité me semble être une richesse pour le film.  Ils vont nous parler de leur expérience de la fraternité et de la solidarité intergénérationnelles, évoquer les limites certains jours de la vie communautaire. Ils vont nous dire comment est ressentie la vieillesse pour un homme ou une femme de foi, quand arrivent les moments de faiblesse et de tristesse. Ils vont nous dire comment, malgré tout, ils sont portés par cette force incroyable qui s'appelle l'amour de Dieu et qui les conduit vers la mort apparemment sans crainte.  Face à l'épreuve de la vieillesse, les religieux résistent, persévèrent, avec une belle énergie, celle de la foi. Nous allons les regarder dans leur présent. Dans leur quotidien fait de joie, de plénitude, de tristesse parfois, de drôlerie aussi car les religieux développent un humour subtil et malicieux. Dans la vie, les épreuves, mais la vie, ... jusqu au bout la vie !
 LES PERSONNAGES  
 A la Grande Bretèche,  la maison mère des Soeurs Dominicaines de la Présentation à Tours.   œur Françoise-Marie Béguin, Responsable de la Maison-mère, 49 ans.  C est elle qui veille sur tout ce petit monde depuis 3 ans. A 49 ans, Soeur Françoise-Marie a du caractère, il en faut pour organiser la vie de cette communauté. Elle menait une activité d'éducatrice auprès de personnes handicapées, aujourd'hui elle pourrait parcourir le monde dans des missions auprès des Dominicains. Au lieu de cela, elle gère des malades, des mourantes, une charge assez lourde, et une foi qu elle doit renouveler tout le temps.    Sœur Monique Wagner, 82 ans, la sœur musicienne . A 82 ans, Soeur Monique en paraît à peine 70 et quand elle vous emmène en promenade dans le parc, elle trotte tout le temps. Elle vit à la Grande Bretèche depuis 2000 mais c'est comme un retour aux sources pour la fin de sa vie car c'est ici qu'elle a passé son noviciat. Elle a passé sa vie à prier, à enseigner, et à s'occuper des pauvres dans une congrégation dominicaine en Italie pendant 25 ans. On peut dire que Soeur Monique n'a pas été épargnée par les soucis de santé. Un cancer du sein en 1996 et un cancer de l'utérus en 2005. Aujourd'hui, elle fait partie de celles qui passent le plus de temps à l'infirmerie pour réconforter ses soeurs malades.   Sœur Dominique, 67 ans, l archiviste de la congrégation.  Avec son caractère bien trempé, soeur Dominique n'avait pas imaginé qu'elle puisse vivre la vie communautaire. Entrée dans la vie religieuse à l'âge de 20 ans, elle est victime d'un grave accident de voiture à 25 ans. Un coma pendant plusieurs mois. Une expérience qui a renforcé sa foi.   Soeur Lucette, la soeur infirmière en chef, 69 ans.  Soeur Lucette est arrivée à la Grande Bretèche en septembre 1988 après une longue mission en Argentine. 20 ans cette année ! 20 ans qu'elle s'occupe des soeurs malades à l'infirmerie. Femme énergique et drôle, soeur Lucette a choisi l'humour pour communiquer et transmet sa bonne humeur à l'infirmerie.     
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Sœur Marie Sainte Ignace, 102 ans, la doyenne. C'est la fierté de la communauté : une centenaire à la Grande Bretèche. Soeur Marie Sainte Ignace vit à l'infirmerie, mais peut se déplacer, marcher un peu, jouer au scrabble certains bons jours avec la soeur Monique et surtout assister à tous les offices grâce à une retransmission vidéo depuis la chapelle. Elle a fait profession en 1929, une autre époque. "Dieu m'a gâté", dit-elle. Et quand elle ne dort pas la nuit, elle le remercie.   Sœur Marie-Séraphie, 92 ans, l artiste de la communauté. Soeur Marie-Séraphie. Son prénom n'est pas courant, sa personnalité non plus et son visage passe du grand sourire à la profonde tristesse. C'est une artiste (peintre et sculpture) qui avant d'entrer en religion a travaillé dans la haute couture. Elle vit à la Grande Bretèche depuis plus de dix ans mais avec les années et la vieillesse, elle s'isole de plus en plus, passe son temps dans son atelier de peinture un peu à l écart de la communauté. Elle dit que les autres soeurs ne la comprennent plus très bien.   A L'Abbaye Bénédictine Notre Dame de Tournay,   Le frère Joël, 61 ans, père Abbé de la communauté.  Le frère Joël est un homme discret et frêle, et pourtant pèse sur ses épaules une bien lourde charge. C est lui qui depuis 12 ans, a la responsabilité matérielle, administrative et spirituelle du monastère. C est lui qui a aussi charge d âmes : celles de ses moines et des visiteurs qui viennent ici trouver silence et prière. Selon la règle de Saint Benoît, il est le pivot, le signe du Christ dans sa communauté. Elevé par les jésuites, il voulait devenir journaliste ou préfet, a suivi des études de Sciences Politiques et Economiques à la Faculté d'Assas à Paris, mais en 1965 tout bascule. Il entre dans un monastère et décide de ne plus quitter cette vie d'ascèse.   Le frère Jean-Gabriel, 96 ans, le doyen de la communauté.  C est un petit homme au sourire malicieux, à l accent rocailleux du Quercy, sa terre natale. Il est arrivé à Tournay à la création de l'Abbaye en 1952. 56 ans qu'il vit dans ces murs, dans cette vie de clôture. A 96 ans, il peut encore travailler à l'atelier, assister à tous les offices de la journée, prier et même jardiner à l'occasion. Il confesse quelques problèmes de mémoire et d'ouïe qu, reconnaît-il, peuvent être un poids pour ses frères, mais dans un nouveau sourire vous explique que c'est normal et qu'il en va ainsi dans toutes les familles.   Le frère Marie-Bernard, 88 ans.  Gascon, le frère Marie-Bernard était prêtre en 1944 et résistant. Recherché par la Gestapo, il s'est réfugié chez des moines et a découvert ainsi la vie monastique. Lui aussi est arrivé à la fondation de l'Abbaye de Tournay il y a 56 ans. L arthrose généralisée dont il souffre depuis plusieurs années en a fait un homme entièrement
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courbé, aux gestes lents et au pas lourd. Mais quand il s'assoit et se tient face à vous, c'est un visage lumineux qui vous regarde fixement et un esprit vif qui vous parle franchement. Il ne peut plus assurer les travaux manuels de la communauté mais il se rend encore utile en passant 2h tous les après-midis à la porterie.   Le frère Gildas, 73 ans. A 73 ans, le frère Gildas, élancé, en paraît beaucoup moins.  Il faut dire qu'il met un point d'honneur à faire de l exercice physique (10kms de vélo 2,3 fois par semaine, et de la marche à pied). Quand on lui demande comment il va, il répond "mer calme après avoir connu la tempête". La tempête, ce fut une dépression il y a 7 ans, dont il est sorti dit-il. Il raconte que la foi l'a aidé à traverser cette période difficile, à dépasser cette grande solitude dont il a souffert.   Le frère Laurent, 39 ans, le frère infirmier.  Arrivé en 2000 à Tournay, il vit un quotidien différent des autres moines. Et pour cause, il est le frère infirmier dont les journées entières, en plus de la prière, sont dédiées aux deux frères qui vivent à l'infirmerie. Un vrai marathon pour ce frère jeune et jovial. Il s'occupe surtout du Père Pierre-Marie, 88 ans, victime d un accident vasculaire-cérébral et d un pontage cardiaque et soutient le père Bernard, souffrant de la maladie d'Alzheimer. Il s'occupait de sa grand-mère quand il avait 20 ans et a toujours eu un rapport privilégié avec les personnes âgées. Mais il porte une lourde charge. "Il ne m appartient pas de savoir si je gâche ma vie monastique. C est une question qu'il ne faut pas se poser. Pour moi, aimer son prochain comme soi-même, cela veut dire que son prochain, c est le plus proche, mais surtout le plus faible."   Le frère Nicolas, 37 ans, le benjamin.  Dans le groupe des frères, on ne peut pas le manquer. Non parce qu'il est le plus jeune mais le plus grand et que sa longue et fine silhouette semble dépasser de très haut le reste de la communauté, "physiquement seulement" comme il aime ajouter. Au sein de la communauté, le frère Nicolas, entré à Tournay il y a déjà 14 ans, est responsable de l atelier de confiserie. Il surveille notamment le travail des anciens qui continuent de donner un coup de main pour la fabrication des pâtes de fruits, la spécialité de l'Abbaye.      
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 NOTE DE REALISATION   "Viei l ir dans la foi" se présente comme un film sans commentaire qui alterne les scènes de vie captées dans le quotidien de chaque congrégation, et les entretiens intimistes sur les vécus et ressentis individuels de plusieurs personnages emblématiques de ces deux communautés. Une sorte de portrait croisé de deux communautés, soutenu par les témoignages personnels de ses résidents.    Les scènes de vie.  C est notamment à cause de l attention réservée aux frères et soeurs les plus faibles que le tempo de la vie communautaire religieuse apparaît relativement lent. Les scènes de vie ( les prières et les offices, les repas, la vie de l'infirmerie, les travaux manuels) vont respecter ce rythme. La caméra n'est pas intrusive, elle capte avec distance et pudeur le quotidien mais elle s'autorise aussi à saisir des détails, en plan plus serré, pour illustrer notre thématique : le visage d'un moine marqué par les rides, le sourire échangé entre deux religieuses, le geste d'un frère envers un autre.  La caméra laisse le temps d'appréhender les moments de silence de la vie communautaire. Elle laisse vivre les instants d'échange et de dialogue partagés entre les soeurs Dominicaines de Tours (pendant les repas, les visites à l'infirmerie), entre les frères du monastère de Tournay, des moments plus rares mais précieux ( au chapitre, ou encore dans leur atelier de confiserie)  Que ce soit à Tours chez les soeurs Dominicaines ou à Tournay chez les moines Bénédictins, la journée commence aux aurores, rythmée ensuite par les différents offices liturgiques. Une vie faite de répétitions que nous allons souligner par l'utilisation de plans fixes qui pourront revenir de temps en temps dans le film. Par exemple, le cloître de l'Abbaye de Tournay et le couloir de la chapelle à Tours, qui constituent un point de passage quotidien et répété des religieux.  Les scènes de vie seront tournées essentiellement sur pied, particulièrement pendant les offices, mais d'autres le seront caméra à l'épaule quand elles nécessitent d'être plus réactifs, comme celles tournées dans les infirmeries.   
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 Les entretiens.   C'est une parole intime que nous allons chercher à capter et à transmettre. Ces entretiens seront réalisés dans une pièce dont les personnages se sentent proches ( un oratoire, la bibliothèque, leur chambre - seulement pour les Soeurs car l'accès aux cellules des moines nous est interdit -). S'exposer ainsi ne fait partie ni de leur vocation, ni de leur règle. Ces entretiens vont bousculer leurs habitudes et se construire dans un dialogue riche et long. Des questions, indispensables à la compréhension de l'échange, pourront être conservées au moment du montage.   Deux personnages "guide".  La Sœur Françoise-Marie, responsable de la congrégation des Dominicaines de Tours et le frère Joël, père Abbé du monastère de Tournay seront nos guides pour comprendre l'histoire de leur communauté, pour nous éclairer sur leur rôle et leur mission. Tous les deux assument une lourde tâche : faire vivre une communauté vieillissante qui ne se renouvelle pas. Ils s'exprimeront aussi de façon plus personnelle sur leur propre expérience du vieillir ensemble.   Les "plans-portraits".  Ce sont des prises de vue des principaux personnages, lumineuses et esthétiques, qui vont apparaître régulièrement dans le film, utilisées comme transition entre les différents chapitres du documentaire. Des images fortes de la vieillesse. Les personnes âgées n'ont souvent pas d'image, les religieux âgés encore moins. Ici, en plan fixe ou en mouvement, nous allons regarder la vieillesse en face ( afficher les corps et leurs rides, voir les mains affaiblies par l'arthrose, les fronts plissés ) mais la montrer de façon esthétique et non dégradante. Ils posent fièrement dans une pièce sombre, les visages et le corps sont éclairés de façon douce. Leurs regards sont lumineux. Ils se sentent portés par la grâce de leur vie spirituelle. Comme les clichés instantanés d'une vieillesse sacrée. Ils sont vieux, mais ne renoncent pas à être, ils continuent d'être.   La progression du film.  Le fil narratif se développe sur plusieurs jours. De la vie à la mort, de la mort à la résurrection ! Le film va progresser et s intensifier au fil des thèmes que nous allons aborder dans les entretiens filmés et que nous allons illustrer dans les scènes de vie. Du plus léger au plus profond, du plus attendu au plus surprenant.  
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Du bien vieillir en communauté religieuse, un art de vivre mais un défi à relever tous les jours, au poids de la vieillesse, au corps qui vieillit et qui vous lâche, à la foi et l exercice de la prière pendant le grand âge, à la confrontation à la souffrance et à la maladie, à l'approche de la mort et à celle de la résurrection, thème fondateur de leur foi.  Le film s'ouvre sur l'aube, se poursuit sur plusieurs jours dans un chassé-croisé au sein des deux communautés. Je souhaite juxtaposer les témoignages de moines et de religieuses sur une thématique pour comprendre la différence hommes-femmes. Le film trouve son épilogue sur un nouveau jour qui se lève, le jour de Pâques, le jour de célébration de la Résurrection du Christ.  La bande-son du film.   Le documentaire sera rythmé par de la musique sacrée et liturgique mais pas seulement. En plus des hymnes et des psaumes chantés par les moines de Tournay que nous utiliserons grâce à une bande sonore originale déjà enregistrée, le documentaire sera bercé aussi par un registre musical plus classique et moins religieux pour bien signifier la portée universelle du sujet et son approche humaniste, comme par exemple les sonates pour piano et violon de Maurice Ravel aux sonorités douces.      
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