Le dernier voyage du Karl Marx

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Le dernier voyage du Karl Marx

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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© H.J. Krysmanski – Proposition Marx-Comic – 1.1.2007     1
 
                                  
Le dernier voyage du Karl Marx
Projet de travail pour un film animé  H.J. Krysmanski
Alger, le 27 Avril 1882
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 Berlin aujourd’hui  Unter den Linden, le soir vers 10 heures. Le «Mariage de Figaro» touche à sa fin au Staatsoper, le public commence à sortir, parmi eux un élégant jeune homme d’une vingtaine d’années, cheveux noirs, teint foncé et une barbe naissante. Il se dirige à grandes enjambées vers la Karl-Liebknecht-Strasse et l’Alexanderplatz, passant devant l’Université Humboldt où les fenêtres sont encore éclairées, devant les anciens quartiers du Commandant de la ville, occupés maintenant par les bureaux des éditions Bertelsmann, traverse le renfoncement du Vieux Musée, dépasse le Berliner Dom, les sinistres ruines du Palais de la République, vestige de la défunte RDA. Après une courte hésitation, il tourne à droite et commence à traverser la place circulaire du Marx-Engels-Forum plongé dans les ténèbres.  Le jeune homme s’arrête devant les massives statues de bronze. Il a envie, comme chaque jour des centaines de touristes, de caresser de la main le genou reluisant de Marx assis. Mais il a aperçu dans l’ombre de la statue un couple étroitement enlacé, lui peut être dix-sept ans elle à peine quinze. Le jeune reste imperturbable et tend la main vers la statue. C’est alors que l’adolescente, pour meubler le silence, lui lance avec un accent berlinois à couper au couteau: „Non mais ça va?Y a rien à cirer ici!“ Le jeune homme rétorque: „C’est Karl Marx. Après un cousr silence, on entend la voix du jeune garçon: „Karl qui?“  Le jeune homme en reste pantois. Puis, il balbutie doctement que Karl Marx est né en 1818 et mort en 1883 et que c’est lui qui a rédigé avec son ami Friedrich Engels le Manifeste du Parti Communiste qui commence par la phrase «Un spectre hante l'Europe: le spectre du communisme». Les jeunots le dévisagent de l’œil qui diagnostique la démence caractérisée.  Le jeune homme continue à voix basse: „Eh oui, etMarx a aussi écrit le Capital, une critique du capitalisme qui prévaut encore aujourd’hui …« Il s’arrête avec un geste de lassitude et continue son chemin, en direction de la Alexanderplatz.  Arrivé dans sa chambre du 27ème étage de l’hôtel Parc Inn, avec vue imprenable sur les mille feux de Berlin, il écrit dans la fenêtre mail de son ordinateur portable: « Jenny, ma chérie …»
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16 au 20 Février 1882, voyage de Paris à Marseille et traversée vers Alger  Le Paris-Lyon-Marseille, un compartiment de 1ère classe. Un peu après Lyon, le contrôleur entre dans le compartiment et explique à un homme d’un certain âge, élégamment habillé, à la toison de neige et au faciès agrémenté d’une volumineuse barbe, Karl Marx, que la locomotive a un problème technique et qu’il veut s’excuser pour le retard qui s’ensuivra. Marx épanche son agacement par quelques mots contre le progrès technique.  Le voyage de Marx vers le sud a été décidé sur conseil pressant de ses médecins; cela fait des années qu’il souffre d’une bronchite aigue, de problèmes de plèvre et d’inflammations de la trachée. Marx se remet à tousser, il extrait de sa valise une bouteille de gnôle. «D'abord une heure et demie d’arrêt à Cassisà cause de distemper la locomotive. Maintenant encore le même désagrément d’engin at Valence, mais cette fois-ci avec en plus un froid de canard et un biting wind … avec pour seul remède possible l’alcool, again and again resorted to it.“ 1 Marx, légèrement éméché, sort une photo de sa femme Jenny, décédée deux mois auparavant et commence à pleurer. Le train entre dans la morose gare de Marseille la nuit.
 Marx embarque à Marseille sur le bateau postal „Saïd“ à destination d’Alger. C’est la première et la dernière fois qu’il quitte l’Europe. La traversée de 34 heures, dans une cabine                                                  1 Marx à Engels, 17 Février 1882
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exiguë, avec un pont noir de monde et un vacarme assourdissant venant de la salle des machines, est exténuante.  Marx ne peut pas dormir et se rappe l e dans un cauchemar les époques auxque l es, tête pensante du mouvement ouvrier naissant, membre dune fami l e aux nombreuses ramifications, a f ectueux père de trois fi l es ou encore comme malade en quête de guérison, il faisait de fréquentes traversées entre Calais et Douvres. Mais dans ce rêve confus, ce sont surtout les années de lagitation politique accompagnant les événements de 1848, années de la rédaction, avec Engels, du Manifeste du Parti communiste, qui émergent et qui secouent le plus sa mémoire.  Réveillé, il ne peut se débarrasser de l’idée qu’il est en train de déserter des tâches importantes qu’il aurait à assumer. Il peine à se concentrer, la lecture lui demande beaucoup d’efforts, et il est hors de question d’écrire quelque chose de sensé dans ce vacarme.  Sur le pont. Marx sympathise avec le capitaine du Saïd, un homme très affable, comme il l’écrira plus tard, qui se fait accompagner de sa famille pour ce voyage à Alger. Marx raconte au capitaine Macé qu’il est attendu par un ami de ses deux beaux-frères Charles Longuet (marié à sa fille Jenny) et Paul Lafargue (marié à Laura), un certain Albert Fermé. Ce juriste français, expulsé à Alger une douzaine d’années auparavant pour raisons politiques, va s’occuper de Marx pendant son séjour de repos.  A l’arrivée à Alger, en plus de sa grave bronchite, Marx a attrapé un fort refroidissement. Mais ce qui le désespère plus encore, ce qui lui inflige une véritable déchirure a une autre cause, que Sigmund Freud décrira plus tard par ces mots: «Quoi que le moi puisse accomplir au cours d’une vie, le surmoi ne s’en satisfera jamais».   
 
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20 Février – 3 Mai 1882 à Alger
 Alger et le grouillement de sa baie. Fermé, un individu sympathique, la quarantaine, reconnait Marx tout de suite, car la physionomie du dirigeant de l’Internationale socialiste est partout connue. Fermé amène tout d’abord Marx dans le luxueux „Grand Hôtel d’Orient“, la meilleure adresse de la ville, mais très cher. A la réception, on propose au vénérable professeur allemand un forfait de pension mensuel, mais, sur les conseils de Fermé, Marx n’y restera que quelques jours et optera pour une pension se trouvant en hauteur dans une villa du quartier résidentiel de Mustapha Supérieur, au climat plus clément. Comme il va l’expliquer sans ambages à Fermé, Marx ne peut pas faire de folies, même s’il peut compter sur le soutien généreux de Engels. Pendant son séjour, il sera souvent chez les Fermé, route Mustapha Supérieur. On y parlera des journées de la Commune de Paris qui a conduit au bannissement de Fermé, et de l’évolution des événements politiques sur le continent, notamment en Russie.  Pour sa part, Marx passera les deux mois qui viendront à la Pension Victoria. Il pourra souvent oublier ses douleurs et ses doutes. «Ici, situation magnifique, devant ma chambre la baie de la mer Méditerranée, le port d’Alger, des villas disposées en amphithéâtre escaladant les collines ... plus loin, des montagnes, entre autres les sommets neigeux derrière Matifou, sur les montagnes de Kabylie, des points culminants du Djurdjura … Le matin vers 8 heures, rien de plus exaltant que le panorama, l’air, la végétation, ce mélange merveilleux européo-africain. Chaque matin, de 10 ou 9 heures à 11 heures my promenade.» 2 Et la toux de Marx va empirant.  
                                                 2 Marx à Engels, 1 Mars 1882
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Un certain Dr. Stephann - „best Algiers doctor“ – devient son médecin traitant. Pendant le traitement de «cloques sur la poitrine», le médecin et son patient échangent des confidences. Le docteur Stephann s’intéresse aux sciences physiques et Marx, qui s’est approprié un riche savoir au cours de ces dernières années, peut enrichir les entretiens de considérations ayant trait aux sciences naturelles, à la physique et la cosmologie, voir même aux mathématiques. Mais surtout, ils parlent de la mort, de l’idée saugrenue d’une autre vie dans l’au-delà. Selon Marx, il faut se résigner à son propre fini: «Seuls les atomes sont immortels.»   Le consulat royal prussien à Alger se trouve à cette époque dirigé par le diplomate Dr. Fröbel. On ne sait pas si le consulat a eu connaissance de la présence du dirigeant socialiste proscrit (la presse locale en avait fait état) et si, dans ce cas, il en a fait rapport à Berlin. On peut s’imaginer que Marx ait été pris en filature.  (Ce serait un running gag de l’Histoire si, une fois encore, et à l’insu de Marx, il y avait eu un petit mouchard dans les parages).  La „Pension Victoria“ ne dispose que de sixchambres. Marx se trouve ainsi en compagnie assez restreinte, avec, outre les deux propriétaires des lieux, Madame Rosalie, employée de maison, Madame Casthelaz et son fils Maurice Casthelaz, médecin et pharmacien et lui-même curiste (qui prodiguera à titre bénévole des soins fréquents à Marx), Madame Claude, de Neufchâtel, Armand Magnadère, dont on déplorera la mort en mars 1882, et une jeune femme restée anonyme, qui propose des cours particuliers par voie de presse. 3   Cette «jeune femme inconnue« joue un rôle particulier lors du séjour de Marx en Algérie. Elle est originaire de Dessau, en Allemagne, elle est jolie et intelligente et parle plusieurs langues. Elle a déjà beaucoup entendu parler du célèbre pensionnaire et elle a même lu le livre «La Femme et le Socialisme», ouvrage écrit par August Bebel en 1879, ayant connu une large diffusion et tombé sous le coup de la censure du fait de la Loi antisocialiste promulguée par Bismarck. Marx se sent attiré par elle, car elle lui rappelle sa fille cadette (Tussy). Mais bientôt la jeune femme (nous l’appellerons Vera) va hanter ses rêves.  Dans ces rêves se mélangent, au souvenir des sou f rances et privations endurée lors de lachèvement du premier volume du «Capital», ce sentiment de délivrance perçu dans le train le menant à Hambourg où la t endait son éditeur Meissner. Il y avait dans son compartiment en face de lui une jeune femme en laque l e il vit la messagère du nouveau monde semblant souvrir à lui. Ce t e jeune femme prenait maintenant les traits de Vera, et, sait-on pourquoi, il essaie dans ses rêves de lui faire comprendre que l e avait été sa prouesse philosophique dalors, que l es avaient été les découvertes dont il avait fait don à lHumanité.  
                                                 3 Marlene Vesper, Marx in Algier, p. 59
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Vera accompagne Marx dans ses promenades à travers Alger. Quand ils flânent à travers les bazars de la Casbah, Marx a le sentiment d’être oisif, de trahir sa cause, et il se confie à Vera. Il y a dans son bureau de Londres tant et tant de documents, de manuscrits à moitié achevés, de notes prises pour les volumes deux et trois du «Capital» - et encore même pour un quatrième volume. Vera ne comprend par le grand homme. Elle a lu chez Bebel tout le mérite qui d’ores et déjà lui revient. Et sa sœur de Dessau, apprenant qu’elle a rencontré le célèbre Marx, a été dans tous ses états à la lecture de sa lettre. Quand Marx se lamente de tout ce qui lui reste à faire, elle lui répond sentencieusement: «Quoiqu’on fasse dans la vie, on ne sera jamais satisfait; là-dessus, Dieu et le Diable seront bien toujours d’accord.»  Quoiqu’il en soit, Marx n’arrive pas à maîtriser ses sentiments de culpabilité, des sentiments qui sont loin d’être diffus: Il se languit vraiment de son cabinet de travail, le centre de son univers. Et il se languit de son ami Engels. Dans sa chambre se trouvent plusieurs projets de lettres à Engels qu’il n’enverra jamais, estimant que même pour son ami le plus proche, ses lettres seraient trop personnelles.  Lors d’une promenade en bordure de la Casbah, Marx et Vera rencontrent un individu au visage émacié, barbu, peintre de son état, la quarantaine environ. Sous son parasol, il a peint en quelques rapides coups de pinceau sur son petit chevalet un escalier qui monte le long de la colline. Marx et Auguste Renoir se défigurent. Peut être ont-ils aussi échangé quelques paroles sans importance. Mais aucun des deux n’apprendra jamais qui il a, ce jour-là, rencontré.  Mais Marx entreprend également des randonnées avec les autres hôtes de la pension: »Hier à une heure de l’après-midi, nous sommes descendus à Mustapha inférieur d’où le tramway nous a amenés au Jardin Hamma ou Jardin d’Essai qui sert de Promenade publique, avec, à l’occasion, des concerts de musique militaire, et qui est utilisé comme pépinière, pour faire pousser et propager des végétaux indigènes, enfin pour des expériences botaniques scientifiques et comme jardin d’acclimatation.“ 4 Madame Casthelaz demande à Marx qui, dans sa conception de l’Etat, sera amené à effectuer les basses besognes, et elle ajoute: «Je ne peux pas vous  imaginer dans un monde ayant été nivelé par le bas, car vous avez sans conteste certains goûts et attitudes que l’on attribue par ailleurs à l’aristocratie.» - «Moi non plus», lui répond Marx. «Mais ces temps arriveront, mais nous ne seront plus de ce monde.» 5  
                                                 4 Marx à Laura, 13/14 Avril 1882 5 Franziska Kugelmann, dans: Mohr und General, p. 259
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Marx fait la connaissance de l’ex-Fouriériste M. Durando, professeur de botanique. «Nous bûmes du café, en plein air naturellement, dans un café maure. Le Maure en prépare d’excellents, nous étions assis sur des tabourets.« 6 , l’une des meilleures façons de converser des utopies de Fourier. Fourier rêvait de communes qui étaient censées ne pas être seulement des communautés économiques, mais également des communautés amoureuses. Un affranchissement du travail n’est pas concevable sans un affranchissement de la sexualité, proclame le Professeur Durando. Vera écoute avec intérêt. Marx est un peu gêné.  La santé de Marx ne s’améliore guère. Les aléas de son état sont le sujet principal de ses lettres, notamment de celles adressées à Engels, tandis qu’il fait parvenir à ces filles des nouvelles moins préoccupantes de son séjour à Alger. Une «Leçon de sagesse arabe», qu’il envoie à Laura, est très éloquente à ce sujet.  „Dans un fleuve impétueux, un passeur possède une petite embarcation. Pour arriver de l’autre coté monte un philosophe. Et la conversation suivante s’engage: Le Philosophe: Sais-tu ce que cest, lHistoire ? Le passeur: Non ... Le Philosophe: Alors, tu as déjà perdu la moitié de ta vie. Et d’ajouter: As-tu fais des études de mathématiques? Le passeur: Non … Le Philosophe: Alors tu as perdu plus de la moitié de ta vie ! A peine le philosophe a-t-il terminé qu’un vent terrible fait chavirer le petit bateau, le passeur et son passager se retrouvent à l’eau. On entend alors le passeur crier: Tu sais nager? Le Philosophe: Non ! Le passeur: Alors, tu perdras la vie, mais cette fois-ci la vie entière!“ 7   L’exploitation coloniale et les premiers balbutiements de l’industrie et du capitalisme marquent de leur empreinte la ville d’Alger. Le 8 mars paraît dans le journal local, le „Petit Colon Algérien“ un éditorial portant titre ‘Le travail affranchi et le travail des Damnés’ «Des conditions inhumaines dans la construction des nouveaux chemins de fer algériens vers l’Est» 8 , éditorial qui termine par ces mots «Debout, les Damnés de la Terre!»
                                                 6 Marx à Laura, 13/14 Avril 1882 7 ibid. 8 Marlene Vesper, Marx in Algier, p. 90
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Sur les lieux même du chantier, au milieu des ouvriers peinant à la tâche, Marx essaie d’exposer à Vera l’une des essences de ses investigations, l’éclairage de la loi secrète du capitalisme. Il désigne les contremaîtres. Il décrit les rapports de propriété qui caractérisent les machines que l’on voit à l’œ u vre. Il explique comment notre monde est devenu un univers exclusivement marchand. Que la seule marchandise que les ouvriers salariés puissent proposer sur le marché figure leur force de travail. Qu’ils ne peuvent survivre que s’ils vendent cette force de travail. Et ceux qui la leur achètent connaissent pertinemment la pleine valeur de ce qui leur est proposé. Exploitant la détresse de l’ouvrier, on va acheter cette valeur au prix le plus bas possible, sachant que ce potentiel va créer des richesses b ien plus importantes que leur valeur salariée initiale. C’est ainsi qu’avec un peu de jugeote, on pourra manipuler l’offre et la demande régissant le marché du travail de manière à devenir immensément riche, à l’instar des magnats des chemins de fer américains, des Rockefeller et des Vanderb ilt.  Marx résiste aux sentiments qu’il éprouve pour Vera, mais d’un autre coté, l’admiration qu’elle lui porte et l’intimité grandissante qui les rapproche le flattent. Et Vera, de son coté, ressent aussi cette „perte de repères“ (lost in translation). Marx veut en avoir le cœur net, il se rend chez le „Photographe Agha Supérieur Alger’“ E. Dutertre, pour se faire tirer le portrait, ce fameux dernier portrait de Marx qui a suscité tant de commentaires. Il fait envoyer des copies de cette photo à ses filles, par exemple à Laura, à laquelle il ajoute cette dédicace „To my dear Cacadou. Old Nick.“  Mais cette photo est le point de départ d’une rupture. Il écrit à Engels „Pour plaire au soleil, jeme suis débarrassé de ma barbe : de prophète et de ma toison, mais … je me suis fait photographier avant de sacrifier mes cheveux sur l’autel d’un barbier algérois.» 9  La barbe du prophète et la toison sacrifiées … pour plaire à Vera? Quoiqu’il en soit, Vera est surprise et un peu décontenancée. Ses                                                  9 Marx à Engels, 28 Avril 1882
Marx, Alger, le 28 Avril 1882
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rapports avec Marx changent, elle cherche moins souvent sa présence. Et elle finit par trouver un emploi de répétitrice, comme par hasard pour les enfants du consul allemand Dr. Fröbel. Marx, de son coté, voulait-il faire «du passé table rase»?   Le mauvais temps et la poussière du sirocco qui ne cesse de pénétrer dans ses poumons ramènent peu à peu Marx à la raison, et il se résigne à quitter Alger aussi vite que possible. Son départ précipité d’Alger est »opportun», écrit-il à Engels 10 , et on se saura jamais très bien quelles étaient alors ses pensées.  Peu de temps avant son départ, Marx va visiter avec Fermé dans la baie d’Alger une escadre de six cuirassés français. «Jai naturellement visité le navire-amiral Le Colbert sur lequel un fringant officier, très vif d’esprit, m’a tout montré dans le détail et m’a même fait des démonstrations … A partir d’un canot, nous avons suivi les manœuvres du navire-amiral et des cinq autres cuirassés.” 11 . Tout cela devait bien sûr conduire immanquablement à un échange avec Fermé sur le rayonnement global du colonialisme militaire.  (Et peut être le “mouchard” était-il à portée d’oreille dans le canot d’à-côté).  Puis, Marx quitte Alger le 2 mai 1882 sur le vapeur ‘PELUSE’. Sur le quai, agitant leur mouchoir, à coté de la famille Fermé et du Docteur Stephann, il y a aussi Vera.  
 
                                                 10 ibid. 11 ibid.  
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8 Mai – 3 Juin 1882, Monte Carlo
 La traversée en direction de Cannes fut houleuse, il n´y resta que quelques jours. Son état de santé etait misérable. Il trouva dans le salon de lecture du Casino presque toutes les revues de presse italiennes et francaises, il y avait meme quelques journaux allemands, qui offraient un bien meilleur appercu que pouvaient offrir les revues anglaises. Mais à la „table d´hotes où se trouvent réunis les camarades de l´hotel de Russie, on s´intéresse bien plus aux évènements qui se déroulent autour des tables de jeux des salles du casino (tables de jeu de la roulette et du trente-quatre).“ 12 Monte Carlo, ce refuge des oisifs distingués et aventuriers, est en fait malgré les beaux paysages un lieu délaissé. Son coté monumental est du uniquement à ses hotels.On y retrouve ni le petit peuple ni les couches moyennes, „seuls les domestiques, garcons d´hotel et de café, qui représentent le sous-proletariat“. 13   Il végéta ainsi un mois à Monte Carlo, après avoir été informé sans détours sur son état de santé . Ce médecin, docteur Kunemann l´ayant pris tout d´abord pour un de ses collège. Marx écrit à Engels, qu´il compte cacher son état vis à vis de ses enfants pour ne pas les allarmer. 14 Les jours passent, occupés par de très désagréables traitements. A part ce contact avec son médecin, un philistin républicain et ses hotes de table, ses relations sociales se trouvent très réduites. Ainsi il n´est pas étonnant que son esprit toujours aussi avide de nouveautés, se tourne vers le casino de Monte Carlo, son intéret se fixe sur la „banque de jeu, the financial basis of the whole trinity“ de la politique, de l´état et du gouvernement.  
                                                 12 Marx à Engels, 8 Mai 1882 13 Marx à Engels, 5 Juin 1882 14 Marx à Engels, 20 Mai 1882
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