Panaccio, Claude, Le discours intérieur. De Platon à Guillaume d ...

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Panaccio, Claude, Le discours intérieur. De Platon à Guillaume d ...

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Compte rendu
Ouvrage recensé :
Panaccio, Claude, Le discours intérieur. De Platon à Guillaume d’Ockham, Paris, Éditions du Seuil, 1999, 341 pages. par Guy Hamelin Philosophiques, vol. 29, n° 1, 2002, p. 147-150. Pour citer ce compte rendu, utiliser l'adresse suivante : http://id.erudit.org/iderudit/009570ar Note : les règles d'écriture des références bibliographiques peuvent varier selon les différents domaines du savoir.
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Comptes rendus
Panaccio, Claude,Le discours intérieur. De Platon à Guillaume d’Ockham, Paris, Éditions du Seuil, 1999, 341 pages. PHILOSOPHIQUES 29/1seuqihposolihP.002psemntriP/P22002,printemps «A single word even may be a spark of inextinguishable thought». Exprimée par le poète britannique Percy B. Shelley, cette réflexion illustre bien la motivation parfois simple dentreprises souvent colossales. Cest le cas de la plus récenteétude produite par Claude Panaccio. Ce dernier part, en effet, dune notionélémentaire, lelogos, et ses nombreuxéquivalents latins, comme leuerbum,pour en arriveràune exposition détaillée de sonévolutionàtravers lhistoire. Concept cléen philosophie, lelogosa besoin, de fait, dun traitement particulier qui outrepasse tout cadreétriqué. Comme lindique le titre de louvrage, lexamen porte avant tout sur le caractère intérieur de ce discours. Loratio in mente, selon lexpression utilisée, entre autres, par Boèce et Guillaume dOckham, est ainsi décrite par lauteur :«[...] il existe dans les esprits individuels [...] des représentations mentales qui, bien quindépendantes des langues de communication, sont combinables entre elles en unités plus complexes, de la même façon précisément que les mots de la langue se combinent en phrases.». (p. 17) Dans sonélaboration la plus articulée, comme chez Ockham, il sagit dune théorie qui met laccentàla fois sur le caractère universel et naturel de ce discours intérieur, dans la mesure oùceluici est partagépar tous les individus et est constituéde concepts con sidérés comme des signes naturels des choses extérieures. En outre, cette parole intérieure comporte des catégories syntaxiques (nom, verbe, etc.) et des fonctions sémantiques (significatio,connotatio,suppositio) comparablesàcelles des langages conventionnels, ce qui implique lexistence dune pensée logiquement organisée et dotée dune structure compositionnelle. Quantàla valeur de véritédes jugements mentaux, elle est fonction de la référence (suppositio) de ses parties constituantes,à savoir les concepts qui tiennent lieu de sujet ou de prédicat. Prenant pour point de départ ce traitement ockhamiste passablement exhaustif, Panaccio relate, dans une enquête historique minutieuse et circonstanciée, lorigine de cette idée de langage mentalàpartir des premierséléments rencontrés chez les chefs de file de lAntiquité grecque et en suit les principales filières de transmission dans lesécoles de pensée les e plus diverses jusqu’àsonésipanouissement au XIVècle. LA. signale, dès les premières lignes de lavantpropos, que le projet de sonétudeétait,àlorigine, plus restreint et modeste :«[...] il sagissait de retracer les discussions théoriques des années 1250 1320 environ qui conduisirentàla systématisation par Guillaume dOckham de lidée de discours mental (oratio mentalis)». (p. 13) Les transformations majeures appor tées par la suite, notamment en ce qui a traitàlextension de la période examinée, nont pas nui au résultat obtenu, car lensemble du travail conserve la marque dune qualitéexceptionnelle qui a, dailleurs,étésoulignée par lAcadémie des Sciences morales et politiques de lInstitut de France avec lattribution, une année seulement après la parution de louvrage, du prix GrammaticakisNeumann. L’élargissement du cadre initial est donc, sans aucun doute, le résultat dune pensée inextinguible. Dès les premières pages du livre, lA. explique lorigine de lintérêt pour cette question du discours intérieur. Ce point est particulièrementéclairant pour compren dre lensemble de sa démarche intellectuelle. La motivation est double. Dabord, la problématique contemporaine dulanguage of thought, telle que développée notam
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ment par le philosophe américain Jerry A. Fodor, a joué, dès le départ, un rôle déter minant. La ressemblance entre cette dernière question et le thème du discours intérieur chez Ockham fut considérée par lA. suffisamment importante pourétablir certaines corrélations précises. Cette première raison peut surprendre lhistorien de la pensée confinéàson seul objet d’étude, mais n’étonnera pas le lecteur déjàfamiliarisé avec l’œuvre de Panaccio, notamment avec son précédent livre intituléLes mots, les concepts et les choses. La sémantique de Guillaume dOccam et le nominalisme daujourdhui(Paris/Montréal, Vrin/Bellarmin, 1991, 288 p.), dans lequel il met en parallèle, comme lindique le titre, les idées dOckham au sujet du nominalisme avec celles dauteurs contemporains comme Fodor, Davidson, Goodman et bien dautres. LA. défend luimême résolument le point de vue selon lequel il existe des thèmes phi losophiques de nature, en quelque sorte,éternelle, dans la mesure oùceuxci sont de tous les temps et transcendent, du moins partiellement, les contextes historiques. Cer taines données théoriques sont«transtemporelles», affirme Panaccio, qui ne cache pas sonétonnement devant les nombreux recoupements rencontrés dans des doctri nes développées sur un même sujetàplus de cinq siècles dintervalle. En conséquence, il nexiste apparemment aucune raison valable de douter que lexamen détaillédes principaux questionnements proposés,àune certaineépoque, par une théorie sur un thème précis puisse, de fait, nous aideràmieux comprendre etàrésoudre certains problèmes rencontrés,àune autreépoque, dans dautres doctrines sur un sujet ana logue, comme cest le cas avec la question du discours intérieur. Bien quil sagisse de lune des deux principales raisons pour lesquelles Panaccio sest, au départ, intéressé au problème du langage intérieur, la présenteétude n’établit aucune comparaison avec la question contemporaine dulanguage of thought,àlexception dun court développement qui se trouve dans la conclusion. La seconde motivation de lA. est exprimée dans lhypothèse initiale de louvrage :«[...] Guillaume dOckham accom plit, dans les années 13151325, une révolution théorique majeure et extrêmement influente, par la mise au point précisément de ce concept doratiomentalis». (p. 14) Cette conjecture originelle, qui soustend lensemble de l’étude, se verra confirmée par la suite. Lobjectif de lA. consiste, dans ce contexte,àretracer la source historique de cette idée delogosintérieur etàen suivre la formation, afin de faire ressortir le caractère innovateur, systématique et achevéde lentreprise ockhamiste. Présente dès le début du projet, cette double approche rétrospective, qui se réduit dabordàexa miner la position dOckhamàpartir de lintérêt suscitépar la problématique contem poraine et, ensuite,àremonter aux origines de la philosophie occidentaleàpartir de la conception duVenerabilis inceptor, permet donc de faire lhistoire dun thème en identifiant, avant tout, comme le signale Panaccio :«[...] les problèmes que les auteurs entendaient traiteràlaide dune telle notion (discours intérieur) et de décrire les rôles précis quils lui confiaient dans leurs discussions théoriques». (p. 22) Louvrage permet avant tout de découvrir la grande variétédes débats théori ques dans lesquels est apparue la problématique du langage intérieur, ainsi que la richesse des nombreuses interprétations quelle a suscitée. Il nous est cependant impossible dillustrer, dans le présent contexte, toute la valeur des thèmes abordés, ainsi que toute la diversitédes auteurs examinés dans cetteétude. Pour lessentiel, précisons que lexposése divise en trois grandes sections. La partie initiale retrace dabord les premierséléments relatifs au discours intérieur rencontrés chez les Grecs anciens. Platon discute déjàdu caractère dialogique de la pensée, alors quAristote met plutôt laccent sur sa nature logique, laissant ainsi présupposer une certaine com
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positionnalité. Il nen demeure pas moins que lidée du discours intérieur est, chez ces deux protagonistes, assez peu développée et ne fait lobjet daucun traitement spéci fique de nature syntaxique ou sémantique. Par la suite, le thème dulogos endiathetos (discours intérieur) simposeàla presque totalitéde la communautéphilosophique, bien quil soit parfois interprétédifféremment par ses principaux défenseurs. Dans la plupart des cas, lexpression sopposeàcelle delogos prophorikos, cestàdire le dis cours proférépar la voix. Au deuxième siècle de notreère, une nouvelle tradition doc trinale, cette foisci dorigine chrétienne, surgit dans les milieux intellectuels et prend un essor considérable qui atteindra son apogée, quelques siècles plus tard, avec Augustin. Cette dernière conception renouvelle profondément lidée de langage intérieuràpartir de préoccupations théologiques, encore quelle incorpore certainséléments de lhéritage grec. La section se termine par lexamen des positions défendues sur le thème du discours intérieur par certains néoplatoniciens, comme Ammonius et Porphyre, et par Boèce, le principal propagateur de la conception grecque chez les Latins, sans compter un survol réservéàla contribution des principaux penseurs ara bes. La question fondamentale de savoir si le langage mental est ou non universel, chez ces néoplatoniciens, retient principalement lattention. Il sagit de vérifier dans ce casci, comme dans bien dautres qui apparaîtront par la suite, si le discours intérieur est liéàune langue particulière, comme le latin, ou sil est complètement indépendant de toute langue de communication,àlexemple duuerbum in cordechez Augustin. La deuxième partie de louvrage fait le point au sujet de la réception, dans e lUniversitésidu XIIIècle, de ces deux principales traditions anciennes, la grecque et la chrétienne,àl’égard du discours mental. La section se subdivise en quatre parties distinctes. LA. retrace dabord les principales doctrines qui ont perpétuéle thème en e question du XIsiècle jusqu’àOckham. Parmi les penseursétudiés, Anselme présente une synthèse partielle des deux grands héritages du passésur le discours intérieur,en identifiant le verbe mental dAugustin auxsimilitudinesduPerihermeneias.. (p. 158) Panaccio examine, dans les chapitres subséquents, certaines questions préci ses qui ont contribuéàsophistiquer la problématique de loratio mentalis, comme celle du statut ontologique du verbe mental ou celle du concept considéréen tant que signe ou encore celle de lobjet de la logique. La position de Thomas dAquin consti tue une phase importante de l’évolution du concept de discours intérieur avec lajout duneétapeàla théorie aristotélicienne de la connaissance. Selon lAquinate, lintel lect possible produit un pur objet de pensée identifiéau langage mental. Par delàles catégories aristotéliciennes, ce mode d’être particulier sera repris, dans un premier temps, par Ockham dans sa théorie dite dufictum. Entraînant plus dinconvénients que de bénéfices, cet objet purement intentionnel sera, par la suite,éliminépar le Venerabilis inceptor, qui prendra notamment en considération les arguments du fameux principe connu sous le nom de rasoir dOckham. La troisième et dernière par tie du livre est consacréeàla doctrine deloratio mentalischez Guillaume dOckham et aux principales réactions quelle a suscitées dans les universités dAngleterre et de France. On constate surtout, dans cette section, que rien de comparableàla position défendue par Ockham sur le langage mental navaitétéproposéavant lui. LA. nous entraîne, enfin, au cœur des intenses discussions qui sont survenues au sujet de cette théorie ockhamiste chez les dominicains et les franciscains, ainsi que chez les Maîtres de la Facultédes arts. Lidée de discours intérieur a toujours intriguéles penseurs. Les attributs accomplis dun tel langage, comme labsence dambiguïtésémantique ou le caractère
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universel et communàtous, en font rêver plusieurs qui aimeraient bien les voir trans posés aux diverses langues de communication. Rousseau nexprimetil pas, comme bien dautres dailleurs, son souhait en affirmant :«sil y avait une langue naturelle et communeàtous les hommes». Bien que cette dernière aspiration semble bien irréalisable, lhypothèse dun discours intérieur a, par contre,étéprise au sérieux par certains philosophes au cours de lhistoire. Comme le démontre Panaccio dans son étude, Guillaume dOckham est celui qui en a présentéla version la plus complète en ce qui a trait aux périodes de lAntiquitéet du MoyenÂge. Linfluence immédiate de ce penseur du quatorzième siècleàl’égard du langage intérieur fut très importante, mais sest diluée par la suite. Lidée na pas disparu pour autant et a repris de la vigueur ces dernières décennies. Malgrétout, les cognitivistes contemporains qui défendent la thèse dulanguage of thoughtméconnaissent, dans presque tous les cas, les développements du passésur loratio mentalis, de même que les médiévistes ne sintéressent guère de nos joursàcette problématique actuelle. La grande force de louvrage que nous présente Panaccio est justement celle de perpétuer le dialogue qui constitue, finalement, le cœur même de lentreprise philosophique. L’étude permet ainsi que se manifeste une curiositéréciproque entre des domaines philosophiques qui signorent le plus clair du temps. Et pour nous, médiévistes, il sagit làdune manière concrète et efficace de soulignerànos contemporains que notre objet d’étude na pas quun intérêt historique, mais quil peutégalement serviràrésoudre certains problèmes dordres pratique et théorique. Bien quil sagisse dun ouvrage dont les nom breuses problématiques abordées sont souvent complexes et dont certaines donnent parfois le vertige en raison de la profusion impressionnante dinformations données sur tel ou tel aspect du discours intérieur, comme le passage surLe jeu des triadesdans lequel sont présentées de multiples classifications ternaires des différents sens du motverbumlA. se réfère luimêmeàces triades en utilisant lexpression révéla trice detourbillon de triades(p. 167), on peut conclure que Panaccio a, au bout du compte, remportéson enjeu initial quilénonce ainsi dans son introduction :«Le pari de ce livre est que cette interrogation (de savoir où, comment et pourquoi sest développée, de PlatonàGuillaume dOckham, lidée dune pensée abstraite et discur sive, indépendante des langues mais constituée de signes et dotée comme elles dune syntaxe et dune sémantique compositionnelles finement articulées) mette au jour une histoire doctrinale, riche et philosophiquement intéressante»(p. 26).
GUY HAMELIN Universidade de Brasília
Jonas, Hans,Le phénomène de la vie : vers une biologie philosophique, trad. D. Lories, De Boeck Université, Bruxelles, 2001, 288 p. (Coll. Sciences, éthiques, sociétés) PHILOSOPHIQUES 29/12200Printemps200p,2hP.soliihpoesquP/ntripsem LePhénomène de la vieest un recueil d’études rassemblées par Hans Jonas ; il pro pose une philosophie de la vie susceptible d’éclairer et de fonder sonéthique de la res ponsabilité. En effet, outre les recherches de Jonas sur le gnosticisme, le public connaissaitLe Principe Responsabilité,traduit par Jean Greisch en 1990, qui propose uneéthique prenant en compte le risque majeur que fait couriràlhomme la civilisa
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