I Des espaces inégalement peuplés et mis en valeur A. Un centre ...

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I Des espaces inégalement peuplés et mis en valeur A. Un centre ...

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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LA RUSSIE : UN TERRITOIRE EN RECOMPOSITION Introduction En 1991, l’implosion de l’Union soviétique entraîne la disparition de l’Empire soviétique, État fédéral et multinational créé en 1922 par Lénine et met un terme à l’expérience communiste dans cet État à cheval sur l’Europe et l’Asie. La nouvelle Russie reste le plus grand pays du monde par la superficie (17 millions de km2 soient 30 fois la France).Elle est forte d’une population de 145 millions d’habitants (7e rang mondial) mais est plongée dans un véritable marasme économique et social. Elle est engagée dans unetransition économique et politiquedifficile (passage d’une économie collectivisée, étatisée avec planification impérative et fort dirigisme de l’État à une économie libérale,capitaliste, privatisée et appliquant les lois du marché et passage d’un régime totalitaire à parti unique et fortement centralisé à une démocratie parlementaire de type occidental). En même temps, il a fallu réviser la richesse réelle du pays, la Russie ne serait plus que la 16e puissance mondiale, la 127e pour le revenu par habitant et la 63e pour l’IDH. On parle à son sujet de" puissance dévaluée ".Parallèlement aux mutations économiqueset politiques, l’organisation de l’espace russe est animée par de nouvelles logiques (loi du marché) et de nouvelles dynamiques. On parle deterritoire en recomposition(réorganisation de l’espace selon de nouvelles dynamiques). Problématique : Dans quelle mesure les mutations économiques et politiques de la Russie entraînent-elles une recomposition du territoire ? I Des espaces inégalement peuplés et mis en valeur A. Un centre, la Russie d’Europe1. La majorité de la population et l’essentiel des grandes villes.1
La densité moyenne de 9 hab. /km2 révèle le sous-peuplement de cet État continent mais n’a pas de réelle signification dans la mesure où les inégalités de peuplement sont considérables. Lepeuplementest dissymétrique de part et d’autre de l’Oural.La Russie d’Europe regroupe 80 % de la population sur 25 % du territoire(densité de 25 hab. /km2). L’espace peuplé forme une sorte d’entonnoir élargi à l’ouest entre Saint-Pétersbourg et le Caucase qui va en se rétrécissant vers la Sibérie occidentale. Même dans la partie européenne, des régions au peuplement ancien et dense (région de Moscou, Saint-Pétersbourg, Terres noires, plaine de la Volga) voisinent avec des espaces peu peuplés comme les steppes de la Basse Volga. La Russie d’Europe est aussi laRussie des villes. La population russeest urbanisée à 73 % (l’urbanisation s’est accélérée sous l’ère soviétique et de nombreuses villes sont nées pour les besoins de l’industrie ou de l’extraction minière) mais larépartition des villesest aussitrès déséquilibréeà l’échelle nationale: 10 des 14 villes de plus d’1 million d’habitants sont situées dans la partie européenne. Moscou (9 millions d’hab.) et Saint-Pétersbourg (5 millions) sont les vitrines de la Russie urbaine et s’appuient sur leur patrimoine et la diversité de leurs activités économiques. En dehors de ces 2 grandes agglomérations on peut dégager 2 grands axes d’urbanisation: le bassin de la Volga et l’Oural.2. Le cœur industriel et agricole de la Russie.La partie européenne de la Russie regroupe l’essentiel des activités dupays. Les principales régions industrielles: la Russie d’Europe fournit les ¾ de la production industrielle du pays. La région de Moscou emploie plus de 20 % de la main-d'œuvre industrielle (constructions mécaniques, textiles…). SaintPetrograd et Leningrad) est aussi une grande région-Pétersbourg (ex industrielle. L’Oural et la Volga constituent de gigantesques concentrations industrielles (métallurgie et activités du complexe militaro-industriel). La majeure partie de la production agricole russe:la Russie d’Europe bénéficie de grandes étendues de terres fertiles, letchernoziom,terres noires au sud de la Russie entre le Don et la Volga (sol de prairie noir, profond, fertile, provenant de la décomposition rapide des végétaux mais ne couvrant que 3 % du territoire). Cette zone est le domaine des grandes cultures caractérisées par un paysage d’immenses parcelles de plusieurs dizaines d’hectares. Cegrenier de la Russieème fournit les 2/3 de la production de blé, les 9/10de la production de sucre et de tournesol. Cependant, la Russie n’est pas une grande puissance agricole et n’atteint pas l’autosuffisance alimentaire. Les pesanteurs héritées de 70 années de collectivisme agraire, l’archaïsme du machinisme, les dysfonctionnements dans les transports, le stockage et la distribution (gaspillage) expliquent en partie les difficultés de l’agriculture russe.Un réseau de transports relativement développé: la mise en valeur de cet espace européen repose sur un réseau de transports relativement dense et assez bien diversifié. Les différents réseaux sont polarisés autour de Moscou, les axes majeurs (routes, chemins de fer) sont disposés en étoile autour du centre moscovite. Cependant, comme dans toute la Russie, les différents réseaux souffrent d’une densité insuffisante et de leur vétusté. 3. Le décalage population/ressources. La question des transports est d’autant plus essentielle que l’inadéquation entre la population et les ressources s’aggrave. En Russie occidentale, la presqu’île de Kola et l’Ouraldisposent de ressources minérales importantes. En revanche pour le charbon et les hydrocarbures, la production tend à diminuer dans la partie européenne. Le Donbass et le bassin de lignite de la région de Moscou ne représentent plus nd que 10 % de la producti2Les gisements d’hydrocarbures duon charbonnière.Bakou, entre Volga et Oural ne produisent plus que 25 % du pétrole russe. L’Europe russe avec plus de 80 % de la population du pays nerecèle plus que 25 % des richesses minières et énergétiques. Cedécalage qui tend à s’accroître impose un transfert massif des produits miniers et énergétiques de la Sibérie vers l’ouest du pays.2
B.L’espace peu peuplé et ponctuellement mis en valeur de la Sibérie 1. Unespace caractérisé par son faible peuplement.La densité moyenne de la Russie n’est que de 2 hab. /km2. Le nord de la Sibérie est quasiment vide à l’exception de quelques noyaux isolés, discontinus, liés à l’extraction de matières 1res. Le peuplement est plus dense au sud, le long duTranssibérien.À l’est du Kouzbass (bassin charbonnier), la densité diminue et le peuplement se réduit à une succession d’îlots. Quelques villes millionnaires organisent le réseau urbain: Ekaterinbourg, Tcheliabinsk, Omsk et Novossibirsk. L’espace sibérien se caractérise aussi par le nombre élevé des ethnies non russes. 2.Un réservoir de matières 1reset d’énergie.À l’est de l’Oural,l’immense hinterland russe apparaît avant tout comme unimmense espace riche en ressourcesà peine entamées. La Sibérie concentre en effet la majorité des ressources nationales pour les matières 1res, le bois et le potentiel énergétique. La Russie d’Asie fournit 70 % du pétrole, 90 % du gaz, 77 % du charbon et 40 % du bois. La Sibérie est un vastefront pionnier, l’axe transsibérien est une véritable colonne vertébrale d’où partent des axes de pénétration vers les nouveaux fronts pionniers. La mise en valeur très méridionale de cette bande sibérienne repose en partie sur l’exploitation agricole. La Sibérie produit 18 à 20 % des céréales, des produits d’élevage et des pommes de terre russes. Le long du transsibérien se sont développées quelques régions industrielles comme le Kouzbass prés de Novossibirsk et la région d’Irkoutsk. Prés de la façade pacifique, la mise en valeur se limite à un mince liseré agricole et à quelques foyers isolés (Komsomolsk, Khabarovsk). Les régions septentrionales de la Sibérie et de l’Extrême-Orient rassemblent l’essentiel des réserves de matières 1res et de produits énergétiques russes. L’exploitation a commencé dans les années 30 en utilisant largement la main-d'œuvre duGoulag.Mais le vrai tournant de la mise en valeur date des années 60 avec l’exploitation des hydrocarbures de la plaine de l’Ob ("3e Bakou"qui produit aujourd’hui les 2/3 du pétrole). À l’est, l’occupation et la mise en valeur des espaces nordiques sont très ponctuelles du fait des conditions climatiques extrêmes et des difficultés d’accessibilité. Le réseau de transport limité au Transsibérien est saturé par les fluxde la Russie d’Europe: expédition des produits bruts vers l’ouest, envois de biens agricoles et manufacturés vers la Sibérie. Seul l’avion réussit à désenclaver une grande partie de l’Asie russe.II. Les facteurs du déséquilibre du territoire russe A. Lepoids des contraintes naturelles L’immensité:l’étendue de la Russie lui assure d’abondantes ressources mais complique leur exploitation : les transports sont longs, le Transsibérien met 9 jours pour aller de Moscou à Vladivostok (10 fuseaux horaires).L’effet du relief: la Russie n’est pas une morne plaine, une grande partie est constituée par des espaces montagneux qui sont dominants à l’est de l’Ienisseï et le long des frontières méridionales. Le froid estun véritable obstacle: le pôle mondial du froid (hors Antarctique) se situe au nord-est de la Sibérie où l’on a enregistré –70°C. Dans une grande partie de la Sibérie, toute agriculture est impossible. Lamerzlotaaffecte plus de la moitié de la Sibérie (gel permanent du sol en profondeur, cepermageloupergélisolpeut atteindre plusieurs mètres de profondeur). Au printemps et en été, les 1ers mètres dégèlent et laissent apparaître de véritables lacs de boue. Laraspoutitsa(dégel du printemps qui transforme les routes en fondrières boueuses et fortes inondations) rend très difficiles les communications. La banquise et les glaces flottantes 3
limitent la navigation maritime en Arctique à quelques mois d’été: les seuls ports maritimes utilisables sont Saint Petersbourg sur la Baltique et Vladivostok sur la mer du Japon. B. Le poids de l’histoire1. Laconquête russe.La Russie s’est construite à partir du foyer moscovite dès le 15esiècle, ce qui explique en partie le peuplement plus dense et la mise en valeur de la Russie d’Europe. L’extension qui conduit aux frontières de l’URSS est historiquement très récente: le Caucase et l’Asie centrale deviennent russes au 19esiècle seulement. Cette expansion relève d’une aventure coloniale classique.2. Levolontarisme soviétique.Le régime soviétique mène une politique de mise en valeur de l’Oural, de l’axe transsibérien et des îlots sibériens. Cette mise en valeur est effectuée par des ouvriers volontaires encouragés par l’émulation socialiste et par des prisonniers des camps de travail (goulag). Les peuples déportés, les prisonniers du goulag ouvrent des fronts pionniers, creusent des canaux, exploitent la taïga, les mines de fer, de charbon et créent des villes nouvelles en Sibérie. III. La complexité des dynamiques actuellesA. Lesrégions et les espaces dynamiques
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1. Larégion de Moscou et les régions centrales.La Russie d’Europe est un lieu de concentration des hommes et des activités qui a tendance à renforcer sa prépondérance. Les flux financiers (investissements) et les flux migratoires internes (en provenance de Sibérie) et externes (mouvement des "pieds rouges" : retour des populations russes des anciennes républiques soviétiques devenues indépendantes) révèlent unrepli des hommes et des activités sur le centre. Moscou et sa région sont animées par de nouvelles dynamiques: autrefois ville symbole du communisme, Moscou est désormais unlaboratoire du libéralisme.L’ouverture de l’économie de marché à l’international a été organisée depuis Moscou, ville qui reçoit 80 % des investissements étrangers. Moscou est en train de se doter d’un quartier des affaires, "Moscow City". Cette hyper centralisation fait de Moscou une métropole dynamique où les activités tertiaires occupent 80 % de la population active.La région de Moscou est encore une région industrielle où se concentrent 25 % de la main-d'œuvre ouvrière du pays (constructions mécaniques, chimie, métallurgie, textile…). Certains secteurs font face à une grave crise de reconversion mais la région est en redressement sensible grâce à sa situation centrale, son tissu industriel diversifié et au développement de nouvelles activités (services, tourisme).2. Desmétropoles dynamiques.L’exemple de Moscou montre queles espaces les mieux placés dans la transition sont les grandes métropoles, bien équipées et économiquement diversifiées. La crise de l’emploi, la médiocrité des services à la campagne et dans les petites villes entraînent des mouvements vers les métropoles les mieux équipées qui offrent de meilleures perspectives d’embauche et de formation dans les nouvelles branches d’activités. Une quinzaine de centres émergent. Moscou entraîne dans la croissance un axe vers Saint Petersburg. La plupart des capitales régionales de cette région centrale progressent : Nijni Novgorod et Voronej s’affirment comme relais de la capitale vers l’est et le sud. L’ensemble Volga-Oural était le fief et le bastion du complexe militaro-industriel et de l’industrie automobile. Il reste le 2e ensemble d’activités autour des villes de Kazan, Volgograd, sur la Volga, Rostov sur le Don, Perm, Oufa, Ekaterinbourg et Tcheliabinsk. La concentration des hommes et des activités concerne les villes le long du Transsibérien entre Oural et Baïkal : Tioumen (base arrière des champs depétrole et de gaz), Omsk (métropole de l’Irtych), Novossibirsk 5
(centres scientifique et universitaire sur l’Ob), Tomsk (ancien centre historique de la Sibérie), Krasnoïarsk (métropole de l’Ienisseï), Irkoutsk prés du lac Baïkal (métropole historique donnant accès à l’Asie orientale). 3. Lesrégions qui peuvent valoriser une situation.Aujourd’hui, la capacité d’ouverture influence davantage la localisation des activités. L’importance des " littoraux utiles "se trouve renforcée. La région de Saint-Pétersbourg tire profit de son ouverture sur la mer Baltique, la région de Rostov, de son ouverture sur la mer Noire, la région de Vladivostok de son ouverture sur la mer du Japon et sur le Pacifiqueainsi se dessinentdes interfaces dynamiques au sud-est et àl’ouest de la Russie.  B.Les espaces en difficulté ou en déclin 1. Lesvieux bassins industriels.Les régions d’industrie lourde sont empêtrées dans la reconversion de leurs combinats obsolètes dont les productions ne trouvent plus de débouchés. Il s’agit de vieux bassins industriels de l’Oural et du sud de la Sibérie (Kouzbass, Ienisseï, Agara-Baïkal).  2.Certaines régions agricoles.Beaucoup de régions agricoles affrontent de graves difficultés. Dans la région des terres Noires, les sols sont parmi lesplus fertiles du monde mais l’agriculture intensive (productivisme) les a fragilisés et les rendements diminuent. Les activités minières et industrielles proches (Koursk) provoquent de graves pollutions. Ces campagnes sont minées par l’exode rural.2. Les périphéries éloignées de Sibérie et d’Extrême-Orient.Les matières 1resy sont abondantes, mais leur exploitation est très difficile en raison de conditions naturelles extrêmes. La production industrielle y est en chute. Ces régions ont du mal à retenir une population pionnière dont les avantages financiers s’atténuent, dont les salaires sont payes en retard et qui n’est plus sous le joug du totalitarisme soviétique. Ces campagnes connaissent un véritable exode. Ces flux de population se dirigent vers le centre et les villes du sud de la Sibérie. ConclusionPendant la période soviétique les autorités disposaient de l’arme de la contrainte comme outil d’aménagement du territoire. Aujourd’hui, on assiste à unerecomposition du territoire obéissant à des logiques nouvelles, celles de la mondialisation et du libéralisme. Le contraste entre le centre occidental et les périphéries orientales se renforce. On distingue : une Russie européenne organisée autour de Moscou qui tire profit de la nouvelle donne ("repli sur la Russie utile ") ,une Sibérie occidentale et l’axe du Transsibérien ("arc des villes dynamiques ") exploités pour leurs ressources (périphérie exploitée) où la restructuration des bassins industriels est très difficile et une Sibérie orientale , réservoir de matières 1res et d’énergie, où les contraintes naturelles sont fortes et le peuplement de plus en plus faible (périphérie délaissée). La valorisation des ressources du pays, la maîtrise du territoire passent par le redressement de la situation financière du pays et l’amélioration du système de transports qui constitue encore un "goulet d’étranglement".
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