"UE–Chine-Afrique: d'une relation de concurrence à un partenariat ...

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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SPEECH/07/442
Louis Michel
Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire
"UE–Chine-Afrique: d'une relation de
concurrence
à
un
partenariat
triangulaire pour le développement de
l'Afrique "
Conférence "UE-Chine-Afrique" organisée par la Commission
européenne
Bruxelles, le 28 juin 2007
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Excellences, Mesdames, Messieurs, distingués invités,
Permettez-moi d'exprimer l'honneur et la satisfaction que représente pour moi votre
participation si nombreuse à cette conférence. Cela témoigne de l'intérêt réel qui est
porté au sujet de ce jour, à savoir le dialogue et la coopération entre l'Afrique, la
Chine et l'Union européenne.
Je voudrais le dire d'emblée pour que les choses soient claires et sans ambiguïté: le
destin de l'Afrique appartient aux Africains et à nul autre. Les nations du continent
africain dont je salue ici les nombreux représentants, ont pris ce destin en main.
Elles construisent patiemment et résolument une Afrique nouvelle. Elles ont mis en
place une stratégie africaine pour le développement – le NEPAD. L'Union Africaine,
dont le Sommet s'ouvrira dans quelques jours à Accra, est devenue l'expression la
plus tangible de cette nouvelle réalité africaine. L'Afrique vit à l'heure de l'économe
monde et de la globalisation. Elle affirme sa dimension internationale et globale. Elle
se mobilise sur les grands thèmes globaux (changement climatique ; énergie...).
Elle a tissé un vaste réseau de partenariat à travers le monde avec la volonté ferme
de refonder ses relations. Ceci implique de la part de ses partenaires adoptent enfin
une attitude moderne, confiante et loyale. Il faut sortir de l'approche caritative ou
paternaliste.
Cette nouvelle approche, je crois que l'Union européenne et la Chine sont prêts et
désireux de la mettre en ouvre. Nous sommes tous deux des partenaires majeurs
de l'Afrique. Au sommet UE-Chine de l'année dernière, nous avons commencé un
dialogue sur la paix, la stabilité et le développement durable de l'Afrique. Nos amis
africains doivent jouer un rôle moteur dans ce dialogue. Ceci explique la démarche
trilatérale qui caractérise cette conférence.
L'Afrique a tout à bénéficier d'un engagement à ses côtés de l'UE et de la Chine
basé sur une plus grande coopération !
Vous me direz, un ménage à trois, ce n'est pas évident. Mais étant optimiste de
nature, je veux défaire les préjugés et convaincre les sceptiques. Je voudrais
notamment rejeter le barrage de critiques que certains en Occident érigent face à la
montée du rôle de la Chine en Afrique. Je voudrais développer devant vous
quelques réflexions à ce sujet.
Tout d'abord, les besoins de l'Afrique sont si énormes que tous les acteurs qui
contribuent au développement de ce continent sont les bienvenus! Je me réjouis
donc de l'engagement de la Chine en Afrique. Ce faisant, la Chine répond d'ailleurs
aux demandes de l'Union européenne de prendre des responsabilités face aux défis
mondiaux dont le développement soutenable est un des premiers et des plus
difficiles.
Le titre du document stratégique de la Commission sur les relations avec la Chine,
adoptée en octobre dernier, "
Un partenariat renforcé, des responsabilités accrues"
résume bien à mon sens, le sens de notre relation au
sujet de l'Afrique. Nous
sommes concurrents, mais nous sommes aussi partenaires et l'Afrique doit
bénéficier d'une relation renforcée entre nous, et non en pâtir.
D'ailleurs l'UE et la Chine ont des points communs fondamentaux dans leur relation
à l'Afrique : ce sont deux acteurs qui rejettent l'afro-pessimisme et qui ont compris
peut-être plus que les autres, le grand potentiel de l'Afrique. UE et Chine sont
également parmi les plus grands partenaires commerciaux et investisseurs en
Afrique, respectivement au 1
er
et 3ème rang mondial. Cette réalité appelle plus de
partenariat entre nous.
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La Chine grâce à ses propres expériences de développement et
grâce à une
cohérence de ses politiques, peut apporter beaucoup à l'Afrique. C'est cette Chine,
jadis un pays synonyme de famine et de pauvreté, qui par un processus de
développement propre a tiré 400 millions de ses habitants de la pauvreté absolue.
Aucun pays n'a fait de tels progrès vers les Objectifs du Millénaire. La Chine n'a pas
accompli ceci du jour au lendemain. Ce n'est pas un miracle non plus. C'est un
succès dû au travail ardu des Chinois, à la conscience que l'éducation, la formation
et la maîtrise de la croissance de la population sont des facteurs clés d'une
croissance économique soutenue. La Chine a profité de la mondialisation et de
l'ouverture. Bien sûr, la Chine est confrontée à ses propres défis en termes de
déchirure sociale, d'urbanisation et de pollution. Le gouvernement est pleinement
conscient qu'il a intérêt à mettre en oeuvre une stratégie de développement
soutenable pour continuer sur le chemin de la croissance et la prospérité.
Permettez-moi d'emprunter une citation à l'architecte de la modernisation chinoise
Deng Xiaoping : "
nous devons traverser le fleuve en gardant pied
". C'est la clé du
développement : et il en va pour la Chine comme pour l'Afrique. Et la Chine peut
aider l'Afrique à garder pied.
Ainsi, la Chine a eu un impact considérable sur la croissance économique de
l'Afrique qui se situe dans les 6% en moyenne depuis quelques années. "L'effet
Chine" compte pour deux points de ce pourcentage, directement, grâce à ses
activités de coopération économique ou indirectement grâce à l'envolée des prix de
matières premières et produits agricoles ou halieutiques dont la Chine est devenu le
premier acheteur mondial.
Mais la Chine a aussi rejoint la communauté internationale qui s'est engagée à
oeuvrer pour les Objectifs du Millénaire pour le Développement, comme l'a annoncé
le Président Hu Jintao lors du sommet des 6O ans des Nations Unies.
Excellences, Mesdames, Messieurs,
Ceci dit, il est aussi important de reconnaître que l'engagement de la Chine soulève
des questions et parfois des inquiétudes en Afrique même. Il est clair que la Chine
poursuit en Afrique ses intérêts économiques, diplomatiques et stratégiques. Mais
ceci est tout à fait légitime et ne peut être en soi sujet à critiques. L'important est de
poursuivre des approches "
gagnant-gagnant
".
Je ne donnerais certainement pas de leçon de morale à nos amis chinois car la
philosophie et la stratégie de l'Europe à l'égard de l'Afrique a été longtemps
caractérisée par une relation asymétrique donateur-bénéficiaire doublée d'une
fausse bonne conscience idéologique ainsi que d'une vision unilatérale de nos
intérêts. Cette vision archaïque, irréaliste, a été terriblement préjudiciable. Cette
page doit être tournée au profit d'une nouvelle conception du partenariat, entre
partenaires égaux en droits et en devoirs, qui s'appuie sur des paramètres tels que
le développement durable, l'appropriation, la bonne gouvernance économique,
fiscale et sociale, les transferts technologiques particulièrement dans l'information et
la communication, pour n'en citer que quelques uns.
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C'est sur cette base là, souhaitée et voulue par nos partenaires africains que nous
devons réfléchir et travailler ensemble, Européens et Chinois. Nous pouvons
ensemble échanger nos expériences, féconder mutuellement nos approches. Nous
pouvons ensemble promouvoir des initiatives de commerce responsable telles qu le
Forest Law and Environment Governance
ou encore le
Extractive Industries
Transparency Initiative
et beaucoup d'autres. Nous pouvons travailler à ce que nos
entreprises acceptent plus de responsabilité sociale et environnementale, et
renforcent davantage leur partenariat avec des entreprises locales.
Cette coopération entre nous peut également s'étendre de manière bénéfique à
notre approche du développement. Je suis bien conscient qu'un certain nombre de
règles internationales et de pratiques dans la gestion de l'aide ont déjà été
développées, souvent sans que la Chine n'y ait été invité ou ait pris part dans leur
formulation. C'est à cela que nous devons remédier si nous voulons que la
concurrence soit harmonieuse et contribue au développement de l'Afrique d'une
manière durable. Pour ma part je ne suis pas d'avis que l'on puisse exiger de la
Chine qu'elle se plie à des règles, sans en discuter d'abord avec elle. Bien entendu,
ce n'est dans l'intérêt de personne que la Chine fasse cavalier seul. Ces règles-là
n'ont bien évidemment pas été conçues pour écarter la Chine, mais dans un souci
d'améliorer les conditions de développement.
Les
inquiétudes
existantes
se
fondent
aussi
en
grande
partie
sur
une
méconnaissance
de
la nature de l'engagement chinois ou une absence
d'informations. Une certaine confusion existe sur ce qui est de l'aide au
développement et l'engagement commercial qui a certes un effet positif
sur le
développement, mais qui n'a pas pour objectif principal de combattre la pauvreté. Là
aussi, il me paraît être dans notre intérêt réciproque de dissiper les inquiétudes et
les suspicions. En renforçant notre dialogue et notre compréhension mutuelle, nous
pouvons travailler
à
renforcer la synergie de nos actions respectives et ainsi
améliorer la division du travail entre donateurs et partenaires de l'Afrique. Il y a des
domaines comme par exemple les infrastructures ou le secteur de la santé, où notre
coopération pourrait être aisément renforcée au bénéfice de l'Afrique.
Nous souhaiterions, par ailleurs, discuter avec la Chine et nos partenaires d'Afrique
comment les Africains, les Européens et le cas échéant les institutions
internationales ou les initiatives existantes peuvent utilement coopérer et améliorer
l'efficacité et la qualité de l'aide au développement. Il me paraît primordial que la
concurrence qui existe parfois entre nous ne soit pas une concurrence qui se fasse
au détriment des pays et des citoyens des Etats africains, mais bien au contraire,
qu'elle soit profitable à tout le monde, aux Africains en premier lieu, mais aussi j'ose
le dire, à chacun de nous. C'est le sens de l'approche
"gagnant-gagnant
".
Donc, il faut se rencontrer plus souvent. Il faut évaluer ensemble sur ce qui marche
et ce qui ne marche pas. Nous nous retrouvons ici aujourd'hui pour mieux
comprendre nos différences, nos points communs, nos idées, nos objectifs, nos
expériences. Tout ceci nous enrichira, nous rendra plus forts et nous aidera à
explorer des nouvelles voies.
Le but principal de cette conférence est de jeter des ponts entre nous, d'explorer
des pistes pour coopérer. Cette coopération s'inscrit dans un cadre de référence:
les Objectifs du Millénaire qui fixent nos objectifs communs. Mais mon ambition
c'est aussi d'aller au-delà. Ce dont nous avons besoin, ce dont nos partenaires ont
besoin, c'est d'une coopération active et concrète. Il y a le temps de la réflexion, de
la conception et de l'action. Je souhaite que nous allions au bout de ce processus.
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Excellences, Mesdames et Messieurs,
Une chose est certaine, nous aspirons tous à un monde plus prospère, plus sûr,
plus juste, moins pollué et plus vivable, bref un monde harmonieux pour reprendre
un adjectif cher à nos amis chinois. Je suis sûr que c'est dans cet esprit que vous
mènerez vos travaux aujourd'hui afin d'identifier des idées concrètes sur lesquelles
nous pouvons travailler ensemble. Je suis convaincu que nous saurons ensemble
trouver un cadre commun pour notre coopération trilatérale.
Je compte m'appuyer sur les résultats de vos discussions pour poursuivre et
amplifier le dialogue avec les autorités chinoises lors de ma mission à Pékin dans
deux semaines.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Je vous souhaite des discussions fructueuses et enrichissantes et vous remercie
pour votre présence et votre engagement.
Merci beaucoup pour votre attention.
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