Petite histoire des Halles Les Halles de Paris, situées sur la ...

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Petite histoire des Halles
Les Halles de Paris, situées sur la rive droite de la Seine, sont un quartier très particulier de
l’ancienne « ville-lumière ». Ce quartier est à la fois central, « populaire » et doté d’une charge
symbolique forte, qui le renvoie au passé de la ville et le situe aux confins de la vie et de la mort.
Etre (ou plutôt avoir été) tout à la fois le plus grand marché et le plus grand cimetière de la ville,
cela n’est pas sans conséquence sur la mémoire d’un lieu...
Aux premiers siècles de notre ère, les terrains de la rive droite de la Seine, à gauche de la route de
Saint-Denis, établis sur un point haut (33m) et protégés des crues, sont des marécages entrecoupés
de quelques cultures ; on appelle ce lieu « les Campalli », c’est-à-dire les petits champs ou «
Champeaux », c’était des terrains conquis sur le marais fort propres aux cultures, le sol fut de bonne
heure exploité. En 1137, Louis VI le gros décide de créer un marché en plein air, alors hors les
murs, en remplacement du marché Palu de l’île de la Cité et de celui de la place de Grève. Ce lieu
n’a pas été choisi par hasard, puisqu’il se situe à proximité de la rue Saint-denis, principale voie
d’accès aux provinces du nord, au carrefour des rues Montmartre et Montorgueil, menant au port de
la Manche. En outre, les rues Saint-Denis, Saint-Jacques de la Boucherie et Saint-Germain
l’Auxerrois, qui desservaient le marché, furent les premières rues pavées de Paris. En 1181,
Philippe Auguste transfère aux Champeaux la foire Saint-Lazare ou saint Ladre , qu’il avait achetée
aux lépreux . En 1183, sous le règne de Philippe Auguste, furent édifiées les premières Halles
couvertes. Elles consistaient en deux grandes bâtisses protégeant un marché tenu en plein air qu’on
appelait « carreau des Halles ». Quelques années plus tard, du fait de la croissance urbaine, un
nouveau rempart, de 2m d’épaisseur et de 8 m de haut, est construit - la célèbre enceinte de
Philippe-Auguste, expression d’une volonté royale qui conjugue la défense et le souci de sécurité
avant le départ du roi en croisade -, les Halles se trouvent englobées dans cette enceinte et elles font
donc désormais partie intégrante de la ville. Les Halles, elles-mêmes, étaient encloses de murs, qui
les séparaient de la « foire cemeteriale » (cimetière des Innocents) ; les portes étaient fermées la nuit
venue. Le « marché des champeaux » est ainsi devenu le centre permanent du commerce de gros et
de détail de Paris ; l’organe régulateur de l’approvisionnement de la ville. Ce « grand bazar », où
s’achetaient et se vendaient « du drap, des fourrures, des bonnets, des peignes, des miroirs, des
fruits, des œufs, de la viande… », n’a eu de cesse de prospérer. Le centre de ce marché était une
place triangulaire bordée de galeries et de maisons à arcades, comme on en voit sur la place centrale
des bastides. C’était une place typique du Moyen âge, où se côtoyaient une fontaine et un pilori.
Pour illustrer cette atmosphère médiévale, voici la description de ce pilori et du rituel dont il était le
cadre. Description qui n’est pas sans évoquer les premières pages de Surveiller et punir de Michel
Foucault : « C’étaient une ancienne tour de pierre octogonal, dont l’étage supérieur est percé de
fenêtre dans toutes les faces. Au milieu de cette tour est une machine de bois, tournante, et percée
de trous où l’on fait passer la tête et les bras des banqueroutiers frauduleux, des concussionnaires et
autres criminels de cette espèce, qu’on y condamne. On les y expose pendant trois jours de marché
consécutifs, deux heures chaque jour ; et de demi-heure en demi-heure on leur fait faire le tour du
pilori où ils sont vus en face et exposés aux insultes de la populace. »
A l’angle de la rue Saint-Denis et de la rue de la ferronnerie se situait le cimetière des Innocents,
entouré depuis 1186 par un mur de trois mètres de haut, pendant longtemps (huit siècles) le plus
important et le plus fréquenté de Paris, familiarité avec la mort des temps médiévaux oblige. Ce
cimetière date des romains « qui avaient la coutume d’inhumer leur mort en dehors de la ville
(espace consacré) et de dresser des tombeaux en bordure des grandes routes, et donc avaient
constitué un cimetière tout au long de la route, alors très fréquentée, qui menait à saint-Denis. » Au
Moyen âge, malgré tous les efforts il faisait l’objet d’appropriation populaire, il était à la fois
marché, de rassemblement et de débauche. « Il n’y avait pas d’endroit plus animé. Les charniers
furent ce que fut plus tard pour les Parisiens la Galerie marchande du palais, le Pont-Neuf et les
galeries du Palais-Royal. Ils constituaient un lieu de promenade ; des écrivains publics prêts à
dresser lettres, placets et mémoires ; des marchandes de modes, de lingerie, de bonneterie, des
marchands de tableaux installaient leur étalage sur des tombeaux… ». Si l’on est sensible au nom
des rues - la rue de la Grande-Truanderie n’a cessé au cours de siècles de justifier son nom ! - ; cette
toponymie reflète bien l’atmosphère de cour des miracles qui régnait en ces lieux. D’ailleurs,
mendiants, fripons et larrons y venaient fréquemment puisque « la cour des miracles » proprement
dit, située entre les rues Montorgueil, Saint-Sauveur et le couvent des Filles-Dieu, était toute
proche. Au XVI e siècle, si un premier assainissement avait déjà été fait sous François 1er, c’est
sous Henri II, le marché s'étendant et se complexifiant encore, qu’on envisagea sa première grande
réorganisation (« sa Réformation ») dans le sens d’une plus grande clarté (un plan ordonné avec
rues perpendiculaires) et d’une meilleure répartition des denrées. On fit aussi bâtir des maisons
somptueuses bordées de portiques ou galeries couvertes connues sous le nom de « piliers des Halles
» (grands et petits) destinées aux « bourgeois preneurs de vieilles places et ruynes» . L’église Saint-
Eustache, « l’église des gens de la Halle », qui dit-on est la plus belle église parisienne après Notre-
Dame, fut édifiée en 1532, sous François I er et achevée en 1637, par Jean-François de Gondi,
premier archevêque de Paris. La paroisse Saint-Eustache, elle, date de 1223. A la fin de l’Ancien
Régime, on réorganisa une seconde fois les Halles, l'Hôtel de Soisson (Hôtel de Catherine de
Médicis) fut remplacé par une nouvelle Halle au blé, par Nicolas Le Camus.
En 1780, les conceptions hygiénistes en faveur, mais aussi compte tenu de l’augmentation de la
demande, du manque de place et des difficultés de circulation etc., le cimetière des Innocents, ainsi
que l’Eglise des Innocents et les maisons qui l’entouraient furent abattus et aménagés en marché
aux fleurs, fruits et légumes. « Situé dans un des quartiers les plus peuplés de la ville, et environné
de maisons qui le concentraient de toutes parts, le cimetière des Saint-Innocents réunissait là tout ce
que l’on sait que l’aspect de pareils lieux peut inspirer de dégoût et d’horreur, les sources
d’infection les plus multipliées et les plus actives(…) Tel était donc l’état qu’offrait cette lugubre
demeure ; une immense multitude de mort accumulés depuis des siècles ; un emplacement
considérable, rempli par de vaste amas de cadavres(…)La mort enfin avec toute les sources
d’infections occupant tout les points, toutes les surfaces, toutes les profondeurs de cette enceinte ».
En 1783, on supprima le pilori qui fut remplacé par une fontaine (la fontaine de Innocents).
En 1802, un décret Napoléonien ordonne la construction de quatre marchés couverts et de la
rénovation du marché des Halles. Signe des temps, il est, lui aussi, soucieux « d'hygiène urbain »,
mais il est également soucieux de l'approvisionnement de la capitale. Aussi projeta-t-il la
construction d’une Halle centrale entre le marché des Innocents et la Halle au blé. Il « avait décidé
de les reconstruire à leur emplacement traditionnel, mais sans aller au delà. La question fut reprise
en 1840 et le conseil municipal à l’initiative du préfet Rambuteau créa la Commission des Halles,
qui ayant à se prononcer entre deux projets, celui de Napoléon Ier et un emplacement en bordure de
la Seine, choisit le premier. … » . En 1837, le préfet Rambuteau demande à l’architecte Lahure une
étude sur les Halles ; en 1842, le même préfet crée la commission des Halles, qu’il chargera de la
mise en œuvre d’un projet de réorganisation complète du quartier, pour permettre à
l’approvisionnement de correspondre au besoin de la population. C’est sous un climat passionnel
que se déroulent ces projets de réaménagement. Déjà, l’une des controverses vise la question du
déménagement ou non des Halles hors de Paris. En 1845, Victor Baltard et Felix Callet sont
nommés architectes des Halles, en 1848, ils mettent en oeuvre leur nouveau projet. Leur projet se
fondait sur de lourdes constructions en pierre. « Quant au mode de construction, expliquait Baltard
à Louis-Bonaparte, nous avons désiré, il est vrai, nous distinguer de celui qui est généralement usité
dans les gares de chemins de fer, où l’on ne paraît s’être préoccupé que de la légèreté, nous avons
pensé que les Halles ne devraient pas être seulement des hangars couvert par des formes composées
d’une multitudes de tringles en fer. Nous avons inventé des formes cintrées d’un aspect régulier et
géométrique. Nous nous sommes appliqués à les contenir dans une enveloppe suffisamment
résistante. Nous avons eu le soin de faire entrer le jour par des côtés au moyen de grandes baies
garnies de persiennes en cristal dépoli et non pas des châssis vitrés sur les rampants des combles, ce
mode offrant, surtout pour des marchés où la température ne doit jamais être excessive, de graves
inconvénients. » Trois ans plus tard, en 1851, les premiers travaux commencent (expropriation,
ajout de bâtiments, modifications et construction proprement dite…). Cette construction de pierre
de la première Halle, trop lourde, trop massive, aura une très mauvaise réception. Les parisiens la
surnommèrent « le Fort des Halles ». En 1853, Napoléon III visite le chantier et impose l’arrêt
immédiat des travaux. « Ce sont des vastes parapluies qu'il me faut, rien de plus ! » exigeait Louis
Bonaparte. La même année un concours officieux est organisé (142 projets). Baltard et Callet,
malgré leur disgrâce, présentent un nouveau projet, soutenu par Haussmann, nouveau préfet,
manœuvrier habile et ancien condisciple de Baltard. Ce nouveau projet fut largement inspiré du
projet de Hector Horeau présenté en 1845 . En 1854, le second projet de Baltard et Callet est
approuvé par le conseil municipal ; les travaux commenceront dans l’année. L’ensemble du projet
faisait 83000 m², c’est à dire plus de dix fois ce qui existait précédemment. Si douze pavillons
avaient d’abord été prévus, entre 1852 et 1870, dix pavillons, six à l’est et quatre à l’ouest de l’axe
médian, furent effectivement construits ; le 11ème et le 12ème seront construits en 1936. Tous ces
pavillons bénéficiaient du « luxe » de l’époque (l’eau, le gaz…) de façon a effectué le nettoyage, le
travail nocturne… Pendant cette période de « cycle haussmannien », plusieurs rues contiguës seront
percées : ouverture du boulevard de Sébastopol (1859), percement de la rue des Halles (commencé
en 1860 et achevé en 1867), percements de la rue Etienne-Marcel (1865), de la rue Turbigo (1867),
création de la rue Baltard (1877)… Ces travaux de voirie permettront une meilleure accessibilité au
marché, depuis les « barrières » et les gares de Paris. Les Halles, à cette époque, vont être placées
sous la double autorité de la préfecture de police, qui va assurer les problèmes de sécurité, et de la
préfecture de la Seine, qui va surveiller les opérations sur le plan économique. En 1887, la Halle au
blé est transformée en la Bourse du Commerce ; en 1893, l’ « Arpajonnais », train de marchandises,
venant du sud de Paris, qui dessert et relie les Halles au réseau de chemin de fer, en utilisant les
voies des tramways. En 1959, une ordonnance du conseil des ministres décide le transfert des
Halles (Michel Debré était alors premier ministre) ; le gouvernement choisit Ringis pour implanter
le nouveau marché. « Ce n’est pas sans regret que nous verrons disparaître ce qui aura été un des
plus beau marché du monde, tout un Orient, tout un Moyen Age et tout un XVIII e siècle de Rétif
de la Bretonne miraculeusement épargné au centre d Paris. » En 1965, la décision, par décret, de
transférer les activités du marché de gros des Halles vers les sites de Rungis et La Villette fut mise
en acte. On argumenta de l’encombrement de la circulation, des problèmes d’hygiène et de
l’exiguïté des lieux, du devenir démographique et urbanistique de Paris… « L’argument
économique, sans doute parce que le plus mystérieux et le plus obscure, (…), était le plus souvent
cité. Et puis l’hygiène. La saleté légendaire des Halles. Les denrées en plein air et en toutes saisons,
à la chaleur, au froid, à la pluie, au soleil (…) Bien entendu, je cite en vrac les mots tels que je les
trouvent dans les discours, sans chercher à les mettre en ordre, comme on arrangerait les
marchandises, (…). Mais la saleté arrangeait tout le monde. (...).Pour dramatiser davantage, les rats.
La veille peur moyenâgeuse des rats. Une armée de rats. (…)Et pour compléter ce spectacle à la
Gustave Doré, les grosses prostituées de Villon, peu discrètes il est vrai, certaines étalant leur
charme jusque sur les marches de Saint-Eustache. Enfin, les satyres et les clochards qu’on
affectaient de confondre…» En 1970, le conseil interministériel et le conseil de Paris approuvent un
projet de Centre Français de commerce international, situé à l’ouest des Halles ; les pavillons de
Baltard accueillent un ensemble d’activités artistiques et culturelles (pièces de théâtre, expositions,
concerts…). En 1971, des pétitions sont signées pour la protection des pavillons de Baltard,
notamment par des personnalités « internationales ». Le projet définitif proposé par l’APUR,
conseillé par louis Aretche et Pierre Faucheux, est adopté par le conseil de Paris cette année-là ; la
démolition des pavillons commence en août. Voici ce qu’en disait un des plus fin observateur de
l’urbanisme parisien, peu avant leur démolition : « Mais faut-il conserver les pavillons Baltard ?
Depuis le commencement du siècle, écrivait Emile Zola dans Le ventre de Paris, on n’a bâti qu’un
seul monument original, un monument qui soit copié nulle part, qui ait poussé naturellement dans le
sol de l’époque ; et ce sont les Halles centrales, auxquelles on ne pourra en effet longtemps
comparer, pour l’élégance et l’audace, que ces deux chefs d’œuvre construits à la fin du siècle que
sont la tour Eiffel et le pont Alexandre III (…) Aménager les pavillons, varier leurs niveaux et leurs
volumes intérieurs, les relier par des passerelles, transformer en rues et en places leurs galeries,
traiter leur ensemble comme une gigantesque coupole à l’intérieur, installer un parc de loisirs et de
culture, un fragment de ville nouvelle à la fois ouvert et protégé, rien de plus stimulant pour un
architecte véritablement créateur et capable de relever les défis du passé. De toute manière l’on se
résignerait mal à voir disparaître ce que le XIXe siècle nous a légué de meilleure, et qui est peut-
être au niveau des grandes entreprises, la seule réussite incontestable de l’architecture parisienne
depuis le Premier Empire. Détruire les Halles au moment où on achève Maine-Montparnasse serait
un symbole et un bilan bien sinistre. » . Ce bilan sinistre a donc été réalisé. Des Halles de Baltard,
aujourd’hui, il ne reste qu’un bas-relief coloré, œuvre d’un sculpteur britannique, Raymond Mason ;
il est situé dans une des premières chapelles latérales nord de l’église Saint-Eustache et il représente
le départ des fruits et légumes. Ainsi que le huitième pavillon, remonté à nogent-sur-Marne.
Commence alors une longue période d’incertitudes et de rebondissements successifs. En 1972,
commence le plus grand chantier parisien de l’époque: « le trou des Halles », que tous les parisiens
viennent visiter. Cette étrange cavité attirera même un réalisateur de cinéma (Marco Ferreri y tourna
un western particulièrement décalé : « Touche pas à la femme blanche »). En 1973, le projet de
Forum est présenté par Claude Vasconi et Georges Pencreac’h et retenu par la ville, tandis qu’en
1974, année de l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la république, le permis de
construire du Centre Français de commerce international est invalidé. En 1974, également, Michel
Guy, Secrétaire d’Etat à la culture, engage une consultation qui conduit aux choix de Ricardo Bofill,
mais ce choix est refusé par le conseil de Paris. Le conseil demande à choisir entre trois projets.
C’est le début d’un bras de fer Ville-Etat . En 1975, trois équipes coordonnées par Emile Aillaud
présentent leur projet au conseil de Paris : Ricardo Bofill, Claude Vasconi, George Pencreac’h et
Alain Provost ; Bernard de la Tour d’Auvergne et Russell Page ; Jean-Claude Bernard, APUR, Arc
Architecture. En 1976, le conseil de Paris opte pour une mosaïque de projets de divers architectes
(Ricardo Bofill, Henri Bernard, Marc Saltet et Bernard de la Tour d’Auvergne). En 1977, Jacques
Chirac est élu à la Mairie de Paris. Premier maire élu de la capitale, « en délicatesse » avec celui
dont
il a été le premier ministre, Jacques Chirac annonce l’abandon du projet Bofill, qui avait pourtant
obtenu un permis de construire. Puis il proclame royalement, « l’architecte en chef des Halles, c’est
moi ». A cette déclaration, il ajoute, « je veux que ça sente la frite ». Voici sa vision des lieux : « La
création d’un grand plateau piétonnier… le cadre bâti formé par les constructions qui bordent le
forum sur trois côtés doit fermer et cerner l'aménagement de ce site sans chercher à le dominer et à
en commander la perception (…) le caractère du quartier, la volonté d'en faire un lieu de large et
naturelle fréquentation à l'échelle du piéton n'impose pas la recherche obstinée d'un objet
architectural venant s'ajouter à la collection des grands monuments du quartier... » En 1978, la
station de RER « Châtelet-les-Halles » sera inaugurée, mais on n’imagina pas, à l’époque, toutes les
implications de cette nouvelle infrastructure, on n’imagina pas qu’elle allait transformer les lieux
durablement… En 1979, le Syndicat des Architectes, dont Jean Nouvel fut une cheville ouvrière,
propose une consultation internationale pour l’aménagement des Halles ; un jury prestigieux sera
constitué. Ce concours aura un grand succès (600 participants), mais il n’infléchira pas la décision
du maire de Paris. On inaugura la même année le Forum des Halles. Voici une très vive réaction de
Louis Chevalier concernant le dit forum : « la puanteur soudaine qui annonce voyageur du métro
l'approche de la station Halles, c'est-à-dire de ce que des ânes ont baptisé Forum, dans l'ignorance
totale de ce qu’est un Forum et de ce qu’il évoque : le grand air, la lumière, celle du soleil au celle
des étoiles, les portiques parmi les arbres et, mêlés aux rumeurs joyeuses de la foule, les chants
d'oiseaux. Le prétendu Forum mériterait bien mieux d’être qualifié de trou : avec toutes les
mauvaises odeurs qui s'échappent des trous, y compris de celui que Rabelais appelle tout crûment
par son nom : le « trou merdeux », et auquel me fait penser ce propos désabusé de visiteurs dudit
Forum : que c’est merdique. » Le piquant du propos du célèbre historien, c’est que sans même s'en
apercevoir, cette description rabelaisienne du forum renoue avec « l’esprit du lieu ».
Jamal Es samri
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