Avant-projet de mise en valeur des Hautes-Côtes de Beaune - article ; n°1 ; vol.22, pg 13-27

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Économie rurale - Année 1954 - Volume 22 - Numéro 1 - Pages 13-27
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1954
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C. Mouton
Avant-projet de mise en valeur des Hautes-Côtes de Beaune
In: Économie rurale. N°22, 1954. pp. 13-27.
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Mouton C. Avant-projet de mise en valeur des Hautes-Côtes de Beaune. In: Économie rurale. N°22, 1954. pp. 13-27.
doi : 10.3406/ecoru.1954.1356
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecoru_0013-0559_1954_num_22_1_1356•
AVANT-PROJET DE MISE EN VALEUR
DES HAUTES COTES DE BEAUNE
Assistant par à V M. Institut Claude National MOUTON Agronomique
Au touriste, les Hautes -Côtes de Beaune se préPrésentation de la région
sentent comme un pays au relief tourmenté, aux
escarpements calcaires, sillonné de vallons profonds A l'ouest de la falaise « Côte dorienne », la do
et verdoyants abritant de riches pâtures ; on y trouve minant de quelques centaines de mètres, s'étendent
des céréales, des vergers, de petits fruits rouges les Arrières Côtes, ou plutôt les Hautes Côtes de
(cassis, groseilles/ framboises); sur les coteaux, Bourgogne, qui se divisent comme la Côte elle-mê
me en trois sous-régions : quelques maigres prés voisinent avec des vignobles
dont quelques-uns sont encore exploités, mais dont Les Hautes Côtes de Dijon, beaucoup, abandonnés aux ronces et aux broussaillLes Hautes Côtes de Nuits, es, se reconnaissent aux murettes de pierres sèches; Les de Beaurie, sur les plateaux, la forêt et des pacages dégradés ces dernières faisant l'objet de cette étude. envahissent des terres autrefois cultivées: Les villa
ges — en général blottis au fond des vallons — donLes Hautes Côtes de Beaune forment un vaste
nent l'impression d'avoir été abandonnés récemrectangle s'étendant du N.-E. au S.-O. sur une lon
gueur de 20 km et sur une largeur de 4 à 8 km, dé ment par une partie importante des habitants. On y
limité : au N.-E. par la route nationale 470 Beaune- rencontre un grand nombre de bâtiments_ tombant
en ruines ou mal entretenus et une forte majorité Bligny-sur-Ouche ; à l'ouest par la plaine des Chau
de vieillards. mes d'Auvenay; au S.-O. par la trouée de Nolay;
Sommes-nous donc en présence d'une région en à l'Est par la Grande Côte qui avance ses vignobles
train de subir uneJente agonie ? dans les Combes jusqu'au contact de ceux des Haut
Reportons-nous aux tableaux 1 et 2. Nous en dées Côtes (par exemple à Bouze, Saint-Romain, La
duisons l'hypothèse de travail suivante : Rochepot).
Tableau 1 - Evolution de la population des Hautes Côtes de Beaune
1911 1926 Année 1820 1859 1880 1906 1946
5.447 6!529 7.057 5.306 5.185 3.953 Population 3.156
Tableau 2 - Evolution de la vigne Une étude plus poussée des caractérist ques natur
elles de la région et la mise en évidence de ses di
verses potentialités (terres, main-d'œuvre, spéculat
1914 Année 1926. 1953 ions plus rentables) nous conduiront-elles à la mê
me conclusion ?
Superficie
1.465 1.114 390 Géologie et hydrographie. des vignes
M C'est la géologie qui permet au géographe d'ex
pliquer le relief de cette région :
La Grande Côte est le rebord oriental d'un vaste La crise phylloxérique et ses conséquences écono
miques ont entraîné la dépopulation d'une région à plateau calcaire d'origine jurassique « La Monta
vocation essentiellement viticole. La vigne semble gne )> qui s'étend entre l'Auxois à l'ouest et la plai
être la seule ressource de cette région. ne de la Saône à l'est. Les mouvements alpins ont •
— 14
— affai Climatologie. provoqué des dislocations de style cassant
,- ssement des terrains de la bordure morvandelle Il est admis que le climat des Hautes Côtes de
de fractures très rapprochés et plus ou moins champs Beaune est, dans son ensemble, le même que celui
parallèles — et des ondulations synclinales ou anti- de la Côte, quelques éléments étant légèrement
clinales plus ou moins marquées — synclinal des accentués.
Chaumes d'Auvenay — puis, le nivellement des gra Les vents dominants sont ceux du sud-ouest. Les
dins néofoimés ou rajeunis a donné, à l'heure ac températures sont, en ^général, plus basses qu'à
tuelle, deux surfaces d'aplanissement : la premièr Beaune- (différence d'altitude) ; le nombre, de jours
e dite « la plate-forme de la Montagne » à une al de gelée est plus élevé dans les Hautes Côtes (Saint-
titude comprise entre 450 et 600 m ; la seconde, aux 1 Romain 78 jours de gelée, Beaune 60, moyenne dé
abords de la Côte à une altitude comprise entre 300 cennale) ; en outre, ces gelées sont souvent plus tar
et 400 mètres. L'érosion travaillant activement dans dives que dans la Côte.
la seconde surface a dégagé les formes structurales, Si les Hautes Côtes de Beaune sont plus arrosées
fait apparaître de nombreuses inversions de relief de que la Côte (moyenne 48-51 : Beaune, 669 mm ;
faille et donné naissance aux deux pentes des Haut La Rochepot, 714 ; Saint-Romain, 828) la réparti
es-Côtes de Beaune, l'une, la plus élevée, exposée tion est la même et présente deux maxima, mai-juin
au sud-est, l'autre, exposée au nord-ouest. et octobre-novembre. Le régime est donc un régime
mixte à dominance atlantique. De nombreux cours d'eau, à la fin du miocène,
creusèrent les combes de la Côte, mais à l'heure ac Conséquences agricoles. tuelle, la région tout entière souffre d'un manque
Les vignobles des Hautes Côtes de Beaune sont d'eau ; quelques rares sources affleurent à la limite
encore plus souvent menacés par les gelées tardives du Lias et du Bajocien et donnent naissance à de
ou la grêle que ceux de la Côte. Il faut donc orienter petits ruisseaux qui rejoignent le val de Saône en
les viticulteurs vers une production de qualité leur traversant les combes. Le problème de l'eau sera
permettant de vendre mieux leurs produits : la récoltéventuellement un des facteurs-limitant une mise en
e' des raisins étant souvent aléatoire. Par suite des valeur rationnelle de la région.
rigueurs- de l'hiver, la végétation se verra arrêtée
dans son développement pendant une longue périoPédologie.
de hivernale (5 mois seuls étant exempts de toute ge
L'examen des coupes géologiques des Hautes lée). Le maximum de mai-juin assurera vla coupe
Côtes nous montre que tous les terrains allant du principale des fourrages, les pluies de la fin de l'été
Trias au Jurassique supérieur sont représentés. assureront les regains. Il sera donc nécessaire de
stocker des fourrages (foins, ensilage...) pour couvLes sols d'origine triasique et liasique argilo-
rir les périodes de disette hivernale et estivale. marneux ont une vocation herbagère marquée (Au-
xois). Cependant, il sera possible de voir prospérer
la vigne, soit sur les calcaires sinémuriens, soit sur DEUX ESQUISSES les éboulis de la falaise du Bajocien dominant la sé
rie liasique, si ceux-ci ont une épaisseur suffisante. MONOGRAPHIQUES
Les marnes du Bajocien supérieur, niveau de sour-
I. — LA COMMUNE DE MELOISEY .ces assez important, peuvent porter soit d'excellentes
pâ'ures, soit des terres à blé si des éboulis calcaires Cette commune, d'une superficie de 1.200 ha endes étages supérieurs se mélangent à elles. viron, est une fidèle image des divers paysages ren
Les- marnes argoviennes forment une partie im contrés dans- les Hautes Côtes de Beaune : 600 ha
portante de la côté viticole de Beaune. Elles sont sur le plateau, 350 ha sur la pente liasique et la val
très calcaires, blanches et pauvres en acide phospho- lée, 250 ha sur le versant Nord-Ouest. Le -village
rique et potasse. En coteaux, elles portent de bonnes s'est installé à mi-pente du versant liasique, à une
vignes. altitude comprise entre 400 et 420 m.
Les sols du Bathonien inférieur et moyen donnent La situation en 1880 : les terres de chaille assez profondes, argilo-siliceu-
Vers 1880, Meloisey était en pleine expansion dé- ses, fertiles mais contenant des rognons siliceux.
mographiqve et économique.
, Sauf dans les vallonnements où la terre a pu s'a La population, comme d'ailleurs dans presque
ccumuler en- couches suffisantes, les sols provenant toute la France au milieu du XIXe siècle, avait
des calcaires du Jurassique sont peu profonds, pier augmenté régulièrement depuis 1820 ; en 1883, reux, très perméables appelant la forêt (pin noir 748 habitants étaient recensés à Meloisey. L'examen
d'Autriche, mélèze, hêtre, acacia) et pouvant cons de la pyramide des âges nous montre la jeunesse et
tituer également d'assez bons pacages à ovins. la force de cette population qui ne comprenait que
36 % de personnes de plus de 40 ans. .

— 15
2 naissances en 1946, 16 en 1880 — - et les mariages L'activité de cette population devait être intense
sont exceptionnels (1 ou 2 par an). La commune se si nous en jugeons, au travers de diverses publica
dépeuple lentement, mais inexorablement ; les jeutions communales, par l'importance - du secteur
nes, les forces vives, la quittent dès qu'ils le peuvent. commercial villageois : 3 boulangers, 3 épiciers, 4
Décadence économique : Peu de bras et. des bras cafés, etc. ; en outre, les divers corps de métiers
âgés vont entraîner une décadence économique cernécessaires à la vie rurale étaient représentés à Me-
taine, d'autant plus que l'activité du village était loisey.
essentiellement agricole, l'homme étant encore la Quelle est la raison principale de cette prospérité ?
seule machine utilisée. Quelles sont donc les caracSans nul doute, c'est l'activité agricole qui s'exerçait
téristiques de la commune en plein milieu du XXe dans tous les domaines ; par exemple, vers 1889,
sècle ? nous trouvons :
— Quatre vingt dix hectares de vignes, soit le — un vignoble de 350 ha couvrant toutes les pent
quart de là surface plantée en 1890 ; ces vignes se es de la commune dont la production, commercialis
trouvent dans les parties les plus accessibles du terée en grande partie, apportait la majeure partie des .
roir communal; Les anciens vgnobles ont été soit rentrées d'argent ;
mis en culture (terres du lias), soit abandonnés aux — 190 ha de terres labourables, la plupart de ces
friches et aux landes. ' terres étant situées sur le plateau, dans de larges ma1' s — Cent dix hectares de terres labourables, depressions creusées à sa surface ;
les terres du plateau ne sont plus cultivées et sont — 120 ha de prés, occupant le fond liasiaue et
devenues de mauvais pacages. La surface des bois triasiaue de la deDress'on Saint-Romain - Meloisey -
et des prés demeure pratiquement inchangée. . Mavilly - Mandelot ;
Si l'on ajoute que les bovins et les ovins ont- vu — 315 ha de bois et 250 ha de landes exploitées
leur nombre diminuer de moitié et que les^ moyens par le troupeau communal, situées sur le plateau ou
de traction sont très réduits (25 chevaux et un traccouronnant les vignobles établis sur les pentes cal
teur), nous pouvons conclure que les activités agri-' caires du Sud-Ouest du terroir communal.
coles de Meloisey sont en pleine régression. Aux bras des hommes pourtant nombreux — on
comptait une centaine de journaliers — s'ajoutait
Essai d'interprétation des phénomènes observés une puissante cavalerie, nécessaire pour grav;r la
dure côte menant du village au plateau (60-chevaux, Dépopulation, vieillissement accentué, régression
une dizaine de mulets). technique, équipement moderne inexistant, voilà les
Cependant, l'élevage n'était pas délaissé par les caractéristiques prncipales de Meloisey en 1952. Les
habitants de Meloisey. On comptait un troupeau de causes qui ont pu provoquer cette décadence peu
140 bovins, dont 100 vaches laitières, et 300 ovins vent se classer en deux catégories.
sous la conduite d'un berger communal qui met-' 1' Causes indépendantes de Meloisey : taiert en valeur les landes et le pâturage communal
de 100 ha situé sur la montagne de Single et autour a) La crise phylloxérique et ses conséquences éco
nomiques et techniques — difficultés d'exploitation, du bois de Mélochard. Une délibération du Conseil
concurrence des vins du Midi et d'Afrque du Nord, Municipal fixait chaque année le montant des rede
plus grande sensibilité aux gelées des pieds greffés, vances : ainsi, par exemple, en 1889/3 frpar bo
maladies — ont entraîné une dépopulation d'abord vin et 0,25 fr. par ovin ou caprin, ce qui représent
erait au moins 600 et 50 fr. 1952. lente (période de la reconstitution) puis rapide à
Meloiseu, fier de son passé — ne dit-on pas que partir de 1900, quand la mévente des vins ordinair
du vin de Meloisey fut bu au sacre d'un de nos me- es, production principale des Hautes Côtes de Bour-
gogne, s'est généralisée ; miers rois ; d'autre part, des chroniques signalent
que Louis le Débonnaire fit don en 815 de sa terre b) La guerre de 1914-1918 a diminué la populat
de Meloisey à J*Abbaye de Luxeuil — était donc le ion active de Meloisey de 32 hommes ;
siège d'une activité agricole intense, se caractérisant c) L'absence de soutien légal des vins fins par les
par un équilibre certain entre les diverses spécula- Appellations Contrôlées, instituées trop tardivement
tions pratiquées : viticulture, spéculations animales, (1935) ;
spéculations végétales. d) L'absence d'une politique agricole cohérente
à long terme. La situation en 1952 :
2° Causes dépendantes de Meloisey : En 1952, Meloisey est en pleine décadence.
Décadence humaine : la commune comptait env La vigne, symbole de la prospérité passée, de
1946, 313 habitants, soit une diminution de 55 "', vait être celui de la prospérité future. Ce culte de la
en auelque soixante ans ; 58 % de la populat'on ac Vigne, si valable soit-il, a entraîné, en quelque sor
tuelle a plus de 40 ans (34 % de plus de 60 ans). En te, une stérilisation des, efforts. Trop axés sur cette
culture les agriculteurs n'ont pas recherché des dé1952, le Maire de Meloisey estime à 250 environ le
nombre de ses administrés. La natalité est faible — bouchés adaptés aux nouvelles réalités économiques. — 16 —
Charollais qui sont envoyés à l'engraissement dans En 1917, la suppression du gardiennage commun
les riches pâtures de l'Auxois. al est décidé : l'effectif bovin va diminuer en quel
La décadence humaine va de pair avec la décaques années de 50 % , le troupeau ovin va disparaît
dence agricole ; la population n'a cessé de diminuer re pour plus de 30 ans. Il est facile de mesurer la
depuis un siècle : 351 habitants en 1851 , 192 en 1886, portée économique, pour de modestes budgets fa
93 en 1946, soit une densité de 9 habitants au km2, miliaux, d'une telle décision.
une des plus faibles de France. L'examen de la pyLa vinification, effectuée le plus souvent dans de
ramide des âges nous montre le vieillissement conmauvaises conditions, ne permet pas aux viticulteurs
sidérable de la population. En 1851, 40i % des hal'obtention de produits de qualité ; des réfactions,
bitants ont plus de 40 ans. En 1886, ce pourcentage souvent importantes, devront être consenties par les
s'élève à 48 % (alors que celui de Meloisey passait exploitants, aux négociants en vins de la région.
par un min;mum) et en 1946 atteint 49,5 %. Les friches ont gagné les terres du plateau qui, non
exploitables — semble-t-il — par la traction animal Il est intéressant de souligner que vers 1880-1890,
la commune de Bessey-en-Chaume voit sa popula-, e, sont encore économiquement accessibles au mat
tion, par rapport à 1850, diminuer de moitié alors ériel moderne après un indispensable remembre
que la commune de Meloisey voit le nombre de sa ment.
population augmenter de 140 personnes environ. L'étude des divers villages des Hautes Côtes de
Malgré- la diminution de la population, le nombre Beaune nous conduirait aux mêmes constatations :
d'exploitations est nesté le même depuis 50 ans : il prospérité suivie d'une décadence, pour beaucoup
inexorable. y en a 6 de 10 à 29 ha, 8 de 30 à 59 ha et 3 de 60 à
92 ha. La ferme de 92 ha possède, en outre, 10 haNous faut-il donc admettre notre première hypot
de prés dans l'Auxois. Ce maintien de la structure hèse, à savoir que la crise phylloxérique et ses con
agraire peut expliquer, dans une certaine mesure, séquences économiques ont entraîné la dépopulation
l'abandon à la friche de 250 ha de terres labourad'une région à vocation essentiellement viticole : la
bles par suite du manque de bras et de la non utilviene semble être la seule ressource de cette région ?
isation de moyens mécaniques modernes. L'étude de la commune de Bessey-en-Chaume, s
ituée à quelques kilomètres au N.N.O. de Meloisey,
sur des formations géologiques analogues (Batho- CONCLUSIONS
nien, Bajocien, Lias supérieur) va nous permettre de
montrer que la décadence humaine et économique Les études précédentes nous ont montré aue cerde la région se rattache à un phénomène eénéral, taines communes, grâce à une culture spécialisée, la dû Drincipalement à l'attachement à des techniques vigne, et grâce à des conditions économiques favora
traditionnelles, largement dépassées et anti-écono bles, avaient pu échapper, pendant un certain nombmiques à l'heure actuelle. re d'années, à la décadence humaine et économique
oui frappe toute région demeurant trop longtemps f
II. — LA COMMUNE DE BESSEY-EN-CHAUME idèle à des techniques surannées.
La crise phylloxérique et ses diverses conséquenc
Le territoire communal, d'une superficie de es ont mis en évidence la sensibilité d'une écono
l .000 hectares environ, occupe la majeure partie du mie agricole reposant sur des bases techniques la
plateau calcaire Bajocien-Bathonien ainsi que le • rgement dépassées et les' dangers aue n^u* en
fond liasique de la dépression occupée par les villa traîner la monoculture. Les puerres de 1914-18 et
ges de Meloisey et de Mavilly-Mandelot. 1939-^5, par les prix rémunérateurs des produits
Bessey-en-Chaume, commune non viticole, n'a agricoles, ont consolidé une structure sociale et éco
pas commencé la première révolution agricole (su- nomique agonisante.
pression de la jachère au moyen de plantes sarclées Le retour à une vie normale a provoqué d'une part /
et des artificielles) : la jachère occupe encore les l'accélération de la décadence économique et hu
trois-quarts de la surface de la première sole ; les maine des communes — le mouvement étant
d'autant plus accéléré aue la commune avait at- - artificielles (trèfle essentiellement) n'occupent que
12 % de la surface des terres cultivables. teint une prospérité artificielle plus forte (c'est le
cas des communes vit'coles) — d'autre part un déSi, depuis 40 ans, la surface en herbe de la dé
pression liasique n'a pas augmenté, par contre, 250 couragement certain chez de trop nombreux cult
hectares de terres cultivables ont été abandonnés à ivateurs vignerons qui n'ont voulu voir que la vigne
la friche qui occupe maintenant le tiers du terroir pour les sauver.
« Nous sommes un peu responsables de notre communal.
L'étude des productions animales nous montre le sort », disait d'ailleurs M. Petiot, Président du Syn-
même recul se traduisant par une diminution sensi d:cat des Hautes Côtes de Beaune, pleinement cons
ble du nombre de bovins (80 à W0 têtes) et la sup cient de la situation exacte de la région.
pression, dès 1923, du troupeau ovin. Cependant, Quelles mesures peut-on préconiser pour reméd
Bessey-en-Chaume demeure jun pays naisseur de ier à une situation chaque jour plus grave ? •

• — — 17
Diverses solutions, à la lumière des études précé 2) Charges globales
d'exploitation dentes, peuvent être envisagées. Néanmoins, une
étude économique poussée de toutes les exploita Approvis'onnements ... 85.000 270.000
tions de la région serait nécessaire pour déterminer Travail payé 236.000 256.000
les solut'ons les plus rentables, les plus efficientes. Services 26.000 76.000
Ce travail n'a pu être entrepris faute de temps, mais Entretien 45.000 120.000
les budgets prévisionnels de deux exploitations de Renouvellement 1 70.000 530.000
Meloisey ont pu être dressés : si l'exploitation n° 1 Fermage (calculé) 56.0Q0 160.000 '
peut être considérée comme le type de Travail familial impayé 200.000 400.000
rroyenne de la commune, l'exploitation n° 2 pour- de l'exploitant : malgré'
m't être qualifiée de ferme-pilote régionale, Travail manuel 135.COO 180.000
superficie réellement importante.- Ne faut-il d'ailsa de direction
leurs pas envisager, dans un avenir prochain, une
Intérêt (5 % des R.B.) capitaux en 32.000 105.000 réduction du nombre des exploitants, entraînant une
augmentation de la surface de chaque ferme ? (1). gagés 76.000 210.000
Total (arrondi) 1.060.000 2.300.000
ETUDE ECONOMIQUE
Résultats d'ensemble,
DE DEUX EXPLOITATIONS Rendement brut 640.000' 2.320.000
Charges globales ...... 1 .060.000 2.300.000 DE MELOISEY
Notre but, ici, est de préciser si, dans des condi — 420.000 + 20.000
tions ordina'res, une exploitation d'un type défini
L'exploitation n° 1 est donc théoriquement en défpeut vivre, c'est-à-dire, si l'équilibre auquel elle tend
icit. n° 2 aurait un revenu net de est stable. Tous les chiffres donnés ont été arrondis
20.000 francs. •et sont rapportés à l'année 1952. Un certain nombre
d'évaluations ont dû être faites ; elles ont été r
Exploitation n° 1 : ecoupées avec les renseignements fournis par divers
organismes régionaux : associât' ons de producteurs, Le déficit s'élève à 420.003 F. Cependant, une
estimations de diverses personnalités départemental famille vit sur cette exploitation, achète donc un
es et locales. Dans un but de simplification, toutes certain .nombre, de produits indispensables. Exami
les caractéristiques et les comptes de gestion des nons donc les recettes et dépenses effectives :
deux exploitations ont été rassemblés à la fin de Recettes effectives (rentrées d'argent).. 335.000 cette étude en annexe.
Dépenses
Approvisionnements 85.000l Résultats comptables résumés Travail payé 236.000 .
des deux exploitations Services, entretien matériel 45.000
a. — Bilan .-
376.000 Actif Exploita-
Malgré le rôle important que joue l'auto-consom- tion 1 tion 2
mation dans la vie de la famille, l'exploitante déCheptel mort 1 .300.000 F 3. 100.000 F
pense plus qu'elle ne peut vendre. Ce sont les allovif (de trait et de
cations familiales et une pension « accident du trarente) 33Q.000 1.1 50.000
vail » de l'exploitante qui. assurent la survie d'une Capital circulant 250.000 1. 000.000 -
telle exploitation.
Total (arrondi) 1.900.000 5.300.000 Cette exploitation nous apparaît donc comme un
non sens économique. Cette situation est d'autant b — Compte d'exploitation :
plus grave que de nombreuses fermes, gérées par • 1 ) Rendement brut (2) des personnes âgées, ne survivent que par l'apport Spéculations végétales . . 270.000 1 . 1 1 0.000 de revenus étrangers à la terre (pensions et allocaanimales .. 65.000 810.000 ' tions diverses). Autoconsommation 305.000 400.000
L'exploitation doit donc tendre à améliorer sa
Total 640.000 2.320.000 production : qualitativement, par une vinification
plus rationnelle et mieux suivie, lui permettant de
vendre plus cher ses vins ; quantitativement, afin (1) Les exploitants âgés sont très nombreux dans la région.
d'augmenter les rentrées d'argent — amélioration (2) Les productions de la basse-cour, du potager, des vergers
et des bois n'ont pas été évaluées dans les rentrées. , des rendements en blé et céréales secondaires, in- .
'
.

'
— — 18
tensification de la production fourragère ^permettant 2°) Production élevée, mais demeurant économi
de développer la laitière, remise en cul que par l'action de facteurs agronomiques entraî
nant des dépenses à rentabilité rapide : travail poussture des friches.
é du sol, généralisation du déchaumage, base trop
Exploitation n° 2 : souvent négligée des fortes productions ; fumure
L'exploitant, une fois assuré le renouvellement de équilibrée et importante ; utilisation de semences
son matériel, le paiement des frais d'exploitation, a de qualité ; achat d'un tracteur économique bien
comme disponibilités réelles les charges supplétives adapté à la petite exploitation, entraînant la suppres
plus le revenu net soit-: sion de 3' des 4 chevaux nécessaires et permettant
. 1:055.000 + 20.000 = 1.075.000 F environ. l'abandon de, la jachère et la remise en culture des
La comparaison des recettes et dépenses pourrait terres du plateau, abandonnées faute de bras. Le
entraîner l'exploitant à des dépenses inconsidérées tracteur a permis de faire éclater le corset de pierres
pouvant, à longue échéance, avoir de graves réper que constituait la côte donnant accès au plateau.
cussions dans la gestion de son domaine. 3°) Recherche timide d'un système de culture ." 1.920.000 Recettes effectives bien adapté aux conditions techniques, économi
Dépenses : ques et humaines régionales réalisant donc, ainsi
Approvisionnements . . . . 270.000 que l'a préconisé M. R. Dumont, «une intensification
Travail payé 256.000 fourragère peu gourmande de travail et peu exigeant
Servxes 76.000 e en équipement » permettant un accroissement de
Entretien 120.000 la production animale : installation de prairies per
manentes entretenues dans les parties les plus humi
; . 722.000 des (Lias) et sur les pentes trop fortes pour être fa
II apparaît donc que les- disponibilités apparentes cilement labourées ; fourrages verts ensilés permett
soit 1 .200.000 F sont supérieures aux disponibilités ant de mieux nourir les animaux pendant les pério
réelles soit 1.O75.OOO F, la différence entre les deux des de disette fourragères ; exploitation par des
noimbres étant de l'ordre de 135.000 F environ. ovins des .terres les plus pauvres et les plus éloignées-
Si l'exploitant a su tirer parti, souvent avec bon de la, ferme, les ovins constituant le seul moyen de
heur, des possibilités locales, il. lui faut cependant mise en valeur économique des terres pauvres et
améliorer ses techniques de production afin que la sèches.
rémunération effective de son travail et son capital L'applicaton de tels • principes aux exploitations
soit « maximum ».I1 nous faut donc rechercher : analogues à la ferme n° 1 permettrait déjà d'amélior
a) les causes de la prospérité de la ferme n°2 dans er sensiblement le niveau de vie de ces familles
un pays en pleine décadence économique ; paysannes, si toutefois le problème du financement
b) les moyens qui pourraient accroître la prospér de telles opérations était résolu.
L'exploitant n° 2 peut-il dépasser le revenu agriité agricole régionale ;
c) des méthodes de vulgarisation pour générali cole de 1.075.000 francs, s. obtenu actuellement ?
ser les techniques qui ont permis de maintenir un n Cela nous semble possible si l'exploitant s'effor
iveau de vie acceptable à la, famille de l'exploita ce d'obtenir la production maxima grâce à : un
tion n° 2. "" choix raisonné des cultures et des, spéculations ;
une organisation rationnelle du travail ; des rende
ments bruts élevés àTha ; des charges réduites au Les causes de la prospérité
minimum...
de l'exploitation n° 2 Compte tenu des conditions locales, l'exploitant
doit s'orienter vers les spéculations actuellement Une exploitation, sur 30 exploitations environ, la
économiques, c'est-à-dire vers les productions aniplus importante, a presque atteint son équilibre éco
males et vers les vins de qualité (Aligoté, Rosé). Il nomique. Le succès de la ferme n° 2 réside, semble-
doit rechercher, également, à réaliser le. plein empt-il, dans l'heureux équilibre réalisé par le chef
loi de sa main-d'œuvre essentiellement familiale d'exploitation entre les spéculations végétales pro
et de son matériel de traction ; seul le remembreprement dites, les spéculations animales et le vigno ment pourra assurer le plein emploi de son tracteur. ble, équilibre rendu possible par la mise en prati
que, consciemment ou non, peu importe d'ailleurs,
Les actions techniques nécessaires de principes agronomiques et économiques trop sou
vent oubliés.
1° Première série de mesures : Ces principes sont les suivants :
A la suite des diverses études précédentes, il sem1 °) Recherche de la qualité dans les productions
ble raisonnable d'envisager d'abord la suppression de l'exploitation. Par exemple, une vinification bien
conduite permet de vendre, à leur juste valeur, à de la jachère, oui n'est pas imposée par le climat.
Ceci permettra l'installation de luzernières résistant un commissionnaire attitré, les vins d'appellatons
bien aux sécheresses estivales. Un assolement four- contrôlées. >
.
— 19
rager du type suivant peut être préconisé : fourrages de 300 à 400 têtes conduites par un berger et un jeu
intensifs d'automne ; blé ; céréales secondaires (e ne aide. ^
scourgeon). La première sole pourrait porter des four Ce troupeau exploiterait des pacages entretenus,
rages verts à ensiler, soit d'automne (vesce-escour- débrousaillés, reconstitués périodiquement • en les
faisant entrer dans une rotation à cycle long. . geon), soit de printemps (vesce-avoine semée tôt ou
sweet sudan grass après essais locaux). Cette tête 2e Pe année : : céréales fourrages de verts printemps intensifs, avec un méland'assolement recevrait le fumier encore trop souvent
réservé au blé et bénéficierait d'un travail plus pous ge fourrager du type lotier dactyle, associé ou
sé du sol grâce à l'accroissement de 1 énergie dispo 3e année non à et de années la luzerne suivantes ou sainfoin, : les refus seraient nible fournie par le tracteur. ; les terres seraient ainsi
maintenues en parfait état de propreté, surtout si la fauchés chaque année fin mai et début juil
pratique du déchaumage.se généralisait. A la place let ; une forte fumure phospho-potassique
de l'orge de printemps à faible rendement — en ou étant épandue à l'automne (1 tonne de scories,
tre généralement semée trop tard — nous conseillons l50kgKCl).
l'escourgeon qui doit prospérer de la même façon Le troupeau recevrait une alimentation complé
mentaire en hiver et pendant l'été. que dans le Châtillonnais ; les surfaces en avoine
devraient êtie strictement limitées aux besoins des
3° Troisième série de mesures": exploitations.
Une troisième série de mesures viserait à augmentCependant, les efforts faits en vue d'améliorer la
er la production animale : production fourragère ne permettront de développer
Les terres cultivables étant exploitées selon l'ales productions animales que dans la mesure où la
ssolement vu plus haut, l'alternance pâturage-fautechnique de l'ensilage sera connue de tous les ex
chage des prairies permanentes, la généralisation de ploitants de la région.
Er» conclusion, il convient d'insister sur le fait l'ensilage, permettraient de mieux nourrir un chept
el bovin plus important et uniforme : les exploictve l'effort le plus important doit porter sur les
tants qui recourent déjà à l'insémination artificielle meilleures terres, là où la rentabilité des investiss
ements sera la plus grande, la plus rapide et' la plus auraient intérêt, semble-t-il, à élever des animaux
Pie Rouge, mieux adaptés à la région que les Holsûre.
landaises ou même les Brunes. La production laitiè
2 Deuxième série de mesures : re pourrait passer de 2.0D0 à 2.750 litres.
Une deuxième série de mesures^ devra -porter sur La production ovine redeviendrait la richesse es
la remise en valeur des friches du plateau au moyen sentielle du plateau calcaire ; l'intensification four
de trois techniques différentes : ragère des terres de la vallée, la mise en réserve des
— Remise en culture dans les cas les plus favo fourrages verts sous forme d'ensilage permettraient
de livrer sur le marché des agneaux gras et non plus rables ;
— Exploitation par des troupeaux d'ovins (syndi des jeunes à engraisser dans l'Auxois, ce qui se tra
duirait par une plus-value de 2 à 3.000 fr environ cats ou coopératives communales ou intercommun
par bete, soit : 8Dx 2.000 = 160.000= F. ales) ;
— Reboisement par des essences à croissance ra L'explo'tant n° 2, par la simple suppression de la
jachère et par l'utilisation d'un assolement fourrapide (pin noir d'Autriche, etc..) pour les parcelles
les plus éloignées des villages, les plantations faites ger moderne, sans dépenses nouvelles, peut donc
accroître son revenu de plus de 200.000 F. par le Fonds Forestier National constituant des mass
ifs de plusieurs centaines d'hectares.
Les méthodes de vulgarisation : La première opération ne soulève aucune difficul
té spéciale, les moyens techniques actuels étant la Quelles méthodes de faut-il conseill
rgement suffisants pour ces opérations "dont le coût er pour ranimer rapidement une région agonisante ?
La méthode choisie devra concilier l'aide techniest d'environ 40.000 à 50.000 l'ha.
que et le soutien financier. C'est pourquoi, une foLa deuxième technique suppose, après remembrem
rmule du type zone témoin semble devoir réussir, ent, l'exploitation collective des friches. Cette ex
même si le soutien financier est strictement mesuré. ploitation serait faite non plus par les vaches du
village — la montée au pâturage et la descente jour Le problème des Hautes Côtes de Beaune est avant
nalière au village représente une dépense d'énergie tout un problème psychologique. Une aide extérieu
considérable (les animaux parcourant 4 km et s'éle- re (conseiller agricole par exemple), même de faible
importance, devrait permettre à la région de revant de 150 m environ) — mais par des ovins réunis
trouver foi en elle-même. en une troupe communale (syndicat ou coopérative) — — 20
prévoir, par accord officiel ou tacite, l'exploitation LA MISE EN VALEUR
collective des friches par un syndicat ovin (ou une
-DES HAUTES COTES coopérative).
DE BEAUNE 2° Deuxième année : l'augmentation des recet
tes, donc des disponibilités, permettra de poursui
vre la réalisation des mesures envisagées sans que Les objectifs sont connus : ils sont inclus dans les
les charges d'investissement dépassent les possibilitrois séries de mesures énoncées.
tés des exploitants. Les carences essentielles de la région ont été éga
La deuxième année de la zone-témoin devrait être lement mises en relief au cours de cette brève étude :
main- d' œuvre insuffisante vu le dépeuplement con consacrée à la cave coopérative et au défrichement
des terrés cultivables du plateau. sidérable de la région ; maiique de capitaux d'équ
La cave coopérative : ipement perme.tant de pallier cette insuffisance de
Cette cave coopérative, dont le siège serait à Ma- main-d'œuvre ; insuffisance ou ignorance totale des
■ connaissances techniques élémentaires, les mar villy-Mandelot, dans la cuverie du château, se pro
poserait de vinifier et de vendre toute la production chands de bestiaux, d'engrais ou de semences étant
des Vins d'A.O.C. des Hautes Côtes de Beaune. Le trop souvent les seuls conseillers écoutés des cultiva
noyau principal serait formé par les communes de teurs.
Ayant accepté de ne recevoir que de faibles sub iMavilly, Meloisey, Nanloux et Baubigny qui grou
pera ent 51 vignerons sur 105, ces 51' vignerons exventions, le conseiller technique de la zone témoin,
personne nécessa-'rement très compétente,' devra ploitant oO ha de Camay, 27 ha de Pinot et 23 ha
d'Aligoté. A ce noyau, s'ajouteraient les communes donc inviter les cultivateurs à faire des investiss
ements procurant une rentabilité rapide et maxima, de La Rcchepot, Nolay, Cormot, Cirey, Bouze. La
coopérative comprendrait alors 150 vignerons sur 186. c'est-à-dire axés sur les terres déjà cultivées et sous-
productives afin d'accroître le volume de la product Ils mettraient en commun la production de 80 ha de
Camay (sur 86 ha), 35 ha de Pinot (sur 36 ha), de ion, donc les recettes.
70 ha d'Aligoté (sur 75 ha) et de 115 ha de cépages
divers (sur 193 ha). Elle aurait ainsi une capacité de
Ordre de priorité l'ordre de 7.000 hl de vin A.O.C.
L'intérêt de la coopérative est certain, car la vides actions techniques
nification conduite souvent de façon fantaisiste nuit
L'ordre de priorité des actions techniques pourr à la renommée des vins de la région, pourtant mis
ait être le suivant : en valeur par un concours « Le prix d' excellence »
organisé chaque année dans une des communes des 1°, Première année : réalisation de la première Hautes Côtes. De plus, cette coopérative ayant le série de mesures qui visent à augmenter la product monopole de fait de la production des Hautes Côtes,
ion, en particulier la production fourragère. Les pourrait conquérir une place enviable sur le marché moyens les plus rentables à notre disposition sont les rég'onal des vins A.O.C. Enfin la coopérative perengrais, les semences sélectionnées, l'insémination mettrait aux vignerons de consacrer tout leur temps artificielle, le travail poussé du sol, la lutte contre aux travaux d'automne des champs, facilitant ainsi les mauvaises herbes, le choix d'une race bovine la coexistence si rare de la vigne et de la vache.
bien adaptée à la région. Les essais entrepris par la Plusieurs problèmes cependant se posent :
D.S.A.. ayant déterminé les meilleures formules de a) Faut-il accepter d'être locataire, même avec un fumure et les variétés les plus recommandées, le bail de longue durée ?
groupement de productivité achètera en priorité : b) Comment ramasser les raisins des communes
des engrais, des semences, du matériel qui sera ex les plus éloignées ? Certains ont proposé des ca-
ploité par la C.U.M.A. à créer. Ce matériel pourrait nrons, mais une solution consisterait à utiliser un se composer d'un tracteur type Ferguson 22/30 CV tracteur routier semi-diésel assez puissant (40 CV), et du matériel suivant : charrue, cultivateur, herse, avec un jeu réduit de remorques louées à la C.U.M.A.
semoir en lignes, 1 barre de coupe, 2 remorques, 1 à créer. Cette C.U.M.A. apnaraît indispensable à
déchaumeuse à disques, 1 semoir d'engrais, 1 appar la mise en valeur des terres du plateau.
eil du type Silorator ; ultérieurement, dans deux ou c) Où trouver les fonds nécessaires, l'auto-finance-
trois ans, un hay-chopper pourrait être acheté. ment n'étant guère possible ?
Le groupement de productivité sera la cheville
3° La troisième année ou la quatrième année, ouvrière du remembrement de toutes les communes,
après délimitation des vignobles à appellation d'ori selon les résultats obtenus' (et à condition que le r
gine contrôlée (A.O.C.). Afin d'éviter l'exploitation emembrement soit terminé), le groupement commenc
individuelle des terres en friches du plateau après le era l'exploitation des terres du plateau par les ovins
remembrement, opération anti-économique vu la et le reboisemerit des terres les plus éloignées et les
relative exiguité des parcelles, le groupement devrait plus pauvres. .
— — 21
30 brebis à 12.000 F l'unité). Si l'on admet que les Le troupeau collectif ovin :
brebis donnent 30 agneaux par an, les recettes peuA l'heure actuelle, les partisans de la formule vent s'établir a:nsi (2) : coopérative, peut-être parce qu'ils sont' les plus ac Vente des reproducteurs : tifs, semblent les plus nombreux. Le temps sera 5 maies et 10 femelles à 12.000 l'arbitre du débat, puisque il n'est envisagé d'entre l'unité, soit -v . . 180.000 F prendre cette spéculation qu'après la remise en état Ven^e des animaux à la boucherie : des terres du plateau. 10 maies et 5 femelles, à 9.000 L'entretien d'un troupeau de 400 ovins exigeant l'unité, soit 135.000 F la mise en culture, sur le plateau, de 16 ha de cul Vente de la laine : tures proprement dites : 4 ha de luzerne, 4 ha Si le bélier donne 5 kg de laine et d'avoine, 4 ha d'escourgeon, 2 ha de betteraves ou chaque brebis 3,5 kg environ, la de silage, 2 ha de moha. vente de la laine, sur la base de La technique d'un tel élevage, consistant à donner 500 F le kg, produit 55.000 F aux bêtes une liberté dirigée, plus ou moins surveil Les recettes totales s'élèvent donc à 370.000 F lée ne sera pas envisagée ici (1). environ dès la première année. Cependant, nous voudrions attirer l'attention sur L'opération nous semble donc économiquement les points suivants : possible ; notons cependant que les frais d'alimenta) le berger doit être a;dé par un jeune assistant ation n'entrent pas en ligne de compte, puisqu'il afin qu'il puisse mener une existence normale ; s'agit d'excédents de la production fourragère noil faudra donc leur confier des troupes impor rmalement prévue pour les bovins et qu'il n'a tantes de 4 à 500 têtes ; été tenu compte ni de la valeur locative des friches b) le choix de la race est capital. Bien que le mét et du pâturage communal, ni de l'amortissement des issage soit l'ennemi n° ! de l'élevage, nous petits frais d'installation du troupeau. conseillerons, d'après M. Der Katchadourian,
un croisement alternatif Wurtembergeo;s et Ile
.. Application à la commune de France alliant rusticité, gigot descendu, laine
fine ; de Meloisey
c) la date de l'agnelage, pour un troimeau de
Orientation d'ensemble des productions- (avant plein air, doit précéder d'un mois le départ de
la renvse en valeur des terres du plateau). la végétation afin que, d'une part, l'agneau ne
Avant Après souffre pas, et que d'autre part la mère ne res
Blé 18 ha 20 ha sente pas les effets de la sécheresse estivale ;
Céréales secondaires 17 20 d) Quel effectif pourvons-nous espérer entretenir
Plantes sarclées 8 10 dans de bonnes conditions sur le plateau ?
Trèfle et fourrages annuels .... 2 20 D'après les chiffres de M. Gessat, il semblerait
Lurerne 40 40 possible d'entretenir une troupe de 400 têtes
Jachères 15 — (avec alimentation complémentaire produite sur
place). Mais les problèmes de l'alimentation en
100 ha 100 ha eau pendant l'été, de la mise en bergerie ou
Actions techniques à engager : Dans tout ce qui sous abris ru dimentaires demanderont une étu
suit, seul le cas de Meloisey a été envisagé : de approfondie ;
1°) Remembrement : 1.100 ha. e) Les traitements à faire systématiquement afin
2°) Engrais (kg d'éléments, purs) de maintenir le troupeau en bon état sanitaire.
N P K Afin de valoriser au mieux l'excédent de la pro
Céréales 1.200 2.200 2.000 duction fourragère pour démontrer à la masse des
Plantes sarclées 800 700 1.200 exploitants l'intérêt économique du troupeau de
Fourrages artifimoutons, il serait bon que quelques cultivateurs du
ciels et luzerne 2.000 4.100 .2.200 groupement de productivité entreprennent cet éleva
(1/4 sur ge sur une petite échelle : 20 à 30 bêtes par exemple.
luzernes) L'entretien de ce troupeau exigerait une dizaine
Prairies 2.400 3.600 3.000 d'hectares de friches et environ un hectare de prai
(40ha la ries temporaires. Il conviendrait de distribuer, pen lre année) dant la période estivale, un complément d'alimentat
Vignes (A.O.C.) 1.000 3.000 3.000 ion (par exemple 2 kg de fourrage vert par Jour et
par tête). Quant à la ration d'hiver, elle pourrait
Totaux.... 7.400 13.600 11.400 être la suivante : foin (0,4 kg), orge-avoine (O',4 kq),
betteraves ou ensilage (1,5 kg), condiment minéral :
la paille serait distribuée à volonté. (1) Voir l'étude de M. Gessat dans le Bulletin Technique d'in
La constitution de ce troupeau exige une dépense formation n° 76, janvier 1953.
(2) Ce qui est vraisemblable dans le cas d'une race prolifique. de l'ordre de 380.000 francs (un bélier à 20.000 F,

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