La lente désintégration programmée de la République Démocratique du Congo

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Tout corps est fait d’un agrégat de matières, sous ces trois formes : liquide, solide, gazeux. La résistance du corps est fortement influencée par son environnement. Par exemple, la résistance du corps humain est une fonction de l’humidité et de la tension. Quand nous mourrons, notre corps privé de globules blancs pour le protéger contre les bactéries, se décompose. Dans la même logique, nous notons que le Congo est fait de onze provinces qui partagent des frontières communes avec neuf pays.
La stabilité dans ces provinces dépend de la qualité des relations diplomatiques et économiques entretenues avec les pays voisins. Globalement, les provinces de l’Ouest sont relativement stables que celles de l’Est du pays. Pour assurer sa stabilité, le pays a besoin de corps de défense. Malheureusement, les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) n’existent que de nom.
Publié le : dimanche 8 juillet 2012
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Par Ollo Sib ollosib@hotmail.fr
La lente désintégration programmée de la République Démocratique du Congo Tout corps est fait d’un agrégat de matières, sous ces trois formes: liquide, solide, gazeux. La résistance du corps est fortement influencée par son environnement. Par exemple, la résistance du corps humain est une fonction de l’humidité et de la tension. Quand nous mourrons, notre corps privé de globules blancs pour le protéger contre les bactéries, se décompose.Dans la même logique, nous notons que le Congo est fait de onze provinces qui partagent des frontières communes avec neuf pays. La stabilité dans ces provinces dépend de la qualité des relations diplomatiques et économiques entretenues avec les pays voisins. Globalement, les provinces de l’Ouest sont relativement stables que celles de l’Est du pays. Pour assurer sa stabilité, le pays a besoin de corps de défense. Malheureusement, lesForces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) n’existent que de nom. Les effectifs réels de l’armée congolaise ne sont pas connus. Du fait, des guerres successives, l’armée congolaise s’est désintégrée. Les opérations de désarmement et réintégration ont été un échec sans appel. Malgréces échecs, la même approche consistant à fondre en une seule armée la pléthore de groupes armés est toujours privilégiée par le gouvernement et ses partenaires internationaux.
Généralement, les soldats des groupes armés qui intègrent l’armée loyaliste sont promus à des grades supérieurs. De ce fait, les forces pro-gouvernementales passent sous le commandement d’anciens chefs de guerres intégrés et promus au rang de colonel. L’armée congolaise est certainement la seule à disposer d’autant de colonels dans ces rangs.Il existe même des colonels « sanspostes » !Ces différents mixages et/ou brassages accroissent les distensions dans l’armée. Dans les camps militaires, les soldats intégrés restent rattachés à leur groupe armé d’origine. Les différents groupes se défientconstamment et sont toujours prêts à en découdre. L’indiscipline gagne les troupes impayées depuis des années. Les soldes, largement inférieures à 100 UDS, arrivent rarement aux hommes de troupes. La corruption est forte et les officiers supérieurs en profitent pour s’engraisser. Cette armée impayée se privatise. Les hommes en armes sont toujours prêts à vendre leurs forces aux plus offrants. Ainsi, des soldats abandonnent leurs positions pour rejoindre les carrés miniers. Ils organisent l’exploitation illégale des ressources minières pour survivre. Dans et autour de ces sites, les forces armées sont souvent associées aux pires violations des droits humains. Les viols de femmes dans le Kivu sont bien documentés dans différents rapports. Par contre, l’utilisation des enfants, la prostitution, le trafic de drogue et de stupéfiants sont moins renseignés. L’armée a failli à assurer sa mission première qui est la protection du territoire, des populations et de leurs biens. L’actuel mal du Congo, c’est son armée. Elle se désintègre d’année en année et avec elle le pays tout entier. Il est illusoire de penser que le patriotisme congolaissera un frein à la 1
désintégration de ce pays. L’identité nationale existe certes, mais elle se réduitchez les jeunes générations. Le pays est immense mais très pauvre en infrastructures. Dans le Kivu, les jeunes sont davantage tournés vers Kampala (Ouganda) ou Nairobi (Kenya) que vers Kinshasa. Physiquement, ils accèdent plus facilement à ces grandes métropoles de l’Afrique de l’Est. En effet, l’on peut par la route relié Goma et Kampala pour seulement vingt dollars américains. Le billet d’avion de Goma à Kinshasa vaut environ 400 dollars américains. Ainsi, seule une minorité de nanties provinciaux peut se rendre à Kinshasa. Pour le provincial lambda, Kinshasa est hors de portée !
L’éloignement de Kinshasa n’est pas que physique. Il est aussi psychologique. En effet, l’Etat congolais est absent de la vie des citoyens de cette partie du pays. Il est même vu comme le problème dans bien des cas. L’Etat collecte les impôts sans apporter la protection nécessaire aux populations. La mise en place des services sociauxde base est abandonnée aux organisations de solidarité internationale: ONGs et agences des nations unies. L’Etat a failli! La pauvreté et la faim tuent autant les guerres. La Banque Mondiale estime que plus de 60% de la population vivent avec moins de 1,25 dollars par jours. Selon la FAO, 4,5 millions de personnes souffraient de l’insécurité alimentaire en 2011. Plus de la moitié de ces personnes sont dans le Kivu en guerre depuis des décennies.
Dans ces conditions, rien de substantiel ne lie le citoyen du Kivu au gouvernement central. D’ailleurs, le gouvernement manque de légitimité auprès d’une large partie de la population. Le risque de sécession est réel face à l’impuissance d’un Etat illégitime et prédateur. Sur le terrain, des groupes d’autodéfense comme les maï-maï et le Pareco sont dans le fond beaucoup plus sécessionnistes que nationalistes. Ils se battent pour protéger leurs territoires et non le pays entier.Ils n’hésitent pas à s’allier aux rebelles rwandais (qui sont une vraie force d’occupation du territoire congolais) pour combattre l’armée gouvernementale. Beaucoup d’ingrédients d’une sécession sont réunis dans le Kivu.Le Rwanda depuis en 1994 s’est donné un droit de regard cette partie du pays. Tout indique que cette position du Rwanda va se renforcer dans le temps. La volonté de protéger les Tutsi contre les autres communautés du Kivu crée de facto des frustrations. Profitant de ce bouclier, les Tutsi également habiles en affaires, ont fortement consolidé leur pouvoir économique. La quête de pâturages tourne à l’expropriation des terres. Les communautés hundé et hutu chassées de leurs terres remplissent les camps de déplacés. Face à tout cela, le pouvoir central est impuissant alors que les groupes d’autodéfenses se multiplient. Pourl’instant, ils ne sont encore pas organisés autour d’une idéologie politique claire. Mais, si jamais, un leader charismatique émergeait de cette force inorganisée, la donne pourrait radicalement changée. En effet, il fédérerait toutes ces forces autour de l’idée de sécession.En raison de sa position géographique, de ces richesses, de sa population, une part important de l’élite politique locale pense que la province du Nord Kivu peut être un Etat viable. D’ailleurs, en privé, certains leaders politiques y voient la possibilité de jouer les premiers rôles dans la résolution des crises qui traversent la province. Aussi, pour les hommes d’affaires locaux, totalement tournés vers l’Afrique Orientale, une sécession ne fera que renforcer cet axe commercial fort prometteur. La position des puissances occidentales sur la dislocation du Congo est ambigüe. Mais certains faits sur le terrain montrent que tous n’y seront pas opposés.Les Etats Unis, la Grande Bretagne, la France et d’autres pays occidentaux ont ouvert des représentations qui ne disent pas leur nom à Goma. Les absents sont représentés par des ONGs. Sont-ils peut être conscients d’une évolution 2
irréversible vers la sécession? Ou tout simplement, ils cherchent à se rapprocher au «cœur »du conflit Congolais. Pour le Rwanda, véritable puissance régionale, la partie Sud du Nord Kivu n’est que le prolongement 1 du district de Rubavu . A défaut d’une annexion,le Rwanda verrait d’un bon œil une éventuelle sécession du Nord Kivu. Dans l’état actuel des rapports de forces dans cette région, aucune évolution significative de la situation du Nord Kivu ne peut se faire sans la bénédiction de Kigali. Aucune force militaire ou politique majeure ne peut émerger dans le Nord Kivu sans un soutien du Rwanda. Dans le nième conflit en cours, impliquant le M23, le Rwanda doit être associé à la résolution du problème. Le rapport des Nations Unies accusant le Rwanda n’a fait que dire tout haut ce que tous pensent tout bas. Il faut maintenant pousser les deux pays à négocier autour d’une table le devenir de cette partie du pays. Pour la paix, pour le bien être des populations civiles, les deux parties doivent s’entendre sur des questions essentielles: la question de la citoyenneté de tous les rwandophones vivant au Congo, la sécurité aux frontières liées à la présence massive des rebelles hutus sur le sol congolais, le partage des ressources minières et foncières, la gestion des flux migratoire (retour des réfugiés congolais installés au Rwanda) dans le cadre des accords de la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL), etc. Ces questions centrales doivent être traitées en priorité.L’arrestation ou non de Bosco Ntaganda et de plusieurs autres chefs de guerres impliqués dans des crimes n’est pas la priorité de tous ces congolais déplacés, affamés et sans toit depuis des années.
1 C’est la province de l’Ouest du Rwanda qui fait frontière avec la province du Nord Kivu au Congo
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