Emploi des seniors : bilan et perspectives - article ; n°2 ; vol.22, pg 81-102

De
Revue française d'économie - Année 2007 - Volume 22 - Numéro 2 - Pages 81-102
Cet article offre une synthèse de l'évolution de la place des travailleurs âgés dans l'emploi en France depuis 1 975 et s'interroge sur les principaux facteurs conditionnant leur activité. Le milieu des années 1990 apparaît comme une période charnière au cours de laquelle le mouvement de concentration de l'activité sur la génération des âges médians (30-49 ans) semble s'être interrompu, au vu de la stabilisation du taux d'emploi des 50-64 ans à son faible niveau de 1995. Toutefois, le taux d'emploi des 60-64 ans en France demeure en 2005 le plus bas de l'Union européenne à 25. Si les caractéristiques productives des seniors n'apparaissent pas être à même d'expliquer leur faible taux d'emploi, les réflexes et attitudes induits par trente ans d'accessibilité aux dispositifs de préretraite semblent avoir contribué à leur désaffection sur le marché du travail. Néanmoins, les comparaisons internationales invitent à mieux comprendre l'évolution salariale en toute fin de carrière. Ce regard rétrospectif sur la place des seniors dans l'emploi depuis trente ans souligne que leur maintien en activité, souhaité par les réformes du système de retraites par répartition, sera plus coûteux s'il s'avère que l'usage des préretraites a contribué à un mouvement plus large de modification du processus productif, défavorable aux seniors et difficilement réversible.
Senior Employment: Overview and Prospects
This article provides an overview of the evolution of the senior workforce in France since 1975 by investigating the main determinants of employment for 50 to 64-year olds. The mid-1990s is found to be a turning point during which the increasing concentration of economic activity on middle-aged workers (30-49) came to a halt and the declining employment share of senior workers stabilized at its lowest level. However, in 2005, the employment rate for over 60-year olds in France was still the lowest in the EU-25. While the productivity of seniors does not seem to play a significant role, the behaviors and attitudes formed after thirty years of access to pre-retirement plans most likely have contributed to the low employment share of seniors in the labor market. International comparisons, however, call for a better understanding of income patterns at the very end of careers. This retrospective look at the senior workforce over the past thirty years suggests that keeping older workers in the labour market, as is the goal of retirement benefit reform, will be more costly if pre-retirement plans result in the production process being made irrevocable unfavorable for senior workers.
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 2007
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Amandine Brun-Schammé
Madame Véronique Janod
Emploi des seniors : bilan et perspectives
In: Revue française d'économie. Volume 22 N°2, 2007. pp. 81-102.
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Brun-Schammé Amandine, Janod Véronique. Emploi des seniors : bilan et perspectives. In: Revue française d'économie.
Volume 22 N°2, 2007. pp. 81-102.
doi : 10.3406/rfeco.2007.1649
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfeco_0769-0479_2007_num_22_2_1649Résumé
Cet article offre une synthèse de l'évolution de la place des travailleurs âgés dans l'emploi en France
depuis 1 975 et s'interroge sur les principaux facteurs conditionnant leur activité. Le milieu des années
1990 apparaît comme une période charnière au cours de laquelle le mouvement de concentration de
l'activité sur la génération des âges médians (30-49 ans) semble s'être interrompu, au vu de la
stabilisation du taux d'emploi des 50-64 ans à son faible niveau de 1995. Toutefois, le taux d'emploi des
60-64 ans en France demeure en 2005 le plus bas de l'Union européenne à 25. Si les caractéristiques
productives des seniors n'apparaissent pas être à même d'expliquer leur faible taux d'emploi, les
réflexes et attitudes induits par trente ans d'accessibilité aux dispositifs de préretraite semblent avoir
contribué à leur désaffection sur le marché du travail. Néanmoins, les comparaisons internationales
invitent à mieux comprendre l'évolution salariale en toute fin de carrière. Ce regard rétrospectif sur la
place des seniors dans l'emploi depuis trente ans souligne que leur maintien en activité, souhaité par
les réformes du système de retraites par répartition, sera plus coûteux s'il s'avère que l'usage des
préretraites a contribué à un mouvement plus large de modification du processus productif, défavorable
aux seniors et difficilement réversible.
Abstract
Senior Employment: Overview and Prospects
This article provides an overview of the evolution of the senior workforce in France since 1975 by
investigating the main determinants of employment for 50 to 64-year olds. The mid-1990s is found to be
a turning point during which the increasing concentration of economic activity on middle-aged workers
(30-49) came to a halt and the declining employment share of senior workers stabilized at its lowest
level. However, in 2005, the employment rate for over 60-year olds in France was still the lowest in the
EU-25. While the productivity of seniors does not seem to play a significant role, the behaviors and
attitudes formed after thirty years of access to pre-retirement plans most likely have contributed to the
low employment share of seniors in the labor market. International comparisons, however, call for a
better understanding of income patterns at the very end of careers. This retrospective look at the senior
workforce over the past thirty years suggests that keeping older workers in the labour market, as is the
goal of retirement benefit reform, will be more costly if pre-retirement plans result in the production
process being made irrevocable unfavorable for senior workers.Amandine
BRUN-SCHAMMÉ
Véronique
ANOD
Emploi des seniors : bilan
et perspectives
rattachent, l'attention portée à la place l'instar des des seniors enjeux dans qui l'ems'y
ploi ne cesse de croître comme en témoigne le calendrier des
concertations et actions prévu par le processus de réforme du
système de retraite établi par l'Etat en 2003. L'importance des
Revue française d'économie, n° 2/vol XXII 82 Amandine Brun-Schammé et Véronique Janod
modalités sur lesquelles doivent porter les décisions des pouv
oirs publics en 2008 (COR [2007]), telles que l'allongement
de la durée d'assurance, incite à dresser un bilan. Dans cette
optique, la synthèse1 présentée ici retrace l'évolution de la
place des travailleurs âgés dans l'emploi en France et s'inter
roge sur les principaux facteurs conditionnant leur activité.
Les seniors et l'emploi
1975-1995 : retrait progressif des seniors de l'emploi
Entre 1962 et 1975, la population active augmente en France d'en
viron 9 %, sous l'effet de l'entrée en activité des générations du
baby-boom2, d'afflux migratoires et de l'intensification de l'ac
tivité féminine. En 1975, la population active française s'élève
ainsi à près de 22 millions d'individus (voir tableau n° 2). La forte
croissance caractéristique des Trente Glorieuses a accompagné
l'emploi de ces actifs supplémentaires jusqu'au début des années
1970. Suite aux chocs pétroliers, l'économie retrouve une crois
sance de moindre amplitude alors même que la population en
âge de travailler continue de croître ; de profondes modifica
tions vont alors apparaître sur le marché du travail.
En réponse à la montée du chômage puis à sa persis
tance, un retrait progressif des jeunes (15-29 ans) et des seniors
(50-64 ans) du marché du travail s'opère en France, encouragé
par les pouvoirs publics : la durée des études s'allonge, confo
rmément à la volonté de conduire 80 % d'une génération au
niveau du baccalauréat, aidée par le développement des bacca
lauréats professionnels ; la durée d'activité des seniors se rac
courcit progressivement, favorisée par l'abaissement de l'âge légal
de départ à la retraite de 65 à 60 ans en 1983 et soutenue par
de multiples dispositifs publics de préretraites et de dispenses de
recherche d'emploi (voir encadré).
Revue française d'économie, n° 2/vol XXII Amandine Brun-Schammé et Véronique Janod 83
Encadré
Plus de 30 ans de dispositifs publics encadrant la cessation
anticipée d'activité des seniors
Initialement institués pour les travailleurs de plus de 60 ans du char
bon et de l'acier dans les années 1950, les dispositifs de cessation anti
cipée d'activité furent progressivement étendus à l'ensemble des tra
vailleurs de 55 à 59 ans tous secteurs d'activité confondus. Au total
depuis 1977, plus de 10 dispositifs publics encourageant la cessation
anticipée d'activité (partielle ou totale) peuvent être dénombrés, le
dernier datant de 2003 (Minni [2006]):
- la garantie de ressource démission licenciement (GRD) (GRL) 1977-1983, 1972-1983,
- l'allocation spéciale du fonds national pour l'emploi (ASFNE)
depuis 1979,
- le contrat de solidarité de préretraite démission (CSPRD) 1982-
1985,
- le la l'allocation congé cessation dispense préretraite de de fin progressive recherche remplacement d'activité d'activité d'emploi (CFA) (PRP) pour depuis (CPA) (DRE) l'emploi les 1993, agents depuis (ARPE) des 1982, 1984, trois 1995-2003, fonctions
fmbliques depuis 1997,
a cessation d'activité de certains travailleurs salariés (CATS) depuis
2000,
- la anticipée d'activité des de l'amiante (CAATA)
depuis 2000,
- le départ anticipé à la retraite (DAR) depuis 2003.
Tableau 1
Bénéficiaires de mesures de cessation anticipée totale d'activité
de 1973 à 2005 Stock au 3 1 décembre en milliers
1973 1975 1980 1985 1995 2000 2004 2005
Ensemble de bénéficiaires 52 83 239 627 431 523 639 681
- - - - Préretraites totales 60-64 ans 52 83 225 347
- - totales 55-59 ans 14 280 155 174 104 120
- - - - Dispense de recherche d'emploi (DRE) 276 349 409 409
- - - - - - Départ anticipé à la retraite (DAR) 110 168
Remarque : hors préretraites sans financement public (préretraites « maison ») au
nombre inconnu.
Sources : UNEDIC, ANPE, CNAM, ministère de la fonction publique ; exploitation
Dares.
Extrait de Merlier [2006], Minni [2006], Minni et Topiol [2003].
Revue française d'économie, n° 2/vol XXII 84 Amandine Brun-Schammé et Véronique Janod
Le retrait progressif des jeunes et seniors de 1975 à 1995
conduit à privilégier l'activité d'« une seule génération », celle des
âges médians (Elbaum et Marchand [1993]). En 1995, les 30-
49 ans représentent plus de 58 % de la population active contre
près de 44 % vingt ans auparavant (voir tableau n° 2). Simulta
nément, les taux d'activité et d'emploi des seniors hommes s'e
ffondrent avec d'autant plus de force que les classes d'âges ten
dent vers 65 ans : le taux d'emploi des 60-64 ans s'établit à
16,5 % en 1995 alors qu'il s'élevait à plus de 55 % en 1975
(voir tableau n° 3). L'abaissement de l'âge légal de la retraite, à
Tableau 2
Répartition de la population en âge de travailler par activité et
classes d'âge de 1975 à 2005
Population en milliers, répartition en %
1975 1985 1995 2004 2005
32 121 Population en âge de travailler 35 692 37100 39 241 39 736
32,1 dont : 15-29 ans 38,3 35,3 29,6
- 30-49 ans 38,6 39,6 45,2 43,8
50-64 ans 23,1 25,1 22,7 26,6
Population active (15-64 ans) 21 851 23 937 24 968 27 379 27 509
dont : 15-29 ans 36,9 33,1 26,3 23,8 21,3
43,8 55,4 30-49 ans 49,1 58,3 55,1
50-64 ans 19,3 17,8 15,4 20,8 23,6
Population active occupée (15-64 ans) 21 039 21 485 22 071 24 651 24 793
dont : 15-29 ans 36,2 30,3 24,2 22,0 19,6
30-49 ans 44,3 51,2 59,8 56,6 56,0
50-64 ans 19,5 18,5 16,0 21,4 24,4
2 452 2 452 2 897 2 728 2 716 Chômeurs (15-64 ans)
dont : 15-29 ans 55,9 57,3 42,5 39,8 37,4
30-49 ans 30,5 31,1 47,1 45,0 46,2
10,4 15,2 50-64 ans 13,6 11,6 16,4
Inactifs (15-64 ans) 10 270 11 755 12 132 11 862 12 227
dont : 15-29 ans 41,2 39,9 44,0 43,0
- 30-49 ans 27,6 20,1 18,1 17,0
31,2 50-64 ans 40,0 37,9 40,0
Note de lecture : données à la date des enquêtes en 1975, 1985 et 1995 et en
moyenne annuelle en 2004, 2005. Population active au sens du BIT, âge atteint au
1er janvier de l'année de l'enquête.
Source : Insee, enquêtes Emploi, extrait de Minni [2006].
Revue française d'économie, n° 2/vol XXII Amandine Brun-Schammé et Véronique Janod 85
Tableau 3
Situations d'activité des seniors de 1975 à 2005
Population totale en milliers, taux et part en %
1975 1985 1995 2005
Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes F emmes Hommes Femmes Ensemble
Population totale (50-64 ans) 3605 3922 4317 4 660 4124 11017 4333 5419 5598
dont : 50-54 ans 1551 2 031 1537 1612 1510 1426 1434 2106 4137
55-59 ans 951 1022 1469 1573 1347 1406 2039 2090 4129
60-64 ans 1117 1288 1338 1536 1351 1493 1349 1402 2751
Taux d'activité (50-64 ans) 79,5 42,9 64,5 39,8 58,6 43,9 63,6 54,6 59,0
dont : 50-54 ans 93,6 52,4 91,2 57,8 90,8 70,0 91,0 78,5 84,6
55-59 ans 83,3 44,2 67,8 42,7 66,1 48,6 66,1 56,0 61,0
60-64 ans 56,8 30,0 30,8 18,8 17,0 14,4 18,5 16,7 17,5
Taux d'emploi (50-64 ans) 77,7 41,6 60,5 36,9 54,2 40,2 59,4 50,7 55,0
dont : 50-54 ans 92,0 50,7 86,0 53,6 84,0 62,9 85,4 72,4 78,8
55-59 ans 81,3 42,7 62,6 39,2 60,5 44,8 61,1 52,4 56,7
29,4 60-64 ans 55,1 29,2 17,6 16,5 14,0 17,5 15,7 16,6
Taux de chômage (50-64 ans) 2,2 3,1 6,2 7,4 7,5 8,4 6,6 7,2 6,9
dont : 50-54 ans 1,7 3,1 5,7 7,3 7,5 10,1 6,1 7,8 6,9
2,4 7,7 8,1 7,7 55-59 ans 3,2 8,6 7,5 6,6 7,1
60-64 ans 3,0 2,9 4,5 6,4 3,3 3,0 5,2 5,8 5,4
Part des 50-64 ans dans :
la population totale des 15-64 ans 24,2 24,1 22,3 27,7 22,3 25,8 23,1 27,3 28,0
la population active 20,8 19,5 19,9 18,3 17,5 16,8 23,2 23,9 23,5
l'emploi 21,3 20,0 20,8 19,4 18,3 17,9 23,8 24,8 24,3
le chômage 17,3 11,5 14,7 10,8 13,5 10,3 17,1 15,8 16,4
Note de lecture : Données à la date de l'enquête de 1975 à 1995, en moyenne
annuelle en 2005.
Concept d'activité au sens du BIT, âge atteint au 31 décembre de l'année de l'e
nquête.
Sources : Enquêtes emploi Insee, exploitation Dares, extrait de Minni et al. [2007].
l'origine de cette chute, a en outre affaibli, par contagion, les taux
d'emploi des générations précédentes dès 45 ans, l'effet s'ampliflant
à l'approche de l'âge de départ en retraite (Guillemard [2003],
d'Autume étal [2005]).
Si le consensus social et politique a conduit durant la
période 1975-1995 à réduire la participation des personnes en
âge de travailler, la volonté politique s'inverse à partir des années
1990. La persistance du niveau faible de la croissance, la baisse
annoncée de la population active avec le départ en retraite des
générations du baby-boom et l'allongement continu de l'espé
rance de vie — facteurs du déséquilibre croissant du système de
Revue française d'économie, n° 2/vol XXII 86 Amandine Brun-Schammé et Véronique Janod
retraite par répartition et de l'augmentation attendue des dépenses
de santé —, invitent en effet à changer d'orientation : accroître
le volume de travail devient l'objectif poursuivi.
Si l'augmentation des taux d'activité est souhaitable pour
toute classe d'âge, elle l'est d'autant plus pour les seniors puis
qu'elle permet d'intégrer sur le long terme l'allongement pe
rmanent de l'espérance de vie3. Accroître la durée d'activité des
seniors contribue de fait au rééquilibrage financier du système
de retraite par répartition en corrigeant la dégradation du ratio
de dépendance économique, rapport entre le nombre de cotisants
actifs et de retraités4.
Au niveau international, la volonté politique d'allonger
la durée d'activité a induit l'objectif fixé en 2001 par le Conseil
européen de Stockholm d'atteindre à l'horizon 2010 un taux
d'emploi moyen des 55-64 ans de 50 %. De même, le Conseil
de Barcelone en 2002 préconise de remonter l'âge moyen de
sortie d'activité de cinq ans en 2010. En France, cette volonté
politique s'est, entre autres, traduite par les réformes des retraites
« Balladur » et « Fillon » en 1993 et 20035 et par le Plan d'ac
tion concerté pour l'emploi des seniors en 20066. Les réformes
des retraites allongent la durée de cotisation nécessaire pour
obtenir une pension à taux plein, tout en durcissant les condi
tions d'accès aux dispositifs de préretraite. Elles incitent ainsi les
travailleurs âgés à poursuivre leur activité plus longtemps sous
peine de percevoir des pensions moins élevées. L'incitation à
l'augmentation de la durée d'activité des seniors s'inscrit dans une
logique dynamique puisque la réforme de 2003 prévoit des révi
sions régulières de la durée de cotisation donnant droit à une pen
sion à taux plein, à partir de l'allongement observé de l'espérance
de vie7.
1995-2005 : stabilité de la faible activité des seniors
Depuis 1995, le mouvement de concentration de l'activité sur
une seule génération s'est enrayé (Minni [2006]) : le taux d'act
ivité des jeunes a cessé de baisser tandis que le vieillissement natu-
Revue française d'économie, n° 2/vol XXII Amandine Brun-Schammé et Véronique Janod 87
rel des générations du baby-boom induit progressivement la
diminution de la part des 30-49 ans dans la population active
et l'augmentation de celle des seniors. De ce fait, l'élévation en
2005 des taux d'activité (59 %) et d'emploi (55 %) des 50-
64 ans (voir tableau n° 3) résulte, au-delà de la hausse continue
de l'activité féminine, d'un effet de composition : l'arrivée des
générations du baby-boom au sein des seniors accroît tout d'abord
la classe d'âge des 50-54 ans qui sont, parmi les seniors, les plus
actifs. Les taux d'emploi par classe d'âge sont, quant à eux, qua
siment stables pour les hommes entre 1995 et 2005 ; le taux d'emp
loi des seniors les plus âgés demeure, lui, à un faible niveau tous
sexes confondus8.
Les comportements d'activité semblent donc s'être sta
bilisés à leur niveau du milieu des années 1990 comme en
témoigne la comparaison des taux d'activité et d'emploi par
classe d'âge entre 1995 et 2005. Or, si une diminution des taux
d'activité avec l'âge est habituelle (OCDE [2007]), le taux d'emp
loi des 55-64 ans en France demeure l'un des plus faibles des
pays européens : 37,8 % contre 42,3 % pour l'ensemble de
l'Union européenne (UE 25) en 2005. La décomposition des taux
d'emploi au sein des seniors souligne la singularité de la France.
Si en France 54,5 % des 55-59 ans disposent d'un emploi contre
55,3 % au niveau européen, seuls 13 % des 60-64 ans sont dans
cette situation contre 26,7 % dans l'UE 25, la France détenant
pour cette dernière tranche d'âge le plus faible taux d'emploi
(Aliaga et Romans [2006]).
Ainsi, suite aux réformes entreprises depuis plus d'une
décennie, incitant clairement les générations âgées à se mainten
ir en activité, les taux d'emploi semblent stabilisés. Toutefois,
aucune augmentation sensible n'est encore perceptible9. Il convient
dès lors de s'interroger sur les facteurs à l'origine de la stabilité
actuelle des comportements d'activité en accordant une attention
particulière à ceux de la demande de travailleurs âgés des entrep
rises. Une réelle augmentation du volume de travail n'est en effet
possible que si, parallèlement à l'offre croissante de travail, les
entreprises décident de conserver leurs salariés âgés, voire en
embauchent.
Revue française d'économie, n° 2/vol XXII Amandine Brun-Schammé et Véronique Janod 88
Facteurs déterminants pour l'emploi
des seniors
Jusqu'ici les facteurs invoqués pour expliquer la désaffection des
entreprises vis-à-vis de la main-d'œuvre âgée sont de deux ordres :
les incitations législatives en vigueur et les caractéristiques attr
ibuées aux seniors, sources potentielles d'une moindre productiv
ité relative.
Une législation aux effets contestés
En dépit des réformes entreprises, la législation n'a pas total
ement éliminé les dispositifs publics encourageant la cessation
anticipée d'activité (partielle ou totale). En 2005, au moins
6,7 % des seniors, soit 741 955 personnes, bénéficiaient de ces
dispositifs, parmi lesquelles 104 290 étaient en préretraite totale
publique et âgées de 55 à 59 ans (ASFNE, ARPE, CFA, CATS,
CAATA), 408 703 étaient dispensées de recherche d'emploi
(DRE)10, 168 000 en départ anticipé à la retraite (DAR) pour
carrière longue, 33 414 en préretraite progressive et enfin 27 548
en cessation progressive d'activité dans la fonction publique
(Merlier [2006] et Minni et al [2007]). Dernière en date, la
mesure DAR a été introduite avec la réforme Fillon de 2003 pour
permettre aux personnes ayant commencé à travailler très jeunes
de partir en retraite dès 56 ans avec un minimum de 168 trimestres
de cotisations. Contrairement aux autres dispositifs, qui sont
tous en repli depuis 200411, cette mesure gagne en importance
en 2005 12, ce qui, selon l'OCDE [2007], pourrait expliquer en
partie le reflux des autres mesures. A ces dispositifs publics s'ajou
tent les préretraites « maison », mises en place à l'initiative spé
cifique des entreprises pour permettre des congés de fin de car
rière ou des départs anticipés et financées sur des fonds privés.
De ce fait, l'ampleur des préretraites « maison », jusqu'ici mal
connue, est estimée en 2000 à plus du tiers des départs antici-
Revue française d'économie, n° 2/vol XXII

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