Groupes domestiques et recomposition sociale de l'agriculture. Le cas des micro-exploitations agricoles du piémont pyrénéen - article ; n°1 ; vol.241, pg 27-33

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Économie rurale - Année 1997 - Volume 241 - Numéro 1 - Pages 27-33
Le maintien relatif de micro-exploitations, étudiées dans une zone précise du piémont pyrénéen, peut s'expliquer par la diversité des stratégies agricoles adoptées par les groupes domestiques qui vivent sur ces micro-exploitations ; si certaines d'entre elles restent dans des systèmes d'élevage traditionnels, d'autres diversifient leurs activités d'exploitation vers des activités de transformation, de commercialisation et de services. Ces stratégies diversifiées reflètent les changements sociaux et économiques observés dans les groupes domestiques.
Domestics groups and social restructuring
in agriculuture.the exemple of undersized farms
in the Midi-Pyrenees area
The survival of micro-farms as studied in a precise area of the Pyrénées foothill, can be explained by the variety of agricultural combined activities embraced by the famely groups living on traditionnal breeding systems whereas others diversify their activities and turn to processing, commercializing and, services. Those diversified strategies follow the social and economical changes noticed in the famely groups themselves.
7 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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M. Gérard Coutureau
Groupes domestiques et recomposition sociale de l'agriculture.
Le cas des micro-exploitations agricoles du piémont pyrénéen
In: Économie rurale. N°241, 1997. pp. 27-33.
Résumé
Le maintien relatif de micro-exploitations, étudiées dans une zone précise du piémont pyrénéen, peut s'expliquer par la diversité
des stratégies agricoles adoptées par les groupes domestiques qui vivent sur ces micro-exploitations ; si certaines d'entre elles
restent dans des systèmes d'élevage traditionnels, d'autres diversifient leurs activités d'exploitation vers des activités de
transformation, de commercialisation et de services. Ces stratégies diversifiées reflètent les changements sociaux et
économiques observés dans les groupes domestiques.
Abstract
Domestics groups and social restructuring
in agriculuture.the exemple of undersized farms
in the Midi-Pyrenees area
The survival of micro-farms as studied in a precise area of the Pyrénées foothill, can be explained by the variety of agricultural
combined activities embraced by the famely groups living on traditionnal breeding systems whereas others diversify their
activities and turn to processing, commercializing and, services. Those diversified strategies follow the social and economical
changes noticed in the famely groups themselves.
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Coutureau Gérard. Groupes domestiques et recomposition sociale de l'agriculture. Le cas des micro-exploitations agricoles du
piémont pyrénéen. In: Économie rurale. N°241, 1997. pp. 27-33.
doi : 10.3406/ecoru.1997.4885
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecoru_0013-0559_1997_num_241_1_4885Gérard COUTUREAU
u
roupes domestiques
et recomposition sociale
de l'agriculture
Le cas des micro-exploitations agricoles du piémont pyrénéen
rieures à l'exploitation viennent conforter le maintien de La petite agriculture :
cette petite agriculture qui peut dans certains cas se vers des stratégies identifiables diversifier vers des activités para-agricoles. On peut par
ler de stratégie de consolidation, d'organisation familiale
Deux études mettent en évidence le maintien relatif de la « consolidation ». Une troisième stratégie dite
d'exploitations de faible dimension économique en d'implantation concerne de nouveaux venus, principale
Midi-Pyrénées : l'une entreprise à partir des RGA 1979- ment de néo-ruraux, en rupture de vie urbaine, qui anti
1988 (Roux, 1992) dénombre 35 % d'exploitations agri cipent les mutations de l'agriculture par des activités
coles ayant une MBS inférieure à 6 000 UCE, soit 15 ha souvent très diversifiées et orientées vers des
d'équivalents blé, l'autre réalisée à partir des enquêtes para-agricoles.
structure 1990-1993 dans le cadre de la préparation du
Ces stratégies sont repérables par rapport à deux axes de XIe plan État-Région (Mongobert, 1993) confirme aussi
signification : l'un de nature patrimonial avec en particulune représentation encore très significative d'exploita
ier l'importance accordée à la maison d'habitation ; tions (37 %) ayant une dimension économique inférieure
l'autre de nature organisationnelle quant au travail réaà 12 ha d'équivalents blé. Comment expliquer un tel phé
lisé, qui se combine par les différentes activités à l'inténomène de maintien relatif de ces petites exploitations
rieur des groupes domestiques. Ces stratégies mettent en sachant par ailleurs que leur nombre diminue ?
évidence les capacités d'adaptation d'une petite paysann
erie capable de se renouveler et qui, au-delà de ces Ces petites exploitations agricoles sont des micro-exploit
valeurs traditionnelles de valorisation du patrimoine, ations lorsque la valeur de la production agricole reste
cherche de nouvelles alternatives économiques et de relativement faible, mais très souvent la production agri
nouvelles relations avec la société. Quels sont les détercole n'est pas la seule source de revenus et les groupes
minants de ces deux axes de signification ? domestiques, qui vivent sur ces micro-exploitations,
diversifient leurs ressources par un travail à l'extérieur de
l'exploitation mais aussi en développant sur l'exploitation
des activités para-agricoles. Ainsi, c'est à l'intérieur des Démarche et zone d'étude groupes domestiques que s'organisent les conditions de la
survie économique des groupes domestiques sous des
Le repérage de la zone d'étude s'est réalisé à partir d'une formes particulières : travail à l'extérieur, pluriactivité,
analyse cantonale (DRAF Midi-Pyrénées, 1993) et de emplois précaires (mi-temps, « petits boulots », etc.) ;
micro-exploitations ayant une dimension économique mais aussi que s'élaborent les activités de l'exploitation
inférieure à 6 000 UCE (RGA, 1988) et une surface agrien fonction des intérêts particuliers. «Ainsi, peuvent
cole utile inférieure à 15 ha. En ne retenant que les cans'expliquer le maintien durable de petites exploitations et
tons ayant un fort pourcentage de micro-exploitations le déclin, voire la disparition, de certaines exploitations
(près de 50 %), deux zones de concentration de micropourtant largement dotées en moyens de production »
exploitations en région Midi-Pyrénées apparaissent : (Delord, Lacombe, 1987).
l'une au nord de la région, selon une direction allant de
Trois stratégies des groupes domestiques assez différen Figeac à Castres Mazamet comprenant 8 cantons ; l'autre
tes peuvent être identifiées. Une première stratégie qual au sud de la région selon une direction allant de Tarbes à
ifiée de stratégie de maintenance reste largement ancrée Foix comprenant 14 cantons de forte concentration de
dans une tradition paysanne forte. Une deuxième straté micro-exploitations. La zone d'étude comprend 5 can
tons du sud de la région reflétant la diversité géographi- gie se développe lorsque des ressources financières
Économie Rurale 241 /Septembre-Octobre 1997 27 que, économique, agricole de cette région piémontaise. Ces ressources monétaires globales et moyennes par
L'échantillon des micro-exploitations enquêtées commicro-exploitation permettent de mesurer l'importance
prend 52 exploitations de taille inférieure à 15 ha de sur des recettes pour chacune des stratégies. Le chiffre
face agricole utile (les élevages hors sol importants ont d'affaires des activités agricoles varie relativement peu ta entre les différentes micro-exploitations et laisse supposété éliminés systématiquement).
er que la marge brute standard n'est guère dépassée
Une typologie des différentes stratégies intègre l'impor (6 000 UCE égalent 36 000 F). Les retraites permettent le
tance de telle ou telle ressource financière dans les res maintien de l'activité agricole et les salaires lui assurent
sources globales des groupes domestiques. une certaine pérennité. La stratégie d'implantation passe
par la valorisation de l'activité agricole ou du patrimoine • Stratégie 1 . Stratégies de maintenance : micro-exploit
de l'exploitation. ations sur lesquelles les groupes domestiques vivent
d'activités agricoles et de retraite (17 micro-exploitations
étudiées).
• Stratégie 2. Stratégies de consolidation : micro-exploit Des stratégies différentes selon
ations sur lesquelles les groupes domestiques combinent la complexité sociale et économique des activités extérieures et des activités agricoles et/ou
des groupes domestiques para-agricoles (25 micro-exploitations étudiées). Les
revenus issus du travail à l'extérieur dominent largement dans des micro-exploitations
les revenus provenant des activités agricoles et ceux pro du piémont pyrénéen O venant des retraites. "D
«/» • Stratégie 3. Stratégies d'implantation : micro-exploitata. Stratégie 1. Stratégie de maintenance : ions sur lesquelles les groupes domestiques vivent un
micro-exploitations sur lesquelles les groupes iquement d'activités agricoles et/ou para-agricoles (10
domestiques vivent d'activités agricoles micro-exploitations étudiées)
et de retraites
Cette étude mêle des ressources financières (recettes Ces 17 micro-exploitations étudiées ont des surfaces
agricoles) non traduites en terme de revenu, ni même de exploitées comprises entre 10 et 15 ha (80 % des micro
marge brute, à des revenus monétaires, tant l'approche exploitations) y compris pour celles qui sont exploitées
des charges d'exploitation paraît hasardeuse chez des par des retraités. La plupart d'entre eux sont des retraités
petits producteurs n'ayant pas de comptabilité. Ainsi non agricoles qui échappent à la limitation des surfaces.
peuvent être récapitulés : le chiffre d'affaires des activi L'élevage bovin domine avec une production tradition
tés agricoles, les primes agricoles, le chiffre d'affaires nelle de veaux sous la mère ou de broutards, et de lait.
d'activités para- agricoles, les salaires, les retraites, les L'alimentation des animaux est traditionnelle, à base de
autres transferts sociaux. Les avantages en nature, très foin, complétée de concentrés de céréales produites. Les
importants dans la vie économique des groupes domesti bâtiments d'élevage sont bien entretenus avec, souvent,
ques de cette région (habitat, chauffage, produits aliment l'aménagement dans les étables d'évacuateurs à fumier et
aires principalement), ne sont pas comptabilisés. la construction de quelques hangars métalliques pour les
fourrages. Les productions sont vendues localement. Le
seul élevage de type industriel concerne la production de Ressources monétaires globales par type de stratégie lapins de chair où un bâtiment neuf a été construit à cet Francs
effet. Para- Retraite Salaires Produits Primes TOTAUX
agricoles agricoles Les deux tiers des groupes domestiques sont caractérisés
S1 77 000 58 000 8 500 8 500 152 000 par la présence, soit de célibataires, relativement jeunes,
qui cohabitent avec leurs parents âgés ou des frères et S2 16 500 113 000 65 000 12 000 206 500
des sœurs retraités, soit de couples près de la retraite S3 78 000 15 000 40 000 133 000 avec ou sans la présence de parents âgés. La faiblesse de
Sources : enquêtes 1993 la production agricole n'assure plus des revenus suffi
sants malgré la vente directe des produits fermiers (lait,
œufs, volailles) aux voisins ou sur les marchés locaux.
Comme l'explique une agricultrice : « le lait était vendu Ressources monétaires par type de ressource
et par type de stratégie au détail et les gens venaient V acheter à la ferme. Parf
ois, quand les vaches notaient pas taries et que les
Para- veaux étaient vendus, on en rachetait d'autres et ces Retraite Salaires Produits Primes TOTAUX
agricoles agricoles partaient en boucherie ; la qualité était
reconnue ». La baisse des prix des produits d'élevage S1 51 38 5,5 5,5 100
(veaux sous la mère, broutards, agneaux de bergerie et S2 8 55 31 6 100 d'herbe) affecte directement les revenus et le niveau de
S3 60 10 30 100 vie de ces petits paysans dont les conditions de vie res
Sources : enquêtes 1993 tent difficiles. L'idée d'agrandir la propriété par l'achat
28 Économie Rurale 241 /Septembre-Octobre 1997 de terres n'a jamais vraiment été envisagée, car le prix de Ces hommes et ces femmes ont tous la même origine
la terre souvent trop élevé et le refus des emprunts ne le sociale de la petite paysannerie. L'homme double actif
permettaient pas. Leur réussite professionnelle a été dif est resté vivre et travailler sur l'exploitation paternelle.
férente selon les cas mais l'attachement au métier et à Maintenant, les parents sont décédés et les enfants, pour xn
cette culture paysanne fait qu'ils iront jusqu'au bout. De la plupart, sont partis. Le travail des hommes à l'exté
nombreux témoignages confirment cette vision : «je rieur a obligé certaines épouses à prendre en charge le
vais continuer tant que je pourrai », « maintenant, si je suivi des élevages. Ces petites exploitations n'ont pas
dois cesser, cela va être très dur ». Pour les plus âgés, il toutes des successeurs directs, malgré leur modernisat
y a une certaine inquiétude pour une retraite peu import ion apparente (matériel, maison d'habitation) permise
ante et de l'obligation qu'ils ont de se séparer d'une par par les salaires extérieurs. Ces petits paysans restent très
tie du cheptel et des pâturages. attachés à leur culture et aux traditions locales. Leur pré
occupation concerne ce patrimoine qu'ils destinent à
Ces petits producteurs sont tous issus de la petite leurs enfants dont certains espèrent qu'ils pourront reve
paysannerie : « mon seul regret est de ne pas avoir porté nir au pays, doubles actifs comme eux.
l'habit traditionnel du Couserans », tel est l'aveu
d'appartenance à un terroir, à une culture. Ce désir d'être Stratégies 2. Stratégies de consolidation : paysan revient constamment dans les propos qui insis 3 micro-exploitations sur lesquelles les groupes tent aussi sur la difficulté d'être petit paysan : « le pay domestiques vivent d'activités extérieures, «A san ne peut pas vivre de son travail. Avant, on achetait de retraites, d'activités agricoles une paire de bœufs que Von faisait travailler puis on les O et éventuellement para-agricoles revendait en décembre en gagnant de V argent, alors
voyez maintenant». Cette non-rentabilité renvoie au Elles forment le groupe le plus important des micro
| passé. Avant la vie était plus facile ; la responsabilité exploitations étudiées (25 sur 52). Leur surface agricole
o 2 utile varie au maximum entre 10 et 15 ha pour les deux- vient des techniciens qui ont «pourri l'agriculture et
bourré le crâne des jeunes », ils voulaient tout moderne. tiers d'entre elles. Les achats de terres sont rares et bien
Ces difficultés traduisent aussi la vétusté des maisons souvent ce sont des lopins qui sont acquis.
d'habitation, et leur manque évident de confort car les
Dans la majorité de ces petites exploitations, l'élevage ressources financières sont faibles et proviennent en
domine. Ainsi peut-on répertorier : une majorité de trougrande partie des retraites agricoles qui représentent des
peaux allaitants destinés à la production traditionnelle de rentrées d'argent non négligeables.
veaux sous la mère et quelques broutards non engraissés
(14 élevages) ; quelques troupeaux laitiers (6 élevages) Ces micro-exploitations sont très proches des résultats
dont un dépasse en valeur de production les 6 000 UCE de recherche (Jégouzo, 1984) sur la petite paysannerie
définies comme seuil de économique des en France où le projet essentiel est de préserver un patr
micro-exploitations ; un troupeau ovin pour la productimoine familial légué. Ainsi, ces petits paysans, dont
ion d'agneaux d'herbe. L'alimentation des animaux est à beaucoup sont restés célibataires (50 %), représentent les
base de foin et de concentrés de céréales produites. Les derniers survivants d'une petite paysannerie. Ils avouent
bâtiments d'élevage apparaissent bien entretenus et leur être sans successeur direct mais certains imaginent une
amélioration porte sur la mise en place d'évacuateurs à reprise par d'autres agriculteurs de leur parentèle proche
fumier dans les étables. Les productions sont vendues (neveux, cousins).
localement et l'on ne trouve sur ces exploitations enquê-
tées aucune activité para-agricole. Par le niveau de proUn autre tiers des groupes domestiques est, soit de cou
duction et le mode de production, tout laisse supposer ples retraités relativement jeunes, dont les enfants ont
qu'il s'agit de systèmes d'élevages traditionnels. quitté l'exploitation, soit de couples retraités plus âgés
ayant des enfants majeurs, célibataires, au chômage. Ces On remarque aussi dans 5 micro-exploitations une proenfants souhaitent retrouver du travail et ne semblent pas duction céréalière (maïs surtout), parfois associée à celle désireux de rester vivre sur l'exploitation. Lorsque les de volailles (poulets, canards). Les effectifs de ces élevacouples sont composés d'un retraité agricole et d'un ges restent modestes et les méthodes d'élevage sont artretraité non agricole, la dimension de leurs élevages isanales. Un seul éleveur conjugue un élevage caprin et reste modeste (3 à 4 vaches) mais, lorsque les couples une production apicole. La vente directe des produits comportent des retraités non agricoles, les effectifs des fermiers (volailles, miel, fromage de chèvre) s'effectue cheptels sont beaucoup plus conséquents. Tous les hom sur les marchés locaux ou par l'intermédiaire de réseaux mes sont d'anciens actifs à l'extérieur et plus de 50 % personnels, familiaux ou autres. Deux micro-exploitatd'entre eux sont d'anciens ouvriers dans des usines loca ions louent des gîtes, principalement l'été et un agriculles. Ces groupes domestiques, grâce aux revenus des teur pratique l'entreprise de récolte de maïs. retraites non agricoles vivent plutôt bien. La poursuite de
l'activité agricole ne fait pas l'unanimité, surtout de la
part des conjointes qui souhaiteraient être plus indépen
dantes des quelques animaux qui restent sur l'exploita
tion. Les hommes ont, au contraire, le désir de prendre
du temps et de pratiquer ce métier avec plus de liberté.
Économie Rurale 241 /Septembre-Octobre 1997 29 Ainsi apparaissent deux systèmes de production : l'un Pourtant, ces « petits agriculteurs » se perçoivent, socia
assez traditionnel largement majoritaire, orienté vers les lement, différemment. Pour les uns, ils appartiennent à la
bovins ; l'autre beaucoup plus intensif et diversifié par la paysannerie et sont paysans avant tout : « le paysan,
production céréalière et le souci de valoriser les céréales comme on l'appelle ici, c'est notre vie, ce n'est pas un 01 ta par l'engraissement et la vente directe de volailles. métier ». Pour d'autres, ces « petits agriculteurs » sont
exploitants agricoles. Ici l'on voit apparaître la survi
Un premier groupe de micro-exploitations (15 micro vance d'une petite paysannerie où s'affirment la valeur
exploitations) comporte des groupes domestiques pré du paysan, l'amour de la terre, mais, surtout, il faut y être
sentant deux types de structure : des groupes domesti né, avec pour certains le sentiment d'être un travailleur
ques à structure étendue de trois générations avec des indépendant qui exploite et qui pense sa production en
grands-parents âgés et des couples de parents ayant eu terme de rentabilité. Dans tous les cas, le positionnement
leurs enfants assez tardivement ; et des groupes domesti social des « petits agriculteurs » par rapport à la petite
ques à structure simple de deux générations comportant paysannerie ne pose pas de difficulté comme si cette
des célibataires ou des couples de parents dont les référence allait de soi. Le travail à l'extérieur est perçu
enfants sont partis, et des grands-parents âgés. Les grou comme quelque chose de nécessaire et le bien fondé de
pes domestiques cohabitent dans des maisons familiales l'activité agricole n'est jamais remis en cause. On ne
souvent imposantes, au centre de cours de ferme closes. s'interroge pas sur son opportunité. Le travail sur
Çf Ces « domus » sont des citadelles et ce patrimoine légué l'exploitation est l'affaire de tous, chacun y participe sans M représente quelque chose d'incontournable. Dans la contester. L'entraide entre les voisins est réelle pour les
majorité des situations, ce sont les parents ou des céliba foins mais aussi pour des travaux plus ponctuels (vêlage, O ■o taires actifs, soit l'homme, soit la femme, qui est chef clôture...). Cette solidarité s'exprime aussi par l'achat de M d'exploitation ; très peu de ces chefs se déclarent doubles matériel à plusieurs, entre voisins. Les relations sociales a actifs (30 %). Presque toutes les familles ont des enfants sont surtout familiales, principalement avec les autres o et de nombreux enfants scolarisés restent présents membres de la parentèle de proximité. Ces groupes
(moyenne d'âge 13 ans). Seuls, deux enfants majeurs tra domestiques comportent dans leur structure familiale
vaillent à l'extérieur et cohabitent. Les personnes âgées (1 1 cas sur 15) des hommes et des femmes relativement
sont aujourd'hui retraitées agricoles. Bien que ces retrai jeunes, avec souvent des enfants scolarisés encore jeu
tes soient d'un montant modeste, elles jouent un rôle nes. L'avenir de leur exploitation ne se pose pas à court
important dans l'épargne familiale et dans le finance terme directement. Les préoccupations les plus imméd
ment de certains investissements (matériel agricole, iates sont liées à l'âge des grands-parents, à la scolarité
aménagement des bâtiments). des enfants et aux journées de travail des doubles actifs
qui cumulent, à la fois le travail à l'extérieur, celui de la
Ces groupes domestiques vivent surtout des ressources maison, et celui de l'exploitation. Le quotidien, surtout
liées aux activités professionnelles extérieures, puisque celui des femmes qui travaillent à l'extérieur, se nourrit
78 % des hommes et 50 % des femmes de 20 à 60 ans de cette complexité mais il entraînera des bouleverse
travaillent à l'extérieur de l'exploitation. Les emplois ments sur la vie des groupes domestiques et le maintien
féminins sont principalement orientés vers les métiers de des élevages. Le travail des hommes, quant à lui, n'a pas
santé ou de services aux particuliers ou aux collectivités. entraîné jusqu'à présent d'autres comportements en ce
Les emplois masculins concernent davantage les emplois qui concerne les finalités de l'exploitation. Ces groupes
de la fonction publique ou de cadres moyens. Globale domestiques ont la même origine sociale (la petite pay
ment, les activités professionnelles sont orientées surtout sannerie) mais certains de leurs membres ont changé
vers les services, aussi bien pour les emplois masculins d'appartenance sociale par le travail à l'extérieur de
que pour les emplois féminins. Le niveau de rémunérat l'exploitation. Cette « mutation sociale » n'a pas modifié
ion varie de 5 000 F à 6 000 F net par mois pour la les stratégies des groupes domestiques quant au maintien
majorité des salariés (13 cas sur 20) ; seuls trois salariés des élevages traditionnels. La référence à la paysannerie,
perçoivent des rémunérations supérieures à 10 000 F par à sa culture, à ses pratiques sociales, reste le lot commun
mois. Une approche des revenus extérieurs à l'exploita de ces micro-exploitations encore nombreuses. Les stra
tion fait apparaître la nécessité pour ces groupes domest tégies développées consistent à maintenir et à préserver
iques de cumuler plusieurs ressources car le niveau des le patrimoine légué par la famille. Tant que subsiste dans
salaires reste modeste (moyenne : 6 000 F par mois). Il ces groupes domestiques un noyau paysan fort lié à la
faut donc souligner l'importance des ressources liées à même origine sociale, ces groupes domestiques préser
l'activité agricole, compléments marchands mais aussi vent leur identité. Les ressources extérieures viennent
non marchands (la maison, le jardin, l'autoconsomma- consolider et conforter ce dispositif.
tion des produits de l'exploitation, le bois de chauffage).
Dans la majorité des groupes domestiques, les fils vien Un deuxième groupe de micro-exploitations (10 micro
nent ou cohabitent et ont épousé des femmes, également exploitations) comprend des groupes domestiques com
filles de petits paysans. À la différence de la génération posés de couples actifs sans ascendants qui sont, soit des
précédente, le travail à l'extérieur s'impose spit à jeunes avec des enfants jeunes (60 %), soit des
l'homme, soit à la femme, soit aux deux à la fois. Sur les couples seuls, plus âgés (40 %). Les ressources provien
trente hommes et femmes de 20 à 60 ans, vingt d'entre nent surtout des revenus extérieurs apportés par les salai
eux occupent un emploi extérieur à l'exploitation. res puisque 14 hommes et femmes de 20 à 60 ans ont
30 Économie Rurale 241 /Septembre-Octobre 1997 une activité professionnelle extérieure. Pour les hom leurs activités professionnelles extérieures et de leur ori
mes, ce sont souvent les plus âgés (40-60 ans) qui sont gine sociale, renforce le système de production en le
actifs à l'extérieur, alors que les femmes sont plus nomb diversifiant ou en le remettant en cause.
tô reuses à être actives entre 20 et 40 ans qu'entre 40 et 60
Par le travail des hommes et des femmes à l'extérieur de ans. Cette réalité du travail des femmes se trouve là aussi
l'exploitation, ces groupes domestiques ne sont plus payconfirmée. Les métiers exercés sont de même nature que
sans socialement. L'homogamie culturelle des couples est ceux rencontrés dans les groupes domestiques précé
beaucoup plus importante par un niveau d'instruction dents, mais le niveau de rémunération paraît plus élevé,
plus élevé. Grâce aux revenus dégagés des salaires, l'actiavec davantage de salaires compris entre 5 000 F et
vité agricole n'est plus perçue comme quelque chose de 10 000 F. Quatre couples perçoivent deux salaires qui
vital (autoconsommation alimentaire) mais comme un soulignent l'importance de la double activité et la diffi '35
moyen de dégager des revenus supplémentaires. Q. O culté de conjuguer le travail extérieur et le travail sur
l'exploitation. Bien que la situation économique, par u O Ainsi, lorsque l'ensemble des actifs travaille à l'extérieur, l'importance des salaires, soit plus favorable que dans les 2 que les hommes soient issus socialement de la petite micro-exploitations précédentes, l'activité agricole
paysannerie et que leurs épouses ont d'autres origines apporte, là aussi, des compléments en nature et finan sociales, les groupes domestiques développent d'autres ciers non négligeables. Le souci, pour certains, de valori stratégies pour les micro-exploitations. Les finalités ser les produits et leur patrimoine, démontre l'intérêt
deviennent plus économiques : il s'agit de rentabiliser un économique de cette diversification (transformation, patrimoine familial, donc d'entreprendre. Le niveau de O vente directe, gîtes, etc.). La majorité des chefs d'exploi formation plus élevé des chefs d'exploitation et de leurs (A tations sont des hommes (70 %), dont la moitié se épouses induit cette volonté. La double activité est per a déclare doubles actifs. Les trois femmes chefs d'exploi çue comme devant articuler des activités professionnelltations vivent des situations professionnelles I es différentes au mieux des intérêts particuliers. La maidifférentes : deux femmes ont la charge entière de l'él son d'habitation, construite à proximité des terres evage car leur mari travaille à l'extérieur et ne participe familiales, symbolise d'une certaine façon cette indépenqu'aux travaux des champs ; la troisième femme, bien dance. Les activités agricoles sont plus spécialisées ou se qu'ayant le statut d'agricultrice, ne travaille pas sur diversifient vers des activités para-agricoles. l'exploitation, entièrement reconvertie en production de
maïs et qu'exploite seul le mari, employé de commerce.
Ces familles ne vivent pas toutes dans la maison Stratégie 3. Stratégies d'implantation :
familiale ; bien souvent, une maison est construite à micro-exploitations sur lesquelles les groupes
proximité, sur un terrain légué par la famille (4 cas). domestiques vivent uniquement d'activités
L'absence de bâtiments d'élevage a peut-être obligé cer agricoles et/ou para-agricoles
tains producteurs à abandonner l'élevage au profit des
Sur 10 micro-exploitation étudiées, on observe deux céréales. Cet attachement au lieu et au patrimoine reste
types de micro-exploitations : celles dont la SAU est infétrès fort. Sans exception, les hommes sont fils d'agricul
rieure à 5 ha et celles dont la SAU est comprise entre 10 teurs et originaires, sauf un, de la petite paysannerie. Ils
et 15 ha. Les exploitations de faible surface développent n'ont pas tous épousé des femmes originaires de ce
des productions hors sol très intensives comme l'élevage même milieu social (4 cas). On retrouve le même pos
de canards gras ou des productions très spécialisées et itionnement social des petits producteurs à la paysanner
artisanales comme la production apicole. Deux élevages ie, mais ce positionnement est beaucoup moins net car de volailles dépassent largement le seuil de production les pratiques professionnelles sont plus intensives, plus
des 6 000 UCE de MBS, avec des effectifs d'élevage très diversifiées, avec des volontés économiques plus affi
importants (2 600 canards, 1 200 canards). À l'opposé, rmées (volaille, gîtes). un éleveur n'a que 4 vaches et un autre éleveur a mis en
place une petite unité de veaux de batterie (50 veaux), Ainsi, rencontre-t-on deux types de micro-exploitations :
aménagée dans une vieille étable. Les autres producteurs • Celles qui restent dans des élevages traditionnels. Ce associent plusieurs élevages, principalement des ovins et sont des couples sans enfants présents, qui ont encore des caprins. La faiblesse de certaines productions agricoquelques années d'activité. Dans deux micro-exploitat les masque la complexité de ces petites exploitations
ions, les hommes travaillent à l'extérieur et leur femme dont certaines se sont volontairement tournées vers des
est agricultrice et, dans deux autres micro-exploitations, systèmes associant agriculture et tourisme (ferme équest
la situation professionnelle est inversée ; re, accueil d'enfants, gîtes ruraux, camping à la ferme,
• Celles où le travail des hommes à l'extérieur avait déjà table d'hôtes). Toutes les productions sont transformées
conduit à modifier certains systèmes de production par et commercialisées directement ; même le petit agricul
l'abandon d'élevages traditionnels et la pratique de pro teur avec ses 4 vaches fabrique des fromages commerc
ductions agricoles plus compatibles avec les métiers ialisés sur les marchés locaux. De nombreux product
exercés à l'extérieur. En valorisant des céréales en pro eurs appartiennent à des réseaux professionnels
duits fermiers (volailles principalement), l'implication (syndicat agricole, association de défense des gîtes, asso
des épouses paraît inévitable ce qui, indépendamment de ciation pour la production de produits fermiers, etc.).
Économie Rurale 241 /Septembre-Octobre 1997 31 Les groupes domestiques qui vivent sur ces micro petits-enfants. Cette présence est bienvenue et souvent
exploitations sont composés de six couples jeunes et de soulignée car, parfois, l'intégration dans les villages n'a
leurs enfants scolarisés, d'un jeune célibataire en ins pas été facile. Le dénominateur commun de ces familles
on tance de mariage et de deux couples, plus âgés, sans reste une volonté d'entreprendre et de créer d'autres rapto enfant. Ces familles vivent dans des maisons réhabilitées ports avec les gens proches mais aussi avec des touristes
ou reconstruites, toutes confortables. Les chefs d'exploi rencontrés sur les marchés ou dans les gîtes et tables
tation sont des hommes, les femmes ont un statut d'aide- d'hôtes. Le mot martelé le plus souvent dans les discours
familiale. Ces hommes sont d'origines sociales diverses est « qualité » : qualité de vie pour eux, qualité des pro
(3 hommes sur 10 seulement sont d'origine agricole) et duits, de l'accueil pour les autres.
leurs épouses sont à 80 % d'origine non agricole. Ce sont
Les hommes et les femmes de ces groupes domestiques des couples qui ont quitté leurs activités professionnelles
ne sont pas issus socialement de la petite paysannerie. pour venir s'installer agriculteurs. Contrairement aux
Ce sont des néo-ruraux qui participent au renouvelleautres chefs d'exploitation, leur niveau de formation sco
ment de cette paysannerie par leur retour à la terre. Ces laire est élevé (supérieur au baccalauréat). Au-delà de
micro-exploitations se sont diversifiées, elles ont intégré leur projet professionnel, ils aspirent à un nouveau type
la nécessité des activités para-agricoles pour suppléer la de rapports sociaux et leurs responsabilités profession
faiblesse de leurs moyens de production avec la volonté nelles sont largement présentes comme pour donner une
de produire des services de qualité. On retrouve une assise institutionnelle à des exploitations quelque peu '■SU «A démarche pour à la fois produire, transformer, commercimarginales par rapport aux systèmes traditionnels. Il y a
aliser, intégrer les services (Muller, 1991). une volonté de diversification, d'innovation professionO
nelle mais aussi sociale. Ils ne se considèrent pas globa«A Cette paysannerie renouvelée, très familiale dans son lement comme des paysans, ni comme des néo-ruraux : fonctionnement, sera-t-elle capable d'insuffler une dyna| « on nous amalgame avec les néo-ruraux, aux types qui i mique locale ? étaient des petits bourgeois, qui ne prenaient aucun ri
sque à élever des chèvres en Ardèche et, si cela allait
mal, on rentrait chez papa-maman ». Pourtant, il s'agit
bien là d'un nouveau mouvement de néo-ruralisme qui Des déterminants stratégiques
participe à la recomposition sociale de la petite paysann et la ténacité d'une petite paysannerie erie.
Ces nouveaux « néo-ruraux » sont venus avec des capi Le terme de complexité, retenu le plus souvent pour ren
taux personnels et ont emprunté pour racheter des pro dre compte des réalités sociales actuelles, s'applique par
priétés abandonnées, dans des régions parfois difficiles. faitement à la réalité offerte par les micro-exploitations
Il a fallu tout reprendre : réaménager la maison et les dans la zone étudiée en Midi-Pyrénées. Les systèmes de
bâtiments, remettre les terres en culture, réinvestir dans production et les stratégies mises en place sur ces micro
des installations parfois coûteuses (mielleries, fromager exploitations sont définis par les groupes domestiques
ie, gîtes, salle de restauration...). Le niveau d'endett qui y vivent et qui, au cours de leur histoire, évoluent.
ement reste faible et n'est pas plus élevé, en moyenne, que Ces groupes s'accordent ou ne s'accordent pas sur des
dans les autres micro-exploitations. Il y a une prise de projets en fonction des désirs, des disponibilités, des
conscience de ne pas entrer dans une logique d'endett activités professionnelles diverses exercées par les diffé
ement comme beaucoup d'autres agriculteurs, de ne pas rents membres. Cette façon de poser la stratégie des
trop se spécialiser, de ne pas mettre « tous les œufs dans micro-exploitations, à partir des groupes domestiques, a
le même panier ». aussi une signification sociale car l'analyse historique
des petites unités agricoles, depuis l'avènement de
Ce souci d'indépendance économique se traduit malgré l'industrie, fait apparaître que la déstructuration-restruc
tout par des niveaux de chiffres d'affaires relativement turation des exploitations agricoles s'accompagne tou
modestes. Les primes agricoles sont dérisoires en raison jours d'un mouvement de décomposition et de recompos
de la faiblesse des surfaces cultivées ou du nombre d'an ition sociale des couches paysannes et notamment la
imaux élevé. Globalement, les ressources financières petite paysannerie.
paraissent insuffisantes pour faire vivre une famille et
rémunérer convenablement le travail de deux personnes Ainsi, les ressources financières extérieures provenant
à plein temps par exploitation. Ce sont les micro-exploit des activités professionnelles des chefs d'exploitation
ations les plus fragiles économiquement parmi toutes doubles-actifs ou d'autres membres des groupes domest
celles que nous avons étudiées car il n'y a pas de revenus iques, ne sont pas uniquement des déterminants écono
extérieurs et toute la richesse provient de la valorisation miques qui permettent à la petite agriculture de se maint
des produits fermiers ou du taux de remplissage des gîtes enir ou de se développer mais aussi des déterminants
et des tables d'hôtes ; de plus, la saison touristique ne sociaux qui amènent une complexité sociale à l'intérieur
dure que quelques semaines. Certains parents de ces des groupes domestiques capables d'orienter les straté
petits producteurs ont racheté des maisons proches des gies quant aux activités sur les micro-exploitations. La
exploitations pour parfois aider mais aussi, le plus sou fragmentation du travail n'est pas uniquement une ques
vent, pour profiter de la présence de leurs enfants et tion d'heures exercées dans tel ou tel métier, elle est
32 Économie Rurale 241 /Septembre-Octobre 1997 une fragmentation sociale où le petit producteur pes domestiques formés principalement de couples jeuaussi
n'est plus exploitant agricole, ni cadre, ni employé mais nes dont les épouses ne sont pas issues socialement des
quelque chose de plus complexe qu'on définit générale couches paysannes et pour la majorité des couples non
ment et trop simplement par le terme de « pluriactif ». issus socialement de la petite paysannerie, les stratégies
La multiplicité des situations amène finalement une nou développées sur l'exploitation tendent vers une plus
velle perspective de la reproduction sociale. (Lamarche, grande intensification et une plus grande diversification.
1984) où la réflexion s'oriente vers le statut social du Cette diversité des micro-exploitations est omniprésente
pluriactif, c'est-à-dire la place qu'il occupe dans les rap dans les stratégies d'implantation, surtout dans des acti
ports sociaux de production. (Carneiro, 1996). La notion vités para- agricoles, organisées dans des réseaux de
de petite paysannerie s'en trouve modifiée, car ses critè commercialisation des produits transformés, de promot
res économiques, sociaux, culturels (Jégouzo, 1984) se ion et de vulgarisation des services.
Q. O 3» sont aussi compléxisés.
La diversité des stratégies développées sur les micro O u Dans les micro-exploitations où se développent des stra exploitations par les groupes domestiques mette en évi S! tégies de maintenance, la petite paysannerie se maintient dence les capacités d'adaptation, de concertation, de
et les groupes domestiques restent homogènes sociale réinvestissement de savoir-faire propres à l'agriculture ment. Dans les micro-exploitations où les groupes paysanne. Le travail à l'extérieur des uns, le néo-rura-
domestiques consolident l'activité agricole par le travail lisme des autres, participent à un éclairage différent et à M des hommes et/ou des femmes à l'extérieur de l'exploita une distanciation nécessaire. Ainsi, les groupes domestition, celles-ci se « désagricolisent » en raison du poids ques des micro-exploitations, par leur origine sociale, O des ressources extérieures. Malgré cette intégration éco leur appartenance sociale, leur niveau de formation, par M nomique, à la sphère économique globale, les pratiques ticipent à la diversité de l'agriculture en utilisant les a professionnelles agricoles ne sont pas remises en cause moyens qu'ils jugent appropriés pour maintenir leur sys o et le maintien d'élevages traditionnels atteste cette conti O tème de production ou l'innover. Ils pratiquent une agrinuité. La référence à la paysannerie, à sa culture, à ses culture bien différente du modèle productiviste. « C'est pratiques sociales, reste le lot commun de ces micro une nouvelle catégorie, produite par la crise et par un exploitations encore nombreuses. Les stratégies déve complexe de raisons financières, économiques et idéololoppées consistent à maintenir et à consolider le patr giques qui se caractérise par la volonté de mettre en imoine légué par la famille. Certaines pratiques paysan place le système de production le moins exigeant possines perdurent comme la cohabitation des générations ble en capital et valorisant le mieux possible les ressourdans la maison familiale ou le souci de préserver son ces humaines ; ces agricultures différentes qui rejettent indépendance alimentaire. Pourtant, le travail à l'exté le modèle productiviste, mettent en œuvre des stratégies rieur de plus en plus fréquent des femmes, même issues qu'on a pu qualifier de résistances » (Kayser, 1985) de la petite paysannerie, peut modifier à terme les finali mais, qui au fond, sont des stratégies de ténacité et tés agricoles de l'exploitation et la vie familiale du d'innovation, qui participent au renouvellement de la groupe domestique. Tant que subsiste, dans ces groupes petite paysannerie. domestiques, un « noyau paysan » fort, lié à la même
appartenance sociale, à la petite paysannerie, ces grou
Gérard Enfa, Upres, COUTUREAU Dynamiques rurales, Toulouse pes domestiques préservent leur identité. Pour les I
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Économie Rurale 241 /Septembre-Octobre 1997 33

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