L'analyse des trajectoires des exploitations agricoles. Une méthode pour actualiser les modèles typologiques et étudier l'évolution de l'agriculture locale - article ; n°1 ; vol.228, pg 35-47

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Économie rurale - Année 1995 - Volume 228 - Numéro 1 - Pages 35-47
Les typologies d'exploitations agricoles ne peuvent durablement jouer leur rôle au service du développement agricole (organisation du conseil aux producteurs et aide à la décision en matière de politiques agricoles et d'aménagement du territoire) que dans la mesure où elles sont régulièrement actualisées. Cependant, la remise à jour d'une typologie ne se ramène pas à la production ex nihilo d'une nouvelle image instantanée de la diversité des exploitations. La question ne se pose plus dans les mêmes termes, car l'information contenue dans la typologie initiale fournit une situation de référence et une grille d'analyse qui permettent de caractériser précisément l'évolution de la population locale des exploitations. Il devient ainsi possible de passer d'une analyse statique à une analyse dynamique, qui valorise plus complètement l'information disponible. Cet article présente les résultats d'une démarche récurrente consistant à développer à partir d'une typologie initiale une méthode d'étude des «trajectoires d'exploitations», puis à réactualiser le modèle typologique en s'appuyant sur les résultats de cette analyse.
To be useful for extension services (farmers advising and agricultural policies orientation), farm typology must be updated regularly. Nevertheless, typology updating can't be reduced to build ex nihilo a new typology. First, the previous typology provides essential references to analyse farm trajectories and to caracterize local agricultural changes. Then, the elaboration of the new typology is mainly based on the results of this first analysis.
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1995
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Christophe Perrot
Etienne Landais
Pascal Pierret
L'analyse des trajectoires des exploitations agricoles. Une
méthode pour actualiser les modèles typologiques et étudier
l'évolution de l'agriculture locale
In: Économie rurale. N°228, 1995. pp. 35-47.
Résumé
Les typologies d'exploitations agricoles ne peuvent durablement jouer leur rôle au service du développement agricole
(organisation du conseil aux producteurs et aide à la décision en matière de politiques agricoles et d'aménagement du territoire)
que dans la mesure où elles sont régulièrement actualisées. Cependant, la remise à jour d'une typologie ne se ramène pas à la
production ex nihilo d'une nouvelle image instantanée de la diversité des exploitations. La question ne se pose plus dans les
mêmes termes, car l'information contenue dans la typologie initiale fournit une situation de référence et une grille d'analyse qui
permettent de caractériser précisément l'évolution de la population locale des exploitations. Il devient ainsi possible de passer
d'une analyse statique à une analyse dynamique, qui valorise plus complètement l'information disponible. Cet article présente les
résultats d'une démarche récurrente consistant à développer à partir d'une typologie initiale une méthode d'étude des
«trajectoires d'exploitations», puis à réactualiser le modèle typologique en s'appuyant sur les résultats de cette analyse.
Abstract
To be useful for extension services (farmers advising and agricultural policies orientation), farm typology must be updated
regularly. Nevertheless, typology updating can't be reduced to build ex nihilo a new typology. First, the previous typology provides
essential references to analyse farm trajectories and to caracterize local agricultural changes. Then, the elaboration of the new
typology is mainly based on the results of this first analysis.
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Perrot Christophe, Landais Etienne, Pierret Pascal. L'analyse des trajectoires des exploitations agricoles. Une méthode pour
actualiser les modèles typologiques et étudier l'évolution de l'agriculture locale. In: Économie rurale. N°228, 1995. pp. 35-47.
doi : 10.3406/ecoru.1995.4744
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecoru_0013-0559_1995_num_228_1_4744PERROT • Pascal PIERRET • Etienne LANDAIS Christophe
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des Une analyse méthode exploitations pour actualiser des les modèles trajectoires typologiques et agricoles étudier l'évolution de l'agriculture locale
En pratique, ce problème a été résolu par l'adoption d'une
démarche récurrente consistant à développer à partir d'une
typologie initiale une méthode d'étude des « trajectoires d'exde 1. la Une d'un diversité sur problématique modèle la construction des dynamique exploitations centrée
ploitations », puis à réactualiser le modèle typologique en
s' appuyant sur les résultats de cette analyse.
Cette démarche a conduit à l'élaboration d'une nouvelle Dans les départements d'élevage, où la diversité du fonctio
méthode de construction et d'actualisation des typologies de nnement des exploitations est particulièrement marquée, la
fonctionnement d'exploitations agricoles qui procède par modélisation de cette diversité, grâce à la construction d'une
agrégation autour de pôles définis à dire d'experts (Perrot typologie d'exploitations, peut représenter une étape import
1990 et 1991). Une clé typologique, étalonnée avec les ante pour l'organisation du développement agricole. Ces
experts sur des fichiers-tests, calcule un coefficient de retypologies sont en effet susceptibles de jouer un rôle central
ssemblance (%) entre toute exploitation à classer et chacun des dans la réalisation des différentes fonctions de service assu
pôles. L'exploitation est ensuite rattachée au pôle auquel elle rées par les organismes de développement :
ressemble le plus. L'ensemble des exploitations agrégées -le conseil individuel aux producteurs (appui technico-écono-
autour d'un pôle constitue un type. mique, conseil d'orientation en cas d'installation ou de projet
d'investissement) ;
-l'analyse de groupe, qui procède par comparaison directe
des résultats technico-économiques obtenus par différentes
exploitations ; 2. Matériel et méthodes
-la fourniture aux décideurs concernés de représentations de
l'activité agricole locale, en vue de la préparation des déci La méthode a été testée et appliquée pour la première fois
sions relatives aux politiques agricoles et à l'aménagement du dans le département de la Haute-Marne. Dans le cas de la
territoire. Haute-Marne, les pôles d'agrégation sont définis à l'aide de
cinq à dix indicateurs spécifiques à chaque pôle portant prin
Les typologies ne peuvent néanmoins tenir durablement ce cipalement sur la caractérisation de la dimension des ateliers
rôle d'outil au service du développement que dans la mesure en présence pour approcher la combinaison des productions,
où elles conservent leur pertinence au cours du temps, ce qui du statut juridique et de la main-d'oeuvre, des choix les plus
implique qu'elles évoluent parallèlement aux exploitations. importants en matière de conduite des troupeaux (type d'ani
Cette condition apparaît particulièrement importante dans les mal produit, niveau de productivité des vaches laitières,...), du
périodes de mutation rapide telles que celle que traverse système de cultures (nature des têtes d'assolement, pourcen
depuis plusieurs années l'agriculture française. Les modèles tage de céréales de printemps), du système fourrager (place du
utilisés doivent donc être évolutifs. Cfcci n'est possible que si maïs ensilage, de la luzerne, de la prairie permanente), du
leur conception a intégré la nécessité d'une réactualisation degré de modernisation de certains équipements...
périodique. La remise à jour d'une typologie ne se ramène
pas, en effet, à la production ex nihilo d'une nouvelle image Le modèle typologique obtenu, représenté en figures 1 et 2 a
instantanée de la diversité des exploitations. La question ne se été ajusté et validé à partir notamment des données de l'en
pose plus dans les mêmes termes, car l'information contenue quête « Structures » réalisée en 1987 par les services de la
dans la typologie initiale fournit une situation de référence et Chambre d'Agriculture. Cette enquête est réalisée périodique
une grille d'analyse qui permettent de caractériser précis ment dans un échantillon « en grappes » comprenant toutes
ément l'évolution de la population locale des exploitations les exploitations agricoles appartenant à un ensemble constant
agricoles. Il devient ainsi possible de passer d'une analyse sta de 67 communes représentatives des différentes petites
tique à une analyse dynamique, qui valorise plus complète régions agricoles de la Haute-Marne. Ce dispositif statistique
ment l'information disponible. permet d'extrapoler les résultats à l'ensemble du département.
Économie Rurale 228 / Juillet-Août 1995 35 ■
Figure 2. La typologie de 1987 : Figure le champ f. La des typologie exploitations de 1987 laitières : le champ des exploitations qui ne produisent pas de lait
Of) Axe 1 Axe 2
CEREALES ♦3 TYPELM1 TYPELC- LC L'application du 5 Des investissements "modèle" intensif importants en Une logique productiviste production laitière d en production laitière TYPECVo en matériel de cultures Une association agriculture-élevage (ovin) avec une moindre capitalisation
TYPECW-
Un atelier bovin 1 important lié à TYPE ai: de grandes surfaces Un élevage laitier intensif I TYPE LID non labourables dans une exploitation TYPE CVC- Intensification et ceréaliereabon Diversification dans des Un élevage résiduel potentiel exploitations en phase de dans une exploitation céréalière développement depuis TYPELGA- l'instauration des De grandes exploitations quotas laitiers De peas quotas TYPECLD néceuams mats Jne grande diversiti mm suffisants ■• de productions pour dansées tarer parti d'un aploaatums de pofyculam- milieu difficile ilevage TYPELml. Une modernisation limitée TYPFD de la production laitière dans Reconversion Lait- Viande pon- l'attente d'une décapitai îsaûon alléger la charge TYPELT ou d'un nouveau départ de travail et amorcer De petites exploitations la decamtalKation traditionnelles, laitières et non
modernisées
TYPE HO- TYPE HBfftobager Bovin) De» éleveurs spécialise» La gestion de panda tuf ace» produisent des agneau en herbe es orientée dnerbesurdepeute» TYPED par l'activité commerciale surf aces avec une (achat-vente de bovm ) Reconversion Lait-Viande pour faible capiliilisatnil qm beta mie place alléger la charge de travail centrale dan» le et amorcer la décapitai isati on faDcoomement de Tendances lourdes ibohmon 1960-1990 l'exploitation Plant de développement 197S-1983 Evolution post quotas batters
On observe le long de l'axe vertical (axel) une hiérarchisation des ration des quotas laitiers a très fortement réduit le flux des exploi
différents types qui rend compte de la croissance et de la modern tations qui peuvent adopter ces types de fonctionnement. Une
isation/intensification des exploitations agricoles de Haute- nouvelle voie est alors apparue (de Lml vers LID) par intensifica
Marne depuis 25 ans. L'axe 2 oppose principalement les tion de l'atelier laitier et diversification. Pour les exploitations asso
exploitations herbagères des zones d'élevage traditionnelles (à ciant élevage (lait ou viande) et cultures de vente, la possibilité
droite) aux exploitations de polyculture-élevage des plateaux cal d'évoluer d'un type à l'autre est sans doute moindre et dépend
caires (à gauche). beaucoup plus des contraintes naturelles qui pèsent sur l'exploi
L'étude des distances et des intersections entre les différents tation.
types révèle les proximités et les oppositions et illustre des fili
ations entre types de fonctionnement que les experts avaient déjà Les oppositions entre certains pôles sont particulièrement mar
signalées. La succession LT -> Lml -> LGA représente par quées. L'axe vertical oppose ainsi les types herbagers (D, HO et
exemple la croissance sans njpture des exploitations laitières par HB) aux céréaliers spécialisés (type C), les types mixtes céréales-
capitalisation progressive. Le saut qualitatif qui accompagne la viande (types CVc et CVv, ainsi que CVo) se situant en position
mise en œuvre d'un fonctionnement de type LMI ou LC est par intermédiaire. L'opposition entre les types HB d'une part, C et
faitement illustré par la disjonction entre les noyaux de ces types CVc d'autre part est renforcée par la nature de leur assolement
et les autres. Ces deux types de fonctionnement sont apparus en respectif et par la taille importante des troupeaux dans le type HB,
une dizaine d'années (1975-1983) dans les nombreuses exploita ce qui explique sa relative proximité avec le type CVv. L'axe hori
tions qui ont développé fortement leur atelier laitier à cette zontal oppose en effet essentiellement les types avec peu de
époque, grâce aux « Plans de Développement ». Depuis, bovins (à gauche) à ceux qui possèdent des troupeaux importants
36 Économie Rurale 228 / Juillet-Août 1995 3. Résultats
Traduction graphique des changements O u
structurels et techniques V) 1. Stabilité comparée des différents types Le choix d'un espace de représentation
L'application de la « clé » associée à la typologie 1987 permet Les pôles d'agrégation sont définis indépendamment les uns des
d'affecter chaque exploitation à un type donné (ou au groupe autres, mais une analyse factorielle (Analyse en Composantes
des exploitations « non typées » si le coefficient de ressemPrincipales) portant sur la matrice des coefficients de ressem
blance le plus élevé n'atteint pas 60%). Ce classement qualiblance permet de reconstruire a posteriori un espace de repré
tatif permet dans un premier temps d'étudier le devenir des sentation commun à l'ensemble de la population des
382 exploitations enquêtées en 1987 selon leur type de départ, ■o exploitations étudiées (Perrot & Landais, 1993a et b). Contraire
en distinguant 3 modalités : disparition (cessation d'activités, ment à d'autres méthodes typologiques, l'analyse multivariée s restructuration importante ou refus d'enquête en 1992), channe porte donc pas sur les variables descriptives de départ : elle
gement de type (y compris passage dans le groupe des exploin'est pas utilisée pour construire la typologie, mais seulement
tations non typées) ou stabilité dans le type initial. La figure 3 pour en fournir une représentation (figures 1 et 2).Nous avons I résume cette information. Elle permet de distinguer, selon les construit deux espaces de disjoints, à l'aide de deux
types d'exploitations, des évolutions divergentes. ACP effectuées séparément sur les exploitations laitières et non la
itières. Une représentation graphique de la diversité des exploita Figure 3. Devenir des exploitations enquêtées en 1987 tions haut-marnaises en 1987 est ainsi obtenue avec les figures 1 et
2, sur lesquelles ont été tracés les contours (simplifiés) de la projec Fréquence relative (en%), par type de fonctionnement initial, des exploi
tion des « noyaux » des différents types, c'est-à-dire de l'ensemble tations ayant disparu, changé de type ou conservé le même type de fonc
tionnement entre 1987 et 1992. des exploitations ressemblant particulièrement bien (coefficients de
ressemblance globale supérieur à 80%) aux pôles considérés.
Le repère ainsi construit est utilisé pour visualiser les trajectoires des / •^00% \ exploitations. Il suffit pour cela de projeter sur ce plan, en individu
■f supplémentaire, l'image d'une exploitation en 1992 et de la relier à o. s / \ l'image obtenue en 1987 pour cette même exploitation (qui jouait
4 V - alors le rôle d'individu actif). La variation des coefficients de re
ssemblance entraîne un « déplacement » de l'image de l'exploitation \ / 27%/ 7\mm ICW "LC \ / dans le plan factoriel, qu'elle ait ou non changé de type. La longueur ICVO du vecteur qui représente sa trajectoire sera d'autant plus grande ' y" \ que les variations des coefficients de ressemblance, et donc les
■cu \ évolutions structurelles et techniques, auront été plus importantes. / \ Cette représentation permet le repérage des trajectoires les plus 1 / / / significatives, qui sont ensuite analysées en remontant à leur \ ► v ■ \32% \ LT \ ^ "Jj ^ ■ LGA BUD/ ■HO / BCVC / D ensemble BCLd BLmi « cause » : l'évolution de la valeur de tel ou tel indicateur discrimi /
nant. /
Par construction, l'abandon (ou beaucoup plus rarement la reprise) / de la production laitière se traduit, en termes de représentation, par "\ 100% 0 un changement de plan factoriel (du « champ laitier » au « champ % d'exploitation 41% ayant disparu non laitier ») et donc par une trajectoire discontinue, dont la lo
ngueur ne peut être évaluée. En pratique, ceci ne s'avère pas gênant,
car l'abandon comme la reprise de la production laitière correspon
dent à des changements qualitatifs très importants dans le fonctio (laitiers moindre • Dans les traditionnels mesure types CLd D (décapitalisation (polyculture ou faiblement et modernisés) élevage avant retraite), laitier et peu dans LT, intensLml une
nnement des exploitations (au plan de l'organisation du travail en
particulier), ce que symbolisent bien la discontinuité de la trajectoire ifs), plus de 50% des exploitations enquêtées en 1987 ont et le changement d'espace de représentation. disparu, et jusqu'à 80% pour les types LT et D, conformé
ment à ce qu'avaient prévu les experts. La disparition de ces
petites exploitations laitières a été accélérée par la mise en Cette enquête a pu être répétée en 1992, soit cinq années après œuvre des plans d'aide à la cessation laitière, ce qui a pu les la précédente, sur les exploitations des mêmes communes amener à adopter de façon transitoire un fonctionnement de (Pierret, 1993). Cette circonstance a permis de mettre au point type D avant de bénéficier de l'instauration de la préretraite, la méthode d'analyse des trajectoires et de tester le caractère mesure qui leur était largement destinée. A l'échelle nationale évolutif de la méthode typologique. (Rattin, 1993), cette mesure a rencontré un succès particuli
èrement important chez les éleveurs d'herbivores (40% des La signification et les déterminants des évolutions mises en demandes) et notamment chez les éleveurs qui avaient des évidence deviennent un sujet de discussion avec les experts vaches laitières en 1990 (23% des demandes). qui ont été mobilisés pour l'opération typologique. Le retour à
ces informateurs privilégiés permet d'interpréter les trajec • Les exploitations typées LGA (grandes exploitations laitoires en dépassant la seule description de l'évolution des tières herbagères sans maïs) en 1987 ont majoritairement indicateurs discriminants. Les mouvements les plus import (58% des cas) abandonné ce mode de fonctionnement autants n'ont d'ailleurs généralement pas échappé aux experts, onome et économe, en dépit de son apparente efficacité économais chacun n'en a qu'une image à la fois imprécise et part mique et de sa pertinence environnementale qui en faisaient, ielle. La méthode valorise ces connaissances individuelles en aux yeux de certains experts, un modèle à promouvoir. les organisant en un savoir global.
Économie Rurale 228 / Juillet-Août 1995 37 • Pour les types LC, LMI (laitiers intensifs de grande dimens la population 1987 des types Lml et LT, mais aussi la frange
des exploitations du type CLd qui se projetaient le plus bas sur ion) et CVv (polyculture-élevage viande), c'est la stabilité
dans le type qui domine. Ces exploitations ont pu connaître l'axe 1.
to des évolutions structurelles fortes (+ 30 ha de SAU en
moyenne pour les exploitations qui sont restées dans le type O LC) sans changer de type pour autant, notamment parce que Figure 4. Localisation dans l'espace typologique 1 la plage de variabilité acceptée dans leur type d'origine pour des exploitations laitières de l'échantillon certains indicateurs discriminants n'était pas toujours bornée ayant cessé leur activité entre 1987 et 1992 I vers les valeurs supérieures. Nous verrons que l'apparition de
très grandes structures a conduit à modifier la clé typologique
"O et à introduire un nouveau pôle d'agrégation.
2 SS.i • Les types C, CLi et LID semblent un peu moins stables que
les types laitiers intensifs de grande dimension (LMI et LC) H* LM.
ou mixtes céréales-viande (CVv), puisque le pourcentage de 1
disparition y est plus fort. Chez les céréaliers spécialisés (C),
les non-réponses à l'enquête s'expliquent cependant en partie
par un taux d'absence plus élevé que chez les éleveurs. Quant
%!l ad *■" aux exploitations de type CLi et LID, elles sont très générale 1*" CLI |CLI ment en situation de quota laitier limitant. Les opportunités de
développement, que ce soit en production de lait, de viande ou
de céréales, conduisent alors à un changement de type.
• Le type CVc (troupeau allaitant résiduel dans une exploita
tion céréalière) est relativement instable. La fréquence des
disparitions y est comparable au groupe précédent, mais les
changements de types sont nettement plus nombreux. Ce type
.L|CLd |CLd de fonctionnement représente ou représentait assez souvent
une position d'attente avant un passage au type C (céréalier ■L, ^
spécialisé), à la faveur d'un accroissement de la surface en
céréales.
• Finalement, l'étude des principaux changements de type
montre clairement que l'on abandonne certains types de fonc
tionnement plus fréquemment que d'autres : 60% des exploi
tations qui ont changé de type entre 1987 et 1992 étaient L'exemple des trajectoires des exploitations laitières typées LGA, CLd, Lml ou CVc en 1987. A l'inverse, d'autres
types font preuve d'un pouvoir attractif certain : 67% des Les pôles LC et CLi : une force d'attraction qui polarise l'e
changements de type se font en direction des types LC, CLi, nsemble du champ typologique.
C et CVv.
La projection de l'ensemble des trajectoires des exploitations
qui produisaient du lait en 1987 semble relativement confuse 2. Étude graphique
à première vue (figure 5). Cependant, une simple partition de des trajectoires d'exploitation 1987-1992 ces trajectoires suivant leur direction générale permet déjà de
dégager des tendances assez nettes. Cas des exploitations disparues entre les deux enquêtes
Les qui ont disparu entre 1987 et 1992 ne peu Les trajectoires « montantes » le long de l'axe vertical sont
vent pas donner lieu au tracé d'une trajectoire au sens strict. nettement les plus nombreuses, nous les avons isolées sur les
Cependant, la considération de leur projection 1987 confirme figures 6.1 et 6.2. Elles traduisent clairement la concentration
et précise nos conclusions antérieures. de la production laitière et l'augmentation du quota laitier
moyen des exploitations. De façon plus fine, on peut disti
Parmi les exploitations laitières (figure 4), les disparitions ont nguer différentes tendances :
été d'autant plus nombreuses que l'on descend le long de i) Un important faisceau de trajectoires orientées vers le haut l'axe vertical. Les coordonnées des projections des exploita et vers la droite (quadrant supérieur gauche de la figure 6.1). tions sur cet axe étant corrélées avec la valeur du quota laitier Ce faisceau est composé d'une part de trajectoires sans chanen 1987 (r=0,80; p< 0,01) ceci montre qu'en Haute-Marne gement de type (en pointillé), qui concernent essentiellement
comme partout en France, les cessations de l'activité laitière des exploitations de type CLi ou LC et traduisent une dyna
ont concerné d'abord les plus petits livreurs, et ont très sou mique de croissance sans changement radical du mode de
vent traduit la disparition complète de l'exploitation. Les tra fonctionnement; d'autre part de trajectoires de plus grande
jectoires de reconversion lait-viande qui ont été mises en amplitude avec changement de type (trait continu), concer
évidence (cf. infra) concernent des exploitations beaucoup nant des exploitations au départ de type CLd, qui connaissent
moins nombreuses, dont le profil initial était différent. Les des évolutions plus profondes (intensification s' accompa
disparitions d'exploitations laitières ont donc concerné surtout gnant du développement de la production laitière).
38 Économie Rurale 228 / Juillet-Août 1 995 Figure 5. Projection sur l'image 1987 du champ laitier des trajectoires des exploitations
qui produisaient du lait en 1987 et qui sont toujours présentes dans l'échantillon en 1992.
1. Trajectoires sans changement de type to V) 2. Trajectoire avec de type «A c 3. Abandon de la production laitière. Ces trajectoires convergent vers un point de fuite arbitraire. q
ô
1
I
(A 10 tO
Économie Rurale 228 / Juillet-Août 1 995 39 ■

6. Sélection des trajectoires montantes de la figure 5 : des exploitations laitières en croissance F/gwe
6.2. Trajectoires montant vers la gauche : 6.1. Trajectoires montant vers la droite : (0 M « céréalisation » massive des exploitations laitières augmentation et intensification de la production laitière
O des zones traditionnellement herbagères du département +3
2
o Q.
8
ii) Un faisceau de trajectoires dirigées vers le haut et vers la Figure 7. Effet d'attraction du pôle LC
gauche (quadrant supérieur droit de la figure 6.2), qui tradui La convergence de nombreuses trajectoires d'exploitations laitières qui
changent de type de fonctionnement rend compte de l'effet d'attraction de sent la céréalisation massive de très nombreuses exploitations
certains « modèles » en production laitière. laitières des zones dites herbagères du département, au départ
de type LID, LGA ou LMI. Cette évolution s'accompagne 2 " fréquemment d'un changement de type (au bénéfice des types
CLi ou LC), sauf pour les exploitations au départ du type LMI
(les plus hautes sur l'axe 1), qui se rapprochent du pôle LC
— Dn tout en restant dans leur type. \J-§
iii) Toujours parmi ces trajectoires montantes, il est facile de ■ 1
repérer sur les figures 6.1 et 6.2 quelques trajectoires particu
lièrement longues, correspondant à un développement brutal
de la production laitière, observé par exemple lors de la
reprise d'une petite exploitation laitière. y \
cl/ ■ Une représentation sélectionnant les trajectoires des exploita
tions qui aboutissent à un même type en 1992 met en évidence
le pouvoir attractif de certains pôles, et dessine en quelque \
y sorte leur « aire d'attraction » dans l'espace typologique.
Ainsi, la force croissante exercée par le pôle lai
tier LC est clairement soulignée par la convergence d'un
grand nombre de trajectoires, ainsi que l'illustre la figure 7.
-2
2-10
40 Économie Rurale 228 / Juillet-Août 1995 '
'

:
Des pôles qui perdent leur influence 8.2. Trajectoires des exploitations typées LGA en 1987 : gliss
ement généralisé en direction des pôles LC et CLi L'analyse de l'ensemble des trajectoires des exploitations qui
appartenaient à un même type en 1987 renseigne sur la capac
ité de reproduction du mode de fonctionnement correspond C «/>
ant. O +3
3 Ainsi, l'analyse des trajectoires des 26 exploitations typées
Lml en 1987 met en évidence (figure 8.1) : 13 disparitions
d'exploitations (50%); 5 trajectoires intra-type seulement f
(19%); 3 trajectoires de décapitalisation (12%) conduisant à
un type LT par diminution de la référence laitière et rempla
cement partiel des vaches laitières par une production de
bœufs à l'herbe, moins exigeante en travail; 5 trajectoires
(19%) traduisant des changements de fonctionnement parfois
très profonds comme le laisse supposer la longueur de ces tra I
jectoires. Ces cinq exploitations herbagères de dimension
moyenne ont intensifié leur production laitière pour produire,
selon les opportunités qui s'offraient à elles, davantage de lait
(exploitations classées LMI ou proche de LC en 1992), de
viande (LID) ou de céréales (CLi). Cette diversité des trajec
toires valide parfaitement l'intitulé qui avait été choisi en
1987 avec les experts pour le type Lml : « Une modernisation
limitée de la production laitière dans l'attente d'une décapit
alisation ou d'un nouveau départ ».
Figure 8. Diversité d'évolution des types associés à des pôles
en perte d'influence
8. 1. Trajectoires des exploitations typées Lml en 1987 :
cessation d'activité ou évolution vers des pôles divers
des 8.3. Trajectoires évolutions diversifiées des exploitations selon la typées situation Cld initiale en 1987
1
201 I 1 1
SJ/ i * / /
1
cl;
M / 1 x
"""■W ) II
1
-1-10 1 2
Pour les exploitations typées LGA en 1987 (figure 8.2), les
ï disparitions sont peu nombreuses (3 cas sur 19, soit 16%), i\
mais les tendances centrifuges sont très nettes. Cinq exploita - -1 tions seulement (26%) conservent le type de fonctionnement . ¥\ ■ ■ ■■—■■-■ 1 \ herbager, économe et autonome, qui avait été décrit en 1987! / Toutes les autres intensifient la production laitière (dévelop
pement spectaculaire du maïs ensilage) pour faire plus de lait
avec des vaches plus productives ou diversifier leur product
ion avec des céréales (vers LC ou CLi). Une exploitation
abandonne le lait et se rapproche du pôle HB, son importante ■ -2
•2 0 1
Économie Rurale 228 / Juillet-Août 1995 41 surface en herbe étant maintenant exploitée par un gros trou 4. Discussion
O peau allaitant. .y Pour les exploitations typées CLd en 1987 (figure 8.3), on 1. Éléments de bilan : les grands traits
observe très nettement une partition en fonction de la position de l'évolution de l'agriculture de Haute-Marne
initiale sur l'axe vertical. Les exploitations situées le plus bas entre 1987 et 1992 O +3 La confrontation des résultats de ces analyses et des connaisont eu nettement tendance à disparaître, les exploitations 2 sances des experts locaux permet, conformément aux objectifs situées le plus haut (qui disposaient initialement des quotas les
initiaux, de caractériser les traits dominants de l'évolution de plus importants), à passer en type CLi voire LC en dévelop
l'agriculture haut-marnaise durant ces cinq dernières années. pant et en intensifiant la production laitière (substitution du
maïs à la luzerne). Les exploitations situées en position inte
L'agrandissement des exploitations se poursuit à un rythme soutenu rmédiaire ont suivi pour leur part ou bien des trajectoires mar
Entre les deux enquêtes, l'augmentation a été de 20 ha en quées par l'abandon de la production laitière (trajectoires
moyenne, la surface moyenne des exploitations de l'échant1 discontinues symbolisées par un point de fuite fictif situé en
illon constant (n=226) passant de 95 à 1 15 ha. Les trajec* haut à gauche, cf. paragraphe ci-dessous), ou bien des trajec
toires conduisant à un changement de type sont associés à des toires intra-type aboutissant à une baisse globale des coeffi
agrandissements importants : + 28 ha en moyenne, contre cients de ressemblance, due à une diminution assez nette des ■a + 13 ha pour les trajectoires intra-type. Parmi ces dernières, céréales de printemps traditionnelles dans ce type, ce qui
les trajectoires des exploitations de type CVc, LC ou LMI, signe une certaine intensification des techniques culturales. sont caractérisées par des agrandissements moyens importL'analyse des trajectoires révèle donc une hétérogénéité intra- ants, de l'ordre de 25-30 ha, contre moins de 10 ha pour les type que les experts n'avaient pas explicitement discernée, autres trajectoires intra-type, à l'exception de celles des mais que la typologie traduisait déjà graphiquement, ce qui exploitations classées LT, qui ont perdu 7 ha en moyenne, témoigne de la fidélité et de la sensibilité du modèle. conformément aux prévisions.
Cette augmentation rapide des surfaces cultivées par exploitaAbandon ou reprise de la production laitière : les trajectoires tion est associée à une diminution sensible de la main- discontinues des exploitations qui changent de champ d'oeuvre qui fait voler en éclats les normes de productivité du
Le dernier groupe de trajectoires concerne les exploitations travail admises jusqu'ici pour les systèmes Céréales et
qui sont passées d'un système laitier à un système sans lait (14 Céréales-Viande (moins 0.3 UTH par exploitation en
cas) ou inversement (4 cas). moyenne). L'étalement des temps de travaux étant l'une des
Sauf exception, l'abandon de la production laitière conduit à voies envisageables pour augmenter la productivité du travail
des exploitations mixtes de polyculture-élevage (bovin dans les systèmes à orientation céréalière (à côté du change
viande) et non à des exploitations céréalières spécialisées. Ces ment de matériel et/ou d'itinéraires techniques), on assiste
reconversions concernent principalement des exploitations dans ces systèmes à un développement des céréales de prin
qui se rattachaient en 1987 aux types CLi et surtout CLd. temps, qui sont par ailleurs en régression dans les systèmes de
Dans ce dernier cas, l'absence de modernisation des équipe polyculture-élevage (cf. infra).
ments laitiers et le niveau particulièrement faible du quota
(moins de 100 000 1) par rapport à la SAU (supérieure à 100 La restructuration laitière se poursuit
ha) justifiant difficilement (pour certains éleveurs) les inves La disparition de nombreux petits éleveurs laitiers suite aux tissements nécessaires, peuvent expliquer l'abandon, à la plans nationaux d'aide à la cessation contribue à l'augmentat
faveur d'un agrandissement important, d'une production qui ion des livraisons individuelles des éleveurs laitiers qui resétait assurée dans des conditions de travail assez difficiles. tent en activité : 58% d'entre eux ont pu faire progresser leurs
Dans 8 cas sur 14, le fonctionnement auquel ces exploitations livraisons. La médiane de cette augmentation se situe à
aboutissent en 1992 n'est pas classé par la clé typologique 300001. Ceci explique en bonne partie le mouvement ascen
1987, car elles possèdent plus de 50 vaches allaitantes, et dant des trajectoires dans le plan factoriel correspondant aux
dépassent ainsi le seuil supérieur fixé pour le pôle CVv en exploitations laitières, d'autant que cette augmentation de pro
1987. Un ajustement du modèle s'imposait donc sur ce point. duction, lorsqu'elle est forte, s'accompagne de modifications
Quatre trajectoires d'exploitations qui abandonnent la product importantes du fonctionnement (intensification fourragère et
ion laitière aboutissent à un fonctionnement de type CVc, modernisation des installations). L'instauration de la pré
CVv ou HB. Deux autres correspondent à une décapitalisation retraite a accéléré cette restructuration, et par là le phénomène
très nette, annonçant une disparition prochaine. Cette évolut d'agrandissement des exploitations, en abrégeant ou suppri
ion, qui conduit à un fonctionnement de type D, a finalement mant la phase de décapitalisation progressive (terres, cheptel)
été moins fréquente que prévu, en raison de l'instauration de qui suivait généralement l'abandon de la production laitière,
la pré-retraite en 1991. ce qui a conduit à la régression spectaculaire du type D.
Les quatre trajectoires inverses de reprise de la production lai
tière concernent des exploitations mixtes céréales- viande dont L'intensification fourragère et le maïs ensilage,
la trop faible dimension (moins de 80 ha et moins de 20 voies quasi exclusives du développement de la production laitière
vaches allaitantes) compromettait très probablement la repro Le développement de la production laitière s'appuie systémat
duction dans le type de fonctionnement adopté. La moitié de iquement sur l'intensification de l'atelier laitier, et en particulier
ces exploitations ont bénéficié de l'attribution d'un quota sur l'intensification fourragère, pratiquement synonyme d'un
« SLOM », résultant d'une procédure visant à restituer une recours accru à l'ensilage de maïs. Telle est l'une des princi
référence laitière aux producteurs qui avaient cessé leur acti pales conclusions de l'analyse des trajectoires des exploitations
vité laitière avant 1984 suite aux mesures de non-commerciali initialement de type de CLd, LGA, LID ou Lml, et qui passent
sation du lait (ONILAIT, 1992). enLC.
42 Économie Rurale 228 / Juillet-Août 1995 du maïs ensilage dans les zones traditionnellL'extension Une bonne rentabilité permet le maintien de la production laitière
ement herbagères du département a certes été favorisée par une dans des exploitations de dimension économique importante 8 série d'années au climat favorable, mais elle résulte aussi de En dépit des agrandissements importants de surface qu'ont tr> l'influence d'une forte pression sociale, qui passe souvent par connus les exploitations typées LC en 1987 et malgré les «/> la formation des jeunes agriculteurs. Au-delà de ses mérites fortes contraintes de travail qui sont liées à la production lai O propres (productivité du travail et qualité du fourrage), cette tière, une seule de ces exploitations a abandonné le lait pour S technique reste associée à une image moderniste, que les s'orienter encore davantage sur les céréales (tout en conser ô risques environnementaux liés à la culture intensive du maïs vant un troupeau allaitant). Ce constat est assez rassurant pour
et aux grandes stabulations laitières n'ont pas ternie. Les sys l'industrie laitière départementale, qui a exprimé quelques dif
tèmes de production laitière reposant sur le foin conservent à ficultés ponctuelles à trouver preneur pour les quotas qui se
l'inverse une image passéiste. Les experts diagnostiquent libèrent et quelques inquiétudes par rapport à la possibilité de (A
d'ailleurs une perte globale des savoir-faire et de la maîtrise maintenir la densité de la production laitière à un niveau suf
technique en matière de production et de valorisation du foin, fisant. Les reconversions lait-viande ne concernent pas les I et plus généralement en matière de conduite des prairies. Dans plus gros quotas, mais des quotas moyens, dans des exploita
la plupart des cas, l'augmentation de production autorisée par I tions faiblement ou moyennement modernisées (ce qui contril'attribution d'un quota supplémentaire (après agrandissement bue à la réduction déjà évoquée de la diversité des systèmes
ou installation) est obtenue en bonne partie par la voie clas de production). sique de l'intensification : augmentation de la productivité
individuelle des vaches et accroissement du pourcentage de La cerealisation des systèmes de production a progressé rapidement
maïs dans la ration. L'adaptation des de laitiers au conti
Dans ces conditions, quel est l'avenir des systèmes fourragers ngentement de leur production principale s'est faite essentiellherbagers (Lml, LGA) ou « alternatifs », qui reposent en par ement par diversification vers les céréales puisque la surface ticulier sur l'utilisation de la luzerne et de céréales autoco fourragère a fortement régressé (de 24 000 ha) parallèlement nsommées (CLd)? On constate que les exploitations qui se à une intensification fourragère des surfaces destinées à une rattachaient à ces types en 1987 ont non seulement augmenté production laitière contingentée et à une augmentation du la part du maïs dans leur assolement (ce qui a les a en général nombre de vaches allaitantes insuffisante pour compenser la conduit à un changement de type de fonctionnement) mais diminution du nombre des vaches laitières depuis 1985 (Pier-
aussi substitué, dès lors qu'elles en avaient la possibilité, des ret, 1993). Cette réaction, conforme à la tendance nationale surfaces obligatoirement en herbe (STHO), récupérées à l'oc (Bazin et al, 1992), se traduit donc nettement au niveau de la
casion d'un agrandissement par exemple, aux prairies tempor Haute-Marne dans son ensemble. Elle est encore plus nette à aires et artificielles (luzerne), de manière à consacrer le l'échelle de ses zones traditionnellement herbagères du Der et maximum de terres labourables aux cultures de vente ou au du Bassigny où plus de 10% de la SAU ont basculé des praimaïs. ries vers les céréales, le colza et le maïs ensilage (Bassigny).
Ces évolutions fortement marquées dans le paysage traduisent Le lait du Bassigny est de moins en moins produit à l'herbe la diminution du pourcentage de STH dans la SAU des
La conclusion principale de l'étude des trajectoires des exploitations classées en 1987 LGA (de 79 à 68%) et LMI (de
exploitations laitières concerne sans doute le très fort pouvoir 49 à 36%), types qui dominaient respectivement dans le Basattractif du pôle LC. Ceci s'accompagne d'une uniformisation signy et dans le Der.
des systèmes de production laitière qui n'est pas exempte de Cette cerealisation s'accompagne d'une orientation plus marcertains risques. La conjonction des tendances d'intensifica quée vers la vente de céréales et augmentation de la
tion fourragère et de cerealisation provoque en effet une telle productivité des surfaces grâce à l'acquisition de compétences
convergence des trajectoires vers le pôle LC que ce type de nouvelles en matière de d'itinéraires techniques pour les
fonctionnement pourrait représenter demain la seule façon de céréales d'hiver et le colza (variétés, fertilisation, protection
produire du lait en Haute-Marne! Sa part de marché est phytosanitaire...). Elle s'opère donc au détriment des céréales
d'ailleurs passée en cinq ans de 27 à 37% du lait produit dans de printemps, dont la présence dans les assolements des
le département. Cette proportion est passée dans le même exploitations des types laitiers à dominante herbagère ou
temps de 11 à 29% dans le Bassigny, région herbagère orientés vers la diversification des risques (CLd), caractérisait
typique, tandis que la part de la production cumulée des types un atelier céréales relativement traditionnel, tourné vers l' au
herbagers (LT, Lml et LGA) y tombait de 55 à 29%. Ceci toconsommation. La régression générale des surfaces emblan'est évidemment pas sans conséquence sur l'évolution de vées en céréales de printemps dans tous ces types est donc un
l'agriculture et des paysages locaux. Les experts affirment à bon indicateur du développement et de l'intensification de
ce sujet qu'un fonctionnement de type LC s'accompagne l'atelier céréales. d'une dynamique particulièrement « agressive » vis-à-vis des
surfaces : appétit foncier, mise en culture maximale et ten En production de viande, l'offre change de nature
dance à la sous-utilisation de la STHO... La diminution du nombre de vaches laitières, le développe
ment global du troupeau allaitant et l'apparition de troupeaux
relativement importants (triplement en 5 ans du nombre des
troupeaux de plus de 40 vaches allaitantes comme de ceux de
plus de 60 vaches allaitantes) conduit à une modification de
l'offre en bovins-viande (type de produits, regroupement de
l'offre) qui ne restera pas sans conséquence sur la filière
viande. Conformément aux évolutions observées au niveau
national (Institut de l'Élevage, 1992; OFIVAL, 1992), l'offre
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