L'aviculture française vingt ans après : les limites de la « révolution avicole » dans la filière volailles de chair - article ; n°1 ; vol.132, pg 57-63

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Économie rurale - Année 1979 - Volume 132 - Numéro 1 - Pages 57-63
French poultry industry changed so rapidly during the last 20 years that is was considered as an exemple of the future organization of french agri-business.
However, 20 years after the beginning of the « poultry revolution », there still are large numbers of poultry producers, chicken feed companies and slaughter-houses. This situation must be explained since, with the available techniques, the same production could be obtained from a few large producers and processing plants. Our analysis will attempt to show why the industrialization of poultry sector followed an inexpected path. The present report is based on the first findings of a research in progress on the actual results of the poultry revolution, its significance and limits.
Two warnings before the main results are presented : the main part of the study does not deal with egg-production, it is based almost exclusively on existing data which are unfortunately sparse and fairly often uncertain.
The distribution of meat chicken flocks is nearly statistically normal among the population of trench farm units. In other words, they are distributed among all farm sizes (in terms of acreages) and in all kinds of production systems. In spite of the high rate of concentration in poultry units during the last 15 years, their distribution among size classes and farm types did not change. In short, poultry units have been inserted in all kinds of farms, their expansion did not induce any massive change in their structure and the new model expected by many economists : the highly specialised poultry unit with no land, did not emerge.
The main purpose of contracts in broiler production is to insure a flexible planning of production. However it is not
as widespread as had been predicted (30 % of production is without contracts) and many of the cases of integration are
rather loose with verbal agreements — not entirely unlike the situation of dairy farmers with regard to their relations with the dairy industry.
In spite of its low price, poultry meat was not heavily substituted to other meats. Competition between pork and poultry (stronger in France than in other OECD countries), the high rate of consumption of home produced poultry and the high level of purchases of poultry and rabbits produced by the small traditional farm flocks (nearly 50 % of the total consumption), the strength of food consumption habits (french people have been heavy poultry consumers for about a century), all these factors restrict the development of « industrial » broiler and explain the nature of their present market.
It seems that these three conclusions shed some light on the original development of the french chicken sector. The lack of specialization of the farms producing poultry and its corollary, the small size of flocks compared to the optimal ones, are due to a double constraint :
a) the poultry activity remains linked to the other farm productions because its labour requirements are now so reduced (between 1960 an 1973 the working time required for a medium flock was reduced by half). An other factor requiring insertion in a (diversified) farm is the low profitability of poultry and the high costs of the necessary investments.
b) this structure of broilers production is linked to the structure of slaughter plants and the marketing system. In France most poultry is consumed fresh (not frozen), thence the marketing system must be very flexible and handle small diversified and urgent orders. This requires that the slaughter houses be able to draw on a variety of sources of supply. So the industry remains inconcentrated and does not now attract outside capital, in spite of what had been predicted.
L'aviculture française s'est rapidement transformée depuis 20 ans au point de servir souvent d'exemple à l'organisation future de l'agro-allimentation française.
Pourtant, 20 ans après les débuts de il a révolution avicole, les élevages, les firmes d'aliments et les abattoirs restent nombreux. Comment s'expliquer cette situation alors qu'avec les techniques disponibles, ia même production pourrait être assurée par un nombre d'ateliers de production et de transformation beaucoup plus faible. Plus généralement, comment expliquer le tour paradoxal pris par l'industrialisation de la filière avicole ?
L'auteur expose ici les premiers éléments d'une analyse de la portée et des limites de la « révolution avicole » en France. L'analyse ne concerne pas la sous-branche « œufs de consommation », pour des raisons qui tiennent à la fois au moindre développement du secteur industriel d'aval dans cette branche et aux caractéristiques de la consommation alimentaire. De plus, l'analyse repose de manière quasi exclusive sur les (trop rares) données existantes : recensement de l'agriculture principalement pour ce qui concerne l'analyse des structures de production par exemple.
Les conclusions de la recherche s'articulent autour des quatre points suivants :
— Les ateliers intensifs de volailles de chair sont distribués à peu près normalement dans les exploitations françaises. En d'autres termes, ils sont répartis dans toutes îles classes d'exploitations (en termes de SAU), dans tous les systèmes de production. Par ailleurs, la forte concentration des élevages depuis 15 ans n'a en rien modifié les caractéristiques de leur distribution par taille et selon le type d'exploitation auquel ils se rattachent. Bref, les ateliers avicoles se sont trouvés insérés dans les structures d'exploitations existantes sans les bouleverser et sans donner massivement naissance au nouveau type d'exploitation que beaucoup attendaient : l'exploitation hors-sol spécialisée.
— La fonction principale des relations contractuelles est d'assurer une programmation soupile de la production. Comme le montrent la proportion élevée (30 %) de producteurs de poulets de chair « sans contrat », la fréquence des relations non écrites... ces relations ne se distinguent pas radicalement des engagements de fait existant dans d'économie laitière par exemple.
— le bas prix des volailles n'en a pas fait un substitut massif aux autres viandes : la concurrence du porc (ptfus vive en France que dans les autres pays de d'OCDE), l'importance de l'auto-consommation et des achats de volailles et lapins produits par les élevages « traditionnels » (près de la moitié de la consommation totale), la force des habitudes alimentaires enfin (dérivée d'une tradition presque centenaire de consommation de volailles) limitent da percée des volailles industrielles et expliquent les formes prises par ce marché.
— Ces conclusions rendent intelligibles le fonctionnement de la fiilière avicole. Ainsi, la non-spécialisation de la production avicole et son corollaire (la faible dimension des ateliers comparativement aux tailles optimales envisageables) répondent à une double contrainte. En premier lieu, l'activité avicole est d'autant plus aisément associée à d'autres activités que, d'une part elle pèse de moins en moins dans les contraintes de travail de l'exploitation (entre 1960 et 1973, le temps de travail requis par l'atelier moyen a décru de moitié), et que d'autre part, il s'agit d'une activité de moins en moins rentable eu égard au coût élevé des investissements nécessaires. En second lieu, ce fonctionnement de la production s'accorde à la nature des fellations entre lies abattoirs et le système de commercialisation ; la brièveté des délais entre commandes et livraisons, le fractionnement de ces commandes, l'étendue de la gamme nécessaire imposent aux abattoirs une grande flexibilité d'approvisionnement. Ainsi s'explique la concentration relativement faible des industries, dans une branche où pourtant, se trouvaient réunies da plupart des conditions permettant à des groupes industrials de s'imposer aisément.
7 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1979
Lecture(s) : 76
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B. Schaller
L'aviculture française vingt ans après : les limites de la «
révolution avicole » dans la filière volailles de chair
In: Économie rurale. N°132, 1979. pp. 57-63.
Citer ce document / Cite this document :
Schaller B. L'aviculture française vingt ans après : les limites de la « révolution avicole » dans la filière volailles de chair. In:
Économie rurale. N°132, 1979. pp. 57-63.
doi : 10.3406/ecoru.1979.2651
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecoru_0013-0559_1979_num_132_1_2651
Abstract
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However, 20 years after the beginning of the « poultry revolution », there still are large numbers of
poultry producers, chicken feed companies and slaughter-houses. This situation must be explained
since, with the available techniques, the same production could be obtained from a few large producers
and processing plants. Our analysis will attempt to show why the industrialization of poultry sector
followed an inexpected path. The present report is based on the first findings of a research in progress
on the actual results of the poultry revolution, its significance and limits.
Two warnings before the main results are presented : the main part of the study does not deal with egg-
production, it is based almost exclusively on existing data which are unfortunately sparse and fairly
often uncertain.
The distribution of meat chicken flocks is nearly statistically normal among the population of trench farm
units. In other words, they are distributed among all farm sizes (in terms of acreages) and in all kinds of
production systems. In spite of the high rate of concentration in poultry units during the last 15 years,
their distribution among size classes and farm types did not change. In short, poultry units have been
inserted in all kinds of farms, their expansion did not induce any massive change in their structure and
the new model expected by many economists : the highly specialised poultry unit with no land, did not
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rather loose with verbal agreements — not entirely unlike the situation of dairy farmers with regard to
their relations withthe dairy industry.
In spite of its low price, poultry meat was not heavily substituted to other meats. Competition between
pork and poultry (stronger in France than in other OECD countries), the high rate of consumption of
home produced poultry and the high level of purchases of poultry and rabbits produced by the small
traditional farm flocks (nearly 50 % of the total consumption), the strength of food consumption habits
(french people have been heavy poultry consumers for about a century), all these factors restrict the
development of « industrial » broiler and explain the nature of their present market.
It seems that these three conclusions shed some light on the original development of the french chicken
sector. The lack of specialization of the farms producing poultry and its corollary, the small size of flocks
compared to the optimal ones, are due to a double constraint :
a)the poultry activity remains linked to the other farm productions because its labour requirements are
now so reduced (between 1960 an 1973 the working time required for a medium flock was reduced by
half). An other factor requiring insertion in a (diversified) farm is the low profitability of poultry and the
high costs of the necessary investments.
b)this structure of broilers production is linked to the structure of slaughter plants and the marketing
system. In France most poultry is consumed fresh (not frozen), thence the marketing system must be
very flexible and handle small diversified and urgent orders. This requires that the slaughter houses be
able to draw on a variety of sources of supply. So the industry remains inconcentrated and does not
now attract outside capital, in spite of what had been predicted.
Résumé
L'aviculture française s'est rapidement transformée depuis 20 ans au point de servir souvent d'exemple
à l'organisation future de l'agro-allimentation française.
Pourtant, 20 ans après les débuts de il a révolution avicole, les élevages, les firmes d'aliments et les
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transformation beaucoup plus faible. Plus généralement, comment expliquer le tour paradoxal pris par
l'industrialisation de la filière avicole ?
L'auteur expose ici les premiers éléments d'une analyse de la portée et des limites de la « révolution
avicole » en France. L'analyse ne concerne pas la sous-branche « œufs de consommation », pour des
raisons qui tiennent à la fois au moindre développement du secteur industriel d'aval dans cette branche
et aux caractéristiques de la consommation alimentaire. De plus, l'analyse repose de manière quasi
exclusive sur les (trop rares) données existantes : recensement de l'agriculture principalement pour ce
qui concerne l'analyse des structures de production par exemple.
Les conclusions de la recherche s'articulent autour des quatre points suivants :
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exploitations françaises. En d'autres termes, ils sont répartis dans toutes îles classes d'exploitations (en
termes de SAU), dans tous les systèmes de production. Par ailleurs, la forte concentration des élevages
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nouveau type d'exploitation que beaucoup attendaient : l'exploitation hors-sol spécialisée.
— La fonction principale des relations contractuelles est d'assurer une programmation soupile de la
production. Comme le montrent la proportion élevée (30 %) de producteurs de poulets de chair « sans
contrat », la fréquence des relations non écrites... ces relations ne se distinguent pas radicalement des
engagements de fait existant dans d'économie laitière par exemple.
— le bas prix des volailles n'en a pas fait un substitut massif aux autres viandes : la concurrence du
porc (ptfus vive en France que dans les autres pays de d'OCDE), l'importance de l'auto-consommation
et des achats de volailles et lapins produits par les élevages « traditionnels » (près de la moitié de la
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comparativement aux tailles optimales envisageables) répondent à une double contrainte. En premier
lieu, l'activité avicole est d'autant plus aisément associée à d'autres activités que, d'une part elle pèse
de moins en moins dans les contraintes de travail de l'exploitation (entre 1960 et 1973, le temps de
travail requis par l'atelier moyen a décru de moitié), et que d'autre part, il s'agit d'une activité de moins
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