L'Ecu, devise de l'Europe, devise de facturation et de financement des échanges agro-alimentaires - article ; n°1 ; vol.174, pg 11-17

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Économie rurale - Année 1986 - Volume 174 - Numéro 1 - Pages 11-17
Instauré par le Système Monétaire Européen en mars 1979, l'Ecu constitue un instrument fondamental de l'intégration monétaire européenne. Paradoxalement bien que son usage public n'ait que peu progressé depuis sept ans, ce parrainage officiel a facilité le spectaculaire développement de l'Ecu en tant qu'eurodevise: ses caractéristiques propres ont fait de l'Ecu la devise dont le taux de change et le taux d'intérêt sont aujourd'hui les plus stables tant vis-à-vis des monnaies de la CEE que vis-à-vis des monnaies tierces. Devenu un support privilégié d'opérations financières internationales, l'Ecu est aujourd'hui utilisé comme devise de financement et de facturation par des sociétés multinationales. Il est curieux de constater que la filière agro-alimentaire, pourtant la première à s'être familiarisée avec la notion d'Ecu (en tant qu'unité d'expression des montants de soutien de la Politique Agricole Commune et du budget de la CEE) ne fait qu'un usage encore restreint de cette devise. Pourtant, les réglementations propres aux échanges agricoles font de l'Ecu un instrument qui peut être précieux aux opérateurs. Sa généralisation comme devise de facturation et de financement des échanges agro-alimentaires de l'Europe ne pourrait que contribuer à une restauration de l'unicité du marché commun agricole.
The use of the european currency unit as an invoicing and financing currency
for the agricultural food trade - Introduced in March 1979 by the European Monetary System, the European Currency Unit has become a fundamental instrument of European monetary integration. Paradoxically, although public use of the Ecu has progressed only slightly over the past seven years, its official backing has led to a spectacular development of the Ecu as a Euro-currency : its unique characteristics have made it the most stable currency at the present time, in terms of exchange rates and interest rates, with regard to other EEC currencies and also non-EEC currencies. The Ecu has become a privileged medium for international finance operations and is widely used by the multinationals as a financing and invoicing currency. It is curious to note that the agricultural foodstuff sector, which was the first to be concerned by Ecu (as an accounting unit for Common Agricultural Policy aid amounts and for the Community budget), still only uses the Ecu on a restriced level, despite the fact that the regulations applied in agricultural trading make it a valuable tool for the operators. The generalization of the Ecu as an invoicing and financing currency for the agri-business in Europe would considerably contribute to resboring the unity of the agricultural common market.
7 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1986
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F. Billon
L'Ecu, devise de l'Europe, devise de facturation et de
financement des échanges agro-alimentaires
In: Économie rurale. N°174, 1986. pp. 11-17.
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Billon F. L'Ecu, devise de l'Europe, devise de facturation et de financement des échanges agro-alimentaires. In: Économie
rurale. N°174, 1986. pp. 11-17.
doi : 10.3406/ecoru.1986.3763
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecoru_0013-0559_1986_num_174_1_3763Résumé
Instauré par le Système Monétaire Européen en mars 1979, l'Ecu constitue un instrument fondamental
de l'intégration monétaire européenne. Paradoxalement bien que son usage public n'ait que peu
progressé depuis sept ans, ce parrainage officiel a facilité le spectaculaire développement de l'Ecu en
tant qu'eurodevise: ses caractéristiques propres ont fait de l'Ecu la devise dont le taux de change et le
taux d'intérêt sont aujourd'hui les plus stables tant vis-à-vis des monnaies de la CEE que vis-à-vis des
monnaies tierces. Devenu un support privilégié d'opérations financières internationales, l'Ecu est
aujourd'hui utilisé comme devise de financement et de facturation par des sociétés multinationales. Il
est curieux de constater que la filière agro-alimentaire, pourtant la première à s'être familiarisée avec la
notion d'Ecu (en tant qu'unité d'expression des montants de soutien de la Politique Agricole Commune
et du budget de la CEE) ne fait qu'un usage encore restreint de cette devise. Pourtant, les
réglementations propres aux échanges agricoles font de l'Ecu un instrument qui peut être précieux aux
opérateurs. Sa généralisation comme devise de facturation et de financement des échanges agro-
alimentaires de l'Europe ne pourrait que contribuer à une restauration de l'unicité du marché commun
agricole.
Abstract
The use of the european currency unit as an invoicing and financing currency
for the agricultural food trade - Introduced in March 1979 by the European Monetary System, the
European Currency Unit has become a fundamental instrument of monetary integration.
Paradoxically, although public use of the Ecu has progressed only slightly over the past seven years, its
official backing has led to a spectacular development of the Ecu as a Euro-currency : its unique
characteristics have made it the most stable currency at the present time, in terms of exchange rates
and interest rates, with regard to other EEC currencies and also non-EEC currencies. The Ecu has
become a privileged medium for international finance operations and is widely used by the
multinationals as a financing and invoicing currency. It is curious to note that the agricultural foodstuff
sector, which was the first to be concerned by Ecu (as an accounting unit for Common Agricultural
Policy aid amounts and for the Community budget), still only uses the Ecu on a restriced level, despite
the fact that the regulations applied in agricultural trading make it a valuable tool for the operators. The
generalization of the Ecu as an invoicing and financing currency for the agri-business in Europe would
considerably contribute to resboring the unity of the agricultural common market.ECONOMIE RURALE L'agriculture
n° 174, Juillet-Août 1986 dans la compétition internationale
L'ECU, DEVISE DE L'EUROPE
DEVISE DE FACTURATION ET DE FINANCEMENT DES ÉCHANGES AGRO-ALIMENTAIRES
Françoise BILLON*
Résumé :
Instauré par le Système Monétaire Européen en mars 1979, l'Ecu constitue un instrument fondamental de
l'intégration monétaire européenne. Paradoxalement bien que son usage public n'ait que peu progressé depuis
sept ans, ce parrainage officiel a facilité le spectaculaire développement de l'Ecu en tant qu'eurodevise: ses
caractéristiques propres ont fait de l'Ecu la devise dont le taux de change et le taux d'intérêt sont aujourd'hui les
plus stables tant vis-à-vis des monnaies de la CEE que vis-à-vis des monnaies tierces. Devenu un support
privilégié d'opérations financières internationales, l'Ecu est aujourd'hui utilisé comme devise de financement et
de facturation par des sociétés multinationales. Il est curieux de constater que la filière agro-alimentaire,
pourtant la première à s'être familiarisée avec la notion d'Ecu (en tant qu'unité d'expression des montants de
soutien de la Politique Agricole Commune et du budget de la CEE) ne fait qu'un usage encore restreint de cette
devise. Pourtant, les réglementations propres aux échanges agricoles font de l'Ecu un instrument qui peut être
précieux aux opérateurs. Sa généralisation comme devise de facturation et de financement des échanges
agro-alimentaires de l'Europe ne pourrait que contribuer à une restauration de l'unicité du marché commun
agricole.
Summary :
THE USE OF THE EUROPEAN CURRENCY UNIT AS AN INVOICING AND FINANCING CURRENCY
FOR THE AGRICULTURAL FOOD TRADE
Introduced in March 1979 by the European Monetary System, the European Currency Unit has become a
fundamental instrument of European monetary integration. Paradoxically, although public use of the Ecu has
progressed only slightly over the past seven years, its official backing has led to a spectacular development of
the Ecu as a Euro-currency : its unique characteristics have made it the most stable currency at the present time,
in terms of exchange rates and interest rates, with regard to other EEC currencies and also non-EEC currencies.
The Ecu has become a privileged medium for international finance operations and is widely used by the
multinationals as a financing and invoicing currency. It is curious to note that the agricultural foodstuff sector,
which was the first to be concerned by Ecu (as an accounting unit for Common Agricultural Policy aid amounts and
for the Community budget), still only uses the Ecu on a restriced level, despite the fact that the regulations
applied in agricultural trading make it a valuable tool for the operators. The generalization of the Ecu as an
invoicing and financing currency for the agri-business in Europe would considerably contribute to resboring the
unity of the common market.
Depuis que les accords de Brème et de Bruxelles ont, à nécessité de faire progresser l'union monétaire de l'Eu
partir de mars 1979, instauré l'ECU en tant qu'unité de rope, mon propos est beaucoup plus modeste et terre à
compte monétaire, pivot de l'accord de stabilisation des terre.
changes du SME (Système Monétaire Européen), les
conférences et colloques consacrés à ce nouvel instrument Partant du constat de ce qu'est aujourd'hui la réalité de
monétaire se sont multipliés. Des juristes éminents, des l'ECU, il s'agit simplement de décrire la manière dont les
économistes distingués ont minutieusement analysé s'il opérateurs du secteur agro-alimentaire peuvent profiter de
convenait ou non de considérer l'ECU comme une vérita ses caractéristiques pour se financer et facturer dans de
ble monnaie. Les gouverneurs des banques centrales discu meilleures conditions, ou pour arbitrer certains risques
tent de l'ampleur qu'ils peuvent consentir à son usage en propres aux échanges internationaux. Précisons que les
tant qu'instrument de réserve de change. Les ministres des exemples fournis sont ceux d'opérateurs français, de « rés
finances des Etats-membres de la CEE et les autorités idents » au sens de la réglementation des changes, puisque
communautaires s'interrogent sur l'opportunité de général l'absence d'unification européenne en ce domaine
iser son utilisation comme instrument de règlement. empêche à l'évidence de proposer des « recettes » valables
Même s'il n'exclut pas une conviction profonde quant à la dans tous les Etats-membres de la CEE.
* CNCA, Direction du Développement international.
- 11 - LA RÉALITÉ DE L'ECU Composé pour partie de devises fortes (Deutschmark et
Florin), dont le cours de change tend en longue période à L'ECU, sigle heureusement trouvé de l'unité monétaire s'apprécier sur le marché des changes, et pour un pourceneuropéenne (European Currency Unit), est avec le DTS tage équivalent de devises faibles qui évoluent en sens l'une des deux grandes unités composites existant au inverse, l'Ecu va mécaniquement se comporter sur le marmonde. Mais, contrairement aux DTS qui sont émis par le ché des changes comme une devise stable; du moins FM I, l'ECU n'a pas d'Institut d'Emission ; le Fonds Monét
comme la plus stable qui soit, tant comparée à l'une quelaire Européen n'a jamais été constitué et la création d'une
conque de ses composantes qu'aux principales devises Banque Centrale européenne, qui non seulement pourrait
tierces. intervenir sur le marché des changes mais aussi développer
l'ECU «officiel» pour qu'il devienne une monnaie de Pour des raisons analogues, le taux d'intérêt de l'Ecu
réserve internationale, paraît encore éloignée des réalités aura la même caractéristique de stabilité et de modération :
européennes de 1986. à devise forte taux d'intérêt faible, à devise faible taux
d'intérêt élevé. Compte tenu du poids des différentes monnIl n'en reste pas moins que l'ECU joue au sein du Sys
aies qui le composent, le taux d'intérêt de l'Ecu a été tème Monétaire Européen, seul espace présentant dans le
d'autant plus stable (aux alentours de 10 %) que la bipola- monde d'aujourd'hui un engagement de stabilisation des
rité deutschmark /dollar s'est depuis deux ans quelque peu changes, un rôle officiel fondamental :
atténuée tandis que se révélaient d'autres relations au sein — en tant que «numéraire» du SME, l'ECU sert à même du SME (ventes de sterling contre DEM, achats de définir les cours pivots des devises participant au système, FRF contre NLG...).
— en tant qu'« indicateur de divergence », il permet de L'existence du système monétaire européen a consolidé partager plus équitablement les charges et responsabilités la foi dans la pérennité du caractère convertible et transféd'intervention, rable des monnaies européennes qui y participent, de sorte
— en tant que « moyen de règlement », il sert à comptab que composé de devises transférables et convertibles, l'Ecu
iliser et à régler les interventions des banques centrales, est lui-même devenu une eurodevise. Avec le recul, l'inno
vation, jugée spectaculaire en mars 1981, de la Kredietbank — en tant qu'« instrument de réserve», il constitue la
de Bruxelles qui a émis le premier emprunt libellé en Ecu dotation du FECOM (20 % des réserves d'or et de dollars
pour le compte d'une société publique italienne de téldétenus par les Etats-membres).
écommunications apparaît donc plus raisonnable qu'audacUnité de compte, instrument de conservation des ieuse: quand on dispose d'une devise convertible, valeurs, moyen de règlement, on voit que l'ECU est doté transférable, bénéficiant d'une définition publique qui lui par le SME d'au moins trois des qualités fondamentales de confère stabilité de cours de change et de taux d'intérêt, la monnaie. peut-on trouver instrument plus attractif tant pour l'em
C'est à l'abri de ce parrainage officiel que s'est déve prunteur que pour l'investisseur?
loppé, et de façon spectaculaire, l'usage « privé » de l'ECU, Les émissions publiques libellées en Ecus ont dès lors devenu pour l'occasion « Ecu ». Ce passage du sigle au nom connu une progression spectaculaire: 5 émissions pour propre n'est pas une simple affaire de sémantique. Il tra 190 millions d'Ecus en 1981, 17 pour 1.782 millions en duit une réalité: celle de l'acceptation de l'Ecu par les 1982, 45 pour 2.510 millions en 1983, 62 pour 3.681 mildifférentes catégories d'intervenants sur les marchés lions en 1984, 127 pour 9.849 millions d'Ecus en 1985. Si monétaires et financiers à travers le monde. les premiers investisseurs ont été historiquement les «dent
istes belges », entendre par là des épargnants soucieux de
protéger leurs avoirs contre l'érosion monétaire due à D'où vient ce succès de l'Ecu ?
l'inflation nationale, leur cercle s'est aujourd'hui élargi Incontestablement, le caractère officiel et public de la tant sur le plan géographique (cf le succès des émissions sur définition de l'Ecu, qui ne peut être modifiée que par un le marché américain ou japonais) que sociologique règlement du Conseil de la CEE, a joué un rôle eminent (SICAV, investisseurs institutionnels, sociétés multinationpour établir la confiance indispensable. La composition ales...). du « panier » de l'Ecu avait été fixée en décembre 1978 ; elle
A l'exception de celles qui sont situées sur le territoire de a été modifiée par le Conseil le 17 septembre 1984, selon les
la RFA, plus de 250 banques en Europe acceptent des deux conditions initialement prévues: cinq années
dépôts en Ecus, (les premiers furent les comptes en Ecus s'étaient écoulées et le poids de l'une des devises s'était
des Institutions européennes, puis les en Ecus des accru de plus de 25 %. Depuis cette date, un Ecu c'est :
entreprises et des particuliers). Le marché interbancaire de
.1,31 Franc français, + 0,719 Deutsch Mark, + 0,0878 l'Ecu s'est développé. Sur le marché des changes, l'Ecu, Livre Sterling, 4- 140 Lires italiennes, + 0,256 Florins aujourd'hui reconnu comme devise par tous les pays euro
néerlandais, + 3,71 Francs belges, + 0,14 Franc Luxemb péens (sauf la RFA) et par tous les grands pays participant
ourgeois, + 0,219 Couronne danoise, + 0,00871 Livre aux échanges mondiaux y compris les pays de l'Est, est
irlandaise, + 1,15 Drachme grecque, (règlement 2626/84 traité directement et non plus à partir de l'addition de ses du 1 5 septembre 1984 - Journal Officiel des CE. 247 du 1 6 composantes. Sur les places où existe un fixing, tel Paris, il
septembre). est côté immédiatement après le US dollar. L'Ecu vient au
quatrième rang des devises les plus traitées par les cambOn voit que la composition même de ce «panier»
apporte à l'Ecu une seconde, et non moindre caractéristi istes après le US dollar, le deutschmark, le franc suisse et
devance le sterling. que, source de son succès : son équilibre.
- 12 - négatif en France, applicable quelles que soient l'origine Comme il n'existe pas de banque centrale qui émette des
ou la destination du produit importé ou exporté et la Ecus et en soit le prêteur en dernier ressort (comme c'est le
devise de facturation des échanges. Ce système, fort compcas pour la monnaie d'un Etat), les banques commerciales
lexe, est d'application jusqu'à la fin de la campagne les plus actives ont constitué entre elles un système de
1986/87. De sorte que nous trouvons au niveau des clearing qui assure la fluidité et la liquidité du marché. A
échanges agro-alimentaires au moins quatre sortes partir de la fin de l'année 1986 ce système, perfectionné,
d'« Ecus » : sera géré par la Banque des Règlements Internationaux
(clearing de l'Ecu). — l'Ecu que l'on pourrait qualifier d'officiel et dont le
taux pivot, défini dans le cadre du SME (6,86402 francs L'Ecu peut donc être traité au même titre que toute autre
français à la date de rédaction de cette note) doit être devise convertible par les opérateurs et suivant les mêmes
respecté selon l'accord européen de stabilisation des limites qu'impose la réglementation française des changes.
Le développement de son utilisation est directement lié à la changes,
connaissance que les opérateurs ont de son existence et de — l'Ecu, devise cotée sur les marchés des changes et dont
ses caractéristiques et à leur compétence dans l'usage des le cours varie quotidiennement selon les fluctuations du
différents instruments en devises. marché dans les limites préfixées,
Il n'est donc pas surprenant que ce soient d'abord les plus — l'Ecu « vert », dont les taux de conversion en francs
grandes sociétés mondiales, européennes ou non, qui aient français sont décidés par le Conseil de la CEE pour les
adopté l'Ecu comme instrument de financement, de place différents secteurs de l'agriculture (7,00089 francs français
ment, de gestion de trésorerie et de facturation. Il peut par Ecu pour les céréales, oléagineux, fruits et légumes... et
sembler plus paradoxal de constater que le secteur agro 7,10590 francs pour les viandes bovines et porcines ou les
alimentaire, pourtant le premier à avoir été familiarisé produits laitiers de la campagne 1985/86),
avec le concept d'Ecu (panier de devise) en raison de son — l'Ecu «pivot corrigé» par le coefficient monétaire application à la Politique Agricole Commune, n'en fait (soit 6,86402 multiplié par 1,035239 = 7,10590 au 31 mars qu'un usage encore restreint. 1986) dont l'écart éventuel avec l'Ecu «vert » donne lieu à
application de montant compensatoire monétaire.
Quand on sait que la plupart des produits agroL'UTILISATION DE L'ECU alimentaires sont soumis à ce dispositif, que les montants POUR LES ÉCHANGES AGRO-ALIMENTAIRES compensatoires sont applicables aussi bien aux échanges
L'Ecu est l'unité de compte de la Politique Agricole intra qu'extra-communautaires, que les restitutions
Commune de la CEE ; à ce titre, le secteur agro-alimentaire octroyées aux exportateurs et les prélèvements acquittés
a été le premier à se familiariser avec la notion, rel par les importateurs sont fixés en Ecu (verts) mais payés et
ativement complexe de « panier ouvert ». Les agriculteurs perçus dans la monnaie nationale de l'Etat-membre en
français ont su rapidement mesurer que des prix de soutien cause, on comprend mieux les risques que les opérateurs
ou des aides fixés en Ecu augmentent, en francs français, vont devoir arbitrer lorsqu'ils vont affronter les marchés
quand le franc «dévalue ». Ils ont aussi rapidement appris internationaux.
que les augmentations des niveaux de soutien pouvaient Il ne serait certainement pas raisonnable ni réaliste de être purement nominales si les marchés sont déprimés ou si prétendre que l'Ecu peut dans tous les cas fournir une les conditions de l'intervention publique sont durcies solution miracle aux problèmes des opérateurs. Quelques (allongement des délais de paiement des organismes exemples, tirés de l'expérience, montrent néanmoins combstockeurs, renforcement des critères qualitatifs d'agréage ien l'usage de l'Ecu peut aider l'importateur ou l'exporta
etc.). teur à préserver sa compétitivité.
Surtout, le secteur agro-alimentaire a constaté que l'Ecu
de la Politique Agricole Commune n'était pas exactement
1. Usage de l'Ecu par les importateurs celui du marché des changes puisque des taux de conver
de produits agro-alimentaires : sion spécifiques sont fixés par le Conseil pour l'application
de l'Ecu à la PAC. D'où les montants compensatoires
monétaires qui se sont généralisés avec l'instauration du A l'instar des autres importations françaises, la majeure
partie des importations agro-alimentaires sont facturées SME.
en US dollars (soja, céréales, viande congelée...). Les fluc- Depuis mars 1984, le système s'est encore perverti avec
doit débourser à cette date non pas 69 025 mais 71 320 FRF, l'invention, d'application heureusement provisoire en prin
porter à l'acheteur français un risque de change important. cipe, de la notion de «taux pivot corrigé». Pour éviter la
Or, jusqu'à présent, la réglementation des changes interdit création de montants compensatoires monétaires «posit
d'acheter à terme les dollars (ou toute autre devise) pour ifs» supplémentaires dans les Etats-membres dont la
couvrir ce risque. devise est réévaluée (en l'occurence la RFA), les taux
pivots de toutes les devises du SME sont majorés par Du moins, l'importateur français peut-il ramener son
l'application d'un «coefficient monétaire» égal au pour risque de change à un risque contre Ecu. Il lui suffit
centage de réappréciation de la devise la plus réévaluée par d'obtenir de son banquier une avance en Ecu à l'importa
rapport à l'Ecu. En résumé, toute réappréciation du DEM tion pour la contre-valeur des devises qu'il doit acquitter.
se traduit par la création d'un montant compensatoire Le dispositif est le suivant :
- 13 - exemple un importateur passe contrat fin février Par donc souscrire une option «at the market» à un prix
pour une livraison de 10.000 US dollars payables le 28 d'exercice de 1,04 Ecu par dollar (put) à un mois moyenn
mars. A la date de conclusion du contrat, le dollar vaut à ant une prime modeste, le marché pariant à l'époque sur
Paris 6,9025 francs et l'Ecu 6,6495, soit 1,038 Ecu par la réappréciation du USD. Un mois plus tard, le USD vaut
dollar. Si l'importateur reste exposé au «risque dollar», 1,066 Ecu. L'opérateur exerce son option et se procure
le cours de la devise américaine ayant atteint 7, 132 FRF donc les dollars à 1,04 Ecu (soit 6,954 francs par dollar au
le 28 mars, il doit débourser à cette date non pas 69 025 lieu de 7,132 F s'il avait dû les acheter au comptant).
mais 71 320 FRF, soit une perte de change de 3,3 % en un
mois ! S'il se finance en Ecus, il obtient, au taux d'intérêt 2. Usage de l'Ecu par les exportateurs
annuel de 10 %, une avance de 10.380 Ecus qui lui servent
Compte tenu de l'importance des exportations agroà acquérir les 10.000 dollars à verser à l'exportateur, soit alimentaires françaises, c'est surtout pour le financement un montant de 10 466 Ecus à rembourser le 28 mars.
et la facturation des ventes à l'étranger que l'Ecu va se L'achat au comptant de ces Ecus lui coûte 10 466 x 6,6865 révéler un instrument précieux. Les deux tiers des exportat(cours de l'Ecu le 28 mars) soit 69.986 francs, soit 1,9 % de ions sont actuellement facturées en francs français et le moins que dans le premier cas. En fait, en usant de plus fréquemment financées par « mobilisation de créance l'avance en Ecus à l'importation, l'opérateur fera encore née à l'exportation», emprunt à court terme en francs mieux car les dollars que lui procure l'avance en devises à
français. Cette formule, qui a le mérite d'être la plus simple l'importation étant immédiatement disponibles par arbi puisqu'elle évite au vendeur français de se poser la questrage des Ecus empruntés, il a de ce fait la possibilité de
tion du risque de change, n'est malheureusement pas toupayer comptant son fournisseur; il obtiendra donc l'e jours la plus avantageuse. scompte d'usage qui sera largement supérieur au 1,4% de
frais financiers qu'il supporte (écart entre la facture ini La facturation en francs français entraîne pour l'impor
tiale de 10.000 USD valant 69.025 F et le remboursement tateur étranger la nécessité de couvrir son risque de change
en faisant appel au marché de l'eurofranc (à des taux qui des 69.986 F).
peuvent être largement supérieurs à celui du franc domestCet exemple, pris sur la période récente, se vérifie plus ique). Il s'ensuit une pression à l'allongement des délais de encore si l'on considère un courant continu d'importat paiement sollicités de l'exportateur, donc des frais finanions, la volatilité du dollar étant considérable depuis ciers pour celui-ci. Si l'exportateur décide de ce fait de 1971. facturer en devises, le choix se posera de facturer dans la
Ajoutons que si l'importateur français peut convaincre devise de l'importateur étranger ou dans une devise tierce.
son fournisseur de facturer directement en Ecus, il pourra Il est évident que si l'importateur étranger réside dans un mieux encore couvrir son risque de change puisque dans ce pays à devise forte (deutschmark, florin, franc suisse...), le cas, il est autorisé à acheter à terme les Ecus nécessaires à plus avantageux pour l'exportateur français sera de factuses règlements jusqu'à une échéance de six mois. rer dans cette devise. Il pourra alors bénéficier du report
Dans les cas où l'opérateur n'est pas certain de conclure lui permettant d'améliorer la compétitivité de ses prix de
le contrat qu'il envisage, mais souhaite néanmoins se pré vente. Mais les acheteurs des pays à devise forte seront
munir en cours de négociation contre les variations de tentés de profiter du déport du franc, ce qui ramène au cas
change du US dollar par exemple, il est autorisé depuis précédent. Le souci de partager équitablement les avan
quelques mois à faire usage des options de devises. En tages et inconvénients conduit alors à rechercher une
l'occurence, l'importateur qui négocie par exemple un devise tierce, plus forte que la devise faible, plus faible que
contrat exprimé en dollars prendra, moyennant le paie la devise forte, ce qui précisément correspond à l'Ecu.
ment d'une prime, une option pour l'achat à l'échéance Lorsque l'on est en présence d'un courant régulier
prévue des dollars nécessaires payables en Ecus à un cours d'échanges, l'avantage que constitue la stabilité du cours
préfixé que l'on nomme le « prix d'exercice » et qu'il juge de l'Ecu et de son taux d'intérêt devient notable. La factu
convenable. On cette option un «put» Ecu (droit ration en Ecus évite d'avoir à modifier trop fréquemment
de vendre de l'Ecu contre US dollar). Bien entendu, les les barèmes (stabilité du cours du change), cependant que
Ecus nécessaires seront achetés au comptant (mais nous la stabilité du taux d'intérêt permet de gérer plus aisément
avons vu que le risque de change est modéré tant par les le financement de la trésorerie.
règles du S ME que par le fait qu'à due concurrence du Le cas des exportations sur pays à devise faible (par franc, trente et un centimes présents dans chaque Ecu, exemple la lire italienne) offre une opportunité plus grande l'opérateur n'encourt pas de risque de change ; il n'est en encore de facturer en Ecus : la vente à terme des Ecus à risque que sur 80 % du « panier »). rapatrier (qui permet, notons-le au passage, de mettre en
A l'échéance que se passe-t-il? Si l'opérateur n'a pas place une garantie de change dès la commande) permet
conclu le contrat, il peut soit abandonner son option (au d'encaisser un report quand la structure des taux s'y prête.
prix de la perte de la prime), soit si le marché des changes a L'avance en Ecus (cession au comptant) procure un finan
évolué dans un sens favorable, exercer l'option, revendre cement à l'exportation à des taux généralement inférieurs
les dollars au comptant et empocher le bénéfice de change. à ceux des crédits de trésorerie en francs français sans
Si le contrat est conclu, de deux choses l'une : ou bien le risque de change. Les Ecus rapatriés servent en effet à
cours de l'Ecu est supérieur au prix d'exercice, ou bien le rembourser l'avance. En résumé, la facturation en Ecus
contraire. Reprenons l'exemple de février-mars 1986: en permet à l'exportateur de rechercher une couverture de
février le cours du dollar était de 1,038 Ecu; on pouvait change à terme pouvant entraîner l'encaissement d'un
- 14 - report (cours à terme supérieur au cours comptant), de mêmes, la facturation en Ecus peut être intéressante dans
répondre à la préoccupation de son client en matière de les secteurs où les prix de vente doivent être fixés pour une
risque de change et de coût de financement. période longue (barèmes de campagne...).
Prenons un exemple: mi-mars 1986, le marché des Ainsi, fin 1984, un exportateur constatait que le cours
moyen du USD était de 9,5057 francs et celui de l'Ecu de changes se présente comme suit à Paris :
6,8322 à Paris. La perspective d'une baisse du dollar était
cours comptant cours à 6 mois taux à 6 mois évoquée sans qu'on puisse en prévoir la date ni l'ampleur.
Devant fixer son barème de vente à prix fermes pour la Lire (ITL) 0,004522 0,004314 18%
Ecu (XEU) 6,6240 10% 6,656(1) campagne 1985/86, il a pu conclure avec l'acheteur amér
icain sur les bases suivantes :
la relation USD/ Ecu ressortant à 1,39 Ecu par dollar (I) (soit 1472 lires par Ecu)
initialement, les prix de vente ont été fixés en dollars. En Supposons qu'un exportateur désire une recette de 10 cours de campagne, ces prix demeurent inchangés en dolmillions de F dans 6 mois pour une vente sur l'Italie. lars aussi longtemps que la parité dollar/ Ecu ne varie pas
plus de 15% (soit une relation Ecu/ USD tombant de l,4à Une facturation en lires avec vente à terme des ITL et 1, 19) et sont réglés en dollars. Si la parité varie de plus de utilisation d'une mobilisation de créance née export, au 15 %, les prix sont facturés en Ecus et réglés en Ecus sur la taux de 12%, conduit à facturer à l'acheteur italien : base de la dernière parité ayant donné lieu au transfert de
10 000 000 dollars. 0,004314 + 600 000 = 2 457 1 16 000 lires
Constatons la situation enregistrée :
Le même mode de facturation, avec avance en lires, cours du dollar cours de l'Ecu prix du USD en Ecu 1985
conduirait à facturer : janvier 9,70 6,81 ,424
février 10,07 6,81 ,479 1 004522° = 2 21 1 41 1 000 + 18% (398 054 000 ITL) mars 10,11 6,81 ,485 0 avril 9,41 6,82 ,380
mai 9,47 6,83 ,386 soit 2 609 465 000 lires juin 9,34 6,85 ,363
juillet 8,87 6,84 ,297
août 8,52 6,80 ,253 Une facturation en Ecus accompagnée d'une avance en septembre 8,66 6,79 ,275 cette devise conduit à facturer : octobre 8,07 6,74 'l97_ 1 19 ,174 lflV novembre 7,90 6,73
décembre 7,70 6,71 ,147 o,ojoO ??°00 = 1 502 000 XEU 4- 10% (150 200) 'S? janvier 86 7,50 6,68 ,123
février 7,17 6,64 ,079 soit 1 652 200 Ecus, ce qui fait apparaître pour l'importa
teur italien une dette (évaluée au cours comptant de la lire
contre Ecus) de : Jusqu'en octobre 1985, le barème est resté fixé en dollars
1 652 200 X 1 479 = 2 443 603 800 lires et les règlements ont eu lieu en dollars. A compter de
novembre, on est passé à la facturation et au règlement en
Ecus (on notera que l'acheteur américain avait eu à l'épo
On voit que même dans le cas actuellement peu favora que la possibilité de couvrir son risque de change par achat
ble où l'Ecu est en déport par rapport au franc, son usage à terme des Ecus ou utilisation des options). En novembre
peut être opportun pour facturer sur un pays à devise 1985, la facturation passe en Ecus (chaque dollar devient
faible. 1,19 Ecu) ce qui donne aux deux partenaires le temps
nécessaire pour réviser les prix du barème : en janvier 1986, Du point de vue de l'importateur italien, le risque de
grâce à cette convention, l'exportateur français rapatrie (à change qu'il encourt est modéré, en raison des règles du
prix inchangés) 7,95 francs (1,19 Ecu x 6,68) et non pas S ME, et surtout, du fait de la participation de la lire au
7,50 (si le prix était resté fixé en USD). panier de l'Ecu : à due proportion des 140 lires contenues
dans le «panier» (soit environ 10% de la devise), le rés
ident italien n'est en effet pas en risque de change alors qu'il Les procédures qui viennent d'être décrites ne sont pas l'est à 100% sur toute autre dette en devise. spécifiques aux échanges agro-alimentaires, même si les
Sur pays-tiers, la facturation en Ecus présente des avan exportations de viande bovine vers l'Italie ou de produits
tages supérieurs à ceux de la facturation en US dollars de marque vers les USA en fournissent des exemples.
pour les pays importateurs dont le dollar n'est pas la devise Néanmoins, les exportateurs de produits agronationale. L'extrême volatilité des cours de change du alimentaires encourent des risques particuliers, dus aux dollar, celle de son taux d'intérêt coûtent fort cher aux règles de la Politique Agricole Commune de la CEE, mais pays déficitaires : l'exportateur français devra en effet leur dont l'usage de l'Ecu peut faciliter l'arbitrage. faire supporter la charge de couverture de son risque de
change; ces frais seront majorés de ceux de la couverture
du risque de change de l'importateur pour qui le dollar est Tel est le cas des montants compensatoires monétaires.
également une devise tierce. Vis-à-vis des Etats-Unis eux- Ceux-ci sont créés chaque fois que le taux pivot corrigé
- 15 - Etat-membre diffère du «taux vert» applicable en d'un Dans la mesure où le marché des changes reflète une
agriculture. Prenons le cas actuel de la France. dévaluation, la facturation en devises apporte une solution.
Pour obtenir le démantèlement des montants compens L'augmentation du cours du change des devises rapatriées
atoires monétaires positifs de la RFA, on applique aux compense le MCM ; cette compensation est en principe
parfaite si la facturation est libellée dans la devise qui s'est taux pivots de devises un coefficient monétaire de
1,035290, ce qui donne pour le franc français dont le réappréciée par rapport à l'Ecu et sert de base au calcul du
«cours pivot » en Ecu est de 6,86402 FRF un «taux pivot coefficient monétaire, en l'occurrence le Deutschmark. La
corrigé » de 7, 10590 F par Ecu, (mars 1986). Le MCM est hausse de 6% du cours de change du DEM compense le
donc de : MCM!
7,00089-7,10590 Mais un importateur non allemand n'a aucune raison 100 ( 7,00089 ■) — (-1,5) = 0.
d'accepter une facturation en DEM. Par exemple, un
acheteur italien ne saurait accepter de « prendre » un risque
en DEM envers un fournisseur français. Mais nous avons On parle d'un réajustement des taux pivots des monn
vu qu'il peut accepter une facturation en Ecus. Or les aies au sein du S ME, plus particulièrement d'une rééva
luation du DEM par rapport au Franc (ou ce qui revient Ecus rapatriés vont, eux aussi, refléter la dévaluation du
franc dans l'hypothèse retenue. au même, d'une dévaluation du FRF par rapport au
DEM). En supposant que ce rajustement soit de 6% en On doit admettre que la position du franc dans le S ME
écart bilatéral, à raison de + 3 % pour le DEM et - 3 % pour (actuellement au «plafond») n'est pas modifiée par la
le FRF, qu'advient-il des MCM ? Par simplification, sup «dévaluation ». A son lendemain, le Franc serait donc de
posons que les parités du FRF et des autres devises, à nouveau proche du plafond du SME, soit sur la base d'un
l'exception du Florin qui suivrait la réévaluation du DEM, pivot de 7,038 1 1 F par Ecu, à un cours de l'ordre de 6,9 1 F
soient inchangées. (75 % de la marge de 2,25 %). Les Ecus rapatriés afficheraient
donc une hausse de l'ordre de 4 % (6,9 1 FF au lieu de 6,65) Calculons ce que serait la nouvelle valeur de l'Ecu en
qui atténue la majeure partie du MCM (6 %). Cet exemple francs français :
qui n'est pas absolument théorique montre qu'à défaut de
pouvoir facturer dans les devises les plus fortes du SME, à l'ancien taux de change au nouveau taux En FRF les exportateurs de produits agro-alimentaires trouvent 0,719 DEM +0.256NLG 2,90153 3.07562 dans la facturation en Ecus le meilleur arbitrage, et en tous reste du «panier de cas le seul possible, des MCM. l'Ecu » 3.96249 3.96249
valeur de l'Ecu 6,86402 7.03811 L'Ecu peut de même apporter une solution aux exportat
eurs qui préfixent les restitutions sur pays-tiers. Le niveau
en DEM de la restitution reflète en effet, au moment de la prise du 0.719 DEM 0.719 0,719 certificat d'exportation, l'écart entre le prix du marché 0.256 NLG
(à 0.887524 DEM) 0,222706 0,222706 communautaire (en Ecus) et celui du marché mondial (en
reste du «panier» (-6%) 1,292194 1,214662 dollars). Entre la prise du certificat et la réalisation de
valeur de l'Ecu 2,23840 2.160868 (1) l'exportation, cet écart peut se modifier pour deux ra
isons : la variation du cours mondial (elle peut être arbitrée
(I) soit une réévaluation de 3,46 CA du DEM par rapport à l'Ecu. en faisant appel aux marchés à terme), et celle du cours du
dollar par rapport à l'Ecu. C'est cette deuxième partie du Le coefficient monétaire serait modifié pour ne pas créer
risque que l'usage des options Ecu/dollar peut permettre de MCM « positif » supplémentaire de 3,46 % en RFA : de
d'arbitrer.
soit '•°35290
il passerait à :
Conclusion
soit l07238-
Conduit à utiliser l'Ecu comme devise de financement
des délais de paiement, devise de facturation sur Le nouveau taux pivot corrigé du franc français devien
des pays à devise faible ou à marché peu développé, drait alors : 7,0381 1 x 1,07238 = 7,54753
comme instrument d'arbitrage d'un certain nombre de 11 devrait donc être créé un montant compensatoire risques (restitution, montant compensatoire monétaire), monétaire « négatif » (taxe à l'exportation de France) de : l'exportateur français de produits agro-alimentaires ne
7,00089-7,54753 simplifie-t-il pas sa gestion de trésorerie en décidant de 100 _ (_, 5) =
« passer à l'Ecu » pour l'ensemble de ses opérations ? C'est 7,00089
faire l'économie d'un grand nombre d'opérations de
Cette taxe de 6,3 % s'appliquerait à toutes les ventes change, et de frais administratifs coûteux : la société Saint
intra ou extra-communautaires. On comprend la pénalisa Gobain a calculé que chaque dossier de couverture à terme
tion qui s'ensuit pour les opérateurs si ceux-ci ont facturé par devise lui coûtait 20 FF (frais financiers et temps passé
en francs français. Elle est de nature à transformer le profit par les agents chargés du suivi des échéances). Elle a donc
escompté de l'exportation en perte pure et simple depuis la adopté l'Ecu comme devise de facturation, de financement
suppression du «règlement d'équité». et de comptabilisation de ses opérations. On peut penser,
- 16 - pas lieu en Ecus (ce qui permettrait de financer leurs délais plagiant une formule célèbre, que ce qui est bon pour Saint
Gobain n'est pas mauvais pour d'autres entreprises ! de paiement par avance en Ecus, c'est-à-dire aux mêmes
conditions dans tous les Etats-membres, alors que les pays Indépendamment de l'opportunité conjoncturelle de à monnaie forte sont actuellement avantagés par des taux l'usage de l'Ecu par des opérateurs du secteur agro
d'intérêts faibles). On peut regretter que l'instauration des alimentaire, la généralisation de l'emploi de cette devise « taux verts » ait mis fin à l'unicité des prix agricoles dans la pour la facturation des ventes de produits agricoles euro CEE. Du moins la généralisation de l'usage de l'Ecu péens aurait un avantage dont il est difficile de quantifier
comme devise de facturation et de règlement des ventes l'ampleur : celui de familiariser des acheteurs avec la devise commerciales de produits agro-alimentaires européens européenne alors qu'ils subissent les aléas de la volatilité
serait-elle un facteur important de transparence des marcdu dollar, et celui de donner un «langage commun» aux
hés, d'égalisation des conditions de la concurrence opérations commerciales initiées de la CEE. Celui aussi
(actuellement faussée par l'utilisation des écarts de taux d'afficher directement la comparaison entre la rémunérat
entre marchés domestiques et euromarchés par les opéraion tirée du marché et celle que vise à procurer le prix de
teurs qui y ont accès). soutien CEE, dont le caractère devient de plus en plus
théorique et de moins en moins unique; nul doute que Ne serait-ce que pour cette raison, l'usage de l'Ecu
cette comparaison immédiate et directe des conditions de comme devise de financement et de facturation des
vente des différents Etats-membres et des pays-tiers ne échanges de produits agro-alimentaires, à défaut de provo
conduise à des comportements commerciaux plus rigou quer la réunification du marché commun agricole, pourra
reux. fortement y contribuer.
On peut certes regretter que les règlements des aides
Achevé de rédiger le 15 mars 1986 communautaires (restitutions, interventions, aides) n'aient
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