La croissance économique est-elle un moyen de lutte contre la pollution ? - article ; n°3 ; vol.21, pg 137-176

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Revue française d'économie - Année 2007 - Volume 21 - Numéro 3 - Pages 137-176
Myriam Nouny La croissance économique est-elle un moyen de lutte contre la pollution ? Les enseignements de la courbe de Kuznets environnementale. La courbe de Kuznets environnementale (CKE) suggère qu'il existe une relation en U inversé entre la dégradation de l'environnement et le revenu par tête. Apparue au début des années 1 990 dans les travaux de Grossman et Krueger [1991] et de Shafik [1994], l'hypothèse de la CKE a depuis été réexaminée et approfondie d'un point de vue empirique et théorique. L'objectif de cette revue de la littérature est double. Premièrement, il s'agit d'étudier les principaux fondements théoriques de cette relation et de fournir un résumé des études empiriques de la CKE. Deuxièmement, nous décrivons les analyses cherchant à vérifier si la CKE est une conséquence automatique de la croissance économique, ou bien si d'autres facteurs économiques, sociaux ou institutionnels ont un impact sur la relation croissance-environnement. Au final, cette présentation permettra de mettre en évidence les politiques favorisant un développement durable.
Economie Growth : a Means to Fight Pollution ? Lessons from the Environmental Kuznets Curve. The environmental Kuznets curve (EKC) suggests that the relationship between environmental degradation and product per capita can be represented by an inverted-U curve. The EKC appeared at the beginning of the 1990s in Grossman and Krueger [1991] and Shafik [1994]. This rela- tionship has since been re-examined both empirically and theoretically. The purpose of this survey is twofold. First, I shall study the major theoretical basis of this relation and provide an econo- metrical survey of the EKC. Second, I shall describe analyses which test whether the EKC is an automatic result of economic growth, or if other economic, social or institutional factors have an impact on the relationship between growth and the environment. Finally, this survey will enable us to pinpoint policies in favour of sustainable development.
40 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 2007
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Myriam Nourry
La croissance économique est-elle un moyen de lutte contre la
pollution ?
In: Revue française d'économie. Volume 21 N°3, 2007. pp. 137-176.
Résumé
Myriam Nouny La croissance économique est-elle un moyen de lutte contre la pollution ? Les enseignements de la courbe de
Kuznets environnementale. La courbe de Kuznets environnementale (CKE) suggère qu'il existe une relation en U inversé entre la
dégradation de l'environnement et le revenu par tête. Apparue au début des années 1 990 dans les travaux de Grossman et
Krueger [1991] et de Shafik [1994], l'hypothèse de la CKE a depuis été réexaminée et approfondie d'un point de vue empirique et
théorique. L'objectif de cette revue de la littérature est double. Premièrement, il s'agit d'étudier les principaux fondements
théoriques de cette relation et de fournir un résumé des études empiriques de la CKE. Deuxièmement, nous décrivons les
analyses cherchant à vérifier si la CKE est une conséquence automatique de la croissance économique, ou bien si d'autres
facteurs économiques, sociaux ou institutionnels ont un impact sur la relation croissance-environnement. Au final, cette
présentation permettra de mettre en évidence les politiques favorisant un développement durable.
Abstract
Economie Growth : a Means to Fight Pollution ? Lessons from the Environmental Kuznets Curve. The environmental Kuznets
curve (EKC) suggests that the relationship between environmental degradation and product per capita can be represented by an
inverted-U curve. The EKC appeared at the beginning of the 1990s in Grossman and Krueger [1991] and Shafik [1994]. This rela-
tionship has since been re-examined both empirically and theoretically. The purpose of this survey is twofold. First, I shall study
the major theoretical basis of this relation and provide an econo- metrical survey of the EKC. Second, I shall describe analyses
which test whether the EKC is an automatic result of economic growth, or if other economic, social or institutional factors have an
impact on the relationship between growth and the environment. Finally, this survey will enable us to pinpoint policies in favour of
sustainable development.
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Nourry Myriam. La croissance économique est-elle un moyen de lutte contre la pollution ?. In: Revue française d'économie.
Volume 21 N°3, 2007. pp. 137-176.
doi : 10.3406/rfeco.2007.1605
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfeco_0769-0479_2007_num_21_3_1605Myriam
ШШШШЕШШШШШШ NOURRY
La croissance économique
est-elle un moyen de lutte
contre la pollution ?
Les enseignements de la courbe
de Kuznets environnementale
uite à la prise de conscience des problèmes
environnementaux globaux et de l'influence de nos modes de
production sur nos conditions de vie, la notion de dévelop
pement durable est apparue à la fin des années 1980. Le dév
eloppement durable est défini dans le rapport Brundtland
Revue française d'économie, n° 3/vol XXI 138 Myriam Nourry
(Notre avenir à tous, [1987]) comme : « un développement qui
permet la satisfaction des besoins présents, sans compromettre
la capacité des générations futures à satisfaire les leurs. » Une
condition du développement durable est donc la transmission
aux générations futures d'un environnement naturel peu dégradé
permettant le fonctionnement de leurs systèmes économiques
et sociaux. Selon l'hypothèse de la courbe de Kuznets env
ironnementale (CKE), la croissance économique satisfait cette
condition. En effet, la CKE suggère qu'il existe une relation
en U inversé entre la dégradation de l'environnement et le
revenu par tête. Au début du processus de croissance, la pol
lution et la dégradation environnementale vont croître ; puis,
au-delà d'un certain niveau de revenu par tête, l'expansion
économique va se traduire par une amélioration de l'enviro
nnement.
L'hypothèse de la CKE est apparue dans les travaux de
Grossman et Krueger [1991] sur l'impact environnemental de
Г ALENA (accord de libre échange nord-américain) et dans les
études de Shafïk et Bandyonadhyay [1992] pour le rapport sur
le développement mondial de 1992, Le développement et l'e
nvironnement. Selon la logique de la CKE, au début du proces
sus d'industrialisation et de développement, les dommages env
ironnementaux vont s'accroître suite à l'utilisation intensive des
ressources naturelles et de technologies de production polluantes.
Cependant, après un certain niveau d'expansion économique, le
développement va se traduire par l'utilisation de technologies plus
propres et une valeur plus importante accordée à la qualité envi
ronnementale. Par conséquent, la relation entre le revenu par tête
et une mesure de la pollution (en termes de flux ou de stock) peut
être représentée par une courbe en U inversé {cf. annexe n° 1),
comme la courbe de Kuznets originale1.
L'hypothèse de la CKE conduit à deux interrogations
principales. Premièrement, est-elle acceptée ou rejetée par les
estimations économétriques ? Deuxièmement, est-elle le résultat
spontané de la croissance économique ? Ou bien, la diminution
de la pollution est-elle due à la mise en place de politiques env
ironnementales contraignantes dans les pays riches ? Le fait de
Revue française d'économie, n° 3/vol XXI Myriam Nourry 139
connaître le(s) facteur(s) explicatifs) de la réduction de la dégra
dation de l'environnement dans les pays développés est import
ant pour créer les conditions d'un développement durable dans
les économies plus pauvres. Ainsi, si la CKE est une conséquence
automatique de la croissance économique, alors les politiques favo
risant la hausse du revenu par tête permettent in fine de lutter
contre la pollution. En revanche, si la relation en U inversé est
due à d'autres facteurs économiques, sociaux ou institutionnels,
d'autres politiques de développement durable sont souhaitables.
Pour répondre à ces deux questions, nous examinons les
bases théoriques et empiriques de la CKE ainsi que leurs limites
dans cette revue de la littérature. Tout d'abord, dans la première
section, nous présenterons le débat autour de la CKE en décri
vant les fondements théoriques de cette relation ainsi que leurs
approfondissements. Nous exposerons également les principales
critiques d'ordre économique et environnemental. Dans la seconde
section, nous examinerons les études empiriques de la CKE et
insisterons sur les problèmes auxquels est confrontée l'analyse éco
nométrique. Nous montrerons que les fondements empiriques
sont fragiles et que toutes les études ne corroborent pas l'hypo
thèse de la courbe en U inversé. Cette revue de la littérature
fera ressortir des facteurs influençant la relation croissance-env
ironnement et mettra en évidence des politiques favorisant un dév
eloppement durable.
Débat autour de la courbe
de Kuznets environnementale
Nous commençons cette revue de la littérature sur la CKE par
une présentation des fondements théoriques de cette relation.
Ensuite, nous décrivons les critiques d'ordre économique et env
ironnemental remettant en cause le scénario « optimiste » de la
CKE.
Revue française d'économie, n° 3/vol XXI -.
:
140 Myriam Nourry
Les facteurs explicatifs de la CKE et leurs approfondissements
Trois éléments principaux peuvent expliquer l'hypothèse de la
CKE. Nous les présentons successivement.
Les trois effets de la croissance sur l'environnement de Grossman
et Krueger [1991]
Selon Grossman et Krueger [1991], les deux phases de la CKE
peuvent s'expliquer par les trois effets du développement sur
l'environnement : l'effet d'échelle, l'effet de composition et l'ef
fet technique {cf. annexe n° 2). Il est possible de faire ressortir
ces trois effets dans une équation du taux de croissance des émis-
л П Л •
polluantes2 : E = X щ[^ + íJ + Foil л: = J, Е\е montsions totales
ant total d'émissions polluantes provenant de la production des
n secteurs de l'économie, Д le montant d'émissions polluantes
du secteur / {—- E Щ> Part des émissions du secteur i dans les émis-
h
sions totales), a{ la quantité de pollution pour une unité monét
aire de production dans le secteur /, s{ le poids du secteur / dans
n
le produit national (tel que Ддг i=\ = 1) et Fie revenu national.
Selon l'effet d'échelle, la croissance économique et le res
pect de l'environnement sont incompatibles. L'effet d'échelle
résume le fait que si la technologie et la structure de la product
ion restent inchangées, une augmentation de la production s'a
ccompagne d'un accroissement du niveau de pollution. En effet,
si l'on suppose que ât = 0 et st = 0, Le la technique de product
ion et la composition sectorielle restent constantes, alors Ê = Y:
les émissions augmentent ou diminuent proportionnellement à
l'activité économique.
L'effet de composition peut avoir un impact positif
ou négatif sur Tétat de la nature. Afin d'isoler cet effet, nous
supposons que Y = 0 et ât = 0, ce qui nous permet d'écrire :
E = Ž пЩ . Par conséquent, les émissions polluantes baissent par
«■=1
n° 3/vol XXI Revue française d'économie, Myriam Nourry 141
1'efFet de composition si l'économie évolue vers une structure pro
ductive plus propre en moyenne. L'effet net de la spécialisation
d'un pays sur le niveau de pollution va dépendre de l'expansion
ou de la réduction des activités polluantes.
L'effet technique prend en compte la variation de la
quantité^ de pollution par unité de bien produit. Nous supposons
ici que Y- 0 et i,- = 0, i.e l'activité économique et la structure de
la production sont fixes. On obtient alors E = X Щ[а^. Par con-
i-\
sequent, si les techniques de production deviennent plus propres
(ât<0), les émissions polluantes par unité monétaire de product
ion baissent et l'effet technique conduit ainsi à une réduction
de la pollution globale.
Dans la partie croissante de la CKE, l'effet d'échelle et
de composition dominent l'effet technique. Deux éléments peu
vent expliquer cette relation. Tout d'abord, le caractère de biens
publics des ressources naturelles et de la qualité environnement
ale conduit les agents à sous-estimer le coût individuel de leurs
décisions. Au niveau collectif, cela entraîne une utilisation des
ressources et une pollution supérieures à la situation optimale.
Les conséquences négatives sur l'environnement liées à son carac
tère de bien public sont plus importantes dans les pays à faibles
revenus car les droits de propriété y sont moins bien définis. De
plus, on peut penser que l'expansion économique dans la pre
mière phase provient d'un changement de la structure product
ive. Au début du développement d'un pays, cette
modification passe souvent par un accroissement du secteur
secondaire3 qui est plus polluant. Le processus d'industrialisation
s'accompagne d'une urbanisation rapide et parfois mal contrôl
ée. Ces deux éléments conduisent à une aggravation de la pol
lution au début du processus de développement. En revanche,
lorsque les pays ont atteint et dépassé un certain niveau de revenu
par habitant, i.e lors de la phase décroissante de la CKE, il semble
que les effets de composition (tertiairisation) et technique contre
balancent l'effet d'échelle, tel que la dégradation de l'enviro
nnement se réduit dans les pays à hauts revenus (Stern [2003]).
Revue française d'économie, n° 3/voI XXI 1 42 Myriam Nourry
L 'évolution de la demande
La perception de la qualité de l'environnement par les consom
mateurs des pays riches joue un rôle dans la phase décroissante
de la CKE. Lorsque les ménages sont pauvres (au début du déve
loppement économique), une augmentation du revenu individuel
est intégralement utilisée pour se nourrir ou se vêtir. En effet, le
souci principal des habitants des pays en développement est de
répondre à leurs besoins élémentaires. Etant donné la situation
économique de ces agents, ils ne peuvent pas prendre en compte
les conséquences environnementales de leurs décisions. Par contre,
une fois les besoins prioritaires satisfaits, les agents économiques
prennent en compte la valeur réelle de l'environnement dans
leur décision de consommation : les consommateurs des pays
riches vont accroître leur demande en biens propres et faire pres
sion sur les gouvernements pour mieux protéger les ressources
naturelles et environnementales {cf. annexe n° 2). Dans ce
contexte, la qualité environnementale peut être analysée comme
un bien de luxe (Beckerman [1992]) : Г élasticité- revenu de la
demande en biens propres serait donc supérieure à l'unité (Yandle
et al. [2002]). Cette hypothèse sur le comportement du consom
mateur permet d'expliquer une partie de la réduction de la dégra
dation environnementale dans les pays riches.
Pour tester cette hypothèse, Kristrôm et Reira [1996]
reprennent les études estimant le consentement à payer (willin
gness to pay) pour la qualité environnementale issu d'évaluations
contingentes, c'est-à-dire de sondages permettant d'évaluer le
montant que les agents sont prêts à payer pour bénéficier d'une
amélioration de l'environnement. Les résultats de neuf études
contingentes portant sur six pays européens4 et plusieurs « biens »
environnementaux (qualité de l'eau, forêts. . .) sont étudiés. Sous
l'hypothèse que la qualité de l'environnement est un bien de
luxe, la part du consentement à payer par rapport au revenu
augmente avec ce dernier. En estimant une équation linéaire
simple reliant la part du consentement à payer au revenu, les
auteurs aboutissent à la conclusion suivante : la part du consen
tement à payer dans le revenu baisse avec ce dernier. Kristrôm
Revue française d'économie, n" 3/vol XXI Myriam Nourry 143
et Reira font reference à d'autres études sur la valeur de l'élasti-
cité-revenu des biens environnementaux. Ces travaux aboutissent
à la même conclusion : il semblerait que les agents avec un
revenu faible consacrent une part de leurs ressources pour l'e
nvironnement plus importante que les individus ayant un revenu
élevé. Ce résultat est opposé à l'hypothèse développée pour expli
quer la CKE.
L'analyse de la CKE peut également laisser penser que les
habitants des pays en développement ont un comportement pas
sif face à la pollution. Cependant, en réalité, les agents des éco
nomies pauvres pénalisent aussi les producteurs polluants. Ils
négocient directement avec les usines pour réduire les émissions
ou compenser la communauté de la dégradation de l'enviro
nnement. Les résultats de ces négociations sont très différents de
ceux des règles officielles : par exemple, à Djakarta, une entre
prise de ciment a indemnisé les agents proches de son établiss
ement par une somme d'argent et une quantité mensuelle de lait
(Dasgupta et al. [2002]). Ce type d'action correspond à la solu
tion privée d'internalisation prônée par Coase [I960] : la négo
ciation directe entre pollueurs et pollués. Cependant, pour déve
lopper la conscience environnementale des populations dans les
pays riches et pauvres, il faut que les agents soient bien informés
sur les risques environnementaux. Ainsi, le développement de la
participation des populations locales plaide pour une meilleure
éducation et information sur les problèmes environnementaux
{cf. annexe n° 2). L'influence de ces facteurs sur la CKE a été sou
lignée par Bimonte [2002]. Cette idée apparaissait déjà dans le
rapport sur le développement dans le monde de 1992 : « des
citoyens bien informés sont mieux armés pour faire pression sur
les pouvoirs publics et les pollueurs, et plus susceptibles d'accepter
les coûts et les inconvénients d'une politique de l'environne
ment » (Banque mondiale [1992]). Cependant, la mise en place
de programmes éducatifs et la transmission des données env
ironnementales dans les pays pauvres ne peuvent se faire qu'avec
l'aide de la communauté internationale.
Revue française d'économie, n° 3/vol XXI 144 Myriam Nourry
Les institutions et la gouvernance
L'existence d'institutions de qualité, pouvant mettre en œuvre
des politiques réglementaires en faveur de l'environnement, joue
aussi un rôle dans la baisse de la pollution dans les pays à reve
nus élevés. En effet, parallèlement à la croissance économique,
les pays améliorent l'efficacité de leurs institutions (Dasgupta et
al. [2001]). Ainsi, dans les pays pauvres, les de régl
ementation environnementale sont peu développées, voire inexis
tantes. Dans ce contexte, les droits de propriété sur les ressources
naturelles sont mal définis, ce qui facilite leur surexploitation, et
les producteurs polluants ne sont pas pénalisés. Ainsi, les agents
économiques ne sont pas incités à prendre en compte les effets
environnementaux négatifs de leurs décisions. Par contre, du
fait de la croissance économique et de la pression des citoyens
conscients des problèmes environnementaux, les institutions
environnementales réglementaires et leur qualité sont plus déve
loppées dans les pays riches. Elles peuvent agir sur le compor
tement des agents économiques en appliquant des réglementat
ions ou en protégeant certaines ressources
naturelles5. Par conséquent, la baisse de la pollution dans les
pays développés serait également liée à la mise en place de poli
tiques environnementales contraignantes {cf. annexe n° 2).
Dans ce contexte, le niveau de développement économique
a un effet sur le développement des institutions. Mais, ces der
nières, en permettant une meilleure définition des droits de pro
priété, encouragent les investissements privés en capital humain
et physique. Cela entraîne in fine un accroissement du revenu par
habitant. En l'état actuel des connaissances, il semble que la
qualité des institutions soit un élément primordial à l'amorce d'un
développement économique. Plusieurs travaux étayent cette thèse
(Hall et Jones [1999], Acemoglu et Robinson [2000], Acemo-
glu étal [2001], Rodrick étal [2002], Easterly et Levine [2003]).
Acemoglu et al. [2001] étudient l'effet des institutions sur le
produit par habitant sur un échantillon de 64 pays (ex-colo
nies). Ils examinent l'influence des institutions sur la croissance
économique en endogénéisant la mesure des institutions6 afin de
Revue française d'économie, n° 3/vol XXI Myriam Nourry 145
résoudre le problème de simultanéité. L'analyse empirique about
it à un impact significatif et positif des institutions sur le revenu
par tête. Acemoglu et Robinson [2000] cherchent également à
expliquer les différences de produit par habitant en fonction de
facteurs institutionnels et politiques. Selon ces auteurs, l'effet du
changement économique sur les pouvoirs politiques est un fac
teur clé pour déterminer si les avancées technologiques (et les gains
économiques associés) seront adoptées ou bloquées. Si les indi
vidus possédant le pouvoir politique craignent de le perdre suite
à l'installation d'une nouvelle technique, ils sont incités à ne
pas mettre en place une telle technologie. Ils vont donc empêc
her le progrès technique, ce qui se répercute sur les possibilités
de développement. Cet article explique donc comment les ins
titutions, et plus précisément les détenteurs du pouvoir poli
tique, influencent le processus de développement. Ces deux
études suggèrent que le lien de causalité se fait des institutions
vers la croissance économique. En conséquence, la qualité des ins
titutions peut en partie expliquer la corrélation entre le revenu
par tête et la baisse de la pollution : les organisations gouverne
mentales agissent pour favoriser l'élévation du produit par habi
tant et aussi pour lutter contre la détérioration environnementa
le. Ainsi, la corrélation apparente entre la croissance économique
et la réduction de la pollution s'expliquerait par un autre facteur :
la qualité des institutions. Par conséquent, pour associer déve
loppement et respect de l'environnement, il est nécessaire de
mettre en place des institutions gouvernementales solides. Cette
idée est présente dans le rapport sur le développement dans le
monde de 1992 (Banque mondiale). Cependant, si le dévelop
pement et la qualité de la gouvernance jouent un rôle positif sur
la relation croissance-environnement, la création et/ou le ren
forcement des institutions dans les pays en développement posent
problème. En effet, le secteur public ne dispose pas toujours des
fonds suffisants ou des compétences nécessaires pour mettre en
œuvre et suivre les politiques environnementales (Banque mond
iale [1992]). Par conséquent, l'introduction de considérations
institutionnelles et dans la relation croissance-env
ironnement indique que la communauté internationale peut aider
Revue française d'économie, n° 3/vol XXI

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