La place des groupements d'exploitations dans l'évolution des firmes en agriculture - article ; n°1 ; vol.63, pg 27-38

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Économie rurale - Année 1965 - Volume 63 - Numéro 1 - Pages 27-38
Bien qu'au centre de l'actualité agricole, les groupements d'exploitation sont encore mal connus.
Jusqu'à nos jours, l'agriculture a été, pour une grande part, artisanale, l'exploitant exerçant de nombreuses activités.
Une lente évolution s'est faite sous l'action du progrès technique, en particulier dans les activités périphériques de l'exploitation. Au départ la mécanisation ne bouleverse pas les structures. Mais en se développant, elle oblige les exploitations à se grouper ou à disparaître. Les phénomènes d'intégration, spectaculaires en aviculture, pourraient affecter, dans les années qui viennent, d'autres branches de production.
«L'agriculture de groupe industrielle et commerciale» devrait permettre aux agriculteurs de garder le contrôle des activités périphériques. Les agriculteurs dynamiques pourraient participer à de grandes entreprises modernes à gestion collective. Les coopératives bénéficieraient de cette situation.
Les bouleversements qui affectent l'exploitation dans son organisation intérieure et ses relations extérieures obligent le chercheur à développer de nouvelles méthodes d'étude.
Le passage d'une agriculture artisanale à une agriculture industrielle peut être réussi par l'intermédiaire des groupements. S'il maintient le pouvoir de décision des travailleurs, ce serait une expérience singulière.
Although joint farming is in the center oj present interest it is not yet very Well \nown. Up to the present time, agriculture has been to a great extent an enterprise where most oj the inputs are self supplied and where the farmer carries on numerous activities. Technical progress has brought about a slow evolution especially in the ancillary farm activities. In the beginning mechanization does not bring about any structural change. But when it develops, it forces the farmers to group their farms or to give them up. The integration phenomenon which has been spectacular in poultry breeding could affect other branches of production in the coming years. « Industrial and commercial joint farming » would help farmers to \eep the control over ancillary activities.
Ambitious farmers would he able to participate in big modern enterprises with joint management. The cooperatives would profit by this situation. The events that upset the organization and the external relations of a farm claim new research methods. This group farming could accomplish the transition from a self supplied agriculture to an industrial agriculture. This would be a conspicuous experience if the farmers could ^eep their decision power.
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1965
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Philippe Nicolas
La place des groupements d'exploitations dans l'évolution des
firmes en agriculture
In: Économie rurale. N°63, 1965. pp. 27-38.
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Nicolas Philippe. La place des groupements d'exploitations dans l'évolution des firmes en agriculture. In: Économie rurale. N°63,
1965. pp. 27-38.
doi : 10.3406/ecoru.1965.1878
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecoru_0013-0559_1965_num_63_1_1878Résumé
Bien qu'au centre de l'actualité agricole, les groupements d'exploitation sont encore mal connus.
Jusqu'à nos jours, l'agriculture a été, pour une grande part, artisanale, l'exploitant exerçant de
nombreuses activités.
Une lente évolution s'est faite sous l'action du progrès technique, en particulier dans les activités
périphériques de l'exploitation. Au départ la mécanisation ne bouleverse pas les structures. Mais en se
développant, elle oblige les exploitations à se grouper ou à disparaître. Les phénomènes d'intégration,
spectaculaires en aviculture, pourraient affecter, dans les années qui viennent, d'autres branches de
production.
«L'agriculture de groupe industrielle et commerciale» devrait permettre aux agriculteurs de garder le
contrôle des activités périphériques. Les agriculteurs dynamiques pourraient participer à de grandes
entreprises modernes à gestion collective. Les coopératives bénéficieraient de cette situation.
Les bouleversements qui affectent l'exploitation dans son organisation intérieure et ses relations
extérieures obligent le chercheur à développer de nouvelles méthodes d'étude.
Le passage d'une agriculture artisanale à une agriculture industrielle peut être réussi par l'intermédiaire
des groupements. S'il maintient le pouvoir de décision des travailleurs, ce serait une expérience
singulière.
Abstract
Although joint farming is in the center oj present interest it is not yet very Well \nown. Up to the present
time, agriculture has been to a great extent an enterprise where most oj the inputs are self supplied and
where the farmer carries on numerous activities. Technical progress has brought about a slow evolution
especially in the ancillary farm activities. In the beginning mechanization does not bring about any
structural change. But when it develops, it forces the farmers to group their farms or to give them up.
The integration phenomenon which has been spectacular in poultry breeding could affect other
branches of production in the coming years. « Industrial and commercial joint farming » would help
farmers to \eep the control over ancillary activities.
Ambitious farmers would he able to participate in big modern enterprises with joint management. The
cooperatives would profit by this situation. The events that upset the organization and the external
relations of a farm claim new research methods. This group farming could accomplish the transition
from a self supplied agriculture to an industrial agriculture. This would be a conspicuous experience if
the farmers could ^eep their decision power.r
LA PLACE DES GROUPEMENTS D'EXPLOITATION
DANS L'EVOLUTION DES FIRMES EN AGRICULTURE
par Philippe NICOLAS
Chargé de Recherches à l'I.N.R.A.
THE PLACE OF JOINT FARMING IN THE EVOLUTION OF FARM SYSTEMS
Although joint farming is in the center oj present interest it is not yet very Well \nown. Up
to the present time, agriculture has been to a great extent an enterprise where most oj the inputs
are self supplied and where the farmer carries on numerous activities. Technical progress has brought
about a slow evolution especially in the ancillary farm activities. In the beginning mechanization does
not bring about any structural change. But when it develops, it forces the farmers to group their farms
or to give them up. The integration phenomenon which has been spectacular in poultry breeding could
affect other branches of production in the coming years. « Industrial and commercial joint farming » would
help farmers to \eep the control over ancillary activities.
Ambitious farmers would he able to participate in big modern enterprises with joint management.
The cooperatives would profit by this situation. The events that upset the organization and the external
relations of a farm claim new research methods. This group farming could accomplish the transition
from a self supplied agriculture to an industrial agriculture. This would be a conspicuous experience if the
farmers could ^eep their decision power.
Bien qu'au centre de l'actualité agricole, les groupements d'exploitation sont encore mal connus.
Jusqu'à nos jours, l'agriculture a été, pour une grande part, artisanale, l'exploitant exerçant de nomb
reuses activités.
Une lente évolution s'est faite sous l'action du progrès technique, en particulier dans les activités péri
phériques de l'exploitation. Au départ la mécanisation ne bouleverse pas les structures. Mais en se dévelop
pant, elle oblige les exploitations à se grouper ou à disparaître. Les phénomènes d'intégration, spectaculaires
en aviculture, pourraient affecter, dans les années qui viennent, d'autres branches de production.
«L'agriculture de groupe industrielle et commerciale» devrait permettre aux agriculteurs de garder
le contrôle des activités périphériques. Les agriculteurs dynamiques pourraient participer à de grandes entre
prises modernes à gestion collective. Les coopératives bénéficieraient de cette situation.
Les bouleversements qui affectent l'exploitation dans son organisation intérieure et ses relations
extérieures obligent le chercheur à développer de nouvelles méthodes d'étude.
Le passage d'une agriculture artisanale à une agriculture industrielle peut être réussi par l'intermé
diaire des groupements. S'il maintient le pouvoir de décision des travailleurs, ce serait une expérience
singulière. -
.
Des CUMA aux GAEC
de la loi du 8 août 1962, l'intérêt continue à croîDe nouvelles formes d'associations d'agriculteurs
tre. Commentaires, conférences de presse, déclaradans l'entreprise, mais pour des activités de pro
tions des représentants d'organisations professionnduction agricole proprement dites ( 1 ) , se sont déve
elles se succèdent. L'agriculture de groupe eût loppées en France depuis la fin de la seconde guerre
même les honneurs de la page économique du jourmondiale.
nal « Le Monde » (28 et 29 mars 1965). Mais avec Ce type d'associations, déjà pratiqué bien avant l'intérêt, les controverses elles aussi rebondissent. cette date dans Têntr'aide traditionnelle (par exemp
Le phénomène est-il à l'échelle de la littérature et le pour -le battage), a pris i une ampleur et un
de la publicité qu'il inspire ou s'agit-il d'un évéaspect nouveaux en raison des progrès très rapides
nement marginal ? Le groupement d'exploitation des techniques.
permettra-t-il de résoudre une partie des difficultés Les groupements pour l'achat et l'utilisation du des agriculteurs ou n'est-il qu'un expédient d'une matériel, soit sous la forme des C.U.M.A. (2), efficacité douteuse ? Car, si on ne leur reproche plus soit surtout, du moins en France, sous la forme aujourd'hui (ou du moins rarement) d'être des kol» plus spontanée des groupements de fait, recou khozes déguisés, on ne leur accorde souvent qu'une vrirent d'abord le territoire d'un véritable feutrage utilité discutable. d'associations. De ces formes primitives surgirent
L'absence d'un recensement exhaustif et d'études ensuite les associations dans un chantier ou un ate
systématiques interdit malheureusement de répondre lier collectif, puis les groupements d'exploitations
et d'éclairer suffisamment le débat. Les statuts- complètes.
types, d'autre part, n'étant pas encore parus, un Ce phénomène ne retint qu'assez peu l'attention grand nombre d'associations de faits, qui voudraient au cours des années « 50 » et son travail peut être prendre la forme juridique « G.A.E.C. » (Groupequalifié, dans cette période, de souterrain (3). ment agricole d'exploitation en commun) restent
Mais l'importance que les problèmes des structu sur leur faim. Vingt, trente groupements de fait
res des exploitations prirent, dans les faits et dans attendent souvent, dans un même département, de
l'opinion, à partir de 1960, firent de ces associations pouvoir accéder au grand jour. L'accord de l'agr
un sujet d'actualité. ément révélera peut-être ainsi, dès la parution des
statuts-types, plusieurs milliers de G.A.E.C. vivant Nous entreprîmes, à cette époque, dans le cadre
aujourd'hui « incognito ». de l'I.N.R.A., et avec le concours de l'Union des
Groupements pour l'Exploitation Agricole (U.G.E. Pour pallier cette fâcheuse carence d'informat
A. qui, à l'époque, s'appelait U.E.C.R.), d'en faire ions, un certain nombre d'organismes (5) réalisent
un premier recensement et d'établir quelques monog cette année des études et un recensement.
raphies. Les résultats, publiés en avril 1962, per Nous sommes donc à la veille de nouvelles obsermirent de présenter une première classification (4) . vations « sur le vif » et nous n'apporterons que fort
Cependant, cette enquête n'était nullement exhaust peu d'éléments concrets nouveaux, par rapport à
ive; de plus, ce phénomène a naturellement pours notre dernière publication. Cet exposé n'est qu'un
uivi son évolution. effort de mise au point pour tenter de préciser les
directions principales qu'il serait souhaitable de Toujours restés au cœur de l'actualité depuis lors,
donner à nos investigations. les groupements d'exploitation ont donné lieu à
une abondante littérature, à des enquêtes monograp Le point de départ de notre analyse est la consta
hiques, à des prises de position économique, tech tation que les groupements pour l'exploitation agri
nique, juridique, voire politique. cole ont un double rôle :
Avec la parution récente (3 décembre 1964) des — un rôle économique : préparation des structu
décrets d'application consécutifs aux dispositions res pour l'accueil de l'innovation;
— un rôle sociologique : préservation des préro
(1) II faut donc les distinguer des activités d'amont et gatives de l'exploitant agricole par l'action collec
d'aval réalisées dans les coopératives. tive.
(2) Les C.U.M.A. existaient avant la guerre, mais prirent De ce fait ils présentent des analogies avec les une ampleur particulière à la Libération, pour des raisons
autres transformations qui ont affecté la structure techniques et administratives.
de toutes les firmes de l'agriculture. Nous essaierons (3) II est à noter cependant que des monographies et des
articles furent publiés dès cette époque, notamment dans d'abord de mettre ces analogies en évidence par
le bulletin de l'Union des Ententes et Communautés Rurales une description sommaire de l'évolution, puis de (U.E.C.R.) et dans la revue Paysan. Mais le grand engoue discerner le rôle qu'ils pourraient jouer dans l'avement ne vint qu'en suite.
nir. (4) Nicolas Ph. — Croissance des entreprises et groupements
agricoles d'exploitation. I.N.R.A., avril 1962, publié dans la
revue « Agriculture de Groupe », juillet 1962. (5) Notamment C.N.J.A., I.G.E.R., U.G.E.A., I.N.R.A.
28 — des activités par liaisons verticales de ces organisNous distinguerons une première période d'évo
mes et de ce qui reste de l'exploitation. lution : celle de la réduction des activités des exploi
Un rapide aperçu sur la situation actuelle de la tations agricoles et de la reprise, à plus grande
recherche sur les problèmes de dimensions et d'oréchelle, de ces activités dans des organismes tiers. ganisation des firmes, sera esquissé dans une der
nière partie. La seconde période sera celle de la coordination
LA REDUCTION DES ACTIVITES DE L'EXPLOITATION AGRICOLE
travailleurs dans l'atelier (8) , que ces activités ont Faible croissance interne des exploitations,
été détachées de l'exploitation. mais développement d'organismes tiers.
Au 19e siècle, V agriculteur est un homme aux L'évolution technique force à la spécialisation multiples métiers.
A certains indices, on pourrait croire que la situa
tion a peu évolué en France depuis cette période. En France, la révolution industrielle ne fjut pas
En effet, les exploitations les plus nombreuses sont associée, comme elle le fut en Angleterre, à une
les exploitations familiales à « deux U.T.H. » ou réforme agraire (enclosure) .
« deux hommes actifs », vouées à la poly-culture et De sorte qu'au XIXme siècle, l'agriculteur français
au poly-élevage. est, dans le cas le plus général, un travailleur isolé,
Il ne saurait donc être question d'une grande spévivant avec sa famille, sur une petite exploitation.
cialisation, et encore moins d'une grande division Non seulement ce personnage est bien loin de pou
du travail dans l'atelier. voir pratiquer une division du travail dans l'atelier,
mais encore il est lui-même très peu spécialisé. Mais une appréciation aussi rapide risquerait d'être
Autrement dit, dans son cas, la division du travail trompeuse. Car elle nous masquerait la lente mais
dans la société est très peu poussée, et il se livre certaine modification des structures depuis le XIX""8
à des activités multiples, qui correspondent sépa siècle, tout autant que les transformations qui les
rément à un métier. affectent depuis la Libération, et le bouleversement
qui doit les atteindre dans les prochaines décennies. Les facteurs de production, beaucoup plus rudi-
En fait, on a assisté à un incontestable renforcementaires qu'aujourd'hui, ne sont pas fournis par
ment de la spécialisation, chaque fois que l'évolul'extérieur, mais par l'exploitation (auto-approv
tion des techniques propres à l'exploitation, ainsi isionnement) (6) . Il vend lui-même ce qu'il ne co
que celle des marchés et des transports, rendaient nsomme pas. Ses productions sont multiples et il
avantageux l'exercice de certaines activités à plus les transforme. Il assure aussi la gestion et l'expér
grande échelle. imentation technique, pour autant qu'elles existent
autrement que sous la forme de routines.
L'exploitation abandonne certaines activités à Naturellement ces activités sont faiblement indi des tiers. vidualisées, et beaucoup, pratiquées plus ou moins
consciemment à petite échelle, présentent un état Cette spécialisation ne s'est pas réalisée par la
embryonnaire (pour la vente par exemple, pensons croissance interne des exploitations agricoles. C'est-
à la forte auto-consommation) . L'agriculteur est non à-dire que ces dernières n'ont pas augmenté leurs
seulement un entrepreneur de transport, mais un dimensions (terres, personnel, capital) pour se trans
commerçant, un artisan etc.. qui s'ignore. former en grandes firmes complexes assurant tou
tes les activités d'origine dans des départements La division du travail dans la société est si peu
distincts. poussée au début du XIXme siècle, qu'il est aussi,
souvent, tisserand et fileur (7). C'est lorsque la De même, dans l'industrie, ce n'est pas l'entre
machine a rendu nécessaire le rassemblement des prise artisanale qui a donné l'entreprise industrielle
puisque, le plus souvent, ce sont des marchands qui
ont contrôlé le travail à domicile et rassemblé les
travailleurs dans des manufactures.
(6) Certes, il existait des entreprises chargées de la four
Chaque exploitant ne pouvant, dans les conditions niture des facteurs : maréchal-ferrant, bourrelier, etc.. Mais
les engrais chimiques, les aliments du bétail, les produits de économiques et politiques de la France, assumer seul
traitement etc.. avaient des homologues fournis par l'exploi
tation elle-même.
(7) DUNHAM (A.-L.). — La révolution industrielle en (8) Nous ne prétendons pas qu'il n'existait pas d'ateliers,
France - Paris 1953. et de manufactures, avant la mécanisation.
-29- plus grande échelle, toutes les tâches primitives, Mais, quoique les dimensions de l'exploitation à
ces dernières ont été abandonnées par l'exploita ne soient pas encore remises en question, l'inno
vation présente une nouvelle exigence. On sait que tion pour être reprises par d'autres organismes pré
Raymond Aron, dans la cinquième de ses leçons existants ou créés pour la circonstance.
sur la « Société Industrielle », professée à la Sor- Naturellement, le progrès des techniques propres
bonne en 1955-1956 (10) propose de définir l'enà l'agriculture, ou des techniques des industries en treprise industrielle au moyen de cinq caractères : relation avec l'agriculture, modifie les caractères de
elle est séparée de la famille; elle utilise la division ces activités. Aux engrais organiques s'ajoutent les
technologique du travail; elle suppose une accumulengrais chimiques; aux outils, les machines; aux ation du capital (c'est-à-dire, en particulier, le fourrages, les aliments du bétail, etc..
développement des machines) ; elle introduit le calLes activités qui ressemblaient le plus à celles de cul rationnel; elle concentre les ouvriers sur le lieu
l'industrie (transformation des produits, fabrication de travail.
des facteurs) et qui étaient également le plus pro Nous avons déjà vu apparaître les trois premiers che des autres secteurs ou des consommateurs, se
caractères, première manifestation de ce que l'on spécialisèrent les premières. Ceci pour des raisons
appelle « l'industrialisation de l'agriculture » (11), techniques et pour des raisons commerciales (pou
et qui traduit simplement l'application, aux activités voir de marchandage). Devenues autonomes, ces de l'agriculture, des méthodes utilisées pour les actiactivités étaient pratiquées non plus pour une exploi vités de l'industrie. Le cinquième caractère pose des tation, comme auparavant, mais pour un ensemble problèmes spécifiques dans le cas de l'agriculture. d'exploitations.
Mais à partir de 1945, le quatrième caractère Les avantages techniques de l'accroissement d'é apparaît et se manifeste comme les premiers, par chelle sont bien connus (9) . une spécialisation et un regroupement des activités,
On peut utiliser économiquement les machines ici les activités de calcul économique et d'études
et pratiquer la division du travail. Un simple techniques, dans des organismes tiers les pratiquant
accroissement d'échelle, sans mécanisation, mais à plus grande échelle (12).
permettant une réduction de certains frais généraux
et une division du travail rudimentaire, peut être
Le progrès technique impose l'association avantageux; si l'innovation mécanique exige et pro
voque le plus souvent l'accroissement d'échelle, il A peu près vers la même époque, la mécanisatn'est pas exclu que ce dernier caractère se manifeste ion lentement mise en place au cours des décennies sans changement notable dans l'équipement. précédentes (surtout dans les plus grandes exploi
Bien que n'attaquant pas encore de front la pro tations) prend un essor décisif et pénètre également
duction du sol et l'élevage, le progrès technique dans les entreprises moyennes et mêmes petites.
bouleverse les activités périphériques de l'exploita Mais, en raison de l'exiguïté de ces dernières, il
tion agricole. y a le plus souvent sous-emploi et même inadaptat
ion. Le cas est flagrant pour les tracteurs, leur puis
sance dépendant non des dimensions, mais de la Les dimensions de l'exploitation ne sont pas
nature des sols et des travaux. De sorte que, à nouremises en question.
veau, des organismes tiers apparaissent et se mult
Sur ce qui reste de agricole, la pres iplient : ce sont les firmes de services mécanisées,
privées ou coopératives (C.U.M.A.) qui permettent sion de l'innovation s'exerce d'abord assez peu.
Toutes les innovations n'exigent pas un accroiss l'accroissement d'échelle et l'utilisation économique
des machines. ement d'échelle : par exemple, les engrais, les
produits de traitement, ou les semences sélection Ainsi, à ce stade, il est clair que, lorsque le
nées. Les premières entreprises qui se mécanisent, progrès technique affecte une activité et ne peut
les grandes, avec salariés, peuvent le faire sans être accueilli dans les structures en place, ou par
changer notablement leurs structures et leurs dimens croissance interne, l'activité affectée est détachée de
ions alors qu'elles aussi avaient été contraint l'exploitation et exercée à une plus grande échelle
es d'abandonner les activités périphériques. L'ex par un organisme tiers.
ploitation familiale, enfin, est protégée, pour des
raisons sociales, politiques, voire économiques. Pro
tection contre la concurrence étrangère, de la 3m< (10) ARON (Raymond). — Dix-huit leçons sur la société République aux premiers effets du Traité de Rome ; industrielle - Gallimard, 1962, p. 97 à 100.
protection contre la intérieure, par l'i (11) Cette expression est depuis longtemps critiquée par ntervention de l'Etat sur les prix. certains économistes ruraux qui insistent sur les caractères
différents de l'industrie et de l'agriculture. Ils y voient une
source de confusion et ils craignent un amalgame trop hâtif.
(9) Nous avons analysé ces avantages en détail, dans le cas (12) II s'agit naturellement des C.E.T.A. et des centres
de l'agriculture, dans notre note d'avril 1962, déjà citée. de gestion.
-30- bles collectives qui restent, quel que soit leur mode modalités d'accueil vont persister mais, à Ces
de gestion, très étroitement liées au reste des procôté d'elles, d'autres vont se manifester qui, d'ail
ductions (fourrages, fumier) , puisque même les arboleurs, étaient déjà contenues en germe dans l'en-
riculteurs (vergers collectifs), et les aviculteurs (poultr'aide paysanne.
aillers collectifs) s'associent. L'agriculteur, ne pouvant guère abandonner de
Mais ces derniers, on le sait, en raison de leur nouvelles activités, sans abandonner l'agriculture
indépendance par rapport au sol, et de leur avance elle-même, va tenter de constituer un cadre d'accueil
technique, sont déjà entraînés, par la grâce d'une pour l'innovation, en exerçant directement ces acti
innovation continue et accélérée, dans de nouveaux vités en association avec d'autres agriculteurs.
avatars. L'emploi des machines est trop étroitement lié
Car les causes qui ont suscité la dissociation des à la production, et les productions elles-mêmes trop
activités, provoquent maintenant leur recoordinatétroitement interdépendantes, pour que l'on puisse
ion. Nous les examinerons tout à l'heure séparéles pratiquer isolément. Les agriculteurs jugent donc
ment bien que, depuis une dizaine d'années, ces nécessaire de s'occuper eux-mêmes des unes et des
phénomènes se chevauchent dans le temps (13). autres, en association, mais au sein d'un même
ensemble. Pour en terminer avec cette première analyse in
sistons bien sur un point essentiel. On se groupe Naturellement cette nécessité n'a rien d'absolu.
pour rechercher des avantages liés à l'échelle. Mais Nous l'avons vu, on peut avoir recours à des entre
on ne recherche pas obligatoirement l'innovation prises. Les plus grandes exploitations peuvent encore
et une division très poussée du travail. Ainsi on accueillir l'innovation mécanique individuellement.
garde cinq étables archaïques, éloignées les unes Toutes les productions ne sont pas interdépendant
des autres, et on s'associe pour établir une rotation es, et on peut encore se spécialiser. On peut même
constituer des organismes distincts pour certaines dans les traites du dimanche. Il y a juxtaposition
plutôt que fusion. Mais naturellement, les avantaproductions difficilement praticables isolément : les
ges complets ne sont accordés que par la fusion « céréaliers » et les arboriculteurs cherchent à créer
(innovations et division du travail) . Evitons de crdes troupeaux bovins collectifs, contrôlés par eux,
itiquer cette dernière forme, achevée, en montrant certes, mais à gestion autonome.
les insuffisances de la première !
Le phénomène affecte toutes les entreprises
L* « Agriculture de Groupe » permet aux agri
II n'en reste pas moins que l'association d'exploi culteurs de contrôler une partie des nou
tants dans des groupements où ils fournissent eux- veaux organismes tiers.
même l'essentiel du travail, s'est développée cons
idérablement depuis une vingtaine d'années, tim Les lenteurs de V industrialisation...
idement d'abord et lorsqu'elle ne mettait pas trop
en question l'autonomie de l'agriculteur. On court Parmi les organismes environnants créés ou déve
au plus pressé : l'achat et l'usage des machines en loppés par l'industrialisation, ainsi que parmi les
commun (qui concerne en France la quasi-totalité des exploitations-soldes à plus grande échelle, une par
exploitations où le travail est fourni en majeure part tie importante se trouve contrôlée par les exploi
ie par la famille). Mais on en vient vite aux chant tants agricoles au moyen de l'action collective. iers collectifs (avec division du travail), également
Talonnés par le progrès technique et menacés très répandus. La collectivisation de l'ensemble
d'être débordés par la révolution industrielle dont d'une production est beaucoup plus rare, d'autant
l'une des conséquences est la concentration du pouplus que, lorsqu'elle affecte une production étroit
voir économique dans un petit nombre de firmes ement liée à d'autres dans un complexe difficil
oligopolistiques, les agriculteurs ont réagi et se sont ement dissociable (bovins, fourrages, et même céréal
tournés vers l'association. Réaction peu différente es) , par l'assolement ou l'inorganisation du marché
de celle des artisans et de certains théoriciens du elle entraîne en peu de temps la collectivisation de
XIX™ siècle, qui fondaient dans la coopération tous l'ensemble de l'exploitation.
leurs espoirs dans la lutte contre le capitalisme naisEn dépit de la rareté des groupements complets sant (14). (quelques milliers peut-être, pour autant que l'insu
Mais, par une sorte de coquetterie du sort, le ffisance présente des observations nous permette
retard du secteur agricole qui, en bien des domaines, d'avancer un chiffre), l'association des agriculteurs
pour l'exercice collectif des activités de production
agricole, n'en reste pas moins une réalité. Et elle
(13) II eut été surprenant de rencontrer, à une même date représente bien une nouvelle modalité d'accueil de toutes les firmes et toutes les productions au stade l'innovation. d'évolution, étant donnée leur hétérogénéité.
(14) LHOMME Jean. — La grande bourgeoise au pouvoir - les Elle grandes affecte exploitations toutes les entreprises se groupent puisque pour des même éta- Paris, P.U.F., 1960.
— 31 ciés, abandonnant progressivement leurs responsabété fort préjudiciable aux agriculteurs, s'est avait
ilités, s'en remettent finalement aux décisions d'un montré favorable à la coopération agricole.
seul. C'est bien là, incontestablement, l'une des parti
Quoiqu'il en soit, les analogies restent assez forcularités de l'agriculture. Sans revenir au dogme
tes et évidentes pour que l'on cherche à rassembler de l'isolement de l'agriculture, en marge de l'indus
toutes ces formes d'action collective sous un même trialisation, on ne doit cependant jamais admettre
terme générique. d'emblée l'analogie totale. Le seul fait qu'entre agri
culture et industrie existe un décalage de plusieurs C'est ainsi que le sens de l'expression « Agricult
décennies équivaut à un aveu. Ce décalage qui est ure de Groupe » qui a d'ailleurs toujours été flot
un symptôme, est également la source de nouvelles tant, tend récemment à s'élargir pour englober non
disparités. La situation de l'agriculture est un peu seulement les groupes partiels ou complets d'ex
comparable à celle de ces pays, qui, deux siècles ploitations, mais aussi les coopératives et toutes les
après l'Angleterre, commencent à s'industrialiser. « firmes-services » collectives. Dans un exposé pré
senté à Rennes, en mai 1963, M. Moisan (Président Ils ont déjà subi le choc des transformations des
du C.E.D.A.G.) déclarait : « N'oublions pas que autres pays et ils doivent compter, de plus, avec
l'Agriculture de Groupe, c'est aussi la coopérative l'action présente de ces mêmes pays industrialisés.
de vente ou d'approvisionnement » (15). M. Liau- ... ont permis la création d'organismes collectifs
don, au dernier Congrès du C.N.J.A., parle :
Quoi qu'il en soit, bénéficiant de la lenteur rela « d'Agriculture de Groupe industrielle et commerc
tive de l'industrialisation, les agriculteurs que les iale » en précisant que « Coopératives et Unions
événements ne bousculaient pas au même rythme seront les véritables entreprises de l'Agriculture de
que les artisans ont réussi à construire toute une Groupe » (16).
gamme d'organismes contrôlés et administrés co L'analogie sociologique est donc bien mise en évillectivement. dence. Quant à l'analogie économique (rôle pro
Ce furent les coopératives (et S.I.C.A.), les C.U. gressif, d'accueil de l'innovation) elle nous paraît
M. A., les CE. T. A., les Centres de Gestion et, der clairement exprimée par le Professeur Malassis qui
niers en date, les groupements d'exploitations, avec écrit (17) : « Par Agriculture de Groupe, nous en
les caractères spécifiques que nous avons signalés tendons donc de nouvelles formes d'organisation de
précédemment. la production... c'est un ensemble de recherches...
pour répondre à certaines évolutions des conditions Tous ces organismes ont en commun de consti
de la production et aussi à certaines aspirations du tuer un cadre d'accueil pour l'innovation et de per
monde rural ». mettre aux agriculteurs de sauvegarder leur ind
épendance économique, ils présentent des analogies Aussi les groupements d'exploitations se situent
économiques et sociologiques. de façon significative dans l'évolution des firmes
de l'agriculture, et dans les adaptations sociologiIls présentent aussi des différences. Si dans les
ques à cette évolution. groupements d'exploitations, et ce point est d'ail
leurs inscrit dans la loi, à forme G.A.E.C., les agri Cependant, la révolution industrielle qui, comme
culteurs travaillent eux-mêmes avec les moyens de nous l'avons dit, avait laissé un répit aux agricul
production mis en commun, par contre, dans les teurs, entraîne maintenant les événements dans un
coopératives, le travail est essentiellement exécuté mouvement accéléré. Aux phénomènes de disso
par des salariés. LesC.U.M.A. représenteraient sous ciation, qui se poursuivent encore, se sont super
cet aspect, un cas intermédiaire. D'autre part, si l'on posés des phénomènes de recoordination dans de
peut espérer que, dans les groupements d'exploita grands ensembles complexes au moyen de liaisons
tions (qui associent un nombre restreint d'agricul verticales.
teurs : moins de dix) , chaque membre participe Comment les agriculteurs envisagents-ils de effectivement aux responsabilités et aux décisions, répondre à ces nouveaux événements, et quelle sera on sait que dans le cas des coopératives, le désint la place des Groupements d'Exploitations dans cette éressement est un phénomène général. Ceci ne veut conjoncture ? pas dire que leur gestion échappe aux agriculteurs :
1 une des principales critiques présentées au cours
des derniers travaux de la S.F.E.R. insistait au con (15) Journée régionale d'étude de l'agriculture de groupe. traire sur lejmanque de liberté des directeurs, sou Rennes, le 4 mai 1963. Document n° 10 du C.E.D.A..G
mis au contrôle permanent des administrateurs. Cer (16) Pour une agriculture de groupe industrielle et comtains observateurs d'autre part, soupçonneraient déjà merciale - Rapport du IXme Congrès du C.N.J.A. 30 septem
une sorte de « danger technocratique » au sein des bre 1964.
groupements. Ils craignent que la plupart des (17) Document n« 10 du C.E.D.A.G., déjà cité.
-32- RECOORDINATION DES ACTIVITES : LES LIAISONS VERTICALES LA
La recoordination pourrait affecter toutes les dans un département du Centre, que la « phase de
décollage » était déjà dépassée. productions.
En ce qui concerne les productions interdépenLes causes qui ont suscité la dissociation des acti dantes comme les bovins, les fourrages, voire les
vités provoquent maintenant leur recoordination, céréales, la situation est moins claire. Tout d'abord
disions nous plus haut. elles sont déjà soumises entre elles à des liaisons
Nous faisons naturellement allusion aux phéno verticales particulièrement difficiles à rompre en
mènes d'intégration, ou de quasi intégration, qui se raison de l'état actuel des techniques (assolement,
sont manifestés de façon spectaculaire pour l'avi fumure) et des marchés (fourrages, fumiers). Sauf
culture et que les travaux de J. Le Bihan ont abon dans le cas des « céréaliers », on peut dire qu'elles
damment illustrés. n'ont pas encore atteint la phase de dissociation (20) .
La plupart des étables collectives, en particulier, Les organismes d'amont et d'aval cherchent à
n'ont eu en tant qu'organismes autonomes, qu'une s'assurer le contrôle de leurs approvisionnements et
vie éphémère, l'ensemble des exploitations se groude leurs débouchés. Ce phénomène n'est pas nou
pant quelques mois après leur création. C'est ce qui veau, puisqu'on le rencontre en France dès le début
ressort clairement des observations que MM. Delas- de la révolution industrielle (18). L'accueil de l'i
sault pour l'I.N.R.A., et Outers, pour l'U.G.E.A. nnovation impose le plus souvent, en effet, de gros
ont faites en 1962 au cours d'une enquête de pluinvestissements qui doivent être amortis convena
sieurs mois. blement. De plus, pour conserver ses débouchés ou
en conquérir de nouveaux, il est nécessaire d'assu Mais, il n'en est pas moins vrai que les nécessités
rer une offre régulière, de nature et de qualité d'une recoordination plus étendue avec l'amont et
déterminée, et de réduire les coûts de production l'aval se font déjà sentir. Inutile de faire des inves
et de collecte. De sorte qu'un investissement sur tissements dans une étable moderne si le lait, pro
une opération, peut rendre nécessaire une opéra pre, conservé en cuves réfrigérées, doit être ramassé
tion analogue sur les opérations qui précèdent ou par des coopératives archaïques. Les coopératives
sur celles qui suivent. dynamiques, de leur côté, se préoccupent des ins
tallations qui pourraient être réalisées dans les On a dit que ce qui se passait dans l'aviculture
exploitations, dont le plus souvent elles déplorent était tout à fait particulier, en raison de la spécifité
l'exiguïté. On connaît d'autre part les efforts importmême de cette branche. Il est certain qu'elle se
ants qui sont entrepris actuellement pour la proprêtait mieux que tout autre à l'application de
duction de « viande industrielle ». Enfin, le choix méthodes industrielles. Indépendante du sol, n'a
de la forme S.I.C.A., plutôt que la forme coopératchoppant pas sur le goulot d'étranglement que
ive, pour les organismes de transformation de représentent les reproducteurs (comme dans le cas
bétail en viande, montre bien l'importance des des porcs et des bovins) elle se prête à une pro
nécessités de l'approvisionnement. Importance qui duction de masse systématisée. Mais sera-t-elle
ne pourrait que croître si ces organismes faisaient de seule à s'y prêter, ou, au contraire, est-elle la pre
notables investissements. Il n'est jusqu'à la productmière (en raison de ses caractères favorables) à
ion des céréales elles-mêmes qui pourrait faire, subir une évolution qui devrait affecter tous les pro
et fait déjà, l'objet d'une sorte de planification par duits ?
des organismes de commercialisation. Si l'on considère les autres productions indépen
Naturellement les modalités de la recoordination dantes de l'assolement ou du sol, la seconde évent
ne seront pas les mêmes pour toutes les productions ualité paraît la plus vraisemblable. On en voit
et il faudra qu'elles s'adaptent aux caractères prodéjà les prémices. Ainsi, par exemple, la presse
pres de l'offre et de la demande de chaque produit. (19) rendait compte récemment des projets d'une
Union de Coopératives Fruitières du Midi qui veut « Etant donné, qu'en plus des caractères déjà énu-
« créer des vergers produisant de la matière première mérés, elle exigera une forte organisation commerc
utilisable » au lieu d'édifier a posteriori une « usine iale, un important pouvoir de négociation, et une
poubelle ». Les arboriculteurs seraient liés à leur notable diversification des produits offerts, aussi bien
usine par des contrats définitifs. Les premiers seront pour satisfaire la clientèle que pour se prémunir
tenus de livrer toute leur récolte et la seconde de contre les risques, les organismes coordinateurs au
l'acheter. Pour l'intégration des porcs, d'autre part, ront tendance à accroître leurs dimensions au-delà
nous avons pu constater, au cours d'une enquête même des nécessités de la technique. Or, à la dis-
(18) GILLE B. — Recherches sur la formation de la grande (20) Si elle doit être atteinte : il est possible que la coorentreprise capitaliste. Paris, S.E.V.P.E.N., 1959. dination avec l'amont et l'aval enlève toutes raisons d'être
à ce stade intermédiaire. (19) Le Monde, 18 février 1965.
— 33 — treprises n'étant encore représentés que par une des dimensions correspond une disparité des parité
minorité des exploitations agricoles. Dans le « schépouvoirs. Et précisément le pouvoir de décision
ma d'ensemble des structures de l'Agriculture de passe du producteur de base à la firme intégrante
Groupe Industrielle et Commerciale (A.G.I.C.) » parce qu'elle est de loin la plus puissante et parce
M. Liaudon prévoit plusieurs formes d'entreprises de que d'elle dépend l'écoulement des produits. C'est
base (en « ateliers »). Selon la terminologie et les l'étude des marchés, la prospection des possibil
abréviations qu'il utilise, on rencontrera : ités de vente qui détermine le programme de pro
duction (21). Les exploitants agricoles, les respon 1) Des exploitations patronales (E.P.) ;
sables « d'ateliers » ne prennent plus, dès lors, que 2) Des nouvelles entreprises agricoles (N.E.A.) des décisions dépendantes. Les organismes ne sont (24); plus des firmes autonomes mais des satellites.
3) Des groupements d'exploitations (G.E.) ;
Si l'on considère l'agitation qui règne dans l'avi 4) Des petites exploitations isolées (P.E.I.) . culture, on peut raisonnablement penser que les agri
Entre les deux premières formes et les groupeculteurs mesurent assez bien l'inconvénient de
ments, la différence est d'ordre sociologique. Le dépendre, sans pouvoir de contrôle, de firmes géant
travail est surtout « familial » dans les groupements, es et polyvalentes (22) .
tout au moins lorsqu'il s'agit de G.A.E.C, salaCertains agriculteurs prennent suffisamment au rié dans les autres cas. sérieux les possibilités d'une généralisation des phé
Par contre, l'accueil de l'innovation, la particinomènes de recoordination verticale, quelles qu'en
pation effective à la gestion des coopératives sont soient les modalités, pour se préoccuper d'un déve
possibles dans l'une ou l'autre des trois premières loppement nouveau de l'action collective. C'est ce
formes. que nous allons examiner maintenant.
Il n'est pas exclu, comme nous l'avons vu, que
les exploitations patronales, elles aussi, se groupent L'Agriculture de Groupe industrielle et commerc
pour une partie des productions. Ces diverses foiale.
rmules d'accueil de l'innovation dans l'exploitation,
sont évidemment adaptées à des situations régionalPuisque l'évolution semble se diriger vers la cons
es spécifiques. Mais toutes sont, économiquement, titution de grands ensembles complexes, englobant
des formes progressives. production, approvisionnement et commercialisat
ion, et que le pouvoir de décision semble échapper Au contraire, et pour une même « population »,
progressivement aux agriculteurs pour se concentrer entre les G.A.E.C. et les petites exploitations iso
dans les activités périphériques, certains de ces agri lées, il existe une différence économique fondament
culteurs estiment l'essentiel d'accorder une impor ale.
tance nouvelle à des organismes périphériques par C'est en opposant ces deux dernières formes ticuliers, les coopératives agricoles. d'exploitation que nous allons essayer de dégager
De là, la prise de position du C.N.J.A. au cours le rôle que pourraient jouer les groupements dans
de son IXme Congrès est particulièrement nette. « Les la constitution d'une « Agriculture de Groupe indust
ateliers de production » écrit M. Liaudon, « doi rielle et commerciale ».
vent s'insérer dans des ensembles plus vastes... coo
pératives de base et Union de coopératives qui seront De grandes entreprises modernes à gestion les véritables entreprises de l'Agriculture de Grou collective. pe ». Ce qui se trouve résumé par la formule sui
vante : « Nous choisissons une Agriculture de Sur le plan économique, la situation est assez
Groupe industrielle et commerciale » (23) . claire. Non seulement les groupements pourraient
abaisser les coûts de production, fournir des proMais naturellement, au sein des ensembles const
duits standardisés de qualité appropriée, mais encore itués autour des coopératives et de leurs Unions, on
dans les liaisons verticales, ils pourraient concentne rencontrera pas seulement des groupements agri
coles pour l'exploitation en commun, ces types d'en- rer l'offre (lait, viande etc..) et la demande
(engrais, aliments du bétail, etc.). Ils permett
raient aussi d'éviter des gaspillages dans les trans
ports, dans l'équipement de ramassage et d'appro(21) Voir l'exposé de M. Knoertzer à la dernière réunion
visionnement, dans les frais d'administration (facde la S.F.E.R. In : Economie Rurale, n° 62, octobre-décembre
1964. tures, comptabilité-matière, gestion etc.). A la
condition naturellement que ces organismes jouent (22) Les difficultés de l'aviculture proviennent aussi natu
rellement, de problèmes spéciaux d'écoulement.
(23) II est prescrit dans le même rapport que les agri
culteurs ne revendiquent pas, pour les coopératives, un monop (24) Voir les publications de M. Bernard Poullain. Numéro
ole qui affadirait sans doute « l'esprit de compétition et spécial de la revue « Jeune Patron », n° 166 - juin-juillet
l'émulation nécessaire au progrès ». 1963
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