Le boisement des terres agricoles peut-il constituer une voie de diversification des revenus des agriculteurs ? - article ; n°1 ; vol.281, pg 24-38

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Économie rurale - Année 2004 - Volume 281 - Numéro 1 - Pages 24-38
Is forestry a profitable option for farmers? - We analyze the economic profitability of forestry production for farmers in Midi-Pyrénées (France). We first define the economic criteria used. We then present the different wood production a farmer can develop. The third section is devoted to characterize the economic profitability of these options which are then compared with the profitability of crop production. We show that forest production by farmers is unlikely. However, within the new common agricultural policy reform which introduces decoupled payments, agroforestry
L'objectif de cet article est d'analyser en détail l'intérêt économique que peut constituer le boisement de terres agricoles. Dans une première section, nous définissons les critères économiques utilisés. Nous présentons ensuite les principaux scénarios de boisement que nous étudions. La troisième partie est consacrée à l'évaluation de la rentabilité économique des différents scénarios de boisement. Celle-ci est comparée à la rentabilité des cultures annuelles dans une quatrième partie. Nous montrons notamment qu'en l'état actuel des réglementations (PAC et forestières) le boisement des terres agricoles est peu probable. Dans le cadre de la réforme de la PAC et de la mise en place d'aides découplées l'agroforeste- rie pourrait trouver un certain intérêt.
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 2004
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M. André Gavaland
M. Sébastien Record
M. Vincent Réquillart
Le boisement des terres agricoles peut-il constituer une voie de
diversification des revenus des agriculteurs ?
In: Économie rurale. N°281, 2004. pp. 24-38.
Abstract
Is forestry a profitable option for farmers? - We analyze the economic profitability of forestry production for farmers in Midi-
Pyrénées (France). We first define the economic criteria used. We then present the different wood production a farmer can
develop. The third section is devoted to characterize the economic profitability of these options which are then compared with the
profitability of crop production. We show that forest production by farmers is unlikely. However, within the new common
agricultural policy reform which introduces decoupled payments, agroforestry
Résumé
L'objectif de cet article est d'analyser en détail l'intérêt économique que peut constituer le boisement de terres agricoles. Dans
une première section, nous définissons les critères économiques utilisés. Nous présentons ensuite les principaux scénarios de
boisement que nous étudions. La troisième partie est consacrée à l'évaluation de la rentabilité économique des différents
scénarios de boisement. Celle-ci est comparée à la rentabilité des cultures annuelles dans une quatrième partie. Nous montrons
notamment qu'en l'état actuel des réglementations (PAC et forestières) le boisement des terres agricoles est peu probable. Dans
le cadre de la réforme de la PAC et de la mise en place d'aides découplées l'agroforeste- rie pourrait trouver un certain intérêt.
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Gavaland André, Record Sébastien, Réquillart Vincent. Le boisement des terres agricoles peut-il constituer une voie de
diversification des revenus des agriculteurs ?. In: Économie rurale. N°281, 2004. pp. 24-38.
doi : 10.3406/ecoru.2004.5482
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecoru_0013-0559_2004_num_281_1_5482Le boisement des terres agricoles peut-il
i constituer une voie de diversification
des revenus des agriculteurs ?
André Sébastien Vincent G RÊQUILLART AM RECORD 'ALAND • Inra-UMR École • Inra supérieure et Institut Dynamiques d'économie d'agriculture forestières industrielle, de Purpan dans l'espace Université rural de Toulouse
que l'activité forestière n'est pas souvent Les surfaces forestières occupent une part
croissante du territoire national (Koerner considérée en France comme une diver
et al, 2000). De 1945 à 2000, celles-ci sification des activités de l'exploitation
ont progressé d'environ 5 millions d'hect agricole.
ares (Mha) pour atteindre plus de 16 Mha A contrario, d'autres pays européens
ont une vision différente de la complémaujourd'hui. Cette augmentation des sur
faces boisées est due en partie à la plan entarité entre agriculture et sylviculture
tation d'arbres forestiers sur des terres au sein des exploitations agricoles. En
abandonnées par l'agriculture. C'est ainsi Finlande par exemple, chaque exploitation
que sur la période 1993-1998, la forêt possède en moyenne 38 ha de forêt et tire
française s'est étendue de 59 000 ha/an en 10 à 20% de ses revenus de l'activité
forestière (Hyttinen et Kola, 1995). moyenne. L'extension des surfaces s'est
Le contexte européen de limitation de la faite au détriment des territoires à usage
agricole marginal que sont les landes, production agricole par le retrait de sur
maquis et friches (pour 45 000 ha), les sols faces agricoles de la production aliment
à usage extensif tels que les prairies aire et la politique de jachère, est a priori
(17 000 ha), et marginalement sur les favorable au développement sur ces sur
terres labourables ou les cultures perma faces de productions non alimentaires, y
compris le bois. Le reboisement apparaît nentes (3000 ha) (SCEES, 2000) '.
Parallèlement, la « forêt paysanne », donc comme une utilisation possible des
définie comme la forêt gérée par les terres libérées de leur usage agricole tra
exploitants agricoles est en régression. ditionnel par mise en jachère fixe (Jayet et
al, 1998). C'est ainsi que des mesures Entre 1988 et 2000, selon le Recensement
général de l'agriculture, les surfaces en d'accompagnement de la réforme de la
taillis, bois et forêts gérées par les exploi PAC, visant au développement des acti
tants agricoles sont passées de 2,2 Mha à vités forestières dans les exploitations
1,3 Mha (Cinotti et Normandin, 2002). agricoles, ont été adoptées en 19922. Dif
férentes aides existent qui visent à couvrir Les surfaces boisées seraient dissociées de
l'exploitation agricole au fil des succes les coûts de boisement, les coûts d'entret
sions (Cinotti, 1992). Ceci traduit le fait ien, à compenser des pertes de revenu
liées au boisement des surfaces agricoles.
De 1993 à 1996, quelques 500 000 ha ont
bénéficié de ces aides dans l'UE, essen- 1. Les infrastructures et l'urbanisation sont à l'ori
gine d'une diminution des surfaces forestières pour
6 000 ha environ. L'accroissement net des surfaces
est donc de 59 000 ha /an. 2. Voir page suivante.
24 Économie Rurale 281/Mai-juin 2004 tiellement en Espagne (238 000 ha), au tabilité des cultures annuelles dans une qua
Royaume-Uni (62 000 ha) et en Irlande trième partie. Enfin, la cinquième section
(60 000 ha). En France, 29 000 ha de terres présente une analyse de sensibilité du phé
agricoles ont bénéficié de ces aides au boi nomène de boisement vis-à-vis des aides
sement, ce qui est relativement limité (CCE, publiques dans la perspective de la réforme
1997). Selon Pouyade (1999), 3 251 ha de en cours de la PAC.
terres agricoles ont été boisés avec finance
ments publics en Midi-Pyrénées de 1994 à
Critères économiques retenus 1998 ; ces boisements ont majoritairement
succédé à des céréales (60 % des surfaces) Envisager un boisement des terres en sub
et très peu à des prairies (15 %), contraire stitution à une autre activité agricole
ment à ce qui a été observé à l'échelle natio implique de définir des critères de compar
nale par Cavailhes et Normandin (1993) aison de la rentabilité de ces productions.
pour la période 1982-1990 puis par l'Insti On se place ici délibérément dans le cadre
tut pour le développement forestier (2001) d'un exploitant agricole qui chercherait à
pour la période consécutive. maximiser une fonction de profit sous des
Aussi, l'observation de ce phénomène contraintes techniques et de ressources. La
de conversion de terres agricoles vers la principale difficulté pour étudier l'intérêt
forêt nous a conduit à analyser plus en détail économique du boisement des terres pro
l'intérêt économique que peut constituer le vient de l'horizon temporel de cette pro
boisement de terres agricoles : tel est l'ob duction qui est différent de celui des autres
jet de cet article. Dans une première section, productions agricoles. Cela étant, ce pro
nous définissons les critères économiques blème de comparaison d'activités de pro
utilisés. Nous présentons et étudions, dans duction dont la durée est différente devrait
une deuxième section, les principaux scé aussi se poser lorsqu'il s'agit de raisonner
narios de boisement. L'évaluation de la ren certaines activités d'élevage, la production
tabilité économique des différents scéna par des vergers et toutes les cultures
rios de boisement est analysée dans une pérennes. C'est donc en fait un problème très
troisième section, puis comparée à la ren- général de choix d'investissement dont les
durées de vie sont différentes. Ainsi on peut
considérer que la production d'une culture
annuelle est un investissement durée 2. Le règlement CEE 2328/91 instituait l'octroi
d'une aide uniforme au niveau national de 152€ d'un an qui produit un certain niveau de
pour tout hectare boisé de terres agricoles, réservée recettes. Cet peut être répété
aux exploitants agricoles. Le règlement suivant, dans le temps, si bien qu'une production CEE 2080/92 et le décret d'application au niveau
de maïs pendant n années sera représentée national (94/1054) ont institué deux niveaux d'aide
par une séquence de recettes nettes pendant (une aide aux propriétaires exploitants et une aide aux
propriétaires non-exploitants égale à la moitié de la n années3. Ainsi toute activité peut être
précédente). Les montants accordés ont été modulés décrite comme un échéancier de recettes et
suivant les départements et ont pu, dans certains de dépenses dans le temps. Il faut alors poucas, dépasser largement les 152€ prévus dans le
voir comparer la rentabilité de ces différèglement de 1991 : la région Midi-Pyrénées illustre
rents investissements (choix) pour sélec- parfaitement la diversité des situations rencontrées
au niveau national puisque le montant de l'aide
accordé aux propriétaires exploitants variait de 1 14 €
pour 1* Ariège à 267 € pour le Tarn-et-Garonne, mont 3. La représentation d'une succession de cultures est
ants auxquels s'ajoute une aide régionale de 57 € uni également immédiate. Par exemple, la succession
céréales 1 - céréales 2 - oléagineux correspondra à forme sur les huit départements de Midi-Pyrénées
(les montants s'élèvent à la moitié de ceux cités ci- un investissement de trois ans et on imputera chaque
année la recette nette de la culture correspondante. dessus pour les propriétaires non- exploitants) .
Économie Rurale 281 /Mai-juin 2004 tionner les meilleurs compte tenu des res équivalente. Ainsi, on définit la séquence de
sources disponibles sur l'exploitation (terre, recettes nettes suivante :
travail notamment), sachant que ces choix 5 = (sq, sh ..., Sp ..., sT) avec 5, = su Vf, Vw.
Cette séquence représente donc un « invessont exclusifs .
tissement» qui génère à chaque période une Du point de vue de l'analyse économique,
recette nette constante. On appellera annuité de nombreux auteurs ont étudié les questions
de choix d'investissement dans les firmes constante équivalente d'un projet X (que
l'on notera AE(X)) la valeur de la recette (par exemple, Babusiaux, 1990). De même,
les problèmes de gestion optimale des forêts nette constante d'une séquence de type 5
et d'analyse de l'intérêt économique de ces telle que la valeur actualisée de cette
productions ont été largement abordés dans séquence soit égale à celle du projet d'i
la littérature (Frayssé et al, 1990 ; Morel et nvestissement X. Formellement, on écrit ;
Terreaux, 1995 ; Peyron et al, 1998; Peyron
(2) V0(AE(X),i) = V0(X,i)
etMaheut, 1999).
Différents critères économiques peuvent En notant ae(X) la valeur de l'annuité
être retenus pour comparer la rentabilité de constante de la séquence AE(X), on en
divers investissements. En présence d'un déduit :
marché financier parfait, lorsque les pro
jets sont incompatibles (Le. exclusifs), le
critère de la valeur actualisée permet de
sélectionner le projet le meilleur, c'est-à-dire Comparer l'annuité équivalente d'un pro
celui qui génère la suite de revenus actuali jet avec la recette nette d'une culture
sés la plus élevée (Frayssé et al., op. cit.). Si annuelle revient à faire l'hypothèse suivante
l'on note X = (x0, Xi , xt, .... xT) un projet pour la culture annuelle : la recette nette
d'investissement où les valeurs xt,t = 0,....,T annuelle est constante dans le temps5.
sont les recettes nettes de l'investissement Plus généralement, comparer l'annuité
pour les périodes 0 à T, alors la valeur actua équivalente de deux projets de durée de vie
lisée à la date 0 d'un tel investissement différente revient en fait à les comparer sur
V0(X,i) est définie par : une durée de vie égale au plus petit commun
multiplicateur des deux durées de vie en
(1) r=o supposant que les échéanciers se répètent
avec i le taux d'intérêt sur le marché finan identiquement.
cier4.
La comparaison de la valeur actualisée 5. Si l'on travaille en valeur réelle, cette hypothèse
suppose notamment que les projets ont la est vérifiée si les prix et charges de la culture restent
même durée. Sinon, cela revient à défavor constants dans le temps ainsi que les rendements
iser le projet dont la durée de vie est la (pas de progrès technique). D s'agit d'une condition
suffisante. D'autres jeux d'hypothèses implicites plus courte car tout se passe comme si les
plus réalistes sont possibles. Par exemple, une stavaleurs je, au-delà de la durée de vie du
bilité des charges et une diminution des prix d'un projet étaient nulles. même pourcentage que l'augmentation de rende
Pour faciliter la comparaison entre une ment. Ainsi, on peut, en première approximation,
production de bois et une production considérer que la recette nette annuelle des pro
ductions est constante dans le temps. En effet un cerannuelle, nous utiliserons l'annuité constante
tain nombre de travaux ont montré que sur longue
période, les gains de productivité de l'agriculture
4. Les recettes nettes peuvent être positives ou sont transférés en large partie vers l'aval ce qui
négatives. Ainsi les charges apparaissant en début signifie que les gains dus au progrès technique sont
de projet (plantation dans notre cas) correspondent compensés par une baisse des prix unitaires (Butault
étal., 1994). à des recettes nettes négatives.
26 Économie Rurale 281 /Mai-juin 2004 Ces critères permettent de sélectionner Les scénarios de boisement
le « meilleur » investissement lorsque les
L'étude porte sur sept scénarios de boisemarchés financiers sont parfaits. Ce n'est
ment. Les rendements, les itinéraires techplus le cas lorsque les marchés financiers ne
niques de même que les coûts et charges ont sont pas parfaits, par exemple parce que le
été précisés par des professionnels de la forêt taux de l'emprunt sera fonction du mont
(CRPF ; IDF ; SEBSO ; Guyon, 1996). Les ant emprunté. Or ce montant dépendra de la
données prises en compte sont calées sur le richesse initiale de l'agent. Des éléments
contexte de l'année 1999, en particulier les extérieurs au projet viennent donc modifier
données de prix de vente des bois. On raisonne la valeur du projet. Pour contourner cette dif
en euros constants et on suppose que les prix ficulté, nous évaluerons les projets pour dif
futurs du bois seront identiques à ceux de férents niveaux de taux d'intérêt et nous
l'année 19996. C'est évidemment une hypoanalyserons les flux de trésorerie des diffé
thèse forte dès lors qu'il s'agit de faire une rents projets.
hypothèse sur le prix d'une ressource dans Les recettes nettes de chaque product
quelques quinze, voire soixante-dix années. ion sont évaluées par les marges brutes.
Les sept scénarios de boisement ont été Ces dernières sont calculées comme la dif
retenus pour leur importance7 dans les boiseférence entre le produit brut (les recettes)
ments de terres agricoles effectués en Midi- et les charges variables d'exploitation. Les
Pyrénées durant le Contrat de plan État- coûts des différentes opérations culturales
Région 1994-1998, à l'exception de (y compris les investissement initiaux c'est l' agroforesterie et du mélange « noyer + à dire les coûts de plantation) ont été éta
aulne » qui constituent des itinéraires en cours blis sur la base de tarifs d'entreprise. Ce
d'expérimentation à l'INRA et au CEMA- choix permet de faire abstraction de la
GREF. Les scénarios sont les suivants : situation particulière des producteurs en
FI - le peuplier. matière d'équipement et en matière de dis
F2 - le noyer à bois. ponibilité en travail aux périodes considér
F3 - l' agroforesterie : noyer à bois avec ées. Cela revient donc à se placer dans le
cultures intercalaires (succession de blé cas d'un exploitant agricole qui aurait pour
tendre - blé dur et soja). fonction de sélectionner les choix de pro
F4 - le noyer à bois planté en mélange avec duction, de choisir les itinéraires tech
une essence secondaire fixatrice d'azote, niques, mais qui sous-traite les opérations
l'aulne. proprement dites à une entreprise. Cette
F5 - le chêne rouge d'Amérique. hypothèse simplificatrice permet d'éviter
F6 - les résineux : trois variantes sont introd'entrer dans la discussion de cas particul
duites ; la production de pin douglas (F6a), iers et dans l'évaluation du coût d'opport
de cèdre (F6b) et de pin laricio (F6c). unité des ressources dans l'exploitation.
F7 - le Taillis à courte rotation (TCR) Cette hypothèse permettra de fournir un
d'eucalyptus. ordre de grandeur de la rentabilité des dif
férentes activités. Si les écarts sont import
6. On n'intègre pas l'effet dépressif des tempêtes de ants, on en déduira qu'il est peu vraisem fin 1999 sur les cours du bois. On fait l'hypothèse
blable que dans la réalité les projets les que ce phénomène présente un caractère except
moins rentables se développent. Au ionnel et qu'à terme les cours du bois retrouveront
leur niveau d'avant tempête. contraire, si les rentabilités sont voisines,
7. Pouyade (1999) a observé que les trois principales alors des analyses plus fines tenant compte
espèces forestières plantées en Midi-Pyrénées sur des situations particulières pourraient se terres agricoles de 1994 à 1998 ont été les peup
justifier pour ceux qui désireraient appro liers, le pin laricio et les noyers pour respective
fondir l'analyse. ment 31 %, 15 % et 12% des surfaces.
Économie Rurale 281 /Mai-juin 2004 i
.
On présente dans le tableau 1 les principales des valeurs moyennes pour des terrains
données économiques relatives aux sept scé de fertilité moyenne9. Le prix de vente du
narios et en annexe des compléments d'in bois varie également fortement d'une
formation, notamment sur les hypothèses ret essence à l'autre. Dans l'ensemble, les
enues en matière d'aides au boisement. essences à croissance forte sont valorisées
Les durées d'immobilisation du sol sont à des prix faibles et inversement les
très différentes selon les scénarios puis essences à lente sont valorisées
qu'elles varient de 18 ans (peuplier) à 95 ans à des prix élevés. Selon les projets, les
(cèdre). Les comparaisons d'intérêt écono montants d'aides varient du simple au
mique se feront donc sur la base de l'annuité double, et représentent de 15 à 35% des
équivalente8. recettes totales. Encore faut-il souligner
Tableau 1. Quelques données économiques concernant les scénarios de boisement
Résultat Résultat f Production Prix du Recettes Total Part des net » Durée Rendement Aides Dépenses net Scénario Espèce bois bois de vente recettes aides annuel1 '* total (ans) (m3/ha/an) (€/ha) (€/ha) (rtf/ha) (€/m3) (€/ha) (Oha) (%) (€/ha) (€/ha/an) 1
FI Peuplier 11,3 204 42,7 8708 13258 34 6874 382 18 4550 6384
F2 Noyer 70 1,5 105 182,9 19209 4446 23655 19 4324 19331 276
Noyer 19209 21131 F3 70 1,5 105 182,9 1923 2007 19124
Cultures intercal. 15 4860 3694 8553 4891 3662
Bilan global 70 1,5 105 182,9 19209 5616 29685 23 6899 22786 325
F4 Noyer 70 1,5 105 182,9 19209 4446 23655 19 4138 19517
Aulne 10 8,5 85 7,6 648 648 430 218
Bilan global 70 2,7 190 19856 4446 24303 18 4568 19735 282
F5 Chêne rouge 70 4,6 322 114,3 36834 6893 43727 16 6510 37216 532
F6a Douglas 75 6,9 520 42,2 21956 4325 26281 16 4292 21989 293
F6b Cèdre 95 8,3 790 15,5 12295 4782 17077 28 5097 11980 126
F6c Pin laricio 90 11,0 990 30,8 30475 4660 35134 13 4709 30425 338
F7 Eucalyptus 36 15,0 540 11,0 5927 3125 9052 35 3081 5971 166
1 Le résultat net annuel, couramment calculé, est la somme des recettes nettes non actualisées divisée par le nombre d'années d'une rotation. Il correspond donc à
l'annuité équivalente sous l'hypothèse d'un taux d'actualisation nul (en monnaie constante ici).
Selon les scénarios, les rendements de que ces valeurs correspondent à la somme
production sont très différents et varient non actualisée des recettes. Comme les
dans la proportion de 1 à 10 entre la pro aides interviennent les premières années
duction de noyer et la production d'euca des projets, nous verrons dans la suite
lyptus. Ces rendements correspondent à qu'elles ont un poids bien plus élevé dans
le bilan économique actualisé.
L'association d'aulnes à la production de
noyer ne semble pas d'un grand intérêt, sa 8. Formellement, cela signifie donc que l'on consi
contribution en terme de recettes est néglidère un boisement d'une durée de 1 710 ans avec 95
geable. Cela étant, il n'a pas été tenu compte rotations de peuplier ou 18 rotations de cèdre en sup
posant que tous les prix et charges demeurent ici d'un éventuel effet positif de la présence
constants en euros constants. Cela étant, si l'on de l'aulne (fixation d'azote, création d'une
compare une plantation de cèdre (95 ans) avec
5 rotations de peuplier suivie de 5 ans de jachère
(pour comparer sur des périodes identiques), l'an
nuité équivalente de la production de peupliers pas 9. Nous reviendrons ultérieurement sur cette hypot
serait de 382 euros à 380 euros. hèse.
28 Économie Rurale 281/Mai-juin 2004 Figure 1. Flux de trésorerie des boisements
8000 n
-o— Peuplier
-a— Noyer Agroforesterie
6000- -a— Noyers + aulne
-*- Chêne rouge
-o— Douglas
-•-Cèdre 4000-
-•—Pin laricio
-o— Eucalyptus
4- 2000
-4000
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18
Années depuis la plantation
ambiance forestière) sur la croissance du -le TCR d'eucalyptus : l'encaissement de la
noyer. En revanche, la production de cultures prime jachère permet un retour à l'équi
intercalaires dans une plantation de noyer libre après deux années de plantation ;
semble plus intéressante. Nous reviendrons -le noyer à bois : cette espèce est plantée à
ultérieurement sur ce point lors de l'ana large espacement (souvent 10 m x 10 m),
lyse de l'annuité équivalente de chacun des d'où la nécessité d'entretien prolongé des
projets. espaces entre les arbres ; par ailleurs, la
La figure 1 présente le bilan de trésorerie prime au boisement est versée pendant
(en euros constants) des boisements sur les seulement dix ans, ce qui n'est pas suffi
quinze premières années depuis la plantation sant pour ré-équilibrer la trésorerie ;
-l' agroforesterie : dans l'exemple présenté, (dix-huit pour le peuplier). On observe que
les boisements nécessitent un investiss les recettes provenant des cultures inter
ement de 1500 à 3500€/ha qui n'est que calaires permettent de couvrir largement
partiellement couvert par les aides : il s'en les charges d'entretien des noyers après
suit un déficit de trésorerie relativement deux années ;
long, en général de 7 à 1 1 ans pour les boi -le mélange noyer + aulne : le retour à
sements classiques, voire 18 ans pour la l'équilibre est obtenu grâce aux recettes
peupleraie. L'existence d'une trésorerie issues de la coupe des aulnes (vers 10 ans).
négative pendant une longue période est -la production de peuplier : cette production
une des difficultés qui explique le faible ne générant pas de revenus intermédiaires,
recours au boisement. la trésorerie est négative tant que la récolte
On note toutefois quelques spécificités : finale n'a pas été effectuée.
Économie Rurale 281 /Mai-juin 2004 (+ 83 €/ha/an) alors que celle de la produc
tion d'eucalyptus ou l' agroforesterie sont
peu affectées (+ 5€ et + 20€/ha/an respecI La scénarios rentabilité des Rentabilité est scénarios analysée économique de par boisement le des biais différents de l'an
tivement).
Les projets les plus affectés par une varia
nuité constante équivalente, définie précé tion du taux d'actualisation sont ceux pour
demment. Le tableau 2 fournit les principaux lesquels les recettes arrivent tardivement
éléments chiffrés. (i.e. dont les durées de rotation sont
Tableau 2. Rentabilité économique des scénarios en fonction du taux d'actualisation
'<■ Itinéraire Actualisation : 4,5 % Durée (ans) Actualisation : 3 % j
Recettes Aides Valeur Dépenses Annuité Annuité
actualisées actualisées actualisées équivalente actualisée équivalente
nette (€/ha) (€/ha) (€/ha)et(%) («ha) (€/ha/an) (€/ha/an)
F1 Peuplier 18 8025 5 699 191 3443 250 4082(51%)
F2 4691 3 896 Noyer 70 3 809(81%) 38 2404 82
F3 Agroforesterie 1 655 (31 %) 160 5 242 70 5 286 1895 180
F4 Noyer + aulne 70 4293 3 353 44 2 972 102 2 994(70%)
F5 Chêne rouge 70 7 819 5 553 (71 %) 5348 116 5 798 199
Douglas 75 5111 3 735 (73 %) 3 958 54 2 893 97
F6 Cèdre 95 4347 4103 11 917 29 4061(93%)
Pin laricio 90 4909 3 588 61 3222 104 3 867(79%)
F7 Eucalyptus 36 5075 2 818(56%) 2 372 153 3450 158
Pour un taux d'actualisation de 4,5 %, l'an longues). Ils ont alors un profil dépenses/
recettes très déséquilibré : une phase d'inuité équivalente se situe, entre 1 1 et 191 €/ha.
nvestissement initial avec peu de recettes et Les résultats les plus favorables (annuité équi
les recettes en fin de période. Inversement les valente supérieure à 150 €/ha) sont obtenus
pour le peuplier, l'eucalyptus et l' agroforest profils dépenses/recettes plus réguliers sont
erie10. Dans les deux premiers cas, il s'agit des beaucoup moins affectés par le taux d'ac
rotations envisagées les plus courtes. Dans le tualisation (figure 1). C'est le cas des pro
ductions d' agroforesterie ou d'eucalyptus troisième cas, les revenus annuels des cul
tures intercalaires pendant les quinze pre et dans une moindre mesure du peuplier11.
mières années de l'itinéraire agroforestier per Le classement des différentes options,
lorsque le taux d'actualisation varie, demeure mettent d'augmenter de 122 euros l'annuité
relativement stable à deux exceptions près équivalente du noyer à bois. Ainsi, seuls les
(figure 2). La rentabilité du chêne rouge est foprojets générant relativement rapidement des
recettes permettent de dégager une annuité rtement décroissante avec le taux d'actualisat
équivalente supérieure à 150 €/ha. Parmi les ion. Pour des taux très faibles (jusqu'à 2 %)
autres productions, le chêne rouge se détache c'est la meilleure option. Par contre il ne se
en raison d'un prix relativement élevé du bois situe plus qu'en quatrième position dès que le
taux dépasse 4 %. Inversement, la rentabilité produit.
du TCR d'eucalyptus ne varie quasiment Pour un taux d'actualisation plus faible
(3 %), l'annuité équivalente augmente dans
11. Le cas limite est celui d'une culture annuelle des proportions variables selon les projets.
renouvelée n fois. Compte tenu de l'hypothèse de C'est ainsi que la rentabilité de la production
maintien des marges (transferts des gains de prode chêne rouge augmente fortement ductivité vers l'aval), cette culture apporte un gain
identique chaque année. Dès lors, ce gain est égal
10. La production d'eucalyptus comprend trois coupes à l'annuité équivalente et ce quel que soit le taux
successives sans replantation de 12 ans chacune. d'actualisation choisi.
30 Économie Rurale 281 /Mai-juin 2004 2. Variation de l'annuité équivalente en fonction du taux d'actualisation Figure
600 -,
-o— Peuplier
-a— Noyer
-a- Agroforesterie
—±— Noyers + aulne 500
-*— Chêne rouge
-o— Douglas
-*- Cèdre
-•—Pin laricio
-o— Eucalyptus
2 3
Taux d'actualisation (%)
pas avec le taux d'actualisation. Pour des assolements types, le premier une monoc
taux très faibles, cette culture n'est qu'en ulture de maïs (Al) et le second un asso
septième position alors qu'elle est en tro lement triennal blé tendre - blé dur - soja
isième position dès que le taux dépasse 4 %. (A2). Le troisième cas correspond à la pro
duction d'une culture non-alimentaire (tour
nesol oléique) sur les surfaces en jachère Comparaison
(A3) et le quatrième à une jachère annuelle avec une culture annuelle
entretenue (A4). Pour ces deux derniers cas,
Le boisement de terres agricoles vient en ces « productions » sont liées par la régle
concurrence de la production agricole. Pour mentation aux surfaces « COP » (céréales,
comparer l'intérêt économique du boise oléo-protéagineux). Ainsi pour chaque hec
ment avec d'autres alternatives, nous avons tare de culture COP, le producteur doit
défini quatre cas types d'utilisation du sol mettre en jachère une partie de ses surfaces
dans le cadre d'une activité agricole. Ces cas (le taux de a varié depuis 1992 entre
types ont été définis dans le cadre de la 5 et 15 %). Nous avons donc calculé les
région Midi-Pyrénées (les rendements fores marges brutes par hectare au prorata de ces
tiers correspondent également au cas de types d'activité. Le tableau 3 fournit les
cette région)12. Nous avons retenu deux hypothèses de base et la marge brute
annuelle de ces productions tenant compte
12. Les rendements, les itinéraires techniques de d'un taux de mise en jachère de 15 %. même que les coûts et charges ont été précisés par
Sous les hypothèses d'absence de prodes professionnels de l'agriculture de Midi-Pyrénées
grès technique et de prix et coûts constants sur la base des devis des entreprises de travaux
agricoles (Toulousaine des Céréales). en monnaie constante, le résultat écono-
Économie Rurale 281 /Mai-juin 2004 Tableau Itiné 3. Marges brutes des cultures annuelles
Marge • Total Total Marge Rendement Prix Ventes Aides brute | Culture recettes dépenses brute raire hors aides (Qx/ha) (€/QI) (€/ha) (€/ha) (€/ha) (€/ha) (€/ha) (€/ha) | I
A1 Maïs 82 11,3 925 484 1409 849 560 76
11,8 768 304 1072 534 Blé tendre 65 539 234
Blé dur 50 13,7 686 443 1129 625 504 61
Soja 25 15,2 381 484 865 472 393 -91
A2 612 410 1022 544 479 68
Tournesol oléique 21 20,6 432 340 111 474 297 -42
A2 612 410 1022 544 479 68
589 401 535 A3 989 455 54
Jachère 0 0 340 340 76 263 -76 0
A2 544 612 410 1022 479 68
A4 532 401 933 483 451 49
A? : 1/3 blé tendre + 1/3 blé dur + 113 soja
A3 : 0, 13 tournesol oléique + 0,87 A2
A4: 0,13 jachère -h 0,87 A2
mique annuel (ici la marge brute) d'une Notre analyse montre que, compte tenu
culture ou d'un assolement représente l'an des aides existantes, le boisement de terres
agricoles peut difficilement affecter signi- nuité équivalente d'un projet qui consisterait
ficativement les terres agricoles en Midi- à produire cette culture (assolement) pen
dant n années. Nous pouvons donc comparer Pyrénées. Pélissié (1992) puis Cavailhes et
directement la marge brute des cultures à Normandin (1993) avaient déjà constaté le
l'annuité équivalente des projets de boise caractère peu incitatif des primes aux boi
ment. En ce qui concerne les cultures al sements, ce constat est également repris par
imentaires (Al et A2), ces productions valo Pouyade (1999)14. Cependant, la répartition
risent à des niveaux incomparablement plus des boisements entre les départements de
élevés la terre. De plus, elles ont l'avantage Midi-Pyrénées montre que le niveau de la
de la flexibilité. Ce résultat n'est pas surpre prime peut entraîner une conversion plus
nant sinon on observerait depuis longtemps importante des terres agricoles vers la forêt:
un fort boisement des terres agricoles. les opérations de boisement ont principal
Par rapport aux productions non aliment ement été réalisées dans les deux départe
aires ou à la jachère subventionnée seules ments, Tarn-et-Garonne et Gers, bénéficiant
(Le. première ligne de A3 et A4), l'écart des primes aux boisements les plus élevées
est moins flagrant mais demeure à l'avantage (respectivement 324 € et 286€) ; a contrario,
des activités annuelles sauf à considérer des moins de 5 % des boisements ont été réali
taux d'actualisation très faibles. De plus sés en Ariège, département qui a accordé
l'avantage de la flexibilité joue en faveur des l'aide la plus faible (171 €). Ainsi, l'annuité
activités annuelles. Enfin, les jachères ou la équivalente des boisements est très influen
production non alimentaire entrent généra cée par le niveau de prime au boisement
lement dans le cadre de rotations avec (tableau 4), d'autant plus que la rotation est
d'autres productions (Le. dernière ligne de courte : pour une augmentation de la prime
A3 et A4). Dans ce cas plus réaliste en l'état de 100€ au dessus du niveau retenu dans
actuel de la réglementation PAC, l'écart de notre analyse et pour un taux d'actualisation
rentabilité reste important13. de 3 %, l'annuité équivalente augmente de
1 3. On se réfère ici aux aides PAC avant la réforme de 14. Sur l'intérêt plus spécifique de l' agroforesterie
Luxembourg en juin 2003 et aux aides au boisement. voir aussi Dupraz et al. (1995).
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