Le recyclage des déchets : approche économique d'une activité nouvelle - article ; n°3 ; vol.11, pg 165-191

De
Revue française d'économie - Année 1996 - Volume 11 - Numéro 3 - Pages 165-191
Le recyclage est la transformation, en vue de leur réutilisation, de produits naturels ou de biens ayant déjà été utilisés. C'est une activité qui offre aux économistes un sujet de réflexion relativement nouveau dans la mesure où elle permet de poser en des termes différents le problème du rapport entre la consommation et les ressources et remet en cause, du moins partiellement, la notion de ressource non renouvelable. Le recyclage s'inscrit aussi dans le cadre d'un nouveau modèle de croissance, soucieux de préserver l'environnement. La première partie de cet article analyse les raisons qui font du recyclage une activité à la fois économique et écologique, les obstacles susceptibles de freiner son essor et décrit ses principaux aspects, à partir de l'exemple français. La seconde partie reprend les analyses qui en ont été faites, envisage une classification des ressources naturelles tenant compte de la possibilité ou non de les recycler et compare les coûts de production partir de la matière vierge et à partir de matière recyclée pour tenter de définir un « optimum de recyclage ».
Recycling can be defined as the transformation of goods or natural resources which have been used into other goods. The subject of recycling in relatively new for economists. It allows them to set out differently the problem of the relationship between consumption and resources. It challenges the notion of un-renewable resource. Recycling takes place otherwhise within the context of a new model of growth caring about environment. The first part of this paper considers the reasons why recycling is both an economic activity and an ecological activity and describes its aspects since the french example. Obstacles abled to slow down its growth are also analysed. After considering previous analyses, the second part viewes a classifica- tion of natural resources taken into account the possibility of recycling. Production costs are compared for production since virgin materials or since recycling materials, so as to be able to define an « optimum of ».
27 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1996
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Marie-Véronique Henry-
Wittmann
Le recyclage des déchets : approche économique d'une activité
nouvelle
In: Revue française d'économie. Volume 11 N°3, 1996. pp. 165-191.
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Henry-Wittmann Marie-Véronique. Le recyclage des déchets : approche économique d'une activité nouvelle. In: Revue
française d'économie. Volume 11 N°3, 1996. pp. 165-191.
doi : 10.3406/rfeco.1996.1101
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfeco_0769-0479_1996_num_11_3_1101Résumé
Le recyclage est la transformation, en vue de leur réutilisation, de produits naturels ou de biens ayant
déjà été utilisés. C'est une activité qui offre aux économistes un sujet de réflexion relativement nouveau
dans la mesure où elle permet de poser en des termes différents le problème du rapport entre la
consommation et les ressources et remet en cause, du moins partiellement, la notion de ressource non
renouvelable. Le recyclage s'inscrit aussi dans le cadre d'un nouveau modèle de croissance, soucieux
de préserver l'environnement. La première partie de cet article analyse les raisons qui font du recyclage
une activité à la fois économique et écologique, les obstacles susceptibles de freiner son essor et décrit
ses principaux aspects, à partir de l'exemple français. La seconde partie reprend les analyses qui en
ont été faites, envisage une classification des ressources naturelles tenant compte de la possibilité ou
non de les recycler et compare les coûts de production partir de la matière vierge et à partir de matière
recyclée pour tenter de définir un « optimum de recyclage ».
Abstract
Recycling can be defined as the transformation of goods or natural resources which have been used
into other goods. The subject of recycling in relatively new for economists. It allows them to set out
differently the problem of the relationship between consumption and resources. It challenges the notion
of un-renewable resource. Recycling takes place otherwhise within the context of a new model of
growth caring about environment. The first part of this paper considers the reasons why recycling is
both an economic activity and an ecological activity and describes its aspects since the french example.
Obstacles abled to slow down its growth are also analysed. After considering previous analyses, the
second part viewes a classifica- tion of natural resources taken into account the possibility of recycling.
Production costs are compared for production since virgin materials or since recycling materials, so as
to be able to define an « optimum of ».Marie-Véronique
HENRY-WITTMANN
Le recyclage des déchets
approche économique
d'une activité nouvelle
es sociétés industrielles pro
duisent, en quantités sans cesse croissantes, des déchets souvent
insalubres, parfois même dangereux par leur toxicité ou leur
radioactivité, dont le transport, le stockage et surtout le devenir
posent des problèmes de plus en plus difficiles à résoudre. Les
atteintes à l'environnement, les dangers, réels ou supposés, sont
tels que le problème des déchets est devenu l'un des thèmes,
voire l'un des enjeux, du débat politique dans de nombreux
pays développés. Mari е- Véronique Henry- Wittmann 166
Les déchets, définis comme des résidus inutilisables l,
au moins en l'état, peuvent être soit stockés dans des endroits
affectés à cet usage dans l'attente d'une dégradation naturelle
qui n'intervient pas tous les cas, soit incinérés, soit enfin
recyclés.
Le recyclage est la transformation, en vue de leur
réutilisation, de produits naturels ou de biens ayant déjà
fait l'objet d'une, voire de plusieurs utilisations antérieures,
et qui sont ainsi réinsérés dans le circuit de production. Il
nécessite donc des opérations préalables de récupération et de
transformation des déchets. Il peut être effectué à différents
niveaux, selon qu'il concerne un produit final ayant déjà fait
l'objet d'une consommation (output), ce que D.W. Pearce
appelle un « déchet vieux », ou un produit utilisé aux stades
intermédiaires de la production (input), c'est-à-dire, toujours
selon D.W. Pearce, un « déchet nouveau ». Le recyclage d'un
« déchet nouveau » aboutit le plus souvent à la production
autre input. Issus parfois des activités propres d'une industrie,
ce qui constitue un gage de leur qualité, les déchets nouveaux
sont réutilisés directement dans le processus de production (cas
des déchets de fonte et d'acier des usines sidérurgiques). Le
recyclage d'un « déchet vieux » peut aboutir à la production
d'un input (cas des carcasses de voitures broyées, utilisées pour
la production d'acier) ou d'un output (cas du vieux papier à
partir duquel est produit le papier recyclé).
Dans tous les cas, le recyclage permet donc à la fois de
détruire des déchets, dont l'accumulation pose problème, et de
substituer des ressources déjà utilisées à des ressources vierges,
dont certaines peuvent ne pas être renouvelables.
La récupération et le recyclage ne sont pas des activités
nouvelles, mais elles sont restées pendant longtemps limitées
à quelques produits (peaux, vieux métaux...) ou encore aux
périodes de pénurie (guerres). L'accumulation de déchets de
toutes sortes dans les économies industrielles ouvre cependant
de nouvelles perspectives et les contours d'une « industrie
du recyclage » commencent à se préciser, s'inscrivant dans le Henry- Wittmann 167 Marie-Véronique
cadre plus large d'une industrie de l'environnement. Elle est
cependant confrontée à un problème auquel il n'y a pas de
réponse unique : l'opportunité de la transformation de certains
déchets, compte tenu de leur nature, des utilisations antérieures
du produit initial, des techniques envisageables, des produits
obtenus, de leur prix de revient et de leurs débouchés.
Pour les économistes, le recyclage offre un sujet de
réflexion relativement nouveau dans la mesure où cette activité
permet de poser en des termes différents le problème du
rapport entre la consommation et les ressources par la remise
en cause, au moins partielle, de la notion de ressource non
renouvelable. Par ailleurs, faisant appel dans certains cas à
des techniques nouvelles, le recyclage peut s'inscrire dans le
cadre d'un nouveau modèle de croissance, tenant compte de
la nécessité de préserver l'environnement.
La première partie de cet article analyse les raisons
qui font aujourd'hui du recyclage une activité à la fois
économique et écologique et les obstacles qui sont susceptibles
de freiner son essor, et décrit ses principaux aspects, à partir
de l'exemple français. La deuxième partie tente de situer
cette activité nouvelle, du moins par son ampleur, dans le
cadre théorique de l'analyse économique, le développement du
recyclage conduisant à une nouvelle approche de la notion
de ressource et posant, d'autre part, des problèmes qui sont
en fait ceux que traitent les théoriciens de l'économie de
l'environnement.
De la nécessité à la pratique
du recyclage
Le apparaît de plus en plus comme une nécessité
pour faire face à la raréfaction de certaines ressources et
plus encore pour régler les problèmes d'environnement posés
par l'accumulation des déchets. Son développement rencontre Marie- Véronique Henry- Wittmann 168
cependant divers obstacles qui, pour être levés, nécessitent
le recours à des mesures de politique économique. Ainsi,
malgré son essor au cours des dix à quinze dernières années,
l'industrie du recyclage n'a pas encore, dans les pays développés
- l'exemple français est à cet égard significatif - l'importance
à laquelle on pourrait s'attendre.
La nécessité du recyclage
La forte croissance économique qu'ont connue les grands pays
industriels depuis la fin de la seconde guerre mondiale a
entraîné une augmentation de la consommation de ressources
naturelles et a accru considérablement la production de déchets,
ce qui dans les deux cas pose des problèmes auxquels le
recyclage peut apporter une solution.
La production industrielle dans les pays de l'O.C.D.E.
a été globalement multipliée par trois de la fin des années
quarante au milieu des années soixante-dix, entraînant une
augmentation souvent plus importante de la production et de
la consommation de sources d'énergie et de matières premières.
S'il est impossible de récupérer l'énergie après utilisation, il en
va différemment dans le cas des matières premières, surtout
lorsqu'elles sont rares ou qu'elles se raréfient. Le problème
concerne notamment des métaux non-ferreux comme le cuivre,
le manganèse, le nickel, dont les tonnages extraits ont été
multipliés par quatre, cinq ou six en un demi-siècle, et dont
on exploite actuellement les gisements à des teneurs parfois
inférieures à 1 %. Il concerne aussi des minerais rares, auxquels
le progrès technologique a conféré une importance nouvelle :
cobalt, titane, vanadium, zirconium, rhodium, molybdène, etc.
Le recyclage est alors à même de fournir une solution
aux problèmes d'approvisionnement liés non seulement à
l'épuisement des réserves, mais aussi à l'irrégularité des
livraisons de certains pays fournisseurs, qui n'est pas sans
influence sur les cours. L'aggravation de la crise au Zaïre en
1991 a ainsi poussé les utilisateurs de cobalt, qui avaient déjà Marie- Véronique Henry- Wittmann 169
pâti d'une pénurie à la fin des années soixante-dix, à développer
le recours aux produits recyclés.
L'essor de la production industrielle a, d'autre part,
entraîné une augmentation de la quantité de déchets de toutes
sortes, qui apparaît ainsi comme une séquelle de la croissance.
Les quantités se sont accrues très vite de 1955 à 1975, le
ralentissement des taux d'accroissement constaté depuis cette
date apparaissant davantage lié au ralentissement des taux de
croissance de l'activité industrielle qu'aux mesures récentes,
et encore limitées, prises pour endiguer l'accumulation des
déchets.
L'augmentation des quantités de déchets est également
liée au raccourcissement de la durée de vie des biens.
Paradoxalement, alors que le progrès technique rend possible
un allongement de leur durée de vie physique, leur temps
d'usage, que D. Garcia appelle leur « longévité », tend sans
cesse à se réduire. Cette accélération de la dépréciation des
biens résulte de la conjugaison de plusieurs facteurs.
- Le premier est que la production de masse a permis
d'abaisser les prix de vente, alors que les coûts de réparation,
ou même d'entretien, sont restés inchangés ou se sont accrus
du fait de la hausse des salaires (ce qui favorise le rejet des
biens usagés et l'achat de biens neufs).
- Une autre raison tient à l'introduction incessante de
nouveaux produits sur le marché. Qu'ils soient ou non de
conception nouvelle, de meilleure qualité ou plus performants,
ils bénéficient auprès des consommateurs d'un effet de mode,
amplifié le plus souvent par la publicité. Leur acquisition
entraîne la mise au rebut d'objets qui ne sont pas physiquement
hors d'usage.
- La diminution de la durée de vie des biens tient aussi
à la simplification croissante de certains produits, conçus dès
l'origine pour n'être pas réutilisables. Le phénomène, qui a
concerné d'abord les emballages « non repris », s'est étendu
ensuite à des objets d'usage courant : les stylos et briquets
« non rechargeables », les rasoirs « jetables » etc. Marie- Véronique Henry- Wittmann 170
Les problèmes posés par la rareté de certaines ressources,
tout comme celui des déchets, loin d'être résolus par le
développement de produits de substitution, sont au contraire
souvent aggravés. C'est le cas en particulier avec les produits
dits de synthèse : caoutchouc et fibres textiles synthétiques,
résines et matières plastiques. Obtenus à l'origine à partir de
la distillation du charbon, ils le sont aujourd'hui à du
pétrole, une ressource plus rare, dont les réserves prouvées,
pourtant fortement réévaluées au cours des années quatre-
vingt, n'atteignent pas quarante-quatre ans actuellement. De
plus, ces produits ne sont pas bio- dégradables, à la différence
de ceux qu'ils remplacent.
Une solution à ces problèmes pourrait consister à
accroître la longévité des biens. Cette solution, qui suppose
un changement de comportement des consommateurs et des
producteurs, risque d'avoir pour effet de ralentir l'activité
économique. La crise latente à laquelle sont confrontés les
grands producteurs de pneumatiques qui, pour mettre en
difficulté leurs concurrents, ont finalement tous amélioré la
longévité de leurs produits, est là pour attester des risques et
partant, des limites de cette solution.
Une autre solution consiste à récupérer les déchets,
à les incinérer ou à les recycler, ce qui règle de façon
satisfaisante le problème de leur élimination. L'incinération
libère de l'énergie, qui peut être récupérée notamment par
l'usine de traitement. A partir des ordures ménagères, riches en
composants organiques, il est même techniquement possible
d'obtenir des hydrocarbures. La récupération permet de pallier
également la rareté de certaines ressources naturelles, ou de
mettre à la disposition de l'industrie qui procède au recyclage
des matières premières plus riches et plus faciles à transformer
que les initiales. La ferraille équivaut ainsi à du minerai
d'une teneur de 100% et permet d'obtenir directement l'acier,
alors que le minerai de fer doit au préalable être fondu dans
le haut-fourneau avant de subir un convertissage, destiné à
éliminer une partie du carbone résiduel. La seconde fusion Marie- Véronique Henry- Wittmann 171
de l'aluminium s'avère beaucoup moins coûteuse en énergie
électrique que l'électrolyse.
La récupération et le recyclage constituent des activités
économiques qui en induisent d'autres, telles que le transport et
le stockage. Nouvelles par bien des aspects, elles sont de nature
à stimuler l'innovation, offrant même, dans certains cas, la
possibilité d'exportation de brevets. Comme elles peuvent aussi
réduire la dépendance, en livrant des produits de substitution
de produits importés, elles peuvent contribuer à l'amélioration
de la balance commerciale d'un pays.
Ces avantages doivent cependant être tempérés, en
tenant compte du fait qu'elles peuvent aussi réduire, voire
compromettre, d'autres activités telles que l'exploitation
forestière, l'extraction et la concentration des minerais par
exemple. De plus, de nombreux obstacles sont encore
susceptibles d'entraver leur essor.
Les obstacles au développement du recyclage
Outre l'obstacle psychologique qui tient à une certaine
réticence des consommateurs à utiliser des produits recyclés,
le développement du recyclage est freiné par des contraintes
d'ordre technique et économique. Les solutions qui permett
raient de les lever ne sont encore que partiellement mises
en œuvre.
Le premier obstacle au recyclage tient au fait que, bien
qu'envisagé comme une solution au problème des nuisances, il
génère lui-même une pollution qui est parfois plus mal ressentie
que la pollution liée à la transformation de matière vierge par
les populations qui s'en croient, à tort ou à raison, menacées.
Les produits obtenus par recyclage peuvent être d'une
qualité totalement équivalente à celle des produits initiaux,
ce qui est par exemple le cas des métaux; mais cette qualité
est souvent inférieure, sauf si l'on procède à de coûteuses Marie- Véronique Henry- Wittmann 172
manipulations (cas du papier recyclé, sauf s'il subit un
blanchiment).
Le recyclage entraîne une déperdition de matière qui
fait qu'il ne peut être indéfiniment répété, certains usages
excluant même toute possibilité de recyclage; ainsi en est-il
du plomb additionné à l'essence. Il ne peut absolument pas
concerner l'énergie, quelle que soit la forme sous laquelle elle
se présente : chaleur, travail ou électricité. Il est en revanche
possible d'obtenir de l'énergie à partir de la transformation de
déchets, notamment en les incinérant, comme il est possible
de récupérer la chaleur ou le gaz produits au cours d'un
cycle de production (récupération des gaz du gueulard du
haut-fourneau par exemple).
Le recyclage nécessite des opérations préalables de
récupération et de transport des produits usés, entre le lieu
de la collecte et le lieu de retraitement, qui entraînent souvent
des coûts élevés. Or, si les produits radioactifs, par exemple,
peuvent économiquement supporter des frais de transport
élevés, il en va tout autrement quand il s'agit de produits
de faible valeur tels que les vieux papiers ou les textiles
usagés. Le coût du transport excède alors souvent celui des
matières récupérées et représente un obstacle économique de
taille au développement du recyclage. Le tri des matières
récupérées et les traitements qu'elles doivent subir avant leur
réintroduction dans le cycle de production nécessitent aussi
des investissements, parfois onéreux, pour la création des
installations adéquates
En contrepartie, les techniques de production mises en
œuvre par l'industrie du recyclage peuvent être moins onéreuses
que les techniques permettant d'obtenir le même produit à
partir de la matière première. Le plastique de « deuxième
fusion » est vendu 30 % moins cher que le produit d'origine.
La production de verre recyclé permet de réaliser une économie
d'énergie, tout comme le retraitement de certains métaux; dans
le cas du cuivre ou de l'aluminium, elle peut atteindre 80 à
90 %. Cependant, il est aussi des cas où le produit recyclé
est plus onéreux à qualité égale (papier recyclé blanchi par

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