L'homme est-il né en Afrique ou en Asie ?

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L'homme est-il né en Afrique ou en Asie ? Pendant des années, on a supposé que les primates anthropoïdes étaient originaires d'Afrique, d'où ils auraient évolué et se seraient diversifiés jusqu'à Homo sapiens pour la branche humaine.

Publié le : vendredi 1 avril 2011
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Source : Lafont presse
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L'homme est-il né en Afrique ou en Asie ?

Pendant des années, on a supposé que les primates anthropoïdes étaient originaires d'Afrique, d'où ils auraient évolué et se seraient diversifiés jusqu'à Homo sapiens pour la branche humaine. Cependant, des découvertes récentes faites en Chine, Myanmar, Thaïlande et Inde ont mis en évidence leur présence en Asie du Sud depuis 57 Ma, suggérant ainsi une origine asiatique. La plupart de ces anthropoïdes asiatiques primitifs appartiennent à un groupe souche appelé les éosimiidés.

Le Professeur Jean Jacques Jaeger, de l'IPHEP (Université de Poitiers / CNRS), et le Professeur Mustafa Salem, du Département de Géologie (Université Al Fateh de Tripoli), dans le cadre d'un programme de coopération scientifique, reportent la découverte de la plus ancienne communauté de primates anthropoïdes d'Afrique au Dur At-Talah en Libye - comprenant la forme la plus ancienne du groupe dont nous sommes issus, Afrotarsius - datant de 39-38 millions d'années (Eocène moyen).

Cette découverte a des implications majeures en ce qui concerne l'origine de nos lointains ancêtres, les anthropoïdes africains, et leur évolution. En effet, l'importante diversité taxinomique de ces nouvelles formes fossiles indique, soit une période d'évolution plus longue que la documentation fossile ne le laissait prévoir jusqu'ici, soit la colonisation simultanée de l'Afrique par différents groupes d'anthropoïdes durant l'Eocène moyen (48-39 Ma).

Parmi ces plus vieux primates anthropoïdes africains, Afrotarsius, une espèce initialement identifiée comme un tarsiidé, se révèle maintenant appartenir aux anthropoïdes, avec la découverte d'une molaire supérieure au Dur At-Talah. Elle présente des caractères particuliers qui sont partagés avec leurs parents asiatiques, les éosimiidés, impliquant donc l'origine asiatique des anthropoïdes africains.

Désormais, avec cette découverte, la question qui se pose est la suivante : ces trois groupes d'anthropoïdes primitifs ont-ils migré d'Asie peu de temps avant cette période (40-38 Ma), ou bien dérivent-ils d'un ancêtre commun unique qui a atteint l'Afrique plusieurs millions d'années plus tôt - 5 ou 6 Ma ? - durant l'Éocène moyen (48-39 Ma)? Comme premier élément de réponse, on a constaté que les rongeurs fossiles associés à ces primates anthropoïdes partagent également une origine asiatique et sont aussi représentés par plusieurs groupes distincts, suggérant un ou plusieurs événements migratoires. Cette situation peut-être mise en parallèle avec celle des primates anthropoïdes et nous conforterait donc davantage dans l'hypothèse d'une immigration survenue peu de temps avant 40-38 Ma...

Le dernier point de cette découverte, concerne la petite taille des anthropoïdes. Tous les nouveaux anthropoïdes fossiles appartiennent à des espèces de masse corporelle adulte très faible, soit entre 130 et 473 grammes. Une telle quantité d'espèces de petite taille renforce la conclusion tirée précédemment de la découverte d'Eosimias (association de primates fossiles de l'Éocène moyen de Shanghuang, Chine), que les anthropoïdes primitifs étaient de très petite taille et que leur évolution vers des tailles plus importantes ne s'est faite qu' à partir de 37 Ma et ce, seulement, après leur diversification en Afrique.

Au final, la période de l'Éocène moyen en Afrique, très peu documentée, apparaRt maintenant comme un défi majeur à relever, dans le futur, pour répondre aux passionnantes nouvelles questions soulevées par les découvertes de Dur At-Talah : comprendre l'origine et l'évolution des premiers représentants africains des anthropoïdes et donc le début de l'histoire de l'humanité sur le continent africain.

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