Récit de mon séjour sous les verrous du système hospitalier français

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Récit de mon séjour sous les verrous du système hospitalier français La. ï as du triste hôpital » chantait Rimbaud avant de reprendre le chemin du Bateau ivre sur les routes de l'aventure. Pour les reprendre à mon tour, j'ai besoin, un instant, de vous raconter avec autant de précisions que possible, le temps d'arrêt de rigueur qui vient de m'être infligé par le hasard des médicaments dans un établissement de Courbevoie. Bref, il avait fallu sur le coup de minuit me conduire aux urgences les plus proches de chez moi. J'habite l'île de la Jatte où Sarkozy fut mon voisin avant de prendre d'assaut l'Elysée : je me suis donc retrouvé à l'hôpital de Courbevoie, 3ème étage, chambre N°333, dans un méchant lit de fer automatique dont il faut savoir jongler avec les leviers pour orienter un dossier rigide en baisse ou en hauteur. J'ai entendu parler, bien sûr, de la crise des hôpitaux, de la difficulté de trouver du personnel, des budgets insuffisants, des équipements souvent trop sommaires. Mais vivre cela en tant que patient - le mot ne saurait être mieux choisi - 24 heures sur 24 relève à la fois du naufrage, du désespoir et d'une profonde solitude. L'hôpital quand vous y êtes, même magiquement relié au monde extérieur par le fil du portable, c'est encore la confiscation de vos besoins quotidiens dans le détail, c'est le néant infligé soudain à la respiration vitale de votre activité conçue comme une nécessité de tous les jours.
Publié le : samedi 7 mai 2011
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Source : Lafont presse
Nombre de pages : 5
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Récit de mon séjour sous les verrous du système hospitalier français
La. ï as du triste hôpital » chantait Rimbaud avant de reprendre le chemin du Bateau ivre sur les routes de l'aventure. Pour les reprendre à mon tour, j'ai besoin, un instant, de vous raconter avec autant de précisions que possible, le temps d'arrêt de rigueur qui vient de m'être infligé par le hasard des médicaments dans un établissement de Courbevoie. Bref, il avait fallu sur le coup de minuit me conduire aux urgences les plus proches de chez moi. J'habite l'île de la Jatte où Sarkozy fut mon voisin avant de prendre d'assaut l'Elysée : je me suis donc retrouvé à l'hôpital de Courbevoie, 3ème étage, chambre N°333, dans un méchant lit de fer automatique dont il faut savoir jongler avec les leviers pour orienter un dossier rigide en baisse ou en hauteur. J'ai entendu parler, bien sûr, de la crise des hôpitaux, de la difficulté de trouver du personnel, des budgets insuffisants, des équipements souvent trop sommaires. Mais vivre cela en tant que patient - le mot ne saurait être mieux choisi - 24 heures sur 24 relève à la fois du naufrage, du désespoir et d'une profonde solitude. L'hôpital quand vous y êtes, même magiquement relié au monde extérieur par le fil du portable, c'est encore la confiscation de vos besoins quotidiens dans le détail, c'est le néant infligé soudain à la respiration vitale de votre activité conçue comme une nécessité de tous les jours. C'est priver vos proches de l'essentiel de ce qu'ils attendent ajuste titre de vous. Si, par malheur, vous êtes d'un naturel curieux et que vous souhaitiez vous renseigner sur votre état, les sonneries sur lesquelles vous appuyez retentissent dans les couloirs de l'hôpital parmi d'autres. Et quand, à force de chahut, quelques unes finissent par trouver un écho, c'est celui des femmes de ménage africaines qui font de ces établissements (comme s'ils étaient pénitentiaires) des prisons où personne ne vous renseignera. Quand vous trouvez enfin un écho, c'est une plantureuse gabonaise, camerounaise ou togolaise qui vient éteindre le témoin lumineux sur votre porte et si elle s'informe de votre problème : « Calmez-vous monsieur, l'infirmière verra ça tout à l'heure. » Ce n'était donc pas elle l'infirmière ? Entre l'armée pyramidale des femmes de ménage, de leurs chefs, des aides soignantes, des médecins enfin, en majorité des internes, et le rare spécialiste, l'armée du corps médical n'est pas à la mesure et trop peu nombreuse pour assumer pleinement et avec confort sa tâche face au raz de marée récurrent des malades qui ont intérêt, en effet, à s'armer de patience quand ils entrent sans qu'on leur dise jamais quand ils sortent. Je viens de passer le plus clair de mon temps, pendant 10 jours, à essayer de savoir pourquoi je m'étais retrouvé aux urgences. J'avais mal partout sans savoir de quoi je souffrais. Je ne pouvais pas demander mon dossier, il n'existait
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