La confédération des nomades Kel Ahaggar (Sahara Central) - article ; n°388 ; vol.71, pg 602-619

De
Publié par

Annales de Géographie - Année 1962 - Volume 71 - Numéro 388 - Pages 602-619
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1962
Lecture(s) : 86
Nombre de pages : 21
Voir plus Voir moins

Pierre Rognon
La confédération des nomades Kel Ahaggar (Sahara Central)
In: Annales de Géographie. 1962, t. 71, n°388. pp. 602-619.
Citer ce document / Cite this document :
Rognon Pierre. La confédération des nomades Kel Ahaggar (Sahara Central). In: Annales de Géographie. 1962, t. 71, n°388.
pp. 602-619.
doi : 10.3406/geo.1962.16283
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1962_num_71_388_16283602 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
Tableau Annexe I
Population musulmane totale et regroupée.
Population musulmane Population regroupée
Arrondissements
(Les départements (p. 100) (p. 100)
I960 accroissement 1960 par rapport sont en caractères gras)
par rapport à population (en milliers) (en milliers)
à 1954 1960
Alger 645 + 85 0 0
Maison Blanche . . 191 + 12 34 17,8
Blida 284 + 42 ■24 8,5
Alger 1120 + 56 58 5,8
Boghari 94 + 21 9 9,5
Djelfa 140 10 71,5 + 28
Médéa 122 21,3 + 31 26
Paul Cazelles 81 + 59 0 0
Aumale 154 45 29,3 + 18
Bou-Saada 21,0 76 + 17 16
— 14 Tablât 73 20 27,2
Médéa 740 + 21 125 16,9
Cherchell 68 + 5 32 47,0
Duperré 118 21 17,8 + 13
Miliana 46 113 + 12 40,8
Orléansville 165 + 20 40 24,2
Ténes 115 80 69,6 + 16
Teniet El Had . . . — 9 87 67 76,8 666 287 43,1 + 9 — 16 Azazga 104 23 22
Bordj-Ménaïel . . . — 3 61 108 56,3
Bouira 90 33 36,7 + 29
Fort National . . . 110 — 26 32 29,0
— 16 Palestro 66 53 80,0
Tizi-Ouzou 17 12,4 147 + 5
Dra-El-Mizan — 9 31,0 109 34 734 254 34,6
Aïn-Beïda 99 26,3 + 16 26
Aïn-Mlila 112 + 24 25 22,3
Collo 94 79 84,0
Constantine 363 10,4 + 41 38
— 19 El-Milia 78 27 34,7
Mila 204 31 15,2 + 24
Philippeville 186 121 65,1 + 19
Djidjelli 182 122 67,0 + 4
Constantine 35,5 1318 + 17 469
24,2 Bone 223 + 32 54
Clairfontaine .... 75 23 30,7 + 3
Guelma 72 113 + 22 63,7
— 17 La Calle 49 35 71,4
15 Souk-Arhas 102 29 28,4
Tébessa 131 — 13 18 13,7
Bone 693 231 34,8 + 23 — 17 Akbou 88 21 23,9
195 + 16 21 10,8 Bordj-Bou-Arreridj Msilla .' 88 + 13 18 20,5 Saint- Arnaud .... 162 10 6,2 + 19
104 Sétif + 60 0 0
Bougie 167 15 8,9 + 118
79 4 5,1 Kerrata + 123
— 87 La Fayette 14 15 107,2
Sidi-Aïch 66 0 0 *
seta 963 104 10,8 — 13 2 Arris 64 6 93,7
94 Batna + 40 24 25,5
Biskra 174 + 30 15 8,6
— 11 Corneille 55 8 14,5
Khenchela .... 110 + 8 35 31,8
— 27 Barika 60 2 3,3
Batna 557 + 7 90 16,2
Cassaigne 67 + 6 28 39,4
121 Inkermann + 9 10 8,2
Mascara 101 14 + 5 13,9
75 Palikao + 21 24 3,2
Relizane 130 + 20 10 7,6
147 Mostaganem . . , + 27 10 6,8 . . . 645 97 + 15 15,1 — 4 Aïn-Temouchent 112 23 20,5
Oran 295 + 49 6 20,3 — 1 Perrégaux 80 7 87,5
161 Sidi-Bel-Abbès . + 30 30 18,6
Le Telagh 45 + 2 16 35,6
Oran 693 + 23 72 10,4
— 11 Aflou 33 28 84,9
51 — 7 Frenda 22 43,1
Tiaret 163 + 35 13 7,9
49 Vialar + 26 11 22,4
Tiaret 296 + 17 75 25,3
68 Beni-Saf + 10 25 36,8
— 16 Marnia 52 19 36,5
Nemours 69 + 8 68 98,5
— 22 Sedbou 32 20 62,5
Tlemcen 134 34 25,4 + 16 355 + 3 166 46,8
— 16 Aïn Sefra 16 7 43,7 — 12 42 Geryville 43 102,5
— 18 Mécheria 32 33 103,2
86 46 Saïda + 10 53,5
— 4 176 129 73,3
Tableau Annexe II
Évolution des centres de regroupement (1958-1961).
Centres définitifs Centres provisoires Total Chiffres
Militaires Date
Habitants Cent. Habit. Cent. Habit. Habit. Cent.
365 000 1- 1-58
460 000 1- 4-58 — 1- 7-58
800 000 740 000 1-10-58 886 462 279 1-21-59 — - 900 000 1- 4-59 — 1 040 000 1- 7-57
1 090 460 651 521 780 1 132 756 1 240 1-10-59 481 235 — — — 1- 1-60 1 150 000
— 1 335 1- 4-60 698 187
1 513 172 1- 7-60 822 1 373 951 1 679 653 064 857 720 887
1 660 514 2 104 1 621 311 1080 1002 045 1 024 1-10-60 658 469 — 1- 1-61 1 027 151 1 217 1 868 545 2 380 841 394 1 763 — 1 958 302 2 392 1- 4-61 1 070 1 103 383 1 322 787 919
1 071 007 1 281 1 854 671 2 385 1-10-61 783 664 1 104 LA CONFÉDÉRATION DES NOMADES KEL AHAGGAR
(SAHARA CENTRAL)
(Pl. XIII.)
Le Hoggar représente sans doute l'un des milieux naturels les plus hos
tiles du Sahara. Mis à part les massifs montagneux de l'Atakor et de la
Tefedest, les précipitations y sont rares et particulièrement irrégulières,
vu la position continentale du Hoggar, à mi-chemin entre les zones méditer
ranéenne et soudanaise. Sur ce pays presque entièrement rocheux et imper
méable, une forte evaporation réduit encore l'effet bienfaisant des pluies :
les grandes plaines monotones et désertes (Tanezrouft, Ténéré, IghargharT
Amadror) sont recouvertes d'une très mince pellicule alluviale, incapable
de retenir l'eau, et sont presque entièrement dépourvues de végétation.
Seuls les massifs montagneux, où l'aridité s'atténue, abritent dans les fonds
de vallées et parfois sur les pentes une végétation buissonnante qui, bien
qu'intermittente, est plus favorable à la vie nomade.
Dans l'isolement de ces montagnes s'est conservé un groupe humain
extrêmement original, les Kel Ahaggar, infime fraction de l'ensemble touareg
puisqu'ils sont estimés à 5 000 environ1, alors qu'on en dénombre au Sud
environ 300 000 au Niger et 175 000 au Soudan. Mais tandis que ces derniers
se mêlaient à des populations noires ou arabes, les Touaregs du Hoggar,
retranchés du monde arabe au Nord par la muraille presque inhabitée des
Tassilis, isolés des Maures à l'Ouest par l'immense désert du Tanezrouft,
et des Toubous à l'Est par la plaine inhabitable du Tafassasset, ont conservé
presque intacte une forme de civilisation berbère dont l'équilibre, déjà très
fragile, est particulièrement menacé aujourd'hui au contact du monde
moderne.
I. — Fondements de la société touarègue
Cette civilisation semble être le résultat d'une fusion entre différents
éléments de civilisations berbères, puisque, autant qu'on puisse faire le
départ entre les légendes et l'histoire, les Touaregs se rattachent aussi bien
aux anciens Libyens du Fezzan et du Sud tunisien, qu'aux Berabers de l'Ouest
saharien.
La langue (tamacheq ou tamahaq), typiquement berbère, est la seule
langue berbère qui possède une écriture (le tifinar) d'ailleurs très archaïque,
sans voyelles, dont le déchiffrage est, même pour un Targui, un exercice de
devinette. Très inférieure au français et à l'arabe comme moyen de commun
ication par écrit, elle n'est pratiquement utilisée aujourd'hui que pour
de courts messages ou des billets doux, tandis que la langue se maintient
fortement comme moyen d'expression orale, soutenue par tout un folklore
1. Le recensement de 1960 indique un total de 4 902 Touaregs et 1167 serviteurs. Ces
chiffres doivent être un peu inférieurs à la réalité. LA CONFÉDÉRATION DES NOMADES KEL AHAGGAR 605
de légendes, de poèmes épiques et amoureux dont le Père de Foucauld a
laissé un recueil célèbre.
Les croyances. — Ce conservatisme berbère se traduit également dans la
déformation typique de la religion musulmane. L'Islam a pénétré tardivement
au Hoggar, et il est resté très superficiel. De nombreux Touaregs ignorent
l'arabe et le Coran, ils n'observent guère le jeûne et les prières rituelles. Très
rares sont ceux qui sont allés à La Mecque. En revanche ils ont une grande
admiration pour les hommes religieux venus de l'Adrar des Iforas ou, surtout
depuis le début du siècle, du .Tidikelt (marabouts de Tit et d'In Amguel
par exemple). Ils croient également à l'existence de génies des montagnes
(surtout sur les volcans), et, contre le pouvoir des esprits (djenoun), ils
recherchent une protection dans le fétichisme et portent tous des amulettes
(rira).
Le droit coutumier. — Si les Touaregs ne sont pas des hommes très rel
igieux, ils ont en revanche un respect très scrupuleux des traditions et règles
strictes de la vie sociale (kanoun). On peut voir là encore un trait de la ment
alité berbère. Ces coutumes concernent aussi bien les règles de la bien
séance (particulièrement pointilleuses au Hoggar) que des attitudes plus
nettement morales : le courage, la noblesse, la fierté.
Place de la femme dans la vie sociale. — Comme dans les sociétés ber
bères, la femme joue un rôle très important en pays touareg. Non voilées,
les jeunes filles jouissent d'une grande liberté, elles animent les tindé, sorte
de cours d'amour, où elles perpétuent la tradition poétique et musicale du
Hoggar (quelques-unes jouent encore d'un violon monocorde, Yimzad, qui
était plus répandu autrefois). Malgré l'adoption de l'Islam, la monogamie
est une règle absolue chez les Touaregs. La targuia ne peut être mariée sans
son consentement ; elle peut prendre l'initiative du divorce ; elle reste pro
priétaire de ses biens propres (chèvres et chameaux) et gère parfois les biens
de la famille. On a parlé à tort d'un matriarcat : en fait il s'agit de filiation
matrilinéaire, c'est-à-dire que l'enfant reçoit le rang social de sa mère (noble,
vassale, esclave) et appartient à la tribu de sa mère, quelle que soit la qualité
de son père. De même le pouvoir politique se transmet par les femmes et
l'ancêtre commune des grandes tribus touarègues est une femme, Tin Hinan.
La société touarègue n'est pas en effet une société égalitaire, mais fondée
sur une hiérarchie rigide qui rappelle nettement la société féodale du moyen
âge.
IL — Une société a structure féodale
Chez les Touaregs, le métier de la guerre était avant la conquête française
l'activité essentielle et la plus considérée. Ils se donnent encore le nom
d'imohar, c'est-à-dire razzieurs, du verbe ohar : razzier. Le port d'armes
archaïques (l'épée, parfois la lance) devenues symboles de rang social, rap
pelle cette ancienne fonction guerrière. ANNALES DE GÉOGRAPHIE 606
Les Touaregs, les nobles surtout, ont un souverain mépris de tout travail
manuel. Aussi ont-ils besoin, pour les travaux quotidiens, des services de
quelques esclaves noirs (iklan), et bien des rezzous effectués jadis vers le Soudan
ou le Niger n'avaient d'autre but que de ramener quelques captifs. Dans un
pays aussi pauvre, les esclaves n'ont sans doute jamais été très nombreux,
certainement moins que chez les Maures voisins. Chaque campement possède
quelques bergers pour la garde des troupeaux, et deux ou trois servantes
pour la cuisine, la corvée d'eau et de bois. On ne compte actuellement pas
plus de 1 000 à 1 200 « serviteurs » dans les campements. Ils sont générale
ment bien traités, et souvent les vieux serviteurs sont intégrés au cercle
familial. Ils n'en représentent pas moins l'étage inférieur de la société, et
sont la propriété absolue de leur maître. L'affranchissement n'est pas inconnu
au Hoggar, mais, assez fréquent jadis, il tend à diminuer aujourd'hui. En
effet, l'arrivée des Français ayant mis fin au commerce des esclaves, ces
derniers ne se renouvellent plus que par accroissement naturel, et les Touaregs
se rendent compte du déclin qu'entraînerait pour eux la disparition de leurs
serviteurs.
Parmi les Touaregs eux-mêmes existent de grandes inégalités sociales.
L'ensembledes Kel Ahaggar (c'est-à-dire des habitants du Hoggar) forme
une confédération de tribus dirigées chacune par un amrar, tandis que
l'ensemble obéit à un chef unique, Г Aménokal. Mais ces tribus n'ont pas
au sein des Kel Ahaggar une place identique, ni un rang correspondant à
leur effectif. Il existe toute une hiérarchie héritée de l'époque féodale et fondée
sur la distinction fondamentale entre tribus nobles (ihaggarène) et vassales
(imrad). En outre dans chacune des deux catégories existe un classement
plus subtil qui fixe pour chaque tribu un rang plus ou moins considéré.
Les nobles étaient principalement des guerriers qui avaient la charge de
protéger la confédération. Leur subsistance était assurée par les imrad qui
s'occupaient des troupeaux et des caravanes et ne participaient qu'occasion
nellement à la guerre. Cette répartition en deux groupes diffère de celle des
Maures, autre société féodale, mais divisée en trois castes : guerriers, vassaux
et marabouts. Au Hoggar, la caste des tribus maraboutiques n'existe pas ;
les marabouts sont presque toujours venus de l'extérieur, individuellement
ou en familles isolées.
Les tribus nobles constituent la catégorie supérieure. Chacune dispose
d'une « clientèle » d'imrad qui lui verse un tribut (tioussé) en signe de vassal
ité. Tandis que les vassaux ont une zone de parcours bien délimitée, les tribus
nobles ont le droit de mener leurs troupeaux sur l'ensemble du territoire de
leurs vassaux. Partout ils sont reçus en hôtes et chaque grande famille noble
vit ainsi auprès d'un campement d'imrad dont elle reçoit de menus présents
(beurre, lait, chevreaux, ou encore une part du chargement à l'arrivée d'une
caravane). Les déplacements de campement des nobles sont ainsi nettement
plus variés puisqu'ils se rendent auprès de différents campements imrad
sans aucune règle fixe : ainsi les Kel Rela, qui à la fin du xixe siècle se trou- LA CONFÉDÉRATION DES NOMADES KEL AHAGGAR 607
vaient chez leurs vassaux du Sud de la Tefedest (PAmenokal résidait alors
à Idelès) campent aujourd'hui dans la région de Tamanrasset, soit à 150 km
plus au Sud.
Parmi les nobles, cette tribu des Kel Rela a une prééminence incontestée.
Elle a le droit au commandement de la confédération, puisque l'Aménokal
est par tradition choisi en son sein et élu à vie. Le mécanisme de ce choix
est un curieux mélange de deux traditions berbères pourtant opposées :
celle d'une société démocratique qui veut que l'ensemble des Touaregs
participe à l'élection du chef, mais aussi celle d'une société oligarchique qui
réserve le commandement à quelques familles influentes et qui restreint
l'éligibilité à quelques parents de l'Aménokal défunt. Le degré de parenté,
selon la coutume berbère, est établi par filiation matrilinéaire.
Les Kel Rela forment la principale tribu noble, avec un effectif d'environ
350 personnes et 350 serviteurs. Ils ont parmi leurs vassaux les tribus imrad
les plus riches et les plus nombreuses : les Dag Rali et les Adjoun Télé. Le
rang primordial que tiennent les Kel Rela au Hoggar ne semble pas justifié
par le nombre et l'importance de leurs exploits passés, puisqu'ils furent
fréquemment battus par les Chambas ou leurs rivaux, les Taïtoks, sans
oublier le combat de Tit (1902) où les Kel Rela se sont enfuis tandis qu'une
centaine d'imrads se faisaient tuer. Mais ils semblent s'être distingués surtout
par leur habileté tactique ou diplomatique, dans un pays où les guerres con
sistaient à tendre des embuscades ou à surprendre l'adversaire par un rezzou
bien organisé. Leur hégémonie était bien fragile et sans cesse remise en
question, en particulier par l'autre grande tribu noble, les Taïtoks, qui pre
naient périodiquement la tête du parti des opposants, groupés autour de
leur leader à la façon des çofïs de toute société berbère. C'est la France qui
a stabilisé ce fragile équilibre en obligeant la plupart des turbulents Taïtoks
à s'exiler au Soudan. Mais il subsiste au Hoggar quelques vassaux qui versent
encore leur tribut aux Taïtoks et certains même, comme les Kel In Tounine,
se reconnaissent à la fois les vassaux des Kel Rela et des Taïtoks.
Les Taïtoks, complètement désorganisés, ne sont plus qu'une trentaine
au Hoggar. Dans le Nord du pays, une autre tribu noble, les Tedjehé Mellet,
nettement déchus, ne compte plus également qu'une trentaine de membres.
Enfin environ 70 nobles des I foras vivent auprès des Kel Rela et sont reconnus
comme nobles par les Kel Ahaggar.
Les tribus vassales disposent chacune d'un territoire bien délimité qu'elles
considèrent comme leur propriété en échange du versement du tribut. L'amrar
distribue les zones de pâturage, mais il met parfois en défens les zones où il a
plu abondamment pour laisser à la végétation le temps d'arriver à maturat
ion. C'est à lui également que les Touaregs des autres tribus doivent
demander la permission de séjourner sur son territoire. En effet, les nobles
exceptés, aucun imrad ne peut mener son troupeau sur le territoire d'une
autre tribu sans le consentement de Гатгаг de celle-ci. De même les droits
de chasse (mouflons, gazelles) et de cueillette sont strictement réservés à la Toponymie
i. IMlOtK (nationsvoisines)
î.ATAKOR (regions)
i. Kel Reid (tribus)
li 4. In Amguel (lieux)
(InSalah)
\LIBYE
Oj a net
NIGER
.т.
**
>''
Ibotèriâten *' etlrrêguendten/ TAMESNA,-'
/
MALI
In O Abangarit \ ,-'
( Tahoua) (Zinder)
Fig. 1.
— 5, Signes Oued. topo graphiques : 1, Courbe de niveau. — 2, Falaise. — 3, Erg. — 4, Chaîne montagneuse.
Pâturages: 6, d'altitude. — 7, de piedmont. — 8, de plaine plus arrosée (bordure saharienne).
Points de ravitaillement : 9, Centre de Culture. — 10, Points d'eau. — 11, Greniers à mil.
Déplacements : 12, des troupeaux (déplacements irréguliers). — 13, Caravanes de sel. —
14, Caravanes pratiquant le troc de céréales contre des dattes. LA CONFÉDÉRATION DES NOMADES KEL AHAGGAR 609
tribu. Des pénalités très strictes sont prévues pour les contrevenants. De
même chaque tribu organise comme elle l'entend l'entretien des puits ou des
greniers où sont amassés bagages et provisions. Ce territoire forme le cadre
de vie de la tribu et chaque membre y est fortement attaché comme le pay
san à son terroir avec un sentiment qui rappelle celui des populations sédent
aires.
a) Les imrads les plus riches et les plus nombreux sont ceux qui habitent
le massif volcanique de l'Atakor, dont les ressources en eau (nombreuses
gueltas, centres de cultures importants) et en pâturages dépassent de beau
coup celles du reste du Hoggar. Les Dag Rali constituent la plus importante
de ces tribus. Relativement peu nombreux (300 Touaregs et 280 serviteurs —
ils perdirent plus de 60 guerriers au combat de Tit) ils tirent leur importance
de leur richesse en troupeaux et en jardins et de leur solide organisation
sociale. On trouve en effet chez eux l'ébauche d'un système communautaire,
par exemple pour l'organisation des caravanes, et l'entretien d'un troupeau
collectif (tobol) provenant des successions en déshérence, géré par l'amrar
et confié à des bergers, qui sert de réserve pour les fêtes importantes, le ver
sement d'un tribut à l'aménokal (chèvres), le renforcement des caravanes
ou les prêts de chameaux à la compagnie méhariste.
Cependant, à l'intérieur d'une même tribu, existent des inégalités nette
ment établies et les Dag Rali nous en fournissent un excellent exemple.
On distingue en effet chez eux quatre fractions dans la tribu. D'une part
les Kel Tamanrasset et les Kel Tarhenanet ont seuls la jouissance du troupeau
collectif et c'est parmi eux, en général, qu'est choisi l'amrar. D'autre part
les Kel Hirafok et les Kel Tagnert (appelés péjorativement « Imsiliten »)
n'ont pas droit à ces avantages, sauf ceux qui sont alliés par les femmes
aux deux fractions privilégiées.
Les Adjoun Téhélé et les Tédjéhé ri1 E 'fis sont plutôt des alliés que des
vassaux : ils ne sont arrivés au Hoggar qu'au xvine siècle pour se mettre
sous la protection des Kel Rela après s'être enfuis de l'Aïr échapper
à la domination du sultan d'Agadès. Ils paient un tribut aux Kel Rela
et ont pris place dans la hiérarchie légèrement au-dessous des Dag Rali.
Ils forment un groupe d'environ 600 Touaregs avec une centaine de serviteurs
et ont reçu un territoire sur le flanc Sud de l'Atakor qui s'avance en coin
entre les Dag Rali et les tribus de l'Est.
b) Les tribus de l'Est habitent une région moins élevée et plus sèche,
comme c'est la règle sur tous les versants orientaux des massifs du Sahara
central et méridional. Les centres de cultures, Tin Tarabine, Tazrouk, sont
moins nombreux et moins importants. Seuls les Alt Loen forment un groupe
de plus de 600 Touaregs, compensant la pauvreté des ressources locales par
une grande activité caravanière. Les autres tribus ont des effectifs bien
moindres : on peut citer par exemple les Kel Ghazzi (60 Touaregs) ou les
Iberdjan (16 Touaregs).
c) Au Nord, les conditions de vie sont encore plus dures et les groupes
humains squelettiques : dans toute la Tefedest et ses bordures vivent peut-
ANN. DB GÉOG. LXXIe ANNÉE. 39 610 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
être 300 Touaregs en petites tribus : les Kel Ohet, Kel Tefedest, Kel In Rar, etc..
D'autres s'accrochent aux bordures tassiliennes où l'écoulement plus concentré
des oueds permet des pâturages dans les gorges et sur les épandages. Là
vivent les Kel Amguid (69 Touaregs), Kel Immidir (170 Touaregs), et les
Kel Ahnet dans des conditions précaires. Ces Touaregs du Nord sont rassemb
lés sous le nom à'Issakamarène, groupe de tribus légèrement inférieures
qui semblent formées surtout d'Arabes amenés de force au Hoggar à la suite
de guerres avec le Tidikelt (xvme siècle ?) et qui ont reçu des pâturages au
Nord et à l'Ouest du Hoggar comme si les Touaregs avaient cherché à cons
tituer une zone tampon entre eux et les Arabes d'In Salah. Ces tribus sont
entièrement « targuisées », mais se distinguent par une meilleure connaissance
de l'arabe et de l'Islam.
d) Enfin, depuis la fin des guerres avec les Iforas et les Kel Aïr, avec la
pénétration française, deux tribus importantes, les Iboténaten et les Irrégue-
naten sont allées s'installer à 800 km plus au Sud, au Tamesna. Mais ils appar
tiennent toujours à la confédération des Kel Ahaggar et reconnaissent l'au
torité de l'Aménokal. Les plaines immenses du Tamesna sont nettement
plus arrosées et se couvrent de djirdjir, sorte de chou sauvage qui « donne
de la bosse » au chameau, et même ďalemouz (Aristida plumosa), pâturage
des bovins. La nappe aquifère est peu profonde et les puits sont nombreux.
En 1958 on comptait environ 800 Touaregs au Tamesna. Il s'agit là toutefois
d'une installation récente : à part un ou deux, tous les puits ont été forés
depuis 1917. Dans la région de Tamaya et In Abangarit, autrefois lieu de pas
sage des rezzous et contre-rezzous, se développe aujourd'hui une sorte de
« colonisation nomade ».
Ainsi, tandis que subsiste une hiérarchie féodale fondée sur les anciens
rapports de force entre tribus à l'époque de la pacification, et figée par l'arrêt
des combats, une autre échelle de valeurs se dessine de plus en plus nettement,
à base de richesse économique.
III. — Les moyens d'existence des Kel Ahaggar
Jusqu'au début de ce siècle, les Touaregs tiraient de l'état d'insécurité
une bonne part de leurs revenus. La guerre fournissait des ressources épiso-
diques mais importantes sous forme de butin, et d'autre part l'état d'insécur
ité assurait aux nobles un revenu moindre, mais régulier, sous forme de tribut
payé par les vassaux en échange de leur protection. Il ne subsiste aujourd'hui
que le tribut, assez symbolique parfois, mais qui, payé en nature, a l'avantage
de ne pas se dévaluer. Par exemple la riche tribu des Dag Rali paye chaque
année 4 plats (guess a) àe blé par jardin, 6 bouteilles de beurre (bottas),
6 guerbas (outres en peau de chèvre) et prête 10 brebis comme impôt sur ses
troupeaux. Enfin elle verse 12 sacs de dattes (mezoued) lors du retour des
caravanes. La tribu des Kel In Rar, nettement plus pauvre et moins nomb
reuse, verse 4 plats de blé par jardin et donnait en 1938 1 jeune chameau
et une guerba de dattes par an. Ces tributs sont versés à l'Aménokal et

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.