Le mouvement de la population aux États-Unis - article ; n°335 ; vol.63, pg 33-51

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Annales de Géographie - Année 1954 - Volume 63 - Numéro 335 - Pages 33-51
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1954
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Jacqueline Beaujeu-Garnier
Le mouvement de la population aux États-Unis
In: Annales de Géographie. 1954, t. 63, n°335. pp. 33-51.
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Beaujeu-Garnier Jacqueline. Le mouvement de la population aux États-Unis. In: Annales de Géographie. 1954, t. 63, n°335. pp.
33-51.
doi : 10.3406/geo.1954.14306
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1954_num_63_335_14306•

33
LE MOUVEMENT DE LA POPULATION
AUX ÉTATS-UNIS1
A Washington, au rythme des lampes de différentes couleurs, la machine
à enregistrer les variations de la population annonce une naissance toutes
les huit secondes, un décès toutes les vingt et une secondes, un immigrant
toutes les deux minutes, un emigrant toutes les 17 minutes. Elle a indiqué
le 10 août 1953, à 10 h. 2 mn. 7 s., que les États-Unis venaient d'avoir
160 millions d'hab. Il s'agit évidemment des « grands États-Unis », compren
ant, outre leur territoire propre, les dépendances : Alaska, Hawaï, Zone du
Canal, Guam, Porto- Rico, Samoa et îles Vierges américaines, etc. C'est sur
cet ensemble qu'a porté le recensement de 19502 qui dénombrait à ce moment
154 230 000 hab., tandis que les États-Unis, à proprement parler, n'en
comptaient que 150 697 361.
1. Bibliographie. — Un certain nombre d'ouvrages généraux permettent de replacer
l'évolution actuelle dans la perspective historique, et parmi eux : D. Pasquet, Histoire politique et
sociale du peuple américain, 1924-1931 ; A. Siegfried, Les États-Unis d'aujourd'hui, 1927 ;
M.-R. Reinhard, Histoire de la population mondiale, 1949 ; S. B. Clough, Histoire économique
des États-Unis, 1953 ; С Gill, Wasted manpower, 1939. — Sur des questions plus directement
démographiques, on citera l'ouvrage de W. F. Willcox, Studies in American Demography,
1940, mais il s'arrête pratiquement au commentaire de la période qui s'est achevée en 1930. —
L'étude de la population rurale est bien résumée dans E. de S. Brunner et J. H. Kolb, Rural
social trends, 1933, et dans J. H. Kolb et E. de S. Brunnek, A study of rural society, 1944. —
Sur la population urbaine, voir S. A. Queen et D. B. Carpenter, The American City, 1953. —
Certains aspects de l'immigration sont à prendre dans F. A. Walker, Immigration and degra
dation, 1891, et naturellement dans les ouvrages généraux cités ci-dessus. — Les mouvements
de population sont étudiés dans C. Goodrich, Migration and Economie opportunity, 1936;
N. Anderson, Men on the move, 1940 ; D. R. Jenkins, Growth and decline of agricultural village,
1940. — Sur la question noire, la mise au point fondamentale est le gros livre de G. Myrdal,
An American dilemma, the Negro problem and Modern democracy , 1944. Mais on pourra lire aussi
sur un aspect particulier, D. Bartens, Die Nordwanderung der Neger in U. S. A., 193G, ou
A. Rose, The Negro in America, 1944. — Pour les aspects régionaux, l'ouvrage essentiel est
celui de J. R. Smith et M. O. Phillips, North America, 1942, qui comprend une excellente
synthèse sur l'ensemble des États-Unis. Sur différents États, on pourra se reporter à J. D. Black,
The rural economy of New England, 1950 ; R. N. Richardson, Texas, 1943 ; E. J. Wickson,
Rural California, 1923 ; С. McWilliams, Southern California Country, 1946. — On signalera
encore, sur quelques points particuliers, des enquêtes comme celles de M. E. Perret, Les colonies
tessinoises en Californie, 1950, ou celle d'Indianapolis sur la fécondité des différents éléments de
la population, dont les conclusions ont été résumées par C. V. Kiser dans la revue Population,
1950 (p. 271). — En outre, il faut faire appel aux recueils statistiques et, parmi eux : Historical
statistics of the U. S. A., 1789-1945, 1949; volumes annuels du Statistical Abstract; rapports
du Public Health Service et du Department of Labor ; statistiques de la S. D. N. jusqu'en 1942 ;
bulletins mensuels de statistiques des Nations Unies ; 1950, United Stales Census of Population ;
Yearbook of Agriculture, en particulier celui de 1940, Farmers in a changing World ; The
Negro Yearbook. — Enfin, il est indispensable de lire quelques-uns des nombreux romans que les
écrivains américains ont consacrés à ces questions. Ils ont une valeur de témoignage ; aucune
statistique ne remplacera les pages admirables de Faulkner, S. Lewis, Galdwell, Steinbeck.
2. Les recensements américains ont lieu tous les dix ans ; le premier date de 1790 et le dernier
de 1950. La méthode employée est beaucoup plus sujette à erreurs que celle du recensement
français. En effet, l'opération est faite progressivement, par une série d'équipes, à partir d'une
date donnée. Depuis 1930, cette date est celle du 1er avril : en 1950, les deux tiers de la populat
ion seulement avaient été dénombrés à la mi-avril et les neuf dixièmes à la fin du mois. 11 y a
donc plusieurs possibilités d'erreur, par suite des déplacements d'individus et, en dépit des ins
tructions, à cause des naissances ou des décès qui interviennent pendant que les opérations sont
en cours.
ANN. DE GÉOG. LXIII» ANNÉE. 3 34 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
Population étonnante par son rythme d'accroissement — qui l'a fait
passer de 3 900 000 individus en 1790 à 23 191 000 en 1850, 76 000 000 en
1900 et 122 000 000 en 1930 — , et par son pouvoir d'assimilation — puisqu'elle
s'est révélée, suivant l'expression de Mr André Siegfried, le plus extra
ordinaire melting-pot du monde et que s'y coudoient des hommes venus de
toute l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique et même quelques Indiens, descendants
bien raréfiés des anciens occupants — cette tranche d'humanité s'est
longtemps gonflée par l'apport des autres continents. Des foules sont venues,
s'enfonçant toujours plus à l'Ouest, pour conquérir le Nouveau Monde, puis
pour prendre leur part de richesses qu'elles imaginaient fabuleuses et qu'elles
souffraient de plus en plus de ne pas rencontrer suffisamment chez elles.
Tout cela est le souvenir d'un passé qui s'est achevé avec la première guerre
mondiale : l'image des États-Unis, terre accueillante, terre promise, a fait
place à celle, plus actuelle, d'un « monde fini », pareil à tous les autres, d'un
pays difficile d'accès où les hommes se sentent assez nombreux, parfois déjà
trop1.
I. — Le dynamisme interne
150 697 000 habitants en 1950, contre 131 669 000 en 1940 : tels sont les résul
tats des deux derniers recensements. Ils font ressortir un accroissement de
19 millions d'individus, c'est-à-dire de 14,5 p. 100. Cette augmentation est
la plus forte en valeur absolue qui ait jamais été enregistrée sur ce territoire.
Mais, si l'on considère le pourcentage d'accroissement, on s'aperçoit, au
contraire, qu'il a subi une diminution constante : de 1790 à 1860, il attei
gnit en moyenne 33 p. 100 ; de 1860 à 1890, il se situa aux environs de 25 p. 100,
puis descendit à 20 p. 100 entre 1890 et 1910, à 15 p. 100 de 1910 à 1930.
Le pourcentage d'accroissement constaté de 1940 à 1950 est donc le plus
faible de toute l'histoire démographique des États-Unis, à l'exception toute
fois de la décennie de crise 1930-1940 où il se limita à 7 p. 100.
Cependant, cet accroissement récent est remarquable plus encore par ses
causes que par son chiffre. En effet, il ne traduit plus l'appel d'un pays
jeune, à la terre vide et pleine de promesses, offerte à ceux qui la mettraient
en valeur, d'un pays lançant par la voix d'Abraham Lincoln, peu de temps
avant la guerre civile, la promesse fameuse : « Oncle Sam a une ferme pour
chacun de nous. » La terre a été occupée, défrichée, exploitée bien ou mal,
très différemment en tout cas de ce à quoi nous sommes habitués en Europe :
l'ouverture de Г Oklahoma, en 1889, marque la fin de l'abondance des terres.
Et, maintenant, il y a beau temps que l'augmentation démesurée des grandes
propriétés mécanisées ou l'épuisement des sols ont fait que la terre chasse,
chaque année, plus de ruraux qu'elle n'en attire. Quant aux rushes specta
culaires des chercheurs d'or, par exemple, dont l'afflux a contribué à faire
quadrupler la population californienne entre 1850 a et 1860, ils sont du
1. Voir William Vogt, La faim du monde, Paris, Hachette, 1950 ; Fairfield Osborn, La
planète au pillage, Paris, Payot, 1949.
2. La Californie fut organisée en État à partir de 1850, au moment de la division des terres MOUVEMENT DE LA POPULATION AUX ÉTATS-UNIS 35
domaine du passé. Les besoins des cités industrielle* eux-mêmes s'apaisent :
les premiers résultats du fordisme, d'abord1, ont amené une régression de la
demande de main-d'œuvre, dès 1913, puis, au cours du premier conflit
mondial, l'habitude s'est généralisée de s'adresser aux Noirs des États du
Sud2. Les États-Unis se sont donc trouvés en 1917, au moins autant pour
des raisons économiques que pour les motifs de difficultés d'assimilation que
l'on évoque trop souvent seuls, devant la nécessité de réglementer, puis de
contingenter l'immigration3. Ainsi a été presque tari ce grand flot qui,
depuis 1840 4, a déversé 38 millions d'hommes outre-Atlantique. Flot irrégul
ier, mais libre, subissant à la fois l'effet des fluctuations économiques
des points de départ et du secteur d'arrivée. Si la dispersion et la variété des
premiers permettaient certaines compensations, au contraire, les variations
des conditions économiques aux États-Unis avaient une répercussion géné
rale et immédiate et provoquaient un gonflement de l'immigration au moment
des périodes de prospérité et un effondrement, lors des crises.
Quelle a été l'importance de cette immigration massive dans le déve
loppement de la population? Les opinions les plus variées ont eu cours.
Certains Américains sont allés jusqu'à nier son rôle d'accroissement, pour
ne lui prêter qu'une influence de substitution : elle aurait paralysé l'évolution
normale des anciens occupants, accaparant l'espace et les possibilités d'emploi
et provoquant un ralentissement du taux de natalité autochtone6. Des études
récentes montrent que, en réalité, l'immigration a joué un rôle proportionnel
dans l'accroissement démographique et que ce rôle, de plus en plus limité,
a été certain, mais n'a pas annulé celui de l'accroissement naturel sur place
(tableau I, p. 36). En plus de ce rôle, marqué dans les chiffres de l'accroissement
démographique immédiat, l'immigration a eu une importance considérable
par la combinaison économico-démographique qu'elle a permis : elle a amené
des êtres en pleine force, pour lesquels aucune dépense préalable de l'État
bénéficiaire n'était intervenue, des êtres en majorité jeunes (en moyenne
plus des deux tiers des arrivants entre 16 et 45 ans et les neuf dixièmes
au-dessous de 45 ans) qui produisaient immédiatement et qui, d'autre part,
acquises sur le Mexique en 1848. Elle comptait alors 92 597 hab. et l'or y avait été décou
vert depuis 1849 ; en 1860, on y dénombra 379 994 occupants. Elle compte actuellement
10 586 223 hab.
1. Voir S. B. Clough, Histoire économique des États-Unis, Paris, P. U. F., 1953 (voir p. 46)
2.D. Bartens, Die Nordwanderung der Neger in U. S. A., Diss. Berlin, 1936.
3. L'immigration aux États-Unis s'est heurtée progressivement à des réglementations de
plus en plus strictes qui frappèrent d'abord les Chinois (lois de 1868 à 1882), les Japonais (1907),
puis les Blancs : en 1917, conditions d'immigration (on exige notamment que l'individu soit de
race blanche ou africaine, qu'il sache lire, possède 50 dollars, ne soit ni polygame, ni prostituée,
ni criminel, qu'il ne soit pas atteint de tuberculose, ni aliéné, ni alcoolique) ; en 1921, la première
loi des quota fixe le pourcentage d'admissions à 3 p. 100 des individus de chaque nationalité en
prenant pour base le recensement de 1910 ; la deuxième loi des quota en 1924 renforce le système
(2 p. 100 et, comme base, recensement de 1890, c'est-à-dire d'une période où l'immigration
anglo-saxonne était nettement prépondérante) ; en 1924, également, interdiction de toute
immigration asiatique. — En 1928, limite totale absolue à 150 000 entrées par an.
4 Voir M.-R. ReÍnhard, Histoire de la Population mondiale de 1700 à 1948, p. 345 ; —
W. E. Wilcox, Studies in American Demography, p. 404. 51 000 entrées avant 1840, d'après
Stat. Rev. of Immigration, 1820-1910, 1911, p. 5.
5. F. A. Walker, Immigration and Degradation (Forum, 1891). 36 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
conservaient une fécondité exceptionnelle, plus élevée que celle des autoch
tones.
Elle a donc contribué, à la fois, à favoriser l'essor économique des États-
Unis et leur développement démographique.
Le ralentissement de ce mouvement s'est marqué immédiatement dans
le rythme de la croissance Elle n'a atteint que 7 p. 100
entre 1930 et 1940, plus mauvaise période d'avant-guerre pour l'immigration,
répondant à la grande crise économique et à ses séquelles1. Ce taux n'a
rien de surprenant, car il correspond à peu près au pourcentage d'accroiss
ement naturel qu'on aurait obtenu pour d'autres périodes en ne tenant pas
compte des apports directs et indirects de l'immigration2 ; au contraire,
l'augmentation de 14,5 p. 100 de 1940 à 1950 est beaucoup plus élevée.
Tableau I
Rôle direct de l'immigration dans la croissance de la population.
Périodes Mouvement naturel Immigration
1870-1880 71,5 p. 100 28,5 p. 100
1880-1890 57,1 — 42,9 —
1890-1900 68,5 — 31,5 —
1900-1910 58,2 — 41,8 —
1910-1920 64,4 — 35,6 —
1920-1930 77,6 — 22,4 —
1930-1940 94,1 — 5,9 —
1940-1950 94,6 — 5,4 —
A quoi cela tient-il?
L'immigration est restée faible surtout entre 1941 et 1945. Au total,
entre 1940 et 1950, seulement 1 035 039 nouveaux venus sont entrés aux
États-Unis. Non ce chiffre est peu élevé, analogue à celui du
début de la période d'immigration, mais, de plus, la qualité des immigrants
a changé. Beaucoup de ceux qui viennent d'être admis sont des réfugiés
chassés de l'Europe par la guerre, issus de milieux bourgeois et intellectuels.
Ils ne représentent pas les mêmes éléments que dans le passé. Les Allemands
y ont tenu, surtout en 1949 et 1950, de loin la première place 3. Le nombre des
hommes, qui formaient l'élément dominant des anciennes vagues d'immigrat
ion, est devenu inférieur à 50 p. 100 des effectifs et la composition par
âges accuse un net vieillissement4.
1. 1930-1940 : 528 431 immigrants.
2. 1900-1910 : accroissement total, 21 p. 100, soit 16 000 000, sur lesquels 7 500 000 sont dus
directement à l'immigration.
3. En 1949, 188 317 entrées, dont 28 p. 100 d'Allemands.
— 1950, 249 187 — — plus de 50 p. 100 d'Allemands.
Ensuite viennent les Canadiens et les Anglais ; à souligner l'importance générale du noyau
américain dont l'apport se maintient aux environs de 50 000 individus par an.
4. Le pourcentage des hommes décroît sans cesse par rapport au total, depuis 1910 où il a
atteint son maximum : 1910, 63 p. 100 ; 1920, 61,3 p. 100 ; 1948-1950, 45 p. 100. — Le nombre
des individus de moins de 16 ans se maintient à peu près régulièrement autour de 17 p. 100, le
nombre des individus de plus de 45 ans augmente sans cesse : 8,3 p. 100 en 1900 ; 13,2 p. 100 en
1930 ; 17 p. 100 en 1948-1950. •
MOUVEMENT DE LA POPULATION AUX ÉTATS-UNIS 37
Quant à l'émigration, elle est à peu près égale à ce qu'elle était avant
la guerre et il ne faut pas chercher, dans ce facteur-là non plus, une explica
tion à la situation actuelle.
C'est en réalité le dynamisme interne de la population qui est directement
responsable de l'accroissement démographique. Pour la période considérée,
l'accroissement naturel moyen pour les États-Unis est voisin de 12 p. 100
et général de 14,5 p. 100.
Contrairement à la tendance enregistrée au cours des années qui ont
précédé 1940, et dément
ant toutes les études
25 générales sur la natalité
aux États-Unis faites 20 /
•■"■•-..s jusqu'à cette date, le 15
nombre des naissances
10 s'est accru progressiv
5 ement depuis 1941 jus
qu'en 1947 où il est passé ___ 3 1 2 25
par un taux maximum Г \
de 25,7 p. 1 000. Cet
15 accroissement, d'abord
\ /v. modéré jusqu'en 1945, lu
i ■ s'est accéléré à partir de 5 /^ — ' \ 1946 en liaison avec la 0
1929 31 33 35 37 39 <И 43 45 47 49 51 S3 fin des opérations mili
taires et un taux de Fig. 1. — Chômage, natalité et nuptialité aux États-
Unis, de 1929 à 1952, d'après les annuaires internatinuptialité exagéré com
onaux et le Statistical Abstract. pensateur du retard dû
1, Chômage. — 2, Nuptialité. — 3, Natalité. Les variations au conflit ; il se main- de la courbe de nuptialité enregistrent immédiatement celles
tient actuellement à un du chômage : celles de la natalité sont décalées d'un an. Les
variations du chômage, fait purement économique, sont plus niveau de 24 p. 1 000.
brutales que celles des faits démographiques. Les phénomènes L'augmentation de proprement liés aux épisodes militaires exagèrent ou modif
la natalité a été géné ient certaines tendances des courbes de nuptialité et natalité
(voir 1946-1947). rale dans tous les États
de l'Union. Elle est liée
à un taux de nuptialité très élevé oscillant aux alentours de 11 p. 1 000 x
et, en partie, dû à la structure par âges de la population, qui comporte une
forte proportion d'adultes. Ce grand nombre d'adultes est en rapport à
la fois avec la forte natalité qui a suivi la première guerre mondiale jusqu'en
1924 et plus généralement avec la masse considérable d'immigrants venus
aux États-Unis entre 1901 et 1914, soit 13 000 000. Ces nouveaux-
appartenaient à des nationalités particulièrement prolifiques qui main-
1. Il ne faut pas oublier aussi que le taux de divorce et de «remariage », particulièrement
élevé aux États-Unis, contribue à augmenter pour un nombre donné d'habitants le taux de
nuptialité. Dans les grandes villes, 19 p. 100 des ménages étaient divorcés en 1930; dans les
petites villes. î't,7 p. 100 ; dans les campagnes, 8,1 p. 100. Taux moyen annuel, 17 p. 100 mariages. ■

38 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
tiennent une fécondité plus élevée pendant un certain temps, et en tout cas,
certainement pendant la première génération. Ceci représente une conjonc
ture favorable, mais le fait déterminant de cet accroissement du taux de
natalité pourrait, il me semble, être lié à l'évolution des conditions écono
miques : la guerre et la période d'après-guerre ont déterminé une ère de
prospérité qui s'est affirmée par le plein emploi, la disparition générale du
chômage1, etc. ; les Ëtatsuniens se sont ainsi trouvés, contrairement à ce qui
s'était passé au cours des années 30, devant des perspectives économiques
encourageantes (fig. 1).
Tableau II
Taux de natalité et de mortalité et nombres des naturalisations
dans les différente États <Le l'Union. Moyenne des années 1940-1950.
l'État* * RTALITÉ TALITÉ* -M < Ъ -M LIT Rang
■< E-l H te 03 «J * H ■< 3 ■< H о О H a a
28 8,1 120 Nebraska 21,4 9,7 45 Alabama 23 140
26,4 10 22 Arizona 22 310 Nevada 11,3 39 90
8 20,1 Arkansas 22,6 45 New Hampshire . . 12,1 40 340 48
California 21,8 10,2 9 300 Jersey 19,7 10,7 8 3 800 1 28» 23,4 10,9 33,6 10,2 Colorado 25 310 New Mexico 110
Connecticut .... 20 10,2 20 1820 York 18 11,3 2 22 000
Delaware 22,8 11,6 85 North Carolina . . 27,2 8 14 130 38
23,2 10,4 Dakota. . . . 26,8 9,2 Florida 6 950 47 120
21,4 Georgia t 26,9 9,5 18 130 Ohio 10,8 5 2 100 26 - Idaho 9,1 90 Oklahoma 21,6 8,5 135 37 49
Illinois 20,4 3 300 Oregon 20 9,5 15 11,3 7 420
20,4 Indiana 22 10,8 13 495 Pennsylvania 10,9 11 2 550
Iowa 21,2 10,3 260 Rhode Island 21,2 11,1 35 34
20,5 170 South Carolina . . 28 9,2 24 Kansas 9,9 31 60
25,8 10,3 33 110 Dakota . . . 25 9,6 44 60 Kentucky
Louisiana. 26,4 9,4 290 Tennessee 24,2 9,5 16 80 19
Maine 510 Texas 25,2 8,9 3 22,8 11,8 36 1030
Maryland 23,3 10,9 12 510 Utah 29 7,9 30 120
Massachusetts. . . 19,8 11,2 17 4 820 Vermont 23,2 12,1 43 250
Virginia 25,6 10 Michigan 22,8 9,5 4 3 450 9,9 310
Minnesota ...... 22,9 9,6 26 590 Washington 21,6 10,1 9 1200
Mississippi ..... 28,6 9,7 50 West Virginia . . . 25,6 9,3 32 170 46
480 22,8 21 Missouri 20,2 11,4 27 Wisconsin 10,3 680
Montana 26 11,5 42 175 23,8 8,6 41 50 Wyoming
1. Ce tableau fournit des données permettant de juger la différence entre les facteurs
d'évolution démographique des États de l'Union.
2. Les taux de natalité et de mortalité représentent la moyenne calculée pour 1940-1950.
3. Rang de l'État pour l'accroissement démographique entre 1940 et 1950. — Les quatre
nombres en caractères gras indiquent une diminution de population.
4. Nombre moyen de naturalisations pour la période 1948-1950, susceptible de donner
une idée de l'afflux des étrangers dans les différents États.
5. Le numéro 29 est celui du District de Columbia qui renferme la capitale fédérale
et qui n'est pas mentionné dans ce tableau.
1. On a évoqué, tout récemment, également des conditions psychologiques nouvelles :
changement dans la mentalité des femmes américaines, réaction de vitalité en face de la puissance
soviétique, etc. MOUVEMENT DE LA POPULATION AUX ÉTATS-UNIS 39
En considérant la natalité dans chacun des différents États, pour la
période qui va de 1940 à 1950, on s'aperçoit qu'elle varie considérablement :
les taux les plus élevés se rencontrent dans le Sud et dans certains départe
ments à prédominance nettement rurale ; l'État où le taux est le plus élevé
est le Nouveau-Mexique, avec sa forte proportion de Mexicains prolifiques ;
dans d'autres États du Sud, Alabama, Lousiane, Mississipi, c'est le pour
centage important de Noirs qui contribue à relever le taux de natalité. Dans
le reste du territoire, le Dakota du Nord arrive en tête, c'est-à-dire le plus
rural des États de l'Union1. Certains groupes ont, au contraire, un taux de
natalité d'ensemble très faible par rapport à la moyenne nationale : ce sont
généralement les États du Nord et de l'Ouest, dans lesquels les exceptions
semblent pouvoir s'expliquer par des conditions humaines particulières :
ainsi les taux élevés de l'Utah et de Pldaho seraient, en partie tout au moins,
le résultat de l'influence des Mormons2 (voir tableau II).
Si, poussant plus loin, on essaie de résumer les conditions qui déterminent
des variations mineures dans la natalité, il faut faire intervenir des éléments
raciaux, sociaux et religieux.
Le taux de natalité est plus élevé chez les Noirs que chez les Blancs, et
spécialement chez les Noirs qui sont restés dans le Sud des États-Unis8.
Il s'agit là, à la fois, d'une influence raciale et d'un caractère social, puisque
le niveau de vie de ces Noirs est généralement plus bas que celui des Blancs
et que, aux États-Unis comme dans les autres pays, on constate une diminut
ion du taux de natalité à mesure qu'augmente le revenu individuel, tout au
moins jusqu'à un niveau élevé à partir duquel la loi se vérifie moins nette
ment4. D'autre part, la fécondité des Blancs est variable suivant leur origine :
elle est plus élevée chez les femmes nées hors des États-Unis, mais c'est un
phénomène dont l'importance est en nette régression avec la grande dimi
nution de l'immigration5 ; cependant, le maintien d'un taux de fertilité
plus élevé pendant plusieurs générations est un fait constaté.
Une autre grande différence est liée à la nature de la population, urbaine
ou rurale : de 1900 à 1930, le nombre des personnes par familles a diminué
de 11 p. 100 dans les grandes villes, de 3 p. 100 dans les petites villes, alors
qu'il augmentait de 3 p. 100 dans les fermes. Les campagnes elles-mêmes
offrent des variations extrêmement nuancées : dans la région de Des Moines e,
le nombre des enfants augmente proportionnellement à l'éloignement du
centre urbain et plus rapidement dans les districts où la terre est meilleure.
Aussi la population n'a-t-elle pas la même composition par âges : les enfants
de moins de 10 ans sont d'autant plus nombreux qu'on s'éloigne davantage de
la ville, de même que les individus de plus de 45 ans; au contraire, les
adultes de 21 à 45 ans sont plus nombreux dans les régions urbaines. Dans
1. 26,6 p. 100 seulement de population urbaine en 1950.
2. Voir W. F. Willcox, ouvr. cité, p. 287.
3. G. Myrdal, An American Dilemma, New York, 1944, p. 161 et suiv.
4. M.-R. Reinhard, ouvr. cité, p. 376.
5. W. F. Willcox, cité, p. 284.
6. Б. de S. Brunner et J. H. Kolb, Rural social trends, New York, 1933. 40 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
les campagnes, on constate que les familles des propriétaires de fermes
diminuent lentement, mais un peu, tandis que celles des locataires ou, mieux
encore, des ouvriers agricoles s'accroissent : autre fait à mettre en rapport
avec les variations du revenu individuel.
Il n'est donc pas étonnant que la population rurale1 des États-Unis,
dont la proportion diminue sans cesse, renferme cependant encore plus de
la moitié des enfants de moins de 16 ans2.
Enfin, la religion elle-même intervient pour contribuer à nuancer les
faits démographiques : diverses enquêtes3 ont permis de déterminer que la
fécondité des couples catholiques était supérieure à celle des ménages
protestants ou israélites ; quand les deux conjoints sont de religion diffé
rente, le nombre des enfants est diminué. Les ménages de membres du clergé
protestant ont moins d'enfants (diminution de 5 p. 100 de 1900 à 1930) et la
diminution de leurs familles se situe à mi-chemin entre celle des professions
libérales (diminution maximum) et celle des ouvriers non qualifiés (respe
ctivement 10 et 11 p. 100).
L'ensemble de ces considérations contribue à donner à chaque région sa
physionomie propre. Mais il ne faut pas négliger de rapprocher les variations
du taux de natalité de celles du taux de mortalité : en effet, certains États,
tel le Nouveau-Mexique, qui ont une natalité considérable, ont aussi une
mortalité infantile très importante4 qui freine leurs possibilités d'accroissement
naturel.
Pour l'ensemble des États-Unis, entre 1940 et 1950, le taux de mortal
ité s'est élevé à 10,2 p. 1 000, d'après les statistiques. Les États où il est
le plus fort sont le New Hampshire et le Vermont où il dépasse 12 p. 1 000 et,
ensuite, viennent la plupart des États du Nord-Est. La mortalité est moyenne
dans l'ensemble des États du Nord et de l'Ouest, alors qu'on trouve les
chiffres les plus bas dans des États du Sud comme l'Alabama, l'Arkansas,
la Caroline du Nord, l'Oklahoma, le Texas.... L'État qui est affecté du taux
le plus faible est Г Ut ah où la mortalité n'atteindrait pas même 8 p. 1 000.
Cette répartition surprend, car elle ne répond guère aux idées et aux
connaissances que l'on a du niveau de vie et des conditions d'hygiène dans les
différentes régions. Au contraire, on constate un rapport frappant entre
les possibilités de précision du contrôle administratif et les variations du taux
de mortalité. Il semble bien que, comme cela avait été déjà prouvé pour la
période antérieure à 1930 6, les statistiques de la mortalité aux États-Unis
soient gravement entachées d'erreur dans les États faiblement peuplés de
1. Est dite population rurale aux États-Unis celle qui réside dans des agglomérations inf
érieures à 2 500 individus, soit 54 millions d'après la nouvelle définition du recensement de 1950.
2. J. H. Kolb et E. de S. Brunner, Study of Rural Society, Washington, War department,
1944, p. 206.
3. J. H. Kolb et E. de S. ouvr. cité. Enquête d'Indianapolis sur la fécondité,
dont un compte rendu a été donné dans la revue Population par Clyde V. Kiser, 1950, p. 271.
4. Mortalité infantile du Nouveau-Mexique : 63,2 p. 1 000 pour les Blancs ; 165,2 p. 1 000
pour les non-Blancs ; elle a baissé de 30 p. 100 depuis 1940. A noter que la mortalité générale
serait faible, égale à la moyenne de celle des États-Unis, d'après les statistiques.
5. Voir W. F. Willcox, ouvr. cité, p. 204 et suiv. MOUVEMENT DE LA POPULATION AUX ÉTATS-UNIS 41
Fig. 2. — Excédent du taux de natalité par rapport au taux de mortalité
(moyenne 1940-1950).
1, 20 p. 100 et au-dessus. — 2, 16 à 20 p. 100. — 3, 13 à 16 p. 100. — 4, 9 à 13 p. 100.
5, Moins de 9 p. 100.
Fig. 3. — Variations de la population par États, d'après les recensements de 1940 et 1950.
A. Accroissement : 1, de 20 p. 100 et au-dessus ; 2, de 10 à 20 p. 100. — 3, de 0 à 10 p. 100.
B. Diminution de 0 à 4,4 p. 100.

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