Les formations socio-spatiales ou la dimension infra-régionale en géographie - article ; n°526 ; vol.94, pg 661-689

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Annales de Géographie - Année 1985 - Volume 94 - Numéro 526 - Pages 661-689
Socio-spatial formations (S.S.F.'s) are a methodological tool and in an operational perspective, define coherent geographical units of micro-regional extent, allowing a decentralised and whese possible autonomous framework for planning and development. Like buildings with an infrastructure and a superstructure which are determined, though not exclusively so, by their economic substrate, S.S.F.'s, through their own configuration, also condition the social practices and relationships which take place within them. They do not however prevent a certain freedom of social relationships and productions, since clearly the individual history of social actors and the highly personal way in which they interiorise their environment guarantee the variety of behaviour patterns and modes of producing space.
Outils méthodologiques, les formations socio-spatiales (F.S.S.) définissent, dans un but opérationnel, des unités géographiques cohérentes, de taille micro-régionale, autorisant une pratique décentralisée et si possible autonome de l'aménagement/développement. Comparables à des édifices comportant une infrastructure et une superstructure, déterminées quoique sans exclusive par leur substrat économique, les F.S.S. s'emboîtent selon un ordre hiérarchique, des plus élémentaires aux plus complexes. Entités indissociables des Etats auxquels elles appartiennent, les F.S.S. conditionnent aussi par leur configuration propre la nature des pratiques et des rapports sociaux qu'elles abritent. Elles n'interdisent pas pour autant une certaine liberté des relations et des productions sociales, tant il est vrai que l'histoire individuelle des acteurs sociaux et la manière très personnelle avec laquelle ils intériorisent l'actualité garantissent la variété des comportements et des modalités de la production de l'espace.
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1985
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Guy Di Méo
Les formations socio-spatiales ou la dimension infra-régionale
en géographie
In: Annales de Géographie. 1985, t. 94, n°526. pp. 661-689.
Abstract
Socio-spatial formations (S.S.F.'s) are a methodological tool and in an operational perspective, define coherent geographical
units of micro-regional extent, allowing a decentralised and whese possible autonomous framework for planning and
development. Like buildings with an infrastructure and a superstructure which are determined, though not exclusively so, by their
economic substrate, S.S.F.'s, through their own configuration, also condition the social practices and relationships which take
place within them. They do not however prevent a certain freedom of social relationships and productions, since clearly the
individual history of social actors and the highly personal way in which they interiorise their environment guarantee the variety of
behaviour patterns and modes of producing space.
Résumé
Outils méthodologiques, les formations socio-spatiales (F.S.S.) définissent, dans un but opérationnel, des unités géographiques
cohérentes, de taille micro-régionale, autorisant une pratique décentralisée et si possible autonome de
l'aménagement/développement. Comparables à des édifices comportant une infrastructure et une superstructure, déterminées
quoique sans exclusive par leur substrat économique, les F.S.S. s'emboîtent selon un ordre hiérarchique, des plus élémentaires
aux plus complexes. Entités indissociables des Etats auxquels elles appartiennent, les F.S.S. conditionnent aussi par leur
configuration propre la nature des pratiques et des rapports sociaux qu'elles abritent. Elles n'interdisent pas pour autant une
certaine liberté des relations et des productions sociales, tant il est vrai que l'histoire individuelle des acteurs sociaux et la
manière très personnelle avec laquelle ils intériorisent l'actualité garantissent la variété des comportements et des modalités de
la production de l'espace.
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Di Méo Guy. Les formations socio-spatiales ou la dimension infra-régionale en géographie . In: Annales de Géographie. 1985, t.
94, n°526. pp. 661-689.
doi : 10.3406/geo.1985.20352
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1985_num_94_526_20352Gèo no 526 1985 Ann
Les formations socio-spatiales
ou la dimension infra-régionale
en géographie
Professeur Université de Pau U.A Guy 911 DI C.N.R.S MEO
installation de la crise dans notre système socio-économique
depuis plus une décennie les effets du changement social et
dans le cas de la France la promotion récente de mesures de
décentralisation administrative et politique posent avec une acuité
particulière le problème des échelles géographiques de aménage
ment Ajoutons que la mise en uvre de nouvelles modalités du
développement économique fondées sur un renouveau de auto
nomie locale impose la définition une nouvelle dimension de
espace institutionnel de aménagement pays quartier micro
région ou plus largement territoire
Les recherches en géographie science politique et sociale se
focalisent sur deux dimensions privilégiées de espace situées aux
deux extrémités des échelles de référence les grands espaces du
type de la zone de aire de la nation et de la région les lieux
de individu et du quotidien La géopolitique des blocs et des
Etats étude des grandes zones politico-économiques mais aussi
des régions héritières de histoire et articulées sur les réseaux
urbains figurent au palmarès une recherche géographique fort
active singulièrement renouvelée Placée dans le sillage une étude
traditionnelle des genres de vie inaugurée par la géographie
humaine puis reprise par la sociologie sous appellation de modes
de vie vie quotidienne quotidienneté approche des pratiques
sociales de espace permet un riche courant de la socio-géographie
de prospecter les territoires du quotidien ANNALES DE GEOGRAPHIE 662
Entre ces deux échelles les nécessités de aménagement et du
développement exigent la prise en compte de dimensions inter
médiaires globalement répertoriables sous la rubrique du territoire
de la localité du quartier ou de la micro-région La justification
de cette troisième dimension des cadres de analyse géographique
réside deux niveaux distincts insuffisance voire inadaptation
aux conditions de la vie socio-économique actuelle des structures
administratives et politiques de espace fran ais indispensable
mobilisation notamment dans les aires déprimées de ensemble
des ressources et des potentialités sociales en vue un dévelop
pement novateur. Entreprise qui passe obligatoirement par la
délimitation un referentiel géographique cohérent et solide
Au plan politico-administratif les structures traditionnelles
commune département région ne répondent plus que médiocre
ment aux aspirations sociales économiques ou culturelles de la
population Elles ne parviennent plus exercer cette médiation
essentielle entre les impulsions centrales politiques économiques
et sociales du système national et invention du quotidien
laquelle aspirent les acteurs sociaux Loin de résoudre comme
dans un récent passé la contradiction qui naît dans toute société
de la confrontation du général et du particulier les structures
politico-administratives multiplient les blocages est que la hié
rarchie des pouvoirs politiques accommode mal initiatives
venant de la base elle supporte très mal offensive sur les thèmes
de aménagement et du développement menée par des groupes
sociaux élémentaires recomposés pour la circonstance En ville la
commune ne signifie plus grand-chose dépassée par échelle de
agglomération au niveau de laquelle se posent les véritables
problèmes de aménagement urbain elle efface souvent devant
les aspirations qui naissent échelon du quartier et qui visent
rien moins changer la vie travail équipement univers
culturel et social la campagne il agit de regrouper les
dernières forces vives afin de lutter contre une pseudo-rationalité
qui pousse au départ et abandon activités estimées peu
rentables la commune constitue un cadre trop étroit trop restrictif
La A.TA.R. au milieu des années 1970 avait vu juste en
proposant la formule du pays regroupement de communes et de
cantons en tant assise territoriale un nouveau développement
local hui idée des chartes intercommunales de déve
loppement et aménagement comme la politique des contrats
régionaux de développement économique ou de revitalisation vont
dans ce sens Mais en donnant plus de pouvoir aux élus commu
naux et départementaux les nouvelles lois sur les libertés locales
et la décentralisation ne trahissent-elles pas espoir une véritable FORMATIONS SOCIO-SPATIALES 663 LES
autonomie sociale1 En outre il existe notamment au sud de
Aquitaine et au nord de Espagne des espaces micro-régionaux
profondément marqués par la crise contemporaine mais où la
dépopulation pas encore atteint un stade irréversible Ces
micro-régions fortes traditions communautaires conservent encore
un sentiment de destinée collective que concrétisent et là des
projets de développement Ils constituent un milieu toujours vivant
où les résistances sociales culturelles et économiques sont encore
manifestes Aragon Beam Navarre Pays Basque etc. Or de
toute évidence la mise en uvre de politiques publiques assis
tance pas produit ici en ces lieux les effets escomptés
Instance de médiation effectuant des interventions anonymes et
sectorielles Etat-Providence annihilerait-il pas les solidarités
sociales et ne renforcerait-il pas les processus de segmentation et
de déresponsabilisation du corps social Ce sentiment de faillite
ou tout au moins de remise en cause des modalités de action
publique fait objet depuis quelques années une prise de
conscience au niveau des sphères politiques et administratives
centrales de Etat où ces nouvelles modalités de intervention
publique politique récente de développement des quartiers ou
politique plus ancienne de des pays En effor ant
intégrer tous les domaines de la vie économique et sociale
emploi habitat loisirs culture etc.) en les saisissant dans leurs
interrelations et dans leur globalité en sollicitant aussi interven
tion et la confrontation un maximum acteurs la politique des
micro-espaces ou des micro-régions quartier pays etc. cherche
surtout mettre en place un dispositif susceptible de dynamiser
les rapports sociaux et de responsabiliser les citoyens Le pré
supposé de cette démarche écrit Dourlens2 est que espace
naturel exercice de cette autonomie sociale est le territoire en
occurrence le quartier ou le pays con comme champ ex
pression privilégié des rapports sociaux au sein desquels les
individus sont impliqués et elle ajoute le territoire est
considéré comme le facteur déterminant de interdépendance des
différents secteurs économiques et sociaux ainsi que du lien social
lui-même ... Ces réflexions nous amènent une interrogation
sur le statut de espace en général et des micro-espaces en
particulier
En matière de satut de espace géographique deux positions
antithétiques affrontent hui dans le cénacle des sciences
de homme et de la société M.E Chassagne brossant le portrait
au sud Cf de Gérer Aquitaine Di Meo et produire G.) les Dalla autonomie blocages Rosa politiques G.) sociale Aménagement Hegoa Ch Dourlens contractuel 1985 Colloque 250 et développement autonomie sociale local
hui Grenoble novembre 1983 ANNALES DE GEOGRAPHIE 664
des pays les décrit comme des êtres vivants ayant des ancêtres
une date de naissance un état civil des jambes une tête des
tripes ... De fait comment pourrait surgir expression autonome
une société qui ne se définirait pas par un lieu par un cadre
territorial quelconque La théorie inhérente la politique des
contrats de pays ou de quartier selon laquelle le territoire ferait
le lien entre les hommes et déterminerait leur commune apparte
nance une micro-société est nos yeux beaucoup trop spatiale
Sauf si on entend par territoire au-delà du simple cadre géogra
phique ce faisceau interrelations complexes dimension histo
rique tissé entre la société et son espace Ce point de vue revêt
intérêt majeur de définir un espace actif qui transcende la
structure sociale pour lui donner une dimension socio-spatiale
Une autre famille de pensée ne voit au contraire dans les
espaces intermédiaires du développement local que des cadres
abstraits existant travers la volonté un consensus loca
lisé De fait quartiers et pays ne se constituent souvent
occasion opportunités contractuelles En somme ces nouvelles
dimensions de espace social exprimeraient beaucoup plus des
pratiques et des relations spécifiques unissant des groupes sociaux
divers un ancrage territorial irréductible Cette notion de espace
déterminé par la relation des acteurs sociaux ne manque pas
intérêt elle est néanmoins fort restrictive pour la géographie
Au total confrontés la problématique des espaces échelle
micro-régionale ou locale reconnus comme les cadres privilégiés de
aménagement et du développement nous proposons un outil
conceptuel qui met beaucoup plus accent sur les interrelations
du spatial et du social que sur un statut univoque de espace
géographique actif ou passif Cet outil nous lui donnons le nom
de formation socio-spatiale F.S.S.)
Le concept de formation socio-spatiale
Replacée dans la perspective de aménagement et du dévelop
pement la problématique des unités territoriales de taille inter
médiaire se résume quelques questions majeures
Existe-t-il des unités et des discontinuités socio-spatiales signi
ficatives fondées dans un cadre géographique repérable sur des
interrelations spécifiques entre espace et la société ou plutôt
entre deux séries instances impliquant espace social infra-
La notion de pays espace autonome Vivier Colloque autonomie sociale
hui Grenoble novembre 1983 LES FORMATIONS SOCIO-SPATIALES 665
structure géo-économique une part les superstructures politique
et idéologique autre part
Si elles existent de telles unités ou formations socio-spatiales
ne constituent-elles pas des ensembles emboîtés et hiérarchisés
établissant entre eux des liens interdépendance et formant des
organismes de plus en plus complexes
intérieur de ces hypothétiques formations socio-spatiales
enregistre-t-on pas un système standard de détermination des
relations et des pratiques sociales faisant intervenir outre in
fluence des différents niveaux économiques politiques et idéolo
giques typiques de la formation les schémas de perception et
action propres aux individus engagés dans le réseau local des
relations socio-spatiales
Les réponses apportées ces interrogations permettraient ap
précier avec plus de rigueur intérêt respectif des politiques
centralisées ou décentralisées en matière aménagement En fonc
tion de espace social envisagé elles autoriseraient un diagnostic
sur les capacités et sur les modalités de développement contrario
elles permettraient la sélection un espace intervention adapté
aux revendications et aux potentialités locales Bref aménager
espace social sans connaître la nature des capacités de regrou
pement et de solidarité de ses composantes aux échelles inter
médiaires risque de vouer échec toute intervention elle
émane de extérieur ou elle émerge du milieu concerné
hypothèse des formations socio-spatiales
De toute évidence intérieur un espace national donné
caractérisé par une formation sociale propre productrice un
espace nation tous les points de cet espace et tous les acteurs
sociaux appartiennent pas forcément une formation socio-
spatiale échelon intermédiaire ou inférieur Les déterminations
exerce sur espace tout système national affectent en effet
chaque lieu de manière prépondérante il agisse de celles qui
transitent par la sphère économique ou de celles qui rayonnent
des instances politique et idéologique du niveau supérieur Elles
ne laissent en tout cas une étroite marge de liberté aux
déterminations issues du local marge autant plus grande on
se situe il est vrai dans une zone fonction très spécialisée ou
dans une aire périphérique ayant de fortes chances échapper au
contrôle exclusif un centre national ou régional
Il ne faudrait pas assimiler pour autant les formations socio-
spatiales des univers clos parfaitement dessinés tel un ancien
paradigme de la géographie nous avait appris délimiter les
régions emprisonnées dans un double déterminisme ordre phy- ANNALES DE GEOGRAPHIE 666
sique et ordre historique Les formations socio-spatiales se défi
nissent au contraire beaucoup plus par leur ur que par des
franges presque toujours indécises De plus les formations socio-
spatiales répétons-le ne structurent pas espace au sens où elles
offriraient une couverture géographique continue et hiérarchisée
espace local ou micro-régional par hypothèse ne fait que tendre
et pas forcément en tout lieu vers une formation socio-spatiale
originale qui se dissocierait sensiblement un modèle national
cas de la France des relations espace-société
Le concept de formation socio-spatiale implique que identité
collective se réfère des territoires présentant un minimum de
contiguïté spatiale même si la théorie qui les sous-tend et sur
laquelle nous reviendrons exclut pas pour tout individu ou pour
tout groupe appartenant une formation socio-spatiale le principe
de rattachements identitaires multiples la référence des territoires
séparés par de plus ou moins larges discontinuités géographiques
Contiguïté spatiale et identité collective
il est devenu commun analyser les rapports de individu
ou du groupe espace plusieurs travaux soulignent la faible
signification sociale des unités géographiques traditionnelles Ainsi
pour les habitants un même quartier il existe pas de frontière
définie de manière collective Même échelle un voisinage qui
garde une signification pour chaque personne enquêtée on constate
que dans un groupe de voisins chacun ne définit pas de fa on
identique environnement socio-spatial1 la proximité intervient
pas seule dans sa délimitation aucun symbole commun ne qualifie
de manière probante une territorialisation collective En consé
quence si on veut favoriser émergence de dynamiques collectives
dont on attend beaucoup tant en matière de prévention de
inadaptation sociale en matière de développement ce est
plus seulement des espaces de résidence il faut partir mais de en plus des pratiqués dans le cadre de la vie
professionnelle et peut-être plus encore des espaces fréquentés en
fonction du temps libre. Il agit donc de lieux parfois très
éloignés des aires résidentielles qui ne sauraient intégrer au
territoire auquel elles se rattachent pour former une entité géo
graphique autonome repérable dans espace et chargée de signi
fication pour des groupes institutionnels variés
Le lieu de résidence constitue toutefois pour la plupart des
individus le point ancrage et appartenance ultime celui où ils
passent le plus clair de leur temps libre celui où ils exercent un
Piolle X.) Les Citadins et leur ville Privât Toulouse 1979 LES FORMATIONS SOCIO-SPATIALES 667
rôle familial presque toujours dominant et celui vers lequel se
cristallisent la plupart de leurs pratiques économiques de produc
tion ou de consommation est aussi en général le lieu où
accomplit la fonction de citoyen être politique Dans ces
conditions une recherche sur les structures sociales de espace
articulera essentiellement autour des aires résidentielles con
dition de tenir compte de la dimension externe des rapports
sociaux impliqués dans la géographie du local ou du micro-régional
est la prise en considération de cette inanité de tout exclusif
local des relations sociales qui nous amènera plus de prudence
quant la délimitation des discontinuités géographiques qui nous
engagera préférer les zones de transition aux frontières brutales
qui nous conduira aussi constater absence fréquente de toute
formation socio-spatiale aux échelons local et micro-régional
Dans de nombreux cas cependant la contradiction entre rési
dence travail et loisir se résout par un principe emboîtement
des formations socio-spatiales sur lequel nous reviendrons Notons
simplement ici que les zones résidentielles définissent souvent des
formations de type élémentaire et que association
résidence-travail-consommation-loisir peut donner des entités plus
complexes regroupant ou non des formations élémentaires et
simples Il convient pourtant de rester très prudent même au
niveau de F.S.S complexes du type agglomération micro-région
ou pays car les relations sociales des individus ou des groupes
qui les composent ne confinent nullement et les frontières qui
se dessinent autour elles restent la fois ouvertes et fluides
Si la plurilocalité du vécu quotidien ne disqualifie pas complè
tement les zones résidentielles quartier commune en tant es
paces privilégiés de la territorialité1 elle remet tout de même en
cause le rôle exclusif de la zone de résidence comme déterminant
spatial des relations et des pratiques sociales. espace du travail
ceux de la consommation et des loisirs jouent un rôle également
très actif en matière de qualification des rapports sociaux Mais
ne va-t-on pas vers une intégration idéologique de ces divers types
espaces qui déjouerait pour les dépasser les apparences une
segmentation accrue de espace social est en tout cas la thèse
que défend J.P de Gaudemar dans un ouvrage intitulé Usines et
ouvriers2 Cet auteur distingue en fait deux âges classiques de
usine âge de la manufacture du xixe siècle et celui de la
fabrique de la grande industrie encore vivace la fin des
Surtout quand il agit de communautés isolées marginalisées et peu mobiles il
ailleurs au niveau de ces vallées montagnardes quartiers prolétarisés
campagnes du Tiers-Monde une véritable superposition géographique de habitation des
lieux de travail et des aires récréatives..
Maspéro Paris 1980 668 ANNALES DE OGRAPHIE
années 1960 Ces deux âges ont forgé deux grands types de ngure
ouvrière et de rapports sociaux la main-d uvre de métier
pour âge de la manufacture ouvrier masse avec une stricte
qualification parcellaire pour âge de la fabrique industrielle
Au cours de ces deux périodes usine propagé dans tout le
corps social ses valeurs et ses modes organisation Elle donc
constitué et peut-être plus que espace résidentiel creuset de la
vie familiale et du loisir ouvrier le complexe socio-géographique
déterminant des pratiques et des rapports sociaux Cependant
aux années 1960 usine se dressait en forteresse coupée du
monde peu perméable aux messages transmis de extérieur Selon
J.P de Gaudemar une troisième génération de usine se profilerait
avec la crise mondiale des années 1970-1980 plus ouverte aux
expériences urbaines tant dans le domaine du contrôle social que
dans celui de aménagement spatial où cette mutation en cours
des trois sphères du quotidien le modèle organisationnel de
espace productif les caractères de la force de travail et le cadre
géographique de sa reproduction quartier ville agglomération
espace péri-urbain Notre auteur parle même un gigantesque
processus usinification sociale et spatiale fort bien illustré
selon lui par exemple de Fos-sur-Mer et sa fluidité synergique
Faible densité occupation industrielle de espace interpénétration
et rapprochement accrus des espaces productifs ce paysage com
plexe ne se réduit-il pas une simple organisation fonctionnelle
autour de quelques grands axes de mobilité ...
Ainsi avec inauguration récente un troisième âge de
usine espace productif ne se contente plus de fa onner espace
reproductif comme il le faisait par le passé Désormais des
interrelations établissent et usine mais aussi atelier ou le
bureau ouvrent aux expériences urbaines du contrôle social et
de aménagement spatial J.P Laborie ne prétend pas autre chose
quand il écrit1 que dans le contexte économique présent les
procédures de localisation des entreprises tiennent compte ... de
la recherche des conditions insertion dans le marché du travail
les plus appropriées au fonctionnement interne des unités de
production ... Autant de témoignages qui accréditent la thèse
un espace de la reproduction sociale qui déterminerait en retour
les rapports sociaux
Résumons notre propos et reconnaissons au cours de son
existence tout individu est impliqué dans de multiples relations
sociales se déroulant dans des espaces différenciés et en produisant
autres conjointement Toute relation sociale consiste en un
Jalabert G.) Kayser Laborie J.P.) espace péri-urbain un champ unifié de
modèles locaux Courrier du C.N.R.S. supplément au 57 1984 LES FORMATIONS SOCIO-SPATIALES 669
mélange complexe aspects comportementaux affectifs représen
tatifs En proportion variable et ceci en fonction de différents
paramètres nature des relations temps et espaces spécifiques etc
La nature de ces est elle-même complexe mais des
fins intelligibilité et par commodité nous mettrons en évidence
fig 1C quatre registres ou sphères de relations dominantes
affective ou émotive ludique économique de production et éco
nomique de consommation Bien entendu cette taxinomie élémen
taire exclut pas une même relation sociale puisse la fois
inclure des composantes affectives et ludiques des dimensions
ludiques et économiques etc où notre souci de définir des
registres de relations ou de rapports dominante
Répétons que chaque individu inscrit pas exclusivement dans
son espace vécu quotidien aussi vaste soit-il la totalité de ses
rapports sociaux Ce constat nous conduit envisager la partici
pation de chaque acteur une formation socio-spatiale un tissu
plus ou moins riche de relations externes qui le rattachent
autres échelons de espace social Ce fait contribue ailleurs
établir des liens étroits entre toute formation socio-spatiale et son
environnement
II De la nature des déterminations socio-spatiales dans
une F.S.S la topique micro-régionale
Nous admettrons par hypothèse que dans une formation socio-
spatiale donnée la sphère des relations économiques et sociales de
production joue un rôle déterminant pour ensemble des rapports
sociaux En énon ant cette proposition qui reste démontrer nous
ne prétendons pas que économie conditionne toute la vie sociale
mais comme le déclarait Engels dans une lettre Bloch1 que
après la conception matérialiste de histoire et uniquement en
fonction de cela) le facteur déterminant est en dernière instance
la production et la reproduction de la vie matérielle ... ce
propos Althusser fait remarquer que si Engels parle de dernière
instance est il en existe autres celles qui figurent dans
la superstructure juridico-politique et idéologique ... précise-t-il
instance économique
idée de départ est que toute formation socio-spatiale constitue
une topique soit un édifice comportant une infrastructure et
Citée par Althusser in Soutenance Amiens Positions 1979

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