Les grands groupes commerciaux français de 1972 à 1979 - article ; n°4 ; vol.49, pg 3-22

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Économie & prévision - Année 1981 - Volume 49 - Numéro 4 - Pages 3-22
The large French trading groups from 1972 to 1979,
by Alain Nicolas and Didier Bury.
The economic and financial conditions of the growth of some 15 large French retail groups are analyzed on the basis of a sampling of the sales companies monitored from 1972 to 1979. The principal indicators observed are the business (volume sales) and store (employment and retail space) trends, the mark-ups, the earnings and the debt of the firms.
It was found that the groups' average growth is faster than that of the trading sector as a whole and that they primarily operate as mass retailers. Their trading margins stayed relative stable in relation to sales in the period 1976-1979. The trend profiles and growth strategies differ quite widely according to whether the groups principally sell food or non-food products.
With their expansion in France inhibited by strict regulation of new supermarket construction, the food groups have nevertheless maintained their earning capacity and have accordingly had the resources for both sectorial and geographic diversification, while staying close to the trade sector. The non-food groups, dominated by the department stores which are having specific problems, have gone through a difficult phase since 1975, from which, by dint of rationalization and management programs, they seem to be emerging.
Les grands groupes commerciaux français de 1972 à 1979,
par Alain Nicolas et Didier Bury.
Les conditions économiques et financières du développement d'une quinzaine de grands groupes français de la distribution sont analysées à partir d'un échantillon de leurs sociétés commerciales suivies de 1972 à 1979. Les principaux indicateurs observés sont l'évolution de l'activité (chiffre d'affaires en volume) et des moyens de distribution (effectifs et surfaces de vente), des marges commerciales, des rentabilités et de l'endettement de ces entreprises.
On constate ainsi que la croissance moyenne des groupes est plus rapide que celle de l'ensemble du secteur commercial et qu'ils exploitent principalement des grandes surfaces. De plus, leurs marges commerciales sont demeurées relativement stables de 1976 à 1979 par rapport à leur chiffre d'affaires. On relève aussi que les profils d'évolution et les stratégies de développement sont assez différents selon que ces groupes commercialisent principalement des biens alimentaires ou non-alimentaires.
Freinés dans leur développement, en France, par la réglementation en vigueur sur l'implantation des grandes surfaces, les groupes de l'alimentaire ont néanmoins préservé leur niveau de rentabilité et ont ainsi eu les moyens d'une diversification tant sectorielle que géographique, mais toujours proche de la distribution. Les groupes du non-alimentaire où prédominent les grands magasins qui connaissent des problèmes spécifiques ont traversé une phase difficile après 1975 dont, au prix d'efforts de rationalisation et de gestion, ils semblent se remettre progressivement.
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1981
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Alain Nicolas
Didier Bury
Les grands groupes commerciaux français de 1972 à 1979
In: Économie & prévision. Numéro 49, 1981-4. pp. 3-22.
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Nicolas Alain, Bury Didier. Les grands groupes commerciaux français de 1972 à 1979. In: Économie & prévision. Numéro 49,
1981-4. pp. 3-22.
doi : 10.3406/ecop.1981.3145
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecop_0249-4744_1981_num_49_4_3145Abstract
The large French trading groups from 1972 to 1979,
by Alain Nicolas and Didier Bury.
The economic and financial conditions of the growth of some 15 large French retail groups are analyzed
on the basis of a sampling of the sales companies monitored from 1972 to 1979. The principal
indicators observed are the business (volume sales) and store (employment and retail space) trends,
the mark-ups, the earnings and the debt of the firms.
It was found that the groups' average growth is faster than that of the trading sector as a whole and that
they primarily operate as mass retailers. Their trading margins stayed relative stable in relation to sales
in the period 1976-1979. The trend profiles and growth strategies differ quite widely according to
whether the groups principally sell food or non-food products.
With their expansion in France inhibited by strict regulation of new supermarket construction, the food
groups have nevertheless maintained their earning capacity and have accordingly had the resources for
both sectorial and geographic diversification, while staying close to the trade sector. The non-food
groups, dominated by the department stores which are having specific problems, have gone through a
difficult phase since 1975, from which, by dint of rationalization and management programs, they seem
to be emerging.
Résumé
Les grands groupes commerciaux français de 1972 à 1979,
par Alain Nicolas et Didier Bury.
Les conditions économiques et financières du développement d'une quinzaine de grands groupes
français de la distribution sont analysées à partir d'un échantillon de leurs sociétés commerciales
suivies de 1972 à 1979. Les principaux indicateurs observés sont l'évolution de l'activité (chiffre
d'affaires en volume) et des moyens de distribution (effectifs et surfaces de vente), des marges
commerciales, des rentabilités et de l'endettement de ces entreprises.
On constate ainsi que la croissance moyenne des groupes est plus rapide que celle de l'ensemble du
secteur commercial et qu'ils exploitent principalement des grandes surfaces. De plus, leurs marges
commerciales sont demeurées relativement stables de 1976 à 1979 par rapport à leur chiffre d'affaires.
On relève aussi que les profils d'évolution et les stratégies de développement sont assez différents
selon que ces groupes commercialisent principalement des biens alimentaires ou non-alimentaires.
Freinés dans leur développement, en France, par la réglementation en vigueur sur l'implantation des
grandes surfaces, les groupes de l'alimentaire ont néanmoins préservé leur niveau de rentabilité et ont
ainsi eu les moyens d'une diversification tant sectorielle que géographique, mais toujours proche de la
distribution. Les groupes du non-alimentaire où prédominent les grands magasins qui connaissent des
problèmes spécifiques ont traversé une phase difficile après 1975 dont, au prix d'efforts de
rationalisation et de gestion, ils semblent se remettre progressivement.grands groupes commerciaux Les
français de 1978 à 1979
Didier Bury,
commissaire de la Dgcc
de Alain au chargé bureau la Nicolas, Direction de mission de l'industrie de la prévision au bureau de l'industrie
de la Direction de la prévision
Les transformations rapides du système de distribution influent sur les compor
tements quotidiens et accompagnent -voire favorisent- les changements du
mode de vie. Les groupes commerciaux par la rapidité de leur croissance, les mod
alités de vente qu'ils mettent en œuvre, leur influence grandissante dans les re
lations avec les producteurs, leur image de marque auprès des consommateurs,
occupent indiscutablement une place originale dans l'évolution de l'appareil
commercial. Si le développement du grand commerce dont les groupes consti
tuent une des composantes principales suscite chez les consommateurs des sent
iments divers et souvent contradictoires, il conduit également à s'interroger sur
son rôle dans l'évolution des coûts de la distribution, dans la compétition inter
nationale des appareils productifs et même dans le développement des régions
dans la mesure où l'on peut observer que nombre de groupes ont des implantat
ions régionales marquées.
Cet article étudie, à partir d'un échantillon que l'on peut considérer comme re
présentatif du «grand commerce», son évolution depuis 1972 jusqu'en 1979 d'un
point de vue économique et financier. L'implantation des «grandes surfaces» de
distribution semble avoir été ralentie depuis 1975 par la loi «Royer» qui r
églemente leurs installations nouvelles et par la crise économique dont l'influence
semble avoir été moins sensible sur les groupes spécialisés dans l'alimentation
que sur les groupes «non-alimentaires» où dominent les grands magasins.
Le commerce de détail s'est depuis dix ans sensiblement concentré en France
sans pourtant aboutir à une concentration comparable à celle de l'industrie ni
même à celle de certaines activités tertiaires. Il semble également que, dans les
autres principaux pays industrialisés, les grandes sociétés commerciales soient
plus nombreuses ou de plus grande taille qu'en France. On peut ainsi penser que
le développement du grand commerce n'est pas encore achevé et ceci confère un
intérêt supplémentaire à l'observation des principales caractéristiques économi
ques et financières des sociétés commerciales françaises analysées ici durant ces
dernières années. :
:
.
:
:
:
que ceux des groupes retenus. Ces derniers (cf.
liste au tableau 1) sont tous côtés à la Bourse des
valeurs de Paris et l'échantillon comprend notam
ment tous les groupes cotés en 1979 et réalisant
à cette date plus de 2 milliards de chiffre d'affaires.
L'information comptable sur les groupes provient
exclusivement des rapports annuels aux action
naires. Cette source d'information et la date de
départ de la période d'analyse expliquent égal
ement la composition de l'échantillon observé.
Quelques groupes ou sociétés importantes de la
distribution de détail n'ont pu être pris en compte
faute de données publiques compatibles avec le
cadre de l'étude. Ceci ne paraît toutefois pas sus
ceptible de fausser la représentativité de l'image
des plus grandes sociétés françaises de vente au
détail donnée par les 18 groupes (ou sociétés) de
Depuis vingt ans le volume d'activité du commerce l'échantillon réalisant par leurs activités en France,
de détail a été multiplié par 2,4. Dans le même en 1979, 13 % environ du chiffre d'affaires du com
temps le nombre de personnes employées par ce merce de détail.
secteur augmentait de 20%. L'écart entre ces deux
évolutions témoigne des profondes mutations des Nous avons privilégié l'étude d'un mouvement
méthodes de vente intervenues au cours des deux d'ensemble aux dépens d'une analyse des com
dernières décennies. Ces mutations, comme le portements individuels. Ces derniers peuvent
développement du libre-service, ont contribué à différer sensiblement d'une entreprise à l'autre,
transformer les habitudes de consommation et à en fonction notamment de la diversité des formes
modifier les conditions de la concurrence dans de vente (cf. tableau et encadré 1) et des struc
l'ensemble du système productif et commercial. tures de vente par produit. Cependant, pour tenir
Bien plus que l'évolution du nombre de points de compte au moins partiellement de cette hétéro-
vente, lequel retrouve à la fin des années 80 son
niveau du début des années 60, après, il est vrai,
d'importantes modifications structurelles, ce qui
caractérise l'important changement de l'appareil Tableau 1 : liste des groupes ou sociétés retenus dans la commercial durant cette période est le développ présente étude ement de grandes unités économiques et financiè
res. Rassemblant de nombreux établissements Raison sociale Secteur Caht(en Effectif
d'activité (en m ) ements nets milliard) commerciaux de grande taille, les grands groupes (1) (2) (3) 1979 1979 (en Mf) de la distribution constituent l'illustration concrète (1979) de ce phénomène. C'est aux diverses questions
1,2 Sm T28 Ms 1,3 36.9 Darty soulevées par le développement récent des grou
Galeries Lafayette Sm T28 Gm Mp 1,6 3,5 17,8 pes commerciaux, sur leur place dans le système
Nouv. Gai Réunies G T28 Gm Mp 9 30 548,1 de distribution, leurs performances économiques
et financières comparées aux autres entreprises Printemps G T28 Gm Mp 6,6 18,3 120.5
de leur secteur etc.. que l'on tente ici d'apporter La Redoute Vpc 3,9 9.1 69,4 G T28
des éléments de réponse. Par rapport à d'autres Commerce non alimentaire 22,4 62,1 792,7
travaux consacrés à ce sujet, l'étude suivante Allobroge G T27 Suc 1.2 2.2 47.3 présente l'originalité de fournir pour une période
Carrefour G T27 Gs 17,8 18.1 444.3 moyennement longue, 1972 à 1979, une appré
Casino Sm T27 Suc 7,7 15,1 306.1 ciation sur l'évolution d'un même ensemble d'im 155.2 InvestissSi T27 3.1 6.2 portantes sociétés commerciales au travers d'un Cedis Suc 76.5
grand nombre d'indicateurs concernant l'activi Cofradel Sm T27 Suc 2,3 4.4 29.5
té, les moyens de distribution, le coût de la distr Comptoirs modernes Sm T27 Suc 1,6 2,9 113
ibution, les rentabilités, l'endettement. Ces divers Docks de France G T27 Suc 4,4 9.5 199.4
points seront examinés successivement. Econom du Centre Si T27 Suc 2 4.7 48.9
Nicolas Si T27 Suc 0,7 1,7 9.2
On a adopté une acception assez large de la notion Si T27 Suc 1.6 3.3 30.6 Pnmistères
de groupe en retenant soit des groupes fournissant Radar G T27 Suc 6.8 15 147,7
une comptabilité consolidée, soit, pour certains Ruche Picarde Si T27 Suc 2.5 4.5 59 groupes ne publiant pas une telle comptabilité 2,7 5.5 29.9 Vinipnx Si T27 Suc depuis 1972, une ou plusieurs grandes sociétés 54,4 93,1 1 541,4 Commerce alimentaire commerciales relevant de ces groupes, soit enfin
de grandes sociétés indépendantes. Le champ de Ensemble 76,8 2 334,1
l'étude n'est cependant pas l'ensemble de la grande Source rapports d'entreprise distribution puisque des représentants importants (1) G: groupe Si: société indépendante et Sm société-mère (activité du commerce associatif, telles les coopératives représentative du groupe). de consommateurs ou des associations de détail (2) T 27- commerce de détail alimentaire; T 28: commerce de détail
non-alimentaire lants ne répondent pas à l'acception précédente (3) Formes de vente Ms magasin spécialisé ; Gm Mp : grand magasin, du mot groupe bien qu'ils puissent réaliser des magasin populaire ; Vpc vente par correspondance ; Suc succursal
chiffres d'affaires du même ordre de grandeur iste ; Gs exploitant de grandes surfaces •
nous avons distingué deux sous-ensem- généité Un ralentissement sensible blés : l'un rassemble les groupes commercialisant
de la croissance des groupes principalement des produits alimentaires, l'autre
ceux réalisant l'essentiel de leur chiffre d'affaires commerciaux depuis 1975 dans la distribution des produits non alimentaires.
Ce découpage, traditionnel dans la présentation
du secteur de la distribution, correspond ainsi
qu'on le verra à des situations objectivement dif
férentes. Ceci n'implique pas pour autant qu'au
sein de ces deux sous-ensembles, les caractéris
tiques économiques et financières des entités
étudiées soient identiques. Cette remarque vaut
spécialement pour le sous-ensemble non-aliment
aire où les «grands magasins - magasins popu
laires» pèsent d'un poids considérable (80%). Les
indications chiffrées qui vont suivre sont donc à En 1973 et 1974, premières années pour lesquelles
interpréter comme des données sectorielles, ré des taux d'évolution sont disponibles pour les
sultant d'évolutions individuelles parfois diver groupes observés, la croissance du volume d'acti
gentes, et non comme reflétant le comportement vité est de 14% en moyenne annuelle pour les grou
individuel moyen des groupes sur la période con pes de l'alimentaire et de 10% pour ceux du non-
sidérée. alimentaire (tableau 2, graphique 1). De 1975 à
Graphique 1 : évolution du chiffre d'affaires hors taxes en
volume (% année précédente)
Groupes alimentaires (Ht) — — — non (Ht) Encadré 1 : formes de vente • • • « • Commerce de detail alimentaire (Ttc) — • — • de non (Ttc)
Magasin de proximité traditionnel: local commercial
de surface inférieure à 120 m2 en libre service ou non
où l'on reçoit les clients, stocke les marchandises et
où se traitent les ventes.
Supérette: magasin de vente alimentaire en libre ser
vice de 120 à 400 m2 de surface de vente éventuell
ement avec des produits non-alimentaires (5e rayon).
Supermarché: établissement réalisant plus de deux
tiers de son chiffre d'affaires en alimentation générale 1975 1976 sur une surface de vente de 400 à 2 500 m2.
1979 les taux moyens ont été de 8 % pour les preHypermarché: établissement réalisant plus d'un tiers miers, de 4% pour les seconds (cf. annexe 1). Ce de son chiffre d'affaires en alimentation générale et ralentissement sensible de la croissance peut être de plus de 2 500 m2 de surface de vente (en libre ser mis en relation avec plusieurs faits dont aucun vice).
ne paraît suffire, à lui seul, à expliquer cette évo
Succursale: établissement commercial sans personn lution.
alité morale, rattaché à un siège central (le succursal
iste) exploitant au moins 10 succursales. En premier lieu, la réduction de la consommation
des ménages : entre les deux sous-périodes consiMagasin spécialisé: magasin de vente alimentaire ou dérées, 1973-1974 et 1975-1979, le taux de croisnon-alimentaire spécialisé dans la vente de quelques sance annuel moyen de la consommation des familles de produits. ménages reste stable pour les biens alimentaires
(autour de 2%), marquant ainsi une légère baisse Grand magasin: établissement non-alimentaire, non
spécialisé avec assortissement maximum disposant par rapport à la période 1970-1973 (autour de
d'une surface de vente importante (en principe plus de 2,6%), tandis que ce taux évolue, pour les biens
2 500 m2). non- alimentaires, de 5,2 à 3,3% (source : comptes
de la Nation). Pour voir dans le ralentissement Magasin populaire: magasin non spécialisé avec as de la croissance de la consommation des ménages sortissement limité aux besoins courants et disposant un facteur explicatif de la réduction de la croisd'un libre-service alimentaire. Cette forme de vente sance des groupes, il faudrait admettre que cette est aujourd'hui très proche du supermarché.
dernière dépendait presque entièrement de la,
croissance de la consommation des biens non- Vente par correspondance: vente sans contact direct
entre le vendeur et l'acheteur et qui comporte l'envoi alimentaires. On voit mal quels mécanismes con
de la marchandise par le vendeur chez l'acheteur. crets pourraient engendrer une telle relation,
notamment dans le cas des groupes de l'aliment
aire, même si les biens non- alimentaires repré
sentent pour ces groupes une part de plus en plus
importante du chiffre d'affaires (tableau 3). En
revanche, on conçoit sans difficulté que la crois
sance de ces groupes puissent s'opérer, au moins
partiellement, lors d'ouvertures de nouveaux
établissements commerciaux par Exemple, par :
:
1
:
précédentes du fait notamment d'une inévitable déplacement de marchés déjà existants et ceci au
raréfaction des sites propices à de tels équipedétriment des autres entreprises de distribution.
Aussi, est-on conduit à ne pas retenir la réduction ments commerciaux et d'une résistance du com
merce indépendant peut-être accrue. L'effet de de la croissance de la consommation comme fac
la loi Royer sur le rythme de croissance des grouteur explicatif sauf peut-être pour les groupes du
non- alimentaire qui sont plus directement con pes a probablement été amplifié par le fait que les
cernés par la réduction de la croissance de la groupes ont accéléré les ouvertures de grandes
consommation des biens non-alimentaires. surfaces avant la mise en application de cette loi,
comme le suggère l'importance des ouvertures
d'hypermarchés en 1972 et 1973. En second lieu, la réduction de la croissance des
groupes est à mettre en relation avec les freins
mis à l'ouverture des grandes surfaces à partir La loi Royer s'applique à la distribution des pro
de 1975 (tableau 4). Ce rapprochement paraît d'au duits alimentaires comme des produits non-ali
tant plus pertinent que la part prise par les hyper mentaires. En pratique, cependant, depuis 1975
les groupes de l'alimentaire de l'échantillon sembmarchés, dans les formes de vente des groupes de
l'alimentaire, qui progressait rapidement jusqu'en lent avoir été plus affectés par cette loi que les
groupes du non- alimentaire. Ceci résulte d'une 1974, connaît depuis 1975 une croissance très ra
lentie (tableau 5). conjonction de plusieurs facteurs : certains grou
pes, comme ceux de la vente par correspondance,
n'utilisent pas de grands établissements de vente Le ralentissement brutal du rythme des ouvertu
res d'hypermarchés à partir de 1975 est incon au détail, certains magasins relevant d'autres
testablement imputable à l'entrée en vigueur de groupements, magasins spécialisés ou populaires,
la loi d'orientation sur le commerce et l'artisanat, atteignent rarement les surfaces de vente à partir
dite loi Royer (rappelons que cette loi soumet à desquelles une autorisation d'ouverture doit être
autorisation préalable toute ouverture ou exten demandée auprès de la Commission département
sion de magasin de commerce de détail d'une ale d'urbanisme commercial. Enfin, le dévelop
surface supérieure à certains seuils, fonction de pement des grands magasins aurait pu théorique
la taille de la commune concernée). Cependant, ment être affecté par cette loi mais leurs difficultés
même en l'absence de cette loi, le développement internes, sur lesquelles nous reviendrons, parais
des hypermarchés n'aurait peut-être pas pu se sent les avoir préservé d'éventuels refus d'ouver
maintenir très longtemps au rythme des années ture de nouvelles surfaces de vente.
Tableau 2 : taux de croissance des
en% 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1973-74 1975-79 chiffres d'affaires en volume des
groupes de l'alimentaire 14,9 13,3 5,0 7,9 13 5,1 7.1 14.1 7,6
Source : rapports d'entreprise et déflateurs du non-alimentaire 9,5 10,4 4.3 4,4 3,2 4,1 3,5 10.0 3,9
de l'annexe 1
Tableau 3 : part des produits aliment Groupes de 1973 1974 1977 1979 Groupes du non 1975 1976 1978 l'alimentaire aires et non alimentaires dans le alimentaire (moyenne 73-79) chiffre d'affaires des groupes
(en % du chiffre d'affaires) Produits alimentaires 75 72 72 72 71 70 68 24 Source rapports d'entreprise non-alimentaires 32 25 28 28 28 29 30 76
Tableau 4: ouvertures d'hypermar 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979
chés et de supermarchés en France Hypermarchés 30 62 47 32 14 34 30 18 24
Supermarchés 253 265 244 200 208 315 235 270 271
Surfaces de vente en m2
x 1 000 d'hypermarchés 165 403 266 183 69 173 136 105.5 90
Surfaces de vente en m2
x 1 000 de supermarchés 201 220 193 170 164 260 181 213 228
Surfaces de vente en m2
x 1 000 d'hypermarchés Source Inséé et Lsa et de supermarchés 366 625 459 353 233 433 317 318 318
Tableau 5 : part des canaux de distr Groupes 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 Groupes non 1973 1979
alimentaires alimentaires ibution dans le chiffre d'affaires des
groupes (en % Caht) Hypermarchés 45 52 53 54 55 57 59 Grands magasins 51 51
Supermarchés 16 16 29 16 17 18 18 18 Mag populaires 33
Mag de prox 32 26 Hypermarchés 1 1 25 23 23 21 19
Autres 7 6 6 4 4 13 14 6 4 Vent/corresp
Mag spécialisés 2 5
Source rapports d'entreprise Total 100 100 100 100 100 1 00 1 00 100 100 :
:
distinction entre alimentaire et non-alimentaire Tableau 8: part du marché français détenue par les grouLa
pes dans leur secteur (en %) correspond ici à des situations objectivement dif
férentes pour les groupes concernés : la réglement 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979
ation sur les grandes surfaces a davantage influen Alimentaire 11.8 13,2 14.5 14.8 15.4 16,4 16,3 16.9
cé le développement des groupes commerciaux Non-alimentaire 6.5 6,5 6.8 7.05 7,1 7,2 7,3 7,4
de l'alimentaire que celui des groupes non-ali Sources rapports d'entreprise et comptes commerciaux de la Nation mentaires, mais la réduction de la croissance de
la consommation des ménages a été plus vivement Tableau 9: variation des parts de marché des groupes en
ressentie dans ces derniers. France (en %)
1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979
Confrontés à des environnements et des situations Alimentaire +1,4 +1,3 +0,3 +0,6 +1.0 -0,1 +0,6
internes différentes selon leur secteur d'activité Non-alimentaire +0 + 0,3 + 0.2 + 0.1 + 0.1 + 0,1 + 0.1
les groupes commerciaux ont adopté, à partir de Sources rapports d'entreprise et comptes commerciaux de la Nation
1975, des lignes de développement assez différen
ciées. Les groupes du non- alimentaire, essentie
llement les sociétés de grands magasins, dans un 1975. On remarquera (cf. cartes) que de nombreux climat de concurrence renforcé par le ralentiss groupes commerciaux de l'alimentation ont une ement de la croissance de la consommation de leurs implantation régionale. Ceci tient à des raisons produits, ont recherché une amélioration de historiques, mais aussi aux conditions d'exploitatperformances et n'ont guère tenté, et moins en ion, notamment en matière d'approvisionnement. core réussi, d'opérations de diversification de L'intérêt économique qui s'attache à la localisaleur activité. Financièrement plus à l'aise, peu tion des établissements est illustré par de fréquents concernés par la réduction de la consommation mouvements de cession et de rachat concernant des ménages, mais confrontés à un obstacle légis les situés à la frontière régionale latif, les groupes de l'alimentaire ont amorcé des de ces implantations. Les groupes ayant le plus diversifications de type sectoriel ou géographique. investi à l'étranger paraissent être ceux dont Nombre de groupes commerciaux ont investi, l'activité couvrait déjà, de manière directe ou inavec plus ou moins de succès, dans la distribution directe, la plus grande partie du territoire natioà l'étranger. Ce mouvement, légèrement engagé nal. La diversification sectorielle des groupes s'est avant 1975, s'est renforcé dans la période suivante, faite selon plusieurs modalités : dans la distribuparticulièrement durant l'année 1977 (cf. tableaux tion de nouveaux produits (le non- alimentaire), 6 et 7). De ce fait, on peut estimer que dans les dans de nouvelles formes de distribution (ex. :
magasins spécialisés), dans des activités de ser
vice le plus souvent liées à l'exploitation des surTableau 6 : ouvertures d'hypermarchés à l'étranger par les faces commerciales (ex. : la restauration). principaux groupes commerciaux français
(nombre d'ouvertures) La diversification de l'activité des groupes com
merciaux s'est, dans l'ensemble, très peu faite 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 vers des activités étrangères à la distribution.
Carrefour 0 3 3 1 3 3 8 5 5 Comparativement à leurs homologues étrangères, Radar 1 0 0 0 0 0 0 0 0 même européennes, les grandes sociétés françai
Cofradel 0 0 0 0 0 0 1 0 0 ses de distribution demeurent, malgré leur crois
Total 0 3 3 1 4 3 9 5 5 sance, de taille modeste. Parmi les dix premiers
groupes européens d'un classement réalisé par Sources rapports d'entreprise deux hebdomadaires économiques français, on
compte un seul groupe français contre trois grou
Tableau 7 : part du Ca des groupes réalisée à l'étranger pes allemands, trois anglais, deux hollandais et (% Caht) un belge (tableau 10). Même pour une activité
aussi peu soumise à la concurrence étrangère 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 que la distribution, la taille n'est pas le point fort
Gr alimentaires 1,5 1 1.5 1.3 2,6 4,6 5.3 6,5 des sociétés françaises.
Gr non-alim 1.3 1.8 2.2 2 1.8 1.6 1.7 1.6
Ensemble 1.4 1,3 1.7 1.5 2.3 3.7 4,2 5
Tableau 10: classement des grands groupes européens Sources rapports d'entreprise par importance de chiffre d'affaires
(en milliards de francs Ht)
1979 1978 1975 Rang en
1975 huit points de croissance en moyenne annuelle
1) Karstadt (Rfa) 25.7 23.7 12 de ces groupes, depuis 1975, un point est imputab (1)
Carrefour (F) 2) 17.8 12.5 7,6 (5) le au développement à l'étranger. Si l'on ne tient
Kaufhof (Rfa) 10.4 3) 16.2 14.5 (2) compte que de la part française du chiffre d'af
Marks et Spencer (G -B ) 15.1 11.2 8,2 4) (4) faires des groupes observés, il apparaît nettement
5) Tesco Stores (G -B ) 13.8 8,5 5.6 que la progression annuelle de la part du marché (10)
- - 6) Vroom et Dressmann (N -L) . 13.8 français de la distribution de détail détenue par
— 7) Hertie Waren und Kaufhaus (Rfa) 13.1 12.8 les groupes s'est ralentie depuis 1975, notamment
G B lnno(B ) 8) 12.8 10,6 6.4 (6) dans l'alimentaire (tableaux 8 et 9). L'observation
9) Ahold(N-L) 11.3 8.6 4.9 de notre échantillon n'apporte donc aucun él (14)
10) J Samsbury(G-B) 11,1 7,3 ément pour confirmer une éventuelle accélération
de la concentration du secteur commercial depuis Sources Nouvel économiste Expansion implantation régionale des groupes
Primistère Félix Potin Radar
(Socadip)
Fp Felix potin
Viniprix Euromarché Casino
V Viniprix
€O Euromarché
Légende :
implantation régionale des groupes. :
L'évolution des moyens
Paridoc (centrale d'achats succursalistes) de distribution adhérents: Comptoirs modernes. Economats du centre.
Ruche picarde, Cofradel, Docks de France, Cédis et de leur efficacité
L'évolution des quantités de travail et de capital
mises en œuvre pour assurer la distribution sera
appréciée par deux grandeurs physiques : les ef
fectifs et les surfaces de vente. Ces deux indica
teurs montrent une divergence de situation et
d'évolution entre les sous-ensembles alimentaire
et non- alimentaire.
Dans le cas de l'alimentaire, les moyens, effectifs
et surfaces de vente, se développent sans à-coups
notables avec cependant une réduction progres
sive du rythme de croissance à partir de 1977
(graphique 2). Dans le non- alimentaire, où les
Comptoirs mode Economats du centn Ruche picarde grands magasins tiennent une place importante,
le développement des moyens d'exploitation fléCofradel Docks de france Cedis chit nettement après 1976: la surface de vente,
après une croissance soutenue de 1973 à 1976, se
stabilise de 1976 à 78 pour croître à nouveau l
égèrement en 79 et les effectifs diminuent en 1977.
Graphique 2: évolution des effectifs et des surfaces de Allobroges vente (Promodès) Indice base 100- 1973
Effectifs Surfaces de vente
Groupes alimentaires ^^— —
Groupes non alimentaires — — _
80 L l
Dans ces deux cas, l'évolution des surfaces de
vente ne peut être rapprochée sans précaution
de celle de l'investissement en volume (tableau
11) qui comporte une part non négligeable, et
Tableau 1 1 : investissement net de cession d'actifs en
roiume (base 100: 1973)
Ensemble des Commerce Commerce
groupes alimentaire non-alimentaire
A Allobroge 1973 100 100 100
1974 109 100 134
1975 86 76 110
1976 106 113 89
1977 106 122 67
1978 85 93 65
1979 124 105 98
Sources rapports d'entreprise. Il convient bien sûr d'émettre quelques réserves sans doute variable dans le temps, d'investiss
sur ces remarques. Les effectifs et les surfaces de ement de renouvellement ou de productivité com
vente, pour autant qu'ils soient convenablement me l'atteste le niveau des investissements des
connus, ne sont que des indicateurs approximatgroupes non-alimentaires en 1977 et 1978, années
ifs des quantités de travail et de capital mis en où leur surface de vente reste stable. Dans l'al
œuvre. De plus, leurs fluctuations sont fortement imentaire également des de pro
dépendantes du déflateur retenu pour la valeur ductivité ou de maintien semblent s'être progress
ajoutée. ivement substitués aux investissements de capacité
du début de période car le volume annuel d'inves
Si, malgré ces imperfections, on compare dans tissement, mis à part des fluctuations annuelles
ce domaine les groupes étudiés et l'ensemble des qui peuvent être importantes, demeure sur la
entreprises de leur secteur, la productivité du période 1975-1979 au niveau de 1973 et 1974.
travail apparaît légèrement supérieure dans les
groupes (tableau 12). Les forts gains qu'elle enreLorsqu'on évalue de manière approximative la
gistre en 1977 parmi les groupes du non-alimentsubstitution capital-travail par l'évolution du ra
aire leur permettent d'ailleurs de créer (ou de tio surface de vente par personne employée, on
restaurer?) cet écart qui semble plus important observe, dans le commerce de détail comme dans
dans le cas des groupes alimentaires. de nombreuses autres activités, que cette substi
tution semble engendrer des gains de productivité
apparente du travail ainsi que tend à la prouver Tableau 12: productivité apparente du travail comparée la similitude d'évolution de ces deux indicateurs dans les groupes et l'ensemble de leur secteur
(graphiques 3 et 4). Sur la période considérée, (Valeur ajoutée brute par personne) (en milliers de francs)
cette productivité croît modérément dans l'al Groupes non Secteur non Groupes Secteur imentaire comme dans le non- alimentaire à un alimentaire alimentaires alimentaire alimentaires
rythme moyen d'environ 2,5% l'an qui fléchit l 69 61 57 57 1976 égèrement depuis 1977. En revanche, la product
1977 79 71 69 63 ivité apparente du capital'evolue peu ou, plus
précisément, semble osciller autour d'une valeur Sources rapports d'entreprise et comptes commerciaux de la Nation
moyenne déjà atteinte en 1973 (graphique 5).
Graphique 3: productivité apparente du travail (Vab en
volume/personne) des groupes alimentaires et surfaces de
vente par personne
Indice base 100 1973
Productivité apparente du travail
Surfaces de vente par personne
1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979
Graphique 4: productivité apparente du travail (Vab en
volume/personne) des groupes du non-alimentaire et sur
faces de vente par personne
120 f~ Indice base 100: 1973
— — — Productivité apparente du travail
♦ ■+■ ■— Surfaces de vente par personne
1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979
Graphique 5: productivité apparente du capital (Vab en
volume/mètre carré)
Groupes alimentaires
1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979
10

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