Rapport entre la personne humaine et l'éthique

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Rapport entre la personne humaine et l'éthique

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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CONVERSATIONS BITERROISES
La Personne Humaine – 5 –
Etre Ethique et Politique
1
A.Reprise sur l’âme
:
.
Avant d'aborder la question de l'éthique, nous allons revenir en synthèse sur tout ce que nous
avons vu jusqu'à présent concernant la personne humaine, être vivant animal et raisonnable.
La question de l’âme est née de soucis religieux antiques. Ce n’est que peu à peu que la
question s’est détachée de ce contexte pour s’orienter vers une interrogation rationnelle.
Cette question philosophique est née de l’expérience que chacun se fait de l’unité de sa
personne. Si je me prends le pied dans une marche c’est moi qui ait mal et non uniquement
mon pied. A la vue d’un beau paysage ce ne sont pas uniquement mes yeux qui ont ce plaisir,
mais moi comme personne. La personne a en elle même un principe d’unité fondamentale qui
constitue son être. C’est cela que philosophiquement on appelle âme.
Anima en latin veut dire animé, qui bouge et a un comportement autonome. Anima veut dire
également souffle. En grec psyche veut dire souffle, vent. Je ne suis pas un conglomérat de
cellules. Si l’ensemble fonctionne convenablement c’est qu’il y a une force d’unité qui pilote
l’ensemble. C’est aussi une force de mouvement. A la différence du caillou qui n’a pas de
mouvement autonome ou intérieur. Tout ce qui est animé a un mouvement intérieur. Cette
différence ne vient pas de l’accumulation de cellules.
Ce principe d’unité est également principe d’organisation complexe, d’organes. Un être vivant
est constitué d’une multiplicité d’organes vitaux. Le non-vivant ne connaît pas cette
complexité. Plus le vivant est évolué, plus il est complexe. L’organe le plus évolué est le
cerveau humain dont on connaît encore fort peu de choses.
On peut faire l’expérience subjective de l’âme à l’instar de certaines mystiques. Mais
l’introspection atteint vite ses limites. On va prendre le chemin de la science. Comme on ne
peut faire l’expérience objective de l’âme (Charcot disait ne pas la trouver au bout de son
scalpel), on va essayer de l’atteindre par ses manifestations. Comment se manifeste le vivant.
Nous avons fait cette démarche dans les conversations précédentes.
Les opérations fondamentales du vivant sont les opérations de la biologie : ce qui fait la
rupture entre le vivant et le non-vivant. Contrairement au non-vivant, l’être vivant s’assujettit
l’extérieur. Il domine son environnement en l’assimilant. L’autre est assimilé pour devenir
soi-même. Le non-vivant n’a aucune maîtrise sur son environnement. Il fait partie de
l’environnement. C’est un objet. Alors que le vivant devient sujet. La subjectivité précède
ontologiquement la conscience. La première marque du vivant est de s’assujettir le monde
extérieur.
Autre marque du vivant : il tend vers la perfection et l’infini. Le non-vivant tend vers la
dégradation. Un caillou s’use. C’est le principe d’entropie. Alors que le mouvement naturel
du vivant, ou négentropie, c’est de se régénérer ou de se perfectionner et de tendre vers
l’infini au titre de l’espèce par la multiplication. Saint Thomas y voit une certaine
ressemblance avec Dieu, à travers cette recherche de perfection et d’infini.
La deuxième série d’agissements ce sont les actes de l’animal. L’apport de l’animal par
rapport à la plante, c’est de prendre possession de son environnement en intégrant la notion de
distance; distance de la perception : je prends connaissance d’éléments éloignés alors que la
plante ne peut assimiler les choses qu’au contact direct avec elles. Les animaux prennent
conscience du monde extérieur par la sensibilité. Ils élargissent leur champ de maîtrise.
2
A distance de lieu mais également à distance de temps. L’animal se souvient d’évènements du
passé ; il est capable d’éducation par cette mémoire, et d’évolution de ses comportements,
parfois de façon surprenante. Il est capable d’anticiper un futur proche. La lionne anticipe le
passage de la gazelle avant son saut. Elle a une certaine estimation du futur proche. Un chien
sauveteur est capable de calculer le trajet optimum pour récupérer le noyé en économisant son
énergie. La locomotion est liée à la perception, donc au calcul des distances.
C’est avec la sensibilité qu’apparaît la notion de conscience. Et avec cette dernière, la notion
d’objectivité (cela contredit bien des idées modernes sur les liens entre conscience et
subjectivité). Sa perception sensible déclenche les réactions instinctives de l’animal.
Dernier niveau d’action et qui dépasse la sensibilité limitée au champ de perception. Chaque
sens à une gamme de perception limitée précisément. Je vois entre l’ultraviolet et l’infra
rouge. On entend entre l’infra et l’ultra son. Mon champ de vision est limité par ce qui me
bouche la vue. Je ne peux pas voir au-delà.
L’intelligence fait exploser les restrictions de rayon d’action chez l’animal. L’intelligence est
sans limite ; elle est capable de tout connaître. Et par là même, la volonté est capable de tout
vouloir. Elles n’ont pas de borne. Dire qu’on ne connaît pas quelque chose est impossible,
puisque cela suppose de déjà en connaître un minimum. L’intelligence est ouverte à tout. La
sensibilité ne perçoit que l’extérieur des choses ; les couleurs, les sons. Alors que
l’intelligence perçoit l’intérieur. Lorsque je pense à une chaise, je pense à la spécificité de la
chaise et je ne m’attarde pas sur ses composants. Je retiens la notion de chaise ou l’essence de
la chaise. Je suis en quelque sorte capable d’être cette chaise. Cela par mode d’assimilation de
l’essence de l’objet. C’est la même essence qui est en moi que celle de la chaise, mais de
manière différente. Elle est en moi par la connaissance, alors que dans la chaise cette essence
est concrétisée de façon matérielle. La connaissance est l’existence immatérielle des réalités.
Par la connaissance intellectuelle je suis capable de faire exister immatériellement ce qui
existe matériellement. L’intelligence est immatérielle.
Comme dit Aristote : « L’âme est d’une certaine façon toute chose ». D’une définition de
départ : «
l’âme est l’acte au principe de l’unité et du mouvement de mon organisme
», j’arrive
à la définition finale d’Aristote : «
L’âme est d’une certaine façon toute chose
». Nous avons
vu que l’âme du végétal est toute chose qui l’entoure et qui est assimilable par elle. L’âme
animale est les caractéristiques extérieures de tout ce qu’elle peut percevoir. Elle est les
couleurs, les sons… L’âme humaine est absolument toute chose. Elle est tout ce qu’elle peut
connaître. C’est une approche car le mystère de l’âme reste entier , mais c’est déjà intéressant
de dire : « je suis toutes choses ».
Nous avions émis l’hypothèse de pouvoir connaître Dieu s’il existait, voire s’il laissait des
traces. Supposons qu’il existe, que je puisse remonter à lui, alors je suis capable d’une
certaine manière d’être Dieu. L’âme humaine rejoint la notion de personne. Seule l’âme
humaine est capable de s’adresser à l’essence des choses et de Dieu. C’est au nom de cette
capacité de la personne humaine que l’on prend cette valeur. On rejoint la définition très
traditionnelle de la théologie chrétienne concernant la personne. Selon les premiers Pères de
l’Eglise, la personne est une substance (entité) individuelle (repérable, isolable) de nature
rationnelle (façon humaine d’être spirituelle). Ici rationnel marque une limite. Bien que je sois
de nature spirituelle, je ne suis pas un pur esprit. Je suis un esprit qui se développe, je
progresse. La personne humaine est une personne car capable de devenir Dieu.
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B.La personne humaine, être éthique et politique
D’où vient la réflexion éthique ?
Nous avons tous fait l’expérience de moments de bonheur et de malheur. Nous souhaitons
faire durer les premiers et écourter les seconds. Tous nous avons expérimenté notre
responsabilité dans notre bonheur ou notre malheur. Nous avons le sentiment de pouvoir agir
en ce sens. Ce qui nous pousse à trouver des solutions : comment puis-je me comporter pour,
de façon responsable, aller dans ce sens et enrichir cette intensité du bonheur ? C’est
l’interrogation fondamentale de l’éthique.
L’éthique est une réflexion sur le bonheur humain.
Où se trouve le bonheur humain?
Cette question a-t-elle un sens ? Si on le savait il n’y
aurait plus de problèmes. Mais ce n’est pas si simple car on peut savoir où sont les choses
et ne pas y parvenir. Les grandes orientations de la vie humaine sont limitées.Elles
peuvent accaparer une vie et modèlent les personnalités. J’en ai repéré neuf :
-
Les biens matériels et la richesse : motivation très répandue.
-
Les honneurs dans leur forme moderne : les insignes de la carrière
-
Recherche de l’épanouissement corporel : être bien dans sa peau
-
Recherche du plaisir, des sorties, de la jouissance corporelle
-
Recherche de la puissance et du pouvoir. Faire sentir son pouvoir sur les autres
-
La recherche scientifique : l’approfondissement du savoir…
-
L’amour, l’amitié, le partage et le don de soi. Vivre pour les autres
-
La réalisation ou l’oeuvre. Je façonne, je crée, je réalise
-
La beauté et la gloire au sens de l’éclat, du rayonnement (l’aura)
Cela vaut la peine d’interroger ces neufs axes pour me demander où je me dirige. Envisageons
deux considérations ou critères de classification.
On peut distinguer dans cette liste des objectifs extérieurs à l’homme et d’autres intérieurs. La
recherche du pouvoir, de la jouissance, de l’amitié, de la gloire sont des notions intérieures à
l’homme. Les notions de richesse, d'honneurs, d’oeuvre sont extérieures à l’homme.
Certains de ces objectifs sont finalisés par d’autres. Exemple : la richesse est poursuivie non
tellement pour elle-même mais pour tout ce qu’elle permet d’offrir. L’argent n’est pas un but
en soi. Même l’avare a un plaisir malsain d’en avoir et de le faire sentir à ceux qui n’en ont
pas. Le pouvoir est un moyen en vue d’un objectif collectif. Une fois que j’ai le pouvoir mon
objectif devient autre.
A partir de ces critères on peut trier nos neufs éléments. A priori, le bonheur se rapprocherait
plus des éléments intimes que de ceux qui me sont extérieurs. Le bonheur se rapproche plus
de l’état d’être que de l’avoir. Le bonheur est plus du côté de ce que l’on recherche pour soi
que de ce que l’on recherche en vue d’autre chose.
Dans ce qu’on recherche pour soi, nous pouvons éliminer l’argent, le pouvoir, l’oeuvre (Eiffel
avait une recherche intérieure dans ses réalisations, il recherchait une perfection intérieure), le
savoir technique. Tout cela est en vue d’autre chose.
En résumé, le bonheur est la joie de la possession d’un plus grand bien possible. Non
seulement dans la possession mais tout autant dans l’effet de la possession, dans le
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retentissement intérieur de la possession du plus grand bien possible. Ce plus grand bien
possible est nécessairement complet, durable et intérieur.
Mais progressons dans notre essai de définition
Il n’y a pas, sur terre, de plus grand bien que l’homme, pas de bien plus précieux que la nature
humaine. Aucune autre valeur ne l'égale. Pourquoi ?
D’abord parce que toute hiérarchie moral s’évalue par rapport à l’homme. Il est la raison
d'être de l'Univers et la référence de tout ce qui est bien ou mal. Il n’y a pas de bien ou de mal
par rapport aux animaux, aux étoiles… etc.
Ensuite, seul sur terre, l’homme est une réalité spirituelle, capable de se détacher en partie de
l’emprise de la matière. L’homme est aussi le sommet de l’univers ; principe anthropique, qui
signifie que tout le mouvement de l’évolution (au sens large) constitue une complexité
croissante de la réalité pour atteindre la complexité ultime qu’est la nature humaine. C’est le
complexe le plus achevé de l’évolution (ceci n’est pas partagé par tout le monde, mais c’est
intéressant).
Enfin, on pourrait montrer aussi que l’homme est un microcosme, c’est à dire que tout ce qui
existe dans l’Univers se retrouve dans une certaine proportion en l’homme.
Ces trois aspects permettent de conclure qu'il n'y a pas sur terre de valeur plus grande, pas de
bien plus grand que l’homme.
Comme je vous ai dit que le bonheur réside dans la possession du plus grand bien existant et
que l’homme est le plus grand bien existant,
alors, le bonheur réside dans la possession de
l’homme
.
Que veut dire posséder l’homme, quel sens cela peut-il avoir ? Le bonheur réside-t-il dans
l'esclavagisme ? Il y a plusieurs façons de posséder. D’abord une façon matérielle pour les
biens matériels (ma voiture, ma maison, ma propriété,..) ; c’est un droit de propriété
unilatéral ; ce qui m’appartient, j’en suis à l’origine dans la mesure ou je l’ai acheté ou produit
avec mon travail. J'ai le droit d' "
usus et abusus
", je peux utiliser le bien à ma guise, jusqu'à le
détruire si je veux. Mais existe un deuxième style de propriété, un style relationnel, qui est
essentiellement humain : c’est "
ma
" famille, "
ma
" patrie, "
mes
" amis. Ma famille
m’appartient, parce que moi-même je lui appartiens. Je possède une famille parce que ma
famille me possède et de même pour ma patrie. C’est en effet étonnant de dire "
ma
" patrie ou
"
ma
" famille, c’est marquer un titre de propriété sur quelque chose qui en fait n’est pas du
tout du même ordre que ma voiture ou ma maison. Il existe un style de propriété reposant sur
la relation
d’appartenance mutuelle
. Et c’est en ce sens que l’on parle de possession de
l’homme. On s’appartient parce qu’il y a entre nous une relation de mutuelle dépendance.
Cette relation a un nom, elle s’appelle l’amitié. La clef, le fond,
l’essence du bonheur réside
dans l’amitié
.
Je voudrais essayer de montrer comment ce désir d’arriver au bonheur et de concevoir
l'essence du bonheur comme la relation d’amitié, est la clef de voûte de toute la relation
éthique et politique. Donc je serai assez bref sur ce sujet qui est immense, j’irai directement à
l’essentiel, et je montrerai aussi comment par la relation d’amitié, l’éthique fait partie de la
politique. Nous définirons la politique comme
une éthique en commun
, c’est partager
ensemble une même éthique. Agir en homme politique, en citoyen, c’est partager une même
éthique. Tous les problèmes sociaux sont des problèmes éthiques. Les problèmes médicaux,
d’immigration, de nationalités, ne sont pas des problèmes techniques ou juridiques, ce sont
des problèmes éthiques et sociaux. Comment allons nous traiter les immigrés ? Quelle attitude
devant les grandes interrogations médicales ? Quelle éthique allons nous mettre en oeuvre
pour l’éducation des enfants dans les collèges, pour la sécurité publique ? Par exemple, est-il
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éthiquement bon ou mauvais de dégager des budgets importants pour créer des centres
d’enfermement pour adolescents ? Je n’ai pas de réponse personnelle. Il n'y a pas de problème
technique à construire ces centres ; mais par contre quelle société allons nous créer en le
faisant ? La politique c’est bien partager ensemble une même éthique.
La clef est l’amitié
L'Amitié est d'abord un terme extrêmement générique et large. Nous ne parlons pas de
copinerie entre étudiants mais de la relation affective et affectueuse entre deux être humains
(ou plus), de même sexe ou non. L’amour conjugal est une certaine forme d’amitié, certes une
forme très élaborée mais qui fait partie de l’amitié.
L’amitié est une relation d’adultes, d’affectivité mutuelle qui pousse les gens, par l’attrait que
chacun exerce sur l'autre, à vouloir vivre ensemble, partager ensemble, établir une certaine
communauté de vie. La notion d’amitié est grecque, puisqu’eux-mêmes l'ont poussée
jusqu’aux extrêmes que l’on connaît dans l’homosexualité. Mais cette homosexualité n’est
pas aussi vicieuse que la nôtre. C’était, du temps des grecs, une sorte de relation d’affection
entre adultes de même sexe qui s’apprécient au point de vouloir mettre tout en commun. Telle
peut-on du moins la lire chez un Platon. On sait que l’homosexualité féminise l’homme et
qu’elle crée petit à petit une société d’esthètes pour sombrer dans la décadence. L’esthétisme
grec du 5° ou 4° siècle, est poussé à son paroxysme ; et la création artistique grandiose dans la
statuaire, dans la littérature, dans la poésie, et dans la religion est liée à ces moeurs exacerbées.
Mais cela correspondait à un désir spirituel réel. Ce n'est pas un hasard si c'est aussi l'apogée
politique de cette civilisation.
Aujourd’hui, on constate dans notre société, notamment dans les phénomènes de renouveau
religieux, qu’ils soient catholiques ou non, ce désir de vivre en communauté chez les jeunes,
mais aussi paradoxalement chez des personnes d’un certain âge, au prix d’ailleurs bien
souvent d’un déséquilibre affectif et psychologique dangereux. Il n’y a jamais eu autant de
désir de mise en commun, notamment dans l'idée de revenir "au temps des premières
communautés chrétiennes", décrites dans les Actes des Apôtres. C’est un désir fort de notre
génération qui a commencé dans les années 70. Un désir de recréer les conditions de la vie en
communauté. On pense, à juste titre sur le principe, mais à tort dans les excès, retrouver le
vrai bonheur dont les générations précédentes ont été complètement sevrées du fait de
l’individualisme, de l’enfermement, de la fermeture aux autres.
Il est vrai qu'à une époque encore récente, on ne fréquentait pas n’importe qui et l'on devait
respecter un code de conduite élaboré. Il existait des gens à qui on ne parlait pas, que l’on ne
voulait ni voir, ni connaître ni entendre, y compris sur un même palier. La vie était sectorisée :
on ne mélangeait pas le professionnel qui ne regardait en général que le père de famille, avec
le privé. L'épouse n'avait pas même idée du montant du salaire du mari. Quand aux enfants,
ils ignoraient jusqu’à l’existence de l’argent. On ne savait pas ce que papa faisait, maman
avait aussi son domaine secret, les enfants ne parlaient pas à table, ne posaient pas certaines
questions. Garçons et filles étaient soigneusement séparés et confiés à des nurses, etc. Tout
était cloisonné, on avait brisé, émietté le désir de vivre en commun. La pratique religieuse, par
exemple, était souvent déconnectée de la vie profane, et sans impact sur cette dernière. Ce fut
une frustration très forte de la génération de 1968 et une des motivations de la révolte de toute
une jeunesse animée par le désir de tout partager. L’équilibre de la vie humaine réclame
nécessairement la mise en commun avec d’autres personnes, de valeurs fondamentales et pas
seulement de «propos aimables».
Qu’est-ce que l’amitié ?
L’ami met tout son bonheur dans le bonheur de l’autre. Il est arrivé
au stade où ce qui le rend heureux , c’est que l’autre soit heureux. Il ne s'agit aucunement de
sacrifice altruiste. Fondamentalement, l'ami est être heureux lorsque l'aimé est heureux, et
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encore plus lorsque il en est la cause. Telle est l’amitié, notamment celle que l’on est appelé à
vivre dans le couple, avec les enfants et avec toutes les relations privilégiées. Elle est la
tendance extravertie de l’être humain qui consiste à revendiquer : « mon plaisir, c’est que les
gens avec qui j’ai plaisir à vivre, soient heureux avec moi et grâce à moi».
Lorsque cette amitié est partagée, autrement dit lorsque vous avez plaisir à rendre heureux
autrui et que ce même autrui a plaisir à vous rendre heureux, alors c’est complètement gagné.
Une telle communauté peut se vivre entre quelques êtres humains toujours à se demander
comment, à chaque moment de la vie, faire en sorte que l’autre soit heureux, ceci par plaisir et
non pas par devoir ou bonne éducation. Il se crée un climat unique et rare et que l’on désire
vivre éternellement en souhaitant que le temps s’arrête. Ainsi d'Abraham et de ses trois
visiteurs, ou de saint Pierre lors de la transfiguration. C'est un des moments de bonheur les
plus intenses donnés sur terre.
J'en reste volontairement à un niveau philosophique, naturel, je ne rentre pas dans des
considérations surnaturelles, bien que l’on pourrait montrer qu’il en est de même dans la
Communion des Saints. Cette expression dit bien ce qu'elle veut dire : communion =
communauté. On est dans le même schéma. Le bonheur surnaturel, c’est la communauté des
saints, heureux ensemble de vivre éternellement le bonheur qui leur est donné. Le fait d'être
ensemble ajoute au bonheur qui sans cela serait moins complet. C’est une grande différence
entre, par exemple, le catholicisme et le protestantisme. Pour ces derniers, nous sommes seuls
à seul avec Dieu, dans une relation individuelle de personne à personne. Le catholicisme, pas
du tout, c’est la Jérusalem céleste, c’est la Cité sainte, c’est la Communion des Saints. Il y a
cette dimension communautaire, politique. Un catholique n'est jamais heureux tout seul, il
l'est toujours en communauté et en amitié. Dans sa Somme Théologique, saint Thomas
d’Aquin traite de la charité surnaturelle sur modèle exacte du traité sur l’amitié chez Aristote.
Il établit un parallélisme tout à fait marqué à chaque étape. La charité est la vertu théologale
suprême, celle qui sauve (l’espérance et la foi ne sauvent pas).
Aimer c’est donc vouloir le bonheur de l’autre. Vouloir le bonheur complet, durable et
intérieur
. Pour pouvoir mener cette vie, cela suppose que l’homme se soit donné la noblesse
de caractère qui permette de ne pas trahir cette relation. C’est là où l'amitié devient difficile,
fragile, inconstante. Nous avons à travailler car la relation d’amitié n’est pas acquise
d'emblée. Elle se présente d'abord comme un rêve, une perspective. Nous allons y tendre ou
nous n’allons pas faire cet effort. C’est un choix. Nous savons, nous connaissons le but, mais
nous voulons y aller ou nous ne le voulons pas. C’est un chemin escarpé et c’est justement
cela tout l’enjeu de l’éthique.
Comment vaincre les difficultés ?
Ce travail s'accomplit par l’éducation de deux dimensions de la nature humaine : 1 les
sentiments et les passions, 2 l’intelligence du coeur, (Aristote parle de prudence mais en
français ce mot a pris un sens assez restrictif, justement contraire à l’extraversion nécessaire
pour aller vers l’autre). Donc nous parlerons d’intelligence du coeur et de vertu, (ce mot est
étymologiquement proche de virilité – l’homme a un côté féminin et la femme un côté viril –
la vertu est la virilité de l’être humain, et, pourrait-on dire, l’intelligence du coeur est sa
féminité).
Les difficultés surgissent de la nature humaine laissée à l’état brut. Celle-ci est une synthèse
originale, au dosage unique, de toutes les tendances, de toutes les passions, les sentiments, les
audaces, les envies, les paresses, les lourdeurs, les fiertés et les lâchetés qui nous habitent. Il
s'agit d'un mélange personnel à chaque fois inédit, de désirs, d’agressivité, de colères et
d’indifférence présent chez tous les hommes selon des équilibres différents. C’est ce qui fait
le sel de la vie,
l’épice
des relations humaines. Il n’y a pas deux être humains composés avec
la même alchimie. Même des jumeaux, au caractère très proche, ont tout de même de
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nombreuses différences. Ce déterminisme relatif trace des tendances propres de chaque être,
liées à sa biologie, à sa psychologie, à son cerveau. On sait même modifier chimiquement le
caractère des gens et les rendre apathique ou enragés.
Tout le monde fait l'expérience que si rien n'est fait envers ce « magma » qui nous tire dans
tous les sens, nous sommes rapidement complètement déchirés. Un jour nous voulons ceci, un
jour autre chose. Les désirs sont contradictoires : on a envie de manger mais on veut maigrir,
on a envie de faire du sport mais cherche à se cultiver, etc. Si ces désirs contradictoires restent
à l’état de velléités, ils sont passagers et inconstants. Il est classique de voir des jeunes
s’inscrire à un club de foot et changer de sport après trois semaines, pour trois autres semaines
de judo ou ping-pong, parce que le plaisir est passé, etc. Ainsi, de désirs en désirs, finalement
rien n'est construit ni produit durablement. Laisser la personne humaine en son état natif,
naturel, conduit à une impasse, et nous l'avons tous expérimenté. L’impasse est le contraire du
bonheur. Nous sommes fondamentalement malheureux dans l'instabilité et l'indécision.
Aristote est un auteur aride, « scientifique », mais on trouve les passages les plus sensibles
lorsqu'il fait état du malheur de l’homme déchiré par ses passions. C’est de cet écartèlement
qu’il nous faut sortir, car il nous rend incapables d'aimer vraiment.
Pourquoi ? Tout simplement parce que nous avons aussi constaté que nos passions, nos
sentiments, nos désirs sont en partie malléables : on peut les prendre en charge. Je ne dis pas
que l’on puisse absolument les assujettir , c’est impossible ni d'ailleurs souhaitable. Je ne dis
pas non plus qu’un caractère naturellement audacieux, casse-cou, téméraire, deviendrait par
éducation, circonspect, lent, timoré … non, on ne refait pas sa nature. Si l'on est naturellement
téméraire, paresseux ou émotif, on le restera toute sa vie. On ne refait pas sa nature mais on la
conduit en essayant d’estomper les excès et d’affûter ce qui est émoussé. Qui manque de
patience, s'essaye à la longanimité; qui manque de force, va s'entraîner au combat. Le naturel
paresseux ou la nature triste sont les plus difficiles à gérer. Elles sont un grand handicap dans
la vie. Mais même elles, peuvent se surmonter en s'en donnant les moyens. Par exemple, la
tristesse se canalise très efficacement dans la compassion pour autrui. On voit souvent des
personnes psychologiquement fragiles, vouloir s’occuper des autres, être éducateurs, etc.
Quelqu’un ayant des difficultés personnelles peut être réellement salutaire et providentiel pour
autrui, car il sait de quoi il parle. Ce qu’il a du mal à assumer pour lui-même, il pourra
parfaitement le faire pour son prochain. Même les natures les plus difficiles peuvent se
prendre en charge. C'est ce qu'on appelle l’acquisition des vertus.
Force, virilité, vertu, sont trois mots proches. Et pour cette raison, la force est la première
vertu à acquérir, celle qu’il faut se donner assez jeune. L’éducation des parents, si importantes
soit elle, n’est à terme qu’une prothèse. Elle ne devient efficace que le jour où l’enfant l'a
assumée à titre personnel. Une prise en charge personnelle de la vertu de force doit se faire
assez jeune : fin de l’adolescence, vers 17, 18 ans. C’est vers cet âge que le jeune adulte doit
commencer assumer par lui-même et pour son propre compte son éducation à la force.
Qu’est-ce que la vertu de force ? Je pense que le nom est assez clair dans ce qu’il veut dire
lui-même : c’est la capacité intérieure et extérieure, physique, mentale et morale, d’affronter
l'obstacle, de ne pas fuir, de ne pas renoncer, de ne pas se soumettre à l’adversité, mais de le
combattre. Dans la vertu de force, le premier élément à avoir est le courage, c’est à dire
surmonter l’aversion, la peur, la crainte que l’on éprouve devant l’attitude que l’on sait devoir
tenir. Mais le courage ne suffit pas et ne s'obtient pas si on acquiert pas aussi tous les moyens
qui l'accompagnent. Vertu de force veut aussi dire force physique. Voilà encore qui est très
grec. L'éducation sportive est présente dès le plus jeune âge, très sévère, douloureuse, intense,
avec des maîtres qui éprouvent un malin plaisir à faire souffrir les élèves, mais qui savent
aussi les faire progresser. Les moyens matériels de la force (sports de combat, entraînement
au tir et aux armes blanches, endurance) sont très important à acquérir. Notre monde a
terriblement tendance à
dévaloriser
cette vertu. La France, l’Occident, ne sont pas une
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civilisation d’hommes forts. On a plutôt tendance à prôner la non-violence, la non agressivité,
la compassion, la non réactivité; notamment sous l’influence d'un orientalisme qui est le
contraire de la force. Il faut en prendre conscience. Nous devons donner aux jeunes cette force
nécessaire pour être droit dans la vie , pour être droit parmi les hommes, pour être droit dans
ses responsabilités, vis à vis de son entourage. Je pense qu’il y a une grande partie de divorces
qui sont dus au fait que l’homme – le mari – n’est pas assez fort pour prendre ses
responsabilités. Bien souvent dans les foyers, c’est la femme qui est forte. Il y a un déficit de
force masculine dans notre société qui est préjudiciable. Surtout dans certains milieux
bourgeois, biens éduqués, etc.
La force s’entretient. Il n’y a pas 36 façons d’apprendre à être fort. Il faut se mettre en
situation. Toutes les vertus s’acquièrent par la répétition et la simulation. Les milieux
surprotégés (cocooning, enfant-roi) sont un handicap pour l’équilibre, la maturité du jeune,
parce qu’il n'est pas mis en situation. Quand on ne le met pas à l’école, quand on ne le
mélange pas parmi d’autres jeunes de sa générations, quand on prend les responsabilités à sa
place, quand on décide et qu'on agit pour lui, c’est pédagogiquement très mauvais. Il faut
absolument que l’enfant se « brûle au fourneau », à l’école, parmi les amis, partout. Le rôle du
parent est justement de doser l’épreuve, ne pas laisser les enfants affronter des obstacles qui
dépasseraient leurs forces. Mais par contre il ne faut pas non plus les empêcher d’affronter le
monde assez tôt, cela commence à 5, 6 ans. La vertu de force est très importante. Comme
toute vertu, elle s’apprend en s’exerçant et plus on l'exerce, plus on devient fort.
Deuxième vertu dans l’ordre chronologique : la tempérance. Là encore le vocabulaire est
biaisé : est "tempérant" celui qui ne boit pas trop d’alcool. Or ce n’est pas cela du tout qu'on
entend signifier. La tempérance est l’acquisition de la bonne mesure dans l’action :
ni trop, ni
trop peu
. On est dans l’appréciation personnelle. Savoir doser juste ce qu’il faut. Tout l’art de
la tempérance consiste à trouver cette bonne mesure. Cette vertu s’acquiert plus tardivement,
parce qu’elle est liée à l'expérience de la vie, à la maturité, à un certain nombre d’échecs et de
réussites. Elle est la vertu à acquérir par ceux qui sont déjà forts, afin de maîtriser cette force.
Le "
doux
" de l'Evangile est précisément cet homme fort devenu tempérant. La tempérance
s’acquiert en peaufinant, en adaptant, en ajustant un peu plus chaque fois. Elle est, paraît-il, la
vertu française par excellence. Le classicisme français, c’est la recherche de la bonne note, du
juste milieu.
La force et la tempérance sont des vertus complémentaires du caractère. La prudence est une
vertu de l’intelligence. La troisième vertu est ce que j’ai appelé l’intelligence du coeur. Elle
cherche non pas à analyser scientifiquement les choses, mais à comprendre une situation
concrète en fonction des circonstances, des personnes et de tout un ensemble de faits
indissociables. Le jugement que je porte sur le mouvement uniformément accéléré de la chute
des corps ne fait pas place à des considérations d'époque, de pays, de personnes, etc.. C’est un
jugement massif, scientifique. Le jugement prudentiel, lui, est circonstanciel ; aujourd’hui, ici,
dans telle situation, de conflit par exemple, mon jugement est que telle personne est dans son
droit ou plutôt dans son droit, et telle autre est dans son tort ou plutôt dans son tort. Mais
attention, demain, à une autre heure avec d’autres personnes, mon jugement pourra être
différent, plus accusatif ou au contraire plus interrogatif , etc. Un jugement prudentiel peut
varier d’une heure à l’autre, ou d’une personne à l’autre. Pour tel individu, voler à l’étalage
est un acte grave qui doit être puni gravement, et pour tel autre ce n’est pas la même gravité
bien que ce soit le même mal. C’est cela que j’appelle la prudence : le jugement complexe et
circonstancié sur les actes humains. C'est encore plus difficile plus long, et plus utile à
acquérir.
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Il se développe essentiellement par la prise de conseils. Lorsqu’une situation est difficile,
obscure, grave, le premier réflexe que l’on devrait avoir, c’est de prendre son téléphone, de
rencontrer des gens et leurs demander leur opinion. La première étape du jugement prudentiel
est prendre conseil avant de décider quoi que ce soit (bien sûr, on ne peut pas le faire pour
tout : s’il y a le feu, ce n’est pas le moment de rechercher les avis). Par exemple, devant une
difficulté scolaire, rien ne sert de menacer l'enfant de "boite à bac". Le problème est
forcément complexe, lié à un professeur, au passé de l’enfant, à une personnalité différente de
ses frères et soeurs. Il ne faut surtout pas prendre de décision à l’emporte pièce, parce que l’on
est sûr de se tromper, mais interroger les éducateurs, les parents d'enfants aux difficultés
semblables, s’entourer d'avis, et seulement après décider en son âme et conscience. On exerce
alors l’intelligence du coeur, que la philosophie appelle la prudence.
Force, tempérance et prudence sont des vertus individuelles, personnelles. Il existe une vertu
qui prend de ce fait une importance majeure. La vertu par laquelle je m’ouvre à l’autre, c’est
la vertu de justice. Qu’est-ce que la justice en tant que vertu ? Je ne parle pas de l’institution
judiciaire, mais de l’attitude intérieure de justice. Qu’est-ce qu’un homme juste au sens
biblique, au sens traditionnel ou au sens commun du terme ? La vertu de justice c’est savoir
ce qui est dû à chacun et le lui rendre. Un homme juste n’est pas celui qui exige ses propres
droits. Bien souvent nous crions à l’injustice quand les autres ne respectent pas nos droits.
C’est la justice-sentiment ! La passion de justice, le désir de justice, va souvent dans ce sens.
La vertu de justice va en sens contraire : elle est l’habitude entée en nous de rendre aux autres
ce qui leur est dû. Aussi bien dans la sanction que dans les honneurs. C’est une attitude
fondamentale d'ouverture à l’autre en tant que personne sujette de droits. Le droit est attaché à
la dignité. Un moustique n’a pas trop de droit. Il n'en a qu'en fonction de son utilité, pas de sa
dignité. L’être humain a des droits, et on les a assez déclarés. Cette notion de droit est très
importante, parce qu’elle est le fondement de l’attitude de justice
que l’on doit.
Ces quatre vertus sont dites cardinales chez Aristote et saint Thomas, car elles sont quatre
points de repères, qui se démultiplient en une douzaine de vertus plus concrètes. On a tous
une vertu plus connaturelle que les autres. Certains sont plus naturellement prudents, d’autres
plus naturellement forts, d’autres naturellement tempérants, d’autres naturellement justes.
Nous avons tous plus ou moins une tendance forte donnée au berceau, mais en la cultivant on
constate que les autres grandissent simultanément. Comme les doigts de la main, nous dit
Saint Thomas. Il y en aura toujours une qui sera "majeur", et une "auriculaire", mais toutes
grandissent ensemble. Il est par conséquent beaucoup plus utile et bénéfique de cultiver ses
qualités que de lutter contre ses défauts. C'est une règle essentielle de l'éducation,
malheureusement aujourd'hui totalement ignorée. Je ne dis pas qu’il faut laisser champ libre à
ses défauts, mais c’est une question de priorité. Cultiver l’excellence, son grand doigt, fera
grandir les autres.
Résultat de la vertu
C’est grâce à la force, à la tempérance, à la prudence et à la justice que nous devenons
capables d’amitié. Parce que nous nous sommes donnés un caractère forgé à la puissance,
forgé à la mesure, forgé à l’intelligence et forgé à la justice, nous allons pouvoir vivre
d’amitié de façon durable et profonde. La justification ultime de la vertu n’est pas d’être
vertueux, ni d’être un grand homme, ni d’être un personnage absolument imperturbable,
inébranlable, etc. Le but est de se donner les moyens d’exercer une amitié digne, humaine,
noble, durable et heureuse.
Vous comprenez que l’amitié est un équilibre très subtil et le moindre faux pas peut être perçu
comme une trahison. Si l’ami attend de moi ce que je ne lui donne pas, il va penser n'être pas
compris, pas aimé et l’amitié sera remise en cause puis détruite à la longue. Pour cultiver
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l’amitié, il faut se donner les moyens de ne pas trahir ni décevoir. C’est par l’acquisition des
vertus que l'on y parvient.
Mais un renversement étonnant s'opère, qui explique le bonheur de l'amitié. Ayant cultivé les
vertus afin de pouvoir aimer, vous avez tellement enrichi votre personnalité, que vous
devenez spontanément objet de l’amitié des autres. Une personne forte, tempérante, juste et
intelligente fait l’admiration d’autrui et attire même sans l’avoir voulu, même sans s’en rendre
compte. Vous qui avez travaillé sur vous-même afin d'être capable d’aimer autrui, vous
découvrez que cet effort vous a transformé comme la citrouille de cendrillon. Par un effet de
retour, vous devenez l’objet de l’amitié des autres. Il y a comme une fontaine auto-
entretenue : le jet d’amitié que vous avez lancé retombe sur vous et vous inonde. En voulant
cultiver l’amitié pour autrui, vous attirez l’amitié d’autrui. Encore une fois sans l'avoir
cherché, par la seule valeur de votre personne. Et c’est ainsi que l’amitié s’auto entretient,
c’est ainsi que l’ami est l’ami de l’ami.
Mais le mouvement ne s'arrête pas là. Car autrui voulant devenir votre ami comprend
rapidement que pour atteindre cette joie, il doit lui aussi s'engager dans le chemin de la vertu.
Parce que l'amitié provoque à l'amitié, elle provoque à la vertu. Ainsi par amitié, ce qui
pouvait être au départ simple attirance des personnalités, se transforme en lien profondément
ancré sur le désir mutuel et réciproque du bonheur de l'autre comme seule source de joie. C'est
ainsi que l'ami "possède" l'ami, son bien le plus précieux, dans une totale réciprocité.
"
… Parce que c'était lui, parce que c'était moi
".
Evidemment, je termine par la politique. Je vous ai dit qu'elle est une éthique en commun. Si
l’éthique est l’art de cultiver l’amitié, la politique est l’art de cultiver l’amitié entre citoyens.
Un pays heureux est un pays où les gens s'apprécient entre eux. Presque tous les hommes
aspirent à cela. Il suffit de voir une communauté à l’étranger ; les compatriotes ne peuvent
s'empêcher de chercher à se retrouver ! c’est l’amitié politique et citoyenne hors frontières.
Curieusement nos vieux clivages – droite / gauche, nord / sud, jeunes / vieux – tendent à
s'estomper devant le plaisir de la communauté. Tout l’art de la politique consiste à parvenir à
ce que les citoyens s’apprécient entre eux. Son ressort essentiel est de promouvoir par la loi
l'éducation adulte à l'acquisition de la force dans les responsabilités, à la mesure dans l'action
et dans les relations humaines, à l'intelligence du coeur dans l'appréciation des situations et à la
pratique irréprochable de la justice envers autrui. C'est ainsi qu'un pays devient une
communauté, une société, où il fait bon vivre ensemble.
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