Typologies d'exploitations agricoles. Nouvelles questions, nouvelles méthodes - article ; n°1 ; vol.236, pg 3-15

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Économie rurale - Année 1996 - Volume 236 - Numéro 1 - Pages 3-15
Partant d'une analyse de l'évolution de la demande sociale en matière de typologies d'exploitations agricoles, l'auteur compare deux nouvelles méthodes qui s'inscrivent dans la tradition agronomique française des typologies reposant sur le concept de fonctionnement de l'exploitation.
Farm typologies. New questions and methods in farm diversity studies
Following an analysis of the new social demands with regard to farm typologies, the autor compares two new methods. These have emerged from the traditional approach in Frenc agronomy of producing typologies based on the concept of farm functioning.
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1996
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Etienne Landais
Typologies d'exploitations agricoles. Nouvelles questions,
nouvelles méthodes
In: Économie rurale. N°236, 1996. pp. 3-15.
Résumé
Partant d'une analyse de l'évolution de la demande sociale en matière de typologies d'exploitations agricoles, l'auteur compare
deux nouvelles méthodes qui s'inscrivent dans la tradition agronomique française des typologies reposant sur le concept de
fonctionnement de l'exploitation.
Abstract
Farm typologies. New questions and methods in farm diversity studies
Following an analysis of the new social demands with regard to farm typologies, the autor compares two new methods. These
have emerged from the traditional approach in Frenc agronomy of producing typologies based on the concept of farm functioning.
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Landais Etienne. Typologies d'exploitations agricoles. Nouvelles questions, nouvelles méthodes. In: Économie rurale. N°236,
1996. pp. 3-15.
doi : 10.3406/ecoru.1996.4819
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecoru_0013-0559_1996_num_236_1_4819Etienne LANDAIS
u
ypologies
d'exploitations agricoles
Nouvelles questions, nouvelles méthodes
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La recherche était donc confrontée au besoin de produire Une demande sociale qui évolue
de nouvelles méthodes typologiques, facilement trans-
missibles et applicables à l'échelle du département (de
Les typologies d'exploitations agricoles représentent en l'ordre de 5 000 km et autant d'exploitations) et/ou de la
France, depuis une vingtaine d'années, un outil qui est région de programme (de l'ordre de 25 000 km2).
mis au service des organismes de développement agri
Au cours des dernières années, la nature de la demande cole dans un objectif commun : ordonner l'univers des
exprimée par les utilisateurs potentiels a par ailleurs évoexploitations agricoles en vue de structurer leurs analy
lué sur d'autres points, en réponse à l'évolution du conses et d'adapter leurs interventions. Elles fournissent
texte de l'activité agricole (cf. par exemple APCA, 1994 et ainsi un cadre qui peut être utilisé dans l'étude des pro
1995). Cette demande concerne désormais : blèmes techniques liés à la production agricole, dans • La mise au point de procédures d'actualisation des l'élaboration de gammes de solutions adaptées aux
typologies. Dans le contexte démographique, socio-écbesoins et aux moyens des différents types d'exploita onomique et réglementaire actuel, les caractéristiques des tions en présence et dans la conception des actions de exploitations se modifient en effet très rapidement, et les développement. Permettant d'orienter la recherche de typologies se périment en quelques années. Il devient références en fermes et d'organiser les référentiels ainsi alors nécessaire de les remettre à jour périodiquement, et
obtenus, les typologies contribuent aussi à améliorer surtout d'étudier le changement en lui-même, d'où la
l'efficacité de deux fonctions essentielles des conseillers multiplication des projets d'"observatoires des exploitations" agricoles : le diagnostic du fonctionnement des exploita (APCA, op. cit.). Ce type de besoin existe égale
tions et la formulation du conseil technico-économique ment dans de nombreux pays en développement.
aux agriculteurs. • L'utilisation de typologies à des fins prospectives :
simulation de l'effet de nouvelles mesures de politique
agricole sur le fonctionnement et les performances des Compte tenu de la nature des besoins exprimés par les
exploitations, et évaluation des réactions des agriculutilisateurs, l'émergence d'une méthode typologique teurs. Cette finalité renforce l'intérêt de prendre en reposant sur le concept de "fonctionnement d'exploita compte le comportement stratégique des agriculteurs tion", méthode mise au point entre 1975 et 1985 par les parmi les critères typologiques. chercheurs de la chaire d'Agronomie de l'Institut natio • La nécessité de dépasser la seule fonction de product
nal agronomique Paris-Grignon (Capillon, 1993), a ion pour prendre en compte les "nouvelles fonctions" de
représenté un progrès décisif par rapport aux classifica l'agriculture, et en particulier les impacts environnement
tions utilisées auparavant. aux et paysagers des exploitations.
• Enfin, l'insertion des typologies d'exploitations dans un Cependant, deux contraintes ont limité jusqu'à présent
l'usage des typologies d'exploitations agricoles qui, pour cadre élargi, permettant de resituer l'agricole dans le
rural pour aborder plus globalement les questions de l'essentiel, dérivaient, jusqu'à ces dernières années, de la
développement local ou régional. méthode de A. Capillon et coll., laquelle repose sur la
réalisation d'enquêtes approfondies sur un échantillon Cette évolution peut s'interpréter globalement comme raisonné d'exploitations (v. encadré). D'une part, le coût une tentative de faire face à la globalisation des problède ces enquêtes restreint leur extension, ce qui explique mes et à la montée de l'incertitude et de l'imprévisibilité qu'elles aient été dans la plupart des cas limitées à de qui caractérisent la période actuelle (Sebillotte, 1996).
petites régions agricoles ou à des entités territoriales de L'organisation du conseil aux exploitants demeure
taille équivalente (en général moins d'un millier de km , cependant un impératif pour les organismes de dévelop
et d'un millier d'exploitations). D'autre part, l'heuristique pement, et les futures typologies devront répondre aussi
de la construction des typologies à partir des enquêtes de à cette finalité, même si elle semble actuellement passer
terrain n'est que partiellement formalisée, et donc diffic au second plan. Simultanément, la demande exprimée
ilement transmissible. par ces organismes en matière de méthodes de conseil
Économie Rurale 236/Novembre-Décembre 1996 • Privilégier l'amélioration des procédures d'utilisation s'infléchit en direction du conseil stratégique, d'autant
que le conseil technique est de plus en plus pris en de l'information existante, en favorisant la connexions
charge par les opérateurs des filières amont et aval et des fichiers, mais aussi la formalisation et la valorisation
des connaissances accumulées par les acteurs du sysque, le niveau de formation s'élevant, de plus en plus
tème. d'exploitants deviennent autonomes dans leur recherche
• Associer d'emblée les futurs utilisateurs à la conception de l'information technique.
de la méthode, en s'appuyant sur leurs connaissances 5 Cette demande sociale s'est concrètement traduite par le contextuelles et procédurales. a X W financement d'un certain nombre de travaux de reche • Construire les typologies à dire d'experts, plutôt qu'à
rche-développement, associant des partenaires divers, partir d'enquêtes de terrain. «A
parmi lesquels le département "Systèmes agraires et • Compléter le modèle typologique d'un module infor'en o développement" de l'INRA, dont la compétence est recon matisé d'aide au diagnostic en vue d'améliorer la product
nue en matière de typologies d'exploitations agricoles. ivité du travail des conseillers grâce à l'automatisation
C'est dans ce cadre qu'ont été élaborées deux méthodes de la phase de comparaison entre l'exploitation candidate
typologiques nouvelles qui, toutes deux, se réclament au diagnostic (caractéristiques de structure et de fonc
explicitement du concept systémique de fonctionnement tionnement, performances techniques et économiques) et
de l'exploitation agricole, et visent à répondre à certaines le référentiel du type auquel elle se rattache.
des attentes exprimées par les utilisateurs.
Parallèlement, une analyse critique des méthodes anté
rieures (Perrot et Landais, 1993), et en particulier des L'objet de cet article consiste à présenter brièvement ces
caractéristiques qui les empêchent d'avoir un caractère deux méthodes, puis à les comparer entre elles et par
évolutif, orienta la recherche vers une méthode permettréférence à la méthode désormais classique de Capillon
ant de : et coll., à la lumière des différentes fonctions spécifiées
- définir les différents types d'exploitations indépendamci-dessus.
ment les uns des autres, à partir d'une batterie de critères
spécifique de chaque type (1) ;
- substituer aux classiques décisions de classement qual
Des typologies évolutives itatives (tout ou rien), inévitablement sans nuance, une
évaluation quantitative et donc nuancée de la ressemconstruites à dire d'experts
blance de chaque exploitation avec chacun des types en à l'échelle du département présence ;
- construire à partir de l'évaluation de ces coefficients de
ressemblance un espace typologique multifactoriel uniCette méthode a été construite en collaboration par
que dans lequel le calcul permet de situer à tout moment I'inra-sad et l'Institut de l'élevage (Perrot et al., 1991-
chaque exploitation, et donc d'analyser ses déplacements 1995). Le cahier des charges préalablement négocié avec
dans cet espace. l'ensemble des partenaires de cette recherche prévoyait
la production "d'un ensemble méthodologique transmiss Mise au point dans le département de la Haute-Marne, ible contribuant à améliorer l'appui technico-économi-
puis validée dans le des Vosges, la méthode que aux producteurs par une meilleure valorisation de proposée construit des types non pas par ségrégation l'information disponible à l'échelle régionale" (Perrot, d'une population d'exploitations, mais par agrégation 1991). La commande spécifiait la fourniture de métho autour de "pôles" virtuels définis à dire d'experts. Les des codifiées pouvant être appliquées sur des terrain caractéristiques détaillées des différents types sont divers par des maîtres d'œuvre différents. Ces méthodes ensuite décrites à partir de l'analyse statistique des dondevaient en outre déboucher sur des typologies et des nées disponibles dans les divers fichiers, seules étant références communes à l'ensemble des intervenants, de retenues les données relatives aux exploitations appartemanière à rendre globalement plus efficace le dispositif nant au "noyau" de chaque type, c'est-à-dire aux exploi
d'appui technique et de conseil de gestion, auquel parti tations jugées suffisamment ressemblantes au pôle concipent en France de multiples organismes (Chambres sidéré. La représentation graphique de l'espace
d'Agriculture, Contrôle laitier, techniciens des coopérati typologique fournit une image simplifiée des proximités
ves ou des industries d'aval, Centres de gestion, etc.), en et parentés entre les différents types d'exploitations disgénéral peu enclins à partager informations et savoir- tingués par le modèle (figure 1), et un cadre pour l'ana-
faire.
1 . Cette démarche apporte une réponse instrumentale opératoire au proCes contraintes conduisirent à adopter les principes blème théorique de la recherche d'une "base typologique" : la nature des suivants : variables descriptives et discriminantes (base d'activités et contraintes
actives) devient l'objet central des investigations (Erguy, 1995). Le choix • Insérer la recherche au cœur de l'appareil de dévelop
de construire indépendamment les différents pôles d'agrégation (contrapement, ce qui entraîna le choix de travailler à l'échelle irement aux méthodes multivariées) ne repose nullement sur l'hypothèse du département (plutôt qu'à celle de la région de pro selon laquelle les évolutions des différents types d'exploitations seraient
gramme), compte tenu du fait que l'essentiel du disposit mutuellement indépendantes (cf. infra). Ce choix est justifié en détail
dans la publication citée (Perrot et Landais, 1993). if en place est organisé à cette échelle.
Économie Rurale 236/Novembre-Décembre 1996 La méthode typologique mise au point par A. Capillon et Coll. : procédure
DELIMITATION DE LA ZONE D'ETUDE
5
Plan d'échantillonnage
Pour limiter le nombre d'enquêtes, l'échantillon est stratifié : milieu et environnement socio-économique * taille - sau, main-
d'oeuvre... - et activités (otex des rga) des exploitations. On obtient ainsi une vingtaine de classes assez générales. Le tableau w X a es t alors présenté aux techniciens connaissant le secteur afin de discuter de la variabilité intra-classe pour permettre de moduler
le nombre d'enquêtes en fonction du calcul effectif * variance de chaque classe. Certaines classes ne nécessitant pas d'études «A face au problème sont rejetées. Une approche nominale peut être réalisée par le choix de communes ne réduisant pas le champ
milieu*exploitations. On obtient des échantillonnages à 10 % de la population totale.
1
--Le -- les les L'appareil la guide famille, indicateurs productions d'enquête les de production objectifs, de : est nature, résultats fermé, Enquêtes l'histoire intensité, : terrains, technico-économiques. les questions sur ; conduite équipements, les exploitations très ; larges travail portent ; sur
Illustration non autorisée à la diffusion
Regroupement en types
Les comparaisons "de proche en proche" sur les classes voisines des types de
fonctionnement - chix des productions, déterminants - permettent le regroupe
ment en types.
1 1
Mise en évidence des trajectoires Calcul Production de valeurs de références modales Ensemble discriminant Clé organisé d'affectation les de types critères
1
Calcul de l'importance de chaque type
Passage de la clé sur un fichier exhaustif - rga.
Source : Capillon et Manichon, 1988
lyse des "trajectoires" individuelles des exploitations applicable à l'échelle de la petite région et repose sur la
entre deux dates successives (figure 2). La répétition réalisation d'enquêtes très approfondies sur le fonctio
périodique d'enquêtes (1) sur un échantillon constant nnement et la dynamique d'un échantillon raisonné
d'exploitations représentatives de la diversité locale per d'exploitations agricoles. Le traitement des données est
met à la fois de caractériser les tendances évolutives et réalisé "manuellement" par les chercheurs. Il consiste à
de remettre à jour la typologie (Perrot et al., 1995). pratiquer une analyse comparative dont émergent les
fonctions qui discriminent le mieux les systèmes en pré
sence, puis à définir, par tâtonnements et itérations, deux
axes multivariés qui combinent ces fonctions et dont le De la diversité des exploitations à
croisement engendre une grille typologique dotée de la diversité du développement régional
propriétés particulières. Chacune des cases renseignées
de ce tableau représente un type d'exploitations particulCette autre méthode typologique a été élaborée par ier. L'agencement géométrique des cases met en évil'iNRA-SAD dans le cadre du Groupement d'intérêt scien dence les deux "pôles" (2) dont l'opposition structure le tifique (GIS) des Alpes du nord (Cristofini et al., 1986- modèle (en général, un pôle "traditionnel" et un pôle 1993). Dans sa version initiale (Cristofini, 1986), elle est
"modernisé intensif) ainsi que différentes "filières
d'évolution" qui symbolisent les grandes tendances évo
1. Les données nécessaires sont généralement collectées à des fins di lutives en cours et les filiations entre types voisins verses par les organismes en présence, qu'il s'agisse d'enquêtes ("enquêt
es structures" du SCEES, par exemple), ou de constitution de dossiers (figure 3).
administratifs, par exemple pour l'octroi des primes CEE. La méthode ne
nécessite donc en principe aucune enquête nouvelle, même si elle peut
conduire à compléter certains questionnaires ou à redresser un échant 2. Ce terme ne prend pas ici le même sens que dans l'expression de "pôl
e d'agrégation" utilisée par Perrot et Coll. illon.
Économie Rurale 236/Novembre-Décembre 1996 1. Représentation graphique de la typologie des exploitations laitières du département de la Haute-Marne en 1987 Figure
CEREALES
TYPE LMI TYPELC. Des investissements "modèle" L'application intensif du importants en Une logique productivité production laitière et en production laitière CEREALES en matériel de cultures VIANDE
TYPE CLi : Un élevage laitier intensif TYPE LID. dans une exploitation Intensification et cereal 1ère à bon Diversification dans des potentiel exploitations en phase de développement depuis 'instauration des Illustration non autorisée à la diffusion quotas laitiers TYPECLD grande diversit productions pour tirer parti d'un milieu difficile
TYPELT: De petites exploitations traditionnel les, laitières et non modernisées
TYPED: Reconversion Lait- Viande pour alléger la charge de travail et amorcer la décapitai isation Tendances lourdes d'évolution 1960-1990 Plans de développement 1975-1983 Evolution post quotas laitiers
Source : Perrot, 1991.
Figure 2. Une image des trajectoires des exploitation haut-marnaises. 1987-1992
Parmi les trajectoires
des exploitations de
l'échantillon suivi
(N = 226), seules ont
été sélectionnées ici
celles (n = 13) qui ont
changé de type durant
la période d'étude pour
se rattacher au type "Lait-céréales" dont
l'attraction est ainsi
mise en évidence.
Illustration non autorisée à la diffusion
Source : Perrot et al., 1995.
Économie Rurale 236/Novembre-Décembre 1996 ■
;
méthode, validée successivement par la même matériellement pas envisageable de reproduire purement Cette
équipe dans plusieurs petites régions de la taille du canton, et simplement l'étude typologique dans chacun des 128
donna toute satisfaction aux utilisateurs, aussi le GIS cantons de la zone considérée. La solution adoptée cons
demanda-t-il que fût mise à l'étude sa "généralisation" à ista à proposer la construction préalable d'une typologie
l'échelle des trois départements des Alpes du Nord (Isère, de cantons, de manière à réduire le nombre des cas à étu
Savoie et Haute-Savoie). Ceci impliquait une profonde dier, puis à élaborer une typologie d'exploitations pour
adaptation méthodologique, dans la mesure où il n'était chaque type de cantons (Cristofini et al., 1994).
Figure 3. Typologie des exploitations agricoles du pays de Thônes (Haute-Savoie)
T5 M» 6>
AUGMENTATION des INTRANTS
ACHATS CROISSANTS D'ALIMENTS CONCENTRES
ACHATS CROISSANTS D'ENGRAIS MINERAUX
FONCTION- l FONCTIONNEMENT A2 FONCTIONNEMENT A3 NEMENT A1B1 Sfc; Acheteurs de foin
en recherche en Acheteurs gestion de coût foin de performances Pôle P
9 % 7% FILIERE A , dos exploitations des exploitations Traditionnel
22% FONCTIONNEMENT A4 FONCTIONNEMENT B3 des exploi
tations Transformateurs Acheteurs de foin traditionnels aux alpages saturés aux troupeaux
à effectif variable 13%
des exploitations 7% Illustration non autorisée à la diffusion des exploitations
FONCTIONNEMENT A5 FONCTIONNEMENT B4
Grandes exploitations Petites exploitations productrices de foin diversifiées FILIERE B et peu intensives 7% SE* des exploitations uiZ 12%
des exploitations
FONCTIONNEMENT B5 FONCTIONNEMENT
A7B7
(pôle) La génération Fourrager* de l'agrotourisme éleveurs
sédentarisés 12%
des exploitations 10%
des exploitations \ INRA-SAD/GIS - Alpes du Nord
- Les pourcentages figurant dans chaque case indiquent la proportion d'exploitations du canton de Thônes qui mettent
en œuvre le fonctionnement considéré (d'après enquête aléatoire INRA de 1983).
Source : Coulon et al., 1990
La typologie des cantons fut réalisée exactement sur le population, communications, urbanisation, etc. Le
même principe que les typologies d'exploitations. L'opti recueil d'informations statistiques se doubla, dans un
que retenue consista à rejeter une vision centrée sur échantillon de 60 cantons, de la réalisation de plus de
600 enquêtes auprès d'informateurs privilégiés, élus, l'activité agricole, qui est rarement l'activité principale,
et encore plus rarement l'activité motrice du développe opérateurs économiques, agents de développement, etc.
ment d'un canton. Une image globale du développement Cette étude permit de définir, à partir de leur dynamique
cantonal fut donc construite par superposition d'informat de développement, 23 types de cantons, regroupés en
ions relatives à des sujets variés : activités économiques cinq filières d'évolution. Le tableau typologique résulte
du croisement de deux axes, dont l'un traduit un proces- et emploi (industrie, tourisme, tertiaire, agriculture, etc.),
Économie Rurale 236/Novembre-Décembre 1996 sus d'urbanisation au sens large, l'autre un processus de typologies ne sont cependant pas toujours totalement
croissance économique très corrélé à un de compatibles entre elles, ce qui conduit à privilégier les
diversification des activités. Il est structuré par deux aspects dynamiques et donc les critères stratégiques, par m 10 pôles représentant l'un les cantons à prédominance rapport aux critères décrivant de manière fine le fonc
rurale, l'autre les agglomérations urbaines (figure 4). tionnement biotechnique des processus de production O
(cf. infra, 3.4). Une fois achevée cette typologie cantonale, qui suscita
en elle-même l'intérêt de nombreux partenaires au
Une autre similitude entre ces deux méthodes, toujours niveau régional et national, on entreprit l'élaboration des Q. X en rapport avec leurs fondements théoriques (tout systypologies d'exploitations. Chemin faisant, l'hypothèse 73 tème se transforme en fonctionnant), concerne l'imporde départ (à un type de développement cantonal donné M tance qu'elles accordent à la dynamique des systèmes correspond un et un seul type de développement agri
d'exploitation. Cependant, la dimension temporelle y est cole, modélisable par une et une seule typologie
abordée de manière différente. d'exploitations) fut reformulée. Un nouveau traitement
du tableau typologique destiné à illustrer spécifiquement
le thème du développement agricole permit d'abord de 2. La prise en compte des dynamiques
regrouper les 23 cases du tableau en 10 types de "context dans les typologies
es agricoles". Pour chacun d'entre eux fut alors réalisée
La dimension historique joue un rôle essentiel dans la une typologie d'exploitations. Dans deux cas, il apparut
méthode de référence mise au point par A. Capillon et nécessaire de dédoubler le modèle typologique pour
Coll. En effet, les types qu'elle définit procèdent de "tratenir compte de l'orientation de l'agriculture de certains
jectoires d'évolution" qui retracent l'histoire et la logique cantons vers des productions qualitatives à forte valeur
de leur différenciation au cours des dernières décennies. ajoutée. Au total, 12 typologies d'exploitations furent
La première image produite est celle d'un arbre phylogé- finalement "emboîtées" dans la typologie des cantons.
nétique, qui reconstitue à partir d'enquêtes rétrospectives
les filiations et les parentés entre types (figure 5). Les
tableaux ou grilles typologiques qui sont utilisés dans un
Éléments d'une comparaison : second temps pour présenter les caractéristiques des dif
férents types en présence sont en revanche dénués de options méthodologiques
toute dimension temporelle, et leur géométrie n'est pas et fonctionnalités interprétable en elle-même.
Les tableaux typologiques construits par B. Cristofini et 1. Des fondements théoriques communs Coll. représentent de même des images instantanées de
la diversité observée. Elles n'ont en principe aucune Ces deux méthodes ont en commun de rejeter les métho
épaisseur historique, en sorte que le concept de "filière des de classification opérant sans a priori sur la nature
d'évolution" peut de prime abord sembler entaché d'une objets à classer, ce qui est souvent (bien que non
certaine ambiguïté. Pourtant, de même qu'une photogranécessairement) le cas des analyses statistiques
phie peut paradoxalement représenter un objet en moumultivariées : le classement opéré ne dépend alors en
vement, il est possible d'interpréter ce concept de filière effet que de la liste des critères et de la composition de
comme une représentation des proximités entre types, l'échantillon. Aux types empiriques ainsi "extraits"
telles qu'une analyse des trajectoires des exploitations s'opposent les types "construits" produits par des métho
(qui se se situeraient dans un plan orthogonal vis-à-vis des qui procèdent d'un certain nombre d'hypothèses sur
du tableau) permettrait de les établir. Ce concept de la nature de l'objet d'étude (Jollivet, 1965). Tel est le cas
"filière" entretient donc une relation évidente avec la des deux méthodes que nous avons présentées, qui pro
notion de trajectoire développée par A. Capillon et Coll., posent des typologies construites à partir d'une théorie
et l'on peut considérer que la conception particulière des du fonctionnement de l'exploitation agricole considérée
tableaux typologiques de B. Cristofini et Coll. résulte de comme un "système complexe piloté", théorie qui se rat
la volonté de traduire les logiques d'évolution sur le tache à de nombreux travaux antérieurs (cf. par exemple
même plan que la diversité des exploitations. Capillon et Manichon, 1988).
C. Perrot et Coll. adoptent un point de vue comparable Ce choix répond à l'ambition partagée de fournir des
lorsqu'ils tracent sur la représentation graphique de leurs typologies d'exploitations à finalités multiples : contra
typologies des flèches représentant les principales tenirement à une idée souvent émise, il apparaît à l'expé
dances évolutives observées au cours de la période prérience difficilement envisageable et peu pertinent pour
cédentes (figure 1). Les distances qui séparent les diffél'action d'élaborer des typologies spécifiques selon le
rents types dans l'espace typologique reflètent d'ailleurs, problème posé (par exemple, une typologie reposant sur
au moins en partie, l'histoire de leur différenciation. les impacts environnementaux des exploitations). La
démarche retenue consiste au contraire à situer les pro
blèmes rencontrés dans une unique typologie de fonc 1. Une démarche couramment retenue consiste à croiser la typologie de
tionnement, qui est ainsi déclinée à la lumière des th fonctionnements avec une classification des exploitations établie par ré
férence à une problématique particulière. èmes étudiés (1). Les différentes fonctions attendues des
8 Économie Rurale 236/Novembre-Décembre 1996 .
,
I
.
I
:
,
,
:
Figure 4. Les différents types de développement des cantons des Alpes du Nord
o y
URBANISATION CROISSANTE PAR CONCENTRATION INTERNE OU DEBORDEMENT D'UNE AGGLOMERATION m
«A
** Cantons ayant le même type de Cantons ruraux très Cantons ruraux à «o développement mais dont les enclavés à agriculture fonction dortoir gradients de classements permettent de les dominante naissante différencier. (exClelles...) (ex: Albens) Q. X w
M Cantons" péri-urbains Cantons ruraux avec Cantons ruraux à éloignés avec tissu industriel ancien faible développement développement peu développé touristique industriel récent (exiVirieu...) (exfioege...) (exiReignier...)
Cantons" péri-urbains Cantons avec Cantons ruraux avec Cantons avec industrie éloignés avec développement agricole développement d'un ancienne et tourisme de développement et touristique pôle économique petites stations industriel récent complémentaires (exla côte StA..) (ex: La Chambre...) (ccLe touvet..) (ex: Beaufort..)
Cantons avec pôle Cantons péri-urbains de Cantons touristiques Cantons avec petite Cantons touristiques industriel de vallée et deuxième couronne avec développement ville industrielle et été/hiver avec vie avec petits pôles tourisme de grandes industriel récent commerciale permanente stations industriels anciens (exiThônes) (exilumilly...) (ex:Villard-de-Laas) (ex: Domene...) (exiMoutiers...)
Cantons avec petite ville Cantons spécialisés dans Cantons avec ville Cantons péri-urbains de Cantons avec pôle un tourisme de haut indutnelk et un tourisme de haut moyenne industrielle et première couronne avec industriel et tourisme niveau avec activité très commerciale et pôles niveau avec pôle fonction dortoir commerciale d'été saisonnière permanent touristiques saisonniers dominante (ex: Vienne...) (ex£vian...) (ex£ourg-st-M...) / (exBozel...) (ex:Cluses..) (ex : La ravoire...)
Cantons péri-urbains de Commune centre de Cantons avec ville premiere couronne avec l'agglomération Illustration non autorisée à la diffusion moyenne touristique activité industrielle (ex: Chambery...) dominante (Thonon-les-B....)
(ex:Seynod...) N R A SAD VERSAILLES-G S ALPES DU NORD
EXEMPLE DE DEUX ETATS
D'EQUILIBRE CANTONAUX
équipements
CAXTOm nBI-OBBAO» CLOQUES AVEC DETILOiraaMT DCDOTTRin. BECEKT
BHU DOOTADIC HETBISOX It 1 CAITTOM natOBBAINS DB DCDXieMe COfSONNB AVSC K1TT* KUS DDOSniIU ANCOW
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Source : Cristofini et al., 1993.
Économie Rurale 236/Novembre-Décembre 1996 Dans un second temps, lorsqu'une observation suivie a les des exploitations (figure 2), dont l'analyse permet de
pu être mise en place, cette représentation instantanée - remettre à jour la typologie, et donc de proposer une
donc statique - de la diversité des exploitations est comp nouvelle représentation de la diversité des exploitations :
l'image s'anime... létée par celle, dynamique, des trajectoires «A
o
Figure 5. Diversité et trajectoires des types d'exploitations : la petite région du Boischaud Nord de l'Indre. 1976. 5
production utilisant regression de vente la de du STH. intensifiée viande troupeau: Culture» ovine
maintien d'un élevage performant. Intensification des cultures 4k surfaces fourragères
suppression de l'élevage tensification des cultures.
polyculture élevage GRANDE avec prédominance EXPLOITATION des cultures dans 4- 60 ha 'assolement
métairie de SAU importante 80-100 ha forte intensification fourraIntensification fourragère. gère pour un seul troupeau Développement d'un trou tutier. Accroissement de la peau laitier. Maintien de part des cultures de vente cultures d Import augmenta de surf Illustration non autorisée à la diffusion
augmentation oe u part des cultures. Maintien de troupeaux traditionnels
MOYENNE EXPLOITATION polyculture, poyelevage 3O-6Oha
2 a S productions spéesa lissés (vigne, maraîchage, f atelier hors sol. métairie de | SAU moyenne I forte introduction env. 30 ha oe productions spécialisées
augmentation de surface
légère augmentation de la SAU et maintien des PETITE troupeaux EXPLOITATION S-3Qha
I Pente I dégradation du I exploitation L capital tion de b SAU I L. SAU cnv. 10 ha 1 | v I ou des troupeaux)
I960
EXPLOITATIONS RECENSÉES EN 1976 INTRODUCTION DELA MÉCANISATION
Source : Capillon et Manichon, 1979.
Toutes ces représentations superposent et confondent le reprise des exploitations s'accompagnent de plus en plus
temps long de l'évolution historique et celui du cycle de souvent de changements structurels et fonctionnels pro
vie des exploitants, réduit à sa seule contribution à la fonds. En outre, l'enchaînement des phases qui marquent
tendance historique. Ceci soulève un problème dont le cycle de vie (installation, désendettement, croisière,
l'importance va croissant, car il devient aujourd'hui diffi préparation de la transmission et/ou de la cessation
cile de faire l'hypothèse de la continuité qui jadis caract d'activité) retentit fortement sur le comportement strat
érisait globalement l'évolution des exploitations, par- égique des exploitants, et par voie de conséquence sur le
delà la succession des générations : la transmission et la fonctionnement de l'exploitation. Si ces phénomènes ne
10 Économie Rurale 236/Novembre-Décembre 1996 guère l'interprétation des tendances évolutives modifient Cette dernière méthode a été utilisée à plusieurs reprises
pour répondre à des demandes concernant non plus un globales, il est en revanche important d'en tenir compte
pour le conseil. Sur le plan méthodologique, ce pro département, mais une région de programme toute
entière (cf. en particulier : Erguy, 1995 ; Béguin et al., blème n'a pas reçu à l'heure actuelle de solution pleine
1995). La démarche a été exactement la même que pour ment satisfaisante, faute notamment d'études spécifi
un département. Pour l'organisation pratique du travail, ques. Tout au plus, certaines solutions partielles en ont-
le collectif d'experts, nécessairement plus large, a été elles été proposées. Les typologies à dire d'experts en
scindé en sous-ensembles en fonction de la compétence donnent un exemple à travers la définition de types spé o. x
géographique des experts. Les typologies régionales cifiques. La typologie réalisée en Haute-Marne en 1987
ainsi construites présentent la même précision que les identifie ainsi, en élevage bovin, un type de fonctionne M
typologies départementales et comportent de ce fait un ment intitulé "Décapitalisation", défini par l'abandon de
plus grand nombre de types. Elles sont déclinées à la production laitière et la reconversion en production de
l'échelle de chaque département concerné par simple viande, de manière à alléger la charge de travail et amorc sélection des types présents. Pour des utilisations direcer la décapitalisation en vue d'une cessation d'activités tes à l'échelle de la région, qui requièrent une moindre programmée à moyen terme. précision, il est généralement possible de regrouper des
types locaux de manière à réduire le nombre de types D'une manière plus générale, la méthode à dire d'experts, régionaux. Ces types locaux apparaissent alors comme particulièrement souple en ce qui concerne le choix des autant de variantes du type régional. variables discriminantes, se prête bien à la prise en
compte des comportements stratégiques des exploitants,
qui peuvent même fournir l'essentiel de la structure du 4. La transmission des méthodes
modèle, comme dans le cas de la typologie des exploita et l'adoption des modèles
tions viticoles du Languedoc-Roussillon réalisée par
La réalisation des typologies comporte une part plus ou Th. Erguy(1995).
moins grande de phases heuristiques, et l'apprentissage
du savoir-faire typologique joue de ce fait un rôle
d'importance variable. Développée dans le cadre d'un 3. Le choix des échelles
établissement d'enseignement supérieur, la méthode de
La méthode développée par A. Capillon et Coll. n'a A. Capillon et Coll. a connu un grand succès en France
qu'exceptionnellement été appliquée à l'échelle régio et dans de nombreux pays. Il est à noter cependant que
nale, au prix d'une charge de travail considérable (Doré ses meilleures applications ont été le fait de ses promot
et al., 1987), et cette expérience n'a pas été renouvelée. eurs eux-mêmes, ou de personnes directement formées
Par sa précision, sa capacité à intégrer des problémati à leur école. En effet, un certain nombre d'études qui s'en
ques techniques fines, cette méthode apparaît en revan réclament n'ont en réalité que peu de choses à voir avec
elle : le choix des variables enquêtées ne s'appuie que che bien adaptée aux demandes relatives aux problèmes
rarement sur la théorie du fonctionnement de l'exploitade développement local, et en particulier aux demandes
tion agricole (laquelle mérite d'être adaptée aux situade plus en plus nombreuses qui ont trait aux projets agri-
tions étudiées, notamment dans les pays étrangers) ; les environnementaux. Par ailleurs, les méthodes par enquêt
trajectoires des différents types d'exploitations ne sont es directes, au premier desquelles celle de Capillon et
pas toujours reconstituées ; le traitement des données est Coll., sont irremplaçables dans tous les cas où l'expertise
souvent délégué à des analyses statistiques multivariées est insuffisante ou inaccessible.
qui travaillent "en aveugle". On est là dans le domaine
des "types extraits" (cf. supra, 3.1), à l'opposé de la La procédure de "généralisation" mise au point par
méthode de référence. B. Cristofini et Coll. concilie de manière efficace le
souci de la précision et celui de l'extension territoriale. La méthode de B. Cristofini et Coll. est celle qui compLes enquêtes et le traitement de l'information mobilisent orte la plus forte proportion d'heuristiques non formalien contrepartie une équipe de plusieurs ingénieurs spé sées. En dépit de la qualité reconnue de ses produits, elle cialement formés durant une période longue, ce qui n'a connu que peu d'applications, n'ayant pour l'instant entraîne des coûts relativement importants. jamais été mise en œuvre par d'autres équipes que celle
de ses auteurs. La méthode proposée par C. Perrot et Coll. est spécif
iquement dédiée à l'échelle du département. La réalisa La méthode de C. Perrot et Coll., explicitement conçue
tion des typologies est rapide (deux à trois mois en comme un outil destiné aux organismes de développe
moyenne). La contribution des experts locaux s'inscrit ment, et formalisée jusque dans le détail, diffuse en
dans leurs fonctions normales et n'entraîne en général revanche depuis sa mise au point à un rythme de plus en
pas de dépenses supplémentaires. Le coût principal cor plus élevé dans les départements français, selon un
respond à la formation et à la prestation de l'opérateur modèle "en tache d'huile" . La récente mise au point d'un
typologue, cet "étranger décisif qui doit par hypothèse générateur de clé typologique (Leroy, 1995) devrait
être extérieur au réseau des experts locaux (Perrot, encore faciliter cette diffusion. Les opérateurs typolo-
1991). gues ont dans la plupart des cas bénéficié au départ de
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