Une comparaison France-Europe des taux de chômage. Structure de la population active et distribution des taux de chômage catégoriels - article ; n°1 ; vol.12, pg 117-155

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Revue française d'économie - Année 1997 - Volume 12 - Numéro 1 - Pages 117-155
France is one of the most dramatically concerned with high unemployment amongst European countries. This is true regardless of whether one looks at aggregate unemployment rates, at shares of unemployed workers in the total labor force, or at uderemployment rates (that take account of involuntary part-time employment). That poor performance cannot be explained in terms of mismatch. The structure of the French labor supply, in terms of either education level, age or gender, lies in a mean position vis-à-vis the rest of Europe (even though it seems to differ a bit more from those of Northern European countries). Neither can the French handicap be explained by a pecular feature of the demand for labor. Mismatch unemployment accounts for only a small fraction of the gap between the French and European unemployment rates. In fact, mismatch looks more like a European than like a national problem. Higher unemployment in France hits all categories of labor in a quite uniform way.
La France est l'un des pays européens les plus touchés par le chômage, que l'on observe la hiérarchie des taux de chômage, celle des parts des chômeurs dans la population en âge de travailler ou celle des taux de sous-emploi (en tenant compte du temps partiel, volontaire ou contraint). Cette mauvaise performance ne s'explique pas par une structure défavorable de la population française en termes de niveaux de diplômes, de classes d'âge ou de sexe. La structure de l'offre de travail en France est dans une position intermédiaire vis-à-vis du reste de l'Europe, même si elle apparaît plus éloignée de celle des pays du nord de l'Europe continentale, que de celle des autres pays. Le handicap français ne réside pas davantage dans une structure particulière de la demande de travail. La dimension purement catégorielle du chômage n'explique qu'une fraction assez marginale des écarts de taux de chômage entre la France et les différents pays européens : le chômage d'inadéquation est un problème européen plus que national. Le chômage plus élevé de la France touche assez uniformément l'ensemble de ses segments de main-d'œuvre.
39 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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Yannick L'horty
Anne Saint-Martin
Une comparaison France-Europe des taux de chômage.
Structure de la population active et distribution des taux de
chômage catégoriels
In: Revue française d'économie. Volume 12 N°1, 1997. pp. 117-155.
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L'horty Yannick, Saint-Martin Anne. Une comparaison France-Europe des taux de chômage. Structure de la population active et
distribution des taux de chômage catégoriels. In: Revue française d'économie. Volume 12 N°1, 1997. pp. 117-155.
doi : 10.3406/rfeco.1997.1015
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfeco_0769-0479_1997_num_12_1_1015Abstract
France is one of the most dramatically concerned with high unemployment amongst European
countries. This is true regardless of whether one looks at aggregate rates, at shares of
unemployed workers in the total labor force, or at uderemployment rates (that take account of
involuntary part-time employment). That poor performance cannot be explained in terms of mismatch.
The structure of the French labor supply, in terms of either education level, age or gender, lies in a
mean position vis-à-vis the rest of Europe (even though it seems to differ a bit more from those of
Northern European countries). Neither can the French handicap be explained by a pecular feature of
the demand for labor. Mismatch unemployment accounts for only a small fraction of the gap between
the French and European unemployment rates. In fact, mismatch looks more like a European than like a
national problem. Higher in France hits all categories of labor in a quite uniform way.
Résumé
La France est l'un des pays européens les plus touchés par le chômage, que l'on observe la hiérarchie
des taux de chômage, celle des parts des chômeurs dans la population en âge de travailler ou celle des
taux de sous-emploi (en tenant compte du temps partiel, volontaire ou contraint). Cette mauvaise
performance ne s'explique pas par une structure défavorable de la population française en termes de
niveaux de diplômes, de classes d'âge ou de sexe. La structure de l'offre de travail en France est dans
une position intermédiaire vis-à-vis du reste de l'Europe, même si elle apparaît plus éloignée de celle
des pays du nord de l'Europe continentale, que de celle des autres pays. Le handicap français ne
réside pas davantage dans une structure particulière de la demande de travail. La dimension purement
catégorielle du chômage n'explique qu'une fraction assez marginale des écarts de taux de chômage
entre la France et les différents pays européens : le chômage d'inadéquation est un problème européen
plus que national. Le chômage plus élevé de la France touche assez uniformément l'ensemble de ses
segments de main-d'œuvre.Yannick L'HORTY,
Anne SAINT-MARTIN
Une comparaison
France-Europe des taux
de chômage
Structure de la population active
et distribution des taux
de chômage catégoriels
algré les progrès de
la convergence européenne, la mise en phase des conjonctures
ou la plus grande coordination des politiques macro-écono- 118 Yannick L'Horty, Anne Saint-Martin
miques, le chômage touche toujours de façon très inégale les
différents pays d'Europe. Il est, par exemple, trois fois plus élevé
en Espagne qu'aux Pays-Bas et deux fois plus en Irlande qu'en
Grèce. En particulier, le taux de chômage français demeure l'un
des plus élevés d'Europe, derrière celui de l'Espagne et de l'I
rlande.
D'un point de vue statistique, il n'y a que trois types
d'explication à de tels écarts de taux de chômage et chacun a des
implications spécifiques en matière de politique économique.
Le premier met en jeu des effets de structure de population
active. Les femmes, les travailleurs les moins qualifiés, ou les
plus jeunes, ont dans presque tous les pays un taux de chômage
en moyenne plus important. Une population active plus fémi
nine, plus jeune ou moins qualifiée peut donc expliquer des dif
férences de taux de chômage entre pays. A l'extrême, si de tels
effets de structure parvenaient à rendre compte de l'ensemble des
écarts de taux de chômage, c'est une politique agissant sur la comp
osition de l'offre de travail qu'il faudrait privilégier : ajustement
de la structure des qualifications, effort à l'insertion de publics
ciblés, actions sur les comportements d'entrée et de retrait de l'ac
tivité de certaines catégories spécifiques (les femmes, les tra
vailleurs âgés...).
Le deuxième type d'explication est d'ordre global. Si, à
structure de populations actives identiques, les taux de chômage
sont plus élevés dans tous les segments de la population, une
approche purement catégorielle ne paraît pas a priori en mesure
de rendre compte des écarts de chômage. On est ici dans le
champ traditionnel des théories du chômage et de sa persistance,
qui mettent en jeu un large éventail de facteurs explicatifs : orga
nisation d'ensemble du marché du travail, mode de formation
des salaires et degrés de rigidité salariale, effets de chocs asymét
riques, telles des spécificités dans les conduites des politiques
macro-économiques nationales, etc. Dans cette perspective, la
structure de l'offre ou de la demande de travail ne jouerait qu'un
rôle marginal dans l'explication des écarts de taux de chômage.
Pour réduire le handicap français, une action d'ensemble devrait Yannick L'Horty, Anne Saint-Martin 119
être privilégiée sur une intervention ciblée, quel qu'en soit le
contenu.
Le dernier type d'explication, enfin, est de nature caté
gorielle. A structure de population active identique, des taux de
chômage plus élevés dans certains segments particuliers, par
exemple les jeunes ou les peu qualifiés, peuvent suffire pour
rendre compte d'écarts sensibles de taux de chômage agrégés
entre pays. C'est ici davantage la dispersion des taux de chômage
que leur moyenne qui est en cause. Les écarts de taux de chô
mage entre pays ne sont donc pas indépendants des écarts au sein
de chaque et une action sur la structure de la demande de
travail paraît devoir être préconisée pour parvenir à rapprocher
les taux de chômage des différents pays : aides à l'embauche
ciblées sur certaines catégories de main-d'œuvre, allégement de
charges sur les bas salaires... Pour autant, des facteurs purement
macro-économiques, telle une insuffisance de la demande agré
gée, peuvent avoir eux aussi une part de responsabilité par l'i
ntermédiaire d'effets de cascade sur le marché du travail (les tra
vailleurs qualifiés acceptent des postes exigeant des qualifications
plus faibles et chassent ainsi la main-d'œuvre la moins qualifiée
de l'accès à l'emploi).
L'objet de cette étude est de tenter de départager ces dif
férentes explications dans le cas de l'écart entre le chômage en
France et dans les différents pays d'Europe. Le chômage plus élevé
de la France relève-t-il d'un effet de structure ? Une explication
purement macro-économique est-elle suffisante pour en rendre
compte ? Quelle est la contribution de la dimension catégorielle
à l'explication de cet écart ?
En amont des réponses à ces questions, le simple constat
des écarts de taux de chômage entre pays soulève deux difficul
tés statistiques.
- La première est liée à l'hétérogénéité des sources sta
tistiques dans toute comparaison internationale. Elle sera en part
ie surmontée ici en ayant recours à des données harmonisées au
niveau européen. La source utilisée est l'enquête de 1 994 sur les
forces de travail de l'Office statistique des communautés euro
péennes, qui contient des données équivalentes à celles de l'en- Yannick L' Hor ty, Anne Saint-Martin 120
quête emploi de l'I.N.S.E.E. pour chaque pays européen. Cette
enquête a rarement été exploitée sous l'angle d'une mise en pers
pective des spécificités françaises vis-à-vis des autres pays euro
péens1. Elle nous permet de décomposer la population totale, l'em
ploi et le chômage dans onze pays de l'Union économique 2
suivant différents critères (croisés). Les critères retenus sont le
niveau de diplôme, l'âge et le sexe. Afin d'améliorer la compa-
rabilité des données, seulement trois niveaux de diplôme ont
été distingués (comme dans les études comparatives d'Eurostat ;
cf. par exemple Freysson [1995]). Ils sont définis dans la nomenc
lature C.I.T.E. (classification internationale type de l'éduca
tion) de l'UNESCO : le niveau C.I.T.E. 0-2 qui comprend les
personnes ayant achevé au mieux le premier niveau de l'ens
eignement secondaire (l'équivalent du B.E.P.C.) ; le niveau
C.I.T.E. 3 qui comprend les personnes ayant achevé leur deuxième
cycle de l'enseignement secondaire (baccalauréat) ; le niveau
C.I.T.E. 5-7 qui les personnes ayant suivi une formation
sanctionnée par un diplôme de l'enseignement supérieur (au-delà
du baccalauréat). Par ailleurs, la population est ventilée en quatre
tranches d'âge de 25 à 59 ans. Les individus de moins de 25 ans
n'ont pas été retenus afin d'éliminer les différences de situation
entre pays liées à la scolarité des jeunes, qui peuvent biaiser l'ob
servation des liens entre chômage et diplôme3. Cette étude est
par conséquent limitée au des adultes.
— La seconde difficulté statistique tient au choix des indi
cateurs sur lesquels on s'appuie. Il existe des définitions plus ou
moins larges des diverses situations sur le marché du travail, et
le constat des écarts de taux de chômage entre pays peut être très
sensible au choix de telle ou telle définition (Sorrentino, [1993]).
On sait que selon le Bureau international du travail, un chômeur
est une personne sans emploi et disponible pour en occuper un,
qui est effectivement à la recherche d'un emploi. Dès lors, une
personne sans emploi mais découragée et ayant abandonné ses
recherches, n'est pas comptabilisée dans les chiffres du chômage.
De même, une personne qui occupe un emploi à temps partiel,
non par libre choix mais parce qu'elle n'a pu obtenir de poste à
temps complet, est exclue des statistiques du chômage, bien que L' Ho rty, Anne Saint-Martin 121 Yannick
son offre de travail n'ait été que partiellement satisfaite. Le tra
vail en temps partiel involontaire est ainsi susceptible de biaiser
l'analyse comparative si son importance et sa répartition au sein
de la population active diffèrent selon les pays. Il peut être import
ant d'en tenir compte.
La première section décrit la hiérarchie des différents
pays européens face au chômage et montre que cette dernière n'est
pas liée au type d'indicateur retenu. La deuxième section explique
la nature du handicap français par la combinaison d'un effet de
structure et d'un effet de taux de chômage. Nous essayerons de
caractériser la nature du désavantage de la France vis-à-vis de ses
voisins européens. La troisième section analyse l'effet de struc
ture en le décomposant en fonction du niveau de diplôme, de
l'âge et du sexe. Enfin, la dernière section étudie l'effet de taux
de chômage en distinguant les dimensions catégorielles et macro
économiques.
La France est Г un des pays ď Europe
les plus touchés par le chômage
La hiérarchie des taux de chômage est sensiblement la
même que celle des parts de chômeurs
Le lien entre chômage et insuffisance d'emploi n'est que partiel.
Une différence de taux de chômage entre pays dont les marchés
du travail respectifs génèrent un nombre comparable d'emplois
relativement à la taille de leur population, reflète simplement une
différence de taux d'activité. Dès lors, les déterminants du niveau
de l'emploi n'apparaissent plus comme les principaux facteurs
explicatifs du chômage et il devient nécessaire de faire appel à
des considérations d'ordre social, démographique ou encore ins
titutionnel, susceptibles d'expliquer la répartition de la populat
ion entre activité et inactivité. 122 Yannick L'Horty, Anne Saint-Martin
Si les taux d'activité des pays européens sont assez diffé
rents, il n'en va pas nécessairement de même des taux de chô
mage : il n'y a pas de relation claire entre les niveaux des taux
de chômage et ceux des taux d'activité (tableau n° 1). En effet,
les taux d'emploi sont eux aussi très variables d'un pays à l'autre
(graphique n° 1) et la hiérarchie des parts de chômeurs dans la
population totale, au sein de l'Europe, est quasiment la même
que celle des parts de chômeurs dans la population active (i.e.
des taux de chômage). Dès lors, que l'on raisonne en taux de chô
mage ou en part de chômeurs dans la population totale, la France
est l'un des pays européens les plus touchés par le sous-emploi.
Seules l'Espagne et l'Irlande sont dans une situation encore plus
critique.
90%
- 85%
- 80%
- 75% 'o
emp
- 70%
-d - 65%
Tau>
- 60%
- 55%
50% _
50% 60% 70% 80% 90%
Taux d'activité
Graphique 1 :
Taux d'activité et taux d'emploi en Europe
Lecture : La distance horizontale de chaque point à la pre
mière bissectrice représente la part des chômeurs dans l'ensemble
de la population âgée de 25 à 59 ans, c'est-à-dire la différence
entre le taux d'activité et le taux d'emploi (le taux d'emploi rap
porte l'emploi à la population totale). Yannick L'Horty, Anne Saint-Martin 123
Tableau 1
Taux de chômage et parts de chômeurs
Part des Part des
Taux Taux chômeurs dans chômeurs dans de de la population la population
chômage chômage totale totale
Portugal 5,6 4,5 Royaume-Uni 8,4 6,8
Pays-Bas 6,4 4,8 Allemagne 8,8 7,1 Illustration non autorisée à la diffusion
Grèce 6,7 4,7 France 10,9 8,9
Danemark 7,7 . 6,6 Irlande 13,0 9,1
8,2 6,2 Espagne 20,6 Belgique 14,4
Italie 8,3 5,6 Ensemble 10,0 7,6
Champ : population âgée de 25 à 59 ans, année 1 994.
Source des données : enquête sur les forces de travail, Eurostat.
La prise en compte du temps partiel, volontaire ou non,
modifie peu la hiérarchie des taux de chômage
mais élargit les disparités
La prise en considération de l'emploi en temps partiel subi dans
la mesure du taux de chômage agrégé augmente ce dernier de
manière systématique : le travail à temps partiel involontaire
masque une partie du chômage dans tous les pays européens
(tableau n° 2). Cela dit, la part de l'emploi à temps partiel dans
l'emploi total est très variable selon les pays. Elle est multipliée
par huit entre la Grèce où elle est la plus faible, proche de 4 %,
et les Pays-Bas où l'emploi à temps partiel représente près de 33 %
de l'emploi total. La prise en compte du temps partiel est ainsi
susceptible de modifier la hiérarchie des taux de chômage.
Néanmoins, la part des emplois en temps partiel subi
dans l'ensemble des emplois à temps partiel est elle aussi très dis
persée, allant de 5,3 % aux Pays-Bas à plus de 37 % en France.
Dans les quatre pays où l'emploi en temps partiel est très peu déve
loppé (Portugal, Grèce, Italie et Espagne), les parts des emplois 124 Yannick L'Horty, Anne Saint-Martin
en temps partiel subi sont parmi les plus élevées (sauf pour l'E
spagne). De façon symétrique, aux Pays-Bas, où le pourcentage
d'emplois à temps partiel est le plus fort, la part des emplois en
temps partiel involontaire est la plus faible. Une sorte de com
pensation entre la fréquence du temps partiel et celle du temps
partiel subi s'opère.
Tableau 2
Taux de chômage moyen dans les différents pays d'Europe
1 . Taux de Part de l'emploi .. dont emplois 2. Taux
chômage à temps partiel à temps de
sous- moyen dans partiel
emploi* standard l'emploi total involontaires
Portugal 6,2 5,6 25,3 6,5
Pays-Bas 6,4 32,8 5,3 8,4
Grèce 6,7 3,8 47,6 7,6
Danemark 7,7 15,7 21,1 9,8
Belgique 8,2 12,8 25,9 10,2
Illustration non autorisée à la diffusion Italie 8,3 5,7 35,9 9,4
Royaume-Uni 8,4 22,1 13,6 10,7
Allemagne 8,8 17,0 9,8 10,3
France 10,9 13,8 37,2 13,7
Irlande 13,0 10,7 31,3 14,9
Espagne 20,6 6,0 18,0 21,4
9,9 14,6 17,9 11.7 Ensemble
* cf. annexe.
Champ : population âgée de 25 à 59 ans, année 1 994.
Source des données : enquête sur les forces de travail, Eurostat.
Ainsi, la position relative des différents pays vis-à-vis du
chômage ne dépend pas du type d'indicateur retenu. La France
reste l'un des pays où le taux de chômage est le plus élevé, après
l'Irlande et l'Espagne. Le cas français révèle toutefois une parti
cularité : le pourcentage d'emplois en temps partiel involontaire
est le double de celui calculé pour l'ensemble des pays euro
péens alors que l'emploi à temps partiel en général est très proche
de la moyenne européenne. Le taux de sous-emploi est ainsi, en

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