Fouilles dans la nécropole royale de Salamine et à Kition (Chypre) - article ; n°1 ; vol.108, pg 39-47

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Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 1964 - Volume 108 - Numéro 1 - Pages 39-47
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1964
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Monsieur Vassos Karageorghis
Fouilles dans la nécropole royale de Salamine et à Kition
(Chypre)
In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 108e année, N. 1, 1964. pp. 39-
47.
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Karageorghis Vassos. Fouilles dans la nécropole royale de Salamine et à Kition (Chypre). In: Comptes-rendus des séances de
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 108e année, N. 1, 1964. pp. 39-47.
doi : 10.3406/crai.1964.11642
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1964_num_108_1_11642SÉANCE DU 7 FÉVRIER
PRESIDENCE DE M. ANDRE GRABAR
La Commission du Prix de La Grange fait connaître qu'elle a
décidé d'attribuer le prix de 1964 à M. Albert Henry pour son édi
tion du Jeu de Saint Nicolas par Jehan Bodel.
Acte est donné de cette communication.
La Commission du Prix de La Grange demande à l'Académie
d'attribuer un prix de 500 F., sur la fondation Pouchard, à M. Jean
Rychner pour son édition des XV joies du mariage. — Adopté.
La Commission du Prix Duchalais fait connaître qu'elle a décidé
d'attribuer le prix de 1964 à M. Claude Richebé pour ses Monnaies
féodales d'Artois du Xe au XIVe siècle.
Acte est donné de cette communication.
La Commission du Prix Bordin fait connaître qu'elle a décidé
d'attribuer le prix de 1964 à M. René Labat pour son Manuel d'Êpi-
graphie Akkadienne. Signes, Syllabaire, Idéogrammes.
Acte est donné de cette communication.
M. Jean-Claude Courtois donne lecture de la communication de
M. Vasos Karageorghis sur des fouilles dans l'île de Chypre.
COMMUNICATION
FOUILLES DANS LA NÉCROPOLE ROYALE DE SALAMINE
ET A KITION (CHYPRE), PAR M. VASOS KARAGEORGHIS.
La nécropole de Salamine se situe entre la forêt actuelle de Sala-
mine où le Service des Antiquités fait des fouilles depuis 1952, et le
site d'Enkomi-Alasia où la Mission française dirigée par le Profes
seur Schaefîer a découvert les restes de la capitale de Chypre de
l'Age du Bronze qu'elle continue à dégager et à explorer.
La nécropole de Salamine qui est connue depuis longtemps a été
le théâtre de nombreuses fouilles clandestines depuis le temps de
Cesnola, mais ce qu'il en reste vaut la peine d'être fouillé comme le
prouvent les découvertes qui y ont été faites dernièrement.
Se dressant bien en évidence dans la plaine où s'étendait la nécro
pole, se remarquent deux imposants tumuli qui étaient certain
ement des monuments funéraires semblables à ceux, assez nombreux,
que l'on trouve ailleurs en Chypre, comme aussi en de nombreux
autres pays. L'un de ces tumuli a été fouillé en 1896. Il recouvrait
un caveau funéraire qui avait déjà été pillé. La céramique recueillie
sur le site a toutefois donné la date de l'ensevelissement qui remont
ait à l'époque archaïque. COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 40
En 1962 nous avons fouillé une autre tombe de cette nécropole
pour le Service des Antiquités de Chypre. Cette tombe se compose
d'une chambre bâtie de blocs rectangulaires bien équarris, dont les
parois s'incurvent à la partie supérieure. La façade particulièrement
bien construite est ornée d'une corniche de calcaire blanc moulurée.
L'entrée en était obturée par une énorme dalle de pierre maintenue
en place par d'autres blocs de moindre dimension placés à sa base.
Deux grandes dalles de pierre plates mesurant plus de 3 mètres
de longueur fermaient le caveau à sa partie supérieure. Cette tombe,
bien qu'elle ait été déjà ouverte dans le passé par des fouilleurs
clandestins, contenait encore de la poterie du début de la période
du Chypriote archaïque en quantité, ainsi qu'un bol en argent
portant à l'intérieur une décoration incisée. Ce bol présente la
particularité d'avair été décoré deux fois. La première décoration
comportait un médaillon central où s'inscrivaient deux personnages
et autour duquel s'ordonnaient plusieurs bandes concentriques
garnies de motifs floraux et linéaires et même d'une longue inscrip
tion pseudo-hiéroglyphique incorporée à l'ornementation à des
fins purement décoratives. La seconde décoration ordonnée selon
le même arrangement réutilisait le médaillon central entouré de
bandes, mais le motif dominant devenait le sphinx ailé que l'on
trouve encadré à l'intérieur du médaillon et utilisé comme motif
décoratif sous forme de doubles sphinx affrontés alternant avec des
motifs simplement linéaires tout au long des bandes. L'une comme
l'autre de ces deux décorations évoquent très fortement l'art
égyptien, mais il se peut que l'artisan dont elles sont l'œuvre ait
été un Phénicien établi à Chypre.
Le dromos de la tombe renfermait des vestiges non moins sur
prenants. On commença par y trouver, enfouis à une profondeur de
50 centimètres sous terre, trois squelettes humains ayant les mains
liées sur le ventre. Puis, plus au-dessous, à même le sol du dromos,
on découvrit les restes d'un char ainsi que les squelettes de deux
chevaux portant encore leur harnachement fait de diverses pièces
en fer et en bronze. De plus, des vases en quantité considérable
étaient entassés dans un coin du dromos, parmi lesquels d'énormes
amphores.
Les observations tirées de l'étude des remblais du dromos per
mirent de conclure que la tombe avait servi à deux inhumations
successives ayant pris place respectivement aux vme et vne siècles,
et qui avaient dû s'accompagner du même rituel funéraire.
Le sacrifice de chevaux en l'honneur des morts se pratiquait dès
les temps mycéniens comme on a pu le voir dans une tombe à tholos
récemment découverte à Marathon en Attique et une autre tombe à
Argos dans le Péloponnèse ; une troisième tombe hittite datant du A SALAMINE ET A KITION 41 FOUILLES
xve siècle trouvée à Boghaz-Keiïy, révélant le même rituel, vient
corroborer les mêmes faits. Aux vine-vne siècles avant notre ère, ces
mêmes coutumes funéraires se pratiquaient encore, ainsi qu'on le
constate dans une tombe de Gordion en Asie Mineure, et d'autres
tombes en Egypte.
Quant aux sacrifices humains associés au culte des morts, nous
n'ignorons pas qu'ils étaient pratiqués à Chypre. La nécropole géo
métrique de Lapithos a livré les restes de tels sacrifices. On ne peut
s'empêcher d'évoquer, à propos de tels rituels, la fameuse descrip
tion donnée par Homère des funérailles de Patrocle en l'honneur
duquel des esclaves et des chevaux avaient été immolés et des
amphores pleines de miel et d'huile déposées sur le bûcher.
Les vestiges de coutumes funéraires semblables ont encore été
recueillis dans une autre tombe chypriote accidentellement décou
verte à Kouklia (Palaipaphos).
Fouilles de Kilion.
L'ancienne cité de Kition s'élevait sur l'emplacement de la ville
actuelle de Larnaca, port de la côte sud de Chypre. Kition avait
toujours été considérée comme un établissement phénicien dont la
fondation datait de l'époque archaïque. Les fouilles qui ont été exé
cutées sur le site par le Service des Antiquités depuis 1959 ont fait
remonter de plusieurs siècles dans le passé les origines de la ville.
En 1959, divers tessons du Chypriote Récent avaient été recueillis
au cours de travaux de construction dans un terrain de Larnaca
situé en face de l'église de Chrysopolitissa, connue à présent sous
l'appellation Bamboula. A la suite de ces découvertes, une fouille
révéla trois tombes. L'une de ces tombes, en forme de caveau, avait
abrité des inhumations successives, l'une du milieu du Chypriote
Récent et l'autre de la période finale du Chypriote Récent. La plus
ancienne s'accompagnait de céramique locale et de céramique
mycénienne en grande quantité dont un cratère à scène de char et
des vases de formes typiquement chypro-mycéniennes. On y a
retrouvé également divers ornements d'or et d'argent ainsi que des
objets de verre et de faïence. L'inhumation de la fin du Chypriote
Récent contenait pour la plus grande partie des céramiques décorées
et divers petits objets parmi lesquels un sceau en calcaire. Dans
un autre caveau funéraire de la même période finale du Chypriote
Récent ont été retrouvés cinq vases d'albâtre, divers objets de pierre
et de bronze et des céramiques locales variées, en quantité. Les vases
d'albâtre sont particulièrement intéressants à la fois au point de vue
forme, dimension et qualité de la décoration incisée.
A la suite de ces découvertes de 1959, le Service des Antiquités 42 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
de Chypre a entrepris de nouvelles fouilles sur un terrain à proximité
du site des premières fouilles. Effectuées au cours de l'été 1962, les
recherches ont eu des résultats dont voici un bref compte rendu, en
commençant par les plus anciennes.
Un caveau de la fin du temps de l'Ancien Bronze ou Chypriote
Ancien III a été retrouvé au fond de l'une de nos tranchées. Elle
contenait des vases en terre cuite rouge et non polie de formes
diverses dont certains décorés de motifs incisés. Une tombe bien
plus récente du milieu du Chypriote Récent découverte au même
endroit a livré un matériel céramique abondant ainsi que divers
autres objets. Il s'y trouvait de nombreux vases mycéniens dont
deux cratères amphoroïdes décorés de motifs floraux et abstraits
et quelques fragments portant des représentations figurées ; on y a
recueilli aussi des plaques d'ivoire gravées, dont l'une porte des
représentations figurées, incomplètes, un vase d'albâtre fragment
aire, des perles de faïence bleue, des fragments d'un œuf d'au
truche, etc. Cette nécropole était sur toute son étendue recouverte
d'une couche de terre sur laquelle ont été retrouvés des restes d'habi
tations de la fin du Chypriote Récent dont certaines construites en
belles pierres taillées.
Une autre tombe milieu du Chypriote Récent de dimension impo
sante (5 m. 70 x 3 mètres) a été repérée à proximité et explorée
dans l'été 1963 (tombe 9). Elle a été retrouvée intacte sauf en un
endroit près du stomion qui avait été endommagé par suite de
constructions élevées au Chypriote Récent au-dessus de la tombe.
Le toit de la tombe s'était effondré avant même la construction des
bâtiments de la fin du Chypriote Récent. Les murs de ces derniers
avaient été bâtis sur les restes du toit effondré de la tombe qu'on
avait dû prendre pour du rocher sous-jacent.
La tombe paraît avoir contenu deux inhumations différentes
séparées par une fine couche de calcaire de consistance très dure.
Les couches inférieures ont livré de la poterie mycénienne en quant
ité, dont la majeure partie est dans un état très fragmentaire, de
style mycénien final pour la plupart, et comprenant un grand
nombre de bols peu profonds dont certains sont décorés dans le
style pictural. L'un des vases mycéniens les plus remarquables de
cette inhumation se trouve être un bol d'une forme qui reproduit
très fidèlement celle des bols du type dit « Bas-Ring », avec l'anse
ogivale caractéristique. Il est orné d'une frise de fleurs mycéniennes
stylisées à sa partie supérieure, et entouré de lignes horizontales
sur tout le reste de sa surface intérieure et extérieure.
Mais les découvertes les plus importantes ont été faites dans la
couche supérieure de cette même tombe correspondant au second
ensevelissement. Il s'y trouvait plusieurs squelettes in situ, avec A SALAMINE ET A KITION 43 FOUILLES
plus de douze bandeaux ou diadèmes en or, dont la plupart encore
en place sur les crânes. Certains de ces bandeaux ne mesurent pas
moins de 25 centimètres de longueur et portent une décoration au
repoussé consistant en rosettes, bucrânes, arbres stylisés et d'autres
motifs linéaires. On y a recueilli également des bagues en or portant
des représentations gravées sur le chaton, dont l'une figure un tau
reau d'une très belle facture, des boucles d'oreille en forme de crois
sant et d'autres en forme de bucrâne, des colliers faits de perles d'or,
d'ambre et de faïence. On y trouva aussi un cylindre en or gravé
d'un personnage humain, poisson et oiseau. Parmi les divers autres
objets de petite dimension, citons encore deux cylindres très finement
gravés, dont l'un en hématite et l'autre en serpentine, ce dernier
portant une représentation d'un style égyptien. La céramique est
d'une qualité très homogène et comporte un pourcentage très élevé
de bols peu profonds décorés de lignes et de bandes horizontales à
l'intérieur et à l'extérieur avec une spirale au fond. Parmi ces bols
il en est un qui est orné de frises de losanges quadrillés et à l'intérieur
d'une frise de poissons. Quelques bols de petite dimension sont en
forme de cloche et, parfois complètement recouverts de peinture
à l'intérieur et décorés de motifs qui rappellent le style du début de
l'Age du Fer ou Mycénien IIIC : 1 ; l'un d'entre eux s'orne de spirales
affrontées. Des cruches de grande dimension et quelques cruchons
en bucchero complètent ces séries céramiques représentées parmi le
matériel funéraire de l'inhumation supérieure.
Cette classe de céramique est très proche de celle trouvée dans des
riches caveaux, tombes 5 et 18 d'Enkomi.
La découverte d'un rhyton sous le plancher d'une des salles du
Chypriote Récent III de la fin du xme siècle est d'un intérêt excep
tionnel. Ce rhyton, de forme conique, est en faïence recouverte
d'une épaisse couche d'émail bleu et orné de représentations peintes
ou incrustées figurant des animaux (chèvres et taureaux) et de
personnages (chasseurs). Les éléments de la représentation qui sont
peints se détachent en jaune tandis que ceux qui sont incrustés
en rouge. La représentation est divisée en deux zones complétées
par une troisième zone à la partie inférieure qui n'est décorée que de
spirales accolées verticales. Il a été possible de dater le rhyton de
façon assez précise, grâce aux indications stratigraphiques, antérieu
rement à la fin du xme siècle. Il pourrait remonter au milieu sinon
au début de ce siècle. Au point de vue technique l'objet est jusqu'ici
unique ; quant au style on y retrouve le mélange caractéristique
d'éléments orientaux et mycéniens qui forme le style dénommé
égéo-oriental. Les représentations d'animaux galopant avec la tête
tournée en arrière sont caractéristiques de l'art égéen ; mais elles lui
avaient été empruntées dès le xive siècle par l'art oriental, égyptien COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 44
et syrien, comme on peut le voir sur de nombreux objets trouvés en
Orient, notamment deux vases en or de Ras Shamra-Ugarit. La
fleur stylisée apparaît parfois dans l'art mycénien, mais c'était
aussi un motif utilisé depuis très longtemps dans l'art oriental, et
surtout en Egypte. La spirale utilisée dans la décoration de la zone
du bas est un motif d'origine égéenne. La forme du rhyton est indu
bitablement égéenne, bien qu'elle soit connue également en Egypte
et en Syrie.
Dans deux des constructions du Chypriote Récent mises au jour à
Kition-Larnaca ont été recueillies sur le sol des scories de cuivre en
grande quantité ainsi que la présence de petites fosses et caniveaux
qui constituent vraisemblablement les restes d'une installation
métallurgique où l'on avait fondu et travaillé le cuivre. Les réci
pients à parois très épaisses, de fabrique très grossière, ont été
trouvés en fragments sur le sol. Il est intéressant de noter qu'outre
les scories de cuivre, ont été également recueillis des échantillons
de minerais contenant de l'or et un alliage plomb-argent. Kition
n'est pas très loin des mines de Troulli et de Kalavassos ; le cuivre,
comme d'autres métaux pouvait fort bien être fondu à Kition et
embarqué au port de la cité à destination du Proche-Orient, et
principalement de l'Egypte.
Grâce aux récentes découvertes de Kition, nous apprenons donc
qu'il existait, sur la côte sud de l'île, au moins une autre cité com
merciale où l'on travaillait le cuivre, d'une richesse comparable
à celle d'Enkomi et qui, de même que cette dernière ville entretenait
d'étroites relations avec le monde égéen et syrien et qui avait reçu
par la suite des colons achéens. Il se trouvait, certainement du
reste, d'autres cités maritimes et commerciales de cet ordre, le long
de la côte sud de l'île et ce disant, nous pensons à un site près du lac
salé, à une faible distance au sud de Kition, qui n'a pas encore été
fouillé. Ce site est vraisemblablement celui d'un vaste établissement
qui possédait, tout comme les deux autres cités, un port et qui nous
est connue par sa riche nécropole.
Les nouvelles fouilles de Kition, ont mis au jour aussi des ruines
d'habitations du Chypriote Récent (xme siècle) et du début de l'Age
du Fer (xne siècle). Elles reposent sur des tombes du temps du milieu
du Chypriote Récent. D'après les vestiges de la ville qui ont été
identifiés jusqu'à présent, il paraît évident qu'à une date approchant
la fin du Chypriote Récent IIC, il s'est produit à Kition un événe
ment d'une importance capitale qui a complètement changé la civi
lisation de la ville. On a retrouvé des indices montrant que ce chan
gement avait été très soudain. Les restes d'habitations du Chypriote
Récent II ainsi que les tombes qui se trouvaient dans leurs cours
avaient alors été nivelés et recouverts d'une couche de terre ver- FOUILLES A SALAMINE ET A KITION 45
dâtre argileuse afin de former une surface horizontale pouvant
supporter de nouveau bâtiments d'un style et d'un plan tout à fait
différents de ceux des habitations du Chypriote Récent IL Des
galets de rivière ou des blocs de calcaire dur étaient utilisés dans
ces nouvelles constructions, dont certaines sont même construites à
l'aide de blocs de calcaire bien équarris, de surface lisse et de forme
régulière. Rappelons que ce genre de construction en beaux blocs
réguliers se trouve à Enkomi.
A la fin d'Age du Bronze, toutes ces constructions semblent avoir
été mises à bas, à la suite d'une grave catastrophe, sans doute un
tremblement de terre. Les murs en brique de boue séchée élevés
au-dessus des fondations de pierre s'étaient écroulés en formant des
gravats de plus d'un mètre d'épaisseur. Dans plusieurs cas, des
parties de murs en brique de boue séchée se retrouvent dans les
sections des fouilles. Mais Kition avait survécu à cette catastrophe.
Une troisième époque (Sol III) s'était ensuivie, caractérisée par une
renaissance complète de la ville, vers la fin du xie siècle. Les anciennes
fondations des bâtiments avaient été re-utilisées, mais en plusieurs
cas de nouvelles pièces simplement été élevées au-dessus
des pièces encore existantes. L'existence de cette nouvelle ville
du début de l'Age du Fer cependant n'avait pas été de longue durée.
Avant l'apparition des poteries Bichrome peintes en blanc caracté
ristique du xe-ixe siècle, le site avait été abandonné et la population
s'était déplacée et installée plus près de la mer. Ce phénomène doit-il
être associé à l'arrivée des Phéniciens à Kition par suite de laquelle
la ville se serait déplacée vers l'Est au pied de l'Acropole où se trou
vait le port ? De nouvelles recherches sont nécessaires avant qu'on
soit en mesure d'interpréter ces faits.
Une autre découverte d'importance a été celles des murs d'en
ceinte de la ville, qui se trouvent à 225 mètres environ au Nord de
Chrysopolitissa, au lieu-dit « Kathari ».
Certains gros blocs appartenant à ces murs, qui apparaissaient
à la surface du sol en cet endroit, avaient jusqu'ici été considérés
comme des vestiges de la cité classique. Mais il a été démontré au-delà
de tout doute possible, par les fouilles de 1963 que ces fragments de
murs font partie des remparts mycéniens de Kition qui étaient,
comme ceux d'Enkomi, construits à l'aide d'énormes blocs de pierre.
La muraille avait 2 m. 50 d'épaisseur et les blocs dont elle était
constituée mesuraient 2 m. 70 de long sur 1 m. 50 d'épaisseur. La
partie supérieure du mur était en briques qui se sont écroulées et qui
apparaissent dans les sections trouvées au cours des fouilles. Ces
remparts sont donc des murs cyclopéens par exellence et devaient se
présenter comme un ouvrage de défense tout à fait impressionnant.
Bien qu'il soit encore trop tôt pour dater la muraille d'une façon
1964 4 COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 46
précise, nous pouvons grâce aux indications déjà recueillies, pré
sumer qu'elle a été construite vers la fin du xme ou au début du
xiie siècle avant notre ère et détruite au xie siècle. Des habitations
qui s'élevaient à proximité de ces remparts ont également été mises
au jour, quoique non entièrement fouillées. Sur le sol de l'une de ces
habitations ont été trouvés différents vases d'argile datant de
l'époque à laquelle la muraille a été détruite. Sur le sol d'une autre
construction, on a recueilli des tas de scories de cuivre, ce qui ren
force l'hypothèse à laquelle ont donné lieu les fouilles de Chrysopo-
litissa, selon laquelle Kition était un centre métallurgique où l'on
travaillait le cuivre et exportait ce métal au Proche-Orient et en
Egypte.
Les fouilles se poursuivront au cours de l'année qui vient ; elles
porteront sur les parties de la ville situées le long des remparts afin
de montrer, dans la mesure du possible, quels rapports il y avait
entre ces murailles et la cité ancienne.
Une découverte intéressante a déjà été faite lors de la fouille de la
muraille ; il s'agit de la découverte de tombes de la première époque
du Bronze, creusées dans le rocher sur lequel reposaient les assises
du rempart. Des tombes analogues avaient déjà été mises au jour
en 1962 à l'intérieur même de la ville près de Chrysopolitissa, ce
qui démontre que les origines de la cité de Kition remontent jusqu'au
troisième millénaire avant notre ère.
♦%
M. Claude Schaeffer souligne l'importance des fouilles dirigées
par M. Karageorghis à Kition et exprime le vœu que ces recherches
fructueuses puissent être continuées en 1964. Il est d'avis que le
beau rhyton en faïence multicolore du xme siècle avant notre ère
trouvé pendant ces fouilles est d'origine syrienne (peut-être même
ugaritienne) comme le confirme le style de son décor et notamment
le personnage figuré, habillé à la façon cananéenne ou protophénic
ienne.
Les fouilles dirigées par M. Karageorghis ont aussi mis en évidence
l'importance de la ville postmycénienne de Kition (xne-xie siècles)
qui, comme celle récemment mise au jour à Enkomi près de Fama-
gusta, possédait une florissante industrie métallurgique.
M. Charles Picard exprime l'avis que les îles de Crète et de Chypre
sont orientées pour recevoir les mêmes influences par des contacts
directs ; il estime que la découverte du rhyton est de tout premier
ordre.
M. Pierre Montet, à propos des objets égyptisants trouvés à
Salamine, présente une observation : FOUILLES A SALAM1NE ET A KITION 47
L'île de Chypre ne nous a conservé qu'un très petit nombre d'anti
quités égyptiennes et un nombre plus grand d'objets qui ont un air
égyptien, sans se confondre pourtant avec ceux que l'on trouve dans
la Vallée du Nil. Dans cette série, je placerai un disque d'argent
trouvé à Golgoï (Berlin, 1417) les coupes d'Idalion au Louvre,
une patère brisée d'Amathante, une patère de Curium qui sont
généralement considérés comme des importations phéniciennes.
Les motifs qui les décorent sont presque toujours encadrés par
des cercles concentriques. Le sujet principal occupe le centre. Les
zones concentriques sont occupées par des motifs géométriques,
les plus larges par des sujets variés isolés par des géométriques.
Sur la célèbre coupe trouvée à Préneste deux zones entières sont
occupées par des hiéroglyphes qui appartiennent pour la plupart
au répertoire égyptien, mais n'offrent aucune signification. Ils se
mêlent à des de pure fantaisie. Or cette coupe est
signée. Son auteur ou son possesseur était un phénicien Esmunjaïr,
fils d'Asto.
Parmi les objets découverts à Salamis qui ont été présentés par
M. Karageorghis, un bol et deux coupes brisées offrent beaucoup
d'analogie avec ces ouvrages phéniciens. Le sphinx ailé qui occupe
le centre de l'une des coupes et qui est répété à la périphérie est bien
connu des graveurs phéniciens.
Sur la seconde coupe une zone est occupée par des hiéroglyphes
aussi fantaisistes que ceux de la coupe de Préneste.
Il ne faut pas oublier que les Phéniciens, du moins à Byblos et à
Ougarit, connaissaient très bien la langue et l'écriture des Égyptiens
et qu'ils pouvaient composer et graver des inscriptions hiérogly
phiques correctes, en l'honneur de leurs dieux et de leurs rois. Pour
des objets destinés à l'exportation ils pouvaient être moins soigneux.
On peut également supposer que les patères phéniciennes de Chypre
et d' Italie ont été produites dans un atelier où l'art égyptien n'était
connu que superficiellement. Et rien n'empêche de supposer que
cet atelier se trouvait dans la grande île.
LIVRE OFFERT
M. André Piganiol a la parole pour un hommage :
« La revue Gallia a commencé de paraître sous la direction de M, Paul-Marie
Duval en 1943 et atteint en 1962 son XXe tome. En 1958 s'est séparée Gallia-
Préhistoire.
Les derniers fascicules des deux Revues sont dédiés à la mémoire d'Albert
Grenier, et c'est justice, puisque nul n'a plus contribué à la fondation de cette
publication.
Le 2e fascicule du t. XX se divise en trois parties. D'abord des notes. André

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