Fouilles de Carthage 1976-1977 : la colline de Byrsa et l'occupation punique - article ; n°2 ; vol.122, pg 300-331

De
Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 1978 - Volume 122 - Numéro 2 - Pages 300-331
32 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1978
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Monsieur Serge Lancel
Fouilles de Carthage 1976-1977 : la colline de Byrsa et
l'occupation punique
In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 122e année, N. 2, 1978. pp. 300-
331.
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Lancel Serge. Fouilles de Carthage 1976-1977 : la colline de Byrsa et l'occupation punique. In: Comptes-rendus des séances
de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 122e année, N. 2, 1978. pp. 300-331.
doi : 10.3406/crai.1978.13472
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1978_num_122_2_13472COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 300
COMMUNICATION
FOUILLES DE CARTHAGE 1976-1977 '.
LA COLLINE DE BYRSA ET L' OCCUPATION PUNIQUE,
PAR M. SERGE LANCEL.
En février 1976, j'avais eu l'honneur de communiquer à l'Académie
les premiers résultats des fouilles nouvelles entreprises en 1974 et
1975 sur la colline de Byrsa par la mission archéologique française
qui travaille à Carthage dans le cadre de la campagne internationale
placée sous l'égide de l'Unesco1. Rappelons que cette mission, sous
le haut patronage de l' Institut, est financée par la Direction générale
des relations culturelles, scientifiques et techniques du ministère des
Affaires étrangères, sur avis de la Commission consultative des
recherches archéologiques à l'étranger2.
L'année 1976 a marqué un heureux tournant dans le déroulement
de nos travaux. Sur rapport de M. Roland Martin, membre de l'Aca
démie, venu inspecter le chantier en mars 1976, le ministère des
Affaires étrangères a bien voulu créer deux postes de collaborateurs
techniques affectés en permanence à la mission de Carthage, un
poste d'architecte occupé par M. Gérard Robine, un poste de dess
inateur-archéologue, par M. Philippe de Carbonnières. Dans
le même temps, pour mieux répondre aux sollicitations d'un chantier
important, difficile et complexe, la mission a bénéficié de concours
1. Ces premiers résultats ont depuis fait l'objet d'un rapport préliminaire
développé : S. Lancel, J. Deneauve, J.-M. Carrié, Fouilles françaises à Carthage
(1974-1975), dans Antiquités Africaines, t. 11, 1977, p. 11-130.
2. Ce nous est un agréable devoir de remercier ici M. Jean Leclant, membre de
l'Académie, secrétaire général de la Commission des fouilles, et M. Philippe Guil-
lemin, chargé de mission à la Direction générale des relations culturelles, scienti
fiques et techniques, du Ministère des Affaires Étrangères. Sur place, la mission
a toujours bénéficié de l'aide précieuse et de l'attentive compréhension ces autor
ités diplomatiques françaises et des responsables de la Mission de coopération
culturelle, et d'abord de l'ambassadeur de France, M. Philippe Rebeyrol, du
conseiller culturel, M. Michel Lévêque, de l'attaché culturel, M. Claude Schopp,
puis M. Paul Bédarida.
Comme les deux années précédentes, nous n'avons eu qu'à nous louer de
l'accueil cordial et de l'amicale collaboration de nos collègues et amis tunisiens.
Que MM. Azedine Beschaouch, Directeur général de l'I.N.A.A., Abdelmajid
Ennabli, Conservateur en chef du musée et du site de Carthage — l'âme et la
conscience de cette campagne internationale — , que Mme Mounira Harbi-Riahi,
secrétaire général du Centre de la Recherche archéologique et historique,
veuillent bien trouver ici l'expression de nos chaleureux remerciements, qui
s'adressent aussi à travers eux à leurs collaborateurs et collaboratrices, ainsi
qu'aux ouvriers et gardiens employés sur notre chantier. LA COLLINE DE BYRSA ET L'OCCUPATION PUNIQUE 301
NIVEAUX D'ATELiERS
I TOMBES ARCHAÏQUES (VIIe) MÉTALLURGIQUES (Iirc)
Fig. 1. — Les niveaux puniques du secteur A — (relevé G. Robine ; complé
ments graphiques S.L.) ; en tramé gris clair dans l'îlot C, la partie où les
niveaux de sols ne manifestent pas de recharges. 302 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
complémentaires, ceux de MM. Pierre Gros et Jean-Paul Morel, et
de M. Jean-Paul Thuillier. Conformément à une répartition des
tâches sur le terrain qui pratiquement s'esquissait déjà après deux
années de découpage du site en secteurs distincts, deux équipes ont
été constituées, en fonction des deux niveaux entre lesquels se
partage le site pour l'essentiel de son histoire : l'une de ces équipes
a la charge de la fouille et de l'exploitation de ses résultats sur les
niveaux et vestiges d'époque romaine, sous la responsabilité de
Pierre Gros, co-directeur adjoint au chef de mission3. La seconde
équipe s'attache particulièrement aux recherches menées sur les
niveaux et les vestiges des différentes époques puniques, sous la
responsabilité du chef de mission4. La présente communication se
limitera donc à l'exposé des résultats obtenus sur les niveaux et
vestiges puniques en 1976 et 1977, sous la direction de Jean-Paul
Thuillier et sous m mienne propre5.
Les objectifs de fouille de ces deux campagnes ont été déterminés
par les résultats déjà acquis les années précédentes, ainsi que
par les questions non résolues à la suite de ces deux premières
campagnes. On connaît l'essentiel de ces acquis, qui est le constat
de la datation à l'époque punique, mais très tardive, des habitats
mis au jour sur la pente sud et sud-ouest de la colline par nos
prédécesseurs, le P. Lapeyre, et surtout le P. Ferron et M. Pinard6.
Avait alors été dissipée, de façon claire et définitive, l'incertitude
qui pesait encore sur la chronologie de ces maisons, que les fouilleurs
précédents inclinaient à dater de l'époque gracchienne. Sous la
rubrique des problèmes encore pendants, rappelons l'énoncé que
nous en faisions début 19767, pour déterminer les objectifs à fixer :
nécessité d'une fouille en extension, imposant de gros dégagements,
pour parvenir, au niveau de ces habitats puniques tardifs, à la
connaissance d'un ensemble cohérent ; nécessité d'une fouille en
compréhension, pour déterminer la structure stratigraphique des
3. La participation de J.-P. Morel à la fouille est prévue et n'a été différée que
par des obligations contractées antérieurement. J.-P. Morel a accepté de se
charger de l'étude des céramiques importées — à vernis noir et assimilées —
antérieures à l'époque augustéenne, S. Lancel se chargeant, pour la même période,
des céramiques de type punique. L'étude d'ensemble des céramiques d'époque
impériale romaine sera à la charge de J. Deneauve. Ajoutons que Pierre Gros
assume aussi la responsabilité de la sauvegarde et de la présentation des vestiges
mis au jour dans notre secteur de fouille.
4. Pour des raisons d'ordre pratique, ces recherches ont été centrées en 1976
et 1977 sur le secteur A, c'est-à-dire le secteur des anciennes fouilles du P. Ferron
et de M. Pinard, et aussi du P. Lapeyre.
5. Avec la collaboration d'E. Sauser-Engel, ainsi que, en 1976, de J.-L. Tilhard
et Ph. Vieulès.
6. Cf. CRAI, 1976, p. 76 ; Antiquités Africaines, t. 11, 1977, p. 47-48.
7. Cf. p. 77. h- ^"""wM r
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Fig. 2. — Ilot C, angle ouest (relevé G. Robine, au l/100e). COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 304
niveaux puniques profonds et tenter de restituer l'histoire de la
colline à travers les différentes époques de la Carthage punique.
C'est à quoi on s'est efforcé durant les deux campagnes de 1976
et 1977.
I. — LA FOUILLE EN EXTENSION AU NIVEAU DU QUARTIER D'HABITAT
PUNIQUE TARDIF
On sait que nos prédécesseurs avaient reconnu à ce niveau, sur une
quarantaine de mètres, un plan de circulation d'une largeur de
6,50 m — ce sera notre rue I — , seulement matérialisé, outre un épi
d'amphores, par une canalisation par où s'écoulait le trop-plein
d'une citerne voisine8 (fig. 1). Cette rue d'axe nord-est/sud-ouest
séparait deux groupes de vestiges d'habitat punique tardif, dont le
plus méridional semblait lui-même se diviser en deux îlots distincts
— nous les appellerons îlot B et îlot C — , séparés par une deuxième
rue perpendiculaire à la première — ce sera notre rue II. Mais d'une
part les limites de ces deux îlots n'étaient pas nettes, et il convenait
de préciser cette distribution dont la fouille précédente avait seu
lement esquissé le plan (la rue II, par exemple, n'avait pas été
reconnue comme telle) ; d'autre part il fallait ajouter à ce plan
suffisamment d'éléments nouveaux — îlots, voirie — pour pouvoir
véritablement reconnaître dans ce secteur de la Carthage punique
tardive un quartier doté d'une organisation urbanistique cohérente.
Lors des deux premières campagnes, l'épaisseur du remblai d'époque
romaine demeurant sur les parties non dégagées par nos prédéces
seurs n'avait pas permis de parvenir au niveau utile. Mais les objectifs
qui viennent d'être énoncés ont été assez largement atteints en 1976
et 1977.
1. L'îlot C et les rues II et IV.
En G IV 1-2, la fouille permettait d'abord de préciser en plan
l'angle ouest de l'îlot C, qui n'apparaissait plus qu'à l'état de fonda
tion dans ce secteur très bouleversé par les constructions d'époque
romaine (fig. 2). Un alignement d'amphores dont les pointes étaient
implantées dans le sol vierge — dispositif à double fonction d'ass
èchement et de retenue des terres sur une pente à assez forte déclivité
— prolongeait là le tracé de la rue I et se développait dans l'axe de la
rue II, dont les surcreusements des fouilles précédentes ne permettent
plus ici de suivre les niveaux. D'autre part, un simple nettoyage le
long du petit côté sud-ouest de cet îlot C suffisait pour en cerner les
8. Cahiers de Byrsa, IX, 1959-1960, p. 95. Fig. 3. — Ilot C, angle est (relevé G. Robine au l/100e) : 1 : couloir d'accès mosaïque ; 2 : cour intérieure. 306 COMPTES RENDUS DE L ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
Fig. 4. — Solin en forme de demi-ogive en flanquement du mur limitant l'îlot C
sur la rue IV ; à droite en bas, la flèche indique la saillie de la dernière réfec
tion du solin (cliché S.L.).
contours et notamment pour délimiter son angle sud : l'îlot mesurait
15 m de profondeur sur son petit axe nord-ouest/sud-est, et son
mur de façade sur la rue II était protégé à sa base par un gros solin
revêtu du même enduit que le mur lui-même, qui le protégeait contre
l'afîouillement dû au ruissellement des eaux de pluie, dans cette
rue II en pente forte.
Restait à reconnaître les limites de, cet îlot C vers le nord-est,
dans un secteur où les fouilles précédentes avaient dégagé des
vestiges d'élévation parfois importante, mais de plan encore incer
tain9. Là, la fouille dirigée par J.-P. Thuillier a dégagé l'angle est de
l'îlot, dont le plan et les dimensions sont désormais connus avec
certitude : 30 m de longueur sur 15 m de profondeur (fig. 3). Sur la
rue longeant le petit côté nord-est — on l'appellera rue IV — , le
mur était protégé à sa base, comme sur la rue II, de même axe
(et donc de pente sensiblement analogue) par un gros solin à profil
9. Cf. G. et C. Charles-Picard, La vie quotidienne à Carthage, Paris, 1958, p. 47.
La phrase relative aux égouts bâtis comme ceux des villes grecques de Sicile
repose sur une erreur d'identification, faite à une époque où la fouille n'était pas
suffisamment avancée (cf. C. Picard, dans Karthago, III, 1951, p. 124 et fig. 1,
p. 120). 5. — Ilot C, dernière unité d'habitation Fig.
à l'angle est (cliché S.L.).
Fig. 6. — Ilot C, avant-dernière unité d'habitation
à l'angle est (cliché S.L.). COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 308
en demi-ogive (fig. 4), d'une hauteur par endroits supérieure à
1,50 m ; ce mur et ce solin, soigneusement enduits d'un béton de
tuileau, sont assez remarquablement conservés, avec des élévations
supérieures à 2,50 m. Plusieurs niveaux de la rue IV ont été reconnus,
venant buter contre ce solin, dont la dernière réfection, qui forme
une saillie bien visible, est de peu antérieure à la destruction de la
ville en 146.
En ce même endroit, la fouille menée par J.-P. Thuillier a abouti
à des constats précis sur la distribution interne de cet îlot C en
unités d'habitation : sur une longueur de 30 m, l'îlot se divise en
maisons mitoyennes de 5 m de largeur entre-axes, qui se développent
sur la profondeur de l'îlot, soit sur 15 m : c'est du moins la distr
ibution observable de façon certaine pour les deux dernières unités
d'habitation, vers le nord-est, et il est assez probable que la fouille
de 1978 permettra de confirmer cette organisation pour l'ensemble
de l'îlot (fig. 5).
D'ores et déjà se dessine pour ces maisons un plan ordonné, de
type centripète. Un accès unique ouvrait sur la rue, prolongé par un
long couloir latéral mosaïque, donnant en baïonnette sur une cour
intérieure au pavement identique à celui du couloir d'accès ; au
centre de la cour oblongue (4,50 m sur 3 m) s'ouvre l'orifice de
puisage de la citerne, de plan rectangulaire étroit à double abside,
classique dans ces habitats puniques (fig. 6). Les pièces d'habitation
sont réparties de part et d'autre de cette cour centrale. Dans certains
cas, leurs dimensions très exiguës résultent de remaniements de la
distribution intérieure primitive, qui ont abouti par le jeu des
recharges de sols et des cloisonnements à transformer en petites
logettes des pièces conçues à l'origine un peu plus vastes, bien que le
programme initial de distribution en modules de 15 m sur 5 m ait
déjà assez chichement mesuré l'espace intérieur. Cette modestie des
dimensions, aggravée par le jeu des cloisonnements postérieurs, est
quantitativement la principale caractéristique de ces maisons
puniques de Byrsa. On admettra aisément que ce parti a été dans
une large mesure imposé aux architectes par la configuration du
terrain à bâtir sur cette pente de colline, qui ne se prêtait pas ais
ément, sauf terrassements importants, à l'implantation de pr
ogrammes de vastes dimensions. Quant aux cloisonnements que l'on
constate, on pourra y voir un effet de la nécessité où s'est trouvée
Carthage, entre la 2e et la 3e guerre punique, et particulièrement
dans le dernier quart de siècle de son indépendance, d'utiliser au
mieux son espace urbain, peut-être pour accueillir les réfugiés de ses
territoires africains chassés par les successifs empiétements des
Numides. Mais il faut ajouter que ces maisons comportaient vra
isemblablement au moins un étage — que postule l'abondance des

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