Fouilles récentes à Bulla Regia (Tunisie) - article ; n°3 ; vol.96, pg 460-472

De
Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 1952 - Volume 96 - Numéro 3 - Pages 460-472
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1952
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Monsieur Pierre Quoniam
Fouilles récentes à Bulla Regia (Tunisie)
In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 96e année, N. 3, 1952. pp. 460-
472.
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Quoniam Pierre. Fouilles récentes à Bulla Regia (Tunisie). In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et
Belles-Lettres, 96e année, N. 3, 1952. pp. 460-472.
doi : 10.3406/crai.1952.9985
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1952_num_96_3_9985COMPTES RENDUS DE L' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 4©D
M. Pierre Quoniam expose à l'Académie ses récentes fouilles à
Bulla Regia.
M. Scarlat Lambrino, donne lecture d'une étude qu'il a consacrée,
en collaboration avec M. Manuel Heleno, à une nouvelle table de
patronat de Lusitanie.
COMMUNICATIONS
FOUILLES RÉCENTES A BULLA REGIA (TUNISIE),
PAR M. PIERRE QUONIAM,
CONSERVATEUR DU MUSÉE ALAOUI A TUNIS.
Quand, au printemps de 1949, M. G.-Ch. Picard, directeur du
Service des antiquités de Tunisie, voulut bien me confier la tâche
de reprendre la prospection archéologique de Bulla Regia, il me
parut souhaitable, après avoir passé en revue les découvertes
précédemment effectuées sur ce site, d'orienter les nouvelles fouilles
en fonction d'un double objectif : d'une part, obtenir des précisions
sur l'histoire de cette vieille résidence des rois numides devenue
une des grandes villes de l'Afrique Proconsulaire ; d'autre part,
acquérir des renseignements supplémentaires sur un curieux genre
d'architecture domestique semi-souterraine dont l'exploration de
Bulla Regia avait par trois fois, au début de ce siècle, révélé l'exis
tence. Dans ces deux directions de recherche, grâce à l'aide finan
cière de la Direction des Antiquités et, pour une non moins large
part, de la Mission Archéologique française en Tunisie, des résultats
ont été enregistrés — au cours des années 1949, 1950, 1951 et 1952 —
qui méritent de retenir l'attention1.
C'est en général sur le forum ou à ses abords immédiats que,
dans une ville romaine, on a le plus de chances de rencontrer des
documents intéressant l'histoire municipale. Jusqu'en 1949, l'em
placement du forum de Bulla Regia n'avait pas été repéré ; la
première enquête entreprise exigeait donc d'abord qu'on le retrou
vât, cette découverte présentant par ailleurs l'avantage d'offrir
un point de départ logique pour le dégagement systématique du
1. A MM. G.-Ch. Picard, qui m'a permis de mener ces quatre campagnes de fouilles,
et A. Lézine, architecte de la Direction des antiquités, dont l'aide et les avis me furent
très précieux, j'exprime ici mon amicale reconnaissance. Je remercie bien vivement
MM. L. Poinssot, directeur honoraire du Service des antiquités de Tunisie, et Ch. Sau-
magne, secrétaire général du Gouvei-nement tunisien, qui s'intéressèrent
avec bienveillance à mon travail ; j'accomplis également un agréable devoir en manifes
tant une gratitude toute particulière à M. P. Bardin, contrôleur civil à Souk-el-Arba,
pour l'aide matérielle et morale qu'il me prodigua à Bulla Regia. Je tiens, enfin, à signaler
le dévouement inlassable et le zèle compétent du chef de ce chantier, M. J. Retiro : qu'il
soit, lui aussi, remercié. FOUILLES RÉCENTES A BULLA REGI A 461
reste de la cité. L'étude topographique de celle-ci, l'examen de la
répartition et de la disposition des vestiges apparents ou déjà
déblayés, le recensement des données épigraphiques et iconogra
phiques recueillies sur l'ensemble du site devaient assez rapide
ment conduire au choix, pour l'exécution des premiers sondages, de
l'étendue de terrain qui jouxte, au Sud, le temple d'Apollon, dégagé
en 1905-1906 par le capitaine Benêt1 : l'importance politique autant
que religieuse de ce sanctuaire, les allusions faites par quelques
inscriptions ramassées dans ses décombres à des constructions —
rostres, tabularium, temples — appartenant manifestement au
forum et sans nul doute voisins2, la surface relativement plane du
sol aux abords méridionaux du temple, l'absence, dans cette zone,
de traces d'habitations privées et la présence, par contre, de quel
ques restes d'édifices vraisemblablement publics étaient autant de
raisons qui permettaient de supposer que cet endroit contenait
la place recherchée.
Elle apparut, au moins dans ses grandes lignes, dès la fin de la
première campagne de fouilles, mais c'est seulement cette année que
son déblaiement a été entièrement accompli, la nature maréca
geuse du sous-sol dans cette partie de la ville ayant constamment
entravé la marche des travaux.
Rectangulaire et orientée, sur son axe longitudinal, Ouest-Est,
l'area proprement dite (fig. 1), longue, dans sa forme actuelle, de
39 m. 20 et large de 26 m. 20, couvre une surface de 1.027 m2, superf
icie moyenne si on la compare à celles des esplanades des forums
d'autres cités africaines : 2.400 m2 à Gigthis3, 1.400 m2 à Thuburbo
Majus\ 1.293 m2 à Sufetula5, 920 m2 à Simitthus*, 720 m2 à Althi-
buros7. Son dallage a totalement disparu ; en profondeur, une sorte
de drain maçonné, dont quelques débris ont été mis au jour, devait
la traverser diagonalement, du Sud-Ouest au Nord-Est. Sur ses trois
faces nord, est et sud, cette area était entourée par un péristyle
surélevé d'une marche (0 m. 35) et dont la largeur n'était pas
constante : 6 m. 20 au Nord et au Sud, 7 m. 70 à l'Est. La colonnade
qui limitait les galeries vers la place n'existe plus ; mais le dallage de
celles-ci est en bonne partie intact.
Sur la galerie nord donnaient la façade du temple d'Apollon et,
1. Cf. Merlin, Le temple d'Apollon à Bulla Regia, vol. I des Notes et Documents publiés
par la Direction des antiquités et arts de Tunisie, 1908. Voir la fig. 1, p. 000.
2. Pour cette raison, en particulier, M. A. Merlin (o. h, p. 26) pensait qu'il y avait bien
des probabilités pour que le temple d'Apollon donnât sur le forum.
3. Gauckler, Nouv. arch. des missions, XV, p. 284.
4. Merlin,. Le forum de Thuburbo Majus, vol. VII des Notes et Documents, 1922, p. <k
5. Id., Forum et églises de Sufetula, vol. V des Notes et Documents, 1912, p. 6.
6. Toutain, Mémoires présentés par divers savants à l'Acad. des Inscr., X, 1, p. 460.
7. Merlin, Forum et maisons d'Althibiuvs, vol. VI des Notes et Documents, 1913, p. 6. COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
plus à l'Ouest, des bâtiments moins importants, — boutiques,
scholae ou petits sanctuaires, — aujourd'hui complètement détruits.
Bordant la galerie sud, un édicule de ce dernier type est relativement
mieux conservé ; de plan carré (4 m. 70 x 5 m. 10), il présentait
dans son mur de fond une niche qui faisait saillie en arrière. Aux
deux tiers de cette travée méridionale, vers l'Est, s'ouvrait une porte
monumentale à une baie large de 4 mètres environ et dont le seuil
était de.plain-pied avec la rue qui, du forum, menait au théâtre;
Fio. 1. — Plan du forum de Bulla Regia (A. Lézine).
seuls quelques fragments de la base et des pieds-droits sont encore
visibles1.
A l'Est, flanquant la place sur presque toute sa largeur et débor
dant même sur elle, s'élevait, en dernier lieu, un édifice de structure
montre elle 1. fut Cette démontée. chaque porte pied-droit était Un encore cliché, décoré, en conservé bonne — vraisemblablement partie dans les debout archives quand, de par la vers devant Direction la fin et du par des siècle derrière, antiquités, dernier,
au-dessus d'un socle mouluré, d'une colonne engagée ; l'entablement inférieur et l'attique
avaient déjà disparu. FOUILLES RÉCENTES A BULLA REGI A 463
assez complexe, selon toute probabilité une basilique. Les éléments
très mutilés qui en subsistent sont répartis de la façon suivante : se
faisant face, à 25 mètres de distance, deux absides, l'une au Nord
(largeur : 7 m. 10 ; profondeur : 6 m. 10), contre le temple d'Apollon
et alignée sur sa façade ; l'autre au Sud, un peu plus grande (la
rgeur : 8 m. 20 ; : 6 m. 60), formant tribune à un mètre
environ au-dessus du niveau du sol. Communiquant avec celle-ci
par un petit escalier de quatre marches et ouverte, comme elles, vers
le Nord, une pièce de forme rectangulaire allongée, de 11 m. 90 sur
6 m. 20, également terminée par une abside, profonde de 4 m. 20.
Tout l'espace intermédiaire, limité à l'Ouest par la galerie orientale
du forum et à l'Est par un mur de fond en grand appareil, était
pavé d'une mosaïque — maintenant en lambeaux — à gros cubes
blancs et noirs, ces derniers assemblés suivant un dessin géométrique
fort simple. Des sondages pratiqués dans cet enclos ont permis de
retrouver, à une quarantaine de centimètres sous le pavement, quatre
soubassements carrés en pierres de taille disposés en file sur une ligne
unissant les rebords orientaux des deux grandes absides nord et
sud ; il s'agit indubitablement des fondations de quatre piliers-
soutiens d'une charpente et il y a tout lieu d'admettre que quatre
piliers semblables, symétriques des précédents par rapport à l'axe
de l'abside sud, prenaient appui sur le rebord extérieur de la galerie
du forum. Ainsi se trouvait constituée une basilique à double
abside et, en annexant cette galerie, à trois nefs.
Comment s'est élaborée une telle synthèse architecturale ? A
cette question on ne peut que schématiquement répondre. Il est
d'abord certain que des habitations privées occupaient primitive
ment l'emplacement de ce monument : sous la mosaïque, à plus d'un
mètre de profondeur, quelques vestiges de maisons ont été décou
verts ; une petite pièce souterraine, avec lucernaire et portes, a
même été déblayée à l'extrémité orientale de la travée sud du forum.
A une époque que nous tenterons de préciser plus loin, ces demeures
furent rasées ou remblayées pour faire place à un édifice que, par
la suite, un incendie détruisit partiellement : çà et là dans les inter
valles des fondations de piliers, entre quarante et soixante centi
mètres de profondeur, gisent les restes très effacés et calcinés d'une
importante construction. Il est impossible d'en retracer avec
exactitude le plan, mais divers indices donnent à penser qu'il ne
différait pas sensiblement de celui de la basilique à double abside ; il
a été notamment vérifié que la grande abside sud faisait déjà partie
de ce premier bâtiment. Quand on le reconstruisit, postérieurement
à 253 de notre ère, — une monnaie de l'empereur ^Emilianus a été
retrouvée dans le lit de mortier sur lequel reposait la mosaïque à
gros cubes blancs et noirs, — une nouvelle abside fut ajoutée au 464 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
Nord, face à l'ancienne, et la largeur de la galerie orientale du forum,
qui était jusqu'alors, comme celle des deux autres, de 6 m. 20, fut
portée à 7 m. 20. C'est, croyons-nous, au même moment que l'on
aménagea, dans l'axe de la travée orientale de la basilique, la pièce
rectangulaire que termine une abside.
A l'Ouest, ont été dégagés les restes d'un temple, prostyle, dont
la façade occupait la majeure partie de ce côté du forum : le Capitole.
Un escalier, large d'une dizaine de mètres, menait directement de
l'esplanade au portique qui précédait la cella. Escalier, portique
et cella ont complètement disparu ; seul est assez bien conservé
le soubassement, large de 16 ni. 40, long de 15 m. 50 en moyenne1 et
haut de 2 m. 70. L'intérieur de celui-ci, depuis le mur postérieur
jusqu'à la masse de blocage qui supportait les colonnes de la façade,
était divisé par deux murs longitudinaux et un mur transversal en
six compartiments destinés à offrir, après remplissage, une base plus
solide à la superstructure de l'édifice. Sous l'escalier, le long et
au pied du stylobate, passait, sous une voûte large de 1 m. 55, une
canalisation qui drainait une partie des eaux du grand nymphaeum
situé au Nord-Est de la ville. Contre le mur méridional du temple,
sous le portique, avait été adossée une tribune, longue de 6 m. 10,
large de 1 m. 40 et haute de 1 m. 30, en bel appareil de pierres de
taille, avec corniche et talon2. Une porte monumentale, à une baie
d'ouverture large de 2 m. 90, limitait vers le forum le tronçon de
rue qui, venant de l'Ouest, longeait la face sud du Capitole.
A l'exception d'un assez beau portrait de l'empereur Hadrien
découvert dans l'angle sud-ouest du forum3, cette place et les
diverses constructions dont les restes viennent d'être décrits n'ont
livré aucune pièce de sculpture digne d'être mentionnée dans un
exposé aussi bref. De même, la moisson épigraphique a été relat
ivement peu fructueuse : en dehors d'une quinzaine de petits fra
gments de plaques de marbre portant chacun une, deux ou trois
lettres et à propos desquels toute tentative de restitution ou de
réassemblage s'est, jusqu'ici, révélée vaine, six textes incomplets
seulement peuvent être signalés :
1° Morceau de plaque de marbre (épaisseur : 0 m. 045) ; dans les
décombres de l'arc qui jouxtait le Capitole (lettres : 0 m. 093) :
„. CAES IX1-V ...
1. Le mur de fond est oblique : le mur latéral sud a 14 m. 10, le mur latéral nord
17 mètres.
2. Peut-être, comme à Dougga (L. Poinssot, Nouv. arch. des missions, XVIII, p. 128-
129), un soubassement supportant des statues impériales.
3. Hauteur : 0 m. 40. Manquent le nez, une partie de la lèvre supérieure et la moitié
droite de la couronne de lauriers. RÉCENTES A BULLA REG1A 465 FOUILLES
Peut-être un fragment de l'inscription dédicatoire de cet arc ;
à un empereur du ne siècle, si l'on en juge par la graphie.
2° Base très mutilée (lettres : 0 m. 04) ; à l'extrémité ouest de la
galerie méridionale :
trans
padanae praet leg pr pr
afric aedil cerial
provinc asiae tri
laticlavio leg ii avg
Fragment du cursus honorum d'un patronus et alumnus de Bulla
Regia, C. Memmius Fidus Iulius Albius, — legatus pro praetore
provinciae Africae en 175 /1761, — que donnaient déjà, intégralement,
une inscription de Vina2 et, partiellement, trois autres textes, l'un
d'Uzappa3, les deux autres de Bulla Regia même4.
3° Morceau de la partie supérieure d'une base (lettres : 0 m. 06)-;
au milieu de la galerie méridionale :
.... a e c e l s i
.... A E C • F • E T
Ligne 2 : c(larissimae) f(eminae).
Peut-être [Aeli]ae Celsi[nill[ae, mère du consulaire Agrius Celsi-
nianus5 et grand-mère de la jeune Agria Tannonia*.
4° Morceau de la partie supérieure d'une base (lettres : 0 m. 05} ;
dans l'angle nord-ouest du forum :
d o m i for ique
v i c t o r i
D N FL IVLIO CONSTANTIO
PIO
1. Sur une inscription de Lauriacum (C. I.L., III, 15208 = Dessau, 9082) : ... C. Mem-
mio Fido lui. Albio, cos. des., leg. Aug. pr. pr., XIIII k. Oct., Aproniano et Bradua cos.
(18 septembre 191). Pour l'ensemble de la carrière de Memmius, cf. Groag, P.-W., R.E.,
XV, col. 623-625, n°"25.
2. C.I.L., VIII, 12442 (Dessau, 1110).
3. Ibid., 11928.
4.25527 (Merlin, Inscr. loi. de la Tunisie, n° 1244) ; Gagnât et Merlin, lnscr. lot.
d'Afr., n° 453. Sur la fille de ce personnage, également bienfaitrice de Bulla Regia,
cf. Gagnât et Merlin, o. L, n° 454.
5. Cagnat et Merlin, o. Z., n° 414 (Thuburbo Minus) : Aeliae Celsinittae, consulari
feminae, patronae perpetuae, matri Celsiniani, consularis viri, curatorù sui, universus
ordo splendidissimae col. VIII Thub.
6. C.I.L., VIII, 25523 (Bulla Regia) : Agriae Tannoniae, c. p., ftliae Agri Celsiniani,
cos. viri, curaioris sui... ; cf. Groag et Stein, Prosop. imp. rom., I, p. 79, n° 464. COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 466
Ligne 3 : d(omino) n(ostro) Flavio Iulio Constantio : l'empereur--
Constance n.
5° Sur un couronnement de base (lettres : ligne 1,0 m. 04 ; ligne 2,
Om.06); devant le Capitole :
DEO PATRIO FL EVSEBIVS V G
CIVIS
Fl(avius) Eusebius v{if) c(larissimus) : s'agirait-il du consul de
347, le père de l'impératrice Eusébie, épouse de Constance n1 ?
— Deus patrius : Apollon2.
6° Base brisée en deux morceaux (lettres : 0 m. 04) ; dans l'angle
sud-ouest du forum :
RERVM O M Kl Vif'*
% D O MI NO
fi ' uictori ac trivmfato ;
ri semPER avg vniver
SUS ORDO COL BVL REG
DEVOTVS NVMINI
MAIESTATIQ EIVS
Ligne 7 : col(oniaé) Bul(lensium) Reg(iorum).
Si fragmentaires soient-elles, ces données architecturales, icono
graphiques et épigraphiques permettent, quand on les insère dans
la série des documents retrouvés dans le temple d'Apollon, d'ajou
ter quelques nouveaux traits au schéma de l'histoire de Bulla Regia
tel qu'on avait pu jusqu'ici l'esquisser3. La certitude est d'ailleurs
maintenant acquise que certaines des bases honorifiques et des
statues qui furent découvertes dans ce sanctuaire avaient primit
ivement leur place sur le forum. Pour ne donner qu'une preuve
particulièrement éloquente de leur transfert, à très basse époque
vraisemblablement4 : un morceau de la main gauche de l'effigie
de la flaminique Minia Procula5 a été ramassé près de l'angle sud-est
du Capitole.
Il est sûr, d'abord, que le temple d'Apollon est le plus ancien des
1. Cf. Seeck, P.-W., R.E., VI, col. 1366.
2. Cf. Merlin, Le temple d'Apollon à Bulla Regia, p. 23-25.
3. Ibid., p. 27-28.
4. Un transfert analogue est observé à Dougga (L. Poinssot, Nouv. arch. des missions,
XXII, p. 197, n. 3) : les malheurs des temps, à très basse époque, ne permettent plus de
consolider le forum, un grand nombre de bases honoroflques sont évacuées de ses portiques
et transportées au théâtre.
5. Merlin, Le temple d'Apollon à Bulla Regia, p. 14 et n" 6 de la planche I. RÉCENTES A BULLA BEG1A 467 FOUILLES
bâtiments qui bordaient cette place. Édifié sous Tibère, à la fin
de 34 ou au début de 35 ap. J.-C, il n'était peut-être même, à cette
époque, « que la restauration d'un monument antérieurement consa
cré au Baal punique de Bulla Regia d1. Les fouilles récentes ont
révélé, en tout cas, que la surface de terrain alors couverte par ce
sanctuaire était supérieure à celle que délimitent les vestiges dégagés
par le capitaine Benêt : sous le dallage de la galerie nord du forum,
à 3 m. 70 environ des restes de la façade du temple (dans son dernier
état), ont été partiellement déblayées les fondations d'une autre
façade, celle, à n'en pas douter, de la construction ou reconstruction,
des années 34-35. Autrement dit, la cour centrale de l'édifice était
vers le milieu du Ier siècle de notre ère, entourée d'un portique
sur ses quatre côtés et non sur trois (au Nord, à l'Est et à l'Ouest)
comme elle le fut seulement par la suite, la façade ayant été ramenée
à l'alignement de la cour proprement dite. Cette réduction a mani
festement été effectuée pour faciliter l'installation de la galerie
septentrionale du forum ; les deux opérations sont contemporaines.
Du point de vue chronologique, cette dernière constatation n'est
pas sans intérêt. Nous ne possédons aucun texte, dédicace du
Capitole ou autre, indiquant l'époque de l'aménagement du forum ou,
ce qui revient au même, de la transformation que subit, par voie
de conséquence, le temple d'Apollon. Nous savons seulement qu'un
certain M. Livineius Dexter procéda, au cours du ne siècle ou au
début du ine, à une remise en état complète (a solo) du sanctuaire2 ;
nous supposons qu'il s'agit de la restitutio en question. Mais nous
n'ignorons pas qu'un des édicules situés à l'Ouest du temple et qui
étaient alignés sur la nouvelle façade de celui-ci fut construit sous
Hadrien : dans ses ruines avait été déterré en 1906 un bloc de marbre
extrait des carrières de Chemtou en 1343. Il nous paraît d'autant
plus logique d'admettre que notre forum date de la seconde moitié
du règne de cet empereur qu'Hadrien, on le sait, conféra à Bulla
Regia*, en même temps qu'à d'autres cités africaines5, — certain
ement lors du voyage de 128, — le rang de colonie ; et le portrait
qui vient d'être retrouvé près du Capitole offre encore un argument
en faveur de cette hypothèse.
De riches bienfaiteurs — parmi lesquels, dans le dernier quart
du ne siècle, le consulaire C.Memmius Fidus Iulius Albius et sa fille
1. Ibid., p. 25 ; C.I.L., 25516.
2.- Merlin, Le temple d'Apollon à Bulla Regia, p. 25 ; C.I.L., VIII, 25512 et 25513.
3. Bull, archéol. du Comité, 1907, p. ccxxxix : ... [Had]riani Aug. d. n. CCXXC
Agri[ppae] ano III [cos.]. Plutôt 134, où L. Julius Ursus Servianus fut consul pour la
troisième fois, que 119, où Hadrien remplit cette charge dans les mêmes conditions : un
texte de Chemtou (C.I.L., VIII, 14564) fait mention en 133 de Vofflcina Agrippae.
4. Merlin, Comptes rendus de l'Acad. des Inscr., 1906, p. 365, n. 2 (C.I.L., VIII, 25522).
5. Id., Forum et maisons d'AUhiburos, p. 47-49. COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
semblent s'être particulièrement distingués — ne cessèrent de
contribuer, par la suite, à l'embellissement de cette place. Des rostres,
une horloge, un tabularium sont mentionnés par les inscriptions du
temple d'Apollon1 ; nous n'avons malheureusement pu identifier
les restes d'aucune de ces constructions, pas plus d'ailleurs que ceux
du temple de Diana Corollitica qui fut édifié sous Septime Sévère2. Il
n'est pas impossible, comme on l'a supposé et comme nous serions
tentés de le croire, qu'à cette époque le temple d'Apollon « où se
dressaient les images de dieux poliades, protecteurs de la cité, ait
servi de curie »3.
A partir de la fin de la période sévérienne et jusqu'à l'établiss
ement de la Tétrarchie, les documents sur l'histoire de Bulla Regia
se raréfient ; il semble que cette ville ait alors connu des jours
sombres. Dans l'incendie qui détruisit, avant 253, le bâtiment dont
subsistent quelques vestiges calcinés sous la mosaïque de la basilique
à double abside faut-il voir, plutôt qu'un simple accident, un des
désastreux effets de la fureur des bandes armées de Capellien qui, en
238, saccagèrent tant de cités africaines4 ? Les résultats des présentes
recherches ne permettent pas de l'affirmer. On peut, de toutes
façons, penser qu'à la fin du me siècle plusieurs édifices publics,
dans ce quartier, menaçaient ruine ; parmi les aedes publicae vetustate
conlapsae que le curateur L. Munatius Sabinius restaura sous
Dioclétien et Maximien5 figurait vraisemblablement, avec le temple
d'Apollon, la basilique voisine.
Cette dernière ne semble toutefois avoir atteint ses plus grandes
dimensions, si l'on en juge notamment par certaines réfections
de son pavement, que dans le courant du ive siècle. Sans doute
serait-il exagéré de prétendre que Bulla Regia retrouva alors la
pospérité des époques antonine et sévérienne ; mais la réapparition,
sous les successeurs de Constantin, de dédicaces honorifiques, à ces
empereurs ou à de hauts fonctionnaires patrons de la ville6, indique
clairement que le forum et ses annexes, certainement mieux entre
tenus, plus ornés et plus fréquentés qu'au siècle précédent, étaient
redevenus le centre d'une vie municipale active et, en quelque sorte,
régénérée.
1. Id., Comptes rendus de l'Acad. des Inscr., 1906, p. 558, n« 4 et 5 (C.I.L.,
25532 et 25533) ; ibid., p. 563 (C.I.L., VIII, 25521).
2. Ibid., p. 563 (C.I.L., VIII, 25515).
3. Merlin, Le temple d'Apollon à Butta Regia, p. 27.
4. Hérodien, VII, 10, 1 ; Capitolin, Maxim., 19 ; cf. Toutain, Les cités romaines de la
Tunisie, p. 366-367.
5. Merlin, Comptes rendus de l'Acad. des Inscr., 1906, p. 561, n° 7 (C.I.L., VIII,
25520) ;Id., Le temple d'Apollon à Bulla Regia, p. 26.
6. Id., Comptes rendus de l'Acad. des Inscr., 1906, p. 563 (C.I.L., VIII, 25521) ; ibid.,
p. 219, n° 3 (C.I.L., VIII, 25524) ; ibid., p. 364, n° 1 (C.I.L., VIII, 25525). Cf. Id., Le
temple d'Apollon à Bulla Regia, p. 8, 10, 12, 21 et 26.

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Les fouilles sous-marines du phare d'Alexandrie

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Thot, le dieu qui vole des offrandes et qui trouble le cours du temps - article ; n°3 ; vol.114, pg 547-556

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