L'Autel de cornes à Délos - article ; n°1 ; vol.139, pg 321-339

De
Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 1995 - Volume 139 - Numéro 1 - Pages 321-339
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1995
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Monsieur Philippe Bruneau
L'Autel de cornes à Délos
In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 139e année, N. 1, 1995. pp. 321-
339.
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Bruneau Philippe . L'Autel de cornes à Délos. In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres,
139e année, N. 1, 1995. pp. 321-339.
doi : 10.3406/crai.1995.15466
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1995_num_139_1_15466'Stfl
COMMUNICATION
l'autel de cornes à délos,
par m. phiuppe bruneau
II est bien connu qu'en dépit de quelques traditions différentes
Apollon passait en général pour être né à Délos. Mais les enfances
déliennes du dieu ne se réduisaient pas à sa nativité ; Callimaque
est le plus ancien auteur qui nous apprenne qu'à l'âge de quatre
ans il avait arrangé un autel avec les cornes des chèvres que
chassait Artémis :
TexoaétTiç xà Jtpcôxa Qe\ieikia Oolôoç ëjrr^e
xaXfj èv 'Oqxvy^H Jïeqitiyéoç êyyijGi Xi|ivT]ç.
60 'AQxepiiç âyQÛKJoovoa xaçriaxa auvexèç alyœv
Kuv0iâôo)v qpoQéeaxev, ô Ô' EJtXexe (3co^iôv 'AjtôXXcov
ôei|iaxo \ièv xeçâecaiv éôé0X,ia, Jtfj^e ôè (3(ojiôv
èx xeçàcov, xeçaoùç ôè jiéç i£ vjteôàXÀexo xoî%ovç.
« A quatre ans Phoibos établit les premières fondations dans
la belle Ortygie près du lac arrondi. Artémis chassait les
chèvres du Cynthe et incessamment en apportait les têtes.
Et Apollon réalisait les entrelacs d'un autel : avec des cornes,
il construisit des soubassements ; avec des cornes, il arrangea
un autel ; tout autour il dressa des parois de cornes » (Hymne
à Apollon, vers 5 8-63) l.
Réalité de l'Autel de cornes
L'idée pourrait d'abord venir que Callimaque raconte un év
énement qui se perd dans la nuit des temps mythologiques et dont
il ne restait nulle trace sur le terrain. En fait, il n'est pas douteux
que l'Autel de cornes existait toujours à l'époque hellénistique.
1 . Preuve indubitable, en effet, les comptes de gestion du sanc
tuaire de Délos enregistrent régulièrement des dépenses engagées
pour l'entretien du « Kératôn », mot que les noms de même suf
fixe invitent à comprendre comme désignant non pas exactement
1 . J'ai transcrit et traduit la plupart des textes concernant l'Autel de cornes dans
Recherches sur les cultes de Délos à l'époque hellénistique (cité désormais CDH), 1970,
p. 19-22. 322 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
l'Autel de cornes dont le nom neçâuvoç fko^iôç n'apparaît qu'une
fois dans les comptes (Inscr. Délos 290, ligne 223), mais le dispos
itif qui le contenait2. Parmi ces travaux figure au premier chef son
aleipsis qui consistait à oindre de poix les cornes pour les protéger
du dommage des intempéries à la façon dont aujourd'hui on les
vernirait3.
2. L'Autel existait d'autant plus qu'il se confondait avec celui
où s'offraient les sacrifices sanglants à Apollon. C'est ce que
prouve une synonymie dont longtemps on ne s'est pas avisé. Calli-
maque, cette fois dans l'Hymne à Délos (vers 307-324, spécial
ement 312-313 et 320-322, cités ici), évoque deux rites célébrés
près d'un autel, la Géranos4 et le Tour de l'autel.
jtÔTvux, oôv jreoi po)(xôv eYeipo^iév
HVTikiov (bpxîioavxo, %oqov ô' f|yr|aaTo 0T|aei3ç.
« (Thésée et ses compagnons, échappés du labyrinthe) dan
saient en cercle autour de ton autel, Souveraine, au son de
la cithare ; Thésée conduisait le chœur. »
oi) iiakw cmxiç ëÔTjaav
jeqLv \iéyav fj oeo $(o\iàv vno jïàtiyîJoiv éÀl^ai
QTjaaô^evov
« (Les marins de l'Egée) ne remontent pas à leur bord avant
d'avoir fait le tour de ton grand autel frappé de coups (?) »
Un contre-sens est d'abord à éviter : au vers 312 l'invocation
jTÔxvia, aôv Tieçi |3a)|j,ôv a longtemps été comprise comme une
adresse à Aphrodite dont il est en effet question aux vers pré
cédents, mais nous sommes dans un Hymne à Délos et c'est
évidemment à Délos elle-même, ici qualifiée de potnia, que
parle le poète : « ton autel », de même que (léyav aeo Pœ^iàv
au vers 321, est celui de Délos. C'est ce que confirment des
notices plus récentes relatives aux rites décrits par Callimaque :
d'une part, Pollux (IV, 101) place aussi la Géranos jteql tôv
At|A,lov {3(o^iôv ; quant au Tour de l'autel, d'autre part, Hésychius
(s. v. At]Â,icxxôç fiu>\iôç) le situe autour de tôv èv Ar|Xcp |3a)|j,ôv et
une scholie à ce passage de Callimaque JieQi tôv Pœjiôv toi)
'Ajiôâàcovoç.
2. Cf. les parallèles rassemblés par G. Roux, BCH 103,1979, p. 1 15.
3. Cf. CDH, p. 25-26 avec la liste des inscriptions - M.-Chr. Hellmann, Recherches
sur le vocabulaire de l'architecture grecque d'après les inscriptions de Délos, 1992, p. 17, pré
fère <xX.oiq)r| qu'on restitue sans certitude en IG XI, 4, 139, e, 1. 17.
4. Ces deux rites ont fait couler beaucoup d'encre, en particulier la Géranos. Les
textes sont rassemblés dans CDH, p. 19-22 ; G. Roux, op. cit. {supra, n. 2), p. 1 18-120,
a procuré des textes une interprétation chorégraphique convaincante ; j'ai ajouté
quelques compléments dans BCH 1 12, 1988, p. 575-577. de cornes à délos 323 l'autel
Mais si tous ces auteurs s'accordent à situer le Tour de l'autel et
la Géranos autour de l'« autel délien » ou « Autel de Délos », ainsi
désigné parce qu'il était l'autel par excellence5, l'Autel d'Apollon,
Plutarque (Thésée 21), lui, situe la Géranos Jieçi xèv Kegaxcôva :
s'il ne s'est pas trompé, c'est que l'Autel de cornes et l'« Autel de
Délos » ne faisaient qu'un.
3. Enfin la réalité de l'Autel de cornes se conforte encore de la
présomption que les deux rites décrits par Callimaque s'y prat
iquaient toujours à l'époque hellénistique. Certes, relatés par un
poète érudit, on s'imaginerait facilement ici encore, et bien qu'ils
soient décrits au présent, qu'ils appartiennent à l'évocation d'un
passé plus ou moins légendaire. Il n'en est rien, la véracité de Call
imaque est restée jusqu'ici à toute épreuve : exemplairement,
J. Tréheux avait jadis montré qu'arrivaient réellement à Délos ces
mystérieuses offrandes hyperboréennes dont, à la suite d'Héro
dote (IV, 33), l'Hymne à Délos (vers 278-299) indique le long itiné
raire ; et généralement parlant, si Callimaque préfère relater le plus
étrange, il n'invente pas6.
L'Autel de cornes, en un mot, était à la fois une relique insigne,
puisque passant pour être l'ouvrage du dieu, et une installation
cultuelle toujours en usage.
La topographie sacrée de Délos
L'autel de cornes existait : où était-il ? C'est ici une de ces ques
tions de topographie monumentale qui dominent largement
l'archéologie de Délos comme celle de Delphes parce que la solu
tion en est souvent un préalable nécessaire à la compréhension de
problèmes plus vastes. Dans le principe la méthode est simple :
d'un côté, la fouille livre un champ de ruines sans noms ; de
l'autre, les textes, littéraires et épigraphiques, permettent de consti
tuer une liste de noms sans ruines ; il s'agit alors de mettre en
contrepoint l'inventaire archéologique et la nomenclature antique.
Mais dans l'application la coïncidence de ces deux séries s'avère
fort difficile à établir, d'abord parce que le nombre des termes en
présence est fort élevé : rien qu'en installations cultuelles, on
5. Pareillement Hérodote VI, 97 rapporte que le général perse Datis avait, lors de
son passage à Délos, déposé trois cents talents d'encens « sur l'autel », sans autre
précision.
6. J. Tréheux, Studies ... D. M. Robinson, II, 1953, p. 754-774. Et plus générale
ment, cf. Ph. Bruneau, « V Hymne à Délos de Callimaque et les cultes déliens », Tra
vaux du Centre d'archéologie méditerranéenne de l'Académie polonaise des Sciences 30, 1991
(= Mélanges Sadurska), p. 94-98. 324 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
recense à Délos une cinquantaine de noms et une cinquantaine
de ruines7. Toutefois la difficulté d'établir les concordances vient
surtout de ce que les listes ne sont évidemment pas finies, puis
qu'on peut toujours découvrir une nouvelle ruine ou un nouveau
nom, et de ce que les composants n'en sont même pas totalement
assurés : à titre d'exemple, en traduisant Mtitqwlov par « effigie
de la Grande Mère » dans l'inventaire du Sarapieion, j'ai fait dis
terrain8 paraître (c'est un « sanctuaire la caractéristique » qu'il eût de fallu la « philologie autrement archéologique chercher sur le »,
de l'utilisation des textes anciens à des fins d'archéologique : les
mots les plus importants sont aussi à l'ordinaire ceux dont le sens
est le moins assuré en sorte que le problème se déplace, et parfois
se résout, selon la traduction adoptée).
Avec l'identification de l'Aphrodision dont les marbres inscrits,
toujours in situ, sont précisément décrits dans les inventaires, celles
de l'Héraion et de l'Archégésion où des dizaines de tessons inscrits
ont livré le nom des divinités titulaires, l'archéologie délienne a
enregistré de francs succès. Mais trop souvent les ruines sont
indifférenciées et par là demeurent innommables ; et, de leur côté,
les noms ne sont pas accompagnés d'un descriptif et restent non
localisables. Aussi, pour une part, la topographie délienne est-elle
un casse-tête, et d'autant plus qu'il est toujours plusieurs combi
naisons possibles et qu'il suffit de refuser que telle ruine porte tel
nom pour qu'ailleurs s'ouvre la possibilité de nouvelles équations.
C'est au cœur de cet imbroglio que se situe l'Autel de cornes.
Hypothèse de l'identification de l'Autel de cornes et du Monument à
abside
Une symétrie est frappante. Sur le terrain, dans le sanctuaire
d'Apollon dont beaucoup de monuments sont quand même ident
ifiés plus ou moins assurément (fig. 1), il reste deux ruines ano
nymes qui ne peuvent être que celles de monuments importants :
l'édifice portant le numéro 42 dans le Guide de Délos, que désignent
à l'attention une orientation désaxée par rapport à l'orientation
générale du sanctuaire, ses dimensions considérables et une dis
position architecturale insolite, même si elle n'est pas encore bien
connue en détail ; et le « Monument à abside » (GD 39) dont ce
nom de convention suffit à signaler la particularité et qui semble
occuper une place centrale. En regard, les comptes des hiéropes
nous font connaître deux installations cultuelles non moins import
antes et qui ne sont pas encore sûrement localisées : le Pythion,
7. Listes dans CDH, p. 510-514.
8, BCH 104, 1980, p. 169-170. l'autel de cornes à délos
30
FlG. 1. - Le sanctuaire d'Apollon à Délos.
dont les mentions répétées permettent d'esquisser un descriptif et
qui, en particulier, contenait un palmier et un feu permanent, sans
doute celui ou les femmes de Lemnos venaient chaque année
chercher le feu nouveau9 ; et le Kératôn, c'est-à-dire le dispositif
qui contenait l'Autel de cornes.
Deux monuments importants sur le terrain, deux monuments
importants dans les comptes : l'hypothèse se présente alors de
9. Les textes sont rassemblés dans CDH, p. 1 1 5-1 1 7. 326 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
mettre en équivalence les ruines sans noms et les noms sans ruines.
Deux possibilités sont en principe ouvertes, formées chacune de
deux équations :
soit GD 39 = Pythion et GD 42 = Kératôn
soit GD 39 = Kératôn et GD 42 = Pythion.
La première hypothèse n'est pas totalement extravagante puisque
R. Vallois croyait pouvoir placer le Kératôn en GD 42. Mais c'est
quand même la seconde qui a priori semble la plus plausible. Aussi
n'est-elle pas neuve, déjà avancée par F. Courby10, reprise par moi-
même d'abord timidement puis plus décidément11, énoncée aussi
par G. Kuhn12. Mais elle a été longtemps étouffée par la combi
naison tout autre qu'imposait l'autorité de R. Vallois : plaçant le
Kératôn dans l'Édifice 42 et le Pythion dans le Monument des tau
reaux (GD 24), il balançait si le Monument à abside était l'obscur
Amphistrophon ou le Grand Autel dont parle Callimaque mais
dont il n'avait pas reconnu qu'il se confondait avec l'Autel de
cornes. Cet arrangement a ensuite été relayé par la tentative, due
à G. Roux, de faire de l'Édifice 42 le Pythion (hypothèse ancie
nnement avancée par Ch. Picard) et d'y placer à l'intérieur le Kéra
tôn, combinaison qui conjoint deux hypothèses inconciliables13.
En attendant qu'une étude architecturale vienne assurer ou
infirmer l'équation GD 42 = Pythion, c'est donc l'identification
du Monuments à abside (GD 39) et du Kératôn que je vais main
tenant éprouver.
Présomptions
A cette identification il est dès l'abord des présomptions
favorables14.
La première est fournie par le plan même du Monument (fig. 2).
Très insolites dans l'architecture grecque, une abside, un tracé
curviligne ne tiennent en principe qu'à deux raisons. L'une est
chronologique : une date dans le très haut archaïsme, ce
qu'illustrent les temples de Thermos ou le premier temple
d'Apollon Daphnéphoros à Érétrie ; mais en ce cas, le plan est plus
10. Mélanges Holleaux, 1913, p. 59-68.
11. CDH, p. 28 ; BCH 109, 1985, p. 555 où les deux équations sont formulées.
12. JDAI 100, 1985, p. 234-237.
13. G. Roux, op. cit. (supra, n. 2), p. 109-135. J'ai montré l'incompatibilité des deux
thèses dans BCH 105, 1981, p. 79-106.
14. Je ne fais pas ici état d'un genre d'argument auquel le regretté J. Tréheux accor
dait couramment foi : l'ordre dans lequel les travaux sont énumérés dans les comptes,
en l'occurrence les différents monuments sujets à aleipsis. Le Kératôn n'était pas fo
rcément proche des bâtiments cités juste avant ou juste après lui : les ouvriers allaient
là où ils avaient à travailler, même si une distance importante séparait deux édifices à
enduire. de cornes à délos 327 l'autel
"-y
FlG. 2. - Le Monument à abside
(à l'ouest du Monument, dalles et lambourdes du dallage de marbre bleu). 328 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
en épingle à cheveux qu'au Monument à abside dont, par ailleurs,
la construction ne semble pas remonter avant le Ve siècle. Reste
alors seulement l'autre explication, qui est fonctionnelle : l'excep
tionnelle disposition en demi-cercle prolongé de notre Monument
conviendrait à ce qui se trouvait à l'intérieur ; or, pour avoir été
réputé merveille de l'art, il n'est quand même pas invraisemblable
que l'Autel ait été de plan circulaire.
La seconde présomption tient dans la réponse qu'appelle une
question inévitable : qui, aux lieu et place d'Apollon, avait édifié
l'Autel de cornes ? Car il ne peut d'aucune façon s'agir de cornes
peu à peu amassées là au cours de sacrifices successifs, à la façon
des cendres de l'autel d'Olympie. D'abord, l'Autel était fait de
cornes de chèvres alors qu'on sacrifiait des bœufs à Apollon15.
Ensuite, si au témoignage d'un Plutarque (De solî. anim. XXXV, 9)
ou d'un Martial (Epigr. 1, 1) il pouvait compter parmi les sept merv
eilles du monde, c'était, comme les six autres, en raison d'une
exceptionnelle réussite technique - celles d'être un « entrelac
ement » de cornes (Callimaque) et d'être construit « sans colle ni
quelque autre lien » (Plutarque) -, ce qui ne pouvait convenir à un
amas résultant de rejets inorganisés16. Enfin et surtout, un tel amas,
dont on aurait vu progressivement augmenter le volume, n'eût pas
passé pour une relique de haute antiquité, pour un merveilleux
ouvrage achevé d'Apollon. Il fallait que l'Autel existât depuis long
temps, j'ose dire : depuis l'installation d'Apollon à Délos. Sans
même invoquer le parallèle, un peu mince, de Dréros, je crois que
c'était un reste de l'occupation mycénienne qui s'était rattaché à
la légende apollinienne, exactement comme une tombe assez
médiocre de l'Helladique récent était devenue la Thékè des deux
Vierges hyperboréennes Opis et Argè, GD 3217. Or, un niveau
mycénien a été reconnu à proximité immédiate du Monument à
abside et doit se poursuivre sous lui.
Étude architecturale du Monument à abside
En cette affaire, le nouveau est que Philippe Fraisse, architecte
de l'École d'Athènes, et moi-même, après des années d'effort,
15. CDH, p. 65.
16. Tout récemment, N. Blanc, Les dossiers d'archéologie 202, Les sept merveilles du
monde, avril 1995, p. 8, écrit que « l'autel de Délos, fait de cornes assemblées par
Apollon, n'avait rien de remarquable si ce n'est son origine divine, ce qui le distingue
fondamentalement des autres Merveilles, justement admirées comme le fruit du génie
humain ». C'est une pétition de principe car on voit mal comment l'Autel aurait pu
être compté parmi les Merveilles s'il n'avait été comme les autres une prouesse tech
nique ; l'art de l'assemblage est clairement indiqué par le ënXexe dont se sert Call
imaque aussi bien que par les deux verbes qu'emploie Plutarque.
17. Cf. la notice de J. Ducat dans notre Guide de Délos, 1983, p. 144-145. l'autel de cornes à délos 329
sommes enfin venus à bout de l'étude architecturale du Monum
ent, condition nécessaire pour éprouver, voire valider l'hypo
thèse initiale en confrontant tout ce que les textes littéraires et les
inscriptions nous enseignent de l'Autel et du Kératôn et tout ce
dont nous instruit le Monument, et qui est malheureusement bien
peu!
Les difficultés, en effet, s'accumulaient. A l'ordinaire on restitue
un édifice endommagé en réordonnant les membres d'architec
ture conservés selon l'idée qu'on se fait de lui, mais ici les deux
termes font également défaut. D'une relique insigne qui comptait
parmi les merveilles du monde, c'est-à-dire parmi des réalisations
uniques, nous n'avons aucune idée précise, et seulement tout au
plus celle de ce que pouvait être un grand autel. Et si le « modèle »
ainsi se dérobe, les vestiges nous sont aussi chichement mesurés :
le Monument est ruiné presque à ras du sol ; de surcroît il ne
semble subsister aucun carnet ou rapport de fouille (c'est à peine
si l'on devine quand elle a eu lieu) en sorte qu'on ne peut même
pas jurer que les blocs gisant actuellement dans le Monument ou
à proximité n'y ont pas été apportés par un prédécesseur pressé
d'éprouver une hypothèse. Seul le plan curviligne du
est un atout car il a permis de lui restituer avec quelque certitude
une trentaine de blocs dont la courbure paraît convenir à celle de
l'abside.
De l'étude architecturale, fort austère, qui est maintenant
achevée et prête pour l'impression18, les résultats principaux sont
les suivants.
On avait toujours considéré le Monument à abside comme une
construction unitaire, mais dont la réalisation se serait étalée entre
le début du Ve et le courant du IVe siècle. Il est maintenant certain
qu'un Monument édifié au Ve siècle a subi divers réaménagements
ultérieurs dont les plus récents ne semblent pas antérieurs au
IIe siècle.
Ve siècle le Monument se réduisait à Dans son état originel du
un muret de marbre, haut d'environ 1,35 m. R. Vallois avait
reconnu qu'il se composait d'une base à kymation, de deux ou
trois assises courantes et d'une corniche, mais dont il pensait à
tort, selon nous, qu'elle avait été seulement posée au IVe siècle.
Aucun indice non plus n'autorise à y placer l'ordre à claire-voie
qu'il supposait. Du muret on peut a priori faire une clôture ana
logue à celle de la Thékè des Vierges hyperboréennes ou de
l'Abaton semi-circulaire (GD 32 et 34) ou le soutènement d'un
podium ; mais le traitement postérieur des pièces de corniche fait
pencher vers cette seconde hypothèse. Toutefois on ignore tout de
18. Elle doit paraître, sous la signature de Ph. Fraisse et la mienne, dans l'Explora
tion archéologique de Délos.

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