La datation des rois de Byblos Abibaal et Élibaal et les relations entre l’Égypte et le Levant au Xe siècle av. notre ère - article ; n°4 ; vol.150, pg 1697-1716

De
Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 2006 - Volume 150 - Numéro 4 - Pages 1697-1716
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 2006
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COMMUNICATION
LA DATATION DES ROIS DE BYBLOS ABIBAAL ET ÉLIBAAL ET LES RELATIONS ENTRE L’ÉGYPTE ET LE LEVANT AU X e SIÈCLE AV. NOTRE ÈRE, PAR M. ANDRÉ LEMAIRE, CORRESPONDANT DE L’ACADEMIE
Les inscriptions des rois de Byblos Abibaal et Élibaal figurent en bonne place dans les manuels d’épigraphie ouest-sémitique de H. Donner et W. Röllig 1 , d’une part, et de J.C.L. Gibson 2 , d’autre part. Cependant, alors que l’inscription d’Élibaal est clairement mentionnée comme étant actuellement exposée au Louvre, ces deux manuels n’indiquent pas où se trouve l’inscription d’Abi-baal. La « redécouverte » de l’inscription d’Abibaal au Vorder-asiatisches Museum de Berlin et la récente proposition de rabaisser la date de ces deux inscriptions du X e siècle av. notre ère au IX e , voire au début du VIII e siècle, plus spécialement vers 850-750 av. notre ère 3 , nous invitent à réexaminer la datation et l’in-terprétation historique de ces deux inscriptions. Ce réexamen portera d’abord sur la lecture des inscriptions phéniciennes, puis sur la signification, pour leur datation, du fait que ces deux ins-criptions royales sont gravées sur des statues de pharaon, enfin nous élargirons l’interprétation historique au Sud du Levant en exploitant la tradition littéraire historiographique.
I. Les inscriptions royales phéniciennes sur statue de pharaon Les deux inscriptions royales d’Abibaal et d’Élibaal sont toutes les deux gravées sur des statues de pharaon. Le fait est par-
1. Kanaanäische und aramäische Inschriften (KAI) , 3 volumes, Wiesbaden, 2002 5 , n os 5 et 6. 2. Textbook of Syrian Semitic Inscriptions , II. Phoenician Inscriptions , Oxford, 1982, n os 7 et 8. 3. B. Sass, The Alphabet at the Turn of the Millennium. The West Semitic Alphabet ca. 1150-850 BCE. The Antiquity of the Arabian, Greek and Phrygian Alphabets , Tel-Aviv Occa-sional Publications 4, Tel-Aviv, 2005, spéc. p. 48-49 et 73. Pour une critique préliminaire, cf. M. Heltzer, Ugarit-Forschungen (UF) 36 (2006), p. 711-716.
1698 COMPTES RENDUS DE L’ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ticulièrement évident pour l’inscription phénicienne d’Élibaal, achetée avant 1881 par un banquier-collectionneur de Naples, M. Meuricoffre, avant de finalement entrer au Louvre 4 (fig. 1). L’inscription phénicienne y enchâsse, en quelque sorte, le car-touche du pharaon Osorkon I er ; elle reste légèrement incomplète mais on peut la restituer de façon presque assurée 5 : 1. M .ZP‘L.’LB‘L.MLK.GBL.BY [ MLK.MLK GBL ] 2. [ L ] B ‘LT.GBL.’DTW.T’RK.B‘LT[ .GBL ] 3. [ YMT.’ ]LB‘L.W NTW.‘L[ .GBL ] 1. « Statue 6 qu’a faite Élibaal, roi de Byblos, fils de Ye i [milk, roi de Byblos, ] 2. [ pour la maî ]tresse de Byblos, sa Dame. Que la maîtresse [ de Byblos ] prolonge 3. [ les jours d’ É]libaal et ses années sur [ Byblos. ] » Dans cette inscription, Élibaal affirme donc clairement que c’est lui qui a fait, c’est-à-dire qui a fait faire 7 , la statue du pharaon Osorkon I er . Cette inscription éclaire quelque peu le texte de l’inscription d’Abibaal acquise à Jbeil/Byblos par Loytved, consul du Dane-mark à Beyrouth, et publiée par Ch. Clermont-Ganneau dans une communication à l’Académie en 1903 8 . Elle est moins bien
4.On trouvera l«étrange fortune» de ce monument éÉvoquée draoin sd le e B d y it b i l o o p s r » i , ncSeps de R. Dussaud, « Dédicace d’une statue d’Osorkon I er par liba‘al, yria 6 (1925), p. 101-117, à compléter éventuellement par P. Montet, Byblos et l’Égypte. Quatre campagnes de fouilles à Gebeil 1921-1922-1923-1924 , Bibliothèque archéologique et histo-rique (BAH) 11, Paris, 1928, p. 49-54 ; M. Dunand, Fouilles de Byblos I , 1926-1932 , Texte, Paris, 1939, p. 17-18. Pour une présentation brève récente, cf. P. Amiet et Ch. Ziegler, « 43. Statue d’Osorkon I er provenant de Byblos », dans J. Yoyotte (éd.), Tanis. L’or des Pharaons, Catalogue, Galeries nationales du Grand Palais, Paris 26 mars-20 juillet 1987, Marseille 19 septembre-30 novembre 1987 , Paris, 1987, p. 166. 5. L’examen de la statue du Louvre révèle une petite trace inférieure de l’extrémité du B au début de la ligne 2, tandis que la lecture B‘LT à la fin de la ligne 2 s’appuie sur un petit fragment de la même statue retrouvé par les fouilles de M. Dunand à Byblos ( loc. cit. [n. 4]). 6. Sur ce mot, cf. P. Xella, « Fenicio M(’) , “statua”. (Matériaux pour le lexique phéni-cien – III) », dans K. Geus et K. Zimmermann (éd.), Punica-Libyca-Ptolemaica. Festschrift für Werner Huss , Studia Phoenicia 16, Orientalia Lovaniensia Analecta (OLA) 104, Louvain-Paris, 2001, p. 21-40. 7. S’il s’agit d’un verbe à la conjugaison simple, cette interprétation est classique lors-qu’un chef s’exprime. Bien que R. Dussaud ait proposé de voir dans cette statue un « présent » d’Osorkon I er , il avait noté : « On peut encore imaginer qu’Élibaal a commandé en Égypte la statue du pharaon. L’expression “a fait” serait alors plus en situation » ( Syria 6 [1925], p. 111, n. 3). 8. Ch. Clermont-Ganneau, « Inscription égypto-phénicienne de Byblos », CRAI 1903, p. 1-6 ; Id., « Inscription égypto-phénicienne de Byblos », Recueil d’archéologie orientale VI, Paris, 1905, p. 74-78 ; Répertoire d’épigraphie sémitique II, 501-1200 , Paris, 1907-1914, n° 505.
BABIAAL ET ÉLIBAAL,ORIS ED BYBLOS
1699
F IG . 1. – Buste d’Osorkon I er avec l’inscription du roi Élibaal (Louvre AO 9502).
1700 COMPTES RENDUS DE L’ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS conservée et pose quelques problèmes de lecture et d’interpréta-tion. C’est pour clarifier ces problèmes que nous avons d’abord recherché l’estampage de l’inscription conservé au Cabinet du Corpus Inscriptionum Semiticarum de l’Académie. Puis, à partir d’une note en bas de page de Noël Aimé-Giron en 1925 indiquant que « le monument est au Musée de Berlin (VA. 3361) » 9 , nous avons demandé à la directrice du Vorderasiatisches Museum, le Prof. Dr. Beate Salje, si cet objet numéroté était encore au musée. Quelque temps après, nous avons reçu une réponse positive du D r Joachim Marzahn, conservateur au même musée, avec possibi-lité d’en obtenir des photographies 10 (fig. 2). L’inscription phénicienne est incisée sur le siège carré d’une statue assise fragmentaire du pharaon Shéshonq I er , comme l’at-testent ses deux cartouches qui sont en quelque sorte enchâssés par l’inscription phénicienne malheureusement incomplète. Cependant, à la suite de la proposition de Pierre Montet 11 , on peut restituer avec une grande probabilité la disposition primi-tive avec la ligne 2 se continuant horizontalement avant de remonter à droite des cartouches. On proposera donc de lire en restituant en partie d’après l’inscription d’Élibaal : 1. [ M .ZB ] R’ .’BB‘L.MLK[ .GBL.B…. ] 2. [ MLK. ]GBL.BM RM.LB‘L[ T.GBL.’DTW.T’RK.B‘LT.GBL.YM T.’BB‘L.W NTW. ] L GB L 1. « [ Statue qu’a scu ]lptée Abibaal roi [ de Byblos, fils de … ] 2. [ roi de ] Byblos, en Égypte pour la maître[ sse de Byblos, sa Dame. Que la maîtresse de Byblos prolonge les jours d’Abibaal et ses années ] sur Byblos. » Cette inscription présente plusieurs problèmes de lecture et d’interprétation. Nous ne discuterons pas ici la restitution vrai-semblable du patronyme YH MLK, « Yeh imilk », dans la lacune de la fin de la ligne 1 (d’après le parallèle de l’inscription d’Éli-baal), ni celle d’une lecture masculine possible de la désignation
9. N. Aimé-Giron, « Note sur les inscriptions de Ah iram », Bulletin de l’Institut français d’Archéologie orientale 26 (1925), p. 1-13, spéc. 3, n. 1. 10. Nous tenons à remercier cordialement le Prof. D r Beate Salje et le D r Marzahn pour leur aide. 11. Cf. P. Montet, « Comment rétablir l’inscription d’Abibaal, roi de Byblos ? », Revue biblique 35 (1926), p. 321-327 ; Id., Byblos et l’Égypte. Quatre campagnes de fouilles à Gebeil 1921-1922-1923-1924, Texte , BAH 11, Paris, 1928, p. 54-57. On notera cependant que le texte de cette restitution doit être corrigé.
ABIBAAL ET LÉIBAAL,ROIS DE BYBLOS
1701
F IG . 2. – Siège de Shéshonq I er avec l’inscription du roi Abibaal (Vorderasiatisches Museum 3361).
1702 COMPTES RENDUS DE L’ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS de la divinité (« Baal » au lieu de « Baalat » proposée à cause du parallèle avec l’inscription d’Élibaal). Il faut surtout souligner que notre restitution, au début de la ligne 1, du verbe BR’, « sculpter », est différente de celle généra-lement proposée depuis W.F. Albright 12 , à savoir YB’, « a fait venir / a importé ». En effet, comme l’a bien souligné P. Swig-gers 13 , la restitution YB’ crée un problème philologique pour l’in-terprétation de l’expression BM RM à la ligne 2. Malgré la proposition de J. G. Février de voir dans cette dernière expression une référence à un sacrifice « dans la détresse » 14 , il apparaît plutôt, assez clairement, que, sur une statue de pharaon, M RM désigne naturellement l’« Égypte », comme l’ont déjà proposé Ch. Clermont-Ganneau 15 , M. Lidzbarski 16 , W.F. Albright 17 et la plupart des autres commentateurs. Mais alors, à la suite de W.F. Albright, on est pratiquement obligé d’interpréter la prépo-sition B comme indiquant l’origine : « de », ce qui est peu vrai-semblable en phénicien où c’est la préposition MN qui indique l’origine. La lecture/restitution B]R’, déjà proposée par P. Swiggers 18 , est plus satisfaisante, paléographiquement et surtout philologique-ment, que celle de Y]B’. Paléographiquement, du fait de l’épau-frure de la partie inférieure, les restes de la première lettre visible peuvent être interprétés aussi bien comme ceux d’un R que ceux d’un B mais la lecture d’un R est préférable car elle explique plus facilement l’absence de traces de la hampe (fig. 3 et 4). Surtout, philologiquement, elle supprime la difficulté de l’interprétation du B comme indiquant l’origine à la ligne 2 et est parfaitement à sa place ici, en parallèle au verbe P‘L, « faire », dans l’inscription d’Élibaal. En effet, le verbe BR’ est déjà attesté en phénicien avec le sens de « sculpter », d’où est dérivé le nom de métier BR’
12. W.F. Albright, « The Phoenician Inscriptions of the Tenth Century B.C. from Byblos », Journal of the American Oriental Society (JAOS) 67 (1947), p. 153-160, spéc. 157, n. 380. 13. P. Swiggers, « Phoenician b “from” ? », Aula Orientalis 5 (1987), p. 152-154. 14. J. G. Février, « L’inscription d’Abiba’al, roi de Byblos », Africa 1 (1966), p. 13-17. 15. Op. cit. (n. 8), p. 3. 16. Ephemeris für semitische Epigraphik II, 1903-1907 , Giessen, 1908, p. 167-169, spéc. 168. 17. Op. cit. (n. 12), p. 158. 18. Op. cit. (n. 13), p. 153.
ABIBAAL ET ÉLIBAAL, ROIS DE BYBLOS
F IG . 3. – Détail du début de l’inscription d’Abibaal (VA 3361).
1703
F IG . 4. – Détail de l’estampage du début de l’inscription d’Abibaal (Cabinet du CIS, AIBL).
« sculpteur » 19 . BR’ peut aussi être rapproché de l’hébreu biblique BR’, bien connu pour exprimer l’action créatrice divine, spécialement dans le Deutéro-Isaïe 20 , et du sud-arabique
19. Cf. C. Bonnet, « La terminologie phénico-punique relative au métier de lapicide et à la gravure du texte », Studi epigrafici e linguistici 7 (1990), p. 111-122, spéc. 118 ; J. Hoftj-zer et K. Jongeling, Dictionary of the North-west Semitic Inscriptions I, Leyde, 1995, p. 196. 20. Cf., par exemple, P. Humbert, « Emploi et portée bibliques du verbe yas ar et de ses dérivés substantifs », dans J. Hempel et L. Rost (éd.), Von Ugarit nach Qumran. Beiträge zur alttestamentlichen und altorientalischen Forschung Otto Eissfeldt , Berlin, 1958, p. 82-88 ; Id., Opuscules d’un hébraïsant , Mémoires de l’Université de Neuchâtel 26, Neuchâtel, 1958, p. 146-165 : « Emploi et portée du verbe b a≠ r a≠ (créer) dans l’Ancien Testament » ; N. Habel, « “Yahweh, Maker of Heaven and Earth”. A Study in Tradition Criticism », Journal of Biblical Literature 91 (1972), p. 321-337, spéc. 335 : « b o≠ r ē replaces o≠•e≠ h ». ; D.J.A. Clines (éd.), The Dictionary of Classical Hebrew II, Sheffield, 1995, p. 258-259.
1704 COMPTES RENDUS DE L’ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
F IG . 5. – Statue d’Osorkon II, Byblos (Beyrouth, Musée national n° 2050).
(sabéen) BR’, « construire » 21 . Comme pour Élibaal, cette ins-cription indique donc simplement que la statue du pharaon Shéshonq I er a été réalisée, plus précisément « sculptée », à l’ini-tiative du roi de Byblos. À cette petite série de deux inscriptions royales phéniciennes sur des statues de pharaon, il faut ajouter une statue du pharaon Osorkon II mise au jour par les fouilles de Maurice Dunand à Byblos, plus précisément dans le temple attribué à la Baalat de Byblos 22 , et conservée au Musée national de Beyrouth (fig. 5). Malheureusement le torse de cette statue d’Osorkon II a disparu et, avec lui, l’espoir de connaître « un roi de Byblos de plus » 23 .
21. Cf. A.F.L. Beeston et al. , Dictionnaire sabéen (anglais-français-arabe) , Louvain-la-Neuve Beyrouth, 1982, p. 30. -22. Dunand, op. cit. (n. 4), p. 115-117, n° 1741. On trouvera une belle reproduction dans Cl. Doumet-Serhal et al. , Pierres et croyances. 100 objets sculptés des Antiquités du Liban , Beyrouth, s. d. (vers 2000), p. 54, 64 et 170, n° 23. 23. Cf. P. Montet, La nécropole de Tanis I, Paris, 1947, p. 21-22.
ABIBAAL ET ÉLIBAAL, ROIS DE BYBLOS 1705 II. Datation et interprétation historique Dès l’ editio princeps de Ch. Clermont-Ganneau, la datation de l’inscription d’Abibaal a posé problème : en grande partie à cause de la forme archaïque du K que l’on pouvait confondre alors avec un d’époque plus récente, aussi bien Charles Clermont-Ganneau que Mark Lidzbarski 24 refusèrent de la faire remonter à l’époque de Shéshonq I er : ils proposèrent de la dater au IX e -VI e siècle av. notre ère 25 en pensant à une réutilisation 26 . Après la découverte du tombeau d’Ahirom à Byblos, René Dussaud a 7 proposé de situer l’inscription d’Abibaal vers la fin du X e siècle 2 . Cependant, cette datation s’appuyait sur la comparaison paléo-graphique avec l’inscription d’Ahirom qu’il datait du XIII e siècle av. notre ère. En 1947, W.F. Albright repoussera cette dernière datation vers l’an 1000 et proposera de dater l’inscription d’Abi-baal vers 925 et celle d’Élibaal vers 915, c’est-à-dire durant le règne des pharaons représentés ou immédiatement après leur mort 28 . À quelques nuances près, cette position est devenue clas-sique et a été reprise par les deux manuels d’épigraphie de Donner-Röllig 29 et de Gibson et M.G. Amadasi Guzzo évoquait récemment encore une réutilisation 30 . Cependant Gibson remar-quait que l’on ne voit pas bien pourquoi « un roi de Byblos devait employer une statue de pharaon pour une dédicace à la Maîtresse 31 de Byblos » . Dans ces conditions, on comprend que, tout récemment, B. Sass ait à nouveau souligné que les noms des pharaons ne fournis-saient qu’un terminus post quem . Cette position avait été d’ailleurs déjà défendue par certains égyptologues comme W. Helck qui évoquait une sorte de marché de statues ( Statuen-
24. M. Lidzbarski, Ephemeris… II, Giessen, 1908, p. 167-169. 25. Répertoire d’épigraphie sémitique II, 1907-1914, n° 505. 26. Lidzbarski, op. cit . (n. 24), p. 168 : « Die phönizische Inschrift wurde sicherlich nach-träglich eingraviert. » 27. R. Dussaud, « Les inscriptions phéniciennes du tombeau d’Ahiram, roi de Byblos », Syria 5 (1924), p. 135-157. 28. Albright, op. cit. (n. 12), p. 153-160. 29. KAI 5 et 6. 30. M.G. Amadasi Guzzo, « Lingua e scrittura a Biblo », dans E. Acquaro et al. (éd.), Biblo, una città e la sua cultura , Rome, 1994, p. 179-194, spéc. 180 et 188. 31. J.C.L. Gibson, Textbook of Syrian Semitic Inscriptions II, 1982, p. 20 ; cf. aussi E. Lipi º ski, On the Skirts of Canaan in the Iron Age. Historical and Topographical Researches , OLA 153, Louvain-Paris, 2006, p. 166 : « It is not clear why rulers of Byblos should employ pharaoh’s statues for dedication to the main byblian divinity… »
1706 COMPTES RENDUS DE L’ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS handel ) de pharaons où Abibaal se serait procuré la statue de Shéshonq I er , vraisemblablement après la mort de ce dernier 32 . Ces dernières interprétations pourraient se comprendre si l’on ne tient compte que de la restitution proposée par Albright indi-quant qu’Abibaal aurait fait venir/importer la statue d’Égypte, mais elles deviennent impossibles si l’on tient compte du verbe phénicien P‘L, « faire » ou « faire faire », de l’inscription d’Éli-baal et de la restitution très probable du verbe BR’, « sculpter » ou « faire sculpter », dans l’inscription d’Abibaal : les deux rois affirment clairement que ce sont eux qui ont fait faire la statue du pharaon. Mais alors, pourquoi un roi de Byblos fait-il faire une statue de pharaon et la dépose-t-il dans le temple principal – ou l’un des temples principaux – de sa cité ? Cette pratique s’éclaire aujourd’hui à la lumière d’un texte cunéiforme akkadien retrouvé dans les fouilles de Ras Shamra-Ougarit et datant de la fin du XIII e siècle av. notre ère. Ce texte a été présenté de façon préliminaire par Sylvie Lackenbacher en 1993 33 et publié par elle en 2001 34 . Il s’agit d’une lettre, RS 88.2158, malheureusement fragmentaire, expédiée au roi d’Ou-garit par la chancellerie égyptienne. En réponse à une lettre anté-rieure du roi d’Ougarit, la lettre actuelle en cite des extraits pour répondre aux divers points abordés. Nous citons ci-dessous le passage qui nous concerne directement d’après la lecture et l’in-terprétation de l’ editio princeps : 10’. u ki-i £ a at-ta ta £ -pu-ru um-ma-a lugal li-id-din 11’. a-na a-la-k í 1-en l ú pur-k ú l-la u a-na ia?-£ i? li?-i -a 12 . a-na e-pé-£ i 1-en d alam £ a I mar-ni-ip-t[a-ah] 13’. ha-at-pa-mu-a i-na pa-ni d alam an-ni-i £ a d I KUR
32. Cf. W. Helck, « Ägyptische Statuen im Ausland – Ein chronologisches Problem », UF 8 (1976), p. 101-115, et surtout Id., « Zweifel an einem Synchronismus », Göttinger Mis-zellen 56, 1982, p. 7. É ypte, à propos d’un texte 33. S. Lackenbacher, « Les relations entre Ugarit et l’ g inédit », dans Ed. Frézouls et A. Jacquemin (éd.), Les relations internationales. Actes du Col-loque de Strasbourg 15-17 juin 1993 , Travaux du Centre de Recherche sur le Proche-Orient et la Grèce antiques 13, Paris, 1993, p. 107-118 ; Ead., « Une correspondance entre l’admi-nistration du pharaon Merneptah et le roi d’Ugarit », dans M. Yon, M. Sznycer et P. Bor-dreuil (éd.), Le pays d’Ougarit autour de 1200 av. J.-C. Histoire et archéologie. Actes du Colloque international, Paris, 28 juin-1 er juillet 1993 , Ras Shamra-Ougarit 11, Paris, 1995, p. 77-83 ; cf. aussi « RS 88.2158 », Notes assyriologiques brèves et utilitaires 1997/1, p. 31-32, § 35. 34. S. Lackenbacher, « 2. Une lettre d’Égypte », dans M. Yon et D. Arnaud (éd.), Études ougaritiques I , Travaux 1985-1995 , Ras Shamra-Ougarit 14, Paris, 2001, p. 239-248.
1707
ABIBAAL ET ÉLIBAAL, ROIS DE BYBLOS 14’. £ a i-na lib-bi é dingir -li an!-ni-i i £ -£ a-a? 15’. £ a a-na-ku e-te-né-ep-[pu]-u £ -£ u a-na d I KUR 16’. £ a kur ú -ga-ri-it at-ta ka-an-na t á q-bi 17’. l ú bur.gul.me £ £ a an-ni-ka-a i-na kur mi-i -ri-i 18’. £ i-ip-ra ep-pu-£ u £ u-nu d ú -ul-la i-te-né-ep-pu-£ u 19’. a-na dingir.me £ gal.me £ £ a kur mi-i s -ri-i a-mur ˝ 20’. ki-i lugal a-£ i-ib i-na muh-hi gi £ .gu.za £ a d UTU 21’. u £ u-nu ep-pu-£ u £ i-ip-ri a-na dingir.me £ gal.me £ 22’. £ a kur mi-i s -ri-i ˝ 10’. « Et voici ce que toi, tu as écrit : “Que le roi accorde 11’. que vienne un sculpteur et [qu’il sor]te vers m[oi (?)] 12’. pour faire une image de Marniptah 13’. Hatpamua en face de l’image de Ba‘al 14’. qu’il a présentée dans le temple 15’. que, moi, je suis en train de faire pour Ba‘al 16’. de l’Ougarit.” Toi tu t’es exprimé ainsi. 17’. Les sculpteurs qui travaillent ici, en Égypte, 18’. sont en train d’exécuter la tâche requise 19’. pour les grands dieux d’Égypte. Vois : 20’. comme le roi est assis sur le trône du Soleil 21’. ceux-ci travaillent pour les grands dieux 22’. d’Égypte… » Comme le note le commentaire de l’ editio princeps , certaines traductions restent quelque peu incertaines et on peut parfois proposer une interprétation alternative. Ainsi, lignes 14’-15’, on pourrait aussi traduire : « (pour faire l’image de Marniptah…) que moi j’ai l’intention de faire avec constance pour Ba‘al (du pays d’Ugarit)… » 35 Quoi qu’il en soit de ces difficultés de détail, le sens général de cette lettre est clair : à l’avènement du nouveau pharaon, Mer-neptah, le roi d’Ougarit a voulu faire faire sa statue pour la placer dans le temple de Baal à Ougarit. Il a donc demandé que le pharaon lui envoie un sculpteur sur pierre ; la réponse semble laisser entendre qu’il est préférable que le sculpteur sur pierre travaille en Égypte et, implicitement, envoie ensuite à Ougarit la statue, produit de son travail. Dans le contexte historique de la fin du XIII e siècle, plus précisément vers 1213/1212 av. notre ère 36 , à une époque où Ougarit appartient clairement à la mouvance
35. Ibid. , p. 242. 36. Cf. J. Freu, Histoire politique du royaume d’Ugarit , Paris, 2006, p. 199.
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