La sépulture mégalithique à entrée latérale du Petit Vieux-Sou à Brécé (Mayenne) - article ; n°1 ; vol.6, pg 51-70

De
Revue archéologique de l'ouest - Année 1989 - Volume 6 - Numéro 1 - Pages 51-70
Excavation and restoration of the megalithic monument of the Petit Vieux-Sou at Brécé (Mayenne) confirmed the pre-excavation identification of the ruins as a lateral-entrance gallery grave with mound. Charcoal from within the mound has been dated at 3960 _+_ 70 BP placing the monument in the Late Neolithic towards the middle of the third millennium BC (calibrated).
The overall style - architecture, orientation... - makes significant comparisons possible with similar monuments in northern Armoriea. However, the position of the access passage at Brécé, exactly midway along the gallery, is noteworthy. The grave goods recovered include a main range of unornamented flat or round base vases with a lithic assemblage essentially of flint flakes and polished stone axes. These goods have their affinities with those of the Armorican lateral-entrance gallery graves : Quessoy and Saint-Quay-Perros may be cited though there are comparisons to be made with certain Paris Basin sites notably the Seine-Oise-Marne type trench graves and the Eteauville ossuary.
Les travaux de fouilles et de restauration menés sur le monument mégalithique du Petit Vieux-Sou à Brécé (Mayenne) ont confirmé qu'il s'agissait bien d'une sépulture à entrée latérale sous tumulus comme on pouvait le supposer au vu des ruines. Du charbon de bois emballé dans le tumulus a donné une date radiocarbone de 3960 BP + 70 qui situe le monument au Néolithique final, vers le milieu du IIIe millénaire avant J.C. La disposition générale, l'architecture, l'orientation... amènent à faire des rapprochements significatifs avec les monuments du même type situés en Armorique du nord. On notera cependant a Brécé l'emplacement original du couloir d'accès juste à mi-longueur de la chambre. Le mobilier recueilli, constitué pour l'essentiel de vases inornés à fonds plats ou ronds, d'un outillage lithique à base de lames et de quelques haches polies a des affinités avec le mobilier des sépultures à entrée latérale armoricaines : Quessoy, Saint-Quay-Perron... mais aussi avec celui de certains sites du Bassin Parisien : hypogées S.O.M. et ossuaire d'Eteauville notamment.
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1989
Lecture(s) : 34
Nombre de pages : 22
Voir plus Voir moins

Roger Bouillon
La sépulture mégalithique à entrée latérale du Petit Vieux-Sou à
Brécé (Mayenne)
In: Revue archéologique de l'ouest, tome 6, 1989. pp. 51-70.
Citer ce document / Cite this document :
Bouillon Roger. La sépulture mégalithique à entrée latérale du Petit Vieux-Sou à Brécé (Mayenne). In: Revue archéologique de
l'ouest, tome 6, 1989. pp. 51-70.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rao_0767-709X_1989_num_6_1_933Abstract
Excavation and restoration of the megalithic monument of the Petit Vieux-Sou at Brécé (Mayenne)
confirmed the pre-excavation identification of the ruins as a lateral-entrance gallery grave with mound.
Charcoal from within the mound has been dated at 3960 _+_ 70 BP placing the monument in the Late
Neolithic towards the middle of the third millennium BC (calibrated).
The overall style - architecture, orientation... - makes significant comparisons possible with similar
monuments in northern Armoriea. However, the position of the access passage at Brécé, exactly
midway along the gallery, is noteworthy. The grave goods recovered include a main range of
unornamented flat or round base vases with a lithic assemblage essentially of flint flakes and polished
stone axes. These goods have their affinities with those of the Armorican lateral-entrance gallery graves
: Quessoy and Saint-Quay-Perros may be cited though there are comparisons to be made with certain
Paris Basin sites notably the Seine-Oise-Marne type trench graves and the Eteauville ossuary.
Résumé
Les travaux de fouilles et de restauration menés sur le monument mégalithique du Petit Vieux-Sou à
Brécé (Mayenne) ont confirmé qu'il s'agissait bien d'une sépulture à entrée latérale sous tumulus
comme on pouvait le supposer au vu des ruines. Du charbon de bois emballé dans le tumulus a donné
une date radiocarbone de 3960 BP + 70 qui situe le monument au Néolithique final, vers le milieu du IIIe
millénaire avant J.C. La disposition générale, l'architecture, l'orientation... amènent à faire des
rapprochements significatifs avec les monuments du même type situés en Armorique du nord. On
notera cependant a Brécé l'emplacement original du couloir d'accès juste à mi-longueur de la chambre.
Le mobilier recueilli, constitué pour l'essentiel de vases inornés à fonds plats ou ronds, d'un outillage
lithique à base de lames et de quelques haches polies a des affinités avec le mobilier des sépultures à
entrée latérale armoricaines : Quessoy, Saint-Quay-Perron... mais aussi avec celui de certains sites du
Bassin Parisien : hypogées S.O.M. et ossuaire d'Eteauville notamment.:
Rc\\ archéol. Ouest, 6, 1989, p. 51-70.
LA SEPULTURE MEGALITHIQUE A ENTREE LATERALE
DU PETIT VIEUX-SOU A BRECE (Mayenne)
Roger BOUILLON*
Résumé : Les travaux de fouilles et de restauration menés sur le monument mégalithique du Petit Vieux-Sou à Brécé
(Mayenne) ont confirmé qu'il s'agissait bien d'une sépulture à entrée latérale sous tumulus comme on pouvait le supposer au vu des ruines. Du charbon de bois emballé dans le tumulus a donné une date radiocarbone de 3960 BP
+ 70 qui situe le monument au Néolithique final, vers le milieu du Ille millénaire avant J.C.
La disposition générale, l'architecture, l'orientation... amènent à faire des rapprochements significatifs avec les
monuments du même type situés en Armorique du nord. On notera cependant a Brécé l'emplacement original du
couloir d'accès juste à mi-longueur de la chambre. Le mobilier recueilli, constitué pour l'essentiel de vases inornés
à fonds plats ou ronds, d'un outillage lithique à base de lames et de quelques haches polies a des affinités avec le
mobilier des sépultures à entrée latérale armoricaines Quessoy, Saint-Quay-Perron... mais aussi avec celui de
certains sites du Bassin Parisien : hypogées S.O.M. et ossuaire d'Eteauville notamment.
Abstract : Excavation and restoration of the megalithic monument of the Petit Vieux-Sou at Brécé (Mayenne)
confirmed the pre-excavation identification of the ruins as a lateral-entrance gallery grave with mound. Charcoal from
within the mound has been dated at 3960 _+_ 70 BP placing the monument in the Late Neolithic towards the middle of the third millennium BC (calibrated).
The overall style - architecture, orientation... - makes significant comparisons possible with similar monuments in
northern Armoriea. However, the position of the access passage at Brécé, exactly midway along the gallery, is
noteworthy. The grave goods recovered include a main range of unornamented flat or round base vases with a hthic
assemblage essentially of flint flakes and polished stone axes. Thèse goods hâve their affinities with those of the
Armorican lateral-entrance gallery graves : Quessoy and Saint-Quay-Perros may be cited though there are
comparisons to be made with certain Paris Basin sites notably the Seine-Oise-Marne type trench graves and the
Eteauville ossuary.
Mots-clés : Sépulture mégalithique, orthostat, tumulus, couloir d'accès, hache polie, vase caréné, groupe de Quessoy,
S.O.M.
Key-words : Megalithic grave, orthostat, mound, access passage, polished axe, carinated vase, Quessoy group, Seine-
Oise-Marne.
I - GENERALITES Les 68 mégalithes actuellement recensés en Mayenne
ne se répartissent pas uniformément sur le territoire
A) SITUATION ET ENVIRONNEMENT ARCHEO départemental ; on note l'existence de zones de forte
LOGIQUE. concentration telles que : la vallée de la Vaudelle au
nord-est, la région de Niort-Chantrigné-Aron au nord,
La sépulture mégalithique du Petit Vieux-Sou est la forêt de Mayenne entre Ernée et Mayenne, la vallée
située dans le nord-ouest du département de la Mayenne, de la Colmont enfin où se trouve précisément notre
canton de Gorron, commune de Brécé (parcelle n° 9, sépulture mégalithique. Dans un rayon de 6 km autour
section ZW du cadastre de 1977 après remembrement), du Petit Vieux-Sou, on ne compte pas moins de 15
à 157 m d'altitude, dans l'angle d'un bosquet, sur le monuments ou sites intéressant les périodes néolithique
rebord d'un plateau qui s'abaisse en pente douce vers la ou chalcolithique (fig. 1).
vallée de la Colmont. Cette abondance de monuments mégalithiques cons
Au plan géologique, nous sommes sur la frange orien tatés dans la vallée de la Colmont est à mettre en
tale du Massif Armoricain, dans un secteur où dominent relation avec l'importance des affleurements graniti
largement les affleurements granitiques. ques (1) et notamment avec la présence un peu partout
(1) - Les habitants de la région de Gorron dont le métier touche de près ou de loin à la pierre (agriculteurs, carriers, maçons...) ont coutume
d'employer deux termes distincts pour désigner les deux types de roche cristalline que l'on rencontre dans le sous-sol ou en blocs épars à la surface
du sol :
- le «bizeu» ou «bizeul», qui désigne un granité à grains fins, durs, à cassure bleutée, qui s'érode surtout par desquamation.
- la «pierre de grain», à grains plus grossiers, plus facilement altérable, se désagrégeant plutôt en boules qui s'écrasent et s'émiettent au choc ou
sous la pression.
On constate le plus souvent que l'armature mégalithique des monuments est réalisée en «bizeu», alors que les cairns sont constitués de «pierres
de grain».
* Correspondant des Antiquités Préhistoriques des Pays de la Loire, La Châtaigneraie, 53940 LE GENEST-SAINT-ISLE.
Manuscrit accepté le 23/03/89. |
:
i
:
:
52
Aile e Couverte ou Sépulture a E itree Latérale m Dolme T
k Menh
♦ Poli sso ir
• Mei le néolithique ou Pierre a c jpu les
Le Petit Vieux-Sou ST MARS_.0~-
Fig. 1 : Le Petit Vieux-Sou, cartes et plan de localisation.
Légende du carton 3, en bas et à droite 1 : dolmen de la Pierre à Hercé, 2 : menhir de la Roche à Gorron, 3 : Pierre de la Garde (menhir couché)
à Brécé, 4 : polissoir de la Poissonnière à Brécé, 5 : meule néolithique de la Cossiniere à Brécé, 6 : menhir de Sainte-Civière ou Saint-Yviard au
Pas, 7 : pierre à cupules de la Closerie à 8 : aire de ramassage de céramique néolithique du Petit et du Grand-Fougeray à Saint-Mars-sur-
Colmont, 9 : LE PETIT VIEUX-SOU à Brécé, 10 : menhir de la Chaire à Châtillon-sur-Colmont, 11 allée couverte du Rocher à Châtillon-sur- 12 allée couverte de la Gasnerie à Châtillon-sur-Colmont, 13 : allée couverte de la Burlaie à Châtillon-sur-Colmont, 14 : habitat
néolithique du Plantis à Oisseau (fouillé par F. Letterle en 1985-86), 15 : menhir de la Bellobière à Oisseau, 16 : menhir de la Chablère à Oisseau. :
53
0 1 2 3 5m
G!HIJ|K!L!M!NIP;Q!R
Fig. 1878 2 + Sépulture éléments mégalithique du carroyage à et entrée emplacement latérale du de Petit la coupe Vieux-Sou des figures à Brécé 3 et (Mayenne). 12. Topographie générale du site avant les fouilles, en juillet 54
- «A 6 mètres de ce dolmen il en est un autre, etc.». sur les collines et les plateaux de la région, de nombreux
blocs et dalles issus de la désagrégation du granité, dont Faut-il croire, à la lecture de cette description vraiment
les faces plates ou harmonieusement arrondies se prê trop sommaire, qu'il existait un autre monument à côté
tent magnifiquement à la construction de monuments de la sépulture principale ? Peut-être. Des témoignages
oraux, émanant de personnes dignes de foi et qui ont mégalithiques.
connu les lieux dans les années trente font également
état de deux monuments. Il est difficile vraiment de faire B) HISTORIQUE, RECHERCHES ANTERIEURES.
la lumière sur cette énigme (3).
Le monument du Petit Vieux-Sou est signalé pour la Toujours est-il qu'en 1975, lorsque la Direction Ré
première fois par M. Pichot (1907) dans le bulletin de la gionale des Antiquités Préhistoriques des Pays de la
Commission Historique et Archéologique de la Mayenne: Loire a entrepris l'inventaire des monuments mégalithi
ques en Mayenne, nous n'avons retrouvé au Petit Vieux- «Le dolmen est situé sur le chemin qui va de la lande du
Grand Vieux-Sou au Petit Vieux-Sou, dans l'angle d'un Sou qu'un seul monument en assez mauvais état et dans
champ, à droite, tout à côté de la barrière... 22 pierres en l'angle d'un bosquet. De surcroît, nous avons appris à
tout, 7 pierres de chaque côté... 3pierres de couverture sont cette date que la tombe avait été pillée pendant la
en place... Ce dolmen est plus important que celui de la dernière guerre, en 1942 probablement, par deux cult
Contrie» (2). Il s'agit sans doute de notre monument ; ivateurs des environs qui avaient creusé dans le remplis
certes, Picot le situe dans l'angle d'un champ et «le sage de la partie sud-est pour y chercher sans doute le
nôtre» aujourd'hui est situé à l'intérieur du bois mais la trop fameux trésor, rejetant par-dessus bord, à la pelle,
limite a pu varier de quelques mètres. Il signale trois leurs «morts-terrains», c'est-à-dire : pêle-mêle, l'arène
dalles de couverture en place, c'est conforme à ce que granitique qui tapissait le fond de la chambre, les outils
nous avons trouvé en 1975, à ceci près que deux des en silex et la poterie transformée en tessons. En 1975, la
dalles avaient été ripées d'un mètre environ et que la végétation avait à peine eu le temps de s'installer sur
troisième avait basculé dans la chambre, mais les trois leur tas de déblais.
dalles y étaient bien.
L'année suivante, L. Trohel, dans ses "Souvenirs Cel C) LE SITE ET LE MONUMENT AVANT LA
tiques du Moyen-Age et des Temps Modernes", signale FOUILLE.
à son tour le monument... Les choses se compliquent
quelque peu : "En suivant sur une longueur de cent mètres Le relevé topographique de la figure 2 montre assez
un petit chemin qui part de la lande (du Grand Vieux- clairement la disposition du monument - ou du moins de
Sou), à droite, on arrive dans un champ également à ce qu'il en restait - en juillet 1978, au moment où débute
droite, dont l'extrémité est remplie de brousailles presque la première campagne de fouille.
infranchissables. Au milieu de ce fouillis se cache le Le cadre tout d'abord et la topographie des lieux : le
dolmen le mieux conservé que nous connaissions, car il monument est situé à l'orée du petit bois de la Douettée;
n'a sans doute jamais eu à souffrir que des dégradations une des dalles de chevet ainsi que d'autres orthostats
occasionnées par le temps. Ce monument est formé d'une masqués sont pris dans un talus qui borde au sud le
quarantaine de pierres et toutes celles destinées à former chemin creux qui mène de la ferme du Petit Vieux-Sou
à la prairie qui porte également le nom de la Douettée. la couverture sont encore à leur place primitive, seules
quelques pierres verticales, leur servant d'appui, sont Nous sommes sur le rebord du plateau de Saint-Avit,
penchées en dedans et font incliner celles qu'elles support juste à l'amorce de la descente vers la Colmont, la
ent. Ce dolmen forme deux allées parallèles et sa lon déclivité est sensible vers le sud.
gueur totale est de 10 mètres... A 6 mètres de ce dolmen il Des arbres, surtout des chênes, avaient poussé à
en est un autre, seulement composé de 6 pierres verticales travers les blocs et avaient contribué à éventrer un peu
formant une enceinte, mais sans aucune couverture..." plus le monument, ajoutant ainsi aux nombreuses dé
Quatre passages des «Souvenirs Celtiques» méritent gradations d'origine anthropique.
notre attention et peuvent à certains égards nous laisser Deux monticules qui s'avéreront lors de la fouille être
perplexes : constitués des déblais des chercheurs de trésor de 1942
- Le monument est situé dans un champ «dont l'extr étaient bien visibles de part et d'autre de la chambre.
émité est remplie de broussailles presque infranchissa Le monument était en partie détruit, certes, mais il
restait lisible : 9 piliers grossièrement alignés au nord- bles», cela signifie peut-être que le bois commençait à
coloniser le champ, la logique y trouve à peu près son est et 8 au sud-ouest limitaient une fosse longue d'une
compte. dizaine de mètres et encore profonde par endroits de
- Il est fait mention d'une quarantaine de dalles. plus d'un mètre, une dalle de chevet à chaque extrémité,
Lorsque nous avons abordé le monument en 1975, on deux orthostats parallèles entre eux et perpendiculaires
à la direction de la fosse... Il ne faisait guère de doute que pouvait décompter au maximum 24 dalles visibles et le
monument complètement restauré en 1984 en com nous étions en présence d'une sépulture à entrée laté
rale. A l'époque, on connaissait 3 monuments de ce type porte 33. M. Trohel aura exagéré, ou arrondi, ou compté
hâtivement ? ou supposés tels dans les environs :
- «Toutes les dalles destinées àfortner la couverture - La Hutte aux Gabelous, à Saint Mars-sur-la-Fûtaie,
soit à 15 km vers l'ouest. sont encore à leur place primitive» ; nous n'avons retrou
- Les Cartésières, à Saint Symphorien-des-Monts, soit vé que trois dalles de couverture et encore pas à leur
à 25 km au nord-ouest. place. Cela voudrait dire qu'il y a eu d'importantes dé
- La Pierre aux Renards, à Saint Georges-sur-Erve, à gradations depuis 1908.
(2) - La Contrie est une Allée Couverte située sur la commune d'Ernée et qui a été fouillée et restaurée par R. Delaunay. Elle était considérée
à l'époque (1907) comme un monument exemplaire à la fois pour sa conservation et sa restauration. Il n'est donc pas étonnant que M. Picot la
prenne comme référence pour décrire le «dolmen» du Petit Vieux-Sou.
(3) - Fragilité des témoignages - même écrits - du début du siècle ! Et a fortiori, fragilité des témoignages oraux - même plus proches de nous -
lorsqu'ils ne sont accompagnés d'aucune note, d'aucun plan, d'aucune photographie ! 55
1 - La partie sud-est avait perdu sa couverture dans 40 km vers le sud-est.
Plus tard, en 1985, on en découvrira un quatrième doute depuis plusieurs siècles (la destruction des dalles
probable en forêt de Mayenne, à 10 km au sud. par l'homme ne fait aucun doute, nous avons retrouvé à
proximité immédiate de nombreuses traces de débitage
II - LA FOUILLE, LA RECHERCHE par le feu). Les fouilleurs de 1942 n'avaient donc éprou
DES STRUCTURES SUBSISTANTES vé aucune difficulté à vider la chambre de son remplis
sage et des vestiges archéologiques qu'il contenait.
A) LES TRAVAUX D'INVESTIGATION. Il ne nous restait plus grand'chose à faire, sauf à
récupérer les quelques tessons et pièces lithiques qui
Ils ont nécessité 5 campagnes de fouille, de 1978 à avaient échappé à la pelle et à la pioche et à nettoyer le
1982, à raison de 4 semaines par campagne et avec un fond de la chambre jusqu'au socle granitique.
C'est au cours de cette opération de nettoyage que effectif de 10 à 12 fouilleurs. Ils ont été menés conjoin
tement, dès la première année, avec la recherche et le nous avons constaté que la roche-mère sous-jacente
présentait une topographie assez tourmentée. Le grarelevé systématique des vestiges archéologiques et, à
partir de 1979, avec la restauration. nité sain remonte en effet brutalement vers le sud-est,
au point de dépasser en altitude (d'une vingtaine de cm En 5 ans nous avons...
vidé la chambre de son remplissage récent et de en moyenne) le niveau archéologique moyen constaté
par ailleurs dans la chambre. Une sorte de palier roses couches archéologiques jusqu'au socle granitique,
dégagé les dalles verticales de leur calage mo cheux de 1,5 x 2 m se trouve ainsi ménagé au pied de la
dalle de chevet. On peut s'interroger surï'utilisation que derne ou ancien perturbé, aussi bien du côté de la
l'homme du Néolithique a pu faire de ce ressaut : chambre que du côté du caim, afin de pouvoir, par la
suite, redresser ces dalles, les aligner et les recaler, l'emplacement légèrement surélevé est assez propice à
nettoyé jusqu'au socle le couloir d'accès à la un usage funéraire, mais il a pu aussi servir de lieu
tombe ainsi qu'un large parvis devant la façade sud- d'offrande. Malheureusement, nous n'avons trouvé que
très peu de mobilier sur cette plate-forme : une dizaine ouest,
fouillé les abords, recherché et trouvé sur une de tessons, et plutôt sur les côtés, au pied des dalles
latérales. Cette maigre récolte ne nous permettra pas de longueur de 7 mètres la limite du caim d'origine,
ouvert trois tranchées perpendiculaires à l'axe de conclure sur la destination de cette partie terminale de
la chambre, à travers le tertre qui subsistait autour de la chambre.
l'armature mégalithique. La coupe que nous avons rele La dalle de chevet elle-même est constituée d'un
vée sur les flancs de deux de ces tranchées, en G10-R10 affleurement naturel. Le monument, en fait, est appuyé
sur un chicot granitique culminant et les premiers or- (fig. 3), est particulièrement intéressante. On y observe
thostats, au sud-est, sont enfoncés dans le socle ; leurs une stratigraphie, ou du moins une disposition organi
sée des matériaux, qui indique que le tertre actuel n'est bases reposent dans des sortes de berceaux creusés à
que le reste d'un tumulus plus volumineux édifié par même la roche-mère. Les constructeurs du Néolithique
l'homme au moment de la construction du monument. ont fait l'économie d'une dalle mais, ce faisant, ils se
Nous reviendrons à l'étude de ce tumulus résiduel mais, sont quelque peu compliqué la tâche en s'obligeant à
creuser le granité pour installer et faire culminer à la d'ores et déjà, on peut noter la dissymétrie qui existe
entre la face sud-ouest très perturbée à cause de la pente bonne hauteur les dalles latérales.
et des éboulements qui se sont ensuivis et la face nord-
est certainement plus proche de la structure d'origine. 2 - La partie nord-ouest, par contre, avait été protégée
par le talus du chemin creux qui ennoyait complètement
l'extrémité du monument mégalithique, ainsi que par 3 B) LA CHAMBRE.
dalles de couverture encore partiellement en place et
plusieurs dalles latérales inclinées vers l'intérieur et arc- De part et d'autre du couloir d'accès, les deux moitiés
de la chambre se présentaient de façon fort différente en boutées... Autant d'obstacles qui avaient découragé les
pilleurs de toutes sortes et de toutes époques. 1978, chacune d'entre elles méritait un traitement spé
cifique :
Fig. 3 : Coupe perpendiculaire à l'axe de la chambre, en G10-R10, antérieurement à toute restauration (l'emplacement de la coupe est indiqué
figure 2). 1 : terre de surface ou de remplissage à très forte teneur en humus, 2 : déblais des «fouilleurs» de 1942, 3 : amoncellement de pierres
de module variable (5 à 30 cm) colmaté par un sédiment brun plus ou moins humifere, 4 : grosse pierre plate légèrement inclinée vers le centre
du monument et ayant très probablement servi d'assise au parement N-E du cairn, 5 : talus de sable et d'argile mélangés, compacté et dépourvu
de cailloux, 6 : arène granitique, 7 : socle cristallin peu ou pas altéré. 56
Fig. 4 : Fouille de l'extrémité nord-ouest de la chambre. Dispersion horizontale du matériel archéologique en place sur le pseudo-dallage de la
chambre. 1 : vases écrasés quasi-complets, gros tessons se raccordant, 2 : tessons épars, 3 : lames de silex, 4 : pointes de flèches en silex, 5 : haches
polies, (les cotes d'altitude indiquent les profondeurs par rapport à un niveau 0 de référence) :
57
Nous avons donc retrouve là, sous les éboulis modern
es, au fond de la chambre, une couche archéologique
en place, constituée de 25 cm de sable reposant par
endroits sur un lit de pierres et à d'autres endroits
directement sur le socle.
Cette couche archéologique s'est révélée fort riche : 2
haches polies, 2 pointes de flèches, plusieurs lames de
silex, de nombreux tessons de poterie et surtout 7 vases
écrasés mais pratiquement complets (fig. 4). Aucun
ossement malheureusement, l'acidité du sol n'en per
mettant pas la conservation dans cette région de roches
cristallines.
La fouille de la chambre nous a permis, enfin, de
constater que toutes les dalles latérales étaient présent
es (21 au total) et que la restauration était envisageable
dans de bonnes conditions, avec toutes les garanties de
fidélité et d'authenticité.
C) LE COULOIR.
Long de 2,20 m, perpendiculaire à la chambre en son
milieu, il était constitué à l'origine de 4 dalles latérales
(2 de chaque côté) et d'une dalle de couverture.
La dalle de couverture était tombée en avant, il
manquait une dalle latérale (la première à droite en
entrant), un arbre avait poussé au milieu du couloir...
Mais là encore la restauration pouvait être envisagée,
tous les éléments mégalithiques étant présents ou pres
que.
Les deux derniers piliers du couloir, ceux qui forment
l'angle avec la chambre, ont été spécialement aménagés
lors de la construction du monument. Celui de gauche Fig. 5 : Vue perspective (du S/SW) du dernier pilier gauche du surtout a été soigneusement travaille, littéralement sculpté couloir. A, B, C parties creusées, travaillées, bouchardées... dans sa partie inférieure comme cela apparaît sur la
figure 5 : D) LE CAIRN (fig. 3, 6 et 13).
- en A, on a creusé une grande gorge à axe horizontal
et parallèle à l'axe du couloir, profonde de 20 cm et Nous avons retrouvé le tracé de la base du cairn sur
haute de 65. une longueur de 7 m à l'est du monument (fig. 6 et 13)...
Plus quelques pierres isolées au sud qui peuvent aussi - en B, une gorge plus petite (10 cm de haut, 3 cm de
avoir appartenu à la première assise du parement. Le profondeur) à axe horizontal ou presque, mais perpend
iculaire à l'axe du couloir. cairn avait une forme allongée avec deux façades princi
- en C, la base du pilier a été sculptée aussi pour pales parallèles se raccordant aux extrémités par
former une sorte de bec ou de pied débordant dans le des lignes courbes dont nous n'avons pu apprécier la
forme exacte faute de témoins suffisants. couloir.
Le pilier antagoniste, celui de droite, est nettement Avec 15 m de long et seulement 6 m de large, le cairn
devait être plutôt étroit et «coller» d'assez près à l'armamoins travaillé, il porte cependant une petite gorge à axe
horizontal parallèle au couloir, équivalente de la gorge ture mégalithique.
A du pilier de gauche. Ainsi, l'entrée se trouve élargie à Dans la partie orientale du monument, des éléments
du cairn initial sont encore en place. Trois de ces sa base, l'ouverture sur la tombe prend une forme
arrondie, avec des bords régularisés. Et il n'est pas éléments architecturaux confèrent à la tombe du Petit
déraisonnable de penser qu'une dalle, à la forme et aux Vieux-Sou une certaine originalité :
dimensions appropriées, pouvait venir s'appliquer con
1 - Des contre-piliers (fig. 6-B), constitués de blocs tre ces deux piliers échancrés et obturer l'ouverture,
séparant ainsi la chambre sépulcrale du couloir d'en oblongs de un mètre de hauteur en moyenne, plantés
verticalement à l'arrière des dalles latérales de la chambtrée, séparant par conséquent le monde des morts du
re, servaient à la fois à épauler et renforcer lesdites monde des vivants.
Pourquoi ne pas imaginer aussi que la gorge B du dalles et à combler les interstices laissés libres entre
pilier de gauche était prévue pour qu'on y puisse coincer elles.
une barre - de bois par exemple - afin de maintenir en
2 - Immédiatement en arrière de ces contre-piliers et place la date de fermeture ?
leur servant d'appui : un talus d'argile et de sable Enfin, même si nous n'en saisissons plus toutes les
subtilités pour cause de destruction partielle, il apparaît compactés (4) large de 2 m, haut de 60 cm environ (5 de
la fig. 3 et C de la fig. 6). Il n'est pas impossible que ce comme certain qu'il existait bien un système pour sépa
talus (avec d'autres qui ont pu être édifiés provisoire- rer la tombe proprement dite du couloir d'accès.
(4) - Dominique Marguerie a effectué dans les laboratoires de l'Institut de Géologie de Rennes l'analyse granulométrique du matériau qui
constitue le talus compacté du Petit Vieux-Sou : En volume, les graviers y représentent 21,8 %, les sables 44,2 %, les limons 24 %, les argiles 9,9
%. Les indices des argiles et des limons sont plus élevés pour cet horizon que pour les autres du tumulus résiduel. Il y a donc eu adjonction volontaire
d'argile et de limon a l'arène locale pour obtenir un matériau moins friable susceptible de supporter un compactage. :
58
ment et détruits par la suite, à l'emplacement de la grossièrement alignées et légèrement inclinées vers la
chambre par exemple) ait pu servir, lors de la construc chambre, formaient la base du parement extérieur (4 de
tion du monument, de plan incliné et de guide pour faire la fig. 3 et D de la fig. 6).
glisser les orthostats et amener leurs bases juste aux Nous ne savons rien de la partie supérieure du cairn,
emplacements désirés avant de redresser et de caler. et pour cause ! : la masse de pierres a été détruite, pillée,
étalée, laminée, emportée... au cours des siècles. A
3 - Des grosses pierres, en général plates, bien enchâs l'origine, cette masse de pierres devait recouvrir com
sées dans le talus compacté précédemment évoqué, plètement les dalles de couverture et culminer à 2, 50 m
au-dessus du sol.
M
pierres principaux. la Fig. et chambre, des 6 pierres Structure qui C a le servi : d'assise Topographie trait du de cairn pointillé base du cairn. au au du nord-est indique parement sommet A : Piliers de le du contour la nord-est chambre. talus cairn. compacté de de leur Plan la chambre. base. réalisé d'argile B après : et Contre On de décapage note sable. -piliers que D certains : des placés Sur couches 3 mètres en d'entre regard superficielles, de eux longueur, des (Pne7, espaces une à Pne8) l'altitude partie laissés sont de du libres inclinés l'alignement sommet entre vers du les l'intérieur talus des orthostats grosses induré de

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.