Recherches archéologiques syriennes à Mishirfeh-Qatna au nord-est de Homs (Émèse) - article ; n°4 ; vol.147, pg 1487-1515

De
Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 2003 - Volume 147 - Numéro 4 - Pages 1487-1515
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 2003
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Monsieur Michel Al-Maqdissi
Recherches archéologiques syriennes à Mishirfeh-Qatna au
nord-est de Homs (Émèse)
In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 147e année, N. 4, 2003. pp.
1487-1515.
Citer ce document / Cite this document :
Al-Maqdissi Michel. Recherches archéologiques syriennes à Mishirfeh-Qatna au nord-est de Homs (Émèse). In: Comptes-
rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 147e année, N. 4, 2003. pp. 1487-1515.
doi : 10.3406/crai.2003.22662
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_2003_num_147_4_22662COMMUNICATION
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SYRIENNES
À MISHIRFEH-QATNA AU NORD-EST DE HOMS (ÉMÈSE),
PAR M. MICHEL AL-MAQDISSI
L'Académie des Inscriptions et Belles-lettres, que je me dois
de remercier de son invitation, a toujours été présente dans la
recherche archéologique en Syrie avec d'éminents savants fran
çais qui, depuis déjà plus d'un siècle, y ont exploré de nombreux
sites. Cette activité est l'expression d'une ambition culturelle plus
large et plus profonde de la France au Proche-Orient, ambition
de caractère hautement humaniste. Cette orientation a été pour
nous un appui précieux dans notre itinéraire vers les autres
cultures, y compris notre propre patrimoine. Nos grands sites
archéologiques comme Mishirfeh-Qatna, Ras Shamra-Ougarit,
Tell Hariri-Mari et bien d'autres sont non seulement des
exemples d'une civilisation originale qui s'est développée en
Syrie mais d'authentiques chefs-d'œuvre de la culture humaine
que nous partageons. Mes travaux qui ont commencé par la par
ticipation aux recherches de mes maîtres français et mes fouilles
m'ont amené peu à peu à dégager le sens de mes efforts. C'est,
pour chaque site, la lecture d'un message et, plus particulièr
ement ici, la question : quel est au juste l'apport de Mishirfeh au
patrimoine syrien et à celui de l'humanité ? Une réponse com-
1. Pour les abréviations utilisées :
AAAS = Annales archéologiques arabes syriennes.
BAH = Bibliothèque archéologique et historique.
BIFAO = Bulletin de l'Institut français d'archéologie orientale.
BMF = du musée de France.
BSNAF= Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France.
DAS = Documents d'archéologie syrienne.
FM = Florilegium marianum.
LAPO = Littératures anciennes du Proche-Orient.
MARI = Mari, annales de recherches interdisciplinaires.
MDOG= Mitteilungen der Deutschen Orient-Gesellschaft zu Berlin.
MFO = Mélanges de la Faculté orientale.
RSOu = Ras Shamra-Ougarit. 1488 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
FiG. 1. - Situation géographique de Mishirfeh-Qatna en Syrie.
plète à cette question ne sera possible qu'une fois dégagée une
surface plus importante des structures encore cachées en profon
deur. Cependant d'ores et déjà l'acquis est important et c'est lui
que je vais essayer de lire avec vous.
Mishirfeh, ancienne Qatna, est un grand site, à la lisière occi
dentale de la steppe syrienne, à 18,50 km au nord-est de la ville
de Homs (fig. 1). La ville fut au IIe millénaire av. J.-C. la capitale
de la Syrie centrale, notamment aux temps de ses deux rois Ashi-
Addu et Amud-pî-El, cités à plusieurs reprises dans les Archives
de Mari (l'actuelle Tell Hariri)2.
2. D'une manière générale, c£ F. Abdallah, « Palmyre dans le complexe économico-polit
ique du xviiie siècle av. J.-C. », AAAS XLII, 1996, p. 131-135 ; J.-M. Durand, « Les trois
routes de l'Euphrate à Qatna à travers le désert », MARI 5, 1987, p. 159-167 ; id. « Docu
ments pour l'histoire du royaume de Haute-Mésopotamie », II, MARI 6, 1990, p. 276-295 ;
id. Documents épistolaires du palais de Mari, II, Paris, 1998 {LAPO 17), p. 9-34 (« L'expédi
tion de Qatna ») et H. Klengel, « Qatna, ein historischer Oberblick », MDOG 132, 2000,
p. 239-252. RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES A MISHIRFEH-QATNA 1489
Le site a le plan d'un quadrilatère régulier d'un kilomètre de
côté, soit une superficie de plus de 100 ha. Il est entouré d'un
rempart renforcé par plusieurs fossés extérieurs ; plusieurs
portes y donnent accès (fig. 2). La topographie intérieure du site
est dominée par une ville haute, placée dans l'axe de la porte
occidentale et décentrée vers l'ouest par rapport au plan d'en
semble. Cette ville haute a un plan presque circulaire dont la
superficie dépasse les 15 ha (fig. 3).
La ville basse correspond à un vaste terrain relativement homog
ène. Elle est placée entre la ville haute et les bases intérieures des
fortifications. Notons la présence, à l'angle sud-est du site, d'une
élévation de forme presque circulaire (la « Coupole de Loth »
selon l'appellation locale) qui apparaît comme une petite colline
artificielle vraisemblablement en relation avec la porte est du site.
Les remparts tracent les limites extérieures du site. Ils sont
généralement composés d'énormes digues de terre dont la
hauteur atteint parfois une trentaine de mètres (fig. 4). Dans cette
présentation sommaire du site, il faut signaler enfin que les portes
principales situées aux points cardinaux des remparts, ont un plan
presque identique, avec trois doubles pilastres, sauf la porte occi
dentale qui pose plusieurs questions en ce qui concerne sa
conception et de la date de sa construction3.
Historique des recherches
Le site a été visité et même prospecté dès le milieu du
xixe siècle par des voyageurs et d'éminents savants comme le
jésuite Sébastien Ronzevalle4, Charles Clermont-Ganneau5 et
l'arabisant Max Van Berchem6. La fouille systématique du site a
commencé en 1924 sous la direction du Comte Robert du Mesnil
du Buisson (1895-1986) et pour une durée de quatre campagnes
(1924, 1927-1929). Les résultats de ses travaux ont été publiés
annuellement dans diverses revues scientifiques françaises7,
3. Les structures actuelles de cette porte datent du Fer II et sont en relation avec la ville
araméenne.
4. B. Ronzevalle, « Le camp retranché d'El-Misrifé », MFO VII, 1914-1921, p. 109-126.
5. Œ/ta<£,p.lO9,n.2.
6. M. Van Berchem et E. Fatio, Voyage en Syrie, Mémoires publiés par les membres de
l'Institut Français d'Archéologie Orientale du Caire, Le Caire, 1914, p. 166-167.
7. R. Du Mesnil du Buisson, « Qatna, métropole de l'Âge du bronze », L'Illustration,
3 mars, 1928, n° 4435, p. 202-203 ; id., « Les fouilles de Mishrifé », BSNAF, 1929, p. 97-102 ; COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 1490
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vu RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES A MISHIRFEH-QATNA 1491
o Oh 1492 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
Fia 4. - Vue aérienne du site du sud-ouest vers le nord-est.
notamment Syria8, qui était alors la voix officielle du Service des
Antiquités, établi à Beyrouth au temps du Mandat, et les
Comptes Rendus de votre Académie9.
Cette documentation nous a conduits à localiser au moins
douze chantiers qui représentent l'ensemble de l'activité du
comte Robert du Mesnil du Buisson durant ces quatre cam-
id., « Le sphinx de Qatna », Demareteion, 1/2, 1935, p. 47-62 ; id., « Qatna, "Ville de Gre
niers" découvertes métropole des de Hourri-Mitanniens à l'âge Qatna du », bronze L'Illustration, en », Syrie BIFAO 8 », juin, BMF XXXVI, 1929 1/1, n° 1929, 1936-1937, 4501, p. 198-200. 1929, p. p. 175-179; 717-718 id., et id «Nouvelles « Qatna
r 8. R. Du Mesnil du Buisson, «Les ruines d'El-Mishrifé au Nord-Est de Homs
(Emèse) », Syria VII, 1926, p. 289-325 ; id., « Les ruines au de N.-E. de Homs », Syria (Emèse), VIII, 1927, deuxième p. 13-33 ; campagne id., « L'ancienne de fouilles, Qatna 1927 ou les », Syria ruines VIII, d'El-Mishrifé 1927, p. 277- au
de' 301; deuxième id, «L'ancienne campagne de Qatna fouilles, ou 1927 les », ruines Syria IX, d'El-Mishrifé 1928, p. 6-24 au et N.-E. 81-89 de ; id., Homs « L'époque (Émèse)
la
sommaire de céramique Homs 9. R. Du », sur CRAI, Mesnil du la tombeau IVe 1926, du campagne Buisson, p. I 191-194 de Mishrifé-Qatna de « Fouilles fouilles ; id., « Compte dans à Mishrifé-Qatna », une Syria rendu installation IX, sommaire 1928, », Syria Syro-Hittite p. 360-363 des XI, fouilles 1930, et à id., Mishrifé p. de 146-163. « Mishrifé Rapport près
la (Qatna) fouilles IVe campagne de », 1928 CRAI, à de Mishrifé 1927, fouilles p. 246-254 (Qatna) à Mishrifé et », id., CRAI, (Qatna) « Rapport 1928, », CRAI, p. sommaire 216-226 1929, ; p. id., concernant 238-247. « Rapport la sommaire campagne sur de RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES A MISHIRFEH-QATNA 1493
pagnes. Le bilan de ces travaux est très positif : les résultats
obtenus apportent, en effet, une information importante sur plu
sieurs phases d'occupation du site, notamment sur le développe
ment architectural du IIe millénaire av. J.-C. La publication
définitive, éditée à Paris en 1935, du chantier situé à l'emplacede la Butte de l'Église, dans la partie nord de la ville haute,
offre une documentation, unique en son temps, sur un palais
syrien du IIe millénaire av. J.-C. Depuis lors, une relecture du plan,
menée en parallèle avec l'analyse de son architecture, nous a
amenés à le considérer comme le monument palatial le plus
important de la Syrie occidentale.
L'importance du site a été confirmée quelques années plus
tard par la découverte et l'étude des Archives royales de Mari par
le regretté Georges Dossin et surtout la publication, en 1954, dans
le Bulletin de la Classe des Lettres et des Sciences Morales et Poli
tiques de l'Académie Royale de Belgique, de son article fonda
mental « Le royaume de Qatna au xvme siècle avant notre ère,
d'après les "Archives royales de Mari" ».
La reprise, par la Direction générale des Antiquités et des
Musées de Syrie, des fouilles systématiques à partir de 1994, a
marqué la deuxième étape de l'exploration. Elle a été axée essen
tiellement sur la réalisation de plusieurs séries de sondages
autour de la ville haute. Ils avaient pour objectif de réexaminer
les résultats des premiers travaux et à dresser un nouveau bilan
archéologique et stratigraphique10. Ces campagnes devaient éga
lement mettre en place une nouvelle stratégie, qui sera engagée à
partir de 1999 pour une durée de cinq années, dans le cadre d'une
mission conjointe syro-italo-allemande codirigée par le Prof.
Daniele Morandi-Bonacossi de l'Université d'Udine, par le
Peter Pfâlzner de l'Université de Tubingen et par l'auteur de
cette communication11.
Le bilan de cette collaboration a été très fructueux avec des
découvertes nombreuses, variées et parfois spectaculaires dans les
10. Cf. principalement M. Al-Maqdissi, « Reprise des fouilles à Mishrifeh en 1994 »,
Akkadica, 99-100, 1996, p. 1-14 ; id., « Kurzbericht ûber die syrischen Ausgrabungen in
Misrife-Qatna », MDOG, 2001, 133, p. 141-155 et id., « Note sur les fouilles syriennes à
Mishrifeh/Qatna », FM VI, 2002, p. 105-117 (Recueil d'études à la mémoire d'André Parrot).
11. Cf. principalement M. Al-Maqdissi, M. Luciani, D. Morandi Bonacossi, M. Novâk,
P. Pfâlzner et al, Excavating Qatna, I, Damas, 2002 (DAS IV), et D. Morandi Bonacossi et
ai, « Tell Mishrifeh/Qatna 1999-2002, A Preliminary Report on the Italian Component of
the Joint Syrian-Italian-German Project », Akkadica 124, 2003, p. 66-120 et 143-204. 1494 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
domaines de l'archéologie, de l'architecture et de l'histoire de la
ville au cours du IIe et du Ier millénaire av. J.-C. Cette collaboration
internationale a été couronnée, à partir de 2004, par le début de la
restauration et réhabilitation sur plusieurs chantiers avec l'ob
jectif d'organiser le premier parc archéologique du site12.
Après cette présentation rapide du site et de l'historique des
recherches archéologiques à Mishirfeh-Qatna, il est satisfaisant
d'apporter les résultats d'une collaboration internationale nouv
elle, engagée soixante-dix ans après la fouille inaugurée par le
comte Robert du Mesnil du Buisson.
Dans le développement chronologique du site, nous pouvons à
présent distinguer quatre phases principales :
- fondation du site vers le milieu du IIP millénaire av. J.-C.13
pratiquement à l'emplacement actuel de la ville haute ;
- refondation du site sous sa forme actuelle vers le début du
IIe millénaire av. J.-C. ;
- changement fondamental de l'organisation urbaine au cours
de la seconde moitié du IIe millénaire av. J.-C. ;
- refondation du site vers le début du Ier millénaire av. J.-C. et
développement du plan urbain jusqu'à sa destruction définitive
vers 720 av. J.-C.
Les résultats de la mission syrienne14 seront présentés sommai
rement selon les quatre axes suivants (fig. 5) :
I. le palais du Ier millénaire av. J.-C. - Fer II, fouillé dans le
chantier C (équipe syrienne) ;
IL le petit palais sud de la seconde moitié du IIe millénaire av.
J.-C. - Bronze récent, fouillé dans le chantier C ;
III. le Palais royal et son hypogée de la seconde moitié du
IIe millénaire av. J.-C. - Bronze récent, fouillé dans les chantiers G
(équipe allemande), H (fouillé par l'équipe italienne) et R (dit de
la Cour du trône : équipe syrienne),
IV. la première fondation du site vers le milieu du IIP millé
naire av. J.-C. - Bronze ancien III, fouillé dans les deux chantiers
J (équipe italienne) et chantier R.
12. Travail qui sera effectué dans le cadre de trois missions différentes (syrienne, syro-
italienne et syro-allemande) et pour une durée de deux campagnes (2004 et 2005).
13. Ou vers le milieu du Bronze ancien III, selon le sondage réalisé dans le chantier J
par la partie italienne sous la direction du Prof. Daniele Morandi-Bonacossi (cf. infrd).
14. Ou en collaboration avec les deux équipes de la mission conjointe. RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES A MISHIRFEH-QATNA 1495
Fig. 5. - Vue aérienne des fouilles syriennes du chantier C.
Le palais du Ier millénaire av. J.-C.
La fouille effectuée par l'équipe syrienne sur le versant occi
dental de la ville haute a révélé la présence d'un monument
important, très souvent conservé au niveau des fondations seule
ment. Les éléments architecturaux fournis à la fin de la campagne
de 2003 dessinent un plan relativement simple de quatre unités
juxtaposées (fig. 6-7).
L'unité centrale est en fait la grande cour (n° 6), de forme
presque rectangulaire, conservée sur 27 m de long et sur une
largeur qui varie entre 12 m et 13 m.
La deuxième unité qui se trouve au sud de la précédente com
porte cinq pièces (nos 1-5) placées en enfilade dans une disposi
tion parallèle au mur sud de la cour. La largeur de ces pièces est
presque identique, car elle varie entre 3,90 m et 4,00 m, alors que
leur longueur passe de 2,33 m pour la troisième à 11,10 m pour la
cinquième.
La troisième unité fouillée se trouve au nord de la cour. Elle
englobe, pour le moment, cinq pièces partiellement fouillées
(nos 7-11).
La dernière se trouve nettement au nord de la troisième ; elle
englobe un grand espace à ciel ouvert (n° 16), limité au nord par

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