Découverte d'une nouvelle mosaïque de chasse à Carthage - article ; n°2 ; vol.111, pg 264-278

De
Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 1967 - Volume 111 - Numéro 2 - Pages 264-278
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1967
Lecture(s) : 46
Nombre de pages : 16
Voir plus Voir moins

Monsieur Amar Mahjoubi
Découverte d'une nouvelle mosaïque de chasse à Carthage
In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 111e année, N. 2, 1967. pp. 264-
278.
Citer ce document / Cite this document :
Mahjoubi Amar. Découverte d'une nouvelle mosaïque de chasse à Carthage. In: Comptes-rendus des séances de l'Académie
des Inscriptions et Belles-Lettres, 111e année, N. 2, 1967. pp. 264-278.
doi : 10.3406/crai.1967.12114
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1967_num_111_2_12114264
COMMUNICATION
DÉCOUVERTE D'UNE NOUVELLE MOSAÏQUE DE CHASSE A CARTHAGE,
PAR M. AMAR MAHJOUBI.
Au cours du mois de décembre 1965, des sondages ont été effectués
préalablement à la délivrance d'une autorisation de construction,
dans un lotissement situé dans le périmètre communal de Carthage,
à 200 mètres environ au Sud de la gare de Dermech, entre la voie
ferrée et la rue Eschmoun.
Ces sondages furent à l'origine d'une découverte particulièrement
importante : un pavement de mosaïque figurant des scènes de chasse,
qui ornait une vaste salle quadrangulaire (8 m. 50 x 7 mètres envi
ron)1 dont les murs ont complètement disparu, sauf en bordure de
l'abside semi-circulaire qui la prolonge au Nord-Ouest, et qui est
elle-même pavée d'une mosaïque à motifs géométriques. Ce pave
ment occupe à notre avis une place de choix dans la longue série
des mosaïques à scènes de chasse trouvées en Afrique du Nord2.
L'encadrement de la mosaïque de la chasse est constitué par un
rinceau d'acanthe figuré en blanc, dont les vrilles s'enroulent alte
rnativement vers la gauche et vers la droite, entourant d'une façon
également alternative une ou deux rosaces de formes diverses, puis
un petit animal à chaque fois différent. On reconnaît ainsi trois
chèvres, deux petites panthères, un jeune tigre, un lionceau, un
agneau à grosse queue et une gerboise.
M. J. Lavin a fait remarquer que le motif en question apparaît
sur des œuvres datées surtout de la seconde moitié du me siècle et
de la première moitié du ive, lorsqu'il conserve une figuration qui,
comme ici, est encore relativement « naturaliste »3. Par la suite,
il perd cet aspect naturaliste et les spirales d'acanthe prennent une
forme de plus en plus stylisée, se transformant en un motif pure
ment ornemental.
Le grand tableau central représente, librement et arbitrairement
réparties et juxtaposées, une dizaine de scènes de chasse de grandes
dimensions, qui donnent d'abord l'impression d'un vaste panorama
1. La pièce, extrêmement vaste, se prolongeait sous le ballast de la voie ferrée, ce
qui nous a empêché de reconnaître sa longueur exacte.
2. La liste des mosaïques africaines à scènes de chasse donnée par Th. Prêcheur-
Canonge, dans La vie rurale en Afrique romaine d'après les mosaïques, p. 16 et sq.,
n08 81-105, est complétée par J. W. Salomonson, La mosaïque aux chevaux de l'antiqua-
rium de Carthage, p. 27, n. 1.
3. Pour ce type de bordure, voir J. Lavin, The hunting mosaics of Antioch and their
sources. A study of compositional principles in the development ofearly médiéval style, dans
Dunbarton Oaks Papers, XVII, 1963, p. 218, n. 166, et p. 239 ; voir aussi, J. W. Salomons
on, O.I., p. 26 et n. 2. Ci
Carthage. Mosaïque à scènes de chasse. (Phot. Institut d'archéo. de Tunis, j 266 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
cohérent ; en fait, ce sont autant d'épisodes indépendants et sans
aucune relation entre eux, traités dans des proportions monument
ales ; quelques arbres, des touffes de végétation de la steppe, des
rochers et des lignes de hauteurs esquissées sont introduits dans les
espaces intercalaires, pour suggérer l'idée d'un paysage.
h — La capture des lions.
La première scène, en haut et à gauche, représente une chasse
de capture. On voit une cage dont les panneaux pleins, en bois, sont
constitués de planches clouées sur un cadre de chevrons renforcé
par des barres de fer, qui se coupent en forme d'x suivant les diago
nales.
La cage est ouverte, le panneau antérieur, mobile, étant saisi des
deux mains et tenu en l'air par un chasseur à demi agenouillé sur
le toit, en position d'attente. La chute de ce panneau doit permettre
la capture du fauve. Devant le piège, une chèvre, qui sert d'appât,
est installée sur un chariot rudimentaire auquel est attachée une
corde qu'un autre personnage, aux aguets derrière la cage, tire dou
cement, attirant ainsi l'appât, et partant le fauve, à l'intérieur du
piège. Deux rabatteurs, dont l'un était très endommagé et a malheu
reusement disparu au moment de l'enlèvement de la mosaïque—
on ne voit plus que la lance qu'il tenait à la main droite — ne sem
blent pas très rassurés, malgré la protection de leurs grands bouc
liers ronds munis d'un umbo en cône1 ; c'est que devant eux s'avance,
poursuivant la chèvre, une lionne rugissante qui vient de sortir de
sa tanière, tandis qu'un lion tout aussi rugissant s'engage à son tour
hors de la grotte. Des élévations de terrain, une masse rocheuse
qui s'évide à la base formant la caverne des fauves, et deux arbres
figurés sans grand souci de perspective, derrière la cage, ainsi qu'un
autre derrière le rabatteur qui a disparu, complètent cette scène de
capture.
Les visages des chasseurs sont vus de trois quarts, la tête légèr
ement tournée vers les fauves. Celui du rabatteur atteint, avec ses
yeux exorbités, un degré d'expression dramatique. Leur chevelure
frisée, sinon crépue, couvre un front bas. Quant aux vêtements,
on ne voit distinctement que celui du chasseur installé sur la cage :
une tunique blanche, courte, s'arrêtant à mi-cuisse, ceinturée à la
taille et ornée à la pointe des épaules d'orbiculi ronds et foncés ; au
bas de la tunique, deux segmenta ovales également foncés. Ces pare
ments caractérisent le costume du Bas-Empire, et se rencontrent
1. Pour ce type de bouclier : cf. P. Couissin, Les armes romaines, p. 498-499. Notons
que le bouclier rond réapparaît à partir du règne de Maximien. NOUVELLE MOSAÏQUE DE CHASSE A CARTHAGE 267 UNE
habituellement sur les mosaïques nord-africaines datées de cette
époque1.
La tenue du chasseur est complétée par des bandes molletières
(fasciae crurales) attachées au-dessous du genou ; ces bandes con
stituent un accessoire indispensable aux longues marches et se retrou
vent dans la plupart des représentations africaines de la chasse.
Cette technique de la chasse de capture, qui intéresse aussi bien
les lions que les panthères et les ours, apparaît, si l'on se réfère aux
textes et à l'iconographie, comme une méthode spécifique de l'Afrique
romaine. Aussi bien Oppien qu'Élien précisent que ce type de chasse
est pratiqué en Afrique, plus particulièrement en Maurétanie2. Son
iconographie est aussi principalement africaine : une mosaïque de
Carthage3, une autre d'Hippone4, un pavement de l'antiquarium5
qui représenterait les battues de capture africaines effectuées par
un haut fonctionnaire chargé de repeupler les ménageries impériales,
la fresque du tombeau des Nasonii6, dont les véneries se dérouter
raient dans l'Est Africain, et la « Grande Chasse » de Piazza Arme-
rina7 dont les relations avec les mosaïques d'Afrique du Nord sont
de plus en plus évidentes.
Notons cependant, dès à présent, beaucoup plus d'expression
et de réalisme dans les traits et surtout le regard de nos chasseurs,
alors qu'à Piazza Armerina, les visages — tels qu'ils apparaissent
dans le matériel d'illustration disponible — ont, malgré des simi
litudes certaines avec les nôtres, une expression beaucoup plus
abstraite, accentuée par le traitement ornemental des yeux.
La vraisemblance de ce type de chasse, tel qu'il est suggéré par
l'iconographie8, est admise par J. Aymard, du moins en ce qui
concerne la mosaïque d'Hippone qui constituait, avant notre découv
erte, le document le plus complet, tout en présentant un déroule
ment logique des opérations. Notre mosaïque introduit une variante
qui n'est pas dépourvue de vraisemblance : la chèvre — figée au
demeurant dans une attitude très peu réaliste9 — a été installée
d'abord devant la grotte des fauves, et a attiré ces derniers hors de
1. Cf. pour ces œuvres G. Ville, La maison et la mosaïque de la chasse à Utique, dans
Karthago XI, p. 58, n. 109-110.
2. Cf. pour ces textes la discussion qu'en font F. de Pachtère, MEFR, 1911, p. 334-336
et J. Aymard, Les chasses romaines, p. 450-455.
3. Cat. du Mus. Alaoui, n° 171, suppl. p. 4 et pi. I ; Jnv. Mosaïques, Tunisie, 607 :
Mosaïque de l'offrande de la grue à Apollon et Diane.
4. F. de Pachtère, O.I., p. 334-336 et pi. XIX-XX ; Inv. Algérie, 45.
5. J. Aymard, MEFR, 1937, p. 52-53, pi. II.
6. Bellori-Bartoli, Sepolcro de' Nasonii, tav. XXVIII.
7. G. V. Gentili, La villa Erculia di Piazza Armerina, I Mosaici Figurati, tav. XXIV.
8. Le texte d'Élien, qui décrit ce type de capture, n'est pas très clair dans l'explica
tion de son ultime péripétie, qui assure la prise du fauve.
9. On pourrait même penser qu'il s'agit d'un appât simulé, d'une peau de chèvre
empaillée. 268 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
leur tanière ; tirée dans la cage, elle va permettre la capture1. Mais
d'autres détails restent assez difficiles à admettre : notamment
la présence de l'homme, juché au vu de l'animal sur le toit du piège...
II. — La chasse au sanglier.
Comme c'est presque toujours le cas pour les scènes de chasse au
sanglier, celle-ci, intercalée entre le premier et le deuxième registre,
se déroule dans un terrain accidenté. A gauche, derrière le sanglier,
sont figurées des espèces végétales caractéristiques des montagnes
africaines, notamment des touffes de chardons et des arbustes ép
ineux ; à droite, près du chasseur, un arbuste difficile à identifier.
Dans le lointain, selon une perspective conventionnelle qui super
pose éléments du paysage et figures, des escarpements rocheux. On
a donc un paysage qui pourrait être facilement identifié avec celui
du Haut Tell tunisien.
C'est le corps à corps décisif entre le chasseur à pied, armé de
l'épieu, et le sanglier qui est seul représenté. Sur les sarcophages de
l'époque impériale, dont les représentations dérivent du cycle de
Méléagre, on peut en général isoler cette scène. Elle forme alors
un tableau central, presque indépendant du reste de l'action, et se
réduit à l'évocation du moment décisif où le chasseur, dans l'attitude
de Méléagre, épieu au poing et les pieds solidement plantés au sol,
supporte seul l'assaut de la bête ; c'est là, aussi, un thème fréquent
dans les venationes qui ornent les frises ou les registres supérieurs
de certains sarcophages, ou qui sont représentées sur les mosaïques2.
Des scènes analogues se rapportent aux chasses du lion, du taureau
et du léopard, comme le montrent d'ailleurs deux autres tableaux
de notre mosaïque que nous décrirons plus loin.
On a noté, dans tous ces cas, l'influence des thèmes d'amphit
héâtre3.
Notre chasseur est habillé d'une tunique rougeâtre ornée d'orbiculi,
de clavi, de segmenta et de galons de couleur bleu pâle. Une pèlerine
1. Seule la lionne pourrait être ainsi capturée ; c'est ce qui explique peut-être l'expres
sion épouvantée du rabatteur, qui voit un lion surgir à la sortie de la grotte, derrière
la lionne.
2. Cf. notamment la mosaïque dite des travaux champêtres, à Oudhna, où la quasi-
nudité du chasseur, vêtu seulement d'une pèlerine flottante, permet de l'assimiler au
héros grec de Calydon. Cf. P. Gauckler, Mon. Piot, 1896, pi. XXII ; ainsi que le Méléagre
de la mosaïque de Chiusi, Bianchi-Bandinelli, Clusium, Mon. Ant., XXX, 1225, col. 241,
fig. 5. Doro Levi, II museo civico di Chiusi, 1935, flg. 5, p. 90 et Antioch Mosaic Pave
ments, I, p. 237-242 où il recense les principaux monuments, mosaïques et pièces de
sculpture, figurant un sanglier traqué par des chasseurs et des chiens. Ajouter à cette
liste un fragment de pavement de Sousse conservé au musée du Bardo, cf. Cat. Musée
Alaoui, p. 10, n° 2.
3. J. Aymard, Les chasses romaines, p. 311 et pi. XVII. UNE NOUVELLE MOSAÏQUE DE CHASSE A CARTHAGE 269
verte, flottant au vent, est accrochée à l'épaule gauche. Des fasciae
crurales complètent son accoutrement. Il est représenté effaçant
complètement le torse, et tenant solidement l'épieu de la main
gauche ; mais contrairement aux représentations similaires, le bras
droit dressé en l'air ne soutient plus la hampe de l'arme, car le choc
a déjà eu lieu, la bête a été atteinte à la gorge, et le chasseur ne fait
que retirer son épieu.
Comme dans la mosaïque de la « Petite Chasse » de Piazza Arme-
rina, le sanglier, un solitaire lourd et puissant, fléchi sur les pattes
de derrière, les soies hérissées et les défenses encore prêtes, fixe
d'un regard féroce le chasseur, en perdant abondamment son sang
qui gicle de sa gorge ouverte.
III. — Le retour de la chasse au sanglier.
Ce type de retour de chasse se retrouve sur des mosaïques de
Constantine1 et de Carthage2 ; on le voit également à Piazza Arme-
rina. Deux personnages marchent vers la droite, l'un derrière l'autre ;
ils portent sur l'épaule gauche les extrémités d'une longue perche
qu'ils retiennent de la main gauche, et à laquelle est attachée par
les pattes la dépouille d'un sanglier. Un lévrier précède l'équipage,
tandis qu'un chien de type courant marche entre les deux chasseurs,
dressant son museau vers la dépouille du sanglier ; il porte un collier
de cuir rouge, incrusté de plaques de métal figurées par des cubes
blancs.
Le sol est encore rendu par cette sorte de perspective aérienne,
et on y voit des touffes d'alfa caractéristiques des paysages tunisiens.
La tenue des chasseurs est toujours la même : tuniques courtes
à nuances blanches pour le premier et rosés pour l'autre, toujours
ornées d'orbiculi, de clavi, et de galons sur les manches. Un manteau
court, rosé dans un cas et brun dans l'autre, est attaché sur la poi
trine. Les jambes sont également protégées de fasciae crurales ren
dues par des chevrons alternativement sombres et clairs.
Les chasseurs sont représentés tête nue, les cheveux frisés ou
même crépus ; ils portent un collier de barbe qui dessine une bande
étroite sur les joues et se continue sous le menton : le même type
de barbe est porté à Piazza Armerina par certains spectateurs de
la course de chars ainsi que par le « maestro » de la scène de YAdven-
tus3, et caractérise certains portraits de l'époque de la Tétrarchie.
Les scènes similaires de Carthage et de Piazza Armerina, pour
lesquelles nous possédons une bonne illustration, présentent quel-
1. J. Alquier, BAC, 1928-1929, p. 96-99, et pi. I.
2. L. Poinssot et R. Lantier, BAC, 1924, p. clvii et pi. IIL
3. G. V. Gentili, O.I., tav. X et I. 270 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
ques légères différences avec la nôtre. A Piazza Armerina, le corps
du sanglier est placé à l'intérieur d'un filet qui remplace les liens
servant à attacher les pattes du sanglier à la perche ; sur la mosaïque
de Carthage, ces liens sont renforcés par des courroies qui passent
autour du corps du sanglier. Dans le même pavement, les porteurs
se servent, comme d'une canne, des piquets utilisés sans doute pour
tendre les filets ; et le chien qui précède l'équipage n'est pas un
sloughi, mais un solide mâtin ; à Piazza Armerina, seul l'un des
chasseurs tient un piquet et sur notre pavement, le même personnage
a la même attitude, bien que la canne n'ait pas été représentée.
L'origine iconographique de ce « retour » a été analysée par
M. G. Ville1 : c'est une composition qui dérive des sarcophages de
la série calydonienne, où, sur les côtés de la cuve, sont figurés des
porteurs de filets ; ils cheminent l'un derrière l'autre comme nos
chasseurs, le filet placé sur l'épaule gauche ; et on voit souvent un
chien marcher entre les deux porteurs. Dans une autre série de sarco
phages plus tardive, le filet est remplacé par le gibier tué, général
ement un sanglier, que les chasseurs portent à l'aide d'une longue
perche qui repose sur les épaules2 : c'est ce thème qui est passé dans
les mosaïques de Carthage, de Constantine et de Piazza Armerina ;
cette dernière précise même davantage la contamination des deux
séries, puisque le sanglier est placé à l'intérieur du filet.
IV. — L'éléphant attaqué par un python.
Ce n'est plus cette fois une scène de chasse proprement dite, mais
un épisode dramatique retraçant une phase de lutte particulièr
ement pathétique entre un éléphant et un python, qui s'est enroulé
sur le corps énorme du pachyderme, le mordant cruellement au
ventre. La souffrance et l'impuissance de la bête qui perd son sang
sont admirablement rendues par son regard, ainsi que par les contor
sions du corps et de la trompe.
Le paysage est encore celui de la steppe nord-africaine avec ses
touffes d'alfa ; mais le tableau semble avoir peu de rapports avec
le réel : déjà à l'époque impériale, l'éléphant était en voie de dispa
rition dans l'Afrique romaine, pour cesser pratiquement d'exister
au ive siècle3 ; quant au python, on sait que des serpents de très
grande taille sont mentionnés par Hérodote et Strabon4, mais les
étranges histoires racontées sur leur compte rendent leur existence
hypothétique.
1. G. Ville, O.I., p. 73-74.
2. Pour ces sarcophages, cf. G. Ville, O.I., p. 74, n. 183.
3. J. Aymard, O.I., p. 423 qui se réfère à St. Gsell, Hist. anc.de V Afrique du Nord,!,
p. 79.
4. St. Gsell, O.I., p. 133. UNE NOUVELLE MOSAÏQUE DE CHASSE A CARTHAGE 271
Le plus important cependant, c'est que notre éléphant — qui
appartient bien à la race africaine reconnaissable notamment à
ses immenses oreilles arrondies en haut, pointues en bas et couvrant
les épaules1 — peut être comparé à celui qui accompagne la figura
tion de l'Afrique, et à celui de la « Grande Chasse », à Piazza Arme-
rina, ainsi qu'à celui de la villa des Laberii à Oudhna, antérieur d'un
siècle environ ; tous traités avec larges reticulae qui couvrent tout
le corps et ne s'arrêtent qu'au niveau de la trompe2. On trouve,
par ailleurs, de nombreux autres exemples d'éléphants dont la
peau est traitée avec des reticulae sur des documents datés surtout
entre Gallien et Constantin3.
V. — La chasse au chacal.
En partie détruite, cette scène s'intercale entre les tableaux du
premier registre et ceux du second. On voit un chacal au pelage
tigré détaler à fond de train, poursuivi par un chien de type courant,
qu'encourage du geste et sans doute de la voix un chasseur à pied.
Le chacal est représenté en plein effort, corps allongé et jarrets
dressés. La queue, touffue, est rendue par des chevrons alternativ
ement sombres et clairs. Le chien, en partie détruit au moment de
l'enlèvement de la mosaïque, est du même type que celui qui marche
entre les deux chasseurs portant la dépouille du sanglier.
Le geste du chasseur se retrouve sur la mosaïque de la chasse à
courre d'Oudhna4, mais la comparaison est plus complète avec l'une
des scènes de la « Petite Chasse » de Piazza Armerina5. Dans les deux
cas, nous avons un chasseur à pied qui tient un long bâton de la
main gauche et tend le bras droit en direction du gibier. Les traits
de notre personnage, remarquables de personnalité, présentent
beaucoup d'analogie avec ceux du dominus de la « Grande Chasse »
de la villa sicilienne6.
VI. — La chasse au lasso.
Sous la chasse au sanglier sont représentés, avec le même sens
dramatique très aigu, deux onagres cabrés ; le nœud coulant d'un
1. J. Aymard, O.I., p. 423.
2. G. V. Gentili, O.I., tav. XXXVI.
3. H. P. L'Orange, Nuovo contributo allô studio del Palazzo Erculio di Piazza Armerina,
dans Acta ad Archaeologiam et Artium Historiam Pertinentia, IL 1965, p. 75-76.
4. Th. Prêcheur-Canonge, La vie rurale en Afrique romaine d'après les mosaïques,
p. 80, pi. XI.
5. G. V. Gentili, O.I., tav. XVI, intitulée : La partenza per la caccia ».
6. Id., Ibid., tav. XXXI. 272 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
lasso vient d'être lancé autour du cou de l'un d'eux qui, en pleine
fuite, détourne la tête et cherche à éviter l'étranglement. L'autre
onagre, dont l'effort musculaire est rendu par un raccourci très
habile, est pris sur le vif, dans une admirable attitude expressive
et avec un regard fou de bête traquée.
La composition est non moins habile : elle enferme le groupe dans
un triangle dont le troisième côté était occupé par le chasseur qui
est malheureusement détruit.
Les textes concordants d'Arrien, d'Élien et de Pollux indiquent
que le lasso était notamment utilisé par les indigènes d'Afrique du
Nord pour la capture des onagres : les Libyens qui pratiquaient la
poursuite à cheval étaient entraînés à ce sport difficile dès leur jeune
âge1.
L'iconographie confirme encore et illustre les textes. Elle est
représentée par la mosaïque d'Hippone, décrite par de Pachtère2,
un fragment de de Carthage3, une mosaïque d'Utique
transportée au British Muséum4 où l'onagre est remplacé par un
cerf, et une mosaïque de Khanguet el-Hajej5 où le venator « Lampa-
dius » s'apprête à lancer le lasso sur un ours ; il s'agit donc, dans
ce dernier cas, d'une venatio d'amphithéâtre, qui montre que les
bestiaires avaient emprunté aux populations africaines un instr
ument qui leur permettait de capturer les animaux destinés aux
arènes romaines. La mosaïque de la chasse découverte à Carthage,
dans la Maison aux Chevaux, et datée des premières années du
ive siècle, a aussi livré une scène semblable6 qu'on retrouve, enfin,
dans la « Grande Chasse » de Piazza Armerina.
Sous ce tableau, on n'a conservé qu'une partie d'une autre scène
où l'on voit seulement, debout à proximité d'un cyprès, un chasseur
sans doute, vêtu d'une tunique à nuances rosés et d'un manteau
court qui flotte au vent. Sa tête est coiffée d'une sorte de pétase
relevé des deux côtés, ce qui lui donne l'aspect d'un bicorne7.
Cette fois encore, les traits expressifs sont ceux d'un portrait
qu'on pourrait rapprocher de deux figures similaires empruntées
l'une à la mosaïque de chasse de Carthage et l'autre à la « Grande
Chasse » de Piazza Armerina8.
1. J. Aymard, O.I., p. 461.
2. Id., pi. III, a ; et F. de Pachtère, O.I., p. 334-336.
3. Inventaire des Mos., II, suppl., n° 615 a.
4. Id., II, n° 886.
5. Id., II, n° 465 a.
6. J. W. Salomonson, O.I., p. 27 et pi. XIII.
7. Cf. un pétase identique dans Daremberg et Sagllo, Dict. des Ant., art. Petasiu,
p. 422, fig. 5609.
8. J. W. Salomonson, O.I., pi. XVI, 1-2.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Les Heures du Maréchal de Boucicaut - article ; n°2 ; vol.137, pg 505-517

de COMPTES-RENDUS_DES_SEANCES_DE_L-ACADEMIE_DES_INSCRIPTIONS_ET_BELLES-LETTRES

Les fouilles sous-marines du phare d'Alexandrie

de COMPTES-RENDUS_DES_SEANCES_DE_L-ACADEMIE_DES_INSCRIPTIONS_ET_BELLES-LETTRES

Thot, le dieu qui vole des offrandes et qui trouble le cours du temps - article ; n°3 ; vol.114, pg 547-556

de COMPTES-RENDUS_DES_SEANCES_DE_L-ACADEMIE_DES_INSCRIPTIONS_ET_BELLES-LETTRES

suivant