Effets d'hystérésis sur le commerce extérieur américain - article ; n°3 ; vol.94, pg 79-93

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Économie & prévision - Année 1990 - Volume 94 - Numéro 3 - Pages 79-93
Efectos de histérisis en el comercio exterior norteamericano,
por Philippe Ducos y François Lecointe.

Teniendo en cuenta que no se ha logrado enjugar el déficit exterior norteamericano, pese a que el dólar recobró a comienzos de 1987 la misma paridad que tenîa a comienzos de los años ochenta, este artículo propone un análisis de los modelos recientes de comercio exterior que permiten explicar la persistence de los efectos de la gran apreciación de la divisa estadounidense. Los tests econométricos permiten validar estos modelos de histéresis. No obstante se demuestra que es necesario situarse en un nivel suficientemente preciso de desagregación de los productos. De esta forma puede observarse que la apreciación del dólar de los años 1981/1985 sigue teniendo consecuencias perjudiciables en dos sectores, el de los bienes de consumo duraderos y el de los bienes de equipo, pudiéndose considerar los dos principales tipos de modelos teóricos (coste de entrada, dinámica de la demanda).
Hystereseauswirkungen auf den amerikanischen Aussenhandel,
von Philippe Ducos, François Lecointe.

Dieser Artikel geht von der Feststellung aus, dass das amerikanische Aussenhandelsdefizit noch immer nicht ausgegli.chen ist, nachdem Anfang 1987 der Dollar zur Parität zurückgekehrt war, die zu Beginn der achtziger Jahre galt, und schlägt einen Überblick über die letzten Modelle des Aussenhandels vor, die die Remanenz der Auswirkungen zu erklären vermögen, die sich aus der Höherbewertung der amerikanischen Devise ergeben haben. Durch ökonometrische Tests können dièse Hysterese-Modelle sodann bestätigt werden. Gleichwohl wird gezeigt, dass die Desaggregationsebene der Produkte mit höchstmöglicher Genauigkert bestimmt werden muss ; es ist offensichtlich, dass die Höherbewertung des Dollars während der Jahre 1981/85 weiterhin nachteilige Folgen in zwei Sektoren hat : in dem der langlebigen Konsumgüter und in dem der Investitionsgüter. Die beiden wichtigen Kategorien theoretischer Modelle (Einfuhrkosten, Nachfragedynamik) sind in Betracht zu ziehen.
Effets d'hystérésis sur le commerce extérieur américain,
par Philippe Ducos, François Lecointe.

Partant du constat que le déficit extérieur américain ne s'est toujours pas résorbé après le retour du dollar, début 1987, à sa parité du début des années quatre-vingt, cet article propose une revue des modèles récents de commerce extérieur qui permettent d'expljquer la rémanence des effets de la forte appréciation de la devise américaine. Des tests économétriques permettent ensuite de valider ces modèles d'hystérésis. On montre toutefois qu'il est nécessaire de se placer à un niveau de désagrégation des produits suffisamment fin ; il apparaît que l'appréciation du dollar des années 1981/1985 continue d'avoir des conséquences dommageables dans deux secteurs : celui des biens de consommation durables et celui des biens d'équipement, les deux grands types de modèles théoriques (coût d'entrée, dynamique de la demande) étant envisageables.
Hysteresis effects on US external trade,
by Philippe Ducos, François Lecointe.

In spite of a declining dollar and a return to its 1980 parity in 1987, the US trade deficit has not been eliminated yet. This paper surveys recent trade models which explain hysteresis effects on external trade and presents empirical evidence. It is shown that the use of disaggregated data is crucial to validate the models. It seems that the dollar appreciation has changed the market structure of both the consumer durable goods sector and the capital goods sector. The corresponding theoretical models would be the sunk cost model and demand dynamics model respectively.
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1990
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Philippe Ducos
François Lecointe
Effets d'hystérésis sur le commerce extérieur américain
In: Économie & prévision. Numéro 94-95, 1990-3-4. Aspects de la contrainte extérieure. pp. 79-93.
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Ducos Philippe, Lecointe François. Effets d'hystérésis sur le commerce extérieur américain. In: Économie & prévision. Numéro
94-95, 1990-3-4. Aspects de la contrainte extérieure. pp. 79-93.
doi : 10.3406/ecop.1990.5179
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecop_0249-4744_1990_num_94_3_5179Resumen
Efectos de histérisis en el comercio exterior norteamericano,
por Philippe Ducos y François Lecointe.
Teniendo en cuenta que no se ha logrado enjugar el déficit exterior norteamericano, pese a que el dólar
recobró a comienzos de 1987 la misma paridad que tenîa a comienzos de los años ochenta, este
artículo propone un análisis de los modelos recientes de comercio exterior que permiten explicar la
persistence de los efectos de la gran apreciación de la divisa estadounidense. Los tests econométricos
permiten validar estos modelos de histéresis. No obstante se demuestra que es necesario situarse en
un nivel suficientemente preciso de desagregación de los productos. De esta forma puede observarse
que la apreciación del dólar de los años 1981/1985 sigue teniendo consecuencias perjudiciables en dos
sectores, el de los bienes de consumo duraderos y el de los bienes de equipo, pudiéndose considerar
los dos principales tipos de modelos teóricos (coste de entrada, dinámica de la demanda).
Zusammenfassung
Hystereseauswirkungen auf den amerikanischen Aussenhandel,
von Philippe Ducos, François Lecointe.
Dieser Artikel geht von der Feststellung aus, dass das amerikanische Aussenhandelsdefizit noch immer
nicht ausgegli.chen ist, nachdem Anfang 1987 der Dollar zur Parität zurückgekehrt war, die zu Beginn
der achtziger Jahre galt, und schlägt einen Überblick über die letzten Modelle des Aussenhandels vor,
die die Remanenz der Auswirkungen zu erklären vermögen, die sich aus der Höherbewertung der
amerikanischen Devise ergeben haben. Durch ökonometrische Tests können dièse Hysterese-Modelle
sodann bestätigt werden. Gleichwohl wird gezeigt, dass die Desaggregationsebene der Produkte mit
höchstmöglicher Genauigkert bestimmt werden muss ; es ist offensichtlich, dass die Höherbewertung
des Dollars während der Jahre 1981/85 weiterhin nachteilige Folgen in zwei Sektoren hat : in dem der
langlebigen Konsumgüter und in dem der Investitionsgüter. Die beiden wichtigen Kategorien
theoretischer Modelle (Einfuhrkosten, Nachfragedynamik) sind in Betracht zu ziehen.
Résumé
Effets d'hystérésis sur le commerce extérieur américain,
par Philippe Ducos, François Lecointe.
Partant du constat que le déficit extérieur américain ne s'est toujours pas résorbé après le retour du
dollar, début 1987, à sa parité du début des années quatre-vingt, cet article propose une revue des
modèles récents de commerce extérieur qui permettent d'expljquer la rémanence des effets de la forte
appréciation de la devise américaine. Des tests économétriques permettent ensuite de valider ces
modèles d'hystérésis. On montre toutefois qu'il est nécessaire de se placer à un niveau de
désagrégation des produits suffisamment fin ; il apparaît que l'appréciation du dollar des années
1981/1985 continue d'avoir des conséquences dommageables dans deux secteurs : celui des biens de
consommation durables et celui des biens d'équipement, les deux grands types de modèles théoriques
(coût d'entrée, dynamique de la demande) étant envisageables.
Abstract
Hysteresis effects on US external trade,
by Philippe Ducos, François Lecointe.
In spite of a declining dollar and a return to its 1980 parity in 1987, the US trade deficit has not been
eliminated yet. This paper surveys recent trade models which explain hysteresis effects on external
trade and presents empirical evidence. It is shown that the use of disaggregated data is crucial to
validate the models. It seems that the dollar appreciation has changed the market structure of both the
consumer durable goods sector and the capital goods sector. The corresponding theoretical models
would be the sunk cost model and demand dynamics model respectively.Le rétablissement progressif de la croissance dans les
économies occidentales au cours des dernières années s'est Effets effectué dans un contexte de creusement des déséquilibres
des balances des paiements. Si la tendance récente semble
d'hystérésis s'orienter à leur stabilisation, les perspectives
macro-économiques ne laissent pas envisager de résorption
rapide dans les prochaines années. Pour les Etats-Unis se sur le commerce pose aujourd'hui la question du processus cumulatif
d'endettement et des flux d'intérêts sans cesse croissants,
extérieur compte tenu du haut niveau des taux d'intérêt réels : à moyen
terme, l'équilibre des marchés financiers et des marchés des
changes est menacé ; le fait que les Etats-Unis soient américain endettés dans leur propre devise rend plus complexe le
maniement des politiques monétaire et budgétaire pour
résorber structurellement le déficit courant, même s'il donne
Philippe Ducos^ des facilités de court terme plus grandes.
François Lecointe^ Plusieurs indications récentes incitent cependant à un certain
optimisme : les échanges commerciaux, toujours en déficit
prononcé, semblent se rééquilibrer progressivement ; les
échanges de services dégagent par ailleurs un excédent.
Plusieurs causes ont été invoquées pour expliquer la
permanence du déficit commercial américain : une forte
demande intérieure américaine, une compétitivité prix
toujours trop faible (qui renvoie au niveau du dollar), un délai
de réaction lent des quantités aux prix ou, enfin, une
conséquence irrémédiable des variations du dollar sur les
années quatre-vingt.
Jusqu'au début des années quatre-vingt, des modélisations
relativement simples faisant intervenir la demande, la
compétitivité en niveau et les décalages conjoncturels
suffisaient à retracer correctement les évolutions du
commerce extérieur. Ces modèles se révèlent défaillants
pour expliquer la dernière décennie, qui de fait est marquée
par des mouvements de taux de change durables et
prononcés, ce qui ne s'était jamais vu auparavant.
Au cours des dernières années, plusieurs travaux s'inscrivant
dans la lignée des recherches en économie industrielle ont
permis de spécifier les comportements de compétition sur les
marchés exposés et leurs conséquences sur les prix et les
volumes. Ils ont débouché sur la conclusion que des
phénomènes d'hystérésis peuvent y être observés et que les
échanges extérieurs ne se fondent pas seulement sur le taux
de change à une date donnée mais dépendent de l'ensemble
des variations de parité passées.
Nous nous proposons dans cet article de passer en revue les
principales contributions récentes qui fournissent une
modélisation micro-économique des comportements sur les
marchés exposés ou mesurent leurs implications en termes
macro-économiques, en indiquant éventuellement les limites
ou les développements possibles. Cette tentative de
synthèse sera aussi l'occasion de relier la dynamique des
échanges aux flux d'investissement et aux localisations des
capacités de production. Par la suite, nous effectuerons une
série de tests empiriques sur les données du commerce
extérieur américain, au niveau agrégé en quelques grands
produits ou à l'inverse sur quelques secteurs dans lesquels
les caractéristiques de compétition paraissent typées. Nous
mettrons en évidence les phénomènes de "Pricing to Market"
et verrons s'il est possible de mesurer un effet d'hystérésis
sur les prix et les volumes.
(*) Caisse des Dépôts et Consignations
Economie et Prévision n° 94/95 1990-3/4
79 étrangères, comparé à celui des firmes domestiques ; le
mouvement induit sur les prix dépend de plusieurs facteurs, Une revue des modèles récents des
tels que le degré de substituabilité des produits étrangers et échanges extérieurs domestiques, le nombre relatif de firmes nationales ou
étrangères, et les structures du marché. En considérant un
secteur particulier de l'économie et suivant les hypothèses Un certain nombre de modèles adoptant une approche retenues à son sujet, l'effet d'une variation du taux de change micro-économique du commerce extérieur ont été élaborés sur les prix d'import peut être très variable, l'élasticité pouvant au cours des années récentes. Ils permettent d'expliquer aller de 0 à 1 . différents effets non mis en évidence par les théories
macro-économiques traditionnelles : ' En effet, si l'on suppose qu'il n'y a qu'un seul bien homogène
- le degré de "Pass-Through" mesure la proportion avec produit dans tous les pays et qu'il est parfaitement arbitré, la
loi du "prix unique" s'applique : le niveau des prix ne dépend laquelle une firme répercute dans ses prix de vente à
l'exportation les modifications de coûts exprimés en devises pas des parités ; selon ces hypothèses, la causalité est même
que peuvent induire des mouvements de change ; il résulte inversée, le taux de change s'ajustant en fonction des écarts
d'une décision de tarification des producteurs ; de prix.
- le "Pricing to Market" est le fait, pour une firme vendant A l'inverse, on peut supposer que chaque pays produit son dans plusieurs pays, d'adopter une tarification propre à propre bien, insubstituable aux biens produits à l'étranger. Si chaque marché, et donc de réagir de façon différenciée aux les coûts de production sont supposés rigides, les variations variations du taux de change ; du change se répercutent entièrement dans le rapport des
- enfin, le phénomène d'hystérésis caractérise les cas où prix domestiques et d'importation, le taux de marge des
l'équilibre extérieur d'un pays donné -en prix ou en volume- producteurs restant constant.
ne dépend pas seulement du taux de change courant ou
anticipé, mais aussi de son histoire passée. A l'instar de ces deux situations extrêmes, les modèles de
Pricing to Market mettent en général l'accent soit sur le jeu de
Ces idées sont sensiblement différentes mais sont la concurrence en ne considérant qu'un seul bien homogène,
étroitement liées dans les modèles car elles dépendent soit sur l'imparfaite substituabilité entre les biens produits
fortement des hypothèses d'ordre micro-économique qui sont dans chaque pays.
faites.
Les modèles qui supposent un seul bien homogène ne
Ainsi, il est probable que la forte appréciation du dollar des définissent qu'un prix de marché qui tient compte de la
années 79-84 a permis aux partenaires des Etats-Unis concurrence entre firmes et en particulier entre les firmes
d'acquérir de nouvelles parts sur le marché américain. Il y a étrangères et domestiques. Il n'y a donc pas de distinction
hystérésis sur les volumes si, par exemple, les firmes entre prix des importations et prix domestique ; les
étrangères ont pu conserver ces parts de marché malgré le conclusions portent sur l'élasticité de ce prix aux variations de
retour du dollar -en termes réels^- à ses niveaux moyens change et éventuellement sur le rapport entre le prix
d'avant 1980. domestique et le prix des exportations sur des marchés
étrangers supposés obéir aux mêmes hypothèses.
Pour un secteur particulier, la modification dans la structure
de marché qu'une telle évolution a pu engendrer est de nature Ainsi, Dornbusch (1987), s'inspirant de Krugman (1986),
à modifier le degré de Pricing to Market ou de Pass-Through propose un modèle à deux pays qui suppose des biens
des firmes étrangères : on peut donc s'attendre aussi à un parfaitement substituables et une concurrence de type
effet d'hystérésis sur les prix, mais dont le signe n'est cette oligopolistique à la Cournot entre les différentes entreprises
fois pas évident a priori. présentes sur le marché. Le comportement de tarification des
firmes dépend de l'élasticité de la demande qu'elles
perçoivent, ce qui fait intervenir le nombre de firmes en place. Nous verrons que les modèles expliquant l'hystérésis
analysent en détail la façon dont les variations de change réel La réponse en prix des firmes étrangères supposées toutes
réagir de la même façon aux variations du change dépend affectent la structure des marchés mais laissent un peu de
côté l'autre aspect de la question, à savoir comment la donc du rapport entre le nombre de firmes étrangères et
structure de marché conditionne les prix et les volumes domestiques, mais aussi et surtout de la forme fonctionnelle
d'importation. C'est pourquoi il est utile, en vue de tester de la demande.
l'existence d'hystérésis, de passer en revue à la fois les
modèles de Pass-Through ou de Pricing to Market et les Dans le cas de fonctions de demande linéaires, Dornbusch d'hystérésis. montre que l'élasticité du prix domestique par rapport au taux
de change prend la forme :
La répercussion des variations de coût sur les prix : c* e modèles statiques \i = N
Les modèles de Pass-Through ou de Pricing to Market -n* / N est le ratio du nombre de firmes étrangères sur le s'attachent à caractériser l'élasticité du prix des importations
au taux de change. Ils se sont développés pour expliquer nombre total de firmes ;
pourquoi, alors que le dollar s'était apprécié de 40% en termes - c* est le coût marginal de production -supposé constant- réels entre 1 979 et 1 984, les prix d'importation aux Etats-Unis
des firmes étrangères dans leur propre devise ; rapportés aux prix domestiques n'avaient baissé dans le
même temps que d'environ 20%. - e est le taux de change (c* e est donc le coût en monnaie
domestique des firmes étrangères) Si l'on suppose les salaires inélastiques, les variations du taux
de change induisent des chocs de coût pour les firmes
80 Cette élasticité fait donc intervenir l'inverse du taux de marge néanmoins, le prix des produits importés diminue plus que
des firmes étrangères et le taux de pénétration des celui des produits domestiques.
importateurs sur le marché domestique, ces deux ratios étant
inférieurs à un. Le prix domestique ne répercute donc que Pour conclure au sujet de ces modèles statiques, résumons
partiellement les variations de change. Il réagit d'autant plus les effets que l'on peut attendre de l'entrée d'une ou plusieurs
que les entreprises étrangères sont en proportion élevée sur firmes sur le marché.
le marché considéré et qu'elles y pratiquent un taux de marge
faible. L'un des inconvénients de cette formulation est que ces Dans tous les cas, le markup que les entreprises appliquent
deux caractéristiques ne sont en fait pas totalement aux coûts lors de la fixation de leurs prix doit diminuer ; dans
indépendantes. le cas de biens parfaitement substituables, le markup est
directement relié à la part de marché et, dans le cas de bien
Krugman (1986) avait lui développé le même type de modèle différenciés, l'apparition d'un nouveau produit augmente
dans le cas d'une fonction de demande à élasticité constante : l'élasticité de substitution entre ces produits. Selon le dernier
l'élasticité du prix est alors aussi inférieure à un mais ne modèle de Dornbusch, l'élasticité de substitution a le même
dépend pas du taux de marge dans le cas où les coûts de effet et la baisse du markup est d'autant plus importante que
production domestique et étranger sont initialement égaux. la réaction aux prix a des autres firmes est faible. Toutefois
Dombusch ne se pose pas la question de la consistance de
Enfin, dans le cas d'une fonction de demande quelconque, ce paramètre.
Dornbusch montre que l'élasticité peut s'écrire :
Cependant, Dixit (1986) montre dans un cadre plus général
C* e que, sous des hypothèses raisonnables, ce résultat demeure.
Par contre, on s'attend en général à observer un N - 9
accroissement de l'élasticité du prix des imports aux coûts
exprimés en dollar avec l'entrée de nouvelles firmes avec les mêmes notations que précédemment et où e est étrangères. l'élasticité de la pente de la fonction inverse de demande. 0
est compris entre 0 et N, ce qui implique que n peut prendre
n'importe quelle valeur positive, éventuellement supérieure à Les modèles dynamiques l'unité(2).
D'autres modèles, plus simples du point de vue des
Selon ces modèles, l'entrée d'une firme étrangère sur le hypothèses relatives à la structure de marché, mettent en jeu
marché conduit toujours à une augmentation de l'élasticité du différents types d'ajustements dynamiques. Il permettent
d'expliquer des phénomènes de Pass-Through mais aussi de prix au taux de change : d'une part le terme — N — - u croît ; mieux comprendre les délais que l'on peut observer, soit entre
les variations des prix et les réactions en volume, soit d'autre part, le coût agrégé de production des firmes
les chocs de coûts et les modifications de prix. étrangères croît avec l'entrée de firmes moins compétitives
et, la compétition devenant plus rude, le taux de marge
diminue. Une première idée, développée par Krugman (1986), est
d'introduire une spécification dynamique de la demande,
La faiblesse de ces modèles est qu'ils ne considèrent qu'un laquelle ne s'ajuste que lentement aux prix. Ainsi, à une date
seul bien homogène et par conséquent ne permettent pas de donnée, la demande dépend du prix courant, mais aussi des
prix passés. On comprend dès lors qu'une firme puisse avoir différencier prix domestique et prix des produits importés. Par
ailleurs, l'hypothèse de parfaite substituabilité est irréaliste un comportement d'investissement dans la demande,
diminuant son profit courant pour augmenter ses ventes pour de nombreux secteurs et plus précisément dans ceux
futures. où l'on observe un comportement marqué de Pricing to
Market, principalement le secteur des biens manufacturés.
Une appréciation du taux de change jugée temporaire ne
conduira pas forcément à une réduction de prix qui ne pourrait Il est donc intéressant de s'attarder sur un autre modèle
proposé par Dornbusch (1987) qui tient compte à la fois des pas être maintenue à long terme. Par contre, une appréciation
interactions stratégiques entre les firmes et de l'imparfaite anticipée durable devrait être davantage répercutée dans les
prix. La rupture avec les modèles traditionnels n'envisageant substituabilité des différentes versions du bien considéré. La
fonction de demande pour l'ensemble des produits s'inspire qu'une relation stricte entre volume d'échanges extérieurs et
niveau de taux de change est donc déjà claire. Krugman du modèle de Dixit-Stiglitz où chaque firme produit une
version particulière d'un même bien. De plus, les firmes développe cette idée dans un cadre simple à deux périodes.
adoptent une tarification qui tient compte de la réaction des Il montre que, malheureusement, on ne peut pas tirer de
autres acteurs. Plus précisément, chaque firme suppose que conclusion générale sans hypothèses précises sur la fonction
toutes les entreprises réagissent de la même façon en de demande : le point crucial est de savoir comment la
augmentant leurs propres prix d'un facteur a quand le prix à la deuxième période dépend du prix de la
agrégé augmente de 1%. première période. Toutefois, ce modèle est intéressant car il
aboutit à une tarification qui dépend du taux de change futur
Les conclusions de ce modèle sont assez intuitives quant au anticipé.
degré de Pass-Through : dans le cas par exemple du marché
Une autre idée développée par Krugman repose sur un effet américain, si le dollar s'apprécie, les firmes étrangères
diminuent leur prix, mais elles ne répercutent pas la totalité de réputation. L'achat des biens importés est supposé se faire
de la réduction de leurs coûts exprimés en dollar. Il y a donc en deux étapes : dans la première, les acheteurs visitent un
certain nombre de producteurs choisis en fonction de leur Pass-Through et Pricing to Market puisqu'une partie de la
variation des coûts se solde par une augmentation de la réputation de tarification. Dans un deuxième temps, ils
marge des firmes exportant aux Etats-Unis sans modification décident d'acheter ou pas en constatant le prix effectivement
a priori de leur prix sur les marchés tiers. De même, les pratiqué. Pour un producteur individuel, cela se traduit par une
entreprises américaines sont conduites à réduire leurs prix ; fonction de demande X qui dépend du nombre d'acheteurs
81 potentiels fonction de la demande mais la répartition de la demande qui l'ont visité N (pe), et du prix pratiqué :
entre produits importés et domestiques ne varie que X = X(N(pe) ,p),pe étant le prix anticipé par les ache
lentement avec le taux de change. teurs potentiels etp le prix courant.
L'effet du taux de change sur les prix varie selon la devise Ce modèle conduit sensiblement aux mêmes conséquences
dans laquelle sont libellés les contrats. Si l'on suppose qu'une que le précédent. On s'attend à observer un certain lissage
certaine fraction œ des firmes étrangères fixent leurs prix dans des variations du coût de la part des producteurs, ce
leur propre devise, l'élasticité du prix au taux de change réel comportement dépendant étroitement de leurs anticipations
n'est alors que de oo. On explique ainsi une élasticité du prix de change.
des importations inférieure à l'unité sans faire appel à des
phénomènes de Pass-Through. Une autre possibilité pour expliquer l'existence d'effets
dynamiques dans la fonction objectif des entreprises
L'autre conclusion importante de ce modèle est que le taux exportatrices est d'introduire un coût croissant à court terme.
de change réel doit agir avec la même structure de retards L'idée est que le Pass-Through peut résulter de goulots
sur les prix et les quantités, structure de retards provenant du d'étranglement temporaires qui contraignent les firmes
renouvellement des contrats. exportatrices à ne pas répercuter totalement dans leur prix
l'avantage en coût que peut leur procurer une appréciation du
change. Ces goulots d'étranglement proviennent notamment Les modèles de pure hystérésis du surcroît de demande adressé brusquement à la firme lors
d'une variation franche du taux de change si celle-ci conserve Nous venons de voir que, dans le cadre de certains modèles un taux de marge constant. spécifiant la dynamique des prix ou la dynamique de la
demande, il était possible d'envisager des phénomènes Aussi Krugman considère le cas d'une concurrence d'hystérésis en raison de la probable asymétrie des réactions monopolistique avec des coûts de changement du volume de des prix aux variations du change ou des comportements des production. Cela permet de comprendre que, dans le cas par entreprises exportatrices. Néanmoins ces modèles ne visent exemple d'une appréciation soudaine du dollar, il n'y aura pas pas à rendre compte explicitement d'un effet d'hystérésis sur baisse du prix des importations dans la même proportion, au le commerce extérieur. moins tant que les capacités (entendues au sens large,
c'est-à-dire y compris réseau de distribution, services...) Deux types de modèles reposant les uns sur l'évolution de seront insuffisantes pour satisfaire la demande. On s'attend l'offre des entreprises et les autres sur le comportement donc à constater une diminution lente du prix des importations intertemporel de compétition arrivent à la conclusion que les coïncidant avec l'extension des capacités et dont l'ampleur prix et les volumes des biens échangés sur les marchés dépend du temps que l'appréciation est supposée devoir extérieurs dépendent non pas seulement du taux de change durer. courant mais de son évolution passée et anticipée. Le résultat
vaut d'autant plus que les mouvements de parité sont amples Ce genre d'explication a sans doute une bonne part de vérité. et durables. Gagnon (1989), qui estime des équations d'importation avec
ces hypothèses, conclut d'une part à une concurrence On peut en fait considérer que ces modèles reposent tous sur imparfaite et d'autre part à l'existence d'un tel coût croissant une idée commune : dès lors que la production et la vente de court terme très significatif. d'un bien particulier sur un marché donné impliquent des
coûts fixes (d'entrée ou de sortie par exemple), l'évolution du Il faut remarquer que ce surcoût dû au changement du volume taux de change, en modifiant le rapport des coûts marginaux exporté sur un marché n'est vraisemblablement pas entre firmes domestiques et étrangères, peut induire des symétrique de sorte qu'on peut imaginer un effet d'hystérésis modifications durables de leurs parts de marché respectives. en découlant lors d'un retournement du taux de change. Si l'idée initiale en revient à Baldwin (1988a), Dixit (1987)
l'expose de façon très intéressante en la ramenant au Néanmoins, Krugman et Baldwin (1987) argumentent que problème des stratégies optimales d'exercice d'une option. ces hypothèses ont deux implications : Le comportement d'entrée/sortie des firmes étrangères
- la demande domestique doit affecter le prix d'importation ; exportatrices est modélisé dans un contexte où le taux de
change suit un processus stochastique. Les décisions - l'effet de la demande sur le volume des importations doit d'entrée ou de sortie sont comparables à l'exercice d'une faire intervenir à peu près les mêmes délais que le taux de option d'achat ou de vente. L'entrée correspond à l'achat change. d'une option dont le prix est le coût fixe d'entrée ; cette option
permet de produire par la suite une quantité déterminée à un Or, cela n'a pas l'air d'être le cas, puisque la demande semble coût marginal connu dans le cas où l'évolution du taux de agir très rapidement (moins d'un trimestre) sur les volumes, change rend cette production rentable : il existe deux bornes alors qu'elle n'a pas d'effet sur le prix des importations quand de variation du taux de change entre lesquelles l'exercice des les tests sont fait sur données agrégées. options est non optimal. Ces deux bornes définissent donc
une bande d'inaction au sein de laquelle on ne doit pas Ainsi, l'explication des délais que l'on observe malgré tout sur observer d'entrée ou de sortie.
implicites" le taux de change à l'importation peut provenir (Krugman tout et simplement Baldwin, 1987). de "contrats Cette
A contrario, si après une appréciation très importante du idée explique alors des délais de réaction des prix au taux de dollar, il y a eu entrée sur le marché domestique d'une ou change mais sans faire intervenir de phénomène de plusieurs firmes étrangères, il faut une dépréciation encore Pass-Through. Les importateurs passent des contrats plus importante pour retrouver l'équilibre de marché initial. d'approvisionnement avec les firmes étrangères. Ces Une telle idée expliquerait donc parfaitement la dégradation contrats ne précisent généralement pas la quantité mais des échanges commerciaux américains constatée après le assurent la fidélité aux producteurs pour un certain temps. mouvement d'aller et retour du dollar entre 1980 et 1987. Ainsi le volume des importations peut varier rapidement en
82 Ce cadre formel reprend en fait le modèle initial de Baldwin Graphique 1 : nombre de firmes associées à un niveau (1 988b) qui lui se fonde sur la juxtaposition de deux idées : de taux de change les chocs de change réel sont susceptibles d'altérer la
structure d'un marché domestique d'un pays donné et la du conditionne les prix et les volumes
d'importations. Baldwin n'insiste pas sur ce second postulat :
il se réfère à Chamberlain pour indiquer que le nombre de
variétés d'un produit donné (à relier au nombre d'entreprises bande présentes sur le marché) influence l'élasticité de la demande d'hystérésis perçue et par conséquent le prix. C'est le point de savoir
comment les variations de change réel affectent la structure
des marchés qui est analysé en détail.
Cette question est abordée en considérant la décision des
firmes "intéressées" par le marché considéré, qu'elles soient
initialement présentes ou non et qu'elles soient importatrices
ou domestiques. Une entreprise représentative fait face àtrois
types de coût à chaque début de période où elle décide de sa
stratégie : un coût d'entrée fixe si elle n'était pas présente sur
le marché à la période précédente, un coût de maintenance
(lui aussi fixe) si elle était présente et se maintient, et un coût min max A72 de production fonction de la quantité vendue si elle est sur le
marché.
L'entreprise évalue son profit futur actualisé en cas de e est le change réel anticipé pour le long terme, n le nombre présence sur le marché en intégrant uniquement coût de d'entreprises installées. Pour un taux le change réel eo, n est production et coût de maintenance et compare ce profit, soit indéterminé entre min et max. à zéro si elle était déjà présente sur le marché précédemment, Partant de eo, une appréciation de la monnaie domestique conduit soit au montant du coût d'entrée si elle en était absente. Cette à l'entrée de nouvelles firmes si e devient supérieur à em. Lorsque
comparaison détermine la décision de se maintenir ou de e revient à sa valeur initiale eo, le nombre de firmes reste inchangé
sortir du marché pour une firme déjà présente, de rester en s'il est inférieur à max (casE-\), rediminué partiellement jusqu'à
dehors ou d'entrer pour une firme n'étant pas sur le marché. max s'il était supérieur à max (casE2).
Le point crucial est que la frontière de décision n'est pas la Graphique 2 : effets sur le taux de marge et le prix d'un même dans les deux cas, la condition d'entrée pour une firme
choc sur le taux de change absente du marché étant plus restrictive que la condition de
maintien pour l'entreprise en place sur le marché en raison
du coût fixe d'entrée (il en va de même pour la décision de
sortie). En conséquence le nombre de firmes présentes sur
le marché à un instant donné dépend non seulement des
anticipations de profits futurs et de coût mais aussi du nombre
de firmes présentes à la date précédente.
Petit choc:
Le partage du marché entre producteurs domestiques et
importateurs est donc fonction du taux de change anticipé
mais aussi de toute la séquence passée des anticipations qui
ont déterminé les entrées et sorties antérieures.
Le fait qu'il puisse y avoir hystérésis vient par exemple de ce
qu'une entreprise étrangère a pu décider d'entrer sur le
marché domestique lors d'une appréciation du change futur Grand choc: anticipé (si cette appréciation procure une augmentation des
profits futurs actualisés supérieure au coût fixe d'entrée) et
->- t décider de se maintenir lors du retour du taux de change à
son niveau d'origine (si cette dépréciation conduite des profits
futurs actualisés toujours positifs, le coût d'entrée n'étant plus
à intégrer). Il est clair qu'un même taux de change à une date
donnée fournit plusieurs équilibres dans lesquels le nombre m
de firmes présentes est différent. Très grand choc:
L'étude de l'équilibre associé à un taux de change stable (en
t termes réels, c'est-à-dire de coût relatif étranger et
domestique) permet de définir une bande formée par une D'après Baldwin (1 988b). Dans le cas d'un petit choc sur le change, structure de marché ouverte à un nombre minimal de firmes il n'y a pas d'entrée de nouvelles firmes et les prix reviennent à leur
(associé à un prix maximal) et une autre structure avec un niveau initial (Eo -» Eo sur le graphique 1 ). Un grand choc conduit
nombre maximal de firmes (associé à un prix minimal). Le à une modification définitive de la structure du marché et donc des
prix (Eo -» E-i). Si le choc est très grand, il peut y avoir sortie initial de firmes appartient à cette bande mais on note
partielle des firmes nouvellement entrées (Eo -* E2) (e désigne le qu'il n'est pas unique (cf. graphique 1). taux de change, m le nombre d'entreprises importatrices, p le prix
d'équilibre du produit sur le marché domestique).
83 Partant de cet équilibre, les conséquences d'un choc sur les avec un comportement monopolistique : la clientèle
anticipations du taux de change sont variables suivant potentielle est en effet supposée avoir des coûts de
l'ampleur et la durée de celui-ci. Un choc de faible ampleur changement de fournisseur, se fonder sur la réputation des
ou de durée réduite déplace faiblement la bande d'hystérésis firmes ou être sensible à la publicité par les ventes passées.
de sorte que le nombre de firmes reste inchangé. Une La demande à la deuxième période est donc fonction du prix
appréciation suffisamment ample ou anticipée comme futur par l'intermédiaire d'une demande monopolistique. Mais
prolongée augmente le profit actualisé des entrants potentiels cette demande émane clientèle acquise en première
période et elle est donc aussi fonction du prix passé. Le cadre au point que la borne minimale dépasse le nombre initial de
firmes : il y a entrée de nouveaux importateurs et baisse du retenu par Froot et Klemperer est suffisamment général pour
que les résultats puissent prendre en compte différents types prix en raison de l'accroissement de la concurrence, ce
résultat tenant, rappelons le, aux hypothèses faites par de compétition (Cournot, Bertrand...).
Baldwin. Lorsque le profit actualisé rediminue à l'approche de
la fin du choc, il redevient inférieur au coût d'entrée mais reste La stratégie intertemporelle de la firme importatrice conduit
positif si bien que les entreprises ne ressortent pas du celle-ci à mettre en balance deux effets. Le premier est un
marché : il y a donc hystérésis. Un choc très fort ou très terme de coût assez intuitif : si le change courant du marché
durable peut quant à lui conduire à une entrée encore plus considéré s'apprécie, les firmes importatrices bénéficient d'un
massive de nouveaux importateurs mais dont une partie avantage de coût relatif sur les entreprises domestiques. Si
ressortira progressivement du marché lors de la dépréciation c'est le change anticipé de la seconde période qui s'apprécie,
du change (cf. graphique 2). les conditions de la compétition en première période s'en
trouvent modifiées. Le second effet est celui de la modification
La bande d'hystérésis dépend bien entendu des paramètres du taux d'actualisation des firmes importatrices : une hausse
de coût et du processus d'anticipations. Un résultat intuitif est temporaire du change courant dévalue les profits futurs et
que la bande est d'autant plus large que le coût fixe d'entrée rend donc moins importante la part de marché courante ; une
est élevé. Par ailleurs, si le degré d'autocorrélation du hausse du change anticipé pour la période future a l'effet
processus d'anticipation de change est élevé, la largeur de la exactement opposé.
bande diminue : autrement dit, un retour rapide du processus
à sa moyenne augmente le phénomène d'hystérésis. L'effet La combinaison de ces deux facteurs lors d'une appréciation
de la volatilité est plus ambigu : l'augmentation de la variance du change conduit les entreprises importatrices à réduire
élargit la bande d'hystérésis pour peu que le processus modérément leur prix (ou même à ne pas le changer, voire à
d'anticipations soit suffisamment proche d'une marche l'augmenter) si le choc est jugé temporaire et à le baisser
aléatoire. franchement si l'appréciation est anticipée comme durable
puisqu'il est alors rentable d'investir en part de marché. En
Plusieurs limitations apparaissent dans ce modèle dont : le fait, face à une appréciation du change, l'importateur est
type de compétition (Cournot) qui est élargit par Froot et confronté à l'arbitrage intuitif entre la possibilité de gains
Klemperer (1988) ; le processus d'anticipations qui est immédiats sur les marges et la facilité accrue d'une
détaillé par Baldwin (1989) dans un second article. Dans le augmentation de la part de marché dans l'optique de gains
cas général montre que le phénomène d'hystérésis futurs. On a déjà rencontré cette idée dans les modèles de
peut exister en cas de choc suffisamment large et persistant Pass-Through. Il est clair que le comportement des prix de
sur les anticipations de change mais que ce phénomène l'entreprise sera fortement dépendant du secteur industriel en
n'apparaît pas nécessairement. fonction de l'importance des effets de réputation et du degré
de substituabilité pour le produit considéré.
En ce qui concerne la fixation des prix, le modèle de Baldwin
considère que les entreprises ont un comportement assez L'approche de Froot et Klemperer, si elle a l'avantage de
frustre, puisque le prix est directement relié au nombre de clairement aboutir à des effets d'hystérésis découlant de la
firmes présentes sur le marché. En conséquence l'effet dynamique de la demande et de la stratégie des entreprises
d'hystérésis d'une appréciation temporaire du change est en fonction de leurs anticipations de change, reste assez
non-ambigu sur les prix : il se traduit par une baisse de ceux-ci rigide sur deux points : elle interdit les substitutions entre
puis une remontée vers un niveau inférieur à celui d'origine produits en période future et conduit donc à un comportement
puisque la compétition s'est accrue. Le degré de relativement extrême de fixation des prix par les producteurs.
Pass-Through se trouve diminué. Par ailleurs, la question de la cohérence temporelle n'est pas
traitée : il n'est certes pas douteux que la prise en compte de
Or, on peut envisager une stratégie plus fine des entreprises cette considération ne remettrait pas en cause la validité du
importatrices qui conduise à un prix plus élevé une fois les modèle ; cependant les enseignements pratiques et les
parts de marché augmentées à la faveur du choc intervenu résultats du modèle testables empiriquement sont sans doute
sur le taux de change. Le modèle de Baldwin est en effet trop plus flous dans la réalité, puisqu'à un instant donné chaque
limitatif lorsqu'il envisage nécessairement l'entrée ou la sortie firme superpose les deux comportements, l'un d'exploitation
de la part de marché acquise, l'autre d'investissement en part de nouvelles firmes pour modifier les parts de marché. On
peut concevoir que les importateurs disposent d'un certain de marché.
pouvoir de monopole ou de collusion et que l'évolution du
partage du marché se fait entre l'ensemble des producteurs Un apport de l'analyse est que le degré d'incertitude sur les
domestiques et l'ensemble des importateurs déjà présents. Il variations futures du change modifie le comportement des
est alors plausible d'assister à une hausse du prix après les firmes, les importateurs étant d'autant plus incités à
mouvements d'appréciation du change. Un tel modèle -qui augmenter leurs parts de marchés que la variabilité du
n'est pas sans analogie avec ceux développés par Krugman change est forte. Ce résultat tient à la convexité des profits
et évoqué plus haut- est proposé par Froot et Klemperer futurs par rapport au taux de change. Giovannini (1988)
(1988). montre cependant que cet effet est très dépendant de la
devise dans laquelle sont libellés les prix des entreprises qui
exportent vers le marché considéré. Ce point souvent négligé L'entreprise représentative raisonne sur deux périodes. A la
première elle cherche à acquérir une part de marché sachant dans les analyses est ici traité explicitement. L'entreprise
représentative est supposée vendre sur un marché que durant la période future elle pourra exploiter cette part
84 domestique et un marché étranger et avoir une stratégie de de conserver les parts de marché acquises auparavant, en
fixation différenciée des prix sur ces deux marchés. délocalisant une partie de leur production et en profitant du
nouvel avantage de coût à produire dans le pays ayant vu sa
Bien que le modèle de Giovannini ne soit pas destiné à devise se déprécier.
dégager des effets d'hystérésis, il permet de préciser l'un des
aspects de l'approche de Froot et Klemperer : face à une L'intérêt de cette idée est qu'elle caractérise les secteurs dans
incertitude accrue sur le change, lafirme ne modifiera pas ses lesquels les effets dynamiques de la demande sont
prix à l'exportation si elle les fixe en devise étrangère mais importants par rapport à ceux où c'est le coût d'entrée qui est
sera en général conduite à les diminuer si elle raisonne dans déterminant. L'observation de l'évolution des investissements
sa propre devise. En effet, dans ce dernier cas, la demande directs par branche peut donc aider à dresser une typologie
perçue sur le marché étranger dépend implicitement du taux des différents secteurs.
de change et une incertitude accrue sur le change se traduit
en fait par une sur la demande. Par ailleurs, on voit que les résultats postulés dans les modèle
d'hystérésis quant aux flux d'échanges en volume peuvent se
D'une façon plus générale, l'approche de Giovannini montre trouver amendés. Plus précisément les effets d'hystérésis
que le fait de savoir dans quelle devise l'entreprise fixe ses sont à terme atténués par le fait qu'une entreprise étrangère
prix affecte l'ensemble des résultats des modèles de ayant acquis des parts de marché cherchera ensuite à les
détermination des prix d'importation, notamment parce que exploiter en produisant localement lors du retour du taux de
les variations non-anticipées du taux de change seront ou non change à son niveau d'origine : une production domestique
répercutées suivant le cas. se substitue alors à des importations.
Flux d'investissement et dynamique des échanges
extérieurs
Tests empiriques Les modèles traditionnels d'hystérésis examinent l'impact
des variations de change sur les choix de capacité ou les
décisions d'acquisition de parts de marché des firmes La mise en évidence pratique d'effets d'hystérésis se heurte exportatrices. à de nombreux problèmes de natures différentes :
- les modèles d'hystérésis conduisent à des spécifications Quand il s'agit des choix de capacité, l'hypothèse permanente
des variables de prix et de volume relativement complexes ; des modèles que nous avons vus est que toutes les firmes
de plus, celles-ci reposent sur un nombre important d'hypoinvestissent dans leur pays d'origine. Ainsi l'effet du taux de
thèses qu'il n'est pas facile de vérifier. Il est donc impossible change réel sur la localisation des investissements n'a pas
d'estimer un modèle structurel complet et les tests empiriété étudié comme pouvant être le reflet de phénomènes
ques considèrent seulement des implications simples des d'hystérésis sur les échanges commerciaux.
modèles d'hystérésis. Froot et Klemperer considèrent par
exemple le prix d'exportation en dollars d'un producteur En première approche, le lien entre flux d'investissements
étranger sur différents marchés (Etats-Unis et Japon). Ils directs et taux de change doit être inexistant. En effet, si les
cherchent à caractériser l'élasticité de ce prix aux taux de capitaux sont parfaitement mobiles, les rendements espérés
change courant et anticipé. Baldwin estime quant à lui des sur tous les actifs internationaux doivent être égaux. Quand
équations de prix et de volume d'importations et teste des le dollar baisse, le rendement des actifs libellés en dollar
ruptures dans le degré de Pass-Through et dans l'élasticité baisse aussi et donc leur prix doit augmenter pour compenser
des imports à la demande ; cet effet. Si malgré tout il existe un avantage à acheter des
actifs américains financés par des devises étrangères, cette - le nombre d'observations correspondant à la période
opportunité n'est pas offerte exclusivement aux étrangers postérieure à 1 985 était jusqu'à une date récente trop faible puisque les américains peuvent aussi s'endetter en devises. pour permettre des tests économétriques de changement
dans les paramètres des équations d'importation ; En conclusion, les investissements étrangers totaux sont
- les structures microéconomiques permettant d'expliquer certes dépendants du taux de change puisqu'il faut financer
l'hystérésis varient d'un secteur à l'autre et rendent donc le déficit courant mais la composition de ces capitaux
difficile la mise en évidence de ce phénomène sur données (portefeuilles/investissements directs) ne doit pas en
agrégées. De plus, les données correspondant à des secdépendre. Or cela est loin de correspondre à ce que l'on a pu
teurs suffisamment caractérisés ne sont pas complètes. On observer depuis 1980. En effet, les investissements directs
dispose en effet des prix d'import et d'export correspondant aux Etats-Unis ont fortement chuté pendant la période de
à la décomposition Sic mais pas des volumes échangés à dollar élevé (de 1980 à 1985) pour augmenter de façon
un degré très désagrégé. Le niveau le plus fin pour lequel importante lors de la dépréciation de la devise américaine.
nous avons pu disposer à la fois de données fiables de prix
et de volumes est la décomposition en cinq branches de la Froot et Stein (1989) expliquent ce phénomène en faisant
Comptabilité Nationale. appel à un modèle avec imperfection des marchés de
capitaux due à l'asymétrie d'information entre préteurs et
Nous avons donc fait des tests sur des équations de prix investisseurs. Leur étude empirique est en accord avec le
d'import pour des données très désagrégées ; les résultats modèle mais ne permet pas de rejeter une autre
nous permettent de dresser une typologie des secteurs interprétation : supposons, comme on l'on vu, que lors de
suivant les élasticités du prix d'import au taux de change réel l'appréciation du dollar, les étrangers augmentent de manière
et au revenu. Les tests plus complets portant à la fois sur les significative leurs parts de marché ; lorsque le dollar se
volumes et les prix sont limités aux cinq branches qui ont déprécie, dans l'hypothèse réaliste où le prix des actifs
l'inconvénient de regrouper des secteurs industriels physiques est inélastique, le rendement des investissements
relativement hétérogènes mais l'avantage de couvrir de façon aux Etats-Unis augmente. Cependant, ces
exhaustive les échanges extérieurs américains. Concernant sont plus rentables pour les étrangers car ils leur permettent
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